Archive pour colonialisme et occident

Analyse géopolitique: L’association des BRICS… alternative ou remplacement de l’hégémonie impérialiste occidentale ?…

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 19 juin 2015 by Résistance 71

Nous avons déjà émis quelques circonspections sur ce blog quant à la véritable nature de l’action de la Chine (voire de la Russie), ainsi nous ne pouvons qu’abonder dans le sens de l’excellent Ulson Gunnar et de son analyse sur la dualité (feinte ?) du monde unipolaire totalitaire occidental et d’un renouveau unipolaire proposé par les BRICS. Quoi qu’il en soit, nous ne pensons en aucune façon qu’une solution au marasme mondial ne puisse venir de nations-états. Leur temps est révolu, place aux peuples et à la confédération des associations libres et autogérées.

— Résistance 71 ~

 

L’Orient doit être une alternative à l’hégémonie de l’occident et non pas la remplacer

 

Ulson Gunnar

 

15 Juin 2015

 

url de l’article:

http://landdestroyer.blogspot.fr/2015/06/east-must-provide-alternative-to-not.html#more

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

De récentes informations ont montré le gain rapide de terrain de la Chine contre un Occident qui a maintenu son hégémonie depuis des siècles sur l’Asie et la zone Pacifique. Au-delà de l’Asie, la Chine a étendu régulièrement son influence en Afrique et au Moyen-Orient. Avec la Russie, l’Iran et d’autres nations de L’Orient, ils construisent ce qui est communément appelé un ordre mondial multipolaire.

Cet orde multipolaire fait contraste avec l’ordre unipolaire que l’occident a essayé d’imposer depuis les décennies de l’après seconde guerre mondiale et n’est que la continuation de l’impérialisme occidental amené par les empires britannique et autres venant d’Europe pendant et après le déclin de l’empire Ottoman.

Mais ce que l’orient est en train de faire est-il vraiment une alternative à la marque de fabrique hégémonique impérialiste de l’Occident ? Ou cela n’est-il que la même chose sous une étiquette différente ? De plus, le comportement de l’occident ralliant d’autres nations à unifier sous un étendard unique et consolidé, pour n’être en fait que mis sous la tutelle de la vision qu’a l’occident de l’ordre international géré par Washington, Wall Street, Londres et Bruxelles ?

Voilà des questions qui doivent être posées et explorées particulièrement par les gens qui gravitent le plus vers l’Orient. Ils comprennent la menace de l’hégémonie occidentale et le véritable marasme qu’elle a et continue d’infliger à l’humanité. De la dévastation de l’Afghanistan et de l’Irak aux guerres qui font rage en Libye, en Syrie et au Yémen, les méthodes occidentales ont pris des régions poudrières instables et en ont fait des enfers actifs.

Tout naturellement, les gens cherchent une force capable de contrer une telle violence inhumaine, les bains de sang et l’exploitation sans honte et la manipulation. Ils voient ce contre-pouvoir dans la Russie, la Chine et leurs sphères d’influence et bien que ces forces ont servi dans le passé de contre-poids aux forces du fascisme ou de l’impérialisme, on doit toujours être prudent de ne pas soutenir une hégémonie pour une autre.

Pour Moscou, Pékin et les autres nations des BRICS, ils doivent comprendre que le soutien et le succès qu’ils ont en ce moment est spécifique parce qu’ils offrent ce que beaucoup croient être une alternative à et non pas le remplacement, à l’hégémonie occidentale. Le monde regarde les BRICS comme une alternative viable parce qu’ils ne mettent pas en place de bases militaires partout dans le monde, ils n’interviennent pas militairement à des milliers de kilomètres de leurs frontières et ils travaillent avec les nations au lieu d’utiliser la force coercitive. Dès qu’ils cesseront de maintenir ces principes, ils cesseront de servir comme alternative viable à l’Occident.

La Chine en particulier a été critiquée depuis longtemps par l’occident pour faire du commerce avec quelque nation que ce soit sans se soucier des violations de droits de l’Homme. L’occident fait ces critiques parce que cela dérange sa capacité à exploiter les droits de l’Homme comme un prétexte pour interférer diplomatiquement, militairement et économiquement avec le pays ciblé. Dans le même temps, l’occident a pratiqué des relations d’affaire de longue durée avec les plus vicieux bafoueurs de droits de l’Homme sur la planète, le régime saoudien parmi eux.

La Chine a réaffirmé répétitivement et parfois même douloureusement, la primauté de la souveraineté nationale sur toutes les relations internationales. Elle doit non seulement continuer de réaffirmer cela sur un plan diplomatique, mais aussi de manière pragmatique au travers de sa politique étrangère. Ceci est non seulement un sujet de son propre intérêt, empêchant des intérêts étrangers de dicter à Pékin ce qu’il devrait faire dans ses propres frontières, mais cela aide pour établir un solide précédent dans l’établissement d’un ordre multipolaire mondial.

Vieilles et nouvelles institutions supranationales

La Russie, la Chine et le reste des pays des BRICS (NdT: Brésil, Inde, Afrique du Sud et quelques pays au statut d’observateurs comme… l’Iran…) créent eux-mêmes une variété d’institutions supranationales et d’alliances militaires pour être compétitives avec celles de l’occident, particulièrement le FMI, la Banque Mondiale, l’OTAN et même l’ONU. Mais, en faisant cela, ils doivent s’assurer de la préservation, et même de l’encouragement pour que la souveraineté nationale soit le principe organisateur principal parmi ces nouvelles institutions. Ceci pas seulement sur le papier, mais plus spécialement en pratique, que cela soit bon pour les BRICS en ce moment ou pas.

Parce que que ces intérêts spéciaux qui sont derrière les BRICS et qui se présentent en apparente opposition à l’occident le comprennent ou pas, la vraie raison pour laquelle le public global leur a donné une opportunité, est justement parce qu’ils sont perçus comme étant différents de l’occident et différents de la méthode occidentale d’utilisation de leur richesse et de leur influence. Que cela serve leurs intérêts immédiatement ou pleinement, ils devront remplir cette attente ou souffrir très rapidement du même retour de bâton dont souffre l’occident actuellement, aussi bien domestiquement qu’à l’étranger.

Le monde change économiquement, technologiquement et culturellement. Ces changements n’ont pas été favorables à la “globalisation” ou même aux institutions supranationales. Rechercher de créer des doublons d’institutions supranationales occidentales existantes, erronées et obsolètes, semble au mieux idiot.

Comprendre cela et équilibrer la concurrence avec les institutions occidentales toujours actives, contre la dynamique de changement du futur proche est essentiel pour la survie et l’éventuel succès des BRICS et du monde multipolaire qu’ils affirment vouloir créer.

Dans un monde où la technologie maintenant donne le pouvoir à un individu de faire ce qu’auparavant plusieurs personnes pouvaient faire avec de grandes ressources, constitue un glissement dans l’équilibre du pouvoir entre les communautés locales, les nations, les alliances mondiales et les accapareurs de pouvoir. Le future des BRICS dépend d’une compréhension collective que le combat de ce changement à venir mènera les BRICS tout droit à la même falaise de laquelle l’occident est actuellement suspendu et à bout de souffle.

Pour les peuples eux-mêmes, ils doivent comprendre qu’ils ont toujours en fait été dans le siège du pilote, même si des mains insidieuses se sont saisies du volant pour la majorité du voyage que nous faisons. Il nous faut réaliser que le peuple et non pas des intérêts spéciaux, a la capacité de diriger, de conduire le monde sur la route que nous désiront toutes et tous suivre et que cela est notre plus grande chance de réussite. Nous ne devons pas soutenir un bloc de manière obsessive par rapport à un autre, nous ne devons pas souscrire presque religieusement à des partis politiques, des personnalités ou des marques de produits, mais nous devrions en fait nous accorder sur un set de principes et ne soutenir que ceux qui se tiennent à ces principes (de bien commun).

En nous attachant à des partis politiques, des personnalités et des marques, nous ne pourrons qu’être encore et toujours déçus. D’un autre côté, les principes sont indestructibles, indomptables et durent pour toujours. Dans le grand jeu de la géopolitique, si nous voulons vraiment briser cette habitude de voir le volant de l’histoire tourné pour nous par des mains insidieuses, nous devons cesser de suivre et de cautionner ces mains qui tournent ce volant pour nous et nous devons suivre les principes qui toujours vont de l’avant.

Lorsque la Russie, la Chine et le reste des pays des BRICS se dressent pour la souveraineté nationale, le non-interventionisme et le non-expansionisme militaire, nous devons les applaudir et les soutenir, pas parce qu’ils sont les BRICS, mais parce qu’ils se tiennent aux principes qu’ils ont énoncés. Lorsqu’ils échouent de le faire, alors nous devons les condamner de la même vive voix que celle que nous utilisons pour condamner l’occident hégémonique.

Publicités

Solutions pour lutter contre le fléau mondial que représente le colonialisme à son apogée avec l’occident depuis le XVème siècle (1ère partie)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 13 août 2014 by Résistance 71

“Un guerrier confronte le colonialisme avec la vérité afin de régénérer l’authenticité et de recréer une vie digne d’être vécue et des principes pour lesquels on peut mourir. La lutte est de restaurer les liens qui ont été coupés par la machine coloniale… Traduire ce sens éthique en une philosophie politique concise est difficile. Je suggérerais en point de départ, de conceptualiser le terme d’ANARCHO-INDIGÉNISME. Pour prendre racine dans l’esprit des gens, la nouvelle éthique va devoir capturer l’esprit du guerrier en lutte et l’amener en politique. Il y a deux éléments fondamentaux: “indigène” qui évoque les racines culturelles et spirituelles de cette terre et de la lutte d’Onkwehonwe pour la justice et la liberté et la philosophie politique et le mouvement qui est fondamentalement anti-institutionnel, radicalement démocratique et totalement impliqué dans l’action pour amener un changement: l’anarchisme.”

~ Taiaiake Alfred ~

 

Comment la résurgence indigène peut et doit inspirer l’émancipation occidentale de son joug colonialiste

 

Résistance 71

 

13 Août 2014        

 

1ère partie

2ème partie

 

Nous avons déjà vu sur ce blog comment pour parvenir à ses fins colonisatrices l’oligarchie occidentale à dû au préalable convaincre ses populations du bienfondé de cette entreprise criminelle au fondement raciste et suprémaciste. Ainsi, la république française érige t’elle en hérauts du progressisme des individus comme Jules Ferry (auquel notre Flamby national a dédié son pathétique quinquennat…), présenté dans les livres d’histoire comme le “père de l’école publique gratuite et obligatoire”, mais omettant à dessein de mentionner ses tirades à l’assemblée nationale sur “la suprémacie de la race blanche”, sur son “devoir de civilisation” de ces contrées barbares que furent immanquablement pour la mythologie officielle, les nations et peuples colonisés au nom du “progrès et de l’humanisme” dont la France et l’occident étaient (et seraient toujours) les porte-étendards.

Le colonialisme est l’épitôme de la barbarie. Il est l’outil de domination du monde par l’occident depuis le XVème siècle et ceci a été rendu possible par notre complicité, notre accord tacite, même si la vaste majorité des populations occidentales n’y participent pas directement, le simple fait de tirer les dividendes du vol, du pillage et de la mise en servage de millions de personnes de par le monde, relève de la complicité volontaire ou tacite. Pourquoi ? Parce que nous avons à la fois été “convaincus” du bienfondé de ces exactions, mais aussi avons été manipulés à les endorser par les enseignements d’une pseudo-science sociale raciste et suprémaciste, présentée aux peuples occidentaux comme étant le résultat d’un “droit divin”, puis d’un “droit naturel” au nom de la “civilisation” et de la “loi de la survie du plus apte” et autres fadaises directement issues du darwinisme-social, fabrication pseudo-scientifique utile à la justification de la domination de l’occident sur le reste du monde.

Ainsi, pour sortir de ce fléau mondial qu’est la colonisation, il ne suffit pas d’une émancipation néanmoins plus que nécessaire des populations colonisées, mais également de celle des populations des pays colonisateurs, endoctrinées par une propagande toxique, visant à l’acquiescement, au maintien du même consensus du statu quo oligarchique et ayant pour but la domination et l’enrichissement du même infime pourcentage de la population siégeant en haut de la pyramide politico-sociale créée à cet effet.

Comment y parvenir ? Comment sortir de l’étau propagandiste qui colonise idéologiquement à la fois les populations des pays colonisateurs et celles des pays colonisés ? La réponse à ces questions se trouvent en grande partie dans l’analyse et l’action de la résurgence indigène contre le colonialisme. Nous pouvons nous-mêmes puiser les ressources aux mêmes origines et tenir le même raisonnement critique que les peuples et nations colonisés, puisqu’intrinsèquement… Nous sommes tous des colonisés, seuls le degré de violence et d’oppression variant. Il convient aussi ici de noter que contrairement à ce que l’oligarchie veut nous faire croire, nous ne vivons en aucun cas dans un monde “post-colonial”, mais toujours dans un monde bel et bien colonial. Les pays toujours colonisés n’étant pas des moindres: Etats-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zelande, Mexique, Palestine ainsi que toute l’Amérique Latine et Centrale ; leurs populations originelles colonisées étant en lutte permanente, pour certaines depuis 1492, contre le terrorisme d’état et l’oppression coloniale de la culture euro-centrique artificiellement dominante.

Aimé Césaire disait à juste titre: “A mon tour de poser une équation: Colonisation = Chosification”. Peut-on en sortir ?

Pour nous aider à y voir plus clair et à entrevoir les solutions de notre émancipation de ce fléau colonial, tant pour les colonisés que pour nous, occidentaux qui ne désirons rien avoir à faire dans cette ignominie qui n’a que trop durée et opprime tout le monde à des degrés différents, nous utiliserons des extraits d’écrits, traduits par nos soins, du professeur de Science Politique à l’université de Victoria en Colombie Britannique (Canada) et membre de la nation Mohawk de la Confédération Iroquoise Haudenosaunee: Taiaiake Alfred, Ph.D, Docteur ès Science Politique, qui écrivit en 2005 un excellent ouvrage sur le sujet: “Wasáse, indigenous pathways of action and freedom”, University of Toronto Press, 2005, second edition 2009.

Voici le résumé de ce qui est dit dans les chapitres 2 & 3 de son livre: Traduction des extraits: Résistance 71

=[]= “Je pense que la véritable culpabilité (pour un colon) implique une participation plus active dans le processus de colonisation. Ce qui marque la culpabilité d’une personne est qu’elle prenne part dans le processus de dépossession territoriale, du déni politique de l’existence d’Onkwehonwe (NdT: mot Mohawk qui désigne les peuples autochtones d’Amérique du Nord), de la violence raciale et de la coercition, de la déstructuration culturelle et de l’exploitation économique… Sur un plan théorique, l’ennemi de notre lutte est la mixture toxique de la religiosité monothéiste, de la théorie politique libérale, de l’économie capitaliste néolibérale et de leurs théories de soutien sur la supériorité raciale et la fausse présomption de la supériorité culturelle euro-américaine.”

[…]

“De quels types de colons sont composées les sociétés aujourd’hui ?.. Il y a ceux qu’Albert Memmi a appelé ‘les colons qui refusent d’accepter’ leur position et leur rôle dans un état injuste, généralement des intellectuels de ‘gauche’. Leur indignation au sujet des injustices de l’impérialisme et du processus historique, n’est généralement pas accompagnée d’action. Ils sont souvent progressistes de nature, mais demeurent très attachés aux valeurs de la société coloniale à laquelle ils appartiennent. Ils sont souvent réduits au silence par le fait d’être coincés entre leurs déconstructions intellectuelles du pouvoir et leur lâcheté morale lorsqu’il s’agit d’agir contre une injustice dans un véritable sens.

Les colons qui refusent de reconnaître leur privilège et leur héritage de choses mauvaises, pratiquant ainsi une autre forme d’égoïsme et d’hypocrisie… Ces gens sont paralysés par la peur. Leur culpabilité les rend inutiles à nos luttes et deviennent paradoxalement, un des plus gros blocs conservateurs de la société coloniale.”

[…]

“Un autre bras du corps colonial est le colon qui a accepté son rôle, qui a internalisé les mythes coloniaux, souvent des histoires racistes, les notions de supériorité de la race blanche et le mensonge du progrès ou celui de l’espoir des immigrants que l‘accumulation et l’augmentation de la richesse est en fait la formule magique du bonheur, de l’acceptance par l’homme blanc et de la légitimité en tant que citoyen. La vaste majorité de la population se situe dans cette catégorie.

La caractéristique des sociétés coloniales est le retranchement des colons dans des notions irrationnelles de supériorité raciale et culturelle, spécifiquement parmi l’ “élite” économique, les politiciens et universitaires qui les servent.”

[…]

Je suis convaincu que la vaste majorité des colons est dans un état de déni profond. Ils savent que les fondations mêmes de leur pays sont corrompues, ils savent que leurs pays sont “coloniaux” dans le sens historique du terme, mais ils continuent de refuser de voir et d’accepter le fait qu’il ne peut pas y avoir de transcendance réthorique ni de refonte du passé pour arranger les choses sans faire des changements radicaux dans leur pays, leur gouvernement et la façon dont ils vivent. Pour absolument aucune autre raison que celle d’un attachement égoïste à des privilèges économiques et politiques, qui a été hérité collectivement d’un peuple dominant dans une relation coloniale, ces gens donc, par instinct culturel et impératif, nient la vérité. Nier la vérité est un processus culturel et psychologique essentiel dans la société colonialiste (NdT: qu’on retrouve de manière constante aux USA, au Canada, Australie , NZ, Israël/Palestine et les sociétés dominantes blanches d’Amérique du Sud).

[…]

La substance de base du problème du colonialisme est la croyance en une quelconque supériorité et universalité de la culture euro-américaine, spécifiquement les concepts des droits individuels comme la plus haute expression de la liberté humaine, de la ‘démocratie représentative’ comme étant le meilleur garant de la paix et de l’ordre et le capitalisme comme étant le seul moyen de parvenir à la satisfaction des besoins matériels humains. C’est en fait le dogme libéral qui est la plus claire et la plus présente manifestation de l’arrogance euro-américaine, qui s’affiche au travers du spectre politique et de la structure de classe coloniale comme le racisme, le conservatisme et le libéralisme… Nous pouvons schématiser le cadre de la mentalité impérialiste/coloniale qui est devenu la norme dans les sociétés coloniales contemporaines comme suit:

  • Le partage et l’égalité sont de mauvaises choses: Ceci est clarifié dans la société coloniale avec le rejet de toute forme de véritable socialisme.
  • L’égoïsme et la concurrence sont de bonnes choses: Vu au travers de l’attachement colonial à l’argent, aux biens matériels et à la concurrence.
  • La science et la technologie sont progressistes et donc bonnes, tandis que l’humain est mauvais (à cause du pêché originel ou par sa reluctance au contrôle) et la nature est terrifiante: L’homme blanc n’a de cesse de conquérir et d’exploiter le monde naturel afin d’imposer la prédictabilité et l’ordre pour que le capitalisme fonctionne au mieux.
  • L’ordre est supérieur à la vérité et à la justice.
  • La Culture euro-américaine est la forme parfaite d’existence: et toute autre façon de vivre est une menace directe à la civilisation et à la liberté. Ceci est rendu très clair de par le dédain, le déni et l’hostilité flagrante envers les autres peuples et leur façon de voir et d’être dans le monde.

Si nous désirons vraiment une décolonisation et une normalisation des rapports, ces croyances et suppositions doivent être pointées du doigt et problématisées si on désire un processus réel de décolonisation.

[…]

Ainsi, toute notion d’autonomie indigène est rejetée par les états comme étant une “menace à la souveraineté nationale”, le tout fondé sur une fiction totale de préserver une unité nationale et un rejet explicite des droits collectifs inhérents d’Onwehonwe ; l’indigénéité n’est légitimée et négociée qu’en tant que partie d’un état et de ses droits individuels au sein d’un contexte social communautaire, ce qui est un concept bien différent de celui de droits collectifs pré-existants et totalement indépendant de l’état.

[…]

En fait, la reconnaissance et le respect des droits d’Onwehonwe sont mis en conflit avec le sens des valeurs de la propriété blanc et de leur sentiment personnel et émotionnel de sécurité, qui est fondé sur une assertion de convénience et de droit à continuer de bénéficier de crimes initiés par les générations passées sans aucune reconnaissance ni dédomagement (non financier) pour les peuples qui ont physiquement soufferts de cette relation.

[…]

Les blancs qui ne sont pas encore décolonisés doivent en venir à admettre qu’ils ont eu et ont toujours tort. Ils doivent admettre qu’Onkwehonwe a des droits inhérents et collectifs à leur indigénéité, qui sont indépendants et autonomes de la société colonisatrice: les droits aux territoires, à la culture et à la communauté.”

Note du traducteur: Alfred en vient ensuite à discuter de ce que colons et colonisés ont quelque part en commun, ce qui rejoint tout à fait la ligne conceptuelle des grands théoriciens de la décolonisation comme le furent Frantz Fanon, Aimé Césaire et Frederick Douglass avant eux. Il dit ceci:

“Le colon et le colonisé ont tous deux été forcés d’accepter de vivre dans un état de captivité. Ceci correspond au sens plus profond de la tournure qu’a pris le colonialisme moderne. Bien sûr tout ceci est possible parce que le grand mensonge a été incorporé dans tous les aspects de nos vies aussi loin que l’on puisse se rappeler comme étant la mémoire, l’identité et les relations politiques et économiques de domination et d’exploitation. Quelle type de culture a été produite par ce déni de vérité et en érodant l’authenticité des façons de vivre enracinée, saines et intelligentes, pour être au service du pouvoir politique et économique ? Cette question doit être posée non seulement aux assujettis mais également aux dominants.

Le colonialisme est une relation totale au pouvoir et il a façonné l’existence non seulement de ceux qui ont tout perdu mais aussi de ceux qui en ont profité.”

[…]

“Dans ce monde où l’arrogance impérialiste, les mensonges et la fausse conscience sont normaux, les voies Onkwehonwe sont les seules pouvant mener à la liberté. L’aboriginalisme, la redéfinition sociale et culturelle du génocide, ne peut offrir aucun mode de vie à Onkwehonwe. Ceci est basé sur le fait que tout ce qui est intégral à nos peuples est gelé dans le passé (et donc sans intérêt) et que si nous devons avoir un futur, c’en sera un qui sera défini et permis seulement à la totale discrétion de la société dominante.

[…]

Une étude de l’universitaire de droit américaine Deborah Yashar montre qu’en Amérique Latine tout comme au Canada, aux Etats-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande, les processus de négociations sur les droits territoriaux définissent toujours les peuples indigènes dans le contexte de structures coloniales et dans le cadre des valeurs culturelles euro-américaines. A ce moment, les discours sur la décolonisation excluent la discussion sur ce que les colonisateurs considèrent être de leur seul ressort: les éléments constitutifs de l’État… Ainsi, toute discussion s’est heurtée à la réalité fondamentale de la souveraineté d’état et de la notion toute euro-américaine du pouvoir: le contrôle et la pensée monologique. Il semblerait que les idées et croyances plus pluralistes et complexes d’Onkwehonwe soient trop avancées pour les institutions simplettes coloniales et pour les “élites” les contrôlant et qui réduisent le monde en une vision manichéenne simpliste: eux contre nous et le vrai contre le faux. L’aboriginalisme ayant ses racines dans cet essentialisme dichotomique, rentre parfaitement dans le moule de la mentalité euro-américaine.

[…]

Ainsi en chaque circonstance, toute proposition progressiste est toujours formulée dans un cadre étatique. L’État est incapable de se situer par rapport aux autres dans un cadre pluraliste et pacifique. L’acceptation d’une existence Onkwehonwe dans le cadre de l’état colonial, au-delà de toute créativité possible et imaginable, revient à une sentence de mort à terme pour la nation autochtone. L’impératif programmé de l’état est l’homogéinisation et le contrôle du singulier par le monopole de la force coercitive et de la légitimité. Sans une refonte fondamentale de l’État lui-même, il n’y a aucune chance de réformer la relation entre celui-ci et les peuples indigènes.

[…]

La solution du colon, qui assume un total manque de soutien dans la société dominante pour l’adhésion à un cadre de décolonisation de la relation avec Onkwehonwe parmi la population générale de l’état, est de nier le potentiel de la loi internationale comme une avancée bénéfique des droits indigènes. En fait, le Canada, les Etats-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont fait câler tout progrès vers une reconnaissance signifiante des droits des peuples indigènes aux Nations-Unies et dans d’autres forums internationaux.

[…]

Il convient de dire que la source principale des problèmes générés par le défaitisme spirituel dans nos nations, est l’effet qu’a eu l’action des églises chrétiennes (NdT: catholique, presbytérienne, anglicane, méthodiste, évangéliste, unifiée du Canada et tout ce ramassis de sectes ensoutannées…) sur nos peuples…

Nous devons considérer ce que la chrétienté institutionnelle, l’effort de convertir Onkwehonwe en chrétiens et de les voir se soumettre à l’autorité des églises, ont fait avec succès de manière générale, sur le collectif indigène. L’apport de l’effet de la chrétienté est clair: les églises ont apporté un soutien financier aux entreprises coloniales ; elles ont aidé à rationaliser le racisme pour leurs paroissiens blancs ; elles ont forcé Onkwehonwe à accepter l’éthique biblique de la souffrance et de normaliser leur oppression dans la recherche d’une rédemption transcendante plutôt qu’immanente ; elles furent responsables de la gestion des pensionnats pour Indiens, qui furent l’outil principal de la politique d’assimilation forcée.

[…]

La bible chrétienne a amené la peur dans les cœurs de nos peuples. Ceci est notre principale faiblesse. Je parle de peur parce que la combinaison d’une lecture autoritaire du texte, avec le manque d’expérience de la polémique et la menace permanente de la rétribution et de la violence, sont des choses terrifiantes. Cette peur a paralysé nos communautés, les empêchant de résister activement à l’agenda colonial de l’église et de l’état.

A suivre…