Archive pour colonialisme des mots

La colonisation des mots, langages et attitudes comme outil de propagande…

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A propos des tribus

 

Steven Newcomb

 

5 Mai 2015

 

url de l’article:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/05/05/thinking-about-tribes

 

~Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Dans le premier chapitre du livre “L’évolution de la physique” (1938), Albert Einstein et Leopold Infeld disent qu’ils sont focalisés sur “la recherche aventureuse pour la connaisance du monde physique” et qu’ils sont “profondément concernés par le rôle des pensées et des idées.” Chercher la “connaissance du monde physique” mène à une question intrigante: “Les ‘tribus indiennes’ existent-elles physiquement dans un monde physique externe et indépendant du système de langue utilisé pour exprimer l’idée de ‘tribu’ ?” Y a t’il eu des tribus qui ont existées ici dans cette partie du monde avant que les chrétiens européens n’envahissent ce monde ? La répones est “Non”.

Avant la colonisation, nos ancêtres existaient ici sur l’Île de la Grande Tortue dans des réalités et des mots de leur propre cru, avec des expériences qui étaient le résultat de nos propres langues et de nos propres mots, qui étaient tissés dans notre existence libre et indépendante ; libre et indépendante de la colonisation et de la domination des chrétiens européens. Le mot “tribu” et les idées qui lui sont associées furent nécessaires pour créer l’expérience mentale (cognitive) d’une “tribu”.

Les “tribus” n’existent pas en tant que caractéristique du monde physique, mais en tant que résultat du mot et de l’idée de “tribu” et “tribus”, mentalement projetés sur et appliqués à certains groupements humains. Une fois que ce mot et les associations mentales qui vont avec ont été établis comme une habitude établie et récurente, une habitude partagée en commun avec d’autres, personne ne se soucie de demander si ce mot a un sens, ou s’Il y a un inconvénient à utiliser ce mot. Il est traité dans la vie quotidienne comme une simple caractéristique “naturelle” du monde de l’expérience quotidienne. Une fois que les gens se sont habitués à cette idée et à ce phrasé, c’est alors comme si la “tribu” existait physiquement, de manière indépendante de nos esprits ou du mot lui-même et de la langue anglaise.

C’est mon argument que de dire que nous faisons l’expérience de nos vies en termes des mots et des concepts mentaux de “tribus” et “tribal”, en tant que résultat direct de notre conditionnement mental et de notre adaptation au langage colonial qu’est l’anglais. C’est le produit d’une colonisation (domination), ce qui veut dire que la décolonisation (l’émancipation) doit impliquer un effort de transfert de notre langage de façon à construire la réalité mentale et physique que nous désirons expérimenter. Mais quelle est la réalité dont nous voulons faire l’expérience ? quels sont les obstacles sur le chemin de la réalisation de cet état désiré ? Si les mots “tribu”, “tribus”, “tribal” sont des mots d’auto-subordination et auto-réducteurs, alors quelle serait la logique sensible de la continuation de l’auto-identité en considérant de tels termes de diminurion et de subordination politiques ?

Dans le rendu du verdict de l’affaire Johnson contre M’Intosh (cour suprême des Etats-Unis, juge John Marshall, 1823), le juge Marshall utilisa une présupposition (quelque chose auquel on prétend) comme base de sa décision au sujet de droit de domination du gouvernement des Etats-Unis. Basés sur les besoins politiques et économiques des Etats-Unis, il a dit que la supposition (NdT: “pretension” en anglais) d’un droit américain de domination sur les nations indiennes serait regardée comme la “loi de la terre” et comme quelque chose qui nne peut pas être questionné. Ce sur quoi il écrivait néanmoins, est la façon dont la réalité humaine se construit et de maintient.

Marshall, en fin opérateur du système qu’il était, aligné sur une élite intellectuelle subtile opérant au plus haut niveau du gouvernement des Etats-Unis, avait très bien compris une chose. Dans la durée, tout le monde perdrait de vue le fait que tout cela avait commencé avec une prétendue réalité, celle de la domination et de la subjugation des Indiens. Les idées qui commencèrent à être prétendues commenceraient à être expérimenter par les générations futures (comme la nôtre…), comme si elles étaient des faits physiques et comme si elles existaient physiquement. Marshall savait pertinemment qu’une fois que cela se passerait, une fois qu’en quelque sorte, ces idées se seraient “solidifiées”, alors elles prendraient l’apparence de devenir une partie inquestionnable et inquestionnée de la réalité physique.

Voilà où nous en sommes aujourd’hui. Toutefois, en tant que produit de l’esprit et des processus mentaux de l’homme blanc, la présupposition de la Cour Suprême dans Johnson contre M’Intosh a été et continue d’être ouverte aux questions et au défi de la part de notre point de vue original, libre et indépendant. C’est une fonction de nous-mêmes, il nous faut agir sur ce truisme et non pas comme si nous devions passivement accepter les mots et les idées que les colonisateurs nous ont métaphoriquement “faits descendre d’en haut”, donnés du haut de leur suffisance.