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Aux origines du colonialisme occidental: Quand « civilisation » = domination (Steven Newcomb)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 12 avril 2015 by Résistance 71

“A mon tour de poser une équation: Colonisation = Chosification”
~ Aimé Césaire ~

“La première caractéristique de l’homme blanc, c’est le mensonge et le double langage au service de son avidité. Le crime habillé en vertu, voilà la principale de vos valeurs.”
~ Sitting Bull, chef Hunkpapa, Lakota ~

“La mémoire, l’histoire, sont des réminiscences de mensonges passés, de forfaitures et aussi une réminiscence que des gens en apparence impuissants peuvent vaincre ceux qui les dirigent, s’ils persistent…”
~ Howard Zinn ~

“Si le génocide définit l’extermination physique d’un groupe humain, l’ethnocide en décrit son extermination culturelle et cette extermination culturelle est souvent le fait d’une seule civilisation qui extermine toutes les autres: la civilisation occidentale.”
~ Robert Jaulin ~

Appliquons cet excellent texte de Steven Newcomb à nous-mêmes, qu’en déduisons-nous ? Le système de domination colonial ne peut fonctionner qu’en ayant lui-même assujetti les esprits de son propre peuple. C’est parce que nous sommes avant tout tous des colonisés, que l’oligarchie a pu imposer sa vision dominatrice du monde.

Il est temps de réfléchir et de retirer notre consentement aux tyrans qui nous gouvernenent tous sans que nous l’ayons demandé. La colonisation, pour qu’elle soit durable, est avant tout une colonisation des esprits et entre les nations colonisées et nous peuples occidentaux, la même doctrine s’applique, ce n’est qu’une question de degré. Nos ancêtres les Gaulois ont aussi été colonisés, dominés par les Romains qui devinrent aux IXème-Xème siècle les légataires et propagateurs du nouvel empire, celui de la chrétienté par le Don de Constantin, nous avons tous été colonisés à un moment ou un autre et nous avons été subjugués et forcés à “croire” en un système de valeur étranger et aliénatoire sous couvert de “civilisation”. La connexion des peuples dans leur soumission au petit nombre est quasi universelle… Notre libération le sera tout autant !

Mitakuye Oyasin (Nous sommes tous inter-reliés)

— Résistance 71 —

 

Article connexe: « Nous sommes tous des colonisés ! »

 

Le processus de civilisation… de domination

 

Steven Newcomb

 

25 mars 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/03/25/civilizing-dominating-process

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

 

Une définition peut remarquée du mot “civilisation” est celles-ci: “l’imposition d’un schéma culturel particulier sur une population étrangère.” Le mot-clef ici est “imposition”, ce qui implique une agence qui s’engage dans le processus d’imposition d’un schéma culturel sur une population ou une nation.

L’imposition forcée est appelée “le processus de civilisation”. Le processus d’imposition forcée provient d’un sustème de domination qui est déguisé en quelque chose appelé “civilisation”, qui est un euphémisme pour “domination”.
La mission d’imposition forcée est aussi appelée “la mission”, comme dans “le système de mission catholique espagnole”. Le système complet par lequel l’imposition forcée est infligé sur des nations libres a typiquement été nommé “le système de mission”. Il opère au moyen de techniques et de phases bien spécifiques.

D’abord, envahissez un endroit où des nations libres vivent. Puis, capturez les gens vivant dans cet endroit. Troisièmement, vainquez le peuple de l’endroit en brisant son esprit de résistance de façon à pouvoir le subjuguer. Le subjuguer veut dire le forcer à se soumettre et à devenir imbriqué dans un système où il est conditionné à payer, prier et obéir, sans question.

Le forcer à une “habitude d’obéissance” à ceux travaillant sans relâche pour imposer ce système de domination. Ensuite, appelez cette habitude d’obéissance à la domination “la loi” ou “l’ordre civil” et la “société civile”. Utilisez le son des cloches et de vicieuses punitions pour créer une réponse conditionnée dans les systèmes nerveux et d’apprentissage neural des cerveaux de ceux qui sont soumis au système de domination.

Assumons le point de vue des gens qui travaillent pour imposer un système de domination sur les autres au demeurant vivant toujours libres et non dominés. Ceux qui vivent libres du système culturel imposé sont ceux qui posent une menace à la “mission” d’imposition. Ils sont bons pour être singularisés comme des “ennemis” du système de domination et doivent être amenés à la “soumission”.

Le système de domination étiquette les peuples libres de “sauvages”, de “barbares” parce qu’ils n’ont pas encore été “domestiqués” en étant forcé de rentrer sous le joug d’un système de domination que les dominants travaillent à leur imposer. Dans les premières étapes de la domination imposée, le mandat est soit de domestiquer ou soit d’exterminer le peuple de la nation libre. Le compte final des morts peut-être très haut, mais cela est pour le bien du système de domination. Également, la domination sur une terre “libre” + esclaves ou travail forcé = capital.

Les compréhensions et pratiques spirituelles du peuple libre lui donne un très fort esprit de résistance et un désir profond de dire “non” à la domination qui leur est imposée. Pour cette raison, leurs compréhensions et cérémonies spirituelles doivent être détruites et par là même leur esprit de résistance. Celles-ci doivent être remplacées par des cérémonies qui adorent et rendent hommage aux symboles et aux insitutions de la domination.

La langue du peuple libre leur donne une capacité de penser et de parler de telle façon qu’ils puissent nier la validité du système de domination, tout en fournissant la capacité de penser indépendemment des idées des dominants. Pour cette raison, leur langage libre doit-être détruit et la langue des dominants leur être imposée. Idéalement, les dominés doivent oublier leur existence libre originelle en tant que nations.

Leurs noms en leur propre langue leur donnent une identité libre du système de domination, donc chaque personne libre se doit de porter un nom du système de domination comme Thomas, Matthieu, Luc, Jean etc… Le peuple libre doit être conditionné à faire le signe de croix dans l’esprit de la vision supposée qu’a eu l’empereur romain Constantin: “par ce signe domine”.

Le but est de les faire “aller et venir” de façon à ce qu’ils n’aient nulle part où se tourner. En d’autres termes, le peupe libre doit-être conditionné à croire qu’il n’y a pas d’alternative au système de domination qui leur est imposé. Et quand et s’ils commencent à poser des questions et à défier le système de dominaton, il doit leur être dit qu’ils doivent suivre “la voie de la réconciliation”, c’est à dire “le retour à la soumission” et “retourner à l’église” ou “les maintenir sous domination”.

La doctrine de la découverte n’a jamais été au sujet de la “découverte” La doctrine a toujours été au sujet de la domination et de la déshumanisation. Il y a des gens qui disent que la “réconciliation” est la solution dont on a besoin, ce qui veut dire que nous devons nous “réconcilier” nous-mêmes avec un système de domination imposé. Ces personnes n’ont même pas commencer à comprendre ce qu’est le système de domination et ce que nous devons en faire. En fait, le terme “réconciliation” n’est qu’un synonyme catholique pour “soumission”, dont l’autre face de la même pièce est la “domination”.

L’adage “laissez la liberté sonner” (NdT: traduction littérale de l’anglais, pas d’équivalent à notre connaisance en français) réfère à la liberté de l’empire, ou ce que Thomas Jefferson appelait “l’empire de la liberté”. C’est un travesti. Ce qui est proclamé être libre et indépendant est l’empire, et non pas les nations ni les peuples qui sont forcés à accepter la “souveraineté” et la domination de l’empire.Les empires ont des colonies” avait dit James Madison de manière très honnête et les fondateurs de l’empire américain comprirent que c’était un système de domination qu’ils étaient en train de fonder en relation avec nos nations libres originelles.

Nos nations natives ont été soumises au “processus de civilisation (domination)” de l’empire américain et le système idéologique fait pour parvenir à ce processus de domination est appelé la loi et la politique fédérales des Etats-Unis. Sur cette base, le parlementaire Lloyd Meeds argumenta dans son rapport Minority Report for the Indian Policy Review Commission en 1976: “La doctrine de souveraineté tribale inhérente adoptée par le rapport majoritaire, ignore la réalité historique du fait que les tribus des Indiens d’Amérique ont perdu leur souveraineté en vertu de la découverte, de la conquête, de la cession, des traités, des statuts et de l’histoire.

Il continua: “Un tribunal international, Cayuga Indian Claims (Great Britain v. United States) … and the United States Supreme Court, Johnson v. M’Intosh, 21 U.S. (8 Wheat.) 543 (1823), and Cherokee Nation v. Georgia, 30 U.S. (5 Pet.) 1, 17 (1831), ont appliqué ces doctrines bien établies de la loi internationale pour mettre un terme à la souveraineté tribal des Amérindiens. Ainsi donc, dans la mesure où les tribus amérindiennes sont autorisées à exister en tant qu’unités politiques, c’est en vertu des lois des Etats-Unis et non pas par quelque droit inhérent à un gouvernement, par eux-mêmes ou par d’autres.

Il nous en revient de défier ce type de raisonnement qui n’est rien d’autre que le résultat de la mentalité de domination qui est imposée à nos nations originelles libres.

* * *

Rejoignez le mouvement pour la répudiation des bulles papales colonialistes, plus nous mettrons de pression sur la hiérarchie cléricale jusqu’au Vatican et plus ces diktats papaux auront de chance à être répudiés.

— Résistance 71 ~

Colonisation, décolonisation… Le latin langue morte mais source de sémantique colonialiste bien vivace…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 31 octobre 2014 by Résistance 71

Le latin langue morte ? Non ! Langue coloniale mère, braise sémantique rougeoyante dans l’âtre encore bien chaud du colonialisme où sont rougis les fers de notre marquage…

— Résistance 71 —

 

Le rôle du latin dans l’empire et la colonisation

 

Steven Newcomb

 

22 Octobre 2014

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/10/22/role-latin-empire-and-colonization

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Il y a quelques années, j’ai acheté le livre Latin for Americans (B. L. Ullman, Charles Henderson, and Norman E. Henry, New York: the MacMillan Co., 1962) chez un bouquiniste. C’est un livre d’école pour les Lycées qui a été publié à une époque où les élèves étaient attendus d’avoir quelques connaissances en Latin avant d’entrer à l’université. Le chapitre d’ouverture, intitulé “Our Roman Heritage” (“Notre héritage romain”), nous dit que les auteurs s’attendaient à ce que les élèves pensent qu’ils avaient pour eux-mêmes, un héritage latin, remontant à Rome et à l’empire romain. “Ceci est donc l’ancienne et puissante tradition dont vous faites partie”, écivirent-ils.

Supposez qu’il y ait eu un étudiant amérindien dans la classe de latin à cette époque. N’aurait-il pas été étrange de s’attendre à ce qu’un élève autochtone pense de lui ou elle-même qu’il aurait un patrimoine remontant à la Rome antique ?

Les auteurs de ce livre scolaire disent aussi: “Rien n’est plus incorrect que de dire que le Latin est une langue morte… Au contraire, dans une forme ou une autre, le Latin est bien vivant aujourd’hui et dans une large mesure c’est ce qui a donné l’immortalité aux Romains.” Parce que le Latin vit dans la langue anglaise, la connaissance du latin est importante pour parvenir à une connaissance plus profonde des schémas colonialistes de l’Anglais et des mots de langue anglaise.

Les auteurs disent de plus qu’il y a 2500 ans, la puissance militaire et politique de Rome “a dominé la plupart du reste du monde civilisé.” Ils font remarquer que les langues d’Espagne, du Portugal, de France, d’Italie et de Roumanie sont d’origine latine et “sont des descendantes vivantes du Latin parlé par les Romains qui conquirent et colonisèrent ces territoires”.

Dans le paragraphe ci-dessus, nous trouvons trois mots “dominé”, “conquirent” et “colonisèrent”. A la réflexion, “conquirent et colonisèrent” sont synonymes de “dominé”. Pour cette raison, la phrase ci-dessus peut-être réexprimée de cette manière: Ces langues sont “des descendantes vivantes du latin parlé par les Romains qui dominèrent ces terres.” Ce rephrasé correspond parfaitement à l’idée citée ci-dessus qui veut que Rome “a dominé la plupart du reste du monde civilisé.”

Un autre mot pour “monde civilisé” est “civilisation”. Une définition peu remarquée de “civilisation” correspond l’idée mentionnée que Rome et les Romains “dominèrent”. Cette définition de “civilisation” est celle-ci: “l’imposition d’une certaine culture sur une population qui est étrangère.

Des étrangers forçant leur culture et leur language sur un autre peuple résulte en une domination étrangère du peuple sur lequel cette culture et ce langauage sont imposés. Les auteurs de “Latin for Americans” font référence à ce type de domination dans l’histoire alors qu’ils écrivent: “Rome était en même temps urbs et obis, cité et monde et le latin fut utilisé partout, remplaçant largement les langues locales natives.” La domination romaine a commencé cette tendance “à largement remplacer les langues natales”.

Tout ceci mène à un point d’importance capitale pour nos nations et nos peuples quand on utilise la langue anglaise pour décoloniser nos esprits: la domination est un synonyme de civilisé et vice versa. Dominer est un synonyme de “civiliser” et vice versa. Les sauvages non-civilisés sont des sauvages non-dominés; des sauvages “indomptés” veut dire ceux qui vivent toujours libres de toute domination.

Ce livre d’étude dit que “plus de 60% des mots anglais sont dérivés ou sont pris du latin.” Ces mots anglais peuvent se tracer jusqu’à Rome, l’empire romain et sa domination sans cesse en expansion (“civilisation”). Ils sont des mots de la langue anglaise qui furent d’abord développés dans une perspective romaine et nous devons prendre cela en considération.

Prenez par exemple le mot “conquérir”. Quand l’empire romain a conquis un endroit, cela veut dire qu’il a obtenu une “victoire militaire” ou un “triomphe” sur l’endroit et ce du point de vue de l’empire romain. Une victoire ou un “triomphe” est quelque chose qui est “célébré” ou “célébratoire” du point de vue de ceux qui se considèrent comme les “vainqueurs” ou les gagnants. C’est de ce point de vue qu’est venue l’expression: “l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs” (NdT: que connait-on historiquement de la vie des Gaulois par exemple dans les années 50 av. J.C ? Rien… tout ce qui a été écrit sur les Gaulois vient du livre de Jules César “La Guerre des Gaules”, écrit par… le vainqueur d’Alésia. Ensuite, l’archéologie a confirmé ou infirmé certaines parties de ce que Julius Caesar a écrit…)

Ainsi qu’en est-il du point de vue de ceux sur qui les Romains considèrent avoir obtenu une victoire à célébrer ? Pourquoi des nations et des peuples qui furent sujets à la domination romaine appellent cela une “victoire” ? Si ceux qui sont dominés appellent la domination qui leur est imposée une “victoire” ou une “conquête”, cela suggère qu’ils se voient comme un ennemi contre qui une “victoire” ou une “conquête” ont été obtenues. Bizarrement, ils cadrent ce faisant la domination romaine réussie sur eux-mêmes non pas comme leur “défaite”, mais comme quelque chose à “célébrer”.

Nous, les peuples et nations originels de l’Île de la Grande Tortue, devons apprendre ce que nous venons de voir. Nous avons besoin de refuser de permettre que les mots de conquête victorieux et célébratoires s’appliquent à nos nations. Nous devons remplacer “conquête” et “conquis” par ceux de “dominé” et de “domination”. Ce faisant, nous reconnaissons de fait que nos nations ne sont pas défaites car nous continuons à questionner. à contester et à défier les schémas inacceptables et incessant de la domination qui nous est imposée. Nous devons adopter la position que nous avons le droit à tout jamais, de vivre libres de tout schéma de domination mis en place contre nous et primant sur la souveraineté de nos peuples et nos nations.

Le mot “domination” ne contient pas de vue célébratrice d’une imposition dominatrice. L’utilisation du mot “domination” est stratégique et tactique. Il montre que nous défions plus que nous acceptons la domination. Ceci ne donne pas non plus de “victoire” aux envahisseurs qui ont imposé cette forme de domination, qu’ils appellent du doux euphémisme de “civilisation”, à nos nations et peuples originellement libres.

Le juge de cour suprême John Roberts étudia cinq ans le latin en juste quatre ans. Nos pouvons donc assumer qu’il est très au courant de l’orientation dominatrice du mot dérivé du latin “subjection” utilisé contre nos nations à la fois par la majorité et les membres dissidents de la dite cour suprême quand elle rendît sa décision en Mai 2014 dans l’affaire Michigan contre Bay Mills Indian Community.

Le mot “subjection” veut dire “placer sous”, ou “classifier sous la domination de”, mais subjection remonte aussi au latin servitus, “esclavage, esclave, propriété”. La propriété a été définie comme “le premier établissement de domination physique socialement approuvé sur quelque partie du monde naturel”, qui est parfois appelé “occupation” ou “possession” (Jesse Dukeminier and James E. Krier, Property, Boston: Little, Brown and Co., 1981, p. 2). Une affirmation de domination préalable de possession par les Etats-Unis se trouve derrière l’utilisation par le gouvernement américain des expressions “nos tribus indiennes” ou de “tribus indiennes des Etats-Unis”.

Voici donc une question: Quel est notre contre-argument politique et décolonisant sur la déclaration du tribunal basée sur la langue latine, qui dit que nos nations existent en tant que “subjuguées, assujetties” à la domination américaine, qui est parfois aussi appelée “protection et autorité” ou “pouvoir plénière” des Etats-Unis ? Quel est notre contre-argument politique étant spécifiquement donné que les Etats-Unis affirment qu’un droit de “subjection” (servitus) et pré-supposé dans le “droit de découverte” chrétien et droit de “domination ultime” également connu en latin sous le vocable de dominorum christianorum et de dominationes ?

Résistance au colonialisme: Tribunal sur le génocide dans les pensionnats pour Indiens… Justice ou blanchiment ?…

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Complémentaire de notre article juste traduit et publié: « Ethnocide et génocide… 22-24 Octobre 2014 tribunal dans le Wisconsin sur le génocide des pensionnats pour Indiens ».

— Résistance 71 ~

 

Blanchiment de génocide en vue dans le Wisconsin ?

 

Mohawk Nation News

 

9 Octobre 2014

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2014/10/09/wisconsin-whitewash/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Blue Skies Inc. va organiser une supposée “Commission de la vérité sur les pensionnats pour Indiens” dans le Wisconsin du 22 au 24 Octobre courant. Les Etats-Unis exportent leur programme de génocide. L’Holocauste de l’île de la Grande Tortue est bien connu. Plus de 150 millions d’indigènes furent éliminés. Le Canada est un état policier bien connu pour maltraiter ses peuples indigènes. Les dictateurs de pays corporatistes envoient des membres de leurs gouvernements pour étudier comment les Etats-Unis et le Canada ont commis le “crime parfait” et pensent avoir échapper à ses conséquences. Ils sont ici pour rafiner leurs propres procédures et les remener dans leurs propres pays. Quelqu’un doit bien faire le sale boulot. Ces porte-flingues seront aussi sûrement éliminés.

Les tribunaux et commissions corporatistes sont mis en place et les voyous y siègent comme juges et commissaires pour entendre et enregistrer nos horribles témoignages de camps de la mort. Ils écoutent, discutent, puis perfectionnent en secret la recette pour que le meurtre de masse soit perpétué dans d’autres états policiers corporatistes. L’Afrique du Sud a étudié de près la théorie du quota sanguin de l’Indian Act canadien et en développa son régime d’apartheid. L’Afrique du sud ne suit plus le régime d’apartheid, le Canada lui, continue.

Nous parlons de notre propre expérience ainsi les peuples indigènes des autres pays pourront échapper à la même tragédie.

L’Agenda 21 de l’ONU remplit tous les critères requis pour le crime et le génocide. Les actionnaires des nations/entreprises, les perpétrateurs veulent une recette miracle pour l’assassinat afin de pouvoir continuer à tuer et que personne ne puisse être tenu pour responsable.

Les agences, fondations, corporations/entreprises qui se déguisent sous la forme de pays, de nations sont enregistrés avec le Vatican. Ils opèrent sous le chef de bien des fronts corporatistes afin de tromper les pauvres et de les piétiner. Contrôler l’économie et mettre en place des écoles du lavage de cerveau mimiquant l’éducation font partie de cet agenda.

Meurtre caractérisé, maladies, épidémies, prisons, camps de la mort, attaques directes et fournir des armes des deux côtés d’une belligérence sont quelques unes de leurs tactiques. Être le maître implique de mentir, de tuer et de manipuler le monde. Il y aura un retour de bâton. Même au sein de leurs propres peuples, le lavage de cerveau commence à sérieusement flancher. Encore et toujours ces assassins de masse ont été jugés et condamnés. La punition arrive. Nous, les indigènes, devons être capables de transcender nos histoires d’horreur. Nous devrions collecter des fonds à ces réunions et traduire le Vatican en justice pour le génocide des peuples de l’Île de la Grande Tortue. La seule cour de justice qui ne représente pas l’amirauté est la Cour Internationale de Justice de la Hague. Juges, commissaires, combien d’argent pouvez-vous nous donner pour y parvenir ? La nouvelle classe de millionnaires canadiens est constituée des 630 chefs indiens du Canada (NdT: pas les chefs traditionnels, seuls légitimes, mais les chefs issus des élections de conseils de bandes, institution émanant directement de l’Indian Act et donc du gouvernement répressif colonial qui ne “traite” qu’avec les corrompus qu’il a lui-même mis en place et qui n’ont AUCUN pouvoir légal vis à vis de la gouvernance traditionnelle autochtone que le pouvoir s’évertue à faire oublier par l’ethnocide organisé et la corruption du système éducatif…). Ceux-ci travaillent jour après jour pour mettre en place les politiques génocidaires (et ethnocidaires) de l’Indian Act colonial. Frères, avez-vous cent balles ?

Blue Skies Inc. De Grande-Bretagne n’est pas le même blus skies chanté par Willie Nelson : “Blue skies smiling at me. Nothing but blue skies do I see. Blue days all of them gone. Nothing but blue skies from now on.” Sing it, Willie! Willie Nelson. “Blue Skies”.

http://www.blueskiesfoundation.info/ScheduleOfEvents.pdf Commission on Residential Schools.

Blue Skies Foundation: http://www.blueskies.com/newsletter/august2011.pdf

Read. Bill Gates owns Ebola.

Résistance au fléau de l’humanité: Solutions anti-coloniales pour une décolonisation de l’empire ~ 2ème partie ~ (Taiaike Alfred)

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La grande loi du changement

 

Solutions anti-coloniales pour une décolonisation de l’empire

 

Taiaiake Alfred Ph.D
Professeur de Sciences Politiques à l’université de Victoria, BC, Canada, membre du clan de l’ours de la nation Mohawk

 

Extraits du livre “Wasase, voies indigènes d’action et de liberté” (2005, seconde édition 2009)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

= = =

 

“Pour les Indiens, normes et lois sont inhérentes à l’ordre naturel et ne sont pas imposées de l’extérieur. L’État est un concept totalement étranger…”
~ Len Sawatsky ~

 

“Les chasseurs-cueilleurs avaient la liberté de s’occuper de leurs familles et de leurs proches, de vivre selon la loi naturelle, sans conflit. Il n’y a pas de conflit dans la loi naturelle ; le mal n’existe pas.”

~ Russell Means ~

 

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1ère partie

2ème partie

 

Vieilles racines sur Terre        

 

Un aspect très important de la “motivation” est la dédication au but ultime de toute politique et de toute action: la réalisation de la paix. Du point de vue de la perspective philosophique d’Onkwehonwe, la politique et les mouvements sociaux sont parties intégrantes d’un bien plus grand champ d’action de lutte qui génère des relations sensées qui réfléchissent l’impératif fondamental indigène de rechercher la vie et l’harmonie par dessus toutes les formes de mort et de destruction. Dans les différentes cultures Onkwehonwe, les objectifs de la vie humaine sont définis comme la volonté de rechercher à comprendre les enseignements spirituels de base et de façonner sa vie afin de personnifier ces valeurs qui émergent du respect de ces principes fondamentaux tels que l’honneur, l’éthique du courage, l’inter-dépendance, le besoin de partager, l’humilité, la nécessité du respect, la liberté et l’inévitabilité de la lutte. Ces principes et valeurs Onkwehonwe sont le cadre de la paix et ils sont enracinés dans la vision de la loi naturelle mondiale partagée par tous les peuples autochtones. Les philosophies qui émergent de ces éléments sont les véritables voies pour la réaffirmaion d’une coexistence pacifique. Ces Onkwehonweneha sont les véritables visions alternatives aux visions capitaliste, communiste, aborigéniste et toutes autres façons de penser et de se comporter qui ont émergées des cultures européennes et par extension, euro-américaines.

La spiritualité et la culture de nos ancêtres sont préservées par des gens qui ont consacré leurs vies à maintenir les voies anciennes, la connaissance des cérémonies qui a donné à nos ancêtres un tel pouvoir, existent toujours dans nos communautés. Le défi qui se présente à nous, est celui de nous avancer sur le chemin de ces enseignements et de marcher sur ces chemins autochtones.

Ce qui est le plus important est ce qui se trouve ici, dans mon cœur”, nous dit Oren Lyons, gardien de la tradition de la nation iroquoise Onondaga.

Ce qui nous amène à une des questions les plus vivides dans la communauté Onkwehonwe aujourd’hui: Devez-vous parler une langue indigène pour vraiment être un indigène ?

La vaste majorité Onkwehonwe ne parle pas les langues ancestrales et la fluidité dans les langues natives parmi les populations autochtones de l’Île de la Grande Tortue est en sérieux déclin de manière générale. Ceci est un fait indéniable. Ces gens ne sont-ils donc pas Onkwehonwe ? (NdT: le professeur Taiaiake Alfred parle et communique en Mohawk mais ne le parle pas couramment de son propre aveu, il y travaille néanmoins et veille à ce que ses enfants soient multilingues, incluant leurs langues natives paternelle et maternelle). Pour le dire d’une manière différente: parler une langue native est-il la caractéristique définitive pour être Onkwehonwe ? Le colonialisme a tout fait pour que nous perdions nos langues et pour nous déculturer et nous forcer à nous “assimiler” dans la culture euro-américaine, en ce sens, la langue est la preuve prima facie de l’indigénisme, mais:

  • Les façons de voir le monde et de construire des systèmes de valeurs ne sont pas uniquement contenues dans les langages parlés…
  • Les langues sont en évolution constante. Nos ancêtres ne s’exprimaient pas de la même façon qu’aujourd’hui même dans la langue native (NdT: il en va de même du français et de toute autre langue vivante, le français d’aujourd’hui est bien différent de celui du XVème siècle)
  • Si la langue est tellement une caractéristique de la culture Onkwehonwe, comment alors expliquer que ceux d’entre nous qui ont volontairement œuvré avec les colonisateurs, qui ont signé des traités “abandonnant” des millions de km2 de nos terres ancestrales aux colons et qui ont fait la guerre à leurs propres frères et sœurs, qui ont travaillé avec l’envahisseur pour décimer la terre et piller les ressources pour le profit, étaient tous des gens unilingues, parlant les langues autochtones ?

[…]

La perte du langage est un indicateur de stress social et apparaît dans le contexte d’une certaine matrice politico-économique. La domination d’une langue sur une autre est une manifestation simple de la domination politique, sociale et économique d’un groupe sur un autre; ceci explique la domination globale de la langue anglaise, associé avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni et qui domine une myriade d’autres langues dans le monde.

[…]

La domination de la pensée européenne réfléchie dans son hégémonie sur les autres langues européennes peut et doit être mise au défi et le schéma doit être inversé si nous sommes sérieux sur notre objectif de réaffirmer l’existence des identités Onkwehonwe face à l’homogénisation de la culture impérialo-capitaliste… Ainsi, l’impérialisme est de manière inhérente un processus d’homogénisation culturelle et politique. Il s’ensuit donc qu’agir contre l’empire en régénérant la culture au travers de la renaissance des langues autochtones devient nécessairement anti-impérialiste (NdT: Il en va de même en France par exemple avec le Breton, le Provençal, le Basque, le Corse, le Catalan, la Langue d’Oc, le Picard etc…).

De fait, reconquérir la faculté de s’exprimer dans nos langues ancestrales Onkwehonwe pour réorganiser et recadrer nos existences est peut-être l’action la plus radicale et la plus subversive que puisse faire un guerrier Onkwehonwe.

Au delà de tout cela, au delà des langues utilisées pour exprimer des perspectives culturelles, des croyances et des valeurs, nous devons considérer l’importance des histoires (traditionnelles), des cérémonies et des rituels pour la régénération des existences autochtones authentiques.

[…]

Quelles sont les bases de ce système spirituel Onkwehonwe de croyances et de philosophie ? Elles sont simples, comme précédemment dit: inter-dépendance, cycles de changement, équilibre, lutte et enracinement. Il n’y a rien d’unique dans les enseignements de la Lodge, de la Longue Maison ou Hogan ou au travers de l’utilisation du tabac et de l’herbe fine. Du monde entier, les chants et danses indigènes nous disent les mêmes choses. Où que ce soit, les gens étant toujours connectés avec la terre et vivant en harmonie avec la nature, les enseignements sont les mêmes. Les cérémonies font plus que nous connecter à une tradition particulière ou une communauté, elles nous connectent avec la Terre et à notre véritable existence naturelle en tant qu’êtres humains.

[…]

Dans toutes nos nations maintenant, il y a une jeunesse qui commence sa vie d’activiste politique dans une position bien plus forte que les générations précédentes. Cette jeunesse parle sa langue autochtone, elle connaît son histoire, elle est éduquée à la fois dans les valeurs traditionnelles et les valeurs euro-américaines, lui donnant une connaissance des deux systèmes et de plus en plus cette jeunesse se libère de l’acool et de la drogue qui furent un problème destructeur pour les générations précédentes. Cette jeunesse mue de sa peau coloniale et se dédie de plus en plus à une lutte anti-impérialiste.

Note des traducteurs: S’ensuit ici dans le livre le transcript d’un entretien que le professeur Alfred a eu avec quelques jeunes autochtones (Brandon, Mika, Chris, Shana et Marilyn).

Voici quelques extraits lumineux de la conversation:

Brandon: “…La raison principale pour laquelle les autochtones boivent c’est parce qu’ils ont des problèmes qu’ils n’arrivent pas à gérer. J’ai tant de membres de ma famille qui ne peuvent pas en sortir. Ils ne peuvent pas juste sortir de la réserve. Quand je vois ces gens dans la rue, cela me motive d’autant plus de faire quelque chose de ma vie.”

Mika: “Je pense que pour nous libérer, nous devons nous lier avec les autres indigènes dans le monde entier, parce que nous devons faire face aux mêmes sortes de problèmes tels que le racisme et les problèmes liés à la terre. Nous devons analyser ce qu’ils font et travailler avec eux, parce que vous ne pouvez pas le faire en tant que nation, vous devez le faire de manière globale et gérer la situation ensemble. Cela rend plus fort.”

Chris: “L’auto-gouvernance ou de quelque manière qu’on veuille l’appeler, ne doit pas être financée par le gouvernement fédéral et ne doit pas répondre à une personne plus élevée, qui est une personne non-autochtone. Nous devons avoir quelque chose d’organisé par nous-mêmes, par nos propres gens. Nos gens éduqués doivent cogiter quelque chose avant que nous puissions bouger vers une auto-gouvernance, une auto-gestion. Ce qu’il se passe maintenant, est que nous demandons au gouvernement blanc de nous le donner. C’est nul, parce que dès lors nous leur devons des comptes. C’est pas vraiment ce que nous voulons he ?”

Shana: “Il y a une véritable poussée de la base pour la souveraineté, la liberté et l’émancipation du gouverneent qui nous opprime… Il se doit d’y avoir des gens qui retournent vers les communautés pour essayer de faire la différence, pour se renforcer de nouveau…”

Marilyn: “Les gens doivent apprendre à vivre sans la loi sur les Indiens (Indian Act). La dépendance en cette loi est bien trop grande. Beaucoup trop pensent que “c’est de là que proviennent nos droits…” C’est ce genre de chose qui perpétue la dépendance envers le gouvernement canadien. Nous avons des droits parce que nous sommes ici, point barre. Nous sommes sur ces terres depuis bien plus longtemps que quiconque d’autre. Nous devrions commencer par nous débarrasser de l’Indian Act et ensuite nous allier à travers le pays afin de ne plus agir en entités séparées. C’est la clef pour faire les demandes et de ne plus avoir à suivre leurs règles.”

Voilà l’esprit de la nouvelle génération Onkwehonwe. Claire d’esprit et vraiment, vraiment intelligente. Ils sont impatients, non pas seulement à l’encontre de la société coloniale blanche, mais aussi de leur propre leadership et de leurs organisations. Ils savent quelles sont les priorités et ils ne prendront aucun non-sens pour réponse. Le défi est de combiner l’énergie et la force de cette jeune génération avec la sagesse collective des personnes plus âgées qui ont la culture, la connaissance et l’expérience stratégique et tactique.

[…]

Il y a une logique dans l’injustice contenue dans l’analyse complète de l’histoire, de l’économie et de la politique que nous appelons “colonialisme”. Il y a aussi une logique à parvenir à la justice. C’est la logique de parvenir à vaincre l’intention génocidaire de l’impérialisme avec la persévérance et la survie continue de nos nations autochtones, outre-passant sa destruction culturelle avec nos existences sociales et culturelles revitalisées et en nous opposant à son imposition d’une isolation affaiblissante, en rétablissant des connexions cruciales qui renforcent et alimentent nos peuples.

En termes concrets, cela veut dire que les gens doivent parvenir au partage d’une véritable préoccupation du futur de nos nations, en dehors du fait du penser comment l’idée de la nation de leur peuple promeut leurs propres intérêts personnels et doivent construire une vision alternative qui peut offrir un échappatoire à la guerre interminable qui a empoisonnée les relations et les psychées des deux côtés de la division entre les peuples Onkwehonwe et colons… Les différents chemins existant pour la réconciliation du colonialisme échouent sur bien des fronts, de manière plus importante, comme moyen de résoudre de manière satisfaisante les injustices du colonialisme dans les cœurs et esprits des jeunes générations des leaders Onkwehonwe.

[…]

Les colons vont devoir grandir au-delà de leur arrogance culturelle et apprendre à devenir pluralistes dans leur vision du monde. Pour Onkwehonwe, cela veut dire générer une capacité de gouvernance, une auto-suffisance économique et des réformes sociales internes.

Un espace intellectuel et social doit être créé pour la paix. Dans la Grande Loi de la Paix rotinoshonni (des 6 nations iroquoises), Kaianereko:wa, il y a une référence à l”espace nettoyé” entre le village et la forêt, entre la maison et la famille, la sécurité et l’espace dangereux de la liberté. Avant qu’aucun accord ou réconciliation ne puisse se produire, il doit y avoir une connexion entre les gens, il doit y avoir une démonstration de respect et l’amour doit être généré. Alors et seulement alors, peuvent les “problèmes et intérêts” respectifs être discutés et sincèrement résolus. Voilà ce que veut dire une promesse de coexistence.

[…]

Nous devons dépasser les contraintes et limites éthiques de l’héritage judéo-chrétien de l’empire, qui nous ont mis sur un chemin d’auto-centralisation et de compétition violente entre les peuples divisés au sujet de la folie de leur propre “supériorité”. Nous devons en tant que race, espèce unique (humaine), reconnaître et transcender l’éthique primitive qui est devenue si destructrice alors qu’elle a fusionné avec les moyens technologiques de domination et d’armement avancé des empires modernes. Nous devons aller dans un sens qui va accepter l’inter-dépendance de tous les peuples et de tous les êtres. Existant en dehors de l’empire, les spiritualités autochtones peuvent devenir les fondations des cultures de responsabilité universelle et de respect dont on a besoin pour parvenir à une coexistence pacifique et assurer notre survie sur Terre…

Reconnaître que la violence est la fondation même du pouvoir de l’État et que cette violence est implicitement exprimée au travers de toutes les institutions, nous devons reconnaître que la paix sociale n’est pas une situation bénigne.

[…]

Onkwehonwe qui raisonne au sein du cadre de la mentalité dominante et voit au travers de l’objectif de leurs cultures colonisées sont rendus incapables de se défendre eux-mêmes de l’annihilation. Sans briser les psychologies de l’impérialisme et la mentalité coloniale, l’organisation de toute résistance est futile !

[…]

Si le pouvoir légal et politique que l’État et les colons possèdent sur Onkwehonwe est fondé sur la complicité, alors la première question que devrait avoir un peuple recherchant sa liberté est la suivante: “L’État est-il capable et a t’il la volonté d’utiliser la violence pour mettre en application des lois et des politiques existantes, au delà de l’intimidation de quelques individus et de petits groupes isolés ?” Si l’État est confronté à une large action collective, un mouvemement de grande amplitude, intensif et coordonné, de la part des peuples autochtones pour que ceux-ci réoccupent leurs terres et reprennent leurs droits et libertés, la réponse sera ‘non’.” L’objectif politique devrait être de forcer une crise politico-sociale sur deux fronts:

  • La disjonction entre la conscience politique de la société coloniale et les réalités du pouvoir d’État
  • Le conflit moral entre les identités contemporaines des colons et le renouvellement forcé du besoin de l’utilisation d’une violence colonisatrice explicite. Le conflit psychologique résidant entre la perception par les colons de vivre dans une société paisible, sécure, stable et démocratique et les scènes de violence de la répression ouverte des peuples autochtones.

[…]

Le seul espoir pour les peuples indigènes de survivre comme nations est dans le pouvoir de mouvements en dehors des structures politiques établies et au delà des chemins donnés par la loi d’état et les politiques gouvernentales (NdT: Ce qu’Alfred appelle “l’anarcho-indigénisme”). Ces temps appellent pour une génération de nouveau pouvoir par de nouveaux moyens. L’un de ceux-ci est de parvenir à gagner un pouvoir économique et ainsi les moyens de base pour influencer la loi et la politique. Un autre, à moins d’avoir accès immédiat à la terre et de pouvoir générer un pouvoir économique, est de nous réorganiser nous-mêmes pour forcer un changement au travers du pouvoir de manifestation de notre volonté collective de (sur)vivre. L’homme blanc a fait les règles depuis un bon moment: assimilez-vous ou auto-détruisez-vous. Il est plus que temps de changer les règles du jeu.

[…]

La décolonisation, pour résumer, est le processus de découvrir la vérité dans un monde créé du mensonge… Dans une réalité coloniale, notre lutte prend forme avec toutes les formes existantes de pouvoir politique et dans ce combat, nous amenons notre seule véritable arme: la puissance de la vérité…

A terme, le mouvement zapatiste du Mexique, que je tiens comme le mouvement Onkwehonwe le plus efficace et commandable, est illustratif de ma vision de transformation et de régénération. Ce mouvement zapatista a commencé en 1984, lorsque six personnes furent impliquées dans la mission stratégique de protéger les populations autochtones du Chiapas dans le sud du Mexique. Ils organisèrent la protection des populations Maya contre la répression des milices métisses qui servaient les intérêts des grand propriétaires terriens. Les Zapatistes essayèrent d’organiser leur résistance sur des principes marxistes mais échouèrent. Ce ne fut pas avant d’avoir mélangé ces idées étrangères avec un mouvement catholique appelé la “théologie de la libération” (NdT: qui vit le jour en pratique dans les années 1970 au moment de la répression généralisée anti-gauche radicale en Amérique du sud sous l’égide de l’opération Condor de la CIA) et des idées culturelles indigènes, qu’un nouveau mouvement, capable de s’attirer le soutien des populations Maya du sud du Mexique, vit le jour. Ce nouveau mouvement était pragmatique et enraciné, il reconnaissait le besoin absolu de fonder les luttes indigènes sur les vérités autochtones articulés de manière indigène dans les langues locales. Il fut aussi signifiant que les populations Maya du Chiapas furent éveillées par un leader charismatique (NdT: Le Subcommandante Insurgente Marcos qui n’a jamais été un chef, tout au plus un porte-parole, sans aucun pouvoir exécutif. Il a agi en “chef de guerre” traditionnel).

L’interaction de ces deux facteurs, les racines culturelles autochtones et la réénergisation par un leader extérieur, a mené à ce qui est le seul mouvement d’ampleur a succès de résurgence indigène, de liberté et de changements politico-sociaux de ces trente dernières années.

Plutôt que de se décider a détruire ou remplacer l’État ou d’éjecter les colons, le but final devrait être formulé comme celui de la réalisation en termes positifs de la création d’une nouvelle société. Ceci est la libération par la transformation.

L’Île de la Grande Tortue a connu cela dans le passé, la réminiscence d’un grand mouvement par le chef de guerre Shawnee Tecumseh et son frère, le prophète Tenskwatewa au début du XIXème siècle.

* *NdT: Nous avons émis des idées similaires sur Résistance 71 en disant qu’il n’y avait aucune solution au sein du système quel qu’il soit et que nous devions nous concentrer sur la création d’un contre-pouvoir populaire, sûrement auto-gestonnaire, ignorer l’État et toutes les institutions, qui tomberaient comme un fruit trop mûr une fois le contre-pouvoir en marche. Retirons notre consentement, refusons de servir, organisons le contre-pouvoir entre nous, la main dans la main avec nos frères indigènes du monde entier, libérés du joug colonial, à tout jamais. C’est çà l’émancipation véritable !

En tant que peuples relevant le défi de confronter l’impérialisme, nous devrions nous nourrir de ce qu’a dit Gandhi à la fin de sa vie, lorsqu’il a dit aux gens que pour lui, après tout ce qu’il avait traversé, le bonheur résidait dans “l’effort et non pas dans le résultat”. Ceci est la marque du grand guerrier spirituel et c’est l’esprit que nous devons avoir alors que nous luttons pour régénérer nos peuples, car de tous temps et dans toutes les nations, être un guerrier, c’est vivre une vie de lutte pour la liberté et la dignité.

Il est donc grand temps de chanter nos chants de guerre et de continuer notre voyage.

* * *

Autres parties du livre « Wasase » en français

Notre dossier « Colonialisme et luttes indigènes »

Résistance au fléau de l’humanité: Solutions anti-coloniales pour une décolonisation de l’empire ~ 1ère partie ~ (Taiaike Alfred)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 5 septembre 2014 by Résistance 71

“Tous les Canadiens non-autochtones ont grandement bénéficié de politiques racistes allant du vol de la terre au reniement par le gouvernement de traités officiels et solennels. Tout ceci représente la fondation même de notre richesse. Comme dans toute relation, reconnaître que ceci fut mal et un tort, ainsi que de s’en repentir, constituent les premiers pas vers une cicatrisation et une réconciliation.”
~ Diane Engelstadt ~

“L’authentique libération, le processus d’humanisation, n’est pas un autre dépôt à faire dans la tête de l’Homme. La libération est une praxis: l’action et la réflexion d’hommes et de femmes sur leur monde afin de le transformer…

Ceci est une autre dimension fondamentale de la théorie de l’action oppressive, qui est aussi vieille que l’oppression elle-même. Alors que la minorité oppressive subjugue et domine la majorité, elle doit aussi la diviser et la maintenir divisée afin de parvenir à rester au pouvoir.”
~ Paolo Freire ~

 

La grande loi du changement

 

Solutions anti-coloniales pour une décolonisation de l’empire

 

Taiaiake Alfred Ph.D

Professeur de Sciences Politiques à l’université de Victoria, BC, Canada, membre du clan de l’ours de la nation Mohawk

 

Extraits du livre “Wasase, voies indigènes d’action et de liberté” (2005, seconde édition 2009)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

1ère partie

2ème partie

 

Ceci constitue la suite de ce que nous avons traduit et publié précédemment (https://resistance71.wordpress.com/2014/08/13/solutions-pour-lutter-contre-le-fleau-mondial-que-represente-le-colonialisme-a-son-apogee-avec-loccident-depuis-le-xveme-siecle-1ere-partie/ ) sur la résurgence indigène dans la lutte anticoloniale au Canada et en Amérique du Nord.

Dans cette partie, le professeur Alfred s’attache à définir, à analyser les méthodes de lutte, à déterminer une méthode d’évaluation du succès d’une quelconque décolonisation, du comment les colons essentiellement occidentaux peuvent être de quelque utilité et de déterminer quelques voies pour une solution au problème colonial et impérialiste.

Cette traduction d’extraits provient de la seconde édition du livre (2009), University of Toronto Press, à partir de la page 204.

-[]- Peut-on envisager une politique de résurgence (indigène) qui soit authentiquement culturelle, spirituellement enracinée et vouée à la non-violence dans sa stratégie et qui par là-même mènerait à la création d’une menace crédible pour l’ordre colonial ? Pour essayer de comprendre, penchons-nous sur le seul mouvement de masse qui fut fondé sur ces prérogatives: celui qui eut lieu en Inde lors de la campagne contre le règne impérialiste britannique, inspiré et mené par Mohandas K. Gandhi. La campagne Satyagraha fut construite sur le concept d’étapes progressives vers la liberté… Depuis sa base de non-coopération avec l’injustice, le mouvemenent élabora et mit en place d’autres idées stratégiques et tactiques, mais le refus individuel et collectif de légitimer le pouvoir britannique et de ses sbires locaux, fut la fondation solide de la délivrance du pouvoir impérial et de sa domination pour ces pays qui devinrent l’Inde et le Pakistan. Pour Gandhi, l’agitation au sein du contexte de la loi coloniale était la première étape nécessaire pour démontrer l’inefficacité des stratégies légales pour les gens opprimés et pour couper l’herbe sous les pieds de toute accusation de déraison qui pourrait être émise contre le mouvement par les forces réactionnaires dans et en dehors du mouvement. Alors seulement des formes plus fermes et plus intenses de contestation pourraient être justifiées.

La seconde étape du mouvement fut la désobéissance civile, une poussée massive du pouvoir indigène contre les structures d’état divisives et directives. Ces formes de résurgence prirent forme lorsque le peuple abandonna son allégeance à l’État et commença à se retirer de la bureaucratie coloniale et des bureaux locaux de structure coloniale qui étaient utilisés pour contrôler les populations locales. Ils commencèrent par boycotter les structures du gouvernement et développèrent dans le même temps des structures alternatives de gouvernement au sein des communautés (NdT: Ce que nous appelons le “contre-pouvoir autogestionnaire”…). Suivant la désobéissance civile, les fonctions du gouvernement colonial furent usurpées par des gouvernements populaires indigènes parallèles afin de terminer de défier l’autorité impériale. Ceci ne se produisit pas de manière uniforme à travers le pays. Les Britanniques furent vaincus par un mouvement de masse qui prit pas à pas la place de beaucoup de fonctions locales et qui fut dirigé contre des cibles institutionnelles qui émergèrent au fil des situations de terrain.

Cinquante ans après la défaite des Britanniques et la partition de leur ancienne colonie en deux pays que sont l’Inde et le Pakistan, nous pouvons analyser et considérer la véritable leçon du mouvement de Gandhi: Le chemin de la liberté pour les personnes colonisées passe par le renforcement personnel pour ensuite développer une capacité d’action collective. Nous apprenons aussi que le mouvement anti-colonial n’est pas une résistance systémique totale. Au lieu de cela, ses actions sont faites pour être spécifiques au mal ou aux injustices ciblés par le mouvement quelque que soit le lieu ou le moment de la lutte. Ceci implique une approche de coopération stratégique avec les parties du système colonial qui sont en fait bonnes ou qui ne sont pas impliquées dans les injustices spécifiques qui sont ciblées pour action par le mouvement. Ceci demande un leadership respecté, des guerriers disciplinés et entraînés, des populations spirituellement et culturellement en confiance et une motivation envers un objectif préalable fondamental.

Dans notre situation, en tant qu’Onkwehonwe (peuples habitants l’Île de la Grande Tortue ou Amérique du Nord), un tel but unifié inclusif unifierait la multiplicité des luttes locales et les aideraient à se joindre en une force concertée et focalisée. Le mouvement pourrait ensuite développer une vision alternative d’une relation entre Onkwehonwe et l’état, surtout une fois que le pouvoir colonial et la volonté de défendre un ordre injuste aient été brisés. Pour concevoir le succès d’une telle action, nos peuples doivent être une incarnation de la morale du guerrier à grande échelle, c’est à dire posséder une large et forte croyance dans la lutte pour un noble et juste cause. La dignité doit être une haute valeur, le sacrifice anobli et les méthodes de lutte doivent être bien connues de tous et pratiquées à la lettre.

[…]

Gandhi lui-même se référait aux activistes de la campagne comme des “soldats de la paix”. Je fus très étonné de lire le point de similarité entre l’idée de Gandhi sur le “guerrier” en le comparant au mot Kanienkeha (Mohawk) de Rotiskenhrakete, c’est à dire “celui qui porte la charge de la paix” et aussi comment le défunt shaman Tuscaroa Ours Fou décrivait dans son concept d’une existence pacifique et authentique d’Onkwehonwe, son concept du “guerrier amical”.

Il y a bien sûr des différences de philosophies entre l’Inde et Onkwehonwe. Les philosophies Onkwehonwe sont plus ancrées dans la nature…

Quelle est donc la synthèse ? Je pense que ce serait un mouvement anti-étatique qui serait orienté vers la reconnexion des gens à leur terre, la réunification de leurs communautés et la restauration de la sécurité culturelle chez les individus et dans les collectifs. Cela recréerait chez les gens une croyance en eux-mêmes et en leur héritage culturel et leur donnerait quelque chose pour quoi lutter en tant qu’Onkwehonwe. Une chose importante néanmoins serait que le mouvement ne soit pas lié au territoire (notion obsolète de propriété) mais à la terre ancestrale commune. Il transcendera les notions euro-américaines de temps et d’espace qui contraignent la reconnaissance de l’identité Onkwehonwe et les droits de ceux qui agissent dans des voies et des endroits de vie sanctionnés par l’État. La terre, n’est pas territoire, sauf au sens colonial du terme. Les résurgences Onkwehonwe agiront contre les limites que la société blanche a placé sur le fait d’être indigène et feront bouger librement sur nos terres ancestrales, car pour Onkwehonwe à Anowara, notre maison est partout et nous sommes tous inter-reliés. Les fronttières territoriales sont une insulte et un assaut à ce sens très autochtone de l’endroit et de l’être.

[…]

L’État est un artifice de rationalité euro-américaine, c’est mécanique, bureaucratique et en fait assez simple. La voie indigène est de respecter les relations et les formes d’organisation et de communication qui sont organiques et naturelles à l’expérience des gens, naturelle, complexe et parfois chaotique selon une perspective euro-américaine qui valorise la régularité et le contrôle par dessus tout. Un empire est fondé sur un procéduralisme obsessif et sur la loi, Kahwatsire (mot Kanienkeha/Mohawk qui désigne le fait que “tous nos feux sont connectés” en référence aux feux des conseils des nations) implique la confiance. Un empire recherche des solutions définies accomplissant la justice comme but ultime; Onkwehonwe est guidé par la compassion universelle et recherche l’accomplissement de connexions. L’empire mène à l’aliénation (NdT: Nous avons le meilleur exemple de tous aujourd’hui dans notre monde du XXIème siècle totalement dominé par l’empire anglo-américain, qui nous démontre au quotidien que l’impérialisme débridé total mène à l’aliénation totale) tandis que les voies autochtones natives génèrent le bonheur humain.

[…]

Ainsi, devant les défis politico-économiques, les leaders potentiels du mouvement (NdT: “leaders” ici ne veut pas dire chef au sens de “donneur d’ordre”, mais de personnalités naturellement plus charismatiques qui deviendront des portes-parole sans pouvoir, en référence à la “chefferie sans pouvoir” très bien étudiée par l’anthropologue politique Pierre Clastres) devront rester focalisés sur le véritable exercice du pouvoir et créer de nouvelles stratégies de mobilisation pour confronter le pouvoir coercitif de contrôle de l’État. En cela, la dimension économique est toujours des plus importante. Elle est le cadre du véritable pouvoir, en opposition avec des stratégies qui ne joueraient qu’un jeu politique au sein du système colonial. L’auto-suffisance individuelle et collective doit-être vue comme une nécessité absolue. C’est une situation qui voit notre dépendance économique être un atout majeur de contrôle utilisé par l’oppresseur colonial pour contrôler notre peuple (NdT: et par extension… Le peuple colon, lui-même colonisé au sein de son système, du moins du système de domination qu’il cautionne…).

A cet égard, le mouvement Zapatiste du Chiapas au Mexique (EZLN), par exemple, explique son propre succès à construire et à maintenir l’intégrité de son peuple et spécifiquement au développement de la capacité à confronter l’état, comme étant une fonction de la résistance à la cooptation, au noyautage:

Ils nous ont offert beaucoup de choses, de l’argent, des projets, de l’aide et quand nous avons tout rejeté, ils se sont mis en colère et nous ont menacé. C’est ainsi que nous avons compris qu’en refusant d’accepter l‘aide du gouvernement, en résistant, nous mettions les puissants en colère et il n’y a rien de mieux pour un combattant zapatiste que de mettre les puissants en colère. Alors, avec une joie singulière, nous sommes nous dédiés à résister, à dire NON, à transformer notre pauvreté en une arme, l’arme de la résistance.

Il y a des réalités pratiques incontournables comme celles de se nourrir, de se loger, de s’habiller et de soutenir les gens qui sont impliqués dans le mouvement de manière indépendante ou du moins sans le financement du gouvernement ou d’entités commerciales. Tant que nous ne pourrons pas mettre de la nourriture dans nos bouches, nous héberger, nous vêtir, nous fournir en médicaments de manière indépendante sans être obligés de dépendre de nos adversaires, nous n’aurons pas de véritable mouvement de liberté et d’émancipation. Historiquement, les nouvements idéologiques de libération ont toujours échoué de produire un changement réel dans la vie des gens opprimés. Le contrôle économique et l’auto-suffisance sont très importants et il y a très peu de personnes mis à part les Zapatistes du Mexique, qui peuvent dire qu’ils ont la capacité d’agir indépendemment du contrôle de l’État sur les ressources qui assurent la survie même des personnes physiques et des communautés. (NdT: Dans l’époque moderne, les communes anarchistes espagnoles entre 1868 et 1939 l’ont également fait et il a fallu une union sacrée étatiste entre les fascismes brun, rouge et une république modérée: la France, pour en venir à bout et restaurer le statu quo oligarchique…).

La plupart d’entre nous Onkwehonwe, ont été élevés dans une société coloniale et avons été corrompus par la richesse nous entourant et ne pouvons même pas imaginer rejeter le confort du monde moderne pour la liberté d’action en tant qu’Onkwehonwe. Les populations Mayas qui forment le cœur même du mouvement zapatiste au Mexique sont incroyablement pauvres en terme matériel et vivent enourés de colons qui ne sont qu’un peu plus riches qu’eux. Les Zapatistes sont capables de vivre de cette façon et en ont la volonté. Nos peuples ici ne l’ont pas, ceci représente la réalité de terrain.

L’auto-suffisance doit être conçue et réalisée dans le contexte de la vie de nos peuples…

La vaste majorité de nos gens a été déconnectée (par la société coloniale) de son environnement naturel dans les réserves mêmes ou dans des villes où il manque de connaissance et de force de caractère pour vivre le type de vie que vivait nos ancêtres. Le “retour à la terre” n’est tout simplement pas ou plus quelque chose de vital pour notre peuple.

Ces Onkwehonwe qui ont fait la démarche vers l’auto-suffisance sont parvenus à un degré d’indépendance pour eux-mêmes et ont acquis le soutien de leurs pairs non pas en se retirant du système, mais en défiant activement ce système économique. Ils ont conceptualisé le colonialisme comme une dépendance et ont attaqué ce problème de dépendance frontalement en recherchant des moyens alternatifs de se nourrir, de se loger et de subvenir à leur population en leurs propres termes. Ces dernières années, le mouvement Onkwehonwe d’auto-suffisance et de contrôle économique est virtuellement devenu synonyme d’entreprises de jeu et de l’établissement de casinos et de business associé avec les casinos dans les réserves indiennes.

[…]

Est-ce cela consistant avec une existence indigène authentique ?

Beaucoup de personnes parmi nos anciens les plus respectés de nos communautés Onkwehonwe nous disent qu’il y a des valeurs et caractéristiques essentielles à être Onkwehonwe qui ne peuvent pas être compromises, ignorées ou altérées et ce même dans une lutte à mort avec un ennemi puissant et terrifiant.

[…]

Maintenant nous sommes entourés des avocats d’un autre paradigme idéologique.

Suivant dans le sillage d’un nationalisme mal conçu et d’un traditionnalisme naïf, nous sommes dans la poigne politique d’une idéologie légaliste et non-controversive que j’appelle l’aborigénisme qui soutient que la solution aux problèmes de nos peuples consiste en la notion illusoire que l’argumentation légale en cour de justice coloniale peut déloger des siècles de racisme retranché et enraciné et le privilège impérial et ainsi transformer les sociétés coloniales en sociétés humaines. Il n’y a simplement aucun fondement expérimental pour soutenir l’hypothèse sur laquelle cela repose…

Le nationalisme autochtone a pris une base solide de vérité indéniable, nos existences collectives en tant que nations et que peuples et y a greffé une mauvaise analyse politique et en résultante un mauvais programme politique. Trente ans plus tard, nos nations ont été cooptées, noyautées, dans des mouvements “d’auto-gouvernement” et de “compensations pour revendications territoriales”, qui sont définis dans leurs objectifs par l’état colonial et qui sont en complète opposition avec nos objectifs originaux. Notre concept de nation a été corrompu en le positionnant dans un cadre idéologique et au lieu de refléter un sens authentique de l’être collectif Onkwehonwe, le cadre idéologique lui-même est devenu le véhicule dérouté par lequel la bureaucratisation et la corruption ont été amenées dans nos vies. On a promis à nos peuples qu’ils seraient reconnus en tant que nations et que leurs terres leur seraient retournées, mais au lieu de réaliser ces objectifs, on nous a laissé avec un cas particulièrement grave de métastases gouvernementalistes.

Le traditionnalisme, le mouvement pour restaurer l’intégrité politique, sociale et culturelle de nos communautés en restaurant les modèles anciens de gouvernance et d’interactions sociales s’est dégradé à un point risible de New-Age nombriliste, un spectacle cérémonieux ou écran de fumée derrière lesquels les bas abus des maîtres coloniaux continuent à un niveau personnel et collectif.

[…]

Comment confrontons-nous le pouvoir de l’État et sa capacité à battre (de toutes les manières) nos protestions contre l’injustice ?

Mettre en échec le grand mensonge des mythologies coloniales est possible. L’État capitaliste impérialiste (colonial) est une énorme machine, impossible à vaincre, ou même à confronter de force et frontalement. Il doit être confronté en angle et avoir ses forces les plus fortes retournées contre lui-même. La manière de mettre en échec l’État colonial est de lutter au moyen de contentieux créatifs pour le délégitimer et pour affaiblir les croyances et les engagements dans les esprits des colons et non pas en confrontant l’État sur ses propres termes et en jouant sur sa force: la violence. Onkwehonwe doit arrêter de manifester contre l’injustice. Les manifestations classiques doivent être mises au placard, car elles sont inutiles pour quiconque a une motivation sérieuse pour un changement politique. La protestation, rendue publique par la maifestation organisée renforce l’autorité ; pour défaire l’autorité coloniale (NdT: et ceci est valable aussi pour les peuples colons victimes de l’idéologie coloniale qui s’applique à elle en première instance…), mettons en échec les injustices coloniales, et créons les conditions d’une coexistence pacifique, il est nécessaire pour Onkwehonwe de s’embarquer dans une attaque directe sur la fondation même de la puissance de l’état et de son autorité, ceci est fait par les stratégies de contentieux créatifs, le chemin du milieu entre l’insurrection armée et la manifestation conventionnelle.

Il y a apparemment deux façons d’attaquer la légitimité des institutions gouvernantes. La première est de la confronter activement, la seconde est la stratégie de retirer son consentement et de ne plus coopérer avec les institutions, comme l’ont fait Gandhi et les Zapatistes en défense contre le colonialisme. Ceci fut développé également et mis en pratique par Vaclav Havel, le leader politique tchèque contre l’occupation et la domination soviétique…

Le défi tchèque contre l’autorité soviétique par leur retrait de participation et leur refus de coopérer activement à leur propre subjugation, fut un mouvement très puissant de contentieux créatif, qui mena à la défaite d’un empire et dont l’exemple de liberté contribua grandement à la délégitimation de l’autorité soviétique dans l’empire lui-même.

Lorsque l’État possède une force militaire très importante, les opposants doivent utiliser leurs ressources et capacités pour empêcher l’état de poursuivre ses activités et son agenda et de perturber le système. Nos corps, nos esprits et notre coopération sont tous trois importants au fonctionnement du système colonial. La force militaire peut créer une peur pour forcer l’obéissance, mais c’est une force destructive. Cela ne peut générer qu’une force coercitive et est incapable de créer les forces positives pour faire fonctionner les relations politiques et économiques du système colonial. La force militaire peut forcer les gens hors de leur terre, les déconnecter de leurs familles et leur occasionner des dommages physiques, mais elle ne peut rien générer de positif, elle ne peut donc pas être la force utilisée par l’empire pour coloniser et induire l’obéissance et la coopération, cette force est l’effet psychologique de la menace de la violence. Ainsi, si un peuple peut résister l’assaut physique de la force militaire et maintenir son courage et sa liberté d’esprit, il demeurera essentiellement non-colonisé, sujet à l’usurpation de ses droits et à l’occupation injuste des ses terres, mais demeurera spirituellement libre.

Les non-colonisés possèdent un pouvoir qui est au-delà de la poigne et hors d’atteinte des autorités coloniales. Ils demeurent enracinés dans leur authenticité malgré les assauts physiques et autres activités coloniales, qui ne peuvent pas en fait être maintenues sur le long terme sans la coopération explicite et le consentement des gens.

Les politiques de contentieux, de défis, se produisent lorsque les gens reconnaissent une chance d’affirmer leurs existences authentiques, lorsque des fêlures et des faiblesses dans le système colonial deviennent des opportunités. Reconnaître que le système colonial se nourrit de la collaboration du mensonge et de la peur induits par la menace implicite de la violence et encouragé par des avantages monnétaires ou psychologiques, les guerriers Onkwehonwe de la vérité, immunisés de la peur et éclairés des réalités du vrai pouvoir, démasquent les supercheries de l’État. Ils forcent les autorités à démontrer à la population ce que les guerriers savent déjà: qu’il n’y a aucune moralité, aucune base légale, aucune équité, aucune vérité ni justice dans quelque forme de pouvoir d’État que ce soit et que son seul pouvoir indéniable est celui d’une violence débordante, du monopole de la violence qu’il juge légitime. Une fois que le charme de la loi, de la moralité et de la fiction culturelle est brisé et que les gens peuvent voir par eux-mêmes que la seule chose sous-jacente de la relation de contrôle des colons sur Onkwehonwe est la force brute, il n’y a alors plus aucune légitimité envers l’entière entreprise coloniale. A partir de là. Il n’y a plus loin à aller pour un changement total de relation.

Cette politique est un grand jeu de l’esprit où le champ de bataille est la conscience du public, qui est formatée, manipulée par les médias et par des actions de défi programmées. Dans cet environnement, le plus important est la façon dont les ressources, l’éducation et l’entrainement sont dirigés, plutôt que leurs existences dans les communautés. Ceci est quelque chose de complètement ignoré par nos aboriginalistes qui s’imaginent que nos communautés vont survivre simplement au travers du processus de l’éducation publique et d’une formation au travail capitaliste…

Ainsi, le contentieux créatif et non-violent, le retrait de la participation aux institutions politiques de l’État et le renforcement de notre présence et de l’utilisation effective des médias de masse, sont des piliers pratiques dont nous avons besoin pour construire le support même de la décolonisation sur ce continent.

[…]

De la situation aujourd’hui, envahis par des leaders corrompus, divisés entre nous et englués dans des institutions cooptées et noyautées, je pense que nous avons besoin de quatre choses:

  • Unifier les préoccupations et les approches des différentes parties des mouvements des peuples indigènes, car il n’y a en ce moment aucune focalisation de l’activisme ni en termes d’objectifs, ni en termes de stratégies ;
  • Appeler les gens qui ne se commettent pas à donner leur soutien actif, la plupart des Onkwehonwe sont apathiques, désillusionnés et ne participent pas du tout à la vie publique ;
  • Attaquer agressivement les hypocrisies et les inconsistances de la société coloniale afin de la délégitimer ou bien même de gagner divers segments de cette société et les gens qui l’administrent et ;
  • Maintenir une constance avec les enseignements et la vision d’une coexistence pacifique qui est l’héritage de tout Onkwehonwe.

Nous devons également définir ce que représente un “succès” du mouvement pour des raisons psychologiques et stratégiques, comme quelque chose de progressif de déroulant sous différentes formes et à différents degrés. L’État concède le pouvoir sur une base de calcul coût/profit ; ainsi quand le coût d’une concession a la justice est moindre que le coût d’une maintenance d’une injustice, il fera cette concession. Donc la question est de savoir comment savons-nous que nous gagnons lorsque nous sommes dans le processus de décolonisation ?

(NdT: Ceci s’applique aussi parfaitement à nous, les victimes de l’intérieur du système colonial qui imposent sur nous ses visions et son dogme pour que tout cela soit possible en première instance, nous pouvons utiliser ces mêmes critères et stratégies pour nous émanciper et rejoindre nos frères colonisés, parce que quelque part… NOUS SOMMES TOUS DES COLONISÉS !)
Le premier signe de victoire va se produire lorsque nous définissons le terrain moral de la politique, que nous créons des normes de jugement et des attentes par lesquels les colons vont commencer à évaluer leurs propres attitudes et choix. Cette appropriation progressive du terrain moral rend la délégitimation de l’État possible. Secundo, sur un plan pratique, le succès survient lorsque Onkwehonwe se retirent et attaquent les réseaux de pouvoir institutionnels qui constituent l’État, comme des radicaux libres envahissant le corps colonial. Par l’effet cumulatif de petites résurgences et d’abdications, l’État va être rendu inutile dans ses fonctions centrales de contrôle. Un autre signe de victoire viendra lorsque le pouvoir de l’État sera dans un tel désarroi, qu’il ne pourra plus interférer avec les existences des gens, leur permettant ainsi de commencer à mettre en application et a véritablement vivre des alternatives authentiques à la réalité coloniale.

Enfin, le succès sera vu ans un sens plus ferme, lorsque les fières actions d’onkwehonwe à la confiance agressive (NdT: être sûr de soi n’est pas à confondre avec l’arrogance ou la prétention…) engendreront des réactions violentes de l’État ou de groupes organisés de protection des colons (NdT: comme cela se passe en Israël aujourd’hui et se passait en Amérique du Nord de la fin du XIXème siècle aux années 1980…)
En tant que partie intégrante de notre héritage culturel et de lutte politique, nous avons développé la défiance, la ténacité et une capacité incroyable à endurer la souffrance, ce qui a eu pour résultat de développer notre courage moral et une patience à toute épreuve. Nous avons l’héritage constitutionnel (avec Kaiakereko:wa) de briser les règles injustes de l’état colonial ; mais nous avons aussi été formés à une acceptation destructive du colonialisme.

[…]

Pour remettre les choses en perspective, la violence et la lutte armée, dans un contexte de lutte anti-impérialiste globale, ont prouvé être la voie de gagner l’indépendance nationale.

Les choses sont différentes aujourd’hui.

L’adversaire a changé. L’État s’est réformé de la première à la seconde vague et a été subjugué lui-même par le pouvoir consolidé des groupes d’entreprises transnationales et des capitalistes qui les dirigent. Dans cette seconde vague de la globalisation de l’euro-pouvoir, ce ne sont plus les politiciens et les gens qui prennent les décisions basées sur des motivations religieuses ou culturelles, mais des comités directeurs d’entreprises transnationales, d’institutions financières internationales et de cette “élite” sociétale qui possèdent des actions de ces entreprises ; tous ces gens prenant des décisions fondées sur leurs intérêts particuliers. En termes éthiques, rien n’a changé. Des hommes blancs très riches continuent de contrôler les gouvernements et d’exploiter tous ces non-blancs pauvres du monde et de la Terre pour leur propre bénéfice égoïste, qui ont maintenant mis au point une façon de ne plus rendre de comptes à quiconque si ce n’est eux-mêmes en éliminant les contrôles que les institutions “démocratiques” avaient l’habitude de placer sur leurs activités, les remplaçant par des règles financières et d’entreprises faites pour garantir que la seule logique prépondérante pour la prise de décision soit celle des “marchés”. L’histoire, le droit et la moralité deviennent toujours plus obsolètes à ces gouvernements euro-américains alors que la politique globale est reconfigurée comme un réseau ne servant que de simple arbitre aux relations commerciales entre les entreprises transnationales. La classe travailleuse blanche avait l’habitude de profiter un peu aussi avec les riches de l’exploitation des terres autochtones et de leurs ressources. Il n’y avait jamais de cris d’indignation de la part du public lorsque les seuls à souffrir de l’exploitation et de l’oppression étaient des gens de couleurs et des noirs ! Maintenant que la classe moyenne et laborieuse blanche sent le vent du boulet de la mondialisation sous la forme de pertes de revenus, d’emplois et de dissolution culturelle, nous nous rendons compte que la mondialisation a été étiquetée comme mauvaise.

Je dois dire que maintenant, lorsque je vois un bûcheron ou un pêcheur ou un ouvrier d’usine blanc, se plaindre de la douleur pour sa famille dûe à l’interférence que la mondialisation a causé dans leurs vies, j’essaie de faire passer de la sympathie et de figer dans ma mémoire (la courte) ce même blanc, blâmant les mauvaises fortunes des Indiens et leur pauvreté chronique sur leur “fainéantise”… J’essaie, mais je me retrouve toujours en train de penser quelque chose du style: “Hum… On dirait que nous sommes tous des Indiens maintenant he ?”

[…]

La seule sympathie et soutien potentiels pour les causes autochtones existe chez certaines, mais pas toutes, organisations transnationales et les mouvements qui s’opposent à la mondialisation. Les opposants domestiques à la globalisation dans des pays coloniaux comme le Canada et les Etats-Unis (NdT: et l’Australie, la Nouvelle-Zélande), sont en fait des adversaires d’Onkwehonwe parce qu’ils ne sont rien d’autre que de farouches défenseurs de la première vague de la mondialisation et sont juste contre la seconde (qui les touche négativement). Ce sont le plus souvent des nationalistes euro-américains qui ont l’intention de préserver les insitutions coloniales et les relations au pouvoir (colonial).

Où sont nos alliés alors ?
Où sont ces gens non-autochtones qui pourraient devenir partie intégrante du réseau de résurgence indigène ?
Une question classique, une qui a été posée j’en suis convaincu, à tous les leaders/conférenciers Onkwehonwe qui ont fait un discours et accepté les questios de l’audience à l’issue, est celle-ci: “Que puis-je faire en tant que blanc pour aider les peuples autochtones ?”

Je pense que la réponse la plus sérieuse à cette question trop commune est celle que fît Malcolm X en réponse à une question qui lui fut posée par le magazine Young Socialist en 1965: “Les blancs sincères devraient s’organiser entre eux et imaginer une stratégie pour briser le préjudice (racial) qui existe dans les communautés blanches. C’est là qu’ils peuvent fonctionner le plus intelligemment et le plus efficacement.
Reçu 5/5 mon frère !

A suivre…

Résistance politique: Leçon d’histoire coloniale du Nouveau-Mexique

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 25 août 2014 by Résistance 71

La déclaration antiguerre de Maurus Chino du peuple Acoma Pueblo: Des bouchers conquistadores aux officiers de réserve

 

Maurus Chino

 

22 Août 2014

 

url de l’article:

http://indigenousresistancejuly2014.blogspot.com/2014/08/acoma-pueblo-maurus-chino-anti-war.html

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Cette déclaration, originellement publiée sur Censored News en 2011, a été le top article lu en Août 2014 depuis nos archives, par nos lecteurs à travers le monde. Indigenous Resistance continue le travail de Censored News.

La veulerie, la violence et l’arrogement de droit ont marqué cette terre sacrée

Déclaration de Maurus Chino du 19 Mars 2011 à la manifestation commémorant la guerre en Irak, Albuquerque, Nouveau Mexique

(Minute de silence pour ceux qui sont morts ou sont toujours vivants et qui se sont dressés ou se dressent encore pour le Peuple face à l’oppression régnante dans le monde)

Guwaatsi! Gai d’awa hauba? Wa shinum’e Kaaimaisiwa d’aagashi, D’yaami Hanu suda. Uusraatra Hanu waashdi suda etyu. Ak’ume suda.

Bonjour, Comment allez-vous ? Mon nom Acoma est Kaaimaisiwa. Mon nom colonial américain est Maurus Chino. J’appartiens au clan de l’aigle et suis un enfant du clan du soleil du peuple Acoma.

Acoma, un très bel endroit à l’Ouest d’ici, est pour nous le centre de l’univers. Je vis peut-être dans d’autres endroits, comme je le fais maintenant ici à Albuquerque, mais Ak’u l’adorée est une grande force qui tire ceux d’entre nous nés pour Acoma et ceux qui naîtront pour Acoma, toujours de retour à l’endroit, à son centre.

Ak’u est le mot qui nomme la pierre sur laquelle est bâti le vieux village. Ak’ume se traduit par “une personne provenant d’Ak’u”. Du mot Aku’me provient le mot Acoma.

Guerre et terrorisme”. Nous avons beaucoup entendus ces mots récemment, mais ici, au Nouveau-Mexique, il y a 400 ans, ils furent bien plus que des mots à la mode au sujet de terres lointaines. Ici, ce fut l’actualité.

En Octobre 1598, mon peuple Acoma, en défense de sa terre et du peuple, vit le premier contact violent avec le soi-disant conquistador espagnol. Dans ce conflit initial, 13 soldats espagnols furent tués et en résultat de cela, en Janvier 1599, une guerre s’ensuivit à Acoma, guerre qui détruisit presque le village. La guerre épique laissa des centaines, certains disent des milliers de morts massacrés. Juan de Onate ordonna que le pied droit de chaque guerrier fut amputé et les jeunes filles et femmes de 12 à 25 ans mises en esclavage pour 25 ans.

Je dis ici le “soi-disant conquistador”, parce que malgré les évènements horribles que mon peuple a enduré, nous n’avons jamais été conquis. Nous pratiquons toujours nos anciennes croyances qui ont soutenues les gens pendant des milliers d’années. Les chants sacrés, rituels et prières sont toujours celles qu’ils furent pendant des millénaires. Nous n’avons jamais été un peuple parlant espagnol. Contre toute attente, même après le génocide, nous sommes toujours ici.

Je parle de cela parce qu’il est important de comprendre l’état d’esprit de la veulerie violente et du colonialisme. C’est pourquoi nous sommes réunis ici aujourd’hui. Nous sommes menacés de manière persistante dans le monde entier et dans les villes de nos communautés au moyen de maladies sociales directement reliées à cet état d’esprit de veulerie, de violence et d’arrogement de droits. Sur cette terre sacrée, là où vous êtes en ce moment même, il y a 400 ans et presque 100 ans plus tôt en Amériques centrale et du sud, une invasion violente a écrasé nos peuples et nations et cela s’est produit pour exactement la même raison que s’est produit cette guerre en Irak: veulerie, accaparement, empire et au nom de la domination judéo-chrétienne.

Au Moyen-Orient, cela a commencé à cause du pétrole, ici dans le sud-ouest, ce fut pour l’or et des âmes humaines. Dans le journal d’Albuquerque du 25 Février, il y avait une photo et le titre de l’article était: “Une leçon vivante d’histoire”. C’était au sujet de la reconstitution des conquistadores espagnols, des gens déguisés visitèrent le collège de Madison pour participer à une exhibition historique de travaux d’élèves. La photo impliquait que l’évènement se fit le cœur léger, avec du bon temps à prendre pour tous les participants. Les acteurs conquistadores sourient alors qu’ils encouragent les enfants. Bien évidemment, rien ne fut mentionné au sujet du vol des terres, du génocide, des rues dégoulinantes du sang des victimes des massacres, des bébés éclatés par terre à Acoma et ce de la même manière de ce que les morts de civils au Moyen-Orient ne sont jamais mentionnées. Comment cela se pourrait-il ? Cela ne colle pas avec la rhétorique de la liberté et de la démocratie.

Quand nous permettons aux enfants d’apprendre une histoire qui est fausse et vue sous le même angle (NdT: toujours celui des vainqueurs et des puissants), alors nous permettons à l’ignorance et à la bigoterie de se perpétuer. Il est vrai que si on n’apprend pas de l’histoire alors nous sommes condamnés à la répéter. Dans les années à venir, alors que ces jeunes éléves naïfs et impressionables deviennent des leaders de nos communautés, ne soyez pas surpris lorsqu’ils seront confrontés avec les mêmes maux sociaux auxquels nous faisons face aujourd’hui. Ces beaux jeunes esprits empoisonnés par l’école ajourd’hui deviennent ce contre quoi nous nous dresserons demain.

Le soi-disant conquistador Juan de Onate, un psychopathe assassin déifié au travers de presque tout le Nouveau-Mexique et dans l’ouest du Texas où il bénéficie toujours d’une mauvaise révérence, alors même que nous baignons dans la mort et la violence qu’il représente. Nous avons des villes, des places, des rues, des écoles et des bâtiments publics de Taos à El Paso au Texas qui portent son nom. Vous pouvez aujourd’hui voir Onate devant le musée d’Albuquerque, un terrible sourire sur son visage, tentative dérisoire et incompétente de la part du sculteur d’amener une certaine légèreté au sujet de la colonisation assoiffée de sang. Juste dehors Alcade au Nouveau-Mexique, un autre hommage de bronze à Onate, cette version aussi médiocre que celle que nous avons ici à Albuquerque, paraît élever Onate de dessous, dégoulinant de boue… ou de sang. Aussi bizarre que cette œuvre puisse paraître, elle rend peut-être une sorte de justice poétique au personnage. A El Paso, Texas, une statue de 2 millions et demi de dollars, de 4 étages et demi (NdT: environ 14m de haut) tente d’embellir ce qu’un magazine a appelé le 5ème plus moche aéroport de la nation.

Honteusement, le Nouveau-Mexique à lui seul a dépensé des millions pour honorer un boucher, alors que ces millions de dollars auraient pu être dépensés pour fixer les maux sociaux qui nous minent et qui vont continuer a nous miner si nous ne faisons rien contre: les abus de drogues et d’alcool, la violence de rues, le chômage, l’éducation et les services de santé défaillants.

Comme vous le savez, les héros que nous choisissons de célébrer révèlent beaucoup de ce que nous sommes en tant que personnes. Lisez les nouvelles et tôt ou tard vous verrez le Nouveau-Mexique apposé sur une liste désastreuse ou une autre. Nous sommes les plus ignorants, les plus violents et comme le montrent sans cesse les informations qui ne cessent de venir, les plus politiquement corrompus. Nous ne devrions pas être étonnés lorsque nous lisons toutes ces histoires de crimes liés à la drogue et à l’alcool. Que nous soyions un des plus violents états de l’union ne devrait pas nous surprendre non plus, parce qu’en fait nous aidons à perpétuer cet état de fait. Lorsque nous restons tranquilles, lorsque nous ne faisons rien même lorsque nous voyons le monde s’effondrer autour de nous, nous devenons alors une partie du problème.

En 2004, je suis descendu en voiture avec d’autres activistes dans le sud du Mexique dans l’état du Chiapas. À San Cristobal de Las Casas. Nous descendîmes pour aider les Zapatistes dans leur célébration du dixième anniversaire de leur soulèvement contre l’oppression étatique de 1994. Nous avons conduit 3 jours pour descendre et 3 jours pour remonter. Nos avons conduit à travers des déserts, des montagnes, des jungles, de petites villes et des plus grandes. Nous avons parlé avec des leaders des communautés Maya dans des villages montagneux et nous n’avons vu aucun monument à la gloire des conquistadores espagnols, nulle part. On pourrait penser que s’il y avait un endroit où on en verrait plein ce serait au Mexique, mais non. Seulement ici dans le sud-ouest américain pouvez-vous voir de tels pathétiques vestiges de notre passé violent et mal représenté.

L’amour du Nouveau-Mexique, sa dépendance et son obsession pour la violence ont eu pour habitude de me laisser perplexe, jusqu’à ce que je réalise que ce que je voyais autour de moi n’était en fait qu’un état d’esprit, une mentalité, vérouillée dans la pierre longtemps avant l’arrivée des drogues et de l’immigration au travers de nos frontières. Ce qui a commencé avec la glorification d’un passé violent, continue aujourd’hui quand nous voyons les gens si fiers et pourtant si dépendants de ce complexe militaro-industriel pour la simple survie de notre économie. Une fois par an, dans notre seul journal d’Albuquerque, lisons-nous une histoire qui insinue insidieusement la fierté d’être le berceau d’une des pires inventions jamais inventées par l’Homme: la bombe atomique. J’ai entendu beaucoup de gens référer au maintenant en retraite sénateur du Nouveau Mexique Pete Dominici en l’appelant “St Pete”, qui fut bien sûr le champion de la recherche sur l’arsenal nucléaire au laboratoire national de Los Alamos. Chaque mois d’Août, la Fiesta morbide de Santa Fé a lieu. Elle célèbre la soi-disante “reconquête non sanglante du Nouveau-Mexique”, qui en fait ne fut pas si “non-sanglante” que ça. Quand les gens aiment et deviennent obsessifs au sujet de la violence alors les communautés et leurs valeurs se polluent de cette même obsession. Dans une mentalité collective, une obsession de la violence se matérialise par la violence.

Quand j’étais un jeune-homme, à l’époque de vapeurs d’alcool d’un autre temps, j’avais l’habitude de boire avec cet homme Acoma. Il n’est plus parmi nous aujourd’hui. Il s’en est retourné à la source. Son nom était Paul. C’était un Marine (NdT: fusilier marin) et venait juste de revenir du Vietnam. Nous parlions lui et moi de tout, mais souvent nos conversations revenaient sur ce que chacun connait pour être le “bon vieux temps”.

Une fois il me dit quelque chose qui me surprit parce que je savais exactement de quoi il parlait. Cela me mit sur le cul parce que je pensais être le seul qui connaissait cette partie triviale mais si importante de ma vie. Il dit: “Quand j’étais au bahut, j’ai rejoint l’équipe de foot (NdT: football américian ici bien sûr…) simplement parce que les jours de matches, l’équipe avait d’excellents et copieux repas.”

C’était exactement moi. J’étais dans l’équipe de cross country. J’adorais courir, l’anticipation nerveuse, l’adrénaline et l’excitation de la compétition. Mais comment j’espérais ces repas dans des restaurants. C’était mon meilleur repas de la semaine. Vous comprenez, Paul et moi, connaissions la pauvreté dans nos propres maisons.

C’est la même chose maintenant avec beaucoup de nos jeunes et je parle ici de notre jeunesse indienne, nos jeunes hommes et femmes. Même si peu expérimentent la même pauvreté que Paul et moi, le triste réalité est que beaucoup font l’expérience du manque d’opportunité, le même manque d’éducation de qualité dans un système scolaire remplis d’enseignants payés au lance-pierre. Beaucoup de nos jeunes pensent qu’il n’y a as beaucoup d’autres choix pour eux que l’armée.

Beaucoup de jeunes d’ Acoma, et de nos voisins et parents autochtones les Din’e (Navajos), Apache, Southern Ute, Cheyenne, Comanche, Hopi, Zuni, K’awaik’me, T’amayam’e , K’ewam’e, Ohkay Owingeh, Zia, Cochiti, Lakota, Kiowa, Taos, O’odham, etc, etc…, ont été dans des guerres sans fin: World War ll, Iwo Jima, Korean War, Cambodia, le Viet Nam War et maintenant le Moyen-Orient. Il est difficile pour eux de retourner aux valeurs de ces deux choses les plus importantes: la terre et le peuple. “Amuu haatsi e amuu hanu” la terre aimée et le peuple chéri. Ils reviennent changés, s’ils en reviennent, sans exception, nous le savons tous.

Mais rappelez-vous ceci: bien que les guerres soient injustes, nous devons toujours respecter nos femmes et nos hommes qui servent dans ces guerres (NdT: c’est ici que nous nous démarquons. Pour nous, il faut dire non et arrêter de servir de chair à canon pour les guerres des riches pour devenir plus riches encore et dont le but est d’appauvrir toujours plus la masse pour qu’elle n’ait plus d’autre choix que de justement servir de chair à canon… Respecter le “pauvre guerrier”, c’est cautionner les guerres. Il n’y a pas à sortir de là,)

Je vous remercie tous aujourd’hui ; en faisant acte de présence vous faites simplement ce que la majorité des gens ne font pas, et ceci veut dire prendre part à l’action. Ce n’est jamais facile d’agir je le sais en connaissance de cause. J’ai fait ma part du travail d’activiste depuis des années et j’aurai arrêté il y a longtemsp si je pensais que cela ne faisait aucune différence.

Je vais vous dire quelque chose que j’ai entendu il y a bien des années qui m’aide à continuer. Je planifiais à l’époque un évènement avec un homme mexicain, un homme plus âgé et activiste depuis bien des années. “Nous savons, disait-il, que nous allons perdre cette bataille, mais nous le faisons quand même. Nous continuons quoi qu’il arrive parce qu’il est jusre de le faire.” Voilà pourquoi je continue de me battre, parce qu’il est juste de le faire.

J’essaie de faire mon chemin en tant qu’artiste en ces temps incertains. Je m’immerge dans mon travail tout comme vous. Nous avons tous les mêmes problèmes sous différentes formes alors que nous essayons de nous en sortir. Personne ne l’a facile. Il est difficile de dévouer de temps pour la justice sociale, mais nous devons le faire si nous voulons reconstruire nos communautés. Nous appartenons à la communauté et nous avons une responsabilité. Ne devrions-nous pas nous aider les uns les autres ? Nous voyons bien du tumulte aujourd’hui, en Egypte, en Libye et récemment ici aux Etats-Unis dans le Wisconsin. Nous sommes les témoins d’une lutte massive pour la justice sociale et cela peut-être dur de lutter contre tous les obstacles. Néanmoins, cela fait chaud au cœur de voir que le peuple peut vraiment reprendre le pouvoir. Nous pouvons faire une grande différence si nous parlons unis et si notre objectif est valide. Tout part de là. La folie du monde peut trouver un remède en commençant ici-même.

Plaignez-vous aux officiels, à vos mairies, dénoncez les dépenses inutiles d’argent, dénoncez les programmes de recrutemet de l’armée et des officiers de réserve dans les écoles (NdT: Au pays du goulag levant, l’armée a des programmes de sensibilisation et de recrutement dans les écoles, collèges et lycées, le Pentagone sponsorise les jeux vidéo wargames etc…), dénoncez la glorification et les célébrations des conquistadores et du colonialisme, soyez sûr de connaître les valeurs des gens qui se proposent de vous aider, de vous représenter. Faites quoi que ce soit d’utile petit ou grand. Nos actions créent un effet papillon. Nos actions posivitives doivent avoir et ont une effet sur tout le reste.

Merci à tous d’être venus.

D’awa’e hauba, baa Druuwishatsi.

 

Maurus Chino, Acoma Tribe, Founder Southwest Indigenous Alliance

mauruschino@yahoo.com

Résistance politique à la sémantique colonialiste étendue à l’ONU

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Les Etats-Unis demandent à l’ONU de reconnaître les “Tribus reconnues fédéralement par les Etats-Unis”

 

Steve Newcomb

 

16 Juin 2014

 

url de l’article:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/06/16/us-calls-un-accord-recognition-us-federally-recognized-tribes

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le 3 Juin, il y a eu une réunion informelle à l’ONU concernant le développement d’un “document d’action orienté de fin de session”. Ce document est planifié pour être adopté de manière officielle par l’assemblée générale de l’ONU à la fin de la réunion pléniaire de haut niveau qui se tiendra en Septembre prochain à New York au QG de l’ONU.

Le 3 juin 2014, une réunion informelle s’est tenue au QG de l’ONU à New York et la porte-parole des Etats-Unis y délivra ce qu’elle a appelé “quelques commentaires du point de vue du gouvernement américain”. La porte-parole des Etats-Unis a dit qu’”en respect de la participation des peuples indigènes aux Nations-Unies, les Etats-Unis ont réitéré de manière consistante leur soutien pour une participation indigène à l’ONU.” Elle a dit:

Nous sommes d’accord avec les peuples indigènes que les arrangements qui existent pour la participation des peuples indigènes aux débats de l’ONU ne sont pas satisfaisants. Ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne les tribus reconnues fédéralement par les Etats-Unis. Les tribus reconnue fédéralement par les Etats-Unis sont des gouvernements avec des pouvoirs inhérents d’auto-gouvernance, mais dans le cadre de l’ONU, ces prérogatives caractéristiques ne sont pas reconnues. Nous sommes décidés à trouver une réponse appropriée à ce défi. Nous continuerons à consulter les tribus basées aux Etats-Unis, les organisations indigènes et les états membres pour explorer les options possibles.

Quand nous décortiquons cette déclaration américaine, que voyons-nous ? Les “tribus reconnues fédéralement par les Etats-Unis” ne sont pas reconnues dans “le cadre des nations-Unies”. Une chose est claire: Les Etats-Unis se sont engagés dans un jeu sémantique. La catégorie spécifique américaine “tribus fédéralement reconnues par les US” (et “tribus basées aux Etats-Unis”) est un statut subordonné créé par les Etats-Unis au moyen de la loi fédérale américaine sur les Indiens et de son système idéo-politique raciste et fondé sur la bigoterie religieuse.

Etant donné la préparation vers cette réunion de septembre, qui doit “être connue comme une Conférence Mondiale sur les Peuples Indigènes”, il est impératif que nous restions particulièrement hyper-vigilants. Nous ne devons pas nous laisser embarquer dans un jeu/piège sémantique que nous tend le gouvernement des Etats-Unis. Une autre réunion est programmée pour les 17-18 Juin 2014 au QG de l’ONU à New York.

En plaidant que nos nations et nos peuples originellement libres et indépendants soient reconnus à l’ONU comme “tribus reconnues fédéralement par les Etats-Unis”, les Etats-Unis tentent de trouver un endroit “approprié” à l’ONU pour le système politico-légal de sa loi fédérale sur les Indiens qui a créé la catégorie américaine de “tribus reconnues fédéralement par les Etats-Unis”.

Avec cette approche, ceux-ci remplissent une volonté exprimée dans leur “annonce d’un soutien des Etats-Unis pour la déclaration des droits des peuples indigènes de l’ONU”, émise par le ministère des affaires étrangères en 2010.

Spécifiquement la phrase clef du ministère des AE américain stipule: “… Les Etats-Unis s’engagent à servir de modèle dans la communauté internationale pour la promotion et la protection des droits collectifs des peuples indigènes aussi bien que les droits humains de tous les individus.” Je vois cette nouvelle approche des Etats-Unis comme un effort de nous tromper à accepter l’idée que la loi fédérale américaine sur les Indiens et son système idéologico-politique inhérent se doivent d’être reconnus comme des modèles par l’ONU et normalisés au sein de l’organisation, avec notre “consentement libre, préalable et informé”. A mon avis, nous ne devrions pas assister les Etats-Unis à faire légitimiser internationalement leur système légal et politique de domination.

Si et quand cela se passera, nous serons alors capables de toujours dire que la loi fédérale américaine sur les Indiens et sa politique résultante est un système de domination imposé à nos nations et à nos peuples contre leur volonté. Ou alors, les Etats-Unis pourront-ils dire que nous sommes en fait ceux qui ont demandés à être “subjugués” et “assujettis” à notre statut sous la loi fédérale sur les Indiens ainsi que sa politique inhérente et que celles-ci doivent être reconnues par l’ONU et ainsi être légitimisées dans l’arène internationale et ce au nom de mettre en application la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU (UNDRIP) ?

La myriade de problèmes provenant de la loi et de la politique fédérales sur les Indiens a mené nos nations, nos leaders spirituels, nos activistes et nos universitaires dans la communauté internationale dans les années 1970. Ils ne se sont pas fait connaître dans l’arène internationale afin de faire reconnaître cette loi et cette politique par l’ONU ; en fait c’est la dernière chose qui leur serait venue à l’esprit, parce que cela est le système même de domination qui a causé tous ces problèmes à nos peuples et nations depuis des siècles.

Le terme technique de métonymie (NdT: nommer un objet pour un autre) éclairera peut-être un peu mieux notre lanterne sur ce qu’il s’est passé lorsque les Etats-Unis ont demandé à l’ONU de reconnaître “les tribus fédéralement reconnues par les Etats-Unis”. Une métonymie est la partie d’un tout. C’est la partie qui implique le tout duquel elle est dérivée. Prenons par exemple l’expression “La Maison Blanche a dit aujourd’hui”, expression souvent citée dans des rapports ou articles de presse. Elle utilise la maison dans laquelle réside le président des Etats-Unis comme “partie” de ce qui “est compris comme” la totalité de la branche exécutive américaine. C’est la partie qui remplace la totalité.

Similairement, “les tribus reconnues fédéralement par les Etats-Unis” est une métonymie (partie) qui représente le contexte entier de la loi fédérale américaine sur les Indiens et son système politique ; “les tribus reconnues fédéralement par les Etats-Unis” est une construction mentale qui émerge des esprits des hommes blancs alors qu’ils ont développé la loi et sa politique inhérente. Le système mental blanc raciste et bigot est à l’origine du concept des “tribus reconnues fédéralement par les Etats-Unis”.

Et pourtant nous voyons des organisations comme le Congrès National des Indiens Américains (NCAI) et l’Indian Law Resource Center (ILRC), tentant, apparemment sans même s’en rendre compte, de trouver une place “appropriée et digne” pour la loi fédérale américaine sur les Indiens et sa politique inhérente aux Nations-Unies et tout cela au nom de l’application des articles de la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU (UNDRIP).

Steven Newcomb (Shawnee, Lenape est le co-fondateur et co-directeur de l’Indigenous Law Institute, auteur du livre: “Pagans in the Promised Land: Decoding the Doctrine of Christian Discovery” (Fulcrum, 2008). Il a étudié les origines conceptuelles de la loi fédérale américaine sur les Indiens et la loi internationale deuis le début de années 1980.