Archive pour colonialisme amérique

Résistance au colonialisme: un peu d’histoire amérindienne… et analyse d’une complaisance littéraire…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 3 février 2016 by Résistance 71

L’article que nous avons traduit ci-dessous est intéressant à nos yeux à deux titres:
1- Il éclaire sur une période pas ou très peu connue du début de l’histoire coloniale de l’Amérique du Nord…
2- Il éclaire également sur une méthodologie narrative qu’on peut légitimement soupçonner de complaisante avec le système colonial toujours en place. En effet, l’auteure tout en dénonçant des malversations coloniales, sème également une sémantique de soumission à l’état colonial toujours en place aux Etats-Unis et au Canada. Nous avons commenté trois exemples distincts dans l’article. Ceci a t’il été fait à dessein ou est-ce le résultat involontaire d’un conditionnement social ? Difficile à dire à la lecture, donnons à l’auteure le bénéfice du doute… Si c’est volontaire, alors ceci peut-être considéré comme un bel exemple de « dissidence contrôlée » dans ce domaine particulier.

~ Résistance 71 ~

 

Histoire amérindienne: Jour de commémoration, le massacre des Péquots se produisit en 1637

 

Alysa Landry

 

26 Mai 2014

url de l’article original:
http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/05/26/native-history-its-memorial-day-1637-pequot-massacre-happened-155017

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Cette date fait partie de l’histoire amérindienne: le 26 Mai 1637, une force anglaise puritaine renforcée par quelques alliés autochtones, a massacré un campement Péquot dans le Connecticut, tuant quelques 500 hommes, femmes et enfants, brûlant complètement leur village.

L’attaque juste avant l’aube sur le fort Mystique marqua la toute première défaite des Péquots, a éclairé Kevin McBride, professeur d’anthropologie de l’université du Connecticut et directeur de recherche au Mashantucket Pequot Museum and Research Center.

Le massacre marqua également un tournant dans la guerre des Péquots, une guerre de trois ans pour la conquête des terres traditionnelles de la nation, environ 400 km2 dans la partie sud-est de ce qui est aujourdhui le Connecticut et le tout premier conflit important entre les colons et les Indiens natifs de la Nouvelle-Angleterre.

“Pendant les huit premiers mois de la guerre des Péquots, ceux-ci ne perdirent jamais une bataille contre les Anglais”, a dit McBride. “Les Péquots étaient tactiquement bien supérieurs et ce même sans armes à feu. Les Anglais n’arrivaient pas à les comprendre. Jusqu’au massacre de Mystique, les Péquots avaient gagné chaque engagement.”

Le sud-est du Connecticut fut la terre originelle de quelques 8 000 Péquots résidant dans 15 à 20 villages. En réponse à l’arrivée des Hollandais en 1611, la nation Péquot créa une confédération de douzaines de tribus afin de contrôler le commerce des fourrures et renforcer leur pouvoir politique et économique (NdT: cette remarque de l’auteure est typiquement ethno-eurocentrique dans la mesure où les nations amérindiennes n’avaient cure du “pouvoir” qui était dilué dans le peuple et était exercé collectivement dans des sociétés à la chefferie sans pouvoir. Si l’échange était pratiqué, ces sociétés refusaient le concept de “surplus” et refusait toute base “économique” à leur société, non pas parce qu’ils ne “savaient pas”, mais parce qu’ils ne le voulaient pas… nuance… l’arrivée des colons génocidaires blancs changea la donne pour ces sociétés contre l’État, pour reprendre l’expression de l’anthropologue politique Pierre Clastres. Nous nous devions de faire ici cette note qui s’imposait à notre sens pour mieux comprendre l’affaire et son narratif…).

Jusqu’à l’arrivée des Anglais dans les années 1630, les Hollandais et les Péquots contrôlaient le commerce des fourrures de la région. Avec l’addition des colons et commerçants anglais, un déséquilibre se créa. La guerre des Péquots éclata lorsque des nations sous la subjugation des Péquots s’allièrent avec les Anglais. (NdT: Là encore, l’auteure entre en contradiction avec elle-même avec cette déclaration qui impliquerait que les Péquots coercitivement “subjuguèrent”, dominèrent les autres nations autochtones voisines dans une “alliance” donc forcée, alors qu’elle vient juste de dire qu’ils formèrent une confédération, qui par définition est une association LIBRE et non coercitive de quelque manière que ce soit. Personne ne peut être forcé contre son gré dans une véritable confédération…)

Les affaires se compliquèrent lorsque les Péquots tuèrent plusieurs colons et commerçants anglais, a dit McBride. Les Anglais demandèrent que les meurtriers leur soient livrés, la guerre commença lorsque les Péquots refusèrent.

McBride a appelé les Péquots une “société complexe” et la guerre des Péquots est un des évènements le plus controversé et significatif de l’histoire coloniale. L’attaque sur le fort Mystique, qui fut le premier de trois massacres qui se produisirent durant la guerre, changea la façon dont les forces autochtones regardèrent la technique de la guerre (contre les colons).

Le massacre, mené par le capitaine anglais John Mason, fut la première utilisation documentée de “guerre totale” contre les Amérindiens, à savoir que les Anglais massacrèrent tous les Péquots avec lesquels ils vinrent en contact, ne faisant plus aucune distinction entre des hommes armés et des femmes, enfants et personnes âgées sans défense.

“Par quelque standard qu’on étudie l’affaire, ce fut un massacre”, a dit McBride. “Les Anglais y allèrent avec l’intention de tuer tout le monde là-bas, mais ils ne le firent pas pour voler la terre ou pour contrôler le commerce. Ils le firent par peur que les Péquots et leurs alliés natifs n’attaquent les colonies anglaises de toute la région.”

Justifiant sa conduite, la capitaine Mason décara que l’attaque fut un acte de dieu, il écrivit dans sa Brief History of the Pequot War, publiée à titre posthume en 1736:

“Dieu se moqua de ses ennemis et des ennemis de son Peuple et engouffra les Péquots dans une fournaise… Ainsi fut le jugement de dieu parmi les païens, emplissant Mystique de cadavres…”

Le massacre se produisit environ deux heures avant l’aube lorsque 70 soldats anglais et 250 alliés attaquèrent le fort, dit Laurie Lamarre, chercheur au Mashantucket Pequot Museum and Research Center. L’attaque fut inattendue à la fois dans le timing et sa technique, dit-elle.

“C’était le type de guerre anglais et ce fut complètement différent de tout ce qu’ils avaient expérimenté auparavant”, dit-elle. “Les Péquots, la nation a plus forte de la zone, étaient vaincus”.

Mais les Péquots ne furent pas vaincus sans combattre, dit McBride. Les Anglais perdirent environ 50% de leurs hommes au début de la bataille et ne brûlèrent le fort que lorsqu’ils réalisèrent qu’ils perdaient la bataille.

“Le terme massacre prend la connotation de gens sans défense. Ce que les historiens ne réalisent pas, c’est que les Anglais faillirent perdre cette bataille malgré tout. S’ils n’avaient pas brûlé le camp et coincé les Péquots dans les bâtiments, ils auraient perdu cette bataille.”

Les guerriers Péquots, furieux, se lancèrent aussi à la poursuite des Anglais sur 7 ou 8 km durant leur retraite, dit McBride ; mais le campement était dévasté et le massacre marqua un grand tournant dans l’histoire des Péquots et dans l’histoire native.

“Le massacre eut des implications importantes”, explique McBride, “Ce que firent les Anglais envoya un message très fort en pays Indien: nous avons la volonté politique et les moyens militaires pour forcer notre volonté sur vous, Après la guerre des Péquots, commence la politique d’assimilation. Après cette guerre, il n’y eut plus de tentative de diplomatie: les relations avec les Indiens furent fondées sur la menace militaire.

Dans les mois qui suivirent, les Anglais massacrèrent deux autres villages Péquots, les 5 juin et 28 juillet. La plupart des Péquots qui survécurent furent vendus comme esclaves ou s’échappèrent pour rejoindre d’autres nations du sud de la Nouvelle-Angleterre.

Mais les Péquots revinrent et une fois de plus sont redevenus une des nations les plus importantes en Amérique du Nord. Dans les années 1970, plus de 300 ans après la guerre des Péquots, les membres de la nation commencèrent à revenir dans la zone d’origine et à restaurer leur terre et communauté.

Au début des années 1980, la nation reçut une reconnaissance fédérale et peu de temps après lança la première phase du Foxwoods Resort Casino, le second plus grand casino du pays.

Note de Résistance 71: Cette conclusion est pathétique et confirme une certaine connivence, affiliation de l’auteure avec le système fédéral colonial. En clair, elle explique, que malgré le passé, ils sont revenus… Ils ont reçu une “reconnaissance fédérale”, c’est à dire qu’ils existent comme toute nation autochtone, sous les auspices du gouvernement colonial fédéral américain (et canadien dans le cas du Canada…) dont ils sont soi-disant les pupilles, que leur “souveraineté” n’est reconnue que tant qu’elle se soumette au gouvernement et lois fédérales et que dans le fond… Bah ! tout çà est de l’historiette ancienne et que donc les Péquots et tout autre nation autochtone, doivent tourner la page et exister sous le joug fédéral en acceptant la “manne” des casinos accordée ; réduisant ainsi en une conclusion lapidaire le sort et la destinée des nations et peuples originels à n’être plus que des “sujets” soumis, profitant des casinos (et de la vente de cigarettes détaxées), gérés par la mafia des “conseils de tribus” inféodés au Bureau des Affaires Indiennes (BIA) et à la loi et politique fédérale sur les Indiens. Cette conclusion est somme toute insultante pour les Péquots et autres nations et peuples amérindiens.

Cet article est assez typique de l’ambivalence de bien des Amérindiens et des non-autochtones qui parfois se font portes-parole, ils assènent quelques coups au système, mais se gardent bien d’en faire trop… L’auteure prend en apparence une position rebelle, mais par son phrasé même, trahit son attitude du politiquement correct. Un cas d’école ! Est-ce volontaire ou le résultat d’un conditionnement social ? Donnons-lui le bénéfice du doute.

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Solutions pour lutter contre le fléau mondial que représente le colonialisme à son apogée avec l’occident depuis le XVème siècle (1ère partie)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 13 août 2014 by Résistance 71

“Un guerrier confronte le colonialisme avec la vérité afin de régénérer l’authenticité et de recréer une vie digne d’être vécue et des principes pour lesquels on peut mourir. La lutte est de restaurer les liens qui ont été coupés par la machine coloniale… Traduire ce sens éthique en une philosophie politique concise est difficile. Je suggérerais en point de départ, de conceptualiser le terme d’ANARCHO-INDIGÉNISME. Pour prendre racine dans l’esprit des gens, la nouvelle éthique va devoir capturer l’esprit du guerrier en lutte et l’amener en politique. Il y a deux éléments fondamentaux: “indigène” qui évoque les racines culturelles et spirituelles de cette terre et de la lutte d’Onkwehonwe pour la justice et la liberté et la philosophie politique et le mouvement qui est fondamentalement anti-institutionnel, radicalement démocratique et totalement impliqué dans l’action pour amener un changement: l’anarchisme.”

~ Taiaiake Alfred ~

 

Comment la résurgence indigène peut et doit inspirer l’émancipation occidentale de son joug colonialiste

 

Résistance 71

 

13 Août 2014        

 

1ère partie

2ème partie

 

Nous avons déjà vu sur ce blog comment pour parvenir à ses fins colonisatrices l’oligarchie occidentale à dû au préalable convaincre ses populations du bienfondé de cette entreprise criminelle au fondement raciste et suprémaciste. Ainsi, la république française érige t’elle en hérauts du progressisme des individus comme Jules Ferry (auquel notre Flamby national a dédié son pathétique quinquennat…), présenté dans les livres d’histoire comme le “père de l’école publique gratuite et obligatoire”, mais omettant à dessein de mentionner ses tirades à l’assemblée nationale sur “la suprémacie de la race blanche”, sur son “devoir de civilisation” de ces contrées barbares que furent immanquablement pour la mythologie officielle, les nations et peuples colonisés au nom du “progrès et de l’humanisme” dont la France et l’occident étaient (et seraient toujours) les porte-étendards.

Le colonialisme est l’épitôme de la barbarie. Il est l’outil de domination du monde par l’occident depuis le XVème siècle et ceci a été rendu possible par notre complicité, notre accord tacite, même si la vaste majorité des populations occidentales n’y participent pas directement, le simple fait de tirer les dividendes du vol, du pillage et de la mise en servage de millions de personnes de par le monde, relève de la complicité volontaire ou tacite. Pourquoi ? Parce que nous avons à la fois été “convaincus” du bienfondé de ces exactions, mais aussi avons été manipulés à les endorser par les enseignements d’une pseudo-science sociale raciste et suprémaciste, présentée aux peuples occidentaux comme étant le résultat d’un “droit divin”, puis d’un “droit naturel” au nom de la “civilisation” et de la “loi de la survie du plus apte” et autres fadaises directement issues du darwinisme-social, fabrication pseudo-scientifique utile à la justification de la domination de l’occident sur le reste du monde.

Ainsi, pour sortir de ce fléau mondial qu’est la colonisation, il ne suffit pas d’une émancipation néanmoins plus que nécessaire des populations colonisées, mais également de celle des populations des pays colonisateurs, endoctrinées par une propagande toxique, visant à l’acquiescement, au maintien du même consensus du statu quo oligarchique et ayant pour but la domination et l’enrichissement du même infime pourcentage de la population siégeant en haut de la pyramide politico-sociale créée à cet effet.

Comment y parvenir ? Comment sortir de l’étau propagandiste qui colonise idéologiquement à la fois les populations des pays colonisateurs et celles des pays colonisés ? La réponse à ces questions se trouvent en grande partie dans l’analyse et l’action de la résurgence indigène contre le colonialisme. Nous pouvons nous-mêmes puiser les ressources aux mêmes origines et tenir le même raisonnement critique que les peuples et nations colonisés, puisqu’intrinsèquement… Nous sommes tous des colonisés, seuls le degré de violence et d’oppression variant. Il convient aussi ici de noter que contrairement à ce que l’oligarchie veut nous faire croire, nous ne vivons en aucun cas dans un monde “post-colonial”, mais toujours dans un monde bel et bien colonial. Les pays toujours colonisés n’étant pas des moindres: Etats-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zelande, Mexique, Palestine ainsi que toute l’Amérique Latine et Centrale ; leurs populations originelles colonisées étant en lutte permanente, pour certaines depuis 1492, contre le terrorisme d’état et l’oppression coloniale de la culture euro-centrique artificiellement dominante.

Aimé Césaire disait à juste titre: “A mon tour de poser une équation: Colonisation = Chosification”. Peut-on en sortir ?

Pour nous aider à y voir plus clair et à entrevoir les solutions de notre émancipation de ce fléau colonial, tant pour les colonisés que pour nous, occidentaux qui ne désirons rien avoir à faire dans cette ignominie qui n’a que trop durée et opprime tout le monde à des degrés différents, nous utiliserons des extraits d’écrits, traduits par nos soins, du professeur de Science Politique à l’université de Victoria en Colombie Britannique (Canada) et membre de la nation Mohawk de la Confédération Iroquoise Haudenosaunee: Taiaiake Alfred, Ph.D, Docteur ès Science Politique, qui écrivit en 2005 un excellent ouvrage sur le sujet: “Wasáse, indigenous pathways of action and freedom”, University of Toronto Press, 2005, second edition 2009.

Voici le résumé de ce qui est dit dans les chapitres 2 & 3 de son livre: Traduction des extraits: Résistance 71

=[]= “Je pense que la véritable culpabilité (pour un colon) implique une participation plus active dans le processus de colonisation. Ce qui marque la culpabilité d’une personne est qu’elle prenne part dans le processus de dépossession territoriale, du déni politique de l’existence d’Onkwehonwe (NdT: mot Mohawk qui désigne les peuples autochtones d’Amérique du Nord), de la violence raciale et de la coercition, de la déstructuration culturelle et de l’exploitation économique… Sur un plan théorique, l’ennemi de notre lutte est la mixture toxique de la religiosité monothéiste, de la théorie politique libérale, de l’économie capitaliste néolibérale et de leurs théories de soutien sur la supériorité raciale et la fausse présomption de la supériorité culturelle euro-américaine.”

[…]

“De quels types de colons sont composées les sociétés aujourd’hui ?.. Il y a ceux qu’Albert Memmi a appelé ‘les colons qui refusent d’accepter’ leur position et leur rôle dans un état injuste, généralement des intellectuels de ‘gauche’. Leur indignation au sujet des injustices de l’impérialisme et du processus historique, n’est généralement pas accompagnée d’action. Ils sont souvent progressistes de nature, mais demeurent très attachés aux valeurs de la société coloniale à laquelle ils appartiennent. Ils sont souvent réduits au silence par le fait d’être coincés entre leurs déconstructions intellectuelles du pouvoir et leur lâcheté morale lorsqu’il s’agit d’agir contre une injustice dans un véritable sens.

Les colons qui refusent de reconnaître leur privilège et leur héritage de choses mauvaises, pratiquant ainsi une autre forme d’égoïsme et d’hypocrisie… Ces gens sont paralysés par la peur. Leur culpabilité les rend inutiles à nos luttes et deviennent paradoxalement, un des plus gros blocs conservateurs de la société coloniale.”

[…]

“Un autre bras du corps colonial est le colon qui a accepté son rôle, qui a internalisé les mythes coloniaux, souvent des histoires racistes, les notions de supériorité de la race blanche et le mensonge du progrès ou celui de l’espoir des immigrants que l‘accumulation et l’augmentation de la richesse est en fait la formule magique du bonheur, de l’acceptance par l’homme blanc et de la légitimité en tant que citoyen. La vaste majorité de la population se situe dans cette catégorie.

La caractéristique des sociétés coloniales est le retranchement des colons dans des notions irrationnelles de supériorité raciale et culturelle, spécifiquement parmi l’ “élite” économique, les politiciens et universitaires qui les servent.”

[…]

Je suis convaincu que la vaste majorité des colons est dans un état de déni profond. Ils savent que les fondations mêmes de leur pays sont corrompues, ils savent que leurs pays sont “coloniaux” dans le sens historique du terme, mais ils continuent de refuser de voir et d’accepter le fait qu’il ne peut pas y avoir de transcendance réthorique ni de refonte du passé pour arranger les choses sans faire des changements radicaux dans leur pays, leur gouvernement et la façon dont ils vivent. Pour absolument aucune autre raison que celle d’un attachement égoïste à des privilèges économiques et politiques, qui a été hérité collectivement d’un peuple dominant dans une relation coloniale, ces gens donc, par instinct culturel et impératif, nient la vérité. Nier la vérité est un processus culturel et psychologique essentiel dans la société colonialiste (NdT: qu’on retrouve de manière constante aux USA, au Canada, Australie , NZ, Israël/Palestine et les sociétés dominantes blanches d’Amérique du Sud).

[…]

La substance de base du problème du colonialisme est la croyance en une quelconque supériorité et universalité de la culture euro-américaine, spécifiquement les concepts des droits individuels comme la plus haute expression de la liberté humaine, de la ‘démocratie représentative’ comme étant le meilleur garant de la paix et de l’ordre et le capitalisme comme étant le seul moyen de parvenir à la satisfaction des besoins matériels humains. C’est en fait le dogme libéral qui est la plus claire et la plus présente manifestation de l’arrogance euro-américaine, qui s’affiche au travers du spectre politique et de la structure de classe coloniale comme le racisme, le conservatisme et le libéralisme… Nous pouvons schématiser le cadre de la mentalité impérialiste/coloniale qui est devenu la norme dans les sociétés coloniales contemporaines comme suit:

  • Le partage et l’égalité sont de mauvaises choses: Ceci est clarifié dans la société coloniale avec le rejet de toute forme de véritable socialisme.
  • L’égoïsme et la concurrence sont de bonnes choses: Vu au travers de l’attachement colonial à l’argent, aux biens matériels et à la concurrence.
  • La science et la technologie sont progressistes et donc bonnes, tandis que l’humain est mauvais (à cause du pêché originel ou par sa reluctance au contrôle) et la nature est terrifiante: L’homme blanc n’a de cesse de conquérir et d’exploiter le monde naturel afin d’imposer la prédictabilité et l’ordre pour que le capitalisme fonctionne au mieux.
  • L’ordre est supérieur à la vérité et à la justice.
  • La Culture euro-américaine est la forme parfaite d’existence: et toute autre façon de vivre est une menace directe à la civilisation et à la liberté. Ceci est rendu très clair de par le dédain, le déni et l’hostilité flagrante envers les autres peuples et leur façon de voir et d’être dans le monde.

Si nous désirons vraiment une décolonisation et une normalisation des rapports, ces croyances et suppositions doivent être pointées du doigt et problématisées si on désire un processus réel de décolonisation.

[…]

Ainsi, toute notion d’autonomie indigène est rejetée par les états comme étant une “menace à la souveraineté nationale”, le tout fondé sur une fiction totale de préserver une unité nationale et un rejet explicite des droits collectifs inhérents d’Onwehonwe ; l’indigénéité n’est légitimée et négociée qu’en tant que partie d’un état et de ses droits individuels au sein d’un contexte social communautaire, ce qui est un concept bien différent de celui de droits collectifs pré-existants et totalement indépendant de l’état.

[…]

En fait, la reconnaissance et le respect des droits d’Onwehonwe sont mis en conflit avec le sens des valeurs de la propriété blanc et de leur sentiment personnel et émotionnel de sécurité, qui est fondé sur une assertion de convénience et de droit à continuer de bénéficier de crimes initiés par les générations passées sans aucune reconnaissance ni dédomagement (non financier) pour les peuples qui ont physiquement soufferts de cette relation.

[…]

Les blancs qui ne sont pas encore décolonisés doivent en venir à admettre qu’ils ont eu et ont toujours tort. Ils doivent admettre qu’Onkwehonwe a des droits inhérents et collectifs à leur indigénéité, qui sont indépendants et autonomes de la société colonisatrice: les droits aux territoires, à la culture et à la communauté.”

Note du traducteur: Alfred en vient ensuite à discuter de ce que colons et colonisés ont quelque part en commun, ce qui rejoint tout à fait la ligne conceptuelle des grands théoriciens de la décolonisation comme le furent Frantz Fanon, Aimé Césaire et Frederick Douglass avant eux. Il dit ceci:

“Le colon et le colonisé ont tous deux été forcés d’accepter de vivre dans un état de captivité. Ceci correspond au sens plus profond de la tournure qu’a pris le colonialisme moderne. Bien sûr tout ceci est possible parce que le grand mensonge a été incorporé dans tous les aspects de nos vies aussi loin que l’on puisse se rappeler comme étant la mémoire, l’identité et les relations politiques et économiques de domination et d’exploitation. Quelle type de culture a été produite par ce déni de vérité et en érodant l’authenticité des façons de vivre enracinée, saines et intelligentes, pour être au service du pouvoir politique et économique ? Cette question doit être posée non seulement aux assujettis mais également aux dominants.

Le colonialisme est une relation totale au pouvoir et il a façonné l’existence non seulement de ceux qui ont tout perdu mais aussi de ceux qui en ont profité.”

[…]

“Dans ce monde où l’arrogance impérialiste, les mensonges et la fausse conscience sont normaux, les voies Onkwehonwe sont les seules pouvant mener à la liberté. L’aboriginalisme, la redéfinition sociale et culturelle du génocide, ne peut offrir aucun mode de vie à Onkwehonwe. Ceci est basé sur le fait que tout ce qui est intégral à nos peuples est gelé dans le passé (et donc sans intérêt) et que si nous devons avoir un futur, c’en sera un qui sera défini et permis seulement à la totale discrétion de la société dominante.

[…]

Une étude de l’universitaire de droit américaine Deborah Yashar montre qu’en Amérique Latine tout comme au Canada, aux Etats-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande, les processus de négociations sur les droits territoriaux définissent toujours les peuples indigènes dans le contexte de structures coloniales et dans le cadre des valeurs culturelles euro-américaines. A ce moment, les discours sur la décolonisation excluent la discussion sur ce que les colonisateurs considèrent être de leur seul ressort: les éléments constitutifs de l’État… Ainsi, toute discussion s’est heurtée à la réalité fondamentale de la souveraineté d’état et de la notion toute euro-américaine du pouvoir: le contrôle et la pensée monologique. Il semblerait que les idées et croyances plus pluralistes et complexes d’Onkwehonwe soient trop avancées pour les institutions simplettes coloniales et pour les “élites” les contrôlant et qui réduisent le monde en une vision manichéenne simpliste: eux contre nous et le vrai contre le faux. L’aboriginalisme ayant ses racines dans cet essentialisme dichotomique, rentre parfaitement dans le moule de la mentalité euro-américaine.

[…]

Ainsi en chaque circonstance, toute proposition progressiste est toujours formulée dans un cadre étatique. L’État est incapable de se situer par rapport aux autres dans un cadre pluraliste et pacifique. L’acceptation d’une existence Onkwehonwe dans le cadre de l’état colonial, au-delà de toute créativité possible et imaginable, revient à une sentence de mort à terme pour la nation autochtone. L’impératif programmé de l’état est l’homogéinisation et le contrôle du singulier par le monopole de la force coercitive et de la légitimité. Sans une refonte fondamentale de l’État lui-même, il n’y a aucune chance de réformer la relation entre celui-ci et les peuples indigènes.

[…]

La solution du colon, qui assume un total manque de soutien dans la société dominante pour l’adhésion à un cadre de décolonisation de la relation avec Onkwehonwe parmi la population générale de l’état, est de nier le potentiel de la loi internationale comme une avancée bénéfique des droits indigènes. En fait, le Canada, les Etats-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont fait câler tout progrès vers une reconnaissance signifiante des droits des peuples indigènes aux Nations-Unies et dans d’autres forums internationaux.

[…]

Il convient de dire que la source principale des problèmes générés par le défaitisme spirituel dans nos nations, est l’effet qu’a eu l’action des églises chrétiennes (NdT: catholique, presbytérienne, anglicane, méthodiste, évangéliste, unifiée du Canada et tout ce ramassis de sectes ensoutannées…) sur nos peuples…

Nous devons considérer ce que la chrétienté institutionnelle, l’effort de convertir Onkwehonwe en chrétiens et de les voir se soumettre à l’autorité des églises, ont fait avec succès de manière générale, sur le collectif indigène. L’apport de l’effet de la chrétienté est clair: les églises ont apporté un soutien financier aux entreprises coloniales ; elles ont aidé à rationaliser le racisme pour leurs paroissiens blancs ; elles ont forcé Onkwehonwe à accepter l’éthique biblique de la souffrance et de normaliser leur oppression dans la recherche d’une rédemption transcendante plutôt qu’immanente ; elles furent responsables de la gestion des pensionnats pour Indiens, qui furent l’outil principal de la politique d’assimilation forcée.

[…]

La bible chrétienne a amené la peur dans les cœurs de nos peuples. Ceci est notre principale faiblesse. Je parle de peur parce que la combinaison d’une lecture autoritaire du texte, avec le manque d’expérience de la polémique et la menace permanente de la rétribution et de la violence, sont des choses terrifiantes. Cette peur a paralysé nos communautés, les empêchant de résister activement à l’agenda colonial de l’église et de l’état.

A suivre…

Lutte contre le colonialisme au sein de l’empire: Ethnocide et génocide sont les deux mamelles du colonialisme occidental…

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Excellente analyse de Steven Newcomb, le directeur et le co-fondateur de l’Institut de Droit Indigène et grand spécialiste du droit institutionnel et indigène, sur les rouages du colonialisme plus que jamais présent en Amérique du Nord. Cet article est le pendant de l’article précédemment traduit et publié: « Comment la langue parlée nous trahit« .

Mettre fin à l’empire, c’est mettre fin au colonialisme dans sa forme pratique certes mais aussi idéologique, qui s’exerce insidieusement sur toutes et tous, car « Nous sommes tous des colonisés« … Seul le degré d’application varie.

— Résistance 71 —

 

Une meilleure façon de concevoir notre être et notre existence

 

Steven Newcomb

 

14 Novembre 2013

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2013/11/14/better-way-conceive-our-being-and-existence

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Avant l’invasion et la colonisation par les monarchies chrétiennes et les nations d’Europe, notre monde culturel et spirituel était intact. Nos ancêtres libres et indépendants avaient une compréhension spirituelle de leurs propres identités en tant que nations et peuples distincts.

Quand les envahisseurs vinrent, ils travaillèrent pendant des siècles à détruire nos langues originelles, nos cultures et nos traditions. Ils travaillèrent à remplacer notre existence originelle libre avec leurs propres langages européens et traditions toutes fondées sur le christianisme. Jusqu’à aujourd’hui, nous vivons dans ce qui a succédé à cette domination imposée, de laquelle certains d’entre nous pensent que nous avons tous les droits de nous libérer, nous, nos peuples et nos nations.

L’évangélisation chrétienne à cette époque fut violemment dirigée contre les peuples non-chrétiens, en insistant que tout le monde, surtout chaque enfant en bas âge, soit baptisé dans ce que les chrétiens appelaient la “seule véritable foi”. Les non-chrétiens étaient catalogués hors-la-loi et ennemis de l’état qui devaient soit être tués, ou “réduits” à la “civilisation” chrétienne, souvent au moyen de la mise en esclavage et la conversion forcée. Ceux qui n’étaient pas baptisés pouvaient être tués en toute impunité, ou mis aux travaux forcés jusqu’à épuisement, bafoués, volés et déportés collectivement de leurs territoires ancestraux afin de laisser place libre à la vie et au monde chrétien.

Quand je regarde ce que nous avons traversé aux mains des envahisseurs et des gouvernements qui ont émergés de ces schémas invasifs, il est clair que ce fut un effort de nous éradiquer en tant que nations distinctes. C’est comme si les envahisseurs avaient dit tout ce temps: “Vous êtes requis d’accepter notre domination.”

Ce qui est appelé aujourd’hui la “loi fédérale indienne” (NdT: aux USA et “Indian Act” loi sur les Indiens au Canada) aux Etats-Unis n’est rien d’autre qu’une construction métaphorique du système de réalité européo-chrétien. Bien que nous soyons les nations originelles de ce continent et de cet hemisphère, nous avons vécu pendant des générations sous l’effet hypnotique de ce système de croyance européo-chrétien avec sa présupposition sous-jacente que cela est la “seule véritable réalité”. Comme si les dominants avaient dit: “Vous devez volontairement accepter le système de métaphores que nous avons mentalement créé pour votre mise sous contrôle ; ceci représente la seule réalité et c’est de fait la loi.”

Si nous continuons à répliquer et à maintenir “la domination générée par la loi fédérale indienne”, nous sommes les seuls à blâmer. Répéter la même réalité disfonctionnelle et folle encore et toujours et en attendre l’émergence d’une réalité fonctionnelle et saine n’est qu’une autre forme de folie. Si nous embrassons consciemment les concepts, idées et attitudes dont nous savons le résultat être toujours les mêmes problèmes que nous disons vouloir résoudre, alors comment pouvons-nous vouloir blâmer quelqu’un d’autre pour le résultat ?

De plus, la société dominante a mis au point des mots et phrases particuliers pour notre intégration politique dans son système. A chaque fois que nous pensons, parlons et écrivons à propos de nous-mêmes en termes des idées que la société dominante a établi pour ce but précis, nous travaillons contre notre propre intérêt. Nous faisons ceci à chaque fois que nous parlons de nous-mêmes en termes et phrases qui construisent une forme de réalité dominante pour nous, comme les termes “tribus”, “nations tribales”, “nations domestiques dépendantes”, “quasi-souveraineté”, “fier d’être américain (ou canadien)”, “nos pères fondateurs” (NdT: Qui est l’équivalent nord-américain du tristement célèbre “nos ancêtres les Gaulois” enseigné aux élèves indochinois et d’Afrique de l’Ouest et du Nord colonisés par la France…) , “nous devons accepter le pouvoir pléniaire des Etats-Unis”, etc, etc…

Plus nous utilisons des mots et des phrases qui nous diminuent, plus nous refusons d’émettre des alternatives, et plus rapidement nous détruisons notre distinction politique en tant que nations et peuples originels de ce continent et de cet hémisphère. L’auto-intégration politique marche en nous nommant nous-mêmes en les termes que le système politique dominant a inventé comme moyen de mélanger nos nations et nos peuples dans son corps politique prédateur.

A chaque fois que nous utilisons sans questionner le vocabulaire d’auto-domination, nous assistons le corps politique prédateur à digérer (incorporer) nos nations et nos peuples. La seule façon d’arrêter ce processus est de refuser de nous identifier nous-mêmes en termes de leur système de réalité dominant. Le problème de la “découverte” (NdT: au sens de la “doctrine chrétienne de la découverte” comme édictée par les bulles papales de 1455 (Romanus Pontifex) et 1493 (Inter Caetera) a été un moyen de nous focaliser sur un problème plus profond: L’effort incessant de la société dominante d’éliminer notre identité en tant que nations libres et indépendantes originelles de ce continent et de cet hémisphère du globe.

Nous faire nous identifier avec ce même système qui a travaillé si dur à détruire notre existence a été le but ultime de la société dominante depuis des générations. Ce fut le but quant à la mise des membres de nos familles dans des centres d’endoctrinement programmés où ils furent abusés, centres appelés “pensionnats” ou “écoles résidentielles” pour Indiens.

Maintenant un nouveau et troublant développement  point à l’horizon. L’effort de certains pour nous convaincre qu’au nom du “processus de construction retardée de nation” (à des fins de “cicatrisation” et de “réconciliation”…), nous devrions volontairement nous incorporer dans le système de domination qui nous est imposé. Il a été faussement suggéré que la subjugation et la destruction qui se sont abattues sur nos nations et nos peuples vont magiquement se transformer en quelque chose de bénéfique au travers d’un processus “d’incorporation” qui est étiqueté “cicatrisation/healing” et “réconciliation”. On nous dit que ceci sera accompli en nous “incorporant” dans le système politique de l’état, qui a travaillé si diligemment à nous détruire. Tout ce que nous avons à faire en fait est de donner notre consentement informé au système politique dominant.

Ma suggestion : N’y croyez pas un seul instant.

=  =  =

Steven Newcomb (Shawnee, Lenape)  a étudié le droit fédéral indien et le droit international depuis le début des années 1980.  Il est le directeur et le co-fondateur de l’Institut de Droit Indigène et auteur du livre “Païens en terre promise: Décoder la doctrine de la découverte chrétienne” (éditions Fulcrum, 2008) 

Effondrer le colonialisme, maître-pilier de l’empire pour un changement de paradigme politique et social…

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“Les leaders aborigènes ont toujours dit que l’auto-gouvernement (l’autogestion) est un droit inhérent de leurs nations qui vient du fait qu’elles sont nations originelles, les premières nations comme elles sont maintenant appelées au Canada…” == “En décembre 1989, le procureur général du Canada, répondant dans un tribunal aux assertions sur la propriété et la jurisdiction de la nation Gitksan-Wet’suwet’en en Colombie Britannique (affaire Delgamuukw) déclara: ‘Propriété et jurisdiction constituent une revendication de souveraineté. Si les plaignants ont jamais eu une souveraineté, celle-ci prît complètement fin à l’assertion de souveraineté de la Grande-Bretagne.’ En d’autres termes, le procureur général argumentait que: 1) le Canada doute que les Gitksan aient jamais été assez civilisés pour obtenir la souveraineté, mais que 2) s’ils l’ont été à un moment, la seule assertion de souveraineté de la Grande-Bretagne a été suffisante pour y mettre fin.”

== Michael Asch, “Political Self-Sufficiency”, Ph.D professeur d’anthropologie Université d’Alberta ==

 

Pourquoi faisons-nous de l’anti-colonialisme et du soutien aux luttes indigènes nos chevaux de bataille ?

Déterminer l’ERREUR et comment la corriger

 

Résistance 71

 

26 Octobre 2013

 

Pour répondre à cette question, il faut, comme nous l’avons fait depuis quelques années déjà sur ce blog, fouiller et analyser ce que nous disent non pas les médias de masse, la littérature et les publications en sciences humaines assujetties à l’ordre oligarchique en place, mais sortir de la “ligne du parti”, de la doctrine dominante du bienfondé et de “l’universalisme humanitaire” de la civilisation occidentale, seule détentrice selon le dogme sans cesse martelé, du progressisme sans lequel l’humanité basculerait dans le chaos et “l’anarchie” ainsi que les bien-pensants se complaisent à le dire, diabolisant le mot à dessein au passage.

C’est en (re)découvrant des auteurs et chercheurs comme Pierre Joseph Proudhon, Pierre Kropotkine, Murray Bookchin, Emma Goldman, Gaston Leval, Howard Zinn, Barbara Tuchman, Annie Lacroix-Riz, Alan Lee Dugatkin, Michael Albert, Paulo Freire, Ira Shor, Gilad Atzmon, Marshall Sahlins, Pierre Clastres, Louis Hall, Taiaiake Alfred, Russell Means, Oren Lyons, Steven Newcomb, Aimé Césaire, Frank Fanon, Patrice Lumumba, Malcom X, Martin Luther King, Thomas Sankara, Dee Brown, Subcommandante Marcos, Gloria Muñoz Ramirez et tous ceux que nous oublions, que nous avons pu mesurer à quel point l’endoctrinement idéologique des peuples pour sauvegarder l’hégémonie culturelle occidentale, l’euro-centrisme raciste et génocidaire permettant la domination et l’oppression sur cette planète, de la très vaste majorité par une minorité oligarchique, a été et est toujours efficace.

Nous ne pouvons qu’encourager notre lectorat à parcourir les quelques centaines d’articles et de traductions originales qui constituent ce blog, d’en assimiler le contenu et de diffuser sans retenu les messages promulgués par les auteurs ci-dessus mentionnés et qui ont trouvé, pour la plupart, un puissant écho dans les pages de Résistance 71.

Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui n’est que la résultante de la domination et de l’oppression exercées par l’occident de la chrétienté et vues par son oligarchie dirigeante comme “porteuses de lumière”. Cette doctrine date des empires grecs et romains, Rome ayant passé le relais à l’église de Rome qui devint le Vatican au IVème siècle après que l’empereur Constantin eût cédé l’empire romain à l’église romaine. Depuis lors, l’occident s’est livré au pillage, à la rapine, au meurtre organisé, au vol, à l’occupation et au génocide d’abord sur le continent européen, puis dès le XIème siècle en Afrique du nord, Moyen-Orient avec les croisades, puis durant “l’ère de la découverte” et de la prise de possession des continents africain et américain au XVème siècle jusqu’à aujourd’hui, sans discontinuer.

Le monde de la guerre perpétuelle est savamment entretenu par l’oligarchie qui, au fil du temps, est passée d’une oligarchie politique à une oligarchie économiquememt toute-puissante et à laquelle le monde politique est totalement assujetti depuis la création de la Banque d’Angleterre (entité privée comme toutes les banques centrales) en 1694, date à laquelle la City de Londres est également devenue souveraine et est devenue un état dans l’état. Les liens entre le Vatican, la banque du Vatican et la City de Londres, appelé aussi la “Couronne” britannique ou “The Crown”, sont très étroits depuis le départ et le demeurent aujourd’hui.

Vouloir lutter efficacement aujourd’hui contre l’empire, c’est lutter contre le fondement même de l’impérialisme occidental qui repose sur un pilier de pouvoir économique et un pilier de pouvoir idéologique étroitement impliqué l’un avec l’autre.

Attaquer ces deux piliers porteurs aura pour résultat à terme, d’effondrer l’empire. Comment ? Par la prise de conscience et le boycott physique et idéologique tout en amenant des solutions efficaces de remplacement aux institutions oligarchiques qui nous ont été imposées depuis des siècles, l’État étant le rouage essentiel de l’oppression généralisée.

Pour y parvenir, il nous apparaît tout à fait essentiel que les peuples occidentaux réfutent et refusent en bloc l’idéologie dominante qui les colonise tout autant que les peuples des nations colonisées, même si le degré d’oppression est (à peine) moindre. La raison en est des plus évidente : Non seulement le système de coercition a atteint un degré jamais égalé dans l’histoire tant en amplitude qu’en ineptie, mais surtout il représente la plus grande injustice jamais réalisée à l’échelle planétaire, celle de la dictature quasi totale du 0,00001% de la population mondiale (et non pas 1% comme il est souvent annoncé, ce qui représenterait 70 millions d’oligarques au monde, nous sommes bien loin de ce compte…) contre 99,99999% du reste de la population. De surcroi, au fil du temps, cette clique de criminels psychopathes a convaincu le reste de l’humanité de la “normalité” du système politico-économique poussé ad nauseam par une propagande de tous les instants, pour mieux nous contrôler et nous réduire en esclavage.

Nous l’avons dit ultérieurement ici, Nous sommes tous des colonisés !” et le seul moyen d’en sortir est pour nous, peuples occidentaux, responsables de la colonisation par notre action ou inaction et acquiescement tacite chroniques, de reconnaître ouvertement le mal perpétré, œuvrer pour une véritable restitution des terres volées et ressources usurpées ainsi que pour une réconciliation réelle avec les peuples colonisés d’hier et d’aujourd’hui, car nous avons besoin les uns des autres pour bâtir une véritable société progressiste, émancipée et libre. Il n’y a pas d’autre alternative, ni aucune solution au sein du système oligarchique coercitif, oppressif et totalement mortifère qu’on nous a imposé en nous bourrant le crâne avec la pseudo-inéluctabilité de l’affaire par une science tronquée, biaisée et falsifiée à bien des niveaux. Tout cela est bien au-delà de toute rédemption et nous devons définitivement lâcher-prise d’avec cette ignomie colonialiste qui est le pire fléau que la terre ait porté depuis des milliers d’années.

Ainsi nous voyons notre mission actuelle comme corriger l’ERREUR commise depuis bien trop longtemps:

  • Education: Diffuser l’information, participer activement à la résurgence de la vérité historique des évènements passés proches et lointains afin de dévérouiller les esprits
  • Réfutation: Refuser le dogme du consensus du statu quo oligarchique et savoir que l’humain peut bien mieux faire s’il utilise le potentiel énorme de son intelligence à des fins collectives et non se laisser enchaîner pour le bénéfice du petit nombre
  • Remplacement: Réfléchir au comment nous, les peuples, pourrions assumer de manière juste, équitable, responsable et pacifique, la gouvernance non coercitive de notre société humaine sur cette planète et abandonner de manière définitive et sans retour, l’ineptie criminelle capitaliste (privé ou d’état) préservé par son garde-chiourme attitré: l’État
  • Evolution: Mettre en place un système de gouvernance non coercitif à géométrie variable selon les cultures et traditions en place, sans discrimination, de manière équilibrée et juste et dont l’objectif serait essentiellement le développement d’un mode de vie harmonieux entre toutes les cultures, de manière libre er non coercitive et en harmonie également avec la nécessité de préserver notre écosystème planétaire dans son entièreté
  • Unification: Unir la race humaine sur la base du bonheur et de développement commun, abandonnant le voie du pouvoir fractionné coercitif pour une gouvernance non-coercitive, participative, non centralisée et donc libre
  • Réconciliation: Véritable pilier de soutien entre les peuples, qui verra la libération des peuples du monde de la doctrine colonialiste euro-centrique et l’ensemble des peuples s’auto-gouverner en adoptant et adaptant les modes de gouvernance de sociétés traditionnelles à pouvoir non coercitif ; ceci rendant les conflits impossibles par concept. Ceci ne pourra s’effectuer après qu’une véritable restitution des territoires volés ait été faite aux peuples autochtones

Pour tous ceux qui désirent lutter efficacement contre le colonialisme occidental qui est le cœur même de l’impérialisme d’hier, d’aujourd’hui et de demain si rien ne change, il faut œuvrer à détruire le pilier porteur de l’empire, qui aujourd’hui se situe plus que jamais en Amérique du Nord.

L’empire anglo-américain dans sa conception actuelle mais transnational par essence, tient sa puissance des ressources exploitées sur des terres volées aujourd’hui appelées “Etats-Unis d’Amérique” et “Canada” avec des ramifications dans leur “jardin” de l’Amérique du Sud et Centrale. Retirez de dessous ses pieds la base territoriale de l’empire et donc une vaste partie de son pouvoir économique, des biens qu’il met en gage pour garantir sa dette toujours croissante qu’il force le reste du monde à acheter pour continuer ses guerres hégémoniques et vous lui enlevez la racine même de son existence fabriquée de toute pièce. Le fait est que les entreprises commerciales connues sous les vocables d’Etats-Unis d’Amérique et de Canada, n’ont aucune légitimité légale et n’existent que par des lois forgées pour soutenir l’escroquerie depuis sa création. Nous avons vu sur ce blog comment ce qui sert de base aux lois sur la propriété aux Amériques et aux lois “gérant le problème indien”, est fondé sur des diktats (bulles) pontificales jamais révoquées, toujours en vigueur et intégrés dans des décisions de cour suprême des Etats-Unis, diktats datant du XVème siècle: les bulles Romanus Pontifex et Inter Caetera.

En la matière, il est juste de dire que l’existence actuelle des entreprises commerciales dépendantes de la “couronne” britannique (c’est à dire de la City de Londres et de la Banque d’Angleterre) connues sous le nom “d’Etats-Unis” et de “Canada”, sont des entités frauduleuses rendues historiquement possible par des diktats religieux, chrétiens, fondamentalement racistes (les Indiens n’existent pas en tant que païens et leurs terres ancestrales sont “terra nullum” bonnes à être saisies, volées et exploitées par les chrétiens…) et génocidaires (les bulles encouragent à l’élimination et/ou la mise en “esclavage perpétuel” des païens de ces terres…). Bien sûr toute cette information a été savamment enterrée et recouverte de la dorure d’usage, cela est néanmoins bien réel.

Il importe de divulguer cette information au plus large segment de la population occidentale, de dénoncer les crimes commis depuis plus de 500 ans par l’église et ses successeurs, de favoriser le rapprochement des peuples occidentaux (dont la majorité des membres reconnaîtront cette ignomie pour ce qu’elle est si on leur présente l’information convenablement) et indigènes non seulement des Amériques, mais également de toutes les régions du monde qui ont subies l’influence néfaste de “l’universalisme humanitaire” bidon de l’occident et les peuples d’Afrique,d’Asie et d’Océanie qui subissent toujours aujourd’hui le colonialisme ou sa forme moderne nouvelle “néo-coloniale” qui voit des pays “indépendants” gouvernés par des régimes marionnettes de l’occident permettant l’exploitation des ressources et la corruption perpétuelle des leaders…

Notre intérêt en tant que peuples occidentaux également réduits en esclavage par nos oligarques qui nous haïssent tout autant qu’ils haïssent les “nègres, bougnoules, niakoués ou sauvages rouges” de la planète, est de nous unir avec nos frères colonisés, lutter avec eux pour leur souveraineté, couper en cela l’herbe sous les pieds de l’empire et œuvrer ensemble pour un changement radical de paradigme politique et économique. Le capitalisme est entré dans sa dernière phase, celle du capitalisme monopoliste hideux, qui ne peut, pour sa survie, qu’implanter une dictature mondiale sur la planète. L’empereur est nu. Nous savons où il veut en venir. Il est désormais simple de voir où nous devons nous diriger: vers l’union alors que l’oligarchie fait tout, absolument tout pour nous maintenir divisés (dernière fadaise en date: la doctrine bidon du “choc des civilisations”), car elle sait pertinemment que des peuples unis la balaieront en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

Les oligarques ont peur, très peur, car ils savent que leur paradigme ne tient qu’à la division et qu’au contraire, l’union des peuples est leur angoisse existentielle. Comment mieux diviser les peuples que par la guerre ? Ce qui en plus leur fait gagner des sommes fabuleuses qui renforcent leur monopole capitaliste.

Là est le nerf de la guerre, la bataille de toutes les batailles: Si les Indiens des Amériques (Nord et Sud) regagnent leur souveraineté et leurs terres, l’empire disparaîtra quasiment instantanément, faute de la base solide sur laquelle s’appuyer: le territoire et ses ressources, source de toutes les convoitises.

Là est l’enjeu, là est le talon d’Achille de l’oligarchie et c’est la qu’il faut frapper, au porte-feuille et aux ressources, c’est la seule solution réaliste et viable. La méthode doit consister en forcer les entités de droit international à reconnaître la nullité des bulles pontificales, forcer une rétractation de laquelle dépend l’effondrement du système juridique soutenant cette escroquerie. Le système est fait pour se protéger lui-même, les lois sont les lois oligarchiques de protection, c’est pourquoi il faut une énorme pression populaire pour forcer la reconnaissance définitive de cette ignominie qui dure depuis plus de cinq siècles. C’est pourquoi nous devons agir de concert avec nos frères Indiens des Amériques.

Voilà pourquoi, en réponse à notre question initiale, nous insistons de plus en plus sur cet aspect de la lutte, qui à notre sens est devenu vital et offre une solution lumineuse pour se débarrasser avant toute chose de l’empire oppresseur, condition sine qua non d’un changement de paradigme pour le bien–être de tous…

Identifier le talon d’Achille et agir en conséquence: Un archer, une flèche, une victoire décisive. Les Indiens le savent, ils ne s’y sont pas trompés… Nous devons les aider à amener leur meilleur archer à portée de tir… Pour que tout cela finisse… Enfin !

Ensemble, corrigeons l’ E.R.R.R.E.U.R

“La politique de génocide de l’église fut la base, la fondation du colonialisme européen sur deux continents.”

== Russell Means, 1995 ==

Histoire et politique: La leçon d’un sage Iroquois (Oren Lyons) devant l’ONU…

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Nous avions gardé sous le coude cette traduction du discours du gardien de la tradition de la nation Onondaga (confédération iroquoise) Oren Lyons, lors de l’assemblée générale de l’ONU en décembre 1992. Au vu des évènements se déroulant dans la province du Nouveau Brunswick en ce moment où la nation Mik:maq est en lutte pour sa souveraineté sur ses territoires violés et doit faire face à la violence et la brutalité renouvelée de l’état qui dispose lui, du monopole de la violence, au sujet des manifestations et blocage de route en désaccord avec l’exploitation du gaz de schiste sur leur territoire ; nous estimons que le moment est juste pour mettre ce superbe texte en ligne dans sa traduction française.

Oren Lyons reçut pour ce discours, une ovation debout de l’ensemble des délégués assistant à l’assemblée plénière. Pas grand chose a changé depuis, il est temps d’y remédier avec l’aide des occidentaux enfin affranchis du dogme idéologique colonialiste.

— Résistance 71 —

 

Discours du gardien de la tradition Haudenosaunne (Confédération Iroquoise) Oren Lyons à l’ONU

Déclamé devant l’Assemblée Générale de l’ONU le 10 Décembre 1992.

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Pour tous ici, je suis Oren Lyons, Haudenosaunee (Iroquois) et je parle au nom des nations indigènes de l’Ile de la Grande Tortue ou l’Amérique du Nord. Monsieur le président, distingués délégués, chefs, mères de clans, leaders et membres des nations autochtones et peuples du monde, nous vous remercions, assemblée générale, pour la reconnaissance de la proclamation de “1993, année internationale des peuples indigènes” et pour le thème du “peuples indigènes pour un nouveau partenariat”. Nous remercions Mme la présidente Repal Chur du groupe de travail des peuples indigènes pour son soutien constant et enthousiaste. Nous reconnaissons aujourd’hui l’inspiration et la force spirituelle d’Augusto Williamson Diaz pour avoir envisionné un jour comme celui-ci et notre gratitude va vers tous ces leaders autochtones et personnes de par le monde qui eurent aussi la vision d’un tel jour pour nos peuples et qui ont mis leur sang, leurs larmes et leur sueur pour que ce moment arrive. Profonde gratitude et remerciements également pour tous ceux qui nous ont quittés et qui ne sont plus parmi nous pour apprécier ce moment.

Cette proclamation nous amène une inspiration et une motivation renouvelée pour notre quête d’auto-détermination, de justice, de liberté et de paix dans nos territoires et terres ancestrales. De fait, la quête n’est ni plus ni moins que le renouvellement de ce que nous vivions ici avant l’arrivée de nos frères blancs d’au-delà des mers. Nous vivions de manière satisfaite sous:

« Gai Eneshah Go’ Nah », La Grande Loi de la Paix.

Nous fûmes instruits de créer des sociétés fondées sur les principes de paix, d’égalité, d’équité, de justice et du pouvoir de la bonne conscience. Nos sociétés sont fondées sur de grands principes démocratiques de l’autorité du peuple et des responsabilités égales pour les hommes et les femmes. Ceci représenta un grand bonheur de vivre sur l’Ile de la Grande Tortue et la liberté fondée sur le respect transpirait de partout. Nos leaders furent instruits de devenir des hommes de vision et de ne prendre de décisions qu’en considérant les sept prochaines générations à venir, d’avoir amour et compassion pour ces générations qui ne sont pas encore nées. Nous avons été instruits de remercier tout ce qui nous permet de vivre. Ainsi nous avons créé de grandes cérémonies pour le remerciement aux forces donneuses de vie du monde naturel et aussi longtemps que nous continuerions ces cérémonies, la vie continuerai. On nous a enseigné que “La semence est la loi”.

De fait, c’est la loi de la vie. La loi de la régénération. Au sein même de la semence se trouve la force mystérieuse de la vie et de la création. Nos mères chérissent et gardent cette semence, cette graine et nous les aimons et respectons pour cela. De la même manière que nous aimons:

« I hi do’ hah », Notre Terre-Mère

Pour le même travail spirituel et mystère. Nous avons été instruits d’être généreux et de partager de manière égale avec nos frères et sœurs de façon à ce que tout le monde soit heureux et satisfait. Nous avons été instruits d’aimer et de respecter nos anciens, de les servir dans leurs années de déclin, de nous chérir les uns les autres. Nous avons été instruits d’aimer nos enfants, en fait, d’aimer TOUS les enfants. Nous avons été instruits du fait qu’un temps viendra où les parents échoueront dans cette obligation envers les enfants et que nous pourrons juger du déclin de l’humanité par la façon dont nous traitons nos enfants. Nous avons été instruits du fait que le temps viendra où le monde sera couvert de fumée et que cela prendrait nos anciens et nos enfants.

C’était difficile à comprendre cela à l’époque, mais maintenant, tout ce que nous avons à faire est de sortir dehors pour faire l’expérence directe de ces déclarations. Nous avons été instruits qu’il viendrait un temps où il ne sera plus possible de trouver de l’eau propre pour nous laver, pour faire cuire nos aliments, pour faire nos médicaments et pour boire ; et qu’il y aura des maladies et une grande souffrance. Aujourd’hui nous pouvons entrevoir cela alors que nous observons notre futur avec une grande appréhension. Nous avons été instruits du temps où nos jardins seront vides de toute nourriture. Nos précieuses semences commenceront à disparaître. Nous avons été instruits que viendra un temps où les jeunes adultes marcheront en large et en travers devant leurs leaders, emplis de défi, de colère et de confusion.

Il y a quelques problèmes spécifiques que je dois mettre en avant au nom de nos nations et peuples.

L’Amérique du Nord: Le problème des dépôts de déchets nucléaires et toxiques sur nos précieuses terres, la politique de trouver un endroit pour disposer de ces ordures toxiques, là où résident les peuples les plus pauvres et les plus vulnérables aujourd’hui. Ceci amène le problème de la dégradation de l’environnement par ces largages d’ordures, de déchets toxiques, de sur-pêche, de sur-coupe d’arbres et d’accumulation de produits chimiques toxiques provenant des processus d’extraction minière à travers nos territoires.

Les violations des traités: Nous avons avec les Etats-Unis et le Canada, 371 traités et accords ratifiés. Le traité de la Ruby Valley du territoire Shoshone de l’ouest est un bon exemple de ce qu’amène la violation des traités: violations des droits de l’Homme, déportations, désaffranchissement des peuples autochtones par la confiscation de leur propriété et de leur bétail.

Le refus de reconnaître et de soutenir les libertés religieuses de notre peuple et les décisions de la cour suprême des Etats-Unis qui incorpore cette attitude sectaire dans la loi fédérale. Ceci se traduit par la violation des terres sacrées. Le Mont Graham en territoire Apache est maintenant un projet de site pour un observatoire, ce qui cause un grand désarroi pour le peuple Apache, dont la survie dépend des forces spirituelles émanant de ce territoire. De manière ironique, un associé de ce projet est le Vatican et plus avant, le nom proposé de ce projet est “Colombus” (Christophe Colomb).

L’appropriation de notre propriété intellectuelle est continue et désastreuse. La terre est le problème. La terre a toujours été le problème central avec les peuples indigènes. Le titre de propriété original est un problème pour vous tous. Nous devons essayer de parvenir à un accord sur un plan  bien plus équitable qui nous permettrait, au moins, une chance de survie (NdT: telle n’est bien sûr pas le désir des instances coloniales… Ce que Lyons sous-entend ici…)

Notre frère Leonard Peltier est en prison depuis bien trop longtemps, en 1993, pour signaler une nouvelle attitude, et quoi de mieux que sa relâche après 16 longues années, symbole de la domination, de la colonisation de nos peuples. (NdT: en 2013, Leonard Peltier est toujours en prison… Il est le prisonnier politique le plus longtemps incarcéré au pays du goulag levant, 36 ans d’incarcération pour un innocent du crime dont il est accusé: La mort de deux agents du FBI, abattus en 1975, lors d’une escarmouche avec des Sioux en territoire Oglala)

Tout ceci est venu d’au-delà des mers. Les catastrophes que nous avons endurées aux mains de nos frères d’au-delà des mers ont été incessantes et inexcusables. Elles ont écrasé nos peuples, nos nations au fil des siècles. Vous nous avez amené les maladies (variole, tuberculose) et la mort et l’idée de la domination, de la colonisation chrétienne sur les hérétiques et les païens, les sauvages. Nos terres furent déclarées “vacantes” par des bulles pontificales, ce qui créa des lois pour justifier le pillage de nos territoires. Nous avons été systématiquemement dépossédés de nos ressources, de nos religions et de notre dignité.

De fait, nous sommes devenus une ressource humaine pour l’exploitation des mines d’or et des champs de canne à sucre. La vie pour nous était infernale et indescriptible tout autant que cruelle. Nos frères et sœurs noirs furent amenés de terres lointaines pour partager nos souffrances et nos misères et la mort. Et pourtant, nous avons survécu. Je me tiens devant vous comme la manifestation de l’esprit de nos peuples et de notre volonté de survivre. Le loup, notre frère spirituel, se tient à nos côtés et nous nous ressemblons dans l’esprit occidental: haïs, admirés et toujours un mystère pour vous, et toujours invaincus.

Alors quel est le message que je vous colporte aujourd’hui ? Est-ce notre futur commun ? Il me semble que nous vivons une époque de prophétie, une époque de définitions et de prises de décisions. Nous sommes la génération ayant les responsabilités des choix, des options de choix entre le chemin de la vie pour nos futurs enfants ou le chemin qui défie les lois de la régénération. Même si vous et moi sommes dans différentes embarcations, vous sur votre navire et nous dans notre canoë, nous descendons ensemble la même rivière de la vie. Ce qui me nuit, vous nuit et en aval de cette grande rivière de la vie, nos enfants et futures générations paieront pour notre égoïsme, notre veulerie et notre manque total de vision. Il y a 500 ans vous vîntes en nos territoires et forêts, vierges et somptueux, nos plaines magnifiques, nos lacs à l’eau cristaline et nous, nous avons souffert pour votre quête de dieu, de gloire et d’or. Mais nous avons survécu. Pouvons nous encore survivre 500 ans de plus de ce “développement durable” ? Je ne le pense pas. Pas par les définitions actuelles du mot “durable” de toute façon. Je ne le pense pas.

Ainsi la réalité et la loi naturelle prévaudront: la loi de la semence et de la régénération. Nous pouvons toujours changer de cap. Il n’est pas TROP tard. Nous avons toujours des options devant nous. Nous devons avoir le courage de changer nos valeurs pour la régénération de nos familles, de la vie qui nous entoure. En prenant cette opportunité, nous pouvons nous élever. Nous devons nous tenir la main avec le reste de la création et parler de bon sens, de responsabilité, de fraternité et de PAIX. Nous devons comprendre que la loi EST la semence et que seuls de véritables associés dans la vie peuvent survivre et survivront.

Au nom de tous les peuples de l’Ile de la Grande Tortue, je vous remercie de votre attention.

Maintenant j’en ai terminé.

Dah ney’ to.

(Oren Lyons reçut alors une ovation debout de toute l’audience de l’assemblée générale de l’ONU et l’appréciation des spectateurs Indiens par leurs cris de joie.)

Source: http://www.indigenouspeople.net/onondaga.htm