Archive pour colonialisme 500 ans d’injustice

Reprise 10 : L’argument « légal » yankee de la domination chrétienne sur les peuples et nations originels (Steven Newcomb)

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American Indian Movement

 

L’argument des nations chrétiennes du gouvernement des Etats-Unis dans l’affaire judiciaire des Indiens Tee-Hit-Ton vs Etats-Unis (1955)

 

Steven Newcomb

 

27 août 2020

 

url de l’article original:

http://originalfreenations.com/the-u-s-governments-christian-nations-argument-in-tee-hit-ton-indians-v-united-states-1955/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Il y a soixante-six ans, en novembre 1954, le ministère de la justice américain a soumis une argumentation des plus bizarres au cours de l’affaire opposant les Indiens Tee-Hit-Ton et les Etats-Unis. Ceux-ci argumentèrent que les Indiens de la bande Tee-Hit-Ton de la nation Tlingit d’Alaska ne devrait pas recevoir de compensation financière pour la prise de bois de leur territoire. Pourquoi ? Parce que “les nations chrétiennes d’Europe” avaient affirmé leur “souveraineté” et “acquis la juridiction” sur les terres des païens et des infidèles durant l’époque dite de la “découverte”.

Les métaphores religieuses contenues dans le résumé légal du ministère de la justice, qui incluent des citations de la “Genèse” de la bible ainsi que des psaumes de l’ancien testament, nous disent que le ministère et le gouvernement des Etats-Unis contestaient sur la base de la religion chrétienne que les Indiens Tinglit devaient être payés pour la prise de bois sur leurs terres. Les Etats-Unis gagnèrent l’affaire à la majorité du vote de la Cour Suprême et un compte rendu fut écrit par le juge Stanley Reed et rendu public par la CS en février 1955. Je suis né deux mois après cette décision de justice. En tant que peuples et nations qui furent décimés par l’invasion des nations de la chrétienté occidentale, nous, peuples natifs, tentons constamment de comprendre cette décision et cette version de la “réalité” passée et présente. Pourtant, pour une raison qui nous échappe, les érudits de la loi sur les Indiens n’ont fait aucun effort pour comprendre le fait qu’en 1954, la même année où la CSEU renversa la décision dans l’affaire Plessy vs Ferguson et la doctrine différente mais égale, le gouvernement des EU a utilisé la bible et la religion chrétienne, avec des documents (bulles) pontificaux datant du XVème siècle comme base de ses arguments dans une plaidoirie judiciaire.

Malheureusement, avant 1955, la CSEU n’enregistrait pas les plaidoiries orales, sauf pour les cas très importants. Une recherche approfondie par un bibliothécaire de l’université du Massachussetts, Amherst, a révélé qu’aucune transcription écrite ne fut conservée de la plaidoirie du gouvernement des EU dans l’affaire Tee-Hit-Ton vs USA. Ce que nous avons en revanche, c’est l’original résumé légal de cette affaire. Et, comme je l’ai dit ci-dessus, je n’ai pas trouvé un seul exemple de praticien de la loi sur les Indiens ayant mentionné dans un livre ou un article, les métaphores religieuses utilisées par le gouvernement des Etats-Unis dans son argument à la CSEU dans l’affaire Tee-Hit-Ton vs USA.


Bible, Croix et Épée… La sainte trinité de la domination

Mais, quelques universitaires natifs ont réuni quelques métaphores qu’ils ont l’habitude d’utiliser et ce qu’ils ont pu discerner  des archives écrites ou des interprétations des archives par d’autres universitaires. Les avocats de la loi fédérale sur les Indiens n’ont pas mentionné la dimension religieuse chrétienne dans cette loi dans leurs comptes-rendus passés. Le juge de la CS Stanley Reed, qui a écrit la vaste majorité de la décision de justice dans l’affaire Tee-Hit-Ton contre les USA, a exprimé son interprétation de la décision de Johnson contre M’Intosh (1823) dans une opinion dissidente en 1946 dans l’affaire de la bande Alcea de Tillamooks. Reed y a dit que la décision de Johnson était basée sur la théorie voulant que “la découverte par les nations chrétiennes leur avaient donné la souveraineté sur ces terres découvertes ainsi que le titre de propriété.” Il cita tacitement ce même point de vue dans la décision majoritaire de l’affaire Tee-Hit-Ton en citant le chapitre “Propriété” (chapitre 5) dans les Elements of International Law, de Henry Wheaton, qui exprimait un contraste entre la domination des nations chrétiennes d’Europe et la mise au pas, subordination des Indiens non-chrétiens.

Les citations archivales du “passé” concernant le rapport chrétien / infidèle et païen sont filtrées et laissées hors des catégories de la loi fédérale indienne. Ceci devient certainement un facteur quand on en vient à la capacité de défier les schémas idéologiques que j’appelle typiquement maintenant “de la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination. Nous n’avons pas accès à une vérité non “filtrée” des anciennes archives historiques, spécifiquement depuis notre distant point d’observation dans cette seconde décennie du XXIème siècle. Ce que nous avons en revanche est une litanie d’interprétations largement contestées, qui demandent toutes une reconnaissance de vérité.

Pourtant ces silences, ce dont on ne discute pas, sont souvent plus importants que ce dont on discute. Prenez par exemple le professeur de science politique David Wilkins, dans un article sur la doctrine de la découverte il y a un an, il y dit que la décision majoritaire de Stanley Reed dans l’affaire des Indiens Tee-Hit-Ton “se classe parmi les plus évidentes et racistes mauvaises représentations de faits jamais émises par la Cour Suprême des Etats-Unis.Wilkins n’a apparemment aucun problème à exprimer ce scandale en regard du racisme dans la loi américaine ; mais il n’est pas scandalisé de la même manière par l’utilisation par les Etats-Unis de la religion chrétienne et des termes catégoriels “païens” et “infidèles” contre nos nations et nos peuples dans la plaidoirie judiciaire de l’affaire des Indiens Tee-Hit-Ton ni par la reconnaissance par la CSEU de ce langage citant un langage religieux dans les Elements of International Law de Henry Wheaton ?

J’ai envoyé le langage pertinent du compte-rendu légal de l’affaire à un autre érudit de la loi fédérale indienne il y a quelques années. Quand je lui ai posé plus tard la question, il a répondu : “Je ne vais pas lire ça”. Aucune explication du pourquoi. Juste un refus direct à simplement lire ce langage religieux traitant de “païens” et “d’infidèles” dans ce compte-rendu légal, ainsi que les références à l’ancien testament biblique..

Je m’attendais à une réponse plus nuancée de Wilkins, mais il dit que “les archives historiques, à la fois écrites et orales, , montrent que le titre de propriété légal demeurait avec les nations tribales.” Pourtant, il négligea de reconnaître un présumé droit de domination de la part du gouvernement des Etats-Unis en regard des nations natives. Quant à ce que Wilkins veut dire par “droit de propriété légal” en application aux nations natives, il donne un indice lorsqu’il dit que la doctrine de la découverte “a affirmé que les nations tribales étaient ‘les occupants de droit de la terre’ et avaient ‘un droit légal et juste de garder la possession de la terre et de l’utiliser comme bon leur semble’”.

Pourtant, en 2014, le 9ème circuit de la cour d’appel a dit dans l’affaire White vs University of California que le “droit d’occupation des sols” n’est pas un “droit de propriété”, tout en citant Johnson vs M’Intosh et Tee-Hit-Ton vs USA en documentation. Nous pourrions demander au professeur Wilkins “Quel droit de “propriété des sols” demeure t’il avec les nations natives, prenant en compte qu’en 2014, le 9ème circuit de cour d’appel a déclaré que le titre indien “d’occupation aborigène’ est un ‘intérêt aborigène’ mais pas un “droit de propriété’” ?

Vous pouvez vraiment vous poser la question de savoir si les praticiens de la loi fédérale indienne vont un jour vraiment défier la base religieuse de la doctrine de la découverte dans l’affirmation par les Etats-Unis que l’occupation des terres indiennes n’est pas un “droit de propriété”, le tout fondé sur la distinction entre les nations chrétiennes d’Europe et leurs successeurs, et les nations “païennes” et “infidèles” ? Où est le scandale en Territoire Indien sur cette utilisation de la chrétienté par les tribunaux de justice américains pour affirmer leur droit de domination contre nos peuples et nations natives ?…

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Notre page « Colonialisme et Doctrine Chrétienne de la Découverte »

Notre page « Colonialisme et luttes indigènes »

5 textes pour comprendre et éradiquer le colonialisme

« Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte », Steven Newcomb, 2008

« Comprendre le système de l’oppression coloniale par mieux le démonter », Steven Newcomb

« Comprendre le système de l’oppression coloniale pour mieux le démonter », Peter d’Errico

« Effondrer le colonialisme », Résistance 71

« Nous sommes tous des colonisés ! », Résistance 71

 


La Grande Loi de la Paix


Wampum Deux Rangées

Origine profonde du colonialisme occidental: 500 ans d’injustice, de domination et de subjugation… (Steven Newcomb)

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“A l’époque de leur première rencontre avec les Européens, la très vaste majorité des sociétés autochtones américaines avait atteint la véritable civilisation: elles n’abusaient en rien la terre ni la nature, elles promouvaient la responsabilité communale, elles pratiquaient l’égalité dans la société et les relations entre les différents genres et elles respectaient la liberté individuelle […] Un des éléments clef pour la restauration de l’harmonie nécessaire entre les cultures sociales et politiques est un bon leadership, consistant avec les valeurs culturelles de la communauté. Les structures politiques non-indigènes, leurs valeurs et leurs styles de leadership mènent à des formes compromises et coercitives de gouvernement qui sont en contradiction avec les valeurs mêmes de la société autochtone ; ceci est aussi la raison principale pour laquelle nos crises politiques et sociales persistent.”
~ Professeur Taiaiake Alfred, Université de Victoria, Colombie Britannique ~

“Si un peuple vit et obéit à la loi naturelle, il n’y a nul besoin pour des lois humaines pour quelque situation que ce soit. La première loi créée par l’Homme est la mort de la Loi Naturelle. La loi naturelle est la loi de la vie, la loi humaine est la loi de la mort.”
~ Russell Means, activiste Lakota ~

 

Cinq cents ans d’injustice

L’héritage du racisme religieux du XVème siècle

Steven Newcomb

url de l’article original:
http://ili.nativeweb.org/sdrm_art.html

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Lorsque Christophe Colomb a pour la première fois mis le pied sur le sable blanc de l’île de Guanahani, il fit une cérémonie afin de “prendre possession” de la terre pour le roi et la reine d’Espagne, agissant sous les lois internationales de la chrétienté occidentale. Bien que l’histoire de la “découverte” de Colomb ait pris des proportion “mythologiques” dans presque tout le monde occidental, peu de gens savent en fait que cet acte de “prise de possession” était fondé sur une doctrine religieuse connue aujourd’hui sous le vocable de Doctrine de la Découverte. Encore moins de gens réalisent qu’aujourd’hui, cinq siècles plus tard, le gouvernement des Etats-Unis utilise toujours cette doctrine judéo-chrétienne archaïque pour refuser les droits des peuples et nations amérindiens.

Les origines de la doctrine de la découverte

Pour bien comprendre la connexion entre le principe de la découverte de la chrétienté et les lois des Etats-Unis, nous devons commencer par examiner un document pontifical émis quarante ans avant le voyage historique de Colomb. En 1455, le pape Nicolas V émît la bulle Romanus Pontifex pour le roi Alphonse V du Portugal, déclarant la guerre à tous les non-chrétiens du monde et spécifiquement sanctionnant et promouvant la conquête, la colonisation et l’exploitation des non-chrétiens de leurs nations et de leurs territoires.

Sous des doctrines théologiques et légales variées formulées durant et après les croisades, les non-chrétiens étaient considérés comme les ennemis de la foi catholique et comme tels, des sous-hommes. En accord avec la bulle de 1455, le pape Nicolas V instruisit le roi Alphonse de “capturer, de vaincre et de subjuguer tous les sarrasins, les païens et autres ennemis du Christ”, pour “les réduire en esclavage perpétuel” et “pour saisir toutes leurs possessions et leurs propriétés”. Agissant sous ce privilège pontifical, le Portugal continua à trafiquer les esclaves africains et à étendre ses dominations royales en faisant des “découvertes” le long de la côte occidentale de l’Afrique, clâmant au passage toutes ces terres comme territoire portugais. (NdT: ceci fut déjà édicté dans la bulle Dum Diversas du même Nicolas V en 1452, Romanus Pontifex en 1455 ne fit que confirmer ce qui existait déjà, la bulle Inter Caetera du pape Alexandre VI en 1493, divisa le monde entre le Portugal et l’Espagne dans la continuité de Dum Diversas et Romanus Pontifex… Aucune de ces bulles n’a été répudiée par le Vatican et sont toujours en application en 2016. À l’heure où nous traduisons ces lignes..)

Ainsi, lorsque Colomb a traversé vers l’ouest à travers la mer des ténèbres en 1492, ayant la compréhension expresse qu’il était autorisé à “prendre possession” de toute terre qu’il “découvrirait » et qui “n’était pas déjà sous la domination d’autres souverains chrétiens”, lui et les souverains de Castille et d’Aragon suivaient une tradition déjà bien établie de “découverte” et de conquête. [Thatcher 96]. De fait, après le retour de Colomb en Europe, le pape Alexandre VI émît une bulle: Inter Caetera du 3 Mai 1493, “donnant” à l’Espagne, à la requête du roi Ferdinand et de la reine Isabelle, le droit de conquérir les terres que Colomb avaient trouvées, ainsi que toutes terres que l’Espagne pourrait “découvrir” dans le futur.

Dans la bulle Inter Caetera, le pape Alexandre a déclaré son désir que les peuples “découverts” soient “subjugués et amenés dans la foi chrétienne”. [Davenport:61]. De cette façon, dit le pape, “l’empire chrétien” se propagerait. [Thatcher:127] Quand le Portugal protesta de cette concession à l’Espagne, le pape Alexandre VI stipula dans une bulle subséquente publiée le 4 Mai 1493, que l’Espagne ne doit pas tenter d’établir sa domination sur des terres qui ont déjà été “possédées par un quelconque autre seigneur chrétien”. ]Davenport]. Puis pour satisfaire les deux monarques rivaux, le pape traça une ligne de démarcation entre les deux pôles terrestres, donnant à l’Espagne le droit de conquérir et de dominer un côté du globe et au Portugal l’autre côté.

Durant ce 500ème anniversaire du voyage de Colomb vers les Amériques, il est important de reconnaître que les actes crus de génocide et de conquête commis par Colomb et ses hommes contre les peuples natifs et pacifiques des Caraïbes furent endorsés par l’église catholique par le truchement des documents sus-nommés. En fait, ces documents pontificaux furent fréquemment utilisés par les conquérants européens chrétiens des Amériques pour justifier de leur système de colonisation incroyablement brutal et sans merci envers les territoires et les peuples qui pour eux “n’étaient habités que par de brutes animaux” [Story:135-6]

La leçon à retenir est que les bulles pontificales de 1452, 1455 et 1493 sont de clairs exemples du comment “les pouvoirs chrétiens » ou “les différents états de la chrétienté” voyaient les peuples indigènes: comme “des proies et butins de droit des conquérants civilisés.” [Wheaton:270-1] En fait, la “Loi des Nations” chrétienne établissait que les nations chrétiennes possédaient un droit divin, basé sur la bible, de clàmer le titre de propriété absolu et l’autorité ultime sur les habitants non-chrétiens nouvellement “découverts” ainsi que sur leurs terres et possessions. Au cours des siècles qui suivirent, ces croyances donnèrent naissance à la doctrine de la découverte utilisé par l’Espagne, le Portugal, la France, l’Angleterre et la Hollande, toutes des nations chrétiennes.

La doctrine de la découverte dans la loi des Etats-Unis

En 1823, la doctrine chrétienne de la découverte fut adoptée en catimini dans la loi des Etats-Unis par sa Cour Suprême dans le rendu de l’affaire devenu célèbre de Johnson contre McIntosh (8 Wheat., 543). Écrivant pour une décision unanime, le juge de la cour suprême John Marshall observa que les nations chrétiennes européennes avaient assumé le “dominion ultime” sur les terres de l’Amérique durant l’âge de la découverte et que du fait de cette “découverte”, les Indiens avaient perdu leurs “droits à la complète souveraineté en tant que nations indépendantes” et n’avaient retenu qu’un “droit à l’occupation des sols” de leurs terres. En d’autres termes, les nations indiennes furent sujettes à l’autorité ultime de la première nation de la chrétienté qui clâma possession d’une région donnée des terres indiennes. [Johnson:574 & Wheaton:270-1]

D’après Marshall, les Etats-Unis à leur indépendance en 1776, devinrent la nation héritière de la doctrine de la découverte et acquirent le pouvoir de domination laissée par la Grande-Bretagne. [Johnson:587-9] Bien sûr, quand Marshall a défini en premier lieu le principe de “découverte”, il utilisa un langage qu’il phrasa de telle manière qu’il détourna l’attention du biais religieux, déclarant que “la découverte donna le titre au gouvernement, dont les sujets, ou par l’autorité duquel, la découverte fut faite, contre tous les autres gouvernements européens” [Johnson: 573-4] Mais, discutant les précédents légaux pour soutenir ce que la cour disait, Marshall cita spécifiquement la charte anglaise provenant de l’explorateur John Cabot afin de documenter la reconnaissance complète par l’Angleterre de la doctrine chrétienne de la découverte. Puis paraphrasant le langage de la charte, Marshall nota que Cabot fut autorisé à prendre possession des terres “nonobstant l’occupation des populations autochtones, qui étaient des païens et en même temps, admettant le titre primordial de tout peuple chrétien ayant fait la “découverte” au préalable.” [Johnson:577]

En d’autres termes, la cour suprême affirma que la loi des Etats-Unis était fondée sur la règle fondamentale de la “Loi des Nations” et qu’il était permis de virtuellement ignorer les droits les plus élémentaires des indigènes “païens” et d’affirmer que les “terres inoccupées” de l’Amérique appartenait de bon droit aux nations chrétiennes européennes qui les découvraient Bien sûr, il est important de comprendre que ,comme le fit remarquer Benjamin Munn Ziegler dans la Loi Internationale de John Marshall, que le terme de “terres inoccupées” se référait aux “terres d’Amérique qui, une fois découvertes, étaient “occupées par des Indiens” mais “inoccupées par des chrétiens” [Ziegler:46].

Ironiquement, la même année que le verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh, un des pères fondateurs des Etats-Unis, James Madison écrivit: “La religion n’est pas du ressort du gouvernement humain. La religion est essentiellement distincte du gouvernement civil et exempte de sa reconnaissance ; établir une connexion entre eux est injurieux pour les deux.

La plupart d’entre nous a été élevée dans la croyance que la constitution des Etats-Unis fut faite pour séparer l’église et l’état. Malheureusement avec la décision de la CS dans l’affaire Johnson, la doctrine chrétienne de la découverte ne fut pas seulement écrite dans la loi des Etats-Unis mais elle devint également la pierre angulaire de la politique états-unienne sur les Indiens dans le siècle qui s’en suivit.

De la doctrine de la découverte aux nations domestiques dépendantes

Utilisant le principe de la “découverte” comme préalable, la Cour Suprieme déclara en 1831 que la nation Cherokee (et par implication toutes les nations indiennes) n’était pas totalement souveraine, mais “serait peut-être” des “nations dépendantes” (Cherokee contre l’état de Georgie]. Le gouvernement fédéral prit ceci pour signifier que les traités signés avec les nations indiennes ne reconnaissaient pas les nations indiennes comme étant libres du contrôle du gouvernement des Etats-Unis. D’après le gouvernement US, les nations indiennes étaient des “nations domestiquement dépendantes” sujettent à l’autorité législative absolue du gouvernement fédéral, ce qui est connu en terme légal comme l’exercice du “pouvoir plénier”. Donc, l’ancienne doctrine chrétienne de la découverte et sa subjugation des Indiens “païens” furent étendues par le gouvernement fédéral dans une doctrine mythique disant que la constitution des Etats-Unis permet l’autorité gouvernementale sur les nations indiennes et leurs terres. [Savage:59-60]

Le mythe du “pouvoir plénier” des Etats-Unis sur les Indiens, un pouvoir soit-dit en passant, qui ne fut jamais voulu par les auteurs de la constitution [Savage:115-7], a été utilisé par les Etats-Unis pour:

  1. Circonvenir les termes des traités officiels que les Etats-Unis avaient signé avec les nations indiennes, malgré le fait que tous ces traités sont la “loi suprême de la terre, nonobstant tout ce qui peut-être écrit dans la constitution”.
  2. Voler les terres ancestrales des peuples indiens vivant à l’Est du Mississippi, en les expulsant de leurs territoires ancestraux par la loi de relogement des Indiens (Indian Removal Act) de 1835.
  3. Utiliser un statut du congrès connu sous le vocable de General Allotment Act of 1887 afin de soulager les peuples indiens de quelques 37 millions d’hectares de leurs terres. Cette loi, a expliqué John Collier (commissaire aux affaires indiennes) fut “une méthode indirecte, pacifique sous la forme d’une loi, de prendre la terre que nous étions déterminés à prendre mais que nous ne voulions pas prendre directement pour ne pas enfreindre les traités.
  4. Voler les Collines Noires sacrées de la grande nation Sioux en violation totale du traité de Fort Laramie en 1868 qui reconnaissait la propriété exclusive et absolue de leurs terres à la nation Sioux. (NdT: Ce traité intervint après des défaites successives de l’armée américaine contre la nation Sioux et ses alliés Cheyenne et Arapaho. La campagne militaire américaine se solda par une défaite cinglante aux mains des chefs Lakota Crazy Horse et Sitting Bull. De fait, ce fut le gouvernement des Etats-Unis qui demanda la paix et concéda la défaite. Le traité de Fort Laramie est un traité fort, qui cadrait la défaite militaire des Etats-Unis et accordait tout des demandes de la nation Sioux.)
  5. Payer le secrétaire d’état à l’intérieur la somme de 26 millions de dollars pour 10 millions d’Hectares des terres de la nations Shoshone occidentale, parce que les Shoshone ont systématiquement refusé de vendre leur terre et refusé d’accepter l’argent qu’on leur forçait de prendre et ce bien que la souveraineté de la nation Shoshone et ses limites territoriales étaient clairement reconnues par le gouvernement fédéral dans le traité de Ruby Valley de 1863. Le gouvernement affirme aujourd’hui que se payer lui-même pour les terres Shoshone a mis un terme à la souveraineté de la nation et ses titres de propriété sur leurs terres.

Les cas ci-dessus ne sont juste que quelques exemples du comment le gouvernement des Etats-Unis a utilisé les décisions de la CS dans les affaires Johnson contre McIntosh et Cherokee contre Georgie pour écarter brutalement les droits des peuples autochtones. De fait, un nombre incalculable de politique indienne des Etats-Unis ont été fondées sur la logique sous-jacente, cachée de la “doctrine chrétienne de la découverte”, une logique qui maintient que les peuples indigènes “païens” des Amériques sont “subordonnés à la première nation chrétienne découvreuse” ou à ses successeurs. [Wheaton:271]

Comme l’avait observé Thomas Jefferson, quand l’État utilise la doctrine de l’église comme outil coercitif, le résultat est “hypocrisie et méchanceté”. Malheureusement, l’utilisation par la CS des Etats-Unis de l’ancienne Doctrine Chrétienne de la Découverte pour circonvenir à la constitution comme moyen de voler les terres indiennes et de placer les nations indiennes sous le contrôle des Etats-Unis, a prouvé que Madison et Jefferson avaient raison.

Mettre fin à 500 ans d’injustice pour les peuples indigènes

Dans un pays mis en place pour maintenir une séparation stricte de l’église et de l’État, la doctrine de la découverte aurait dû être déclarée inconstitutionnelle depuis longtemps, parce qu’elle est basée sur un traitement préjudiciable aux nations autochtones, une posture ethnocentrique par le simple fait que les natons indiennes n’étaient pas chrétiennes au moment de l’arrivée des chrétiens européens. En pénalisant les autochtones sur la bases de leur croyance non-chrétienne et de leurs pratiques cérémonielles, les dépouillant de leurs terres et de leur souveraineté, la décision de la CS dans l’affaire Johnson contre McIntosh est une violation monumentale des “droits naturels” de l’humanité, ainsi que celle des droits humains les plus fondamentaux des peuples indigènes.

Alors que nous allons au delà du 500ème anniversaire de l’invasion des Amériques par Christophe Colomb, il est plus que temps de renoncer formellement et de mettre un terme définitif au préjudice et biais religieux qui ont été inscrits dans la loi des Etats-Unis par le juge de la CS John Marshall en 1823. Que le peuple états-unien, spécifiquement la droite chrétienne, se décide ou pas à assister les peuples autochtones à renverser la décision de l’affaire Johnson, en dira long à la communauté mondiale au sujet du sérieux avec lequel les Etats-Unis prennent leurs propres principes fondateurs de liberté, de justice et de liberté religieuse.

Alors que nous approchons le 500ème anniversaire de la bulle Inter Caetera des 3 et 4 Mai 1493, il est important de garder à l’esprit que la Doctrine de la Découverte est toujours utilisée par des pays des Amériques pour refuser les droits des peuples indigènes et pour perpétuer la colonisation au travers du continent. Pour commencer à mettre vraiment fin à ce système colonial et pour nous écarter d’une tradition culturelle et spirituelle de subjugation des peuples, nous devons renverser la doctrine à sa racine même. Ainsi, je propose que les non-autochtones, spécifiquement les chrétiens, s’unissent en solidarité avec les peuples indigènes du continent des Amériques pour faire pression sur le pape Jean-Paul II (NdT: et aujourd’hui François 1er…) et lui montrer l’importance de REVOQUER, dans une cérémonie formelle avec les peuples autochtones, la bulle Inter Caetera de 1493.

Révoquer les documents pontificaux et renverser la décision de justice dans l’affaire Johnson contre McIntosh sont les deux premières étapes les plus importantes vers la correction des injustices commises et infligées aux peuples indigènes ces derniers 500 ans. Ce sont aussi des étapes signifiantes vers la création d’un mode de vie qui ne sera plus fondé sur la subjugation et la veulerie. Peut-être alors pourrons-nous utiliser notre nouvellement solidarité retrouvée pour commencer à créer un mode de vie fondé sur le prenier des principes indigènes: “Respectez la Terre et ayez un regard sacré pour tout être vivant.”

References

Cherokee Nation v. Georgia 30 U.S. (5 Pet.) 1, 8 L.Ed. 25 (1831).

Davenport, Frances Gardiner, 19l7, European Treaties bearing on the History of the United States and its Dependencies to 1648, Vol. 1, Washington, D.C.: Carnegie Institution of Washington.

Johnson and Graham’s Lessee V McIntosh 21 U.S. (8 Wheat.) 543, 5 L.Ed. 681(1823).

Rivera-Pagan, Luis N., 1991, « Cross Preceded Sword in ‘Discovery’ of the Americas, » in Yakima Nation Review, 1991, Oct. 4.

Story, Joseph, 1833, Commentaries on the Constitution of the United States Vol. 1 Boston: Little, Brown & Co.

Thacher, John Boyd, 1903, Christopher Columbus Vol. 11, New York: G.P. Putman’s Sons.

Williamson, James A., 1962, The Cabot Voyages And Bristol Discovery Under Henry VII, Cambridge: Cambridge University Press.

Wheaton, Henry, 1855, Elements of International Law, Sixth Edition, Boston: Little Brown, and Co.

Ziegler, Benjamin Munn, 1939, The International Law of John Marshall, Chapel Hill: The University of North Carolina Press.