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Visions politiques: L’abécédaire du Subcomandante Insurgente Marcos de l’EZLN

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« Par ma voix parle la voix de l’EZLN.
Frères et sœurs d’Afrique, des Amériques, d’Asie, d’Europe et d’Océanie. Frères et sœurs venant assister à la 1ère rencontre internationale pour l’humanité et contre le néolibéralisme.
Bienvenue à la Realidad zapatiste. Bienvenue sur ce territoire en lutte pour l’humanité, bienvenue sur ce territoire en rébellion contre le néolibéralisme et l’oppression. »
~ Subcommandante Insurgente Marcos, août 1996 ~

« Planter l’arbre de demain, voilà ce que nous voulons faire… L’arbre de demain est un espace où tout le monde se trouve, où l’autre respecte et connait les autres et où la fausse lumière perd sa dernière bataille. »
~ Sub Marcos, août 1999 ~

« Étant ce qu’ils étaient, veilles et mémoires chargées sont plus réelles que l’intangible présent. La soirée précédant un voyage est un précieux moment de celui-ci. »
 Jorgès Luis Borgès ~

A lire en complément:

6ème_déclaration_forêt.lacandon

Appel au Socialisme (PDF)

 

L’abécédaire du sous commandant Marcos (Galeano)

 

Ballast

 

1er mai 2017

 

url de l’article original:

http://www.revue-ballast.fr/labecedaire-commandant-marcos/

 

Le zapatisme semble être passé de mode. Après avoir secoué le monde au mitan des années 1990 — les puissants juraient que leur « démocratie » marchande avait partout triomphé lorsqu’une armée, masquée et majoritairement composée d’Indiens mexicains, se dressa contre ce qu’elle nommait la Quatrième Guerre mondiale : le néolibéralisme et le capitalisme financier —, le mouvement porté par le sous-commandant insurgé Marcos, dit « Sup », a quelque peu disparu des radars médiatiques, voire militants. Ne parlons d’ailleurs plus de Marcos puisqu’il annonça lui-même son auto-dissolution il y a trois ans de cela : il se nomme à présent Galeano. Marcos n’est plus mais le zapatisme bouge encore ; il entend même présenter, en 2018, une candidate indienne aux élections présidentielles. Diable ! Le zapatisme n’a-t-il pas martelé qu’il refusait de s’emparer de l’État, qu’il se félicitait d’avoir permis « la création du pouvoir d’en-bas » (contre « l’en-haut »), qu’il se réjouissait d’avoir pratiqué une politique du quotidien et d’être passé « des leaders aux peuples » ? Galeano et son camarade Moisés s’en sont expliqué il y a quelques mois maintenant : il ne s’agit pas d’accéder à la fonction suprême ni de devenir un parti mais d’utiliser cette visibilité pour « amener le message de lutte et d’organisation aux pauvres de la campagne et de la ville du Mexique et du monde ». L’occasion de revenir, par cet abécédaire, sur ce mouvement et cette figure qui nous sont chers.

Armes : « Nous pensons que celui qui conquiert le pouvoir par les armes ne devrait jamais gouverner, car il risque de gouverner par les armes et par la force. Celui qui recourt aux armes pour imposer ses idées est certainement très pauvre en idées. » (La Dignité rebelle — Conversations avec le sous-commandant Marcos, Galilée, 2001)

Blues : « Quand Dieu a créé le monde, il a d’abord créé le blues. Après, le blues a commencé à avoir ses humeurs, comme on dit, et de là est né le jazz et ensuite le rock. Mais au début, comme dans la Genèse, qui dit qu’en premier la lumière fut, en musique, au début fut le blues, c’est de là que tout vient. Le blues, c’est comme si on vous agrippait le cœur et qu’on le chiffonnait comme ça. » (« Entretien avec le sous-commandant insurgé Marcos », Raymundo Reynoso, AMATE, novembre 2006)

Cœur : « Quand nous, hommes et femmes zapatistes, parlons, nous mettons en avant le cœur rouge qui bat en nous collectivement. […] Je sais que les sentiments n’ont pas leur place dans la théorie, du moins dans celle qui avance en trébuchant aujourd’hui. Qu’il est très difficile de ressentir avec la tête et de penser avec le cœur. Et qu’envisager cette possibilité a donné lieu à pas mal de masturbations théoriques […]. Nous le savons et nous le comprenons. Mais nous insistons : c’est la bonne conception. » (Saisons de la digne rage, « Sentir le rouge », Climats, 2009)

Droite, gauche et centre : « Le centre du pouvoir n’est plus dans les États nationaux. Cela ne sert donc à rien de conquérir le pouvoir. Un gouvernement peut être de gauche, de droite, centriste et, finalement, il ne pourra pas prendre les décisions fondamentales. » (La Dignité rebelle — Conversations avec le sous-commandant Marcos, Galilée, 2001)

Échec : « Si on arrivait à se fondre dans la montagne, ce serait notre arme la plus puissante. […] On vivait de fruits sauvages, de la chasse, on a ouvert un réseau de chemins qui nous permettait de nous déplacer d’une montagne à l’autre sans être vus. C’était une époque de grande solitude : rien dans la réalité mondiale ou nationale n’indiquait que ce sacrifice valait la peine ou qu’on avait une chance de gagner, au contraire, tout semblait dire qu’on allait à l’échec total. » (Le Rêve zapatiste, Seuil, 1997)

Fertiliser : « Je t’assure, on n’aspire pas à fertiliser de notre sang le chemin de la libération du Mexique. On préférerait franchement le fertiliser de notre vie ! […] Notre mort n’est pas indispensable pour que le Mexique soit libre, on fera tout ce qu’on pourra pour rester en vie. » (Le Rêve zapatiste, Seuil, 1997)

Guerre : « On ne peut comprendre et expliquer le système capitaliste sans le concept de guerre. Sa survie et sa croissance dépendent de façon primordiale de la guerre et de tout ce qui s’y associe et qu’elle implique. Par la guerre et dans la guerre, le capitalisme pille, exploite, réprime et discrimine. Dans l’étape de mondialisation néolibérale, le capitalisme fait la guerre à l’humanité entière. » (Saisons de la digne rage, Climats, 2009)

Homosexuels : « Dans les communautés indiennes, on ne persécute pas les gays. Les gens font des blagues, rigolent, mais ils ne sont ni exclus ni pourchassés… En plus, depuis le premier moment, les gens ont vu que le mouvement gay, mexicain surtout, envoyait de l’aide ; ils se sont fait expliquer ce qu’était ce mouvement et ce n’est pas l’aspect sexuel qui les a frappés mais l’exclusion sociale. “Ils doivent se cacher pour ce qu’ils sont, c’est comme nous, on devait se cacher pour être zapatistes.” » (Le Rêve zapatiste, Seuil, 1997)

Inversion : « Nous n’allons pas créer une force politique pour participer à la lutte pour le pouvoir, nous voulons au contraire organiser une inversion du pouvoir. Voilà le pari que nous faisons. On nous dit que cela ne peut pas être fait, que cela n’existe dans aucune théorie politique, qu’il est impossible de projeter une révolution politique sans vouloir la prise du pouvoir. Mais tout cela est faux […]. » (Marcos, le maître des miroirs, Mille et une nuits, 1999)

Joie : « Nous, on dit qu’on est un joyeux bordel ! Par notre composition sociale, on est un mouvement indien, ou majoritairement indien, en armes ; politiquement, on est un mouvement de citoyens en armes, avec des exigences de citoyens. » (Le Rêve zapatiste, Seuil, 1997)

Kissinger : « “Une guérilla qui ne perd pas gagne. Et une armée régulière qui ne gagne pas perd…” Et ça, ce n’est pas le Che qui l’a dit, c’est Kissinger ! Nous, tant qu’on ne perd pas on gagne, et notre ennemi, tant qu’il ne gagne pas il perd — même s’il est très supérieur, avec tous ses tanks et ses hélicoptères. » (Propos recueillis par Dauno Tótoro Taulis, La Realidad, octobre 1995)

Lectures : « Quand je suis quelque part, comme ici, où il y a Internet, je me connecte et je lis et je regarde tout. Mais, en littérature, je lis surtout du théâtre, les pièces de Brecht, des romans et les classiques comme Cervantès. Le meilleur livre de théorie politique est L’Ingénieux Hidalgo don Quichotte de la Manche. » (« Entretien avec le sous-commandant insurgé Marcos », Raymundo Reynoso, AMATE, novembre 2006)

Médias alternatifs : « Pour nous, le rôle que jouent les médias alternatifs et celui des gens qui y travaillent continuent d’être essentiel. Je peux même vous dire qu’un jour, je ne me rappelle plus où, j’ai eu une prise de bec avec les organisateurs d’une des étapes parce qu’ils voulaient commencer sans attendre les médias alternatifs qui n’étaient pas encore là et que moi, j’insistais en disant qu’eux étaient plus importants que moi. » (« Entretien avec le sous-commandant insurgé Marcos », Raymundo Reynoso, AMATE, novembre 2006)

Nos cris : « Est-ce utile de parler ? Nos cris sont-ils chargés comme des bombes ? Notre parole sauve-t-elle la vie d’un enfant palestinien ? Nous, nous pensons que, oui, ça sert à quelque chose, que peut-être que nous n’arrêtons pas une bombe, que peut-être que notre parole ne se transforme pas en un bouclier blindé qui empêche que cette balle de calibre 5.56 mm ou 9 mm dont les lettres IMI, “Industrie militaire israélienne”, sont gravées sur la cartouche, n’arrive à la poitrine d’une petite fille ou d’un petit garçon palestinien, mais que peut-être notre parole arrivera à s’unir à d’autres du Mexique et du monde et peut-être qu’en premier elle se convertira en un murmure, puis en une voix plus forte et enfin en un cri qu’on entendra à Gaza. » (Intervention du sous-commandant Marcos lors du Festival de la Digne Rage, janvier 2009)

Ouvriers : « Le zapatisme a du mal à embrayer sur le mouvement ouvrier en général, pas seulement sur les maquiladoras [usines, ndlr]. Il a eu beaucoup d’impact dans les communautés indiennes, chez les employés, les enseignants, les intellectuels, les artistes, mais pas dans la classe ouvrière mexicaine. […] C’est un échec flagrant. » (Le Rêve zapatiste, Seuil, 1997)

Peur : « Ce que nous voulons, c’est pouvoir nous lever chaque matin sans que la peur soit à l’ordre du jour. La peur d’être Indiens, femmes, travailleuses ou travailleurs, homosexuels, lesbiennes, jeunes, vieux, enfants, autres. Mais nous pensons que cela n’est pas possible dans le système actuel, dans le capitalisme. » (Saisons de la digne rage, Climats, 2009)

Question éthique : « La révolution devient une question essentiellement morale. Éthique. Plus qu’une question de répartition de la richesse ou l’expropriation des moyens de production, la révolution représente la possibilité d’un espace de dignité pour l’être humain. La dignité commence à devenir un mot très important et cette idée ne vient pas de nous, groupe urbain, elle vient des communautés. » (Le Rêve zapatiste, Seuil, 1997)

Régime cubain : « Le zapatisme adopte une distance respectueuse, mais pas suiviste : on n’est pas des fanatiques du régime cubain ; d’ailleurs il faut reconnaître qu’on ne sait pas au juste ce qui se passe là-bas et quoi qu’on dise, pour ou contre, ça nous retomberait dessus. […] Ils ne parlent pas de nous, ni en bien ni en mal, faisons pareil. » (Le Rêve zapatiste, Seuil, 1997)

Starification : « [Le Che] était un homme droit, honnête, noble, mais un homme, au bout du compte. Ce n’était pas un Dieu ou un leader. Et si je pouvais, c’est ce que j’aimerais être, un homme honnête et juste, avec ses défauts, etc., et ne pas être déifié ou transformé en une idole ou en une personnalité éminente. D’ailleurs, je ne sais pas ce qui est pire, être une idole ou un monstre sacré. » (« Entretien avec le sous-commandant insurgé Marcos », Raymundo Reynoso, AMATE, novembre 2006)

Théories : « Les théories non seulement ne doivent pas s’isoler de la réalité, mais doivent chercher en elles les leviers qui leur sont parfois nécessaires quand elles se retrouvent dans une impasse conceptuelle. Les théories rondes, complètes, achevées, cohérentes, sont parfaites pour présenter un examen professionnel ou remporter un prix, mais généralement elles sont réduites en miettes au premier coup de vent de la réalité. » (Saisons de la digne rage, « Sentir le rouge », Climats, 2009)

Utopie : « Je demande qu’on me dise s’il y a jamais eu un progrès social dans l’histoire du monde qui n’ait d’abord été considéré comme une utopie avant de voir le jour. Non, il n’y a jamais rien eu de tel. » (Marcos, le maître des miroirs, Mille et une nuits, 1999)

Visages : « Pourquoi ces masques ? Pourquoi vous cachez-vous ? Soyons sérieux. Personne ne nous regardait lorsque nous avancions à visage découvert, et maintenant on nous remarque parce que nous dissimulons nos visages. » (Marcos, le maître des miroirs, Mille et une nuits, 1999)

Way of life : « Cette mondialisation répand aussi un modèle général de pensée. L’American way of life, qui avait suivi les troupes américaines en Europe lors de la Deuxième Guerre mondiale, puis au Vietnam et, plus récemment, dans le Golfe, s’étend maintenant à la planète par le biais des ordinateurs. Il s’agit d’une destruction des bases matérielles des États-nations, mais également d’une destruction historique et culturelle. […] Le néolibéralisme impose ainsi la destruction de nations et de groupes de nations pour les fondre dans un seul modèle. Il s’agit donc bien d’une guerre planétaire, la pire et la plus cruelle, que le néolibéralisme livre contre l’humanité. » (« La quatrième guerre mondiale a commencé », Le Monde diplomatique, août 1997)

XXe siècle: « Le néolibéralisme, comme système mondial, est une nouvelle guerre de conquête de territoires. […] L’ordre mondial est revenu aux vieilles époques des conquêtes de l’Amérique, de l’Afrique et de l’Océanie. Étrange modernité qui avance à reculons. Le crépuscule du XXe siècle ressemble davantage aux siècles barbares précédents qu’au futur rationnel décrit par tant de romans de science-fiction. De vastes territoires, des richesses et, surtout, une immense force de travail disponible attendent leur nouveau seigneur. » (« La quatrième guerre mondiale a commencé », Le Monde diplomatique, août 1997)

Yeux : « Nous sommes des guerriers et en tant que tels nous connaissons notre rôle et notre heure. À l’aube du premier jour du premier mois de l’année 1994, une armée de géants, c’est-à-dire d’indigènes rebelles, est descendue dans les villes pour, de son pas, secouer le monde. À peine quelques jours plus tard, le sang de nos tombés encore frais dans les rues citadines, nous nous sommes rendus compte que ceux de l’extérieur ne nous voyaient pas. Habitués à regarder de haut les indigènes, ils n’ont pas levé les yeux pour nous voir. Habitués à nous voir humiliés, leur cœur ne comprenait pas notre digne révolte. » (Dernier communiqué du sous-commandant Marcos, annonçant sa propre disparition, mai 2014)

Zapatistes : « Pour les zapatistes, les valeurs éthiques sont une référence fondamentale, beaucoup plus que la realpolitik. Les choix des zapatistes leur font manquer beaucoup d’occasions de realpolitik, parce qu’ils accordent plus de valeur aux implications morales. » (Le Rêve zapatiste, Seuil, 1997)

Vision zapatiste de l’histoire et symbiose politique…

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En traduisant ce texte, on s’est dit qu’on aurait pu l’écrire, bien sûr pas en rapport au contexte zapatiste du Chiapas, mais en rapport à la symbiose de pensée et d’analyse historico-politique… Vous verrez que, sans aucune concertation, même certaines expressions utilisées, résumant la seule conclusion politique qui s’impose à toute personne politiquement éveillée aujourd’hui, sont identiques.
Traduire ce texte nous a particulièrement touché, ceux qui nous lisent régulièrement sauront pourquoi et dans la pseudo-tourmente dans un verre d’eau que suscite ou tente de susciter le grand cirque électoral franchouillard qui bat son plein, nous ne voyons qu’une seule chose à faire, pour quelque temps, c’est de faire silence, comme les zapatistes l’avaient fait en décembre 2012. Le silence pour se faire entendre !
Méditez et faites circuler ce texte, dans cette pourriture de contexte électoral et de climat politique délétère, il en vaut la peine.

A bientôt… (nous répondrons à tout commentaire si nécessaire), jusque là… le silence est d’or…

~ Résistance 71 ~

 

A lire:

« 6ème déclaration zapatiste de la forêt de Lacandon »

Notre dossier « EZLN Chiapas »

 

marcos2

 

Les murs au dessus les fissures en bas

(Et à gauche)

 

Février 2017

 

url de l’article:

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2017/02/16/the-walls-above-the-cracks-below-and-to-the-left/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+EnlaceZapatista+%28Enlace+Zapatista%29

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La tempête sur notre chemin

Pour nous, en tant que zapatistes ordinaires, la tempête, la guerre, fait rage depuis des siècles. Elle est arrivée sur nos terres avec les mensonges de la civilisation dominante et sa religion. A cette époque, l’épée et la croix ont saigné notre peuple à blanc.

Avec le temps, l’épée s’est modernisée et la croix a été détrônée au profit de la religion du capital, mais cela a continué à demander notre sang en offrande à leur nouveau dieu: l’argent.

Nous avons résisté, nous résistons toujours du reste. Nos rébellions se déplacèrent entre les forces variées du pouvoir. Ces forces, venant toujours d’en haut, nous demandèrent de lutter et de mourir pour les servir. Elles demandèrent obéissance et soumission sous le déguisement de notre libération. Comme celles qui ont dit et disent toujours qu’elles luttent, qu’elles vinrent et viennent pour dirigier. Il y a eu de supposées indépendances et fausses révolutions, celles passées et celles à venir.

Depuis lors, ceux d’en-haut ont bifurqué et continuent de le faire afin de gouverner, mal, ou tenter de le faire. Dans le présent et le passé, leur proposition continue d’être la même: que nous offrions notre sang, tandis qu’ils dirigent ou prétendent de le faire.

Avant et maintenant, ils oublient ceux d’entre nous qui n’oublient pas.

Et toujours, hier et aujourd’hui, la femme est en bas, même dans les collectifs que nous formions et formons.

Mais alors que ces agendas passèrent, ils n’apportèrent pas seulement douleur et mort à notre peuple. En étendant sa domination, le pouvoir a créé des nouveaux liens fraternels dans la tragédie.

Nous avons vu lorsque l’ouvrier et le paysan sont devenus un avec notre douleur, écrasés sous les quatre roues du carrosse du capital.

Alors que le pouvoir avançait sur son chemin dans le temps, ceux d’en-bas furent plus nombreux, élargissant la base sur laquelle le pouvoir a et est le pouvoir. Nous avons vu que nous étions rejoints par des enseignants, des étudiants, des artisans, des gens du monde des affaires, des professions libérales et ceux ayant des noms différents mais des soucis identiques.

Mais ce ne fut pas assez. Le pouvoir est un espace exclusif, discriminatoire et sélectif. Ainsi des différences diverses furent aussi ouvertement persécutées ; par couleur, race, préférence sexuelle, genre, certaines personnes furent expulsées de la terre promise et de l’enfer, donné comme résidence permanente.

Ensuite vinrent les jeunes, les enfants et les anciens. Le pouvoir a alors converti les agendas que l’on tient comme cause de persécution. Tous ceux d’en-bas sont coupables: d’être une femme, un enfant, un jeune, un adulte, un ancien ou un humain.

Mais, en étendant l’exploitation, le déplacement, la répression et la discrimination, le pouvoir a aussi étendu la résistance… et la rébellion.

Nous avons vu alors et maintenant les têtes levées de bien des muchas, muchos, muchoas. Toutes différentes, mais si similaires dans leur rage et leur refus.

Le pouvoir ne sait ce qu’il est que lorsqu’il est agité devant ceux qui travaillent. Il en a besoin. Il a répondu et répond à chaque rébellion en achetant ou en trompant quelques uns et en emprisonnant ou assassinant beaucoup. Il n’a pas peur de leurs demandes: c’est leur exemple qui le terrifie. Pourtant ce ne fut pas assez. Ayant dominé les nations, le pouvoir du capital a cherché à écraser toute l’humanité sous son joug pesant.

Même cela ne fut pas assez. Le capital essaie mantenant de gérer la nature, de la dominer, de la domestiquer, de l’exploiter. C’est à dire en fait de la détruire. L’avancée destructrice du capital, toujours au moyen de la guerre, a démoli les premiers seigneuries et royaumes. Sur leurs ruines il a construit les nations.

Plus tard, il a dévasté les nations et sur leurs ruines il a érigé un nouvel ordre mondial: le marché. Le monde entier est devenu un gigantesque hangard de commoditités (NdT: grand garage à la spéculation généralisée et institutionnalisée…). Tout peut-être acheté et vendu: l’eau, le vent, la terre, les plantes, les animaux, les gouvernements, la connaissance, le plaisir, le désir, l’amour, la haine, les humains,

Mais ce ne sont pas seulement des commodités qui sont échangées sur le grand marché du capital. “La liberté économique” n’est qu’une illusion qui ne fait que simuler un accord mutuel entre ceux qui vendent et ceux qui achètent. En réalité, le marché est fondé sur la dépossession et l’exploitation. L’échange alors n’est que celui de l’impunité. La justice est transformée en une grotesque caricature et à son échelle, l’argent pèse toujours bien plus que la vérité. La stabilité de cette tragédie appelée capitlaisme dépend de la répression et du manque de respect.

Mais ceci ne fut pas non plus suffisant. Il n’est pas possible de dominer le monde si on ne domine pas les idées. L’imposition religieuse a été intensifiée et a atteint les arts et les sciences. Des philosophies et des croyances ont émergées et émergent toujours comme des modes éphémères. Les sciences et les arts ont cessé d’être quelque chose de distinctement humain et ont été placés sur les étagères du supermarché mondial.

La connaissance est devenue propriété privée tout comme le récréatif et le plaisir.

Ainsi, le capital s’est consolidé dans son rôle de gigantesque machine à confettis, utilisant non seulement l’humanité dans sa globalité comme matière première de sa production de commodité, mais aussi l’art, la connaissance et… la Nature. La destruction de la planète, les millions de gens déplacés, la montée incessante du crime, le chômage, la pauvreté, la faiblesse des gouvernements et les guerres à venir ne sont pas des produits de l’excès du capital, ou une erreur de parcours, un détour du système qui avait promis l’ordre, le progrès, la paix et la prospérité.

Non, toutes ces tragédies sont l’essence même du système.

Il se nourrit d’elles, il croît à leurs dépends.

La destruction et la mort sont le carburant de la grande machine du Capital.

Toutes tentatives de “rationaliser” ou “d’humaniser” ses fonctions furent, sont et seront futiles. L’irrationalité et l’inhumanité en sont des parties essentielles. Il n’y a pas de réparation possible du système. Il n’y en a pas eu avant et il il n’y a aucun moyen maintenant de mitiger son chemin criminel.

Le seul moyen d’arrêter cette machine est de la détruire.

Dans la guerre mondiale actuelle, la dispute se situe entre le système et l’humanité. Voilà pourquoi la lutte anti-capitaliste est une lutte pour l’humanité.

Ceux qui essaient toujours de “réparer” ou de “sauver” le système ne font en fait que nous proposer un suicide collectif, comme un sacrifice posthume au pouvoir.

IL N’Y A PAS DE SOLUTION AU SEIN DU SYSTEME (NdT: en espagnol et en anglais dans le texte orginal !!…)

-[]- Dans le texte original espagnol: “Pero en el sistema no hay solución.” Et en anglais: “In the system there is no solution”… –[]-

Ni le sentiment d’horreur, de condamnation, de résignation n’est suffisant, ni l’espoir que le pire est passé et que les chose ne peuvent qu’aller mieux.

Non… Ce qui est certain, c’est que les choses ne peuvent être que pire.

Pour toutes ces raisons et en addition à ce que chacun d’entre nous peut ajouter de nos agendas particuliers, de nos zones géographiques et culturelles, nous devons résister, nous rebeller, dire NON, lutter et nous organiser.

C’est pourquoi nous devons faire se lever le vent d’en-bas avec résistance et rébellion, avec organisation.

C’est seulement alors que nous pourrons survivre. Seulement là sera t’il possible de vivre et seulement à ce moment là, avions-nous dit il y a 25 ans, pourrons-nous voir que… “Lorsque se calme la tempête, lorsque pluie et feu laissent la terre en paix, le monde ne sera plus le monde, mais quelque chose de beaucoup mieux.”

-*-

La guerre et les murs intérieurs et extérieurs

Provoquée par l’appât du gros pognon, l’intention d’en-haut est de faire payer ceux qui souffrent du cauchemar ambiant pour le marasme actuel. Les frontières ne sont plus justes des lignes déssinées sur des cartes et des points de passage douanier, mais des murs d’armées et de police, de ciment et de briques, de lois et de persécutions. Dans le monde d’en-haut, la chasse à l’homme augmente et elle est célébrée par des compétitions clandestines: qui expulse, incarcère, emprisonne, assigne à résidence et assassine le plus, gagne.

Comme nous le disons maintenant depuis plus de 20 ans, la mondialisation néolibérale n’a pas du tout amené le village mondial, mais plutôt la fragmentation et la dfissolution des soi-disants “états-nations”. Alors et aujourd’hui, nous appelons ce processus par le nom qui le dessert le mieux: “la guerre mondiale” (la 4ème en ce qui nous concerne…)

La seule chose qui a été mondialisée de fait c’est le marché, avec lui… la guerre.

Pour ceux qui font fonctionner la machine et donnent vie à la terre, les frontières continuent d’exister et continuent d’être ce qu’elles ont toujours été: des prisons. (NdT: tandis que la caste oligarchique elle, vit dans un monde totalement transnational où les flux de personnes privilégiées et de capitaux ne connaissent plus aucune restriction. Les restrictions en revanche s’abattent toujours plus sur nous, les gens d’en-bas de cette pyramide mortifère à abattre…)

Il y a deux décennies, notre assertion de cette réalité avait provoqué bien des sourires et des moqueries de la part de l’intelligentsia internationale, engoncée qu’elle était dans ses vieux dogmes éculés.

Ces mêmes personnes aujourd’hui n’en finissent plus de bégayer devant la dure réalité des choses, ou ils recommandent de suivre de vieilles recettes, ou ils bougent dans un endroit plus à la mode qui, au travers d’une élaboration théorique complexe, parvient à cacher la seule vérité existante: ils n’ont absolument aucune idée de ce qui est en train de se passer, encore moins de ce qui va arriver, ni ce qu’a amené le cauchemar en cours…

Ils s’en lamentent. La pensée d’en-haut leur avait promis un monde sans frontières et le résultat est en fait une planète remplies de ces tranchées chauvines.

Le monde n’a pas été transformé en une gigantesque métropole sans frontières, mais plutôt en un vaste océan en état de tempête perpétuelle. Dans cet océan, des millions de déplacés (qui sont regroupés par le pinceau magique des médias en “immigrants”) dérivent sur de frêles embarcations, attendant d’être sauvés par le colossal vaisseau du grand capital.

Non seulement il ne les sauvera pas, mais le grand capital est la cause première de la tempête qui menace l’existence de l’humanité entière.

Sous le déguisement glauque du nationalisme fasciste, les temps les plus rétrogrades sont de retour, clâmant privilèges et attentions. Fatigué de gouvernenr depuis l’ombre où il se tenait, le grand capital démantèle les mensonges de “citoyenneté” et “d’égalité” et fait prévaloir loi et marché.

Le drapeau de “liberté, égalité et fraternité” avec lequel s’est drapé le capitalisme dans sa conversion en système mondial dominant n’est plus qu’un vieux lambeau, jeté d’en haut dans la poublelle de l’histoire.

Finalement, le système bat les masques et montre son vrai visage et sa vocation réelle. “La guerre toujours, la guerre partout” peut se lire sur la proue du fier navire qui navigue sur cette mer de sang et de merde. C’est l’argent et non pas l’intelligence artificielle qui combat l’humanité dans cette bataille décisive: celle de la survie.

Personne n’est en sécurité. Pas plus le capitaliste national naïf qui a rêvé de la grosse récompense qui était offerte par l’ouverture des marchés, que le conservateur de la classe moyenne survivant entre le rêve d’être puissant et la réalité d’être membre du troupeau à son tour.

Puis la classe des travailleurs de la ville et de la campagne qui se trouve de manière croissante dans des conditions de plus en plus difficiles, si c’est même encore possible.

Et, pour faire le tour de cette image apolcalyptique, les millions de déplacés et migrants qui s’entassent aux frontières et qui sont soudain devenus aussi réels que les murs que les gouvernements et les criminels construisent pas à pas.

Dans la géographie mondiale des médias de masse et des réseaux sociaux, les fantômes déplacés et nomades sans noms ni visages, ne sont que des statistiques qui ne font qu’identifier leur place.

Le calendrier ? Juste le lendemain d’après la promesse de la fin de l’histoire, de la déclaration solennelle de la suprémacie du système qui devait garantir le bien-être de tous ceux qui travaillaient à son établissement, de la victoire sur “l’ennemi communiste” qui cherchait à restreindre la liberté, imposer des dictatures et créer la pauvreté, de l’éternelle promesse d’éternité qui annulerait toutes les généalogies. Le même calendrier qui annonça hier que l’histoire du monde ne faisait que commencer. Et en fait, non ; ceci n’était que le prélude au plus effrayant des cauchemars.

Le capitalisme, système du monde est en train de s’effondrer et les grands capitaines, maintenant désespérés, ne peuvent plus se figurer où aller. Voilà pourquoi ils se replient dans les repaires d’où ils somt sortis,

Ils offrent l’impossible: le salut local moyennant la catastrophe globale. Et toute cette connerie est très bien acceptée parmi la classe moyenne qui est en train de se confondre avec ceux plus bas en termes de ses revenus, mais qui aspire à compenser ses besoins économiques non satisfaits avec l’authentification de race, de culture chrétienne, de couleur et de sexe. Le salut venant d’en-haut est anglo-saxon, blanc, mâle et chrétien.

Bon, ceux qui vivent des miettes tombées de la table du grand capital observent désespérément, alors que des murs sont érigés tout autour d’eux également. Et le pire est qu’ils ont l’intention de mener l’opposition à cette politique de guerre. Ici nous voyons la droite intellectuelle faire des gestes contraires et tentant timidement des manifestations ridicules. Parce que non, la mondialisation ne fut aucunement le triomphe de la liberté. Ce fut et est toujours l’âge contemprain de la tyrannie et de l’esclavage.

Les nations ne sont plus des nations, bien que leurs gouvernements respectifs ne l’aient pas encore remarqué. Leurs dfrapeaux et leurs emblèmes sont en lambeaux et décolorés ; détruits par la mondialisation venue d’en-haut, malade du parasitisme du capital et ayant la corruption comme seul signe d’identité, les gouvernements nationaux essaient dans une futile et inepte hâte, de se protéger et de tenter la reconstruction impossible de ce qu’ils furent à une époque.

Dans les compartiments scellés sous vide, créés par leurs murs et leurs contrôles de frontières, douaniers et policiers, le système drogue les secteurs moyens de la société à grand renfort de l’opium d’un nationalisme réactionnaire nostalgique, fait de xénophobie, de racisme rampant, de sexisme et d’homophobie comme plan ultime de salut.

Les frontières se multiplient au sein même de tous les territoires. Pas seulement ceux qui sont dessinés sur des cartes, mais aussi et par dessus tout, ceux qui sont érigés par la corruption et le crime devenus gouvernements. La grande récompense post-moderne n’était rien d’autre qu’une baudruche gonflée de la finance et du capital ; et la réalité des choses est venue la faire péter: des millions de personnes déplacées par la grande guerre remplissent l’espace terrestre et maritime, ils s’entassent aux frontières et contrôles douaniers et commencent à fissurer les murs déjà érigés ainsi que de ceux encore en construction. Encouragés auparavant par le grand capital, les fondamentalismes trouvent du bon terreau de croissance pour leurs propositions d’unification: “de la terreur naîtra une seule façon de penser: la notre.” Après s’être repus de dollars, la bête qu’est le terrorisme menace la maison même de ses créateurs. (NdT: ce qui est voulu par le NOM ne l’oublions jamais: Ordo ab Chao telle est la devise !…)

C’est la même chose aux Etats-Unis et en Europe occidentale ou dans la Russie néo-tsariste: la bête gigote et essaie de se protéger, puis elle vante (pas seulement là) la pire des stupidités et de l’ignorance et, par ses marionnettes de gouvernement, synthétise sa proposition: “Retournons vers le passé.”

Mais non, l’Amérique ne sera pas grande de nouveau. Plus jamais ! Le système non plus et ce dans sa totalité. Il importe peu ce que font ceux d’en-haut. Le système est déjà arrivé au point de non-retour !…

[…]

Depuis le sud-est mexicain


Subcomandante Insurgente Moisés.


Subcomandante Insurgente Galeano.


Mexique,

Le 14 février 2017 (le jour de nos morts)

 

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Résistance au colonialisme: Réponse de l’EZLN et du Sup Marcos/Galeano à l’avis de prescription du mandat d’arrêt mexicain à son encontre depuis 1995…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 27 février 2016 by Résistance 71

Pourquoi ne vous auto-prescrivez-vous pas ceci ? [i]

Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN)

Mexique

Au ministère fédéral de la justice du Mexique:

Tout ce temps, les seuls terroristes ont été ceux qui, pour plus de 80 ans, ont si mal gouverné ce pays. Vous êtes simplement l’évier où les génocidaires viennent se laver les mains et ensemble vous avez converti le système judiciaire en une latrine bouchée pathétiquement conçue, le drapeau national en un rouleau de papier toilette réutilisable et le sceau national en un logo fait de malbouffe, fastfood non digérée. Tout le reste n’est que pur théâtre afin de simuler une justice là où il n’y a qu’impunité éhontée, de simuler un “gouvernement institutionnel” là où il n’y a rien de plus que dépossession et répression.

Alors, autoprescrivez-vous ceci: [IMAGE à voir sur l’article original, elle vaut le coup !…]

De 6 pieds sous terre.

Le décédé et regretté (ha!) SupMarcos

(signature)

Pourquoi tant de sérieux ?

J’adhère et souscrit ( et non pas prescrit/expire):

SupGaleano

(signature)

Autorisé par le commandement général de l’EZLN

Subcomandante Insurgente Moisés

(signature)

Mexique

Février 2016

P.S. Alors, ceci veut-il dire que Tampiqueño [ii] est maintenant libre de quitter la communauté et d’aller manger du crabe farci ? Il paiera la facture bien entendu, autrement oubliez. Il est donc libre maintenant de faire ce que tous les autres Mexicains peuvent faire ? C’est à dire que maintenant il est libre d’être exploité, moqué, escroqué, humilié, espionné, extorqué, kidnappé, assassiné et de souffrir toutes ces insultes à son intelligence par ceux qui disent et prétendent gouverner ce pays ? Je dis et demande çà parce que ce sont les seules choses que garantissent les “institutions” à tout citoyen de ce pays qui n’est pas d’en-haut.

[i] Ce communiqué est une réponse de l’EZLN à l’annonce récente faite par le ministère fédéral de la justice du Mexique et son conseil judiciaire qui a conclu que le mandat d’arrêt contre le Subcomandante Insurgente Marcos (d’alors) pour des actions provenant du soulèvement du 1er Janvier 1994, avait expiré (“se prescribe” en espagnol), par le fait de la clause de prescription de 20 ans des crimes dont il était accusé. Les accusations étaient: terrorisme, sédition, mutinerie, rébellion et conspiration.

L’EZLN ici joue sur le double sens du mot “prescribirse” (expire et prescrire). L’autorité judiciaire mexicaine dit que son mandat d’arrêt “se prescribe” (a expiré) et l’EZLN répond, “pourquoi ne pas vous “autoprescribirse” (auto-expirer/prescrire)….cela.”

[ii] “El Tampiqueño” est le nom donné par l’EZLN à la personne que le gouvernement mexicain proclama être en 1995 derrière le Subcomandante Insurgente Marcos.

Source: http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2016/02/26/why-dont-you-self-prescribe-this/

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Résistance et renouveau politique: La 6ème déclaration zapatiste de la forêt de Lacandone (2005) ~ Suite et fin ~

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ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE. MEXIQUE

SIXIÈME DÉCLARATION DE LA FORÊT LACANDONE

Juin 2005

Source:
http://cspcl.ouvaton.org/spip.php?article204

1ère partie
2ème partie

 

  1. DE COMMENT NOUS VOYONS NOTRE PAYS, LE MEXIQUE

Nous allons parler maintenant de comment nous voyons ce qui se passe au Mexique, notre pays à nous. Alors, ce que nous voyons, c’est que notre pays est gouverné par les néolibéralistes. Autrement dit, comme nous l’avons expliqué auparavant, les gouvernants que nous avons sont en train de détruire ce qui est notre nation, notre patrie mexicaine. Et le travail de ces gouvernants n’est pas de veiller au bien-être du peuple, non, ils ne pensent qu’au bien-être des capitalistes. Par exemple, ils font des lois comme le traité de libre-échange qui plongent dans la misère beaucoup de Mexicains, aussi bien des paysans et des petits producteurs, parce qu’ils sont « mangés » par les grandes entreprises de l’agro-industrie, que des ouvriers et des petits entrepreneurs, parce qu’ils ne peuvent pas rivaliser avec les grandes entreprises multinationales, qui s’installent sans que personne ne s’y oppose – et il y en a même qui leur disent merci – et qui imposent leurs bas salaires et leurs prix élevés. Alors, certaines des bases économiques, comme on dit, de notre Mexique, comme l’agriculture et l’industrie ou le commerce national, sont sacrément détruites et il ne reste d’elles que des ruines qui vont sûrement être vendues aussi.

C’est un grand malheur pour notre patrie, parce que les campagnes ne produisent plus les aliments, mais uniquement ce que vendent les grands capitalistes, et que les bonnes terres sont volées par la ruse et avec la complicité des hommes politiques. Autrement dit, à la campagne, il se passe aujourd’hui la même chose que sous Porfirio, mais la seule différence c’est qu’au lieu d’hacendados, de grands propriétaires terriens, maintenant ce sont des entreprises étrangères qui foutent dans la merde les paysans. Et là où, avant, il y avait des crédits et des prix protégés, maintenant, il n’y a plus que des aumônes… Et parfois même pas.

Les travailleurs de la ville, eux, voient leurs usines fermer et perdent leur travail ou alors ils trouvent à leur place des maquiladoras, comme on les appelle, des usines-ateliers appartenant à l’étranger qui payent une misère pour beaucoup d’heures de travail. Et alors le prix des produits dont a besoin le peuple n’a plus aucune importance, parce que, que ce soit cher ou pas, de toute façon la paye ne suffit pas. Si avant quelqu’un travaillait dans une petite ou moyenne entreprise, c’est fini, parce qu’elle a fermé et que c’est une multinationale qui l’a achetée. Et si avant quelqu’un avait un petit commerce, lui aussi a disparu ou alors il s’est mis à travailler clandestinement pour des grandes entreprises qui l’exploitent un maximum et qui font même travailler des enfants. Et si des travailleurs étaient dans un syndicat pour revendiquer légalement leurs droits, c’est fini, le syndicat lui-même leur dit qu’il faut retrousser ses manches et accepter de baisser les salaires ou de diminuer la journée de travail ou de perdre la protection sociale parce que, sinon, l’entreprise va fermer et va partir s’installer dans un autre pays. Et après, il y aussi cette histoire du microchangarro, « les petits métiers », qui est une sorte de programme économique du gouvernement pour que tous les travailleurs de la ville se mettent à vendre du chewing-gum ou des cartes de téléphone aux coins des rues. C’est-à-dire que dans les villes aussi, c’est la ruine économique totale.

Et alors ce qui se passe, c’est que l’économie du peuple est tellement patraque, à la ville comme à la campagne, que beaucoup de Mexicains et de Mexicaines doivent abandonner leur patrie, leur terre mexicaine, pour aller chercher du travail dans un autre pays, comme les États-Unis, et que là-bas ils ne sont pas mieux traités, parce qu’on les exploite, on les persécute, on les méprise et même ils se font tuer.

Alors, avec le néolibéralisme que nous imposent ceux du mauvais gouvernement, l’économie ne s’est pas améliorée, sinon tout le contraire. Les campagnes sont très pauvres et en ville il n’y a pas de travail. Ce qui se passe, en fait, c’est que le Mexique n’est plus que le pays où naissent, durent un moment et puis après, meurent, ceux qui travaillent pour enrichir des étrangers, principalement des gringos riches. C’est pour ça que nous disons que le Mexique est dominé par les États-Unis.

Mais il n’y a pas que ça qui se passe. Le néolibéralisme a aussi transformé la classe politique mexicaine, autrement dit les hommes politiques, parce qu’il a fait d’eux des employés de grand magasin qui doivent faire tout ce qu’ils peuvent pour tout vendre et vendre au rabais. Vous avez vu comment ils ont changé les lois pour supprimer l’article 27 de la Constitution pour pouvoir vendre les terres communales et celles des ejidos. C’est Salinas de Gortari qui l’a fait ; lui et sa bande prétendaient que c’était pour le bien de l’agriculture et des paysans et que, comme ça, on allait prospérer et vivre mieux. C’est ça qui s’est passé ? Mon œil ! Les campagnes mexicaines sont plus pauvres que jamais et les paysans plus dans la merde que sous Porfirio. Les mêmes avaient aussi dit qu’ils allaient privatiser, autrement dit vendre à l’étranger, les entreprises qui appartiennent à l’État pour améliorer le sort du peuple, sous prétexte qu’il fallait les moderniser et que le mieux, c’était de les vendre. Mais au lieu de s’être amélioré, le système de protection sociale qui avait été acquis de haute lutte avec la révolution de 1910 fait aujourd’hui peine à voir… Ou même honte. Les mêmes avaient aussi dit qu’il fallait ouvrir les frontières pour laisser entrer tout le capital de l’étranger, pour que les patrons mexicains retroussent leurs manches et fassent un peu mieux les choses. Mais aujourd’hui, ce qu’on voit c’est qu’il n’y a plus d’entreprises mexicaines, elles ont toutes été avalées par des étrangers, et que ce qui se vend est pire que ce qu’on fabriquait avant au Mexique.

Et maintenant les hommes politiques mexicains veulent aussi vendre la Pemex, autrement dit le pétrole des Mexicains. La seule différence, c’est qu’il y en a qui disent qu’ils vendront tout et d’autres qui disent qu’ils ne vendront qu’une partie. Et ils veulent aussi privatiser la sécurité sociale, et l’électricité, et l’eau, et les forêts, et tout, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien du Mexique et que notre pays devienne une sorte de terre en friche ou un parc d’attractions réservé aux riches du monde entier, et que les Mexicains et les Mexicaines ne soient plus que leurs domestiques, dépendant de ce qu’on veut bien leur donner, vivant mal, sans racines, sans culture, autrement dit sans patrie.

Autrement dit, les néolibéralistes veulent tuer le Mexique, notre chère patrie mexicaine. Et les partis politiques officiels non seulement ne la défendent pas, mais sont les premiers à se mettre au service de l’étranger, principalement des États-Unis. Ce sont eux qui se chargent de nous tromper et de nous faire regarder ailleurs pendant qu’ils vendent tout et gardent la paye pour eux. Nous disons bien tous les partis politiques officiels qui existent aujourd’hui, pas seulement l’un d’entre eux. Essayez de trouver s’ils ont fait quelque chose de bien et vous verrez que non. Ils n’ont fait que voler et mentir. Et vous verrez qu’eux ont toujours leurs belles maisons et leurs belles voitures et tout leur luxe. Et en plus ils voudraient qu’on leur dise merci et qu’on vote encore une fois pour eux. Il faut bien dire qu’ils n’ont pas honte, comme on dit. Ils n’ont pas honte tout simplement parce qu’ils n’ont pas de patrie, ils n’ont que des comptes en banque.

Nous voyons aussi que le narcotrafic et la criminalité n’ont pas cessé d’augmenter. Parfois nous pensons que les criminels sont comme dans les chansons ou dans les films et peut-être que certains sont comme ça, mais ce ne sont pas les vrais chefs. Les vrais chefs sont bien habillés, ils ont fait des études à l’étranger, ils sont élégants et ils ne se cachent pas. Non, ils mangent dans de bons restaurants et sortent tout beaux, tout propres et bien habillés dans leurs fêtes à la une des journaux, c’est comme dirait l’autre « des gens biens » et certains sont même au gouvernement ou sont députés, sénateurs, ministres, chefs d’entreprise prospères, chefs de la police ou généraux de l’armée.

Nous disons que la politique ne sert à rien ? Non, ce que nous voulons dire, c’est que CETTE politique-là ne vaut rien. Elle ne vaut rien parce qu’elle ne tient pas compte du peuple, qu’elle ne l’écoute pas, qu’elle ne pense pas à lui et parce qu’elle vient le trouver seulement en période d’élections – et ce n’est même pas les votes qui l’intéressent, avec les sondages pour savoir qui va gagner ça lui suffit. Et alors on a droit à plein de promesses. Et que je vais faire ça et puis ça aussi, promis juré. Mais après, il n’y a plus personne, sauf quand on apprend par le journal qu’ils ont volé plein d’argent et qu’on ne va rien leur faire parce que la loi, que ces mêmes hommes politiques ont faite, les protège.

Parce que ça aussi, c’est un problème. La Constitution est complètement manipulée et changée. Ce n’est plus celle où il y avait les droits et les libertés du peuple travailleur, c’est celle des droits et des libertés des néolibéralistes pour faire tous leurs profits. Les juges sont là uniquement pour servir ces néolibéralistes, parce qu’ils finissent toujours par trancher en leur faveur et que ceux qui ne sont pas riches n’ont droit qu’à l’injustice, à la prison et au cimetière.

Eh bien, en dépit de la grande lessive orchestrée par les néolibéralistes, il y a quand même des Mexicains et des Mexicaines qui s’organisent et résistent.

Et on s’aperçoit qu’il y a des indigènes, dans leurs terres reculées, ici, au Chiapas, qui s’organisent de manière autonome, défendent leur culture et protègent la terre, les forêts et l’eau.

Et il y a des travailleurs de la campagne, autrement dit des paysans, qui s’organisent et font des marches et des mobilisations pour demander des crédits et des aides pour la campagne.

Et il y a des travailleurs des villes qui refusent qu’on leur retire leurs droits ou que l’on privatise leur travail et ils protestent et manifestent pour ne pas perdre le peu qu’ils ont et pour que notre pays ne perde pas ce qui lui appartient, comme l’électricité, le pétrole, la sécurité sociale et l’éducation.

Et il y a des étudiants qui refusent que l’on privatise l’éducation et qui se battent pour qu’elle soit gratuite et populaire et scientifique, autrement dit, qu’elle ne soit pas payante, que tout le monde puisse apprendre et que dans les écoles on n’enseigne pas des stupidités.

Et il y a des femmes qui refusent de continuer à être traitées comme de simples potiches et d’être humiliées et méprisées sous le prétexte qu’elles sont femmes, et elles s’organisent et se battent pour obtenir le respect qu’elles méritent en tant que femmes.

Et il y a des jeunes qui refusent qu’on les abrutisse avec des drogues ou qu’on les persécute pour leur façon d’être et ils prennent conscience avec leur musique et leur culture, autrement dit avec leur rébellion.

Et il y a des homosexuels, des lesbiennes, des transsexuels et d’autres encore qui refusent qu’on se moque d’eux, qu’on les méprise, qu’on les maltraite et qu’on en arrive à leur ôter la vie simplement parce qu’ils ont une façon différente d’être, et qu’on les traite d’anormaux ou de délinquants, et ils créent leurs propres organisations pour défendre le droit à la différence.

Et il y a des prêtres et des bonnes sœurs et ceux que l’on appelle séculiers qui ne sont pas du côté des riches et qui ne se résignent pas à la simple prière, et ils s’organisent pour accompagner le peuple dans sa lutte.

Et il y a ceux que l’on appelle combattants sociaux, des femmes et des hommes qui ont passé toute leur vie à se battre pour le peuple exploité, qui ont participé aux grandes grèves et aux actions des ouvriers, aux grandes mobilisations des citoyens et aux grands mouvements paysans et qui ont été victimes d’une terrible répression, mais, en dépit de tout cela et bien que certains soient très vieux, ils continuent à ne pas se rendre. Et ils vont partout où est la lutte et ne cessent de chercher à s’organiser et à faire que justice soit rendue. Et ils créent des organisations de gauche, des organisations non gouvernementales, des organisations pour le respect des droits de l’être humain, des organisations pour la défense des prisonniers politiques et pour la réapparition des disparus. Et ils créent des publications de gauche, des organisations de professeurs ou d’étudiants. Autrement dit, ils participent à une lutte sociale. Et il y en a même qui créent des organisations politico-militaires. Tous ceux-là ne se tiennent pas tranquilles et ils en savent long, parce qu’ils ont vu, et entendu, et vécu beaucoup de choses, et qu’ils ont beaucoup lutté.

Alors, en général, nous, nous voyons que, dans notre pays, qui s’appelle le Mexique, il y a beaucoup de gens qui ne se laissent pas faire, qui ne se rendent pas, qui ne se vendent pas. Autrement dit, qui sont dignes. Et cela nous réjouit et nous donne une certaine satisfaction, parce que avec tous ces gens ça ne va pas être si facile pour les néolibéralistes et peut-être que l’on parviendra même à sauver notre patrie des incroyables vols et de la destruction que les néolibéralistes ont entrepris. Et nous nous prenons à penser que ce serait bien si notre « nous autres » incluait toutes ces rébellions…

  1. CE QUE NOUS VOULONS FAIRE

Bien, alors maintenant nous allons vous dire ce que nous voudrions faire dans le monde et au Mexique, parce que nous sommes incapables de nous taire, sans plus, devant tout ce qui se passe sur cette planète, comme s’il n’y avait que nous qui étions là où nous en sommes.

Alors dans le monde, nous voulons dire à vous tous qui résistez et luttez à votre façon et dans votre pays que vous n’êtes pas seuls et que nous, les zapatistes, même si nous sommes tout petits, nous vous soutenons et nous allons chercher un moyen de vous aider dans vos luttes et de parler avec vous pour apprendre, parce que s’il y a bien une chose que nous avons apprise, c’est à apprendre.

Et nous voulons dire aux peuples latino-américains que nous sommes fiers d’être des leurs, même si nous n’en sommes qu’une petite partie. Et que nous nous rappelons parfaitement comment ce continent s’est illuminé, il y a des années de cela, et qu’une lumière s’appelait Che Guevara, comme auparavant elle s’était appelée Bolivar, parce que parfois les peuples se saisissent d’un nom pour dire qu’ils se saisissent d’un étendard.

Et nous voulons dire au peuple de Cuba, qui résiste depuis si longtemps sur son chemin, qu’il n’est pas seul et que nous ne sommes pas d’accord avec le blocus dont il est victime et que nous allons chercher un moyen de lui envoyer quelque chose, même si ce n’est que du maïs, pour l’aider à résister. Et nous voulons dire au peuple nord-américain que nous ne sommes pas naïfs et que nous savons que leurs mauvais gouvernements sont une chose, et que les Nord-Américains qui luttent dans leur pays et se solidarisent avec les luttes d’autres pays sont une chose très différente. Et nous voulons dire aux frères et aux sœurs Mapuche du Chili que nous connaissons leur lutte et que nous apprenons d’elle. Et à ceux et celles du Venezuela que nous trouvons que c’est bien la manière dont ils défendent leur souveraineté, autrement dit le droit de leur nation à décider du chemin qu’elle veut emprunter. Et nous voulons dire aux frères et aux sœurs indigènes d’Équateur et de Bolivie qu’ils sont en train de donner une belle leçon d’histoire, à nous et à l’Amérique latine tout entière, parce que pour une fois on parvient à stopper la mondialisation néolibérale. Et nous voulons dire aux piqueteros et aux jeunes d’Argentine, simplement, que nous les aimons. Et à ceux d’Uruguay qui veulent un meilleur pays que nous les admirons. Et à ceux qui sont sans terre au Brésil que nous les respectons. Et à tous les jeunes d’Amérique latine que ce qu’ils font est très bien et qu’ils nous donnent beaucoup d’espoir.

Et nous voulons dire aux frères et aux sœurs de l’Europe sociale, autrement dit l’Europe digne et rebelle, qu’ils ne sont pas seuls. Que nous nous réjouissons de leurs grands mouvements contre les guerres néolibérales. Que nous observons attentivement leurs formes d’organisation et leurs formes de lutte pour en apprendre éventuellement quelque chose. Que nous cherchons un moyen de soutenir leurs luttes et que nous n’allons pas leur envoyer des euros, pour qu’après ils soient dévalués à cause de l’effondrement de l’Union européenne, mais que nous allons peut-être leur envoyer de l’artisanat et du café, pour qu’ils les commercialisent et en tirent quelque chose pour les aider dans leurs luttes. Et que peut-être que nous leur enverrons du pozole, ça donne des forces pour résister, mais qu’après tout il est possible que nous ne le leur envoyions pas, parce que le pozole c’est quelque chose bien de chez nous et qu’il ne manquerait plus qu’ils attrapent mal au ventre et qu’après, leurs luttes s’en ressentent et qu’ils soient vaincus par les néolibéralistes.

Et nous voulons dire aux frères et sœurs d’Afrique, d’Asie et d’Océanie que nous savons qu’eux aussi luttent et que nous voulons en savoir plus sur leurs idées et sur leurs pratiques.

Et nous voulons dire au monde que nous voulons le faire plus grand, si grand que puissent y avoir leur place tous les mondes qui résistent parce que les néolibéralistes veulent les détruire et qu’ils ne se laissent pas faire mais luttent pour l’humanité.

Alors, au Mexique, nous voulons arriver à un accord avec des personnes et des organisations de gauche, uniquement, parce que nous pensons que ce n’est qu’au sein de la gauche politique que l’on trouve la volonté de résister à la mondialisation néolibérale et de construire un pays où tout le monde jouisse de la justice, de la démocratie et de la liberté. Et non comme maintenant où la justice n’existe que pour les riches, où la liberté n’existe que pour leurs grands négoces et où la démocratie n’existe que pour couvrir les murs de propagande électorale. Et aussi parce que nous pensons que c’est uniquement de la gauche que peut surgir un plan de lutte pour que notre patrie, c’est-à-dire le Mexique, ne meure pas.

Et alors, ce à quoi nous avons pensé, c’est de dresser avec ces personnes et organisations de gauche un plan pour aller partout au Mexique où il y a des gens humbles et simples comme nous.

Et nous n’allons pas aller leur dire ce qu’ils doivent faire, autrement dit leur donner des ordres.

Nous n’allons pas non plus leur demander de voter pour tel ou tel candidat, nous savons parfaitement qu’ils sont tous partisans du néolibéralisme.

Nous n’allons pas non plus leur dire qu’ils fassent comme nous ou qu’ils prennent les armes.

Non, ce que nous allons faire, c’est leur demander comment ils vivent, comment est leur lutte, ce qu’ils pensent de notre pays et comment faire ensemble pour ne pas être vaincus.

Ce que nous allons faire, c’est aller chercher la pensée des gens simples et humbles comme nous et peut-être que nous y trouverons le même amour que nous ressentons pour notre pays.

Et peut-être allons-nous trouver un accord entre gens simples et humbles, et ensemble nous organiser dans tout le pays et faire concorder nos luttes, qui restent isolées, loin les unes des autres, et trouver une sorte de programme qui réunisse ce que tout le monde veut, et un plan de ce que nous ferons, et comment, pour que ce programme, appelé « programme national de lutte », se réalise.

Et alors, en accord avec la majorité des gens que nous allons écouter, eh bien, nous pourrions faire une lutte de tout le monde : des indigènes, des ouvriers, des paysans, des étudiants, des professeurs, des employés, des femmes, des enfants, des anciens et des hommes et avec toutes les personnes au cœur bon qui auront envie de lutter pour que ne soit pas détruit et vendu notre pays, qu’on appelle « le Mexique » et qui va du Rio Bravo au Rio Suchiate et qui est bordé, d’un côté, par l’océan Pacifique, et de l’autre, par l’océan Atlantique.

  1. COMMENT NOUS ALLONS LE FAIRE

Alors voici notre parole simple, qui s’adresse aux gens humbles et simples du Mexique et du monde et que nous appelons en cette occasion :

Sixième Déclaration de la forêt Lacandone

Et nous voici venus pour dire, avec notre parole simple, que…

L’EZLN renouvelle ses engagements concernant le maintien du cessez-le-feu offensif et elle ne lancera aucune attaque contre les forces gouvernementales et n’effectuera aucun mouvement de troupes offensif.

L’EZLN renouvelle ses engagements concernant la poursuite de ses activités dans le cadre de la lutte politique, avec l’initiative pacifique actuelle. Par conséquent, l’EZLN maintient sa volonté de n’entretenir aucune sorte de relation secrète avec des organisations politico-militaires mexicaines ou d’autres pays.

L’EZLN renouvelle ses engagements concernant la défense, le soutien et l’obéissance aux communautés indigènes zapatistes qui la constituent ainsi qu’à leur commandement suprême, et, sans interférer avec leurs méthodes démocratiques internes et dans la mesure de ses possibilités, elle contribuera au renforcement de leur autonomie, de leur bon gouvernement et à l’amélioration de leurs conditions de vie. Autrement dit, ce que nous allons faire au Mexique et dans le monde, nous le ferons sans armes, dans le cadre d’un mouvement civil et pacifique, et sans négliger ni cesser de soutenir nos communautés.

Par conséquent…

Dans le monde…

  1. Nous établirons plus de relations respectueuses et de soutiens mutuels avec des personnes et des organisations qui résistent et luttent contre le néolibéralisme et pour l’humanité.
  2. Dans la mesure de nos possibilités, nous fournirons des aides matérielles, des aliments et de l’artisanat aux frères et sœurs qui luttent dans le monde entier.

Pour commencer, nous allons demander au conseil de bon gouvernement de La Realidad de nous prêter le camion baptisé « Chompiras », d’une capacité d’environ 8 tonnes, et nous allons le remplir de maïs et si possible de deux bidons de 200 litres chacun rempli d’essence ou de pétrole, selon les besoins, que nous allons livrer à l’ambassade de Cuba à Mexico, pour qu’elle le fasse parvenir au peuple cubain en tant que soutien des zapatistes à sa résistance au blocus nord-américain. Mais s’il y avait un endroit plus près où livrer, ce ne serait pas plus mal, parce qu’il faut toujours aller jusqu’à Mexico qui est bien loin et il n’est pas impossible que « Chompiras » rende l’âme et alors on n’en mènerait pas large. Et de toute façon, ce ne serait pas avant la récolte et si on ne nous attaque pas, parce que tout est encore vert dans la milpa et que si nous l’envoyons maintenant, ce sera de l’elote qui n’arriverait pas en bonnes conditions, même sous forme de tamales. Ce serait mieux en novembre ou en octobre, au choix.

Et nous allons aussi nous mettre d’accord avec des coopératives d’artisanat de femmes pour pouvoir envoyer une bonne cargaison de vêtements brodés aux Europes, qui ne seront peut-être plus une Union, et peut-être aussi du café écologique des coopératives zapatistes, pour les vendre et avoir un peu de sous pour leur lutte. Et si cela ne se vend pas, ils pourront toujours se faire un petit café et causer de la lutte antinéolibérale, et s’il fait froid, ils pourront mettre les vêtements brodés zapatistes, qui résistent parfaitement au lavage à la main et à la pierre, et qui ne déteignent pas, en plus.

Et nous allons aussi envoyer aux frères et sœurs indigènes de Bolivie et d’Équateur un peu de maïs non transgénique. Il y a juste que nous ne savons pas où le livrer pour qu’il arrive en de bonnes mains, mais nous aimerions vraiment fournir cette petite aide.

  1. Et nous disons à tous ceux et à toutes celles qui résistent dans le monde entier qu’il faut organiser d’autres rencontres intercontinentales, même si ce n’est qu’une seule de plus. En décembre ou en janvier prochain, peut-être, il faudrait y penser. Nous ne voulons pas fixer de date, parce qu’il s’agit de faire les choses en se mettant tous d’accord sur où, comment et qui. Mais il ne faudrait pas que ce soit ce genre de rencontre avec estrades où il n’y en a que quelques-uns qui parlent pendant que les autres écoutent, mais une rencontre sans formalités, tout le monde sur le même plan et tout le monde parle. Avec un peu d’ordre quand même, parce que, sinon, c’est rien que du bruit et on ne comprend rien à ce qui est dit, alors qu’avec un peu d’organisation tout le monde écoute et peut prendre note des paroles de résistance des autres pour pouvoir les rapporter à leurs compañeros et compañeras dans leur propre monde. Et nous avons pensé que ça pourrait se faire dans un endroit où il y a une grande prison, pour le cas où il y aurait de la répression et qu’on nous emprisonne et, comme ça, nous ne serions pas entassés les uns sur les autres. En prison, soit, mais bien organisés, et nous pourrions continuer en prison la rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme. Alors, plus loin nous allons vous dire comment faire pour nous mettre d’accord sur la manière de se mettre d’accord. Enfin, en tout cas, c’est comme ça que nous pensons faire ce que nous voulons faire dans le monde. Mais d’abord…

Au Mexique…

  1. Nous allons continuer à lutter pour les peuples indiens du Mexique, et plus seulement pour eux ni rien qu’avec eux, mais aussi pour tous les exploités et les dépossédés du Mexique, avec eux tous et dans l’ensemble du pays. Et quand nous parlons de tous les exploités du Mexique, nous parlons aussi des frères et sœurs qui ont dû partir aux États-Unis chercher du travail pour pouvoir survivre.
  2. Nous allons aller écouter et parler directement, sans intermédiaires ni médiations, avec les gens simples et humbles du peuple mexicain et, en fonction de ce que nous entendrons et apprendrons, nous élaborerons, avec ces gens qui sont, comme nous, humbles et simples, un programme national de lutte. Mais un programme qui soit clairement de gauche, autrement dit anticapitaliste et antinéolibéral, autrement dit pour la justice, la démocratie et la liberté pour le peuple mexicain.
  3. Nous allons essayer de construire ou de reconstruire une autre façon de faire de la politique, une façon qui renoue avec l’esprit de servir les autres, sans intérêts matériels et avec sacrifice, en consacrant son temps et avec honnêteté, en respectant la parole donnée et avec pour seule paye la satisfaction du devoir accompli. Autrement dit, comme le faisaient auparavant les militants de gauche que rien n’arrêtait, ni les coups, ni la prison, ni la mort, et encore moins des dollars.
  4. Nous allons aussi essayer de faire démarrer une lutte pour exiger une nouvelle Constitution, autrement dit des nouvelles lois qui prennent en compte les exigences du peuple mexicain, à savoir : logement, terre, travail, alimentation, santé, éducation, information, culture, indépendance, démocratie, justice, liberté et paix. Une nouvelle Constitution qui reconnaisse les droits et libertés du peuple et qui défende le faible contre le puissant.

DANS CE BUT…

L’EZLN enverra une délégation de sa direction pour accomplir cette tâche sur l’ensemble du territoire mexicain et pour une durée indéterminée. Cette délégation zapatiste se rendra aux endroits où elle sera expressément invitée, en compagnie des organisations et des personnes de gauche qui auront souscrit à cette Sixième Déclaration de la forêt Lacandone.

Nous informons à l’avance que l’EZLN mènera une politique d’alliances avec des organisations et des mouvements non électoralistes qui se définissent, en théorie et en pratique, comme des mouvements et organisations de gauche, aux conditions suivantes :

Non à des accords conclus en haut pour imposer en bas, mais oui à la conclusion d’accords pour aller ensemble écouter et organiser l’indignation ; non à la création de mouvements qui soient ensuite négociés dans le dos de ceux qui y participent, mais oui à toujours tenir compte de l’opinion des participants ; non à la recherche de récompenses, de promotion, d’avantages, de postes publics, du pouvoir ou de qui aspire au pouvoir, mais oui à outrepasser les calendriers des élections ; non à la tentative de résoudre d’en haut les problèmes de notre pays, mais oui à la construction PAR LE BAS ET POUR EN BAS d’une alternative à la destruction néolibérale, une alternative de gauche pour le Mexique.

Oui au respect réciproque de l’autonomie et de l’indépendance d’organisations, à leurs formes de lutte, à leur façon de s’organiser, à leurs méthodes internes de prises de décision, à leurs représentations légitimes, à leurs aspirations et à leurs exigences ; et oui à un engagement clair et net de défense conjointe et coordonnée de notre souveraineté nationale, par conséquent avec une opposition sans concessions aux tentatives de privatisation de l’énergie électrique, du pétrole, de l’eau et des ressources naturelles.

Autrement dit, nous invitons comme qui dirait les organisations politiques et sociales de gauche qui ne sont pas officiellement déclarées et les personnes qui se revendiquent de gauche sans appartenir aux partis politiques officiels à nous réunir, au moment, à l’endroit et de la manière que nous leur proposerons en son temps, afin d’organiser une campagne nationale, en parcourant tous les lieux même les plus reculés de notre patrie, pour écouter et organiser la parole de notre peuple. Alors, c’est comme une campagne, mais bien différente parce qu’elle n’est pas électorale.

Frères et sœurs,

Voici notre parole. Nous disons :

Dans le monde, nous allons davantage fraterniser avec les luttes de résistance contre le néolibéralisme et pour l’humanité.

Et nous allons soutenir, même si ce n’est qu’un petit peu, ces luttes.

Et nous allons échanger dans un respect mutuel expériences, histoires, idées et rêves.

Au Mexique, nous allons parcourir l’ensemble du pays, au milieu des décombres qu’a semés la guerre néolibérale et parmi les résistances, retranchées, qui y fleurissent.

Nous allons chercher, et trouver, des gens qui aiment ces terres et ces cieux au moins autant que nous.

Nous allons chercher, de La Realidad à Tijuana, des gens qui veulent organiser et lutter et construire, qui sait, le dernier espoir que cette nation, qui existe au moins depuis le jour où un aigle s’est posé sur un nopal pour y dévorer un serpent, ne meure pas.

Nous invitons les indigènes, les ouvriers, les paysans, les professeurs, les étudiants, les ménagères, les habitants des quartiers, les petits propriétaires, les petits commerçants, les micro-chefs d’entreprise, les retraités, les handicapés, les prêtres et les bonnes sœurs, les chercheurs, les artistes, les intellectuels, les jeunes, les femmes, les vieillards, les homosexuels, les lesbiennes et les enfants, garçons et filles, à participer directement, de manière individuelle ou collective, à la construction d’une autre façon de faire de la politique et d’un programme de lutte national et de gauche, et à lutter pour une nouvelle Constitution.

Voilà quelle est notre parole pour dire ce que nous allons faire et comment nous allons le faire. Elle est à votre disposition, si cela vous intéresse.

Et nous voulons dire aux hommes et aux femmes à la pensée bonne dans leur cœur, qui seraient d’accord avec cette parole que nous donnons, de ne pas avoir peur ou, s’ils ont peur, de se dominer et de dire publiquement s’ils sont d’accord avec cette idée que nous lançons. Comme ça, on verra enfin une fois pour toutes avec qui, où, quand et comment va être franchi ce nouveau pas dans la lutte.

Pendant que vous y réfléchissez, sachez que, en ce sixième mois de l’an 2005, nous, les hommes, les femmes, les enfants et les anciens de l’Armée zapatiste de libération nationale, nous avons déjà pris notre décision et que nous souscrivons à cette Sixième Déclaration de la forêt Lacandone, et qu’elle a été contresignée par ceux qui savaient signer et que ceux qui ne savaient pas ont mis leurs empreintes, bien qu’il y ait moins de personnes maintenant qui ne savent pas, parce qu’une éducation a pu être donnée ici, dans ce territoire en rébellion pour l’humanité et contre le néolibéralisme, autrement dit sous les cieux et sur les terres zapatistes.

Voilà quelle a été notre parole simple s’adressant aux cœurs nobles des gens simples et humbles qui résistent et se rebellent contre l’injustice dans le monde entier.

DÉMOCRATIE ! 
LIBERTÉ !
JUSTICE !

Des montagnes du Sud-Est mexicain. 
Comité clandestin révolutionnaire indigène 
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale. 
Mexique, en ce sixième mois, autrement dit en juin, de l’an 2005.

Traduit du castillan par Angel Caído, compañero que nous remercions chaleureusement.

P.-S.

Brochure de la Sixième déclaration de la forêt Lacandone

Déclaration conjointe du Congrès national indigène et de l’EZLN concernant le crime d’Ayotzinapa et pour la liberté des leaders yaquis

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CNI et EZLN

 

22 Octobre 2014

publié en français le 23 novembre 2014

 

url de la déclaration en français:

http://www.lavoiedujaguar.net/Declaration-conjointe-du-Congres

 

Note : Ce texte a été lu par les membres du Congrès national indigène à l’une des mobilisations qui ont eu lieu au Mexique le 22 octobre 2014, et non par des représentants de l’EZLN, comme il a été dit dans la presse corrompue.

Mexique, le 22 octobre 2014.

Aux élèves de la normale rurale Isidro Burgos, Ayotzinapa, Guerrero 
À la Tribu Yaqui 
À la Sexta nationale et internationale 
Aux peuples du monde

Parce que la peine de ceux d’en bas est faite de rage et rébellion, et non de démission et d’acceptation. EZLN, 19 octobre 2014

Réunis par la douleur et la rage qui nous envahissent, nous vous faisons parvenir notre parole, celle des peuples que nous formons dans les luttes de résistance et de rébellion, miroir de la partie de ce pays qui se nomme Congrès national indigène (CNI).

La disparition des quarante-trois compañeros élèves de l’école normale rurale Isidro Burgos d’Ayotzinapa, Guerrero, séquestrés-disparus par les mauvais gouvernements, l’ombre du deuil s’impose à nous, comme un voile d’angoisse et de rage. L’espoir de la réapparition des compañeros, c’est la douleur qui nous unit, c’est aussi la rage qui s’est révélée et qui s’est mobilisée dans tout le pays en portant un cri de dignité et de révolte dans le Mexique d’en bas.

Nous savons que tant que des criminels gouvernent ce pays, avec à leur tête le chef suprême des paramilitaires Enrique Peña Nieto, ceux qui forgent la conscience en exerçant et en défendant l’éducation sont assassinés et disparaissent, et ceux qui défendent l’eau, comme la Tribu héroïque et millénaire Yaqui, se retrouvent en prison.

Le gouvernement mexicain a essayé de minimiser la répression criminelle envers les compañeros élèves de l’école normale, propageant à travers le pays l’idée qu’il s’agissait de quelques victimes de plus de la délinquance. Seulement quelques morts de plus pour les médias, mais nous les peuples qui subissons la répression sous toutes ses formes, nous savons que les délinquants se trouvent dans tous les partis politiques, dans les chambres de députés et de sénateurs, dans les présidences municipales, dans les palais du gouvernement.

Pour les peuples originaires, Ayotzinapa est notre douleur. Les quarante-trois compañeros de l’école normale ont disparu et l’État fait comme s’il ne savait pas où ils sont, comme si ce n’était pas l’État qui les avait enlevés, prétendant faire disparaître la conscience, mais aujourd’hui les disparus sont présents dans la pensée de ce pays, dans le regard attentif et dans le cœur du Congrès national indigène.

Dans ce pays il y a des mafias dangereuses qui se font appeler État mexicain, et nous les gênons, nous qui sommes les peuples qui luttent, nous qui n’avons pas de visage — il nous est arraché — nous qui ne sommes personne, nous voyons et sentons la violence, nous subissons les attaques multiples et simultanées, nous savons que dans ce pays il se passe quelque chose de mauvais, très mauvais, qui s’appelle guerre et qui est contre tous. Une guerre qui, d’en bas, est observée et subie dans sa totalité.

Aujourd’hui nous réitérons, tant que nos compañeros de l’école normale d’Ayotzinapa n’apparaissent pas vivants, et tant que, dans l’État de Sonora, nos frères Mario Luna Romero et Fernando Jiménez sont maintenus prisonniers pour avoir défendu l’eau sacrée de la rivière Yaqui. Tant qu’ils seront séquestrés par les mauvais gouvernements, nous continuerons de répondre en conséquence.

Dans tout le pays comme au Guerrero, la répression contre les peuples, le pillage des ressources naturelles, la destruction des territoires sont opérés par le narco-État qui, sans aucun scrupule, utilise le terrorisme pour engendrer la douleur et peur. C’est leur manière de gouverner.

Plutôt que de se voir forcés à l’attente de la mort, à la dépossession, à une douleur et une rage toujours plus grande, de cette douleur et de cette rage nous faisons naître la dignité et la révolte contre cette guerre d’extermination.

Nous exigeons que les quarante-trois élèves de l’école normale disparus réapparaissent vivants !

Nous exigeons le démantèlement de toute la structure d’État qui soutient le crime organisé !

Nous exigeons la libération immédiate des compañeros Mario Luna et Fernando Jiménez !

Votre douleur est la nôtre, votre rage est la nôtre !

Le 22 octobre 2014 Plus jamais un Mexique sans nous

Congrès national indigène Comité clandestin révolutionnaire indigène, Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale

Résistance politique: 2014… 20 ans d’insurrection au Chiapas (EZLN), petit bilan…

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« Pourquoi serons-nous pardonnés ? De quoi  devons-nous demander pardon ? De ne pas être mort de faim ? De ne pas rester silencieux devant notre misère ? De ne pas avoir accepté humblement la gigantesque charge historique de haine et d’abandon qui nous échoit ? D’avoir pris les armes lorsque nous avons compris que tout autre chemin était barré ? Pour ne pas avoir suivi le code pénal de la province du Chiapas, le plus absurde et répressif de notre temps ? Pour avoir démontré au reste du pays et au monde que la dignité humaine existe toujours et est toujours présente dans ses plus pauvres habitants ? De nous être préparés conscienscieusement avant de bouger ? D’avoir pris des fusils pour combattre au lieu d’arcs et de flèches ? Pour avoir appris à combattre avant de la faire ? Pour être tous des Mexicains ?  Pour être pour la plupart des autochtones indiens ? Pour appeler le peuple mexicain à combattre de toutes les manières possibles pour ce qui leur appartient ? De lutter pour la liberté, la démocratie et la justice ? De ne pas suivre les schémas classiques de la guerilla ? De ne pas abandonner ? De ne pas être corrompus ? De ne pas trahir notre cause ?… Qui a besoin de demander pardon et qui peut le donner ?.. »
~ Communiqué de l’EZLN du 18 Janvier 1994 ~

 

« L’EZLN identifia la société civile (mexicaine) comme étant son unique interlocutrice. Dans ces conditions, aucun dialogue n’était possible avec le gouvernement… La stratégie du gouvernement mexicain en 1998, fut d’annihiler la base des communautés zapatistes et de démanteler les communes autonomes, ceci échoua et ce malgré la violence extrême avec laquelle la tentative fut faite. L’EZLN survécût à une des plus féroces offensives qui fut jamais déclenchée contre elle. Non seulement cela, mais elle parvint à conserver sa capacité militaire, à étendre sa base populaire et à croître politiquement en démontrant la justesse de ses revendications. »
~ Gloria Muñoz Ramírez ~ « Le Feu et la Parole », 2004 ~

 

Note de Résistance 71: Le livre de Gloria Muñoz Ramírez « Le Feu et la Parole », publié en français aux éditions Nautilus en 2004, est certainement le meilleur ouvrage à ce jour sur le mouvement zapatiste du Chiapas et son expérience autogestionnaire de lutte indigène. Un excellent cadeau de fin d’année pour en savoir plus sur un mouvement bien sûr « oublié » des médias,  provenant d’une journaliste de qualité qui s’est immergée dans le mouvement zapatiste sur place entre 1997 et 2004…

 

20e anniversaire de l’insurrection zapatiste – « Liberté, Démocratie, Justice ! »

 

Bernard Duterme

 

15 décembre 2013

 

url de l’article:

http://www.cetri.be/spip.php?article3313&lang=fr

 

Article publié (en versions adaptées) par La Revue Nouvelle (novembre 2013), Altermondes (Paris, décembre 2013), Demain Le Monde (janvier-février 2014).

« Vous êtes néophyte dans la connaissance du zapatisme ? (…) Vous n’êtes jamais allé dans un village zapatiste ? Vous n’étiez pas encore né quand l’EZLN (Armée zapatiste de libération nationale) est apparue au grand jour ? Vous ne vous étiez rendu compte de rien jusqu’au jour de la fin du monde, ni même après ? (…) Voici ce que vous auriez toujours dû savoir à propos du zapatisme  »(1). Le sous-commandant Marcos, porte-parole des Indiens insurgés du Sud-Est mexicain, n’a pas son pareil parmi les leaders révolutionnaires d’hier et d’aujourd’hui, pour ré-attirer l’attention sur sa rébellion.

« Le jour de la fin du monde  » auquel il fait allusion dans cet extrait d’une nouvelle série de longs communiqués incoercibles rendus publics en juillet dernier, c’est le 21 décembre 2012, le solstice d’hiver choisi par plus de 40 000 zapatistes encagoulés pour occuper pacifiquement et silencieusement cinq villes du Chiapas. Impressionnante démonstration de force, après quatre ans de relative discrétion. D’autant que l’on savait le mouvement rebelle miné par les stratégies de division et de pourrissement du pouvoir mexicain, le quadrillage militaire et le harcèlement paramilitaire, ainsi que le découragement de certaines « bases d’appui » zapatistes.

Aujourd’hui donc, sur le clavier du « SupMarcos » comme dans les cinq « caracoles » (sièges des « conseils de bon gouvernement » qui gèrent l’« autonomie de fait » de centaines de communautés rebelles réparties sur un territoire fragmenté de la taille de la Belgique), c’est de nouveau l’effervescence. Lancement des « petites écoles zapatistes » ouvertes aux « zapatisants » du monde entier, relance du « Congrès national indigène (CNI) » qui fédère les peuples indiens du Mexique en lutte contre l’exploitation minière, agro-industrielle, énergétique, touristique transnationale qui mange leurs territoires, mais aussi célébrations en cascade du triple anniversaire de la rébellion : les dix ans de l’autogouvernement de fait, les vingt ans du soulèvement armé, les trente ans de la fondation de l’EZLN.

Novembre 1983, décembre 1993, août 2003

C’est en novembre 1983 en effet qu’une poignée de guérilleros issus des Forces de libération nationale (FLN), rejoints l’année suivante par l’universitaire citadin qui deviendra le « sous-commandant Marcos », créent au fin fond de l’État du Chiapas l’« Armée zapatiste de libération nationale », avec la ferme intention, à la mode de Che Guevara, d’y « allumer » la révolution. Marcos et ses camarades ne seront toutefois pas les seuls à « travailler » aux côtés des Mayas tzotziles, tzeltales, tojolabales, choles de la région. Les animateurs sociaux du très concerné diocèse catholique de San Cristobal de Las Casas, dont les frontières coïncident précisément avec la zone d’influence actuelle des zapatistes, sont aussi à l’œuvre dans les villages indigènes, depuis de nombreuses années.

Dix ans plus tard, forts de ces influences multiples mais contrecarrés dans leurs projets d’émancipation par l’autoritarisme d’une élite locale raciste et par les effets de la libéralisation de l’économie mexicaine, la chute du prix du café et la réforme constitutionnelle de 1992 qui casse tout espoir de réforme agraire, d’importants secteurs de la population indigène du Chiapas vont se soulever en armes (avec les moyens du bord, souvent de vieilles pétoires) dans les principales villes de la région. « Démocratie, liberté, justice ! ». Et ce, le jour même de l’entrée en vigueur des Accords de libre-échange nord-américain (Alena) qui ouvrent les richesses du Mexique aux États-Unis et au Canada. Mais le coup d’éclat zapatiste de la nuit du 31 décembre 1993 au 1er janvier 1994 fera long feu. Lourdement réprimés, les Indiens insurgés vont rapidement se replier et réintégrer leurs villages. Débutera alors un long processus de militarisation de la région par les autorités, de négociation erratique et de mobilisation pacifique de l’EZLN au retentissement mondial.

Dix ans plus tard, en août 2003, déçus, voire trahis par la non-application des « accords de San Andrés » (seuls accords signés à ce jour entre gouvernement mexicain et commandants rebelles, sur la reconnaissance des « droits et cultures indigènes »(2)), les zapatistes rendent publique la création de leurs propres organes d’autogouvernement, radicalement étanches aux instances et interventions de l’État, au mal gobierno. C’est l’« autonomie de fait », celle que la Constitution ne veut pas leur reconnaître. Le « mandar obedeciendo  » (commander en obéissant), ici et maintenant. La pratique politique expérimentée alors dans les villages zapatistes rejette toute forme de confiscation du pouvoir, d’abandon de souveraineté dans des structures en surplomb. Elle s’organise dans la rotation incessante et la révocabilité immédiate de tous les mandats, de toutes les « charges » qu’à tour de rôle les délégués indigènes – hommes et femmes – assument bénévolement au sein des cinq « conseils de bon gouvernement », où l’on administre l’autonomie éducative, sanitaire, juridique et, autant que faire se peut, productive et commerciale des communautés rebelles. Le bilan qu’en dressent aujourd’hui les zapatistes eux-mêmes est plutôt positif : en dépit de bien des difficultés, non éludées, les indicateurs sociaux progressent…

La portée mondiale d’un mouvement paradoxal

Toute l’originalité, la force et la faiblesse de la rébellion zapatiste résident dans l’évolution et les réalités auxquelles renvoie ce triple anniversaire. Une avant-garde révolutionnaire léniniste classique fait place à une révolte indienne massive, déterminée, presque suicidaire, qui elle-même, au gré des circonstances, des rapports de force, de rencontres « intergalactiques(3) » avec des bus entiers de rebelles venus du reste du pays et du monde, va s’affirmer en un mouvement à la fois ouvert et autonome, radicalement démocratique et profondément identitaire, nationaliste mexicain autant qu’ethnique et altermondialiste, imprégné d’un esprit libertaire, de clés de lecture marxiste, d’une culture chrétienne émancipatrice, d’idéaux féministes et de références mayas. Une addition de combinaisons plutôt inédites. Le mouvement zapatiste garde en tout cas le mérite d’avoir donné vie, à partir de son ancrage local, à un idéal éthique et politique désormais universel : l’articulation de l’agenda de la redistribution à celui de la reconnaissance. « Nous sommes égaux parce que différents  ».

En cette année d’anniversaires, le sous-commandant Marcos continue à cultiver l’« indéfinition » de la rébellion et à jouer de son humilité (« le chemin se fait en marchant  », « venez le discuter avec nous  », « que faut-il faire ? avec qui ? »), l’un des ressorts sans doute de son écho international si positif des premières années. Dans le même temps, force est de reconnaître que celui qui reste le porte-parole des commandants indigènes et le chef militaire de l’EZLN (4) balise aussi la voie à suivre (« en bas à gauche  », en marge de toute représentation, médiation ou institution politiques, en « réseau » avec les luttes « anticapitalistes » d’ici et d’ailleurs) et clive volontiers le panorama (en caractérisant les « véritables zapatistes » et ceux qui ne peuvent l’être), avec ou sans second degré, selon l’humeur. Ses postures lui valent depuis quelques années déjà de fortes inimitiés au sein des gauches mexicaines – radicales et modérées – qui lui reprochent sa « superbe », ses « zigzags politiques  », voire son « antipolitisme inconséquent  ».

Reste que la priorité donnée par les zapatistes à l’expérimentation d’« une autre manière de faire de la politique » dans les communautés autonomes – ce que la sociologie anglo-saxonne appelle les « politiques de préfiguration » (commencer par fonctionner soi-même démocratiquement) – est en partie le résultat de l’inconséquence des principaux partis mexicains, y compris de gauche (PRD(5)), qui n’ont pas respecté, sur le plan national, les « accords de San Andrés » et, dans le Chiapas, agressent régulièrement l’EZLN ou ses « bases d’appui »… Au-delà, le contexte demeure extrêmement problématique pour les indigènes de la région, zapatistes ou non. Ils figurent toujours parmi les populations les plus pauvres du Mexique, souvent encore sans accès aux services de base, marginalisés ou instrumentalisés par un modèle de développement prédateur – « extractiviste », forestier, agricole, touristique… – qui profite des multiples richesses naturelles et culturelles du Chiapas, au détriment de ses premiers habitants.

Notes

(1) Tiré d’un communiqué du sous-commandant Marcos de juillet 2013, publié sur www.enlacezapatista.ezln.org.mx le 1er août.
(2) Les accords de San Andrés, qui portaient donc sur l’affirmation des identités indigènes, datent de février 1996. Les autres thèmes prévus par les négociations entre rebelles et gouvernement n’ont jamais pu aboutir. Ils étaient censés porter sur les dimensions plus politiques (démocratisation) et socioéconomiques (redistribution) des revendications zapatistes.
(3) Du nom donné par Marcos à la « Première rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme » convoquée par l’EZLN en 1996 dans le Chiapas, qui sera suivie de multiples initiatives similaires.
(4) Au côté désormais, depuis début 2013, du sous-commandant Moises, indigène tojolabal.
(5) PRD pour Parti de la révolution démocratique, fondé en 1989 à partir d’une dissidence du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel, à la tête du Mexique de 1930 à 2000 et de nouveau depuis 2012). Le candidat du PRD aux élections présidentielles de 2006, Lopez Obrador, perdant d’extrême justesse (les résultats furent contestés plusieurs mois par des millions de Mexicains de pratiquement toutes les gauches), n’a pas reçu l’appui des zapatistes, mobilisés à cette époque dans une démarche nationale parallèle, intitulée « l’autre campagne ».

Résistance politique: Message du Chiapas (Mexique) aux peuples du monde…

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Ce communiqué de l’EZLN zapatiste du Chiapas est un puissant message de résistance aux turpitudes hégémoniques de l’oligarchie et de ses branches locales.

Nous le disons et le répétons: les peuples autochtones des Amériques et d’Afrique nous montrent la voie du salut, la voie de la transformation sociétaire vers une harmonie égalitaire et solidaire.

Sachons écouter et agir !

— Résistance 71 —

 

L’EZLN annonce de prochaines initiatives

 

vendredi 11 janvier 2013, par EZLN

 

Communiqué du Comité clandestin révolutionnaire indigène 
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale.

Mexique.

 

Le 30 décembre 2012.

 

url de l’article:

http://www.lavoiedujaguar.net/L-EZLN-annonce-de-prochaines

 

Au peuple mexicain, 
Aux peuples et gouvernements du monde,

Frères et sœurs, 
Compañeros et compañeras,

Le 21 décembre 2012, avant que l’aube se lève, des dizaines de milliers d’indigènes zapatistes se sont mobilisés pour occuper, de manière pacifique et en silence, cinq chefs-lieux de l’État mexicain sud-oriental du Chiapas.

Dans les villes d’Altamirano, Las Margaritas, Ocosingo, Palenque et San Cristóbal de Las Casas, nous avons regardé autour de nous et nous nous sommes regardés nous-mêmes en silence.

Notre message n’est pas un message de résignation.

Ce n’est pas non plus un message de guerre, de mort ou de destruction.

Notre message est un message de lutte et de résistance.

Suite au coup d’État médiatique qui voulait masquer l’ignorance mal dissimulée et plus mal feinte encore du pouvoir exécutif mexicain, nous nous sommes manifestés pour leur faire savoir à tous que si eux n’avaient jamais disparu, nous non plus !

Il y a maintenant six ans de cela, une partie de la classe politique et intellectuelle s’est mise à chercher ailleurs un responsable à sa propre défaite. À l’époque, nous, nous étions dans des villes et dans des communautés, occupés à nous battre pour que justice soit rendue à un Atenco qui n’était pas en vogue à ce moment-là.

À l’époque, on nous a d’abord calomniés, pour essayer de nous faire taire ensuite.

Incapables dans leur malhonnêteté de voir que c’est en eux seuls que résidait et réside le ferment de leur propre échec, ils ont cherché à nous rayer de la carte par leur mensonge et leur silence complice.

Six ans plus tard, deux choses sont parfaitement claires :

Eux n’ont pas besoin de nous pour échouer.

Et nous, nous n’avons pas besoin d’eux pour survivre.

Nous qui n’avions jamais disparu, bien que l’ensemble des médias se soient acharnés à le faire croire, nous avons resurgi, indigènes zapatistes, ce que nous sommes et que nous serons à jamais.

Au cours de ces longues années, nous avons gagné en force et nous avons significativement amélioré nos conditions de vie. Notre niveau de vie est supérieur à celui des communautés indigènes proches des gouvernements successifs, qui, elles, bénéficient de leurs aumônes et les gaspillent en alcool et en articles inutiles.

Nos logements s’améliorent, sans porter préjudice à la nature en lui imposant des chemins qui lui sont étrangers.

Dans nos villages, la terre qui servait auparavant à engraisser le bétail des grands propriétaires et autre latifundistes sert aujourd’hui à faire pousser notre maïs, nos haricots et les légumes qui illuminent nos repas.

Notre travail nous donne la double satisfaction de nous fournir le nécessaire pour pouvoir vivre dignement et de contribuer à la croissance collective de nos communautés.

Nos enfants, garçons et filles, vont dans une école où on leur enseigne leur propre histoire, celle de leur patrie et celle du monde, de même que les sciences et techniques nécessaires pour s’enrichir intellectuellement sans cesser d’être indigènes.

Les femmes indigènes zapatistes ne sont pas vendues comme une marchandise.

Les indigènes partisans du PRI recourent à nos hôpitaux, à nos cliniques et à nos laboratoires parce que, dans ceux du gouvernement, ils n’y a ni médicaments, ni matériel médical, ni docteurs ou personnel qualifié.

Notre culture s’épanouit, non pas isolée mais enrichie au contraire par le contact avec la culture d’autres peuples du Mexique et du monde.

Nous gouvernons et nous nous gouvernons nous-mêmes, en recherchant toujours en premier lieu l’accord au lieu de l’affrontement.

Tout cela a été obtenu non seulement sans le gouvernement, sans la classe politique ni les médias qui vont avec, mais aussi en résistant à leurs attaques de toutes sortes.

Nous avons fait la preuve, une fois de plus, que nous sommes qui nous sommes.

Avec notre silence, nous avons manifesté notre présence.

Aujourd’hui, avec notre parole, nous déclarons :

Premièrement, que nous réaffirmerons et consoliderons notre participation au Congrès national indigène, lieu de rencontre avec les peuples originels de notre pays ;

Deuxièmement, que nous renouerons contact avec nos compañeros et compañeras adhérents et adhérentes à la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone, au Mexique et dans le monde ;

Troisièmement, que nous tenterons de reconstruire les ponts tendus avec les autres mouvements sociaux qui sont apparus et apparaîtront, non pas pour en prendre la tête ou pour les supplanter mais pour apprendre d’eux et de leur histoire, de leurs chemins et de leurs buts ;

Pour y parvenir, nous avons obtenu le concours de personnes et de groupes en différents points du Mexique constitués en équipes de soutien des Commissions Sexta et internationale de l’EZLN pour servir de courroies de communication entre les bases de soutien zapatistes et les personnes, groupes et collectifs adhérents à la Sixième Déclaration, au Mexique et dans le monde, qui conservent leur détermination et leur engagement dans la construction d’une alternative de gauche non institutionnelle ;

Quatrièmement, que nous conserverons notre distance critique envers la classe politique mexicaine, qui, dans sa totalité, n’a rien fait d’autre que s’enrichir aux dépens des besoins et espoirs des gens humbles et simples ;

Cinquièmement, en ce qui concerne le mauvais gouvernement fédéral, les gouvernements des États mexicains, les autorités municipales, les instances exécutives, législatives et judiciaires, ainsi que les médias qui les accompagnent, nous déclarons ce qui suit :

Les mauvais gouvernements de l’ensemble du spectre politique, sans aucune exception, ont tout fait pour nous éliminer, pour nous acheter, pour que nous nous rendions. Le PRI, le PAN, le PRD, le Parti vert écologiste mexicain, le PT, Convergence citoyenne et le futur parti de Régénération nationale, tous nous ont attaqués militairement, politiquement, socialement et idéologiquement.

Les grands moyens de communication ont tenté de nous faire disparaître, d’abord par la calomnie servile et opportuniste, par leur silence sournois et complice ensuite. Ceux qu’ils ont servis et qui les arrosaient gracieusement en retour ne sont plus là. Et ceux qui prennent leur relève aujourd’hui ne dureront pas plus longtemps que leurs prédécesseurs.

Comme l’a montré de façon évidente le 21 décembre 2012, tous ont échoué.

Il incombe désormais au gouvernement fédéral, aux pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire de décider, soit de renouer avec leur politique de contre-insurrection (qui n’a eu pour seul résultat qu’une simulation rachitique, maladroitement alimentée par la gestion des médias), soit d’admettre enfin et de remplir leurs engagements en reconnaissant par décret constitutionnel les droits et la culture indigènes, comme cela est établi par les Accords de San Andrés, signés par le gouvernement fédéral en 1996, à la tête duquel se trouvait alors le même parti que celui qui dirige aujourd’hui le pouvoir exécutif.

Il incombe désormais au gouvernement chiapanèque de décider, soit de poursuivre la stratégie malhonnête et désastreuse de son prédécesseur — prédécesseur qui, en plus d’être corrompu et menteur, a détourné l’argent du peuple du Chiapas afin de s’enrichir, lui et ses complices, et s’est attelé à acheter de manière éhontée la voix et la plume de journalistes dans les médias, tandis qu’il plongeait les Chiapanèques dans la misère et simultanément usait des policiers et de paramilitaires pour tenter de freiner les progrès en matière d’organisation des peuples zapatistes —, soit, au contraire, dans la vérité et la justice, d’accepter et de respecter notre existence et de se faire à l’idée qu’un nouveau mode de vie social s’épanouit en territoire zapatiste, au Chiapas, Mexique. Épanouissement qui attire d’ailleurs l’attention de gens honnêtes sur la planète tout entière.

Il incombe désormais aux autorités municipales de décider si elles veulent continuer à avaler les couleuvres grâce auxquelles les organisations antizapatistes ou prétendument « zapatistes » les escroquent en obtenant des fonds pour pouvoir agresser nos communautés en toute impunité ou, au contraire, de mieux employer cet argent pour améliorer les conditions de vie de leurs administrés.

Il revient désormais au peuple mexicain qui s’organise dans le combat électoral et résiste de décider s’il veut continuer de voir en nous des ennemis ou le rival sur qui décharger sa frustration devant les innombrables fraudes et agressions que, au bout du compte, nous subissons tous, et si, dans sa lutte pour le pouvoir, il continue à s’allier à nos persécuteurs ou, au contraire, s’il reconnaît enfin en nous une autre manière de faire de la politique.

Sixièmement, dans les jours qui suivent, par l’intermédiaire de ses Commissions Sexta et internationale, l’EZLN fera connaître une série d’initiatives à caractère civil et pacifique pour lui permettre de continuer à faire son chemin avec les autres peuples originaires du Mexique et de l’ensemble du continent, ainsi qu’avec les personnes qui, au Mexique et dans le monde entier, résistent et luttent, en bas et à gauche.

Frères et sœurs, 
Compañeros et compañeras,

Par le passé, nous avons eu la chance de bénéficier d’une attention honnête et noble de divers moyens de communication. À l’époque, nous les en avons remerciés, mais cet état de choses a été complètement effacé par leur attitude ultérieure.

Ceux qui avaient parié que nous existions uniquement par et dans les médias, et que le blocus de mensonges et de silence auquel on nous a soumis réussirait à nous faire disparaître, se sont trompés.

Quand il n’y avait ni caméra, ni microphone, ni stylo à bille, ni oreilles, ni regard, nous continuions d’exister.

Quand on nous calomniait, nous continuions d’exister.

Quand on nous entourait de silence, nous continuions d’exister.

Et nous voilà, toujours là, à continuer d’exister.

Le chemin que nous avons entrepris, comme cela a été amplement démontré, ne dépend pas d’un quelconque impact médiatique, mais bien de notre compréhension du monde et de ses parties, de la sagesse indigène qui guide nos pas, de l’inébranlable détermination que donne la dignité d’en bas et à gauche.

Dès maintenant, notre parole commencera à être sélective quant à ses destinataires et ne pourra être comprise, à de rares exceptions près, que par ceux qui auront fait et font un bout de chemin avec nous sans être esclaves des modes médiatiques et ponctuelles.

Chez nous, non sans erreurs et avec beaucoup de difficultés, une autre manière de faire de la politique est d’ores et déjà devenue réalité.

Peu nombreuses, très peu nombreuses, seront les personnes qui auront le privilège de connaître cette réalité et d’apprendre directement d’elle.

Il y a maintenant dix-neuf ans, nous vous avons surpris en nous emparant par le feu et par le sang de vos villes. Aujourd’hui, nous l’avons refait, sans armes, sans mort, sans rien détruire.

Nous nous différencions de la sorte de ceux qui, pendant leur mandat de gouvernement, ont semé et sèment encore la mort parmi leurs administrés.

Nous sommes les mêmes qu’il y a cinq cents ans, qu’il y a quarante-quatre ans, qu’il y a trente ans, qu’il y a vingt ans, qu’il y a tout juste quelques jours.

Nous sommes les zapatistes, les plus petits, ceux qui vivent, luttent et meurent dans ce recoin perdu de la patrie, ceux qui ne fléchissent pas, qui ne se vendent pas, qui ne se rendent pas.

Frères et sœurs, 
Compañeros et compañeras,

Nous sommes les zapatistes, nous vous embrassons chaleureusement.

Démocratie ! 
Liberté ! 
Justice !

Des montagnes du Sud-Est mexicain. 
Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène 
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale, 
sous-commandant insurgé Marcos. 
Mexique, décembre 2012 – janvier 2013.

Traduit par SWM. 
Source : Enlace Zapatista