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Résistance politique et changement de paradigme: Réalité historique de la fin de l’État et fenêtre d’ouverture sur le confédéralisme démocratique et l’écologie sociale…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, écologie & climat, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 16 février 2017 by Résistance 71

“Les humains ne seront pas unifiés par la domination, mais comme des frères sans domination: an-archie. Ainsi le slogan doit demeurer: sans domination…”

“Les socialistes ne peuvent pas éviter la lutte contre la propriété foncière de la terre. La lutte pour le socialisme est une lutte pour la terre ; la question sociale est une question agraire.”

“L’État est une condition, une certaine relation entre les individus, un mode de comportement ; nous le détruisons en contractant d’autres relations, en nous comportant différemment les uns envers les autres… Nous sommes l’État et nous continuerons à être l’État tant que nous n’aurons pas créé les institutions qui forment une véritable communauté (société).”

“L’objectif de la société des sociétés est les gens, la société, la communauté, la liberté, la beauté et la joie de vivre. Cet appel au socialisme s’adresse aux Hommes d’action qui veulent y débuter.”

~ Gustav Landauer ~

 

Raison créativité et liberté ou le modèle communaliste

 

Eléanor Finlay*

 

11 février 2017

 

url de l’article original:

https://roarmag.org/essays/communalism-bookchin-direct-democracy/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

(*) Eleanor Finlay est doctorante en anthropologie de l’université du Massachussetts, Amherst

“Que le XXIème siècle devienne l’époque la plus radicale ou la plus réactionnaire… va dépendre en grande partie du type de mouvement social et de programme que les radicaux sociaux créent de leur richesse théorique, organisationnelle et politique, qui fut accumulée ces deux derniers siècles… La direction que nous sélectionnerons déterminera le futur de notre espèce pour les siècles à venir.”

Murray Bookchin, The Communalist Project (2002)

Après l’élection de Donald Trump, des images dévastatrices et des souvenirs des première et seconde guerre mondiales inondèrent nos esprits. L’anti-rationalisme, la violence raciste, la politique du bouc émissaire, la misogynie et l’homophobie ont été lâchés depuis la marge de la société et amenés dans la politique quotidienne.

Dans le même temps, l’humanité se trouve dans une course contre la montre à la vie à la mort. Le trouble impensable qu’est le changement climatique devient maintenant une réalité (NdT: pas pour des raisons anthropiques, lorsque réchauffement – ou refroidissement – il y a, les causes sont essentiellement naturelles, la part de l’Homme dans ces évènements se produisant depuis des milliads d’années, est infinitésimale. Ceci ne veut bien entendu pas dire qu’il ne faut pas se préoccuper des problèmes de pollutions dont nous sommes responsables… mais laissons le CO2 de côté, il n’est ni une pollution, ni une production humaine affectant la planète… Nous nous devions ici d’interjecter car nous n’endorsons aucunement tout discours sur le “changement climatique anthropique”. Ce désaccord n’enlève en rien la pertinence politique des propos de Mlle Finlay par ailleurs.) et rien n’est entrepris par nos instances pour mitiger la catastrophe. Alors que la petite et paradoxale ère du républicanisme américain touche à sa fin, l’expérience de la nature en une créature si créative et consciente que l’humanité arrive à un tournant critique.

Précisément parce que ces cauchemards sont devenus réalité, il est maintenant temps de faire décisivement face à la tâche de créer un système politico-économique libre et juste. Pour la sauvegarde de l’humanité et en fait de toute vie sur terre, nous devons contre-balancer le fascisme aujourd’hui personnalisé par le capitalisme d’état-nation et mettre à jour tout un complexe de problèmes sociaux, économiques, politiques et écologiques tous imbriqués et interdépendants les uns des autres. Mais comment ?

Comme solution à la situation présente, un nombre croissant de gens dans le monde proposent le “communalisme”: le remplacement du capitalisme, de l’état et de la hiérarchie sociale par la ville, le village, les voisinages, réunis en assemblées et en fédérations.
Le communalisme est une idée vivante, organique, qui se construit sur un riche héritage de mouvements socio-politiques historiques.

La Commune du Rojava aux Zapatistes

Le terme de communalisme (libertaire) a émergé du soulèvement des Parisiens en 1871 dans le mouvement qui fut connu sous le nom de “Commune de Paris” et qui fut ravivé à la fin du XXème siècle par le philosophe politique américain Murray Bookchin (1931-2006). Le mot “communalisme” est souvent utilisé de manière interchangeable avec le mot “municipalisme”, ou “municipalisme libertaire” (un terme aussi inventé par Bookchin) et aussi le “confédéralisme démocratique” (inventé plus récemment par le leader emprisonné du parti des Travailleurs Kurdes, PKK, Abdullah Ocalan).

Bien que chacun de ces termes essaie de décrire une démocratie directe de face à face, le communalisme insiste plus sur ses dimensions organiques et vécues. Les communautés civiques en face à face, appelées “communes” historiquement, sont plus que simplement une structure ou un mode de gestion. Elles sont plutôt des communautés sociales et ethniques unifiant des groupes culturels et sociaux divers. La vie communale est un bien en soi.

Il y a d’inombrable précédents historiques qui modèlent les principes institutionnels et éthiques du communalisme. Les communautés tribales à petite échelle fournissent bien des exemples. En Amérique du Nord, la Confédération des Six Nation Haudenosaunee (Iroquoises) a gouverné la région des Grands Lacs par une démocratie directe confédérée pendant plus de 800 ans (NdT: contrairement à ce que laisse entendre l’auteure de ces lignes, cette confédération existe toujours aujourd’hui, nos lecteurs sont au courant de nos relais constants par nos traduction de Mohawk Nation News, traditionnellement ancrés dans la Grande Loi de la Paix, Kaiane’re:kowa dont nous avons traduit en français les 117 wampums/articles). Sur les côtes du Panama, la nation Kuna continue de gérer un archipel d’îles vibrant économiquement. Avant la dévastation amenée par l’esclavage et la colonisation, le peuple Igbo du Delta du fleuve Niger pratiquait une forme hautement cosmopolite de gestion communale. Encore plus récemment, dans la province du Chiapas au Mexique, le mouvement zapatiste de l’EZLN a réinventé les assemblées politiques pré-colombiennes au travers de centaines de municipios autonomes et cinq grandes capitales régionales appelées les Caracoles (escargots) dont les volutes spiralées symbolisent la connexion et la réunification des villages.

Les prédécesseurs des communalistes ont aussi émergés depuis de grandes communautés urbaines. De l’Athènes classique aux villes-états médiévales d’Italie et d’Europe, la démocratie directe s’est trouvée aussi chez elle en ville. En 2015, le mouvement politique de Barcelone “Barcelona en Comú” a gagné la mairie de Barcelone, basé sur un vaste collectif d’assemblées de voisinages richement étagé. Aujourd’hui, ils sont le premier parti siégeant au conseil municipal et continuent de décider leurs politiques et leurs plateformes au travers d’assemblées. En Syrie septentrionnale, le Mouvement de la Liberté Kurde a établi le confédéralisme démocratique, un réseau d’assemblées et de conseils populaires qui gouvernent avec le parti d’Union Démocrate ou PYD.

Ceci ne sont que quelques exemples parmi un grand nombre de traditions politiques qui attestent de “la grande richesse théorique, organisationnelle et politique”, qui est à notre disposition afin de rendre le pouvoir au peuple contre l’autoritarisme forcené qui nous est imposé.

Pouvoir, administration et citoyenneté

L’institution la plus fondamentale du communalisme est l’assemblée populaire. Elles se produisent de manière régulière au cours de rassemblements communaux ouverts à tous les adultes au sein d’une municipalité donnée, comme une ville, un village ou un district (canton) ; le but est de discuter, de débattre et de prendre des décisions au sujet d’affaires qui concernent la communauté dans sa totalité.

Afin de comprendre comment fonctionne une assemblée populaire, on doit d’abord comprendre la distinction subtile mais cruciale entre l’admnistration et le pouvoir décisionnaire politique. L’administration comprend des taches et des plans en rapport à l’exécution des décisions politiques prises. L’administration d’un projet particulier peut prendre quelques décisions mineures, comme par exemple quelle sorte de pierres utiliser pour construire un pont.

Le pouvoir, d’un autre côté, réfère à la capacité de faire une politique et de prendre des décisions majeures, comme par exemple de construire ou non un pont. Dans le communalisme, le pouvoir réside dans le corps collectif, tandis que de plus petits conseils mandatés expressement sont délégues pour l’exécution des décisions prises collectivement. Des experts comme les ingénieurs, ou les praticiens de santé publique jouent un röle important dans les assemblées populaires en informant les citoyens, mais c’est le corps collectif lui-même qui a le pouvoir de prendre de fait les décisions.

Avec cette distinction très claire entre l’administratif et le pouvoir, la nature du leadership individuel change dramatiquement. Les leaders cultivent le dialogue et exécute la volonté de la communauté. Les Zapatistes expriment ceci au travers du terme de “cargo”, ce qui veut dire avoir la charge ou le poids de la réalisation. Les membres du conseil exécutent la volonté de leur communauté, le leadership veut dire “obéir et non pas commander, représenter et non pas supplanter, descendre et non pas monter.”

Une deuxième distinction critique entre la politique pilotée par des professionnels de la politique et le communalisme est la notion de citoyenneté. En utilisant le terme de “citoyen”, les communalistes contredisent volontairement la notion restrictive et vide de tout sens de la citoyenneté invoquée dans les états-nations modernes. Dans les sociétés communales, la citoyenneté est conférée à chaque adulte qui vit au sein de la municipalité. Chaque adulte qui vit au sein de la municipalité a le pouvoir de participer directement, de voter et de participer à tour de rôle aux taches administratives. En fait, cette idée radicale de citoyenneté est fondée sur la résidence et sur les relations de face à face dans la communauté.

Les assemblée populaires sont une tradition vivante qui sont apparues encore et toujours au cours de l’histoire. Il faut ici faire une pause pour considérer les ressources conceptuelles que nous a laissées le démocratie athénienne classique. Il est clair que cette société était loin d’être parfaite, Tout comme le reste du pourtour de la Méditerranée à cette époque, Athènes a été construite sur le dos des esclaves et des femmes au foyer. Quoi qu’il en soit, la démocratie athénienne jusqu’à aujourd’hui est l’exemple historique le mieux documenté d’une auto-gestion communale directe (NdT: la documentation de la gestion des collectifs anarchistes espagnols de 1936 à 1939 est aussi très abondante et utile, cf Gaston Leval, Sam Dolgoff et Diego Abad de Santillan).

Agora: La place publique ou la maison où l’assemblée populaire se tient. L’agora est l’endroit de notre identité publique, là où nous allons pour prendre des décisions, pour soulever des problèmes et nous engager dans des discussions publiques.

Ekklesia: L’assemblée générale, une communauté de citoyens.

Boule: Le corps administratif de 500 citoyens qui tourne une fois par an.

Polis: La ville elle-même. Mais là encore, le terme réfere non pas à une communauté matérielle mais à une communauté multiple, richement peuplée, organique et matérielle. La polis est une entité et une personne par et pour elle-même.

Paeida: L’éducation politique et éthique continue que chacun suit, atteint afin de parvenir à la vertu et/ou l’excellence.

La vision clef de la démocratie classique arthénienne est que l’assemblée politique est un corps organique. Bien plus qu’une simple structure ou faisceau de mécanismes, le communalisme est une véritable synergie d’éléments et d’institutions qui mène à un type particulier de communauté et de processus. Pourtant les assemblées seule n’épuisent pas la politique communale. De la même manière que les communautés sont socialement, économiquement, écologiquement inter-dépendantes, une véritable société libre et éthique doit s’engager dans un robuste dialogue inter-communal, celui-ci menant à des associations libres inter-communes. La confédération permet aux communautés autonomes de s’évaluer et de s’ajuster en vue d’une coordination au niveau régional.

La confédération est différente de la démocratie représentative parce qu’elle est fondée sur des délégués révocables à tout moment par les communautés dont ils dépendent plutôt que sur des représentants individuels qui ont un pouvoir. Les délégués sont des porte-parole et n’ont aucun pouvoir. Ils ne peuvent pas prendre de décision pour la communauté. Ils ramènent les propositions dans leurs assemblées. Des chartes articulent les principes éthiques d’une confédération et définissent les attentes pour chaque membre. De cette façon, les communautés ont une base pour se tenir elles-mêmes et les autres responsables. Sans principes clairs, base d’un débat pour des actions de raison, d’humanisme et de justice, il ne peut y avoir de succès politique.

Note de R71: Nous intervenons ici pour ajouter comme cité plus haut, que la plus vieille charte confédérale au monde, unissant 6 nations amérindiennes (les 6 nations iroquoises des Seneca, Oneida, Onondaga, Cayuga, Tuscarora et Mohawk) et toujours en activité aujourd’hui, Kaianerekowa ou la Grande Loi de la Paix, date du XIIème siècle. Dans l’époque pré-invasion européenne, jusqu’à 58 nations amérindiennes étaient regroupées et suivaient volontairement la “charte” iroquoise. L’arrivée des européens à complètememt changer la donne, mais quoiqu’il en soit et malgré de multiples tentatives des Anglais et des Français de faire entrer en conflit les Iroquois les uns contre les autres, les nations iroquoises ne se sont pas combattues entre elles depuis le XIIème siècle. Kaianerekowa est la loi de la terre sur Onowaregeh (l’Île de la Grande Tortue) et aussi loin que la société traditionnelle iroquoise est concernée, les Européens ont brisé cette loi de longue date et n’ont AUCUNE LEGITIMITE sur les terres ancestrales autochtones. Le système confédéral fonctionne, il fonctionne même très, très bien ! Nous devrions en tirer les conclusions qui s’imposent d’elles-mêmes !…

Dans le Mouvement pour la Liberté Kurde du Rojava dans le nord de la Syrie, le Contrat Social est fondé sur les piliers du féminisme, de l’écologie, de l’économie morale et de la démocratie directe. Ces principes résonnent au travers de tout le mouvement, liant entre elles diverses organisations et communautés sur la base partagée du multi-culturalisme radical, de la bonne direction écologique et du féminisme.

Une société libre

Il n’y a pas de plan de marche à suivre pour un mouvement municipaliste/communaliste. Sans aucun doute, la réalisation de telles communautés politiques ne peut venir que d’un changement fondamental de notre fabrique sociale, culturelle et économique. Les attitudes de racisme, de xénophobie, qui ont alimenté la montée virulente des fascismes aujourd’hui dans des endroits comme les Etats-Unis, doivent être combattues au moyen d’un humanisme radical qui célèbre la diversité ethnique, culturelle et spirituelle. Depuis des millénaires, l’oppression sexiste a dénigré des valeurs et formes sociales attribuées aux femmes. Ces attitudes doivent être supplantées par une éthique égalitaire et une sensibilité d’entraide. (NdT: dans les sociétés traditionnelles nord-américaines, comme dans la confédération Haudenosaunee, mais pas seulement loin s’en faut, les conseils de femmes et d’anciens ont une importance capitale. Les conseils des femmes nomment les chefs, qui comme dans toute société traditionnelle ancestrale n’ont pas de pouvoir, ne commandent pas mais représentent les décision prise par les conseils. Elles ont aussi le pouvoir de révoquer les chefs errants et dérogeant à la charte et sont expressément consultés en prévention de conflits armés…)

La liberté ne peut pas non plus venir sans stabilité économique. Le capitalisme ainsi que toutes les formes d’exploitation économique doivent être abolis et remplacés par des sytèmes de production, de consommation et de distribution pour utilisation nécessaire et de plaisir plutôt que pour la vente et le profit. Les vastes ceintures de béton de nos cités industrielles “modernes”, doivent être réduites en des espaces urbains ayant un sens, étant vivables et durables. Nous devons gérer les problèmes urbains avec une grande attention pour un meilleur développement, une meilleure égalité personnifiant ainsi les espaces urbains.

De la même manière que des individus ne peuvent pas être séparés d’une comunauté politique au sens large de laquelle ils font partie, la société humaine ne peut pas être séparée de notre contexte au sein du monde naturel. La politique coopératrice, humaniste du communalisme fonctionne ainsi main dans la main avec une sensibilité écologique radicale qui reconnaît l’humain comme un être unique, partie intégrante et consciente de la nature.

Tout en gérant nos propres besoins et désirs, nous avons la capacité de penser hors de la boîte et d’être orientés vers le futur. La Confédération Haudenosauné (iroquoise) appelle ceci le “principe de la 7ème génération”. D’après ce principe, toute délibération politique doit être faite pour la communauté actuelle, incluant les animaux et la communauté écologique locale au sens large et toute décision prise doit l’être en pensant à l’impact que la ou des décisions aura sur la 7ème génération.
Bien qu’une petite illustration de tous les changements sociaux dont nous aurions besoin aujourd’hui excède de loin le sujet de ce bref essai, le grand travail de Murray Bookchin et d’autres socioécologistes fournissent de riches discussions au sujet de la signification d’une démocratie directe et d’une société écologique. Pour le mouvement des verts, celui de l’anti-mondialisme, d’Occupy Wall Street et les mouvements des Indignados d’Espagne et du Chili, les idéaux communalistes ont aussi joué un grand et croissant rôle dans les luttes sociales et politiques dans le monde. C’est un mouvement en pleine croissance.

Le communalisme n’est en aucun cas une idéologie rigide, froide et dure, mais plutôt un corps d’idées cohérent et en perpétuel mouvement, construit sur un cœur fondamental de principes et d’institutions. C’est, par définition, un processus, ouvert et adaptable à virtuellement une infinité de contextes culturels, historiques et écologiques. En fait, des précédents historiques du communalisme dans la démocratie tribale primordiale et les assemblées de villes et de villages, peuvent être trouvés dans pratiquement tous les coins de la terre.

L’ère de la politique d’état menée par des professionnels est arrivée à sa fin. Seule la démocratie de la base populaire menée à une échelle mondiale peut s’opposer avec succès au futur dystopique qui nous attend. Tous les outils nécessaires sont disponibles. Une énorme richesse de ressources s’est accumulée au cours des luttes politico-sociales de l’humanité. Avec cette richesse, avec le communalisme, nous pourrons reforger le monde sur le potentiel raisonnable de l’humanité, sur sa créativité et sa liberté.

 

= = =

 

Textes à lire sur le sujet:

 “L’appel au Socialisme”, Gustav Landauer, 1911

3 textes fondamentaux pour un changement de paradigme politique:

 

Bonne lecture !

Changement de paradigme politique: Manifeste pour un Confédéralisme Démocratique (Abdullah Ocalan) ~ 2ème partie ~

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Le Confédéralisme Démocratique

Traduction d’extraits et commentaires du manifeste “Democratic Confederalism” d’Abdullah Ocalan, 2011, édition International Initiative

Par

Résistance 71

 

Mars 2016

 

1ère partie

2ème partie

 

Le confédéralisme démocratique et un système politique démocratique

En contraste total avec une compréhension administrative centraliste et bureaucratique de l’exercice du pouvoir politique, le confédéralisme pose un type d’autogestion politique où tous les groupes de la société et toutes les identités culturelles peuvent s’exprimer dans des assemblées locales, dans des conventions générales et des conseils (NdT: Ceci est connu par exemple depuis le XIIème siècle au sein de la confédération des 5 puis 6 nations iroquoises suivant la Grande Loi de la Paix, loi de la terre, Kaiane’reko:wa et même auparavant avec la plus vieille confédération reconnue au monde: celle de l’Islande.). Cette compréhension de la politique et de la démocratie ouvre ce même espace politique à toutes les strates de la société et permet la formation de groupes politiques divers et différents. Ceci sert également à l’intégration politique de la société dans son entièreté. La politique devient une grande partie de la vie quotidienne. Sans politique la crise de l’État ne peut pas être résolue car la crise est alimentée par un manque de représentation de la société politique. Les termes de fédéralisme et d’auto-administration, connus dans les “démocraties libérales” doivent être repensés. Ces termes ne doivent pas être pensés en termes de hiérachisation de l’administration de l’état-nation mais plutôt comme des outils centraux de l’expression sociale et de la participation citoyenne. Ceci poussera naturellement la politisation de la société. Il n’y a aucun besoin de grandes théories politiques ici, ce dont nous avons besoin est de laisser libre-court à l’expression des besoins sociaux en renforçant structurellement l’autonomie des acteurs politico-sociaux et en créant les conditions pour l’organisation de la société dans son entièreté. La création d’un niveau opérationnel où toutes sortes de groupes politiques, sociaux, de communautés rfeligieuses ou de tendances intellectuelles pourront s’exprimer directement dans toutes les prises de décision politique. Ceci peut aussi être appelé la démocratie participative. Plus forte est la participation et au plus puissant est ce type de démocratie.

Là où l’état-nation est en contraste total avec l’idée même de démocratie, voire même en nie l’existence, le confédéralisme démocratique constitue lui, un processus démocratique fluide et continu.

Les acteurs sociaux, qui sont par eux-mêmes des unités fédératives, sont les cellules de la germination de la démocratie participative. Ils peuvent se combiner, s’associer dans de nouveaux groupes et confédérations (associations libres) en rapport avec la situation. Chacune des unités politiques impliquées dans la démocratie participative est essentiellement démocratique.

De cette façon, ce que nous appelons démocratie est l’application des processus démocratiques de prise de décision politique partant du local pour rayonner vers le global et ce dans un cadre de processus politique fluide et continu. Ce processus va affecter la structure de la toile sociale de la société en contraste avec la poussée pour l’homogénéité de l’état-nation, une construction qui ne peut être obtenue que par la force menant ainsi à la perte inhérente de la liberté.

J’ai déjà dit que le niveau local est le niveau où les décisions sont prises. Quoi qu’il en soit, la pensée menant à ces décisions a besoin d’être en ligne et en connexion avec les problèmes globaux et généraux. Nous devons comprendre et intégrer le fait que mêmes les villages et les banlieues urbaines demandes des structures confédérées. Tous les aspects de la société doivent être autogérés et tous les niveaux doivent être libres de participer.

L’auto-defense

Essentiellement, l’état-nation est une entité structurée militairement. Les états-nations sont tous ultimement des produits de toutes sortes de conflits et de guerres internes et externes. Absolument aucun de tous ces états-nations existant, n’est apparu “naturellement”, par lui-même. Invariablement, ils ont un grand nombre de guerres en archives. Ce processus n’est pas limité à leur phase de création, mais plutôt, il construit sur la militarisation de la société entière. Le leadership civil de l’état-nation n’est qu’un ustensile de son appareil militaire. Les démocraties dites libérales vont même plus loin en peignant leurs structures militaires aux couleurs de la démocratie libérale. Cela ne les empêche nullement de rechercher des solutions autoritaires au climax d’une crise qui a été engendrée par le système lui-même. L’exercice fasciste du pouvoir est la nature même de l’état-nation. Le fascisme est la forme la plus pure de l’état-nation.

Cette militarisation ne peut-être repoussée qu’avec l’aide de l’auto-défense. Les sociétés sans aucun mécanisme d’auto-défense perdent leur identité, leur capacité de prise de décision démocratique et leur nature politique. C’est pourquoi l’auto-défense d’une société n’est pas seulement limitée à la dimension militaire. Cela présuppose également la préservation de son identité, de sa propre conscience politique et d’un processus de démocratisation. Alors seulement peut-on parler d’auto-défense.

Sur cette toile de fond, le confédéralisme démocratique peut être appelé un système d’auto-défense de la société. Seulement avec l’aide de réseaux confédérés peut-il y avoir une base pour opposer la domination globale des monopoles et du militarisme de l’état-nation.

Contre le réseau des monopoles, nous devons construire un réseau tout aussi fort de confédérations politico-sociales. Ceci veut dire en particulier que le paradigme social du confédéralisme n’implique aucunement un monopole militaire des forces armées, qui n’ont pour seule tache que d’assurer la sécurité intérieure et extérieure. Elles sont sous le contrôle direct des institutions démocratiques (les assemblées). La société elle-même déterminera leurs devoirs. Une de leurs taches majeure sera la défense de la liberté d’action de la société d’interventions intérieures et extérieures. La composition du leadership militaire doit être déterminée en termes et parties égaux d’à la fois les institutions politiques et les groupes confédérés.

Le confédéralisme démocratique contre la velléité d’hégémonie

Dans le confédéralisme démocratique, il n’y a aucune place pour quelque sorte de volonté hégémonique que ce soit. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine de l’idéologie. L’hégémonie est habituellement un principe qui est suivi par le type classique de civilisation. Les civilisations véritablement démocratiques rejettent les pouvoirs hégémoniques et les idéologies.

[…]

La façon collective de gérer les affaires sociales a besoin de compréhension, de respect des opinions non consentantes ou dissidentes et des méthodes démocratiques de prise de décision. Ceci est en contraste total avec la compréhension de la notion de leadership dans la modernité capitaliste où des décisions bureaucratiques arbitraires du caractère de l’état-nation sont diamétralement opposées avec le leadership démocratique confédéré en ligne avec des fondations éthiques.

Dans le confédéralisme démocratique les institutions de leadership n’ont pas besoin de validation, de légitimation idéologiques. De la sorte, elles n’ont aucune velléité d’obtenir l’hégémonie.

Il est bien entendu que le point de focalisation du confédéralisme démocratique se situe au niveau local, néanmoins l’organisation du confédéralisme au niveau global n’est en rien exclu. Au contraire, nous avons besoin d’établir une plateforme de sociétés civiles nationales en termes d’une assemblée confédérée afin de nous opposer aux Nations-Unis en tant qu’association des états-nations sous la direction des grandes puissances. De cette façon, nous pourrions obtenir de meilleures décisions en ayant toujours une claire vision sur la paix, l’écologie, la justice et la productivité dans le monde.

Conclusion

Le confédéralisme démocratique peut-être décrit comme une sorte d’auto-administration, d’autogestion, en contraste total avec l’administration de l’état-nation. Mais, sous certaines circonstances, une coexistence pacifique est possible aussi loin que l’état-nation n’interfère pas avec les affaires centrales de l’autogestion. (NdT: On reconnaît ici le principe même du traité Wampum Deux Rangées mis en place par la confédération iroquoise pour gérer les relations entre la confédération et des groupes extérieurs venant en contact, ceci pour dire que le mécanisme de gestion de l’autre existe, il a déjà été mis en place dans l’histoire et fonctionne parfaitement bien, le colonialisme en tant que fonction inhérente de l’État destructeur a cancérisé la société humaine. L’État est un cancer ! ). Toute intervention d’interférence appelerait à une action d’auto-défense de la part de la société civile.

Le confédéralisme démocratique n’est en guerre avec aucun état-nation mais il ne restera pas passif et timide à tout effort d’assimilation. Un renversement révolutionnaire ou la fondation d’un nouvel état ne créent en rien un changement durable et viable. Sur le long terme, liberté et justice ne peuvent être accomplies que par un processus dynamique politique démocratique et confédéré.

Ni le rejet total ni la reconnaissance totale de l’état sont utiles aux efforts démocratiques de la société civile. L’estompage de l’état, particulièrement de l’état-nation, est un processus de long-terme.

L’état sera dépassé lorsque le confédéralisme démocratique aura prouvé ses capacités à résoudre les problèmes en vue des affaires politiques et sociales. Ceci ne veut pas dire que des attaques par l’état-nation doivent être acceptées. Les confédérations démocratiques vont maintenir l’auto-défense et ses forces à tout moment. Les confédérations démocratiques ne seront pas limitées à s’organiser au sein d’un territoire particulier. Elles vont devenir des confédérations au-delà des frontières lorsque les sociétés concernées le désireront.

Les principes du confédéralisme démocratique

  1. Le droit d’auto-détermination des peuples inclut le droit à un état qui leur soit propre. Mais la fondation d’un état n’augmente en rien la liberté des peuples. Le système des Nations-Unies (ONU) qui est basé sur l’état-nation est demeuré inefficace. Dans le même temps, les états-nations sont devenus de sérieux obstacles pour tout développement social. Le confédéralisme démocratique est le paradigme par contraste du peuple opprimé.
  2. Le confédéralisme démocratique est un paradigme politico-social non étatique. Il n’est pas contrôlé par un état. Dans le même temps, le confédéralisme démocratique est le modèle organisationnel culturel d’une nation démocratique.
  3. Le confédéralisme démocratique est fondé sur la participation de la base du epuple. Ses processus de prises de décisions reposent sur les communautés. De plus hauts niveaux ne servent qu’à la coordination et la mise en place de la volonté des communautés qui envoient leurs délégués (révocables) aux assemblées générales. Pour une durée et un espace limités, ils sont à la fois les portes-parole et institutions exécutives. Quoi qu’il en soit, la base du pouvoir de décision demeure avec les institutions de la base populaire au sein des communautés.
  4. Au Moyen-Orient, la démocratie ne peut pas être imposée par le système capitaliste et ses puissances impérialistes qui ne font qu’endommager la démocratie. La propagation de la démocratie de la base populaire est élémentaire. C’est la seule approche qui peut s’occuper des divers groupes ethniques, religions et différences de classes actuelles. Cela est aussi en adéquation avec la structure confédérale traditionnelle de la société dans son ensemble.
  5. Le confédéralisme démocratique au Kurdistan est un mouvement anti-nationaliste. Il vise à réaliser le droit d’auto-défense des peuples par l’avancement de la démocratie dans toutes les parties du Kurdistan sans questionner les frontières politiques existantes. Son but n’est absolument pas la formation d’un état-nation kurde, mais le mouvement a l’intention d’établir des structures fédérales en Iran, en Turquie, en Syrie et en Irak, qui seront ouvertes à tous les Kurdes et dans le même temps qui formeront une confédération parapluie pour les quatre parties du Kurdistan.

Les problèmes des peuples au Moyen-Orient et les voies possibles pour une solution

La question nationale n’est pas un fantasme de la modernité capitaliste. Mais quoi qu’il en soit, ce fut cette modernité capitaliste qui imposa cette question à la société. La nation remplaça la communauté religieuse., mais la transition vers une société nationale a besoin de dépasser ceci si la nation ne veut pas demeurer le déguisement des monopoles répressifs.

[…] La méthode pour gérer ce problème ne doit pas être idéologique mais scientifique et pas du domaine de l’état-nation, mais au contraire basé sur le concept de nation démocratique et de communalisme démocratique.

[…] Au lieu de cultiver une concurrence productive, le capital impose des guerres internes et externes au nom de l’état-nation.

La théorie du communalisme serait une alternative au capitalisme. Dans le cadre de nations démocratiques qui ne poussent pas pour des monopoles de pouvoir, cela peut conduire à la paix dans une région qui n’a été que le théâtre de guerres sanglantes et de génocides.

Dans ce contexte, nous pouvons parler de quatre nations majoritaires: arabes, perses, turques et kurdes. Je ne veux pas diviser les nations en majorité et minorité car je ne trouve pas cela très approprié. Mais à cause de considérations démographiques, je parlerai de nations majoritaires. Nous pouvons utiliser le terme de monoritaire dans le même contexte démographique.

  1. Il y a plus de 20 états-nations arabes qui divisent la communauté arabe et endommagent leurs sociétés par des guerres sans fin. […] Un nationalisme tribal motivé religieusement combiné avec une société patriarcale sexiste sont pervasifs à toutes les zones de la société résultant en un conservatisme très particulier et une forme d’obéissance très esclavagiste. Personne ne croit que les Arabes seront capables de trouver une solution nationale arabe à leurs problèmes endogènes. Quoi qu’il en soit, une démocratisation et une approche communaliste pourraient bien apporter une telle solution. Leur faiblesse envers Israël, que les états-nations arabes regardent comme un concurrent, n’est pas seulement le résultat d’un soutien international des puissances hégémoniques [à Israël], mais plutôt est le résultat de fortes institutions communales au sein d’Israël. Au cours du siècle écoulé, la société de la nation arabe a été affaiblie par un nationalisme radical et l’islamisme. Pourtant, s’ils sont capables d’unifier le socialisme communaliste auquel ils ne sont pas du tout étrangers avec la compréhension d’une nation démocratique, alors ils seront capables de trouver une solution sécure de long terme.
  2. Les Turcs et les Turkmens forment une autre nation d’influence. Ils partagent une compréhension idéologique et de pouvoir similaire avec les Arabes. Ils sont de profonds convaincus du bienfondé de l’état-nation et ont de profondes racines religieuses et de nationalisme racial.
    […] Les problèmes nationaux sont complexes. Le pouvoir dérive et se renforce de l’état-nation, d’un nationalisme distinctif et d’une société patriarcale sexiste, créant un environnment social ultra conservateur. La famille y est vue comme la plus petite cellule de l’État. Les communautés turques et turkmens luttent pour le pouvoir. Les autres groupes ethniques sont soumis à une politique de subjugation. Les structures du pouvoir centralisées de l’état-nation turc avec son idéologie officielle très rigide ont empêché jusqu’à aujourd’hui une solution viable à la question kurde. La société a été amenée à penser qu’il n’y a aucune alternative à l’État. (NdT: ceci est également vrai dans toute la société occidentale où les institutions étatiques persuadent les peuples qu’il n’y a non seulement pas d’alternative à l’État, mais que l’État serait la forme organisationnelle la plus “évoluée” pour l’humanité…) Ainsi, il n’y a aucun équilibre entre l’individu et l’état. L’obéissance aveugle est vue comme la plus grande des vertus. […]
    Une confédération démocratique des communautés nationales turques pourrait être une sérieuse contribution à la paix dans le monde et à un système de modernité démocratique.
  3. La société national kurde est très complexe. Dans le monde, les Kurdes sont la plus grande nation sans un état à leur nom. Les Kurdes sont sur leurs terres actuelles depuis le Néolithique.
    La question nationale kurde émerge du fait qu’on leur a toujours nié le droit à une nationalité. Certains ont essayé de les assimiler, de les annihiler et à la fin, simplement de nier leur existence même. Ne pas avoir son propre état possède des avantages et des inconvénients. Ce fut certainement un bénéfice dans la compréhension pour la réalisation de concepts sociaux alternatifs bien au-delà de la modernité capitaliste. La zone d’établissement du peuple kurde est divisée par les frontières de quatre pays (la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran) et se trouve au cœur même d’une très importante région géostratégique, ce qui donne aux Kurdes un gros avantage stratégique. Les Kurdes ne forment pas une société nationale au moyen du pouvoir d’état. Bien qu’il existe aujourd’hui une entité politique kurde dans un “Kurdistan irakien”, ceci n’est pas un état-nation mais plutôt une entité para-étatique.
    Le Kurdistan a aussi été la patrie de minorités arméniennes et aramaïques/araméennes avant que celles-ci ne soient les victimes de génocides (commis par les états-nations). Il y a aussi de petits groupes arabes et turcs. Même aujourd’hui, il y a beaucoup de religions et de croyances différentes vivant côte à côte en terres kurdes. Il y a aussi quelques rudiments de culture tribale et clanique tandis qu’il n’y a pratiquement aucune culture urbaine.
    Toutes ces propriétés sont une grande opportunité pour de nouvelles formations politiques démocratiques ; des coopératives communales dans l’agriculture, mais aussi dans la distribution de l’eau, de l’énergie, sont d’excellents moyens de production. La situation est aussi favorable pour le développement d’une société politique éthique, même l’idéologie patriarcale est moins ancrée ici que dans les sociétés voisines.
    Ceci est bénéfique pour l’établissement d’une société démocratique où la liberté de la femme et l’égalité seront un des principaux piliers. Ceci donne aussi l’opportunité de construire une nation démocratique fondée sur des identités multi-nationales ce qui représente une bien meilleure solution à l’impasse présentée par l’état-nation. L’entité émergente de tout ceci pourrait servir de modèle pour tout le Moyen-Orient et s’étendre dynamiquement dans les pays voisins. Convaincre les pays voisins de ce modèle changera la face et la destinée dub Moyen-Orient et renforcera la chance pour la modernité démocratique de créer une alternative réelle et viable.
  4. Les raisons des problèmes de la nation perse ou iranienne d’aujourd’hui peuvent être trouvées dans les interventions des civilisations historiques et la modernité capitaliste. Bien que leur identité d’origine fut le résultat de la tradition zoroastre et mithraïque, celles-ci furent annulées par un dérivé de l’Islam. Le manichéisme qui émergea de la synthèse du judaïsme, du christianisme et de l’Islam mélangés à la philosophie grecque ne fut pas capable de prévaloir sur l’idéologie de la civilisation officielle. De fait, cela n’alla pas plus loin que de pomponner la tradition de la rébellion. Ceci convertit donc la tradition islamique en une dénomination chi’ite et l’a adopté pour être la dernière idéologie civilisationnelle en date. Des efforts sont faits pour moderniser cette idéologie en passant des éléments de la modernité capitaliste au travers du filtre chi’ite.
    La société iranienne est multi-ethnique et multi-religieuse et possède une très riche culture. Toutes les identités nationales et religieuses du Moyen-Orient peuvent se trouver en Iran. Cette diversité est en contraste marqué avec l’affirmation hégémonique de la théocratie qui cultive un subtil nationalisme religieux et la classe dirigerante ne se recoqueville pas de sa propagande anti-moderniste lorsque cela sert ses intérêts. Des tendances révolutionnaires et démocratiques ont été intégrées par la civilisation traditionnelle. Un régime despotique y gouverne avec perspicacité.
    Malgré un centralisme étatique très fort en Iran, une forme de fédéralisme existe depuis la base populaire. Lorsque des éléments de civilisation démocratique et fédéraliste s’y entrecroisent incluant les Azeris, les Kurdes, les Balouchis, les Arabes et les Turkmens, le projet d’une “Confédération Démocratique d’Iran” peut tout à fait émerger et devenir une solution très attractive. Le mouvement des femmes et les traditions communales joueront ici un rôle spécial et prépondérant.
  5. La question nationale arménienne contient une des plus grandes tragédies que le “progrès” de la modernité capitaliste ait amené au Moyen-Orient. Les Arméniens sont un vieux peuple. Ils partagent bien de leurs installations territoriales avec les Kurdes. Tandis que les Kurdes vivent principalement de l’agriculture et de l’élevage, les Arméniens sont des artisans et des artistes. Tout comme les Kurdes, les Arméniens ont développé une tradition d’auto-défense. Mise à part une très courte période, les Arméniens n’ont jamais fondé d’État. Ils reposent sur la foi chrétienne qui leur donne leur identité et leur foi en la rédemption. A cause de leur religion, ils furent souvent opprimés par la majorité musulmane. Ainsi, le nationalisme émergeant bourgeonna dans la bourgeoisie arménienne. Il y eut très vite de grandes différences avec le nationalisme turc ce qui déboucha sur le génocide des Arméniens par les Turcs. Les Arméniens sont le second groupe culturel avec les juifs vivant dans une diaspora. La création d’un état arménien à l’ouest de l’Azerbaïdjan n’a néanmoins pas résolu la question nationale arménienne. Les conséquences du génocide ne peuvent pas être exprimées par les mots. La quête de leur pays perdu définit leur psychée nationale et est au cœur même de la question arménienne. La situation est aggravée par le fait que ces zones ont été colonisées depuis par d’autres personnes. Tous concepts basés sur un état-nation ne peuvent pas résoudre le problème, offrir une vraie solution. Il n’y a là-bas ni une structure populaire homogène, ni de frontières suffisamment claires comme il est requis dans le système de la modernité capitaliste.
    Ainsi des structures confédérées pourraient bien être la solution pour le peuple arménien. […] Cela leur permettrait de retrouver une place dans la pluralité culturelle moyen-orientale. S’ils se renouvelaient sous une nation arménienne confédérale démocratique, non seuleent continueraient-ils à jouer un rôle historique important au sein de la culture moyen-orientale, mais ils y trouveraient également le vrai chemin de la libération.
  6. Dans les temps modernes, les chrétiens araméens (Assyriens) ont aussi souffert de la même destinée que les Arméniens. Eux aussi sont un des plus vieux peuples du Moyen-Orient. Ils ont partagé une zone teritoriale avec les Kurdes et avec d’autres peuples. Tout comme les Arméniens, ils ont souffert d’une oppression de la part de la majorité musulmane pavant la voie pour un nationalisme araméen de leur bourgeoisie. Les Araméens furent aussi victimes d’un génocide aux mains des Turcs sous les auspices criminels du Comité pour l’Unité et le Progrès fasciste. Des collabos kurdes au régime ont été complices de ce génocide. La question de la société nationale araméenne a ses racines dans la civilisation mais s’est aussi développée plus avant avec le christianisme et les idéologies de la modernité. Pour une solution viable, il est besoin d’un changemement radical des Araméens. Leur véritable salut réside probablement dans leur départ de la mentalité de la civilisation classique et de la modernité capitaliste et en lieu et place, embrasse la civilisation démocratique et renouvelle leur riche mémoire culturelle comme un élément de la modernité démocratique afin qu’ils se reconstruisent comme une “Nation Araméenne Démocratique”.
  7. L’histoire du peuple juif donne aussi une expression de la problématique générale de l’histoire culturelle du Moyen-Orient. La recherche de la toile de fond d’expulsion, de pogroms et de génocide revient à équilibrer les comptes des civilisations. L’ancienne communauté juive a pris les influences des anciennes cultures sumérienne et égyptienne ainsi que que celles des cultures tribales locales. Elle a énormément contribué à la culture moyen-orientale. Comme les Araméens, ils furent les victimes des développement extrèmes de la modernité. Sur cette toile de fond, les intellectuels de descendance juive ont développé un point de vue complexe envers ces affaires.
    […] L’état-nation israélien est en guerre depuis sa création. Le slogan est: œil pour œil. On ne peut pas combattre le feu avec le feu. Même si Israël jouit d’une relative sécurité grâce au soutien international qu’il possède, ceci ne représente en rien une solution durable. Rien ne sera sécure en permanence aussi longtemps qu’on n’aura pas dépassé la modernité capitaliste.
    Le conflit en Palestine démontre que le paradigme de l’état-nation n’est pas une solution viable. Il y a eu trop d’effusion de sang et ce qui demeure est le difficile héritage de problèmes en apparence insolubles. L’exemple israélo-palestinien démontre l’échec total de la modernité capitaliste et le modèle d’état-nation.
    Les Juifs font partie des porteurs de culture du Moyen-Orient. Nier leur droit à l’existence est une attaque sur le Moyen-Orient en tant que tel. Leur transformation en une nation démocratique comme pour les Arméniens et les Araméens rendrait leur participation à une confédération démocratique du Moyen-Orient bien plus facile.
    Le projet pour une “Confédération Démocratique de l’Égée Orientale” serait un point de départ tout à fait positif. Des identités religieuses et nationales au sens strict du terme pourraient bien évoluer en des identités ouvertes et flexibles sous un tel projet. Israël pourrait aussi bien évoluer en une nation plus démocratique et acceptable. Ses voisins devront sans aucun doute participer à cette transformation eux-mêmes.
    Les tensions et les conflits armés du Moyen-Orient rendent la transformation du paradigme politique de la modernité inévitable. Sans cela, une solution aux difficiles problèmes sociaux et aux questions nationales est impossible. La modernité démocratique offre une alternative à ce système actuel qui est absolument incapable de résoudre les problèmes.
  8. L’annihiliation de la culture hellénique en Anatolie (NdT: aussi appelée l’Asie Mineure, qui correspond aujourd’hui au territoire turc oriental, plus de 90% de sa superficie) est une perte qui ne peut pas être compensée. Le nettoyage ethnique qui fut entrepris par à la fois les Turcs et les Grecs dans le premier quart du XXème siècle a laissé sa marque. Aucun état n’a le droit de chasser des peuples de leurs terres ancestrales et de leur région culturelle. Quoi qu’il en soit, les états-nations ont démontré leur inhumanité envers les problèmes politiques et culturels encore et toujours. Les attaques sur les cultures hellénique, araméenne, juive et arménienne montèrent d’un cran alors que l’Islam se répandait sur le Moyen-Orient. Ceci en retour, contribua au déclin de la civilisation moyen-orientale. La culture musulmane n’a jamais été capable de remplir le vide laissé et émergeant. Au XIXème siècle, lorsque la modernité capitaliste s’avança au Moyen-Orient, elle y trouva un désert culturel créé par une érosion culturelle auto-infligée. La diversité culturelle renforce également les mécanismes de défense d’une société. Les monocultures sont moins robustes. Ainsi la conquête du Moyen-Orient ne fut pas difficile. Le projet de nation homogène comme il fut propagé par l’État-nation ne fit qu’avancer leur déclin culturel.
  9. Les groupes ethniques caucasiens (NdT: blancs) ont aussi leurs problèmes sociaux qui ne sont pas insignifiants. Encore et encore ont-ils migré vers le Moyen-Orient et stimulé sa culture. Ils ont contribué de manière incontestable à sa richesse culturelle. L’arrivée de la modernité a presque fait disparaître ces minorités culturelles. Eux aussi trouveraient une place plus qu’adéquate au sein d’une structure confédéraliste démocratique.

Finalement, laissez-moi encore dire que les problèmes fondamentaux du Moyen-Orient sont profondément enracinés dans la civilisation de classes. Elles se sont resserrées avec la crise globale de la modernité capitaliste. Cette modernité et sa domination clâmée ne peut offrir aucune solution sans mentionner l’absence de perspective à très long terme pour la région moyen-orientale.
Le futur est le Confédéralisme Démocratique.

= = =

Note de Résistance 71:

Nous avons trouvé le texte complet en français en ligne, le voici:

« Le Confédéralisme Démocratique », Abdullah Ocalan, 2011

Changement de paradigme politique: Manifeste pour un Confédéralisme Démocratique (Abdullah Ocalan) ~ 1ère partie ~

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Le Confédéralisme Démocratique

 

Traduction d’extraits et commentaires du manifeste “Democratic Confederalism” d’Abdullah Ocalan, 2011, édition International Initiative

 

par Résistance 71

 

Mars 2016

 

1ère partie

2ème partie

 

Abdullah Ocalan est un militant et activiste indépendantiste kurde né en Turquie en 1948. Il est le fondateur du Parti Ouvrier Kurde, de ses initiales plus connues de PKK en 1978, parti en lutte contre la Turquie et la Syrie pour un regain de souveraineté. Originellement marxiste-léniniste, Ocalan a transformé sa pensée et sa ligne politique vers une pratique plus libertaire et a renoncé lui et le PKK, au credo et sectarisme marxiste-léniniste à la fin des années 90.

Réfugié, herbergé puis chassé de Syrie par Hafez al-Assad, Ocalan a été enlevé en 1998 au Kenya par les services de renseignement turcs (MIT) avec l’aide de la CIA et exfiltré en Turquie.

Condamné à mort, sa peine fut commuée en détention à vie en QHS. Il est enfermé sur l’île prison d’Imrali en Mer de Marmara. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont en 2011 ce manifeste pour le confédéralisme démocratique, idée qu’il a développée d’après la pensée et la pratique du municipalisme libertaire et écologique de l’anarchiste et ex-marxiste américain Murray Bookchin (décédé en 2006) dont l’œuvre est continuée par sa compagne Janet Biehl, qui a séjourné au Rojava syrien.

Ocalan a tourné résolument le PKK et la lutte des Kurdes de Turquie et de Syrie, vers le Confédéralisme Démocratique, qui a commencé à se mettre en place essentiellement en territoire kurde de Turquie et dans la province kurde du nord de la Syrie du Rojava autour des communes de Kobané depuis 2005 et cette forme libertaire de gouvernance démocratique directe y est effective et fonctionnelle dans cette région du monde.

Notre lectorat notera au gré des écrits de l’auteur la similitude flagrante entre le peuple kurde, autochtone à cette zone du Proche-Orient depuis le Néolithique et la sitiuation politique et économique des nations amérindiennes originelles toujours sous le joug colonial. Ce que le PKK et ses branches du YPG/YPJ kurdes syriens accomplissent est par là similaire à ce que les Zapatistes du Chiapas au Mexique ont réalisé depuis 1994 ainsi que de toutes les revendications issues des mouvements amérindiens tant du nord que du sud. C’est pour cela qu’ils sont la cible de l’État et de son totalitarisme inhérent, suffit de voir la répression sauvage dont font l’objet les Kurdes de Turquie et du Rojava au main de l’état fasciste turc, soutenu par l’OTAN.

Voici ce que nous dit Abdullah Ocalan dans la préface de son manifeste:

“Depuis plus de 30 ans le Parti Ouvrier Kurde (PKK) a lutté pour les droits légitimes du peuple kurde. Notre lutte, notre combat pour la libération a tourné la question kurde en une question internationale qui a affecté l’ensemble du Moyen-Orient et a amené une solution possible à la question kurde.

Lorsque le PKK fut formé à la fin des années 1970, le climat politique et idéologique était caractérisé par un monde bipolaire issus de la guerre froide et le conflit entre les camps socialiste et capitaliste. Le PKK fut inspiré à cette époque par la montée des mouvements de décolonisation partout dans le monde. Dans ce contexte, nous essayâmes de trouver notre propre voie en accord avec la situation particulière de notre nation. Le PKK n’a jamais regardé la question kurde comme un seul problème ethnique ou de nationalité. Nous avons plutôt cru que c’était un projet de libération de la société et de sa démocratisation. Ces buts déterminèrent nos actions de manière croissante dans les années 1990.

Nous avons aussi reconnu un lien causal entre la question kurde et la domination globale du système capitaliste moderne. Sans questionner ni défier ce lien, une solution serait impossible. Autrement nous ne nous serions impliqués que dans de nouvelles dépendances. (NdT: ceci est très très similaire aux multiples déclarations des Zapatistes du Chiapas, qui soutiennent Ocalan et la lutte du PKK…)

Ainsi, du point de vue des problèmes d’ethnicité et de nationalité comme la question kurde, qui ont aussi leurs racines très profondes dans l’histoire et les fondations de la société, il n’a semblé n’y avoir plus qu’une seule solution viable: la création d’un état-nation, ce qui représentait le paradigme de la modernité capitaliste de l’époque.

Nous n’avons pas néanmoins cru que n’importe quel modèle politique prêt à l’emploi pourrait améliorer la situation de manière durable pour le peuple au Moyen-Orient. N’était-ce pas le nationalisme et les états-nations qui avaient créé tant de problèmes au Moyen-Orient en première instance ?

Observons donc de plus près la toile de fond historique de ce paradigme et voyons si nous pouvons cartographier une solution qui évite le piège du nationalisme et qui sied mieux à la situation du Moyen-Orient en général.”

-[]- Le manifeste d’une petite cinquantaine de pages est divisé en 4 grands chapitres couvrant les concepts de: l’état-nation, le confédéralisme démocratique, les principes du CD et les problèmes des peuples au MO et les voies possibles de solution.

En voici des extraits traduits par nos soins. L’intégralité de ce texte existe en français, mais pas en ligne à notre connaissance, il a été édité sous forme de pamphlet (payant).

Notez à la lecture de ce qui suit qu’Ocalan place justement le cœur du processus de décision de la société comme étant un processus POLITIQUE et non pas comme on veut nous le faire croire des capitalistes aux marxistes un processus ECONOMIQUE. Ocalan identifie à juste titre le politique comme le moteur de la société dont l’économique dépend. Ainsi, à l’instar de l’anthropologue politique Pierre Clastres il considère que l’origine naturelle de la société humaine est une société dont l’organe politique n’est pas séparé du peuple, mais y est totalement intégré afin d’assurer une prise de décision collective consensuelle à quelque niveau que ce soit. Le confédéralisme démocratique suit ce modèle, à l’instar de bien des sociétés traditionnelles non étatiques donc contre l’État de par le monde.

La dernière parti du manifeste envisage des solutions à la crise politique et identitaire du Moyen-Orient. On peut ou pas être d’accord sur la vision d’Ocalan mais il a le mérite d’offrir une possibilité de solution politique à la région au moyen du Confédéralisme Démocratique, solution qui envisage l’ensemble de la diversité culturelle, ethnique et religieuse, mise en réseau confédéraliste amenant à terme, paix et coopération.

Finalement, nous voyons en Abdullah Ocalan un véritable progressiste qui a mis à profit les aléas de sa vie et son emprisonnement pour réfléchir et parfaire une voie de salut politique avec l’élaboration de son concept de confédéralisme démocratique adapté aux besoins et à la culture du peuple kurde. Suivant les pas de son mentor Murray Bookchin, lui aussi ex-marxiste, il a correctement analysé le fait que l’État-nation et ses institutions ne sont en rien des solutions à nos problèmes planétaires mais au contraire une entrave, une partie inhérente du problème de la société humaine, que celle-ci se doit maintenant d’affronter. Contrairement à la doxa marxiste de l’état prolétarien totalitaire, ne sachant être que totalitaire, Ocalan s’est libéré, il a “lâcher-prise”, s’est retourné pour voir d’où il venait et a apprécié le fait que la société humaine s’est épanouie au mieux et de tout temps hors des états-nations ; il a ainsi appris où et comment les Kurdes devaient emmener leur société. L’idée, l’idéal de ce Confédéralisme Démocratique n’est pas nouveau, il remonte au cœur même de la conscience politique humaine, puisant dans sa riche nature faite de compassion, d’empathie, de coopération, d’entr’aide mutuelle, toutes ces choses naturelles qui sont avant tout de grandes parts de notre survie sur cette planète depuis l’avènement de l’embryon des sociétés humaines il y a plus d’un million d’années –[]-

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L’état-nation

Avec la sédentarisation des gens vint l’idée de la zone dans laquelle ils vivaient, de son étendue et de ses “frontières”, qui étaient essentiellement déterminées par la nature et les caractéristiques de terrain. Les familles, clans et tribus qui y vivaient depuis un certain temps ont développé des notions d’identité commune et d’appartenance. Il n’y avait pas encore de frontières et le commerce, la culture et le langage n’avaient aucune restriction. Les limites territoriales demeurèrent très flexibles pendant très longtemps.

[…]

Avec l’apparition du commerce entre nation-état, le commerce et la finance poussèrent pour uine participation politique et ajoutèrent leur pouvoir aux structures de l’État. Le développement de l’état-nation au début de la première révolution industrielle il y a plus de deux cents ans alla la main dans la main avec une accumulation non régulée du capital d’un côté et l’exploitation sans restriction d’une population croissante d’un autre côté. La nouvelle bourgeoisie qui émergea de cette révolution a voulu prendre part aux décisions politiques et aux structures étatiques.

Le capitalisme, leur nouveau système économique, devint alors un composant inhérent du nouvel état-nation. Celui-ci a eu besoin de la bourgeoisie et du pouvoir de son capital afin de remplacer l’ancien monde féodal et son idéologie qui était fondée sur des structures tribales et des droits hérités d’une nouvelle idéologie nationale qui unifiait tous les clans et les tribus sous le toit de la nation. De cette manière, le capitalisme et l’état-nation devinrent si étroitement impliqués l’un envers l’autre que l’un ne pouvait plus imaginer vivre sans l’autre. La conséquence directe en fût que l’exploitation ne fut pas seulement endorsée par l’État, mais même grandement encouragée et facilitée par celui-ci.

Mais par-dessus tout, l’état-nation doit être pensé comme la forme ultime de pouvoir. Aucun autre type d’état ne possède cette force de pouvoir.. Une des raisons principales en est que la couche supérieure de la classe moyenne a été liée au processus de monopolisation de manière exponentielle. L’état-nation lui-même est la force la plus avancée de complet monopole. C’est l’unité monopolistique la plus développée pour le commerce, l’industrie, la finance et le pouvoir. On doit aussi ici penser au monopole idéologique comme partie indivisible du monopole du pouvoir.

L’état et ses racines religieuses

J’a déjà discuté des racines religieuses de l’État en détail dans mon ouvrage “The Roots of Civilisation”, London, 2007. Bien des concepts et notions politiques contemporains ont leur origine dans des concepts ou des structures religieux ou théologiques.

[…]

L’État et son pouvoir sont dérivés de volonté et de loi divines et ses dirigeants sont devenus des rois par la grâce de dieu. Ces gens représentaient le pouvoir divin sur terre.

Aujourd’hui, la plupart des États s’appellent eux-mêmes séculiers, affirmant que les vieux liens entre la religion et l’état ont été rompus et que la religion ne fait plus partie de l’état. Ceci n’est qu’une partie de la vérité. Même si les institutions religieuses ou les représentants du clergé ne participent plus au processus de prise de décision politique et social, ils influencent toujours ce processus de la même manière qu’ils sont influencés par des idées et des développements politico-sociaux. Ainsi, le sécularisme ou la laïcité, comme cela est appelé en Turquie, contient toujours des éléments religieux. La séparation de la religion et de l’état est une décision politique, cela n’est pas apparu naturellement. C’est pourquoi aujourd’hui même le pouvoir et l’état senblent être quelque chose de donné, on pourrait même dire divinement donné. Des notions comme état séculier ou pouvoir séculier demeurent très ambigues.

[…]

Autrefois, quand une tribu en subjuguait une autre, ses membres devaient adorer les dieux de leurs vainqueurs. On pourrait bien appeler ce processus un processus de colonisation et même d’assimilation. L’état-nation est un état centralisé ayant des attributs quasi divins qui ont complèteement désarmé la société et monopolisé l’utilisation de la force.

La bureaucratie

Comme l’état-nation transcende sa base matérielle, ses citoyens, il assume une existence au-delà des institutions politiques. Il a besoin de plus d’institutions pour le protéger et protéger sa base légale et idéologique et ses structures économiques et religieuses. La bureaucratie civile et militaires qui en résulte coûte cher et ne sert qu’à la préservation de l’État transcendant lui-même, qui à son tour élève la bureaucratie aux dessus du peuple.

Pendant la modernité européenne, l’état a eu tous les moyens à sa disposition pour étendre sa bureaucratie à toutes les strates de la société. Là, elle a grandi comme un cancer infectant toutes les lignes de vie de la société. La bureaucratie et l’état-nation ne peuvent pas exister l’un sans l’autre. Si l’état-nation est la colonne vertébrale de la modernité capitlaiste, il est aussi certainement la cage de la société naturelle. Sa bureaucratie sécurise le fonctionnement sans heurts du système, sécurise la base de la production de biens et sécurise les profits pour les acteurs économiques importants à la fois dans l’état-nation socialiste et celui affilié au business. L’état-nation domestique la société au nom du capitalisme et aliène la communauté de ses fondations naturelles. Toute analyse désirant localiser et résoudre les problèmes sociaux se doit d’observer et de comprendre ces liens particuliers.

L’homogénéité

L’état-nation dans sa forme originale vise à monopoliser tous les processus sociaux. La diversité et la pluralité doivent être combattues, une approche qui a mené à l’assimilation et au génocide. Il n’exploite pas seulement les idées et le travail potentiel de la société et ne colonise pas seulement les esprits au nom du capitalisme ; il assimile également toutes les formes d’idées spirituelles et intellectuelles afin de préserver sa propre existence. Il vise à créer une seule culture nationale, une seule identité nationale et une seule communauté religieuse unifiée. Ainsi il renforce aussi une homogénéité citoyenne. La notion de citoyen a été créée pour répondre à cette quête d’homogénéité. La citoyenneté moderne ne définit rien si ce n’est la transition faite entre l’esclavage privé et l’esclavage d’état. Le capitalisme ne peut pas faire de profit en l’absence de telles armées d’esclaves modernes. La société nationale homogène est la société la plus artificielle qui ait jamais été créée et est le résultat direct d’un “projet d’ingénierie sociale”.

Ces buts sont généralement remplis en utilisant la force ou des récompenses financières et ont souvent eut pour résultat l’annihilation physique des minorités, des cultures, des langues ou leur assimilation forcée. L’histoire de ces deux cents dernières années est pleine d’exemples illustrant ces violentes tentatives de créer des nations qui correspondent à la réalité imaginaire d’un vrai état-nation.

Etat-nation et société

Il est souvent dit que l’etat-nation se préoccupe de la destinée des gens du commun. Ceci est faux. Il est plutôt le gouverneur national du système capitaliste mondial, un vassal de la modernité capitaliste qui est plus intriqué dans les structures dominantes du capital que nous ne tendons à le dire généralement: c’est une colonie du capital et ce indépendamment du nationalisme avec lequel il se présente, il sert de la même manière les processus capitalistes d’exploitation. Il n’y a aucune autre explication pour la redistribution des plus horribles des guerres menées par la modernité capitaliste. Ainsi donc, par là-même, l’état-nation n’est pas avec les peuples, il est au contraire un ennemi des peuples !

Les relations entre les autres etats-nations et les monopoles internationaux sont coordonnées par les diplomates de l’etat-nation. Sans la reconnaissance par d’autres états-nations, aucun d’entre eux ne pourraient survivre. La raison en est la logique du système capitaliste mondial.

Les fondations idéologiques de l’état-nation

Dans le passé, l’histoire des états était souvent assimilée à l’histoire de leurs dirigeants, qui leur donnait des qualités quasiment divines. Cette pratique changea avec l’avènement de l’état-nation ; maintenant l’état entier est idéalisé et élevé au rang divin.

En assumant la comparaison de l’état-nation avec un dieu vivant, alors le nationalisme serait sa religion.

[…]

Leur nationalisme apparaît comme une justification quasi-religieuse.

Un autre pilier de l’état-nation est son sexisme qui pervertit la société entière. Bien des systèmes “civilisés” ont employé le sexisme afin de préserver leur propre pouvoir. Ils assurèrent l’exploitation des femmes et l’utilisèrent comme un réservoir de labeur à très bon marché. Les femmes sont aussi vues comme une ressource de valeur car elles produisent des enfants et la reproduction nécessaire aux hommes. Ainsi, la femme devient à la fois un objet sexuel et une commodité. Elle est un outil pour la sauvegarde du pouvoir de l’homme et peut au mieux devenir un accessoire dans la société patriarcale dominée par le mâle.

D’un côté, le sexisme de la société de l’état-nation renforce le pouvoir des hommes ; de l’autre, l’état-nation transforme sa société en une colonie par l’exploitation des femmes. De ce point de vue, les femmes peuvent aussi être vues comme une nation exploitée, colonisée.

Au cours de l’histoire de la civilisation humaine, le patriarcat a consolidé le cadre traditionnel des hiérarchies, qui dans l’état-nation, est alimenté par le sexisme.

[…] Sans la répression des femmes, la répression de la société n’est pas possible, ni même concevable. Le sexisme fait des femmes la pire de toutes les colonies.

[…] Tout le pouvoir et les idéologies étatiques sont des ramifications des attitudes et comportements sexistes. Sans la mise en esclavage de la femme, aucun autre esclavage n’est possible et ne peut exister et encore moins se développer. Le capitalisme et l’état-nation dénotent le système de mâle dominant le plus institutionalisé. De manière plus directe: le capitalisme et l’état-nation sont le monopole du mâle despote et exploiteur.

(NdT: Ocalan parle ici essentiellement de ce qu’il connaît le mieux: la société et l’état-nation turcs. L’occident vit la même chose à un degré simplement différent, et encore, pas toujours…)

Les Kurdes et l’état-nation

Après cette brève introduction à ce qu’est l’état-nation ainsi que ses bases idéologiques, nous allons maintenant voir pourquoi la fondation d’un état-nation kurde séparé n’a absolument aucun sens pour les Kurdes.

Ces dernières décennies, le peuple kurde a non seulement lutté pour la reconnaissance de son existence par les puissances politiques dominantes, mais aussi pour la libération de sa société de la poigne féodale. Ainsi, cela n’a aucun sens de remplacer les vieilles chaînes par de nouvelles ni même de renforcer la répression. Sans opposition contre la modernité capitaliste il n’y aura aucune place pour la libération des peuples. Voilà pourquoi la création d’un état-nation kurde n’est pas une option pour moi ou le PKK.

L’appel à un état-nation kurde séparé résulte des intérêts de la classe dirigeante ou des intérêts de la bourgeoisie, mais ne reflète en rien les intérêts du peuple car un autre état ne serait que la création d’une injustice supplémentaire et viendrait handicaper plus avant le droit à la liberté.

La solution pour la question kurde de ce fait, a besoin d’être trouvée dans une approche qui va affaiblir la modernité capitaliste ou la repousser. Il y a des raisons historiques, sociales et conjoncturelles, comme le fait que la nation kurde est éclatée dans quatre pays différents (NdT: la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran), ce qui rend absolument indispensable une solution démocratique embrassant tout le peuple. De plus il est notoire que le Moyen-Orient fait l’objet d’un grand déficit en démocratie. De fait un projet démocratique kurde fera avancer la démocratisation du Moyen-Orient de manière générale.

Appelons ce projet démocratique le confédéralisme démocratique.

Le confédéralisme démocratique

Ce type de règle ou d’administration peut-être appelé une administration politique non étatique ou la démocratie sans état. Il ne faut pas confondre les processus de prises de décision démocratiques avec les processus connus comme étant de l’administration publique. Les états sont des administrateurs tandis que les démocraties gouvernent. Les états sont fondés sur le pouvoir, les démocraties sont fondées sur le consensus collectif. La règle dans l’état est déterminée par décret, même si cela peut-être en partie légitimé par le processus électoral, les démocraties elles, utilisent les élections directes. L’État utilise la coercition comme moyen légitime, les démocraties sont fondées sur la participation volontaire.

Le confédéralisme démocratique est ouvert aux autres groupes et factions politiques. Il est flexible, multi-culturel, anti-monopole et orienté sur le consensus. L’écologie et le féminisme en sont des piliers centraux. Dans le cadre de ce type d’autogestion, une économie alternative deviendra nécessaire, une qui augmentera les ressources de la société au lieu de les exploiter ce qui ainsi rendra justice aux besoins de la société.

[…]

C’est un droit naturel que d’exprimer son identité culturelle, ethnique ou nationale avec l’aide et l’entremise d’associations politiques.. Mais ce droit a besoin d’une société éthique et politique. Le confédéralisme démocratique est ouvert aux compromis concernant les traditions étatiques ou gouvernementales. Il permet une coexistence égalitaire.

Le confédéralisme démocratique repose sur l’expérience historique de la société et de son héritage collectif… Il est la progéniture de la vie de la société.

L’état s’oriente continuellement vers toujours plus de centralisme afin de poursuivre les intérêts des monopoles du pouvoir. L’inverse est vrai pour le confédéralisme démocratique. Ce ne sont pas les monopoles, mais la société elle-même qui est au centre de la vie et de l’attention politiques.

[…]

L’aliénation putative de la société de sa propre existence encourage le retrait de la participation active des citoyens, une réaction qui est souvent appelée le “désenchantement politique”. Mais les sociétés sont essentiellement politiques et orientées sur les valeurs. Les monopoles politique, économique, idéologique et militaire sont des constructions qui contredisent la nature même de la société en simplement poussant pour une accumulation de surplus. Ceux-ci ne créent en rien de la valeur, ni du reste une révolution ne crée une société nouvelle. Elle ne ne peut qu’influencer la toile éthique et politique d’une société. Tout le reste est à la discrétion de la société politique fondée sur la morale.

J’ai déjà mentionné le fait que la modernité capitaliste renforce la centralisation de l’État. […] L’état-nation comme substitut moderne pour la monarchie a laissé une société sans défense et affaiblie derrière lui. A cet égard, l’ordre légal et la paix publique n’impliquent que la direction de la classe bourgeoise. Le pouvoir se constitue lui-même dans l’état centraliste et devient un des paradigmes administratifs fondamental de la modernité. Ceci met l’état-nation en contraste total avec la démocratie et le républicanisme.

[…] Ainsi, aussi longtemps que nous faisons l’erreur de croire que les sociétés ont besoin d’être homogènes en tant qu’entités monolithiques, il sera très difficile de vraiment comprendre le confédéralisme. L’histoire de la modernité est aussi celle de 4 siècles de génocide physique et culturel (ethnocide) au nom d’une société unitaire imaginaire. Le confédéralisme démocratique en tant que catégorie sociologique, est la contre-partie de cette histoire et il repose sur la volonté de combattre si nécessaire pour la diversité ethnique, culturelle et politique.

La crise du système financier est une conséquence inhérente de l’état-nation capitaliste. Quoi qu’il en soit, tous les efforts néo-libéraux pour changer l’état-nation sont demeurés des échecs. Le Moyen-Orient fournit une quantité d’exemples très instructifs à cet égard.

A suivre…

Résistance et renouveau politique: Le confédéralisme démocratique kurde montre une certaine voie…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 23 décembre 2014 by Résistance 71

Seule la partie « électorale » ne nous convainc pas, pour le reste, il s’agit d’un grand pas en avant démocratique, à l’instar des Zapatistes du Chiapas au Mexique.
Le contre-pouvoir de la confédération des communes libres doit à notre sens être atteint hors système étatique. Il n’y a pas de « réforme » de « noyautage » possible d’un système bien au-delà de toute rédemption. La société organique s’organise et dilue le pouvoir au sein des communes (libres) que se fédèrent entr’elles.

— Résistance 71 —

« Pour renverser le capitalisme et l’État, les individus doivent s’unifier en communautés, se rassembler et croître ensemble dans un cadre donnant un sens d’appartenance, un corps social fournissant de nombreux organes et sections. Si ceci devait se produire, la création d’une « véritable structure sociale organique », comme le disait Gustav Landauer, pourrait commencer et c’est cette structure qui dans le temps  « détruit » l’État en le déplaçant. Avec la croissance de l’individu en familles, des familles en communautés et communautés en association volontaire, une entière infrastructure alternative se lèvera alors du sein même de l’État, pour éventuellement le remplacer en le dépassant dans sa dimension pratique afin que l’ordre politico-social existant soit enfin remplacé par une « société des sociétés » (Landauer) volontaire et totalement librement constituée.
~ James Horrox ~

 

Bookchin, les Kurdes et l’anarchisme

 

Pierre Bance

 

15 Décembre 2014

 

url de l’article original:

http://www.autrefutur.net/Bookchin-les-Kurdes-et-l

 

La résistance de la ville de Kobané aux assauts des islamistes a révélé au monde la mise en route par les Kurdes de l’« autonomie démocratique » dans le nord de la Syrie, le Rojava. Un système politique pensé, depuis sa prison turque, par le fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Abdullah Ocalan, lui-même inspiré par « l’écologie sociale » et sa traduction politique, le « municipalisme libertaire », du philosophe américain Murray Bookchin (1921-2006).


Les anarchistes, toujours plein d’espoir, saluent la conversion idéologique du chef d’un parti communiste léniniste avec une certaine témérité ! Défiler avec une banderole « Des armes pour la résistance kurde », à l’égal de l’ensemble du spectre politique, est-ce bien prudent quand on connaît le fournisseur mais non l’utilisateur final dans une zone où les islamistes ont été principalement armés, volontairement ou non, par les Occidentaux ? Céder à un fantasme érotico-militant en se laissant fasciner par l’image, notoirement fabriquée par les grands médias, de combattantes kurdes en uniforme et armées, ombres d’une guerre d’Espagne idéalisée, est-ce bien libertaire ? Les plus avisés des militants nuancent leur enthousiasme naturel en attente d’informations dont certains se sont mis en quête jusque sur place. Pour l’instant, la seule information sûre dont on dispose tient aux textes de Bookchin [1]

Bookchin écrivit que « l’obligation faite à l’humain de dominer la nature découle directement de la domination de l’humain sur l’humain ». Ce qui se traduit par l’idée que le capitalisme détruit la nature et condamne l’homme à la disparition sauf à saper son outil de domination et d’aliénation, l’État, avant la réalisation de cette désespérante perspective. Le modèle proposé par Bookchin s’appuie sur les communes et leur libre fédération au niveau approprié à chaque question sociale, économique, politique, culturelle… écologique bien sûr. Les délégués des communes sont élus par les habitants du village ou du quartier, voire tirés au sort, et révocables à tout moment. Jusque-là rien de choquant pour la doxa anarchiste, il s’agit bien du fédéralisme proudhonien revu par Kropotkine et d’autres. C’est la stratégie qui cloche et explique la faible audience de Bookchin en Europe.

Ce dernier propose non pas de renverser l’État par une révolution mais de le subvertir, de le phagocyter en développant une société parallèle au système légal de représentation. Dans un premier temps, un mouvement venu de la base se présente aux élections locales pour s’insinuer dans les conseils municipaux et « prendre le pouvoir » communal afin de propager l’idée de démocratie directe et favoriser une politique de décroissance maîtrisée ; c’est peut-être ce qui se passe dans le Kurdistan « turc ». Dans un deuxième temps, les communes acquises à l’écologie sociale et au communalisme se fédèrent ; comme dans le Rojava aujourd’hui. Dans un dernier temps, leur fédération, devenue contre-société et contre-pouvoir, rend inopérantes les anciennes institutions, submergées, délégitimées. Cette stratégie essuya un tir de barrage des anarchistes dans les années 70-80 notamment lors de la parution en 1976 du recueil de textes Pour une société écologique (Christian Bourgois). Pour les anarcho-syndicalistes, Bookchin ne donnait aucun rôle au syndicat, moteur de la lutte des classes et modèle de fonctionnement d’un autre futur ; pour d’autres courants, il ne tenait pas compte des perversions de l’électoralisme et sous-estimait la capacité de réaction du capital ; pour d’autres encore, sa fédération de communes au pouvoir constituant relancerait une forme d’État. Les quelques communistes libertaires qui osèrent l’expérience municipale ne récoltèrent que sarcasmes.

L’histoire a fait son œuvre. Démocratie directe, fédéralisme, autogestion, assemblée générale, respect de la position minoritaire, mandat précis, délégation révocable, etc. font vivre les mouvements sociaux de par le monde et relèguent aux catacombes les méthodes du marxisme-léninisme. Même si déjà, en 1964, Bookchin constatait que « l’évolution historique a vidé de leur sens pratiquement toutes les objections aux idées anarchistes », il pensait aussi que l’anarchisme avait besoin d’une mise à jour. On l’attend encore. Viendra-t-elle du PKK transmuté, de ses rameaux de Syrie ou d’Irak ? Plus que les bombes, l’anarchisme serait-il la juste réponse à l’islamisme ? Penser que l’idée émancipatrice sera plus forte que la mitraille pour vaincre l’obscurantisme est nécessaire et raisonnable. Et c’est pour cela qu’il faut aider, la résistance kurde, soutenir ceux qui s’engagent à ses côtés. Selon nos moyens, sans fabriquer de mythe, sans chercher le « grand Autre ».

 

Notes

[1] Peu de ces écrits sont disponibles en français. Heureusement, pour une première approche, vient de sortir une brochure de qualité dans laquelle Vincent Gerber et Floréal Romero, associent leurs commentaires à des morceaux choisis (Murray Bookchin, pour une écologie sociale et radicale, Neuvy-en-Champagne, Le passager clandestin, « Les précurseurs de la décroissance », 2014, 92 pages, 8 €). 
Pour avoir une idée plus précise de l’écologie sociale, consulter le site Écologie sociale.ch (http://www.ecologiesociale.ch/) où l’on trouvera, une bibliographie des textes de Bookchin traduits en français. 
Sur les Kurdes, la diversité de leurs positions, la complexité de leurs alliances, lire d’Allan Kaval, « Les Kurdes combien de divisions ? », Le Monde diplomatique, novembre 2014. 
Sur la perception anarchiste de la question, consulter, entres autres : 
 Le Monde libertaire, n° 1750, 2-8 octobre 2014, page 12 (Rafael Taylor) ; 1752, 16-22 octobre 2014, page 3 (Anarchiste soloidaires de la résistance du Rojava) ; n° 173, 23-29 octobre 2014, page 12 (David Graeber) ; n° 1755, 6-12 novembre 2014, page 16 (Anarchistes solidaires). 
 Alterrnative libertaire, n° 244, novembre 2014, page 8 (Dossier) ; n° 245, décembre 2014, page 15 (Délégation française à Kobané).