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Comment le mouvement BLM aux Etats-Unis, sans être anarchiste, reflète certaines idées et méthodologie de l’anarchie en mouvement 2ème partie (CrimethInc)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , on 21 avril 2021 by Résistance 71

« Anarchisme: Le nom donné à un principe de théorie et de conduite de la vie sous lequel la société est conçue sans gouvernement, l’harmonie dans une telle société étant obtenue non pas par la soumission à la loi ou par l’obéissance à l’autorité, mais par les consentements libres conclus entre des groupes territoriaux et professionnels variés, librement constitués pour les fonctions simples de production et de consommation et également pour la satisfaction d’une variété infinie de besoins et d’aspirations d’être civilisé. Dans une société développée selon ces lignes de conduite, les associations volontaires qui commencent déjà à couvrir tous les secteurs de l’activité humaine, prendraient une plus grande extension pour finir par se substituer elles-mêmes pour l’état et de ses fonctions. »
– Pierre Kropotkine (début de la définition de l’anarchisme qu’il écrivit pour la 11ème édition de L’Encyclopedia Britannica, 1910) –

Depuis la publication de la 1ère partie de ce document, le policier Derek Chauvin qui passait en jugement a été reconnu coupable de meurtre sur la personne de George Floyd. Mais il y aura une prochaine fois… et une autre… tant que le système étatico-capitaliste / marchand sera en place. Celui-ci est fondé sur la division, l’inégalité, l’exploitation, l’oppression et la coercition, favorisant tous les abus possibles, d’un côté comme de l’autre. En conséquence, si nous voulons vraiment que ça cesse sans espoir de retour:

A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! et à bas le salariat !
Vive la Commune Universelle de la Société des sociétés, tout le reste n’est que pisser dans un violon !

~ Résistance 71, 21 avril 2021 ~

L’anarchie en mouvement : les huit points sur lesquels le mouvement Black Lives Matter (BLM, aux Etats-Unis du moins, NdT) et de justice pour George Floyd reflète les idées anarchistes en action

Extrait du poscast # 79 de la radio anarchiste The Ex-Worker / CrimethInc (USA)

Source de la transcription intégrale :
https://crimethinc.com/podcasts/the-ex-worker/episodes/79/transcript

Traduit de l’anglais par Résistance 71

Avril 2021

1ère partie

2ème partie

L’entraide

L’entraide est une pratique d’attention et d’aide réciproques avec laquelle les participants à un réseau s’assurent que les besoins de chacun sont satisfaits. Ce n’est jamais un échange de troc ni une sorte d’assistance à sens unique telle que l’offrent les organisations caritatives, mais une libre assistance d’inter-échange de ressources. Les anarchistes pensent que les communautés peuvent parfaitement subvenir à leurs besoins au travers de l’entraide plutôt qu’avec le système coupe-gorge de la concurrence pour le profit. (NdT: ceci suppose une grande part de gratuité, chose que nous ne cessons de prôner depuis 10 ans…)

Alors que la crise du COVID-19 se propageait, les communautés à travers les Etats-Unis ont reconnu le besoin de s’organiser afin de parer aux besoins urgents de manière collective. Parce que les anarchistes prirent l’initiative de tels efforts depuis le départ, ils se sont fait connaître sous la bannière de l’entraide. Subséquemment, même des politiciens progressistes comme Alexandria Ocasio-Cortez ont appelé les Américains à former des initiatives d’entraide.

Le terme fut à l’origine popularisé par l’anarchiste russe Pierre Kropotkine et s’est étendu à travers tout les réseaux anarchistes internationaux. Kropotkine, un géographe, naturaliste et biologiste argumenta dans son ouvrage compilation de plusieurs longs articles “L’entraide, un facteur de l’évolution” en 1902 que c’est en fait la réciprocité et la coopération et non pas la concurrence sanguinaire, qui permet aux espèces du plus petit des organismes aux sociétés humaines, de survivre et de progresser. Ceci défia le dogme du darwinisme-social de la “survie du plus apte / fort” que les élites du monde marchand utilisaient pour justifier l’inégalité et l’exploitation qui accompagnaient l’expansion du capitalisme global au XIXème siècle.

Kropotkine en fit une affaire scientifique et philosophique afin de réorganiser la société en accord avec les principes de l’entraide qu’il décrit comme étant “l’étroite dépendance du bonheur de chacun au bonheur de tous.” et du “sens de la justice ou d’équité, qui amène l’individu à considérer les droits des autres personnes comme étant égaux aux siens.” Depuis le temps de Kropotkine, les anarchistes ont mis ces principes en pratique de manière consistante au travers des efforts tels que “De la nourriture pas des bombes”, “des marchés vraiment vraiment gratuits et libres”, les fonds communs de communauté, le travail collectif de bien commun après l’ouragan Katrina, l’aide mutuelle après désastre et bien d’autres projets.

Aujourd’hui, les volontaires de soutien dans la crise du COVID-19 et les supporteurs des manifestations en soutien à justice pour George Floyd, coopèrent pour offrir des soins médicaux gratuits, de l’eau, de la nourriture et des denrées de premières nécessité dans les rues de Minneapolis, de Washington D.C et à travers les Etats-Unis. Ces efforts tiennent du principe anarchiste du “A chacun selon ses possibilités, à chacun selon ses besoins”

Cela ne vient pas comme une surprise de voir que les efforts de soutien dans la crise COVID et les mouvements de manifestation et de protestation se retrouvent à l’intersection de la lutte. A cause des disparités dans la richesse, dans l’accès aux soins et la vulnérabilité de l’emploi, les gens de couleur et les noirs américains en particulier ont souffert de manière disproportionnée durant la pandémie. Lutter pour le principe de dire que les vies noires ont de l’importance (Black Lives Matter ou BLM) veut dire non seulement confronter la violence policière au quotidien mais aussi tous les autres système d’oppression qui ont maintenu tant de communautés noires dans la pauvreté la plus abjecte. Ces initiatives de communautés reflètent l’idée anarchiste que la santé et la liberté de chacun sont inter-reliées et peuvent être au mieux préservées au travers de la solidarité.

L’infrastructure du mouvement social

Alors que des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues, défiant police, ordre étatique et couvres-feu, plus de 10 000 personnes ont été arrêtées et bon nombre blessés par la police ou des milices d’extrême-droite. Malgré tout, le mouvement a continué à croître, grâce en partie à une infrastructure sociale émergente incluant des collectifs fournissant soutien santé et médical, une assistance légale gratuite, des fonds de cautions et autres formes de solidarité. Les anarchistes ont participé à ces efforts en première ligne faisant levier avec une infrastructure connue de longue date et tirant les conclusions de longues années, de décennies, d’expérience de terrain.

Participant au réseau de protestation mondial que les journalistes ont étiqueté le “mouvement anti-mondialiste” des années 90, les anarchistes ont pris un rôle actif dans l’organisation de l’infrastructure pour le soutien médical, légal et logistique dans les grandes manifestations. Les fonds de caution, des avocats activistes, des infirmiers de terrain et des équipes de communication ont joué un rôle critique dans les mobilisations comme celle contre le sommet de l’OMC à Seattle. Depuis lors, des anarchistes ont développé leurs connaissances et leur technique dans le cadre de mobilisations de masse contre les réunions gouvernementales et corporatrices, des réunions des partis républicain et démocrate, ce depuis l’an 2000, jusqu’au sommet du G20 de Pittsburg en 2009 et l’investiture de Donald Trump en 2017. Organisant les affaires de manière horizontale au sein de réseaux de volontaires, construisant une relation entre les organisateurs locaux et nationaux et tablant sur la solidarité et l’entraide pour fournir toutes ressources nécessaires aux participants, ils ont donné du pouvoir aux gens ordinaires de manière répétitive afin qu’ils exercent une influence exogène sur des évènements historiques.

Nous voyons l’héritage de ces succès dans l’infrastructure médicale et légale soutenant les manifestations de Justice pour George Floyd. Par exemple, le collectif Northstar Health Collective de Minneapolis, qui fournît un soutien critique pour les manifs, fut fondé par des anarchistes durant la mobilisation contre la convention du parti républicain de 2008.

Diversité dans les tactiques

Dans un mouvement décentralisé et sans “tête”, comment les groupes variés peuvent-ils employer des stratégies différentes et se coordonner pour minimiser les chances de conflit ? Comment peuvent-ils s’assurer que leurs efforts ne sont pas vulnérables aux sempiternelles stratégies du diviser pour mieux régner de l’État et des intérêts conservateurs des médias ? Pendant des décennies, les anarchistes ont fait l’expérience sur le terrain des réponses à ces questions.

Lorsque la Convention du Parti Républicain s’est réunie à Saint Paul, dans le Minnesota en septembre 2008, une coalition de groupes de protestation impliquant un bon nombre d’anarchistes se sont mis d’accord sur “Les principes de Saint Paul” inspirés par des points similaires d’unité utilisés dans les efforts d’organisation de masse et qui se sont ancrés avec les anarchistes dans les grandes villes du Canada et des Etats-Unis dans les années qui précédèrent cet évènement. Des modèles comme celui-là assistent les gens de diverses idéologies et donnent la priorité à l’entraide et au soutien plutôt que de saper les efforts des uns et des autres.

(*) NdR71 : Les “principes de St Paul” : accord passé entre les groupes de manifestants, dont les anarchistes, durant les manifs contre la Convention du Parti Républicain dans la ville de Saint Paul, Minnesota, les 1, 2, 3, 4 septembre 2008…

1. Notre solidarité sera basée sur le respect de la diversité des tactiques et des plans des autres groupes.

2. Les tactiques et actions utilisées seront organisées pour maintenir une séparation du temps ou de l’espace.

3. Tous débats ou critiques resteront internes au mouvement, évitant toute critique ou dénonciation publique d’autres activistes ou évènements.

4. Nous nous opposons à toute répression de la dissidence et du désaccord par l’État, ceci inclut la surveillance, l’infiltration, le dérangement, le harcèlement et la violence. Nous sommes d’accord sur le fait de ne pas aider ni assister les actions des forces de l’ordre contre les activistes et autres.

Les manifestations du mouvement de Justice pour George Floyd sont si diverses et incorporent tant d’approches différentes qu’il est impossible que tous les participants adhèrent à ce cadre. Mais beaucoup des voix les plus importantes du mouvement insistent sur une approche similaire afin de prévenir une division du mouvement. Ceci embrasse une diversité de tactiques et reflète le cœur même de la valeur autonome de l’anarchie.

Changement systémique

Les anarchistes rejettent la tactique visant à pétitionner pour des réformes du haut vers le bas de la pyramide, mais sont en faveur de la recherche de solutions qui attaquent le problème social à sa racine. Les réformes peuvent être une étape vers plus de changement fondamentaux, mais les anarchistes argumentent que nous devrions en premier lieu commencer par une analyse des racines des maladies sociales et  de démontrer une compréhension holistique des systèmes qui assurent à la fois les disparités et le fait d’en bénéficier. (NdT: en ce sens, nous invitons une fois de plus les lecteurs à (re)lire notre “Manifeste pour la société des Sociétés” dont c’est le but objectif…) Jusqu’ici aucune des réformes proposées par des politiciens de tout bord, comme les comités civils de révision ou les caméras corporelles, n’ont servi à quoi que ce soit pour réduire par exemple, la violence policière à une échelle nationale. La réponse légale, comme mener les policiers fautifs devant les tribunaux n’a eu aussi aucun effet, ni non plus les solutions électorales comme le lobbying ou voter pour de nouveaux politiciens. Malgré les efforts de réforme suivant la rébellion de Ferguson en 2014, le nombre de meurtres par la police annuellement a en fait augmenté entre 2015 et 2019. (NdT: Nous le disons depuis bien longtemps et le répèterons sans cesse : il n’y a pas de solutions au sein du système et ne saurait y en avoir !…)

Aujourd’hui, pour la première fois, le discours de masse reconnaît la possibilité de débudgétiser les départements de police voire même de les abolir totalement. Les anarchistes rejoignent les féministes Black et les abolitionnistes des prisons et du système carcéral (NdT: qui aux Etats-Unis est devenus essentiellement privé et est un énorme business générant des milliards aux mêmes entreprises capitalistes monopolistes) en insistant sur le fait que des réformes cosmétiques ne vont en aucun cas résoudre les problèmes sous-jacents du pouvoir, du racisme et de l’exploitation qui mènent à la violence d’état. Les anarchistes ont été les cibles de la violence policière et d’état depuis plus d’un siècle, depuis les martyrs du Haymarket, la loi d’exclusion des anarchistes, les raids de Palmer, et l’affaire du G20. Ces expériences informent la vision anarchiste d’un monde totalement libéré de l’état, de sa police et de l’exploitation qu’ils perpétuent.

Comme l’anarchiste afro-américaine Lucy Parsons l’a écrit dans “Les principes de l’anarchisme” : “Les institutions injustes qui produisent tant de misère et de souffrance aux masses ont leurs racines dans les gouvernements et ne doivent leur existence qu’au pouvoir dérivé des gouvernements, nous ne pouvons alors que penser que si toute loi, titre de propriété, tribunal, policier, soldat étaient abolis demain d’un seul coup d’un seul, nous nous en porterions bien mieux que maintenant.”.

Le peuple au dessus de la propriété et du profit

Le slogan “Black Lives Matter” a des implications radicales. Faire l’assertion que la vie humaine est plus importante que de préserver le contrôle d’État ou de protéger la propriété corporatrice / entrepreneuriale pose un profond défi à l’ordre politique et économique actuel. Ceci implique une éthique fondamentalement différente de celle de la logique d’état.

Comme l’a montré la crise du COVID-19, la proposition du “business as usual” peut-être mortifère. Avec la destruction environnementale, les accidents du travail, la dette massive de consommation, et le gâchis du potentiel humain qui caractérisent l’économie capitaliste, la pandémie (NdT: qu’elle soit fabriquée ou pas ne change rien, ses effets sont réels…) a ajouté un autre niveau de tragédie au coût de valoriser le profit au détriment de l’humain. Beaucoup de travailleurs, forcés de retourner à leur travail par les efforts de réouverture des entreprises motivée par le profit, sont punis par leurs employeurs pour tenter de protéger leur santé. Tout ceci en plus de la violence policière systémique et omni-présente durant les manifestations Justice pour Floyd, suggère le très peu de cas que font des vies d’autrui les riches et les puissants.

Les anarchistes ont rejoint le mouvement BLM en faisant la promotion d’une conception différente de la valeur. Insister sur la valeur des vies noires veut dire défier les institutions qui se donnent pour priorité le profit et qui les contrôlent, la police tout comme les politiciens les protégeant, ainsi que les employeurs exploiteurs, les pollueurs, les profiteurs et spéculateurs en tout genre ainsi que bien d’autres… Ceci veut donc dire se dresser contre le capitalisme aussi bien que contre sa police. Des Industrial Workers of the World (IWW), un syndicat anarchiste qui remet en cause directement le salariat, aux réseaux d’entraide qui remettent l’économie du don et du partage en pratique, les anarchistes poussent constamment pour un monde de coopération hors et au-delà de l’économie de marché. Le Movement for Black Lives aussi, insiste sur le fait qu’ils sont explicitement anti-capitalistes dans leurs principes d’organisation. Donner de la valeur aux vis noires requiert une transformation profonde du système économique.

Bien des voix à la fois dans en en dehors des manifestations se joignent au chœur demandant que la vie humaine prenne l’importance incontestable sur la propriété et le profit. Même des propriétaires d’entreprise qui ont fait les frais du pillage ou des incendies au cours des manifestations ont parlé et insister sur le fait que le point de focalisation devrait rester sur le problème majeur de la violence anti-noire, de la police, de la répression et de la justice sociale. Ceci montre le chemin vers une éthique de la solidarité qui caractérise l’approche anarchiste de la transformation sociale.

Que faire pour être libre ?

Le président Trump a tort. Ce ne sont pas les “anarchistes” qui sont responsables des courageuses actions militantes que nous avons vues dans les rues, bien que des anarchistes de bon nombre d’origine ethnique différente y aient participé. Par dessus tout,  ce fut la jeunesse noire et basanée et autres personnes marginalisées dont la bravoure et la détermination ont forcé le respect du monde entier. Comme nous l’avons vu, il y a bien des intersections entre les valeurs et les stratégies des mouvements anarchistes et le mouvement BLM et autres luttes anti-police et de libération. Alors que les anarchistes ne doivent pas détourner les façons des participants de décrire leurs activités et de clamer qu’elles sont des exemples d’idéologie anarchiste, ces résonances sont la base d’un échange mutuel et d’une solidarité dans le processus de la construction de mouvements de libération multi-raciaux.

Les anarchistes pensent qu’il en vaut la peine de se battre pour créer une société fondée sur l’entraide, l’autonomie, l’égalité, la liberté et la solidarité. Pour que tout mouvement soit efficace, les participants se doivent d’identifier ce que cela prendra pour effectuer le changement. La courageuse réponse à l’assassinat de George Floyd a montré l’efficacité de l’action directe sans aucun compromis, non seulement pour faire monter le prix social de l’injustice, mais aussi pour rendre possible d’imaginer un autre monde. Après que la mise à feu du commissariat du 3ème precinct de Minneapolis ait démontrée que des gens ordinaires peuvent parfaitement mettre en déroute et défaire la police dans un conflit direct, retirer les budgets et abolir la police sont devenues des choses tout à fait pensable et faisable et ce à l’échelle d’un discours public national.

A Minneapolis puis à Louisville, Los Angeles, New York et dans le monde, les gens de couleurs, noirs et basanés et autres personnes marginalisées ont convergé pour fermer la routine marchande. Les anarchistes ont participé, contribuer à l’expérience avec des tactiques de résistance, des infrastructures qui offrent un soutien à tous ceux dans le besoin, et des visions du monde dans lesquelles les institutions qui ont tué George Floyd et tant d’autres personnes n’existeraient pas. Des idées et des approches en résonance avec les valeurs anarchistes peuvent être vues en action dans ces manifestations et ce indépendamment de ceux qui les emploient se revendiquant anarchistes ou pas ou arborant quelque label politique que ce soit.

Ces valeurs et ces pratiques, qui transcendent toute simple idéologie ou tradition, peuvent devenir la base de tous ceux qui veulent se rassembler au-delà des lignes de différences alors qu’ils confrontent le pouvoir de l’état dans les rues. Le collectif anarchiste indigène Indigenous Action et d’autres ont argumenté que les mouvements modernes de lutte ont besoins de “complices et non pas d’alliés”, des personnes motivées à partager les risques et à entrer en action directe ensemble, motivés par une vision de libération collective plutôt que par la culpabilité, le devoir ou le prestige. Les manifestations pour la Justice pour George Floyd ont démontré l’efficacité des efforts décentralisés, multi-raciaux depuis la base. Informés d’un ethos horizontal participant qui rejette la violence policière aussi bien que toute autre forme de coercition d’état ou autre, les anarchistes insistent sur le fait que tout le monde a un rôle à jouer dans le processus de se libérer.

Un des messages les plus centraux venant de l’organisation anarchiste ces dernières décennies, incluant les luttes pour la solidarité avec les réfugiées politiques et les immigrants, l’abolition du système carcéral et les droits des homosexuels est que chacun d’entre nous ne peut être libre que lorsque tous sont libres. Ashanti Alston, activiste anarchiste, conférencier et écrivain a articulé cela de superbe manière. En tant qu’ancien membre du mouvement des Blacks Panthers et de la Black Liberation Army, ancien prisonnier politique, Alston a eu une grande expérience dans la confrontation avec la violence d’état. Enrichi par le soulèvement zapatiste au Chiapas mexicain, sa vision de la libération collective reflète un ethos anarchiste partagé par bien des mouvements et des communautés, se faisant l’écho d’une force d’inspiration de nos efforts d’aujourd’hui :

“Nous devons imaginer comment créer un monde où il est possible pour toutes les personnes différentes d’être ce qu’elles sont, de construire un monde où tout le monde sans exception a sa place et y est bien.”

CONCLUSION

Nous espérons que ceci vous a donné une perspective différente de “La vérité sur les anarchistes d’aujourd’hui”. 

[…]

Tant de nos amis passent à la trappe de la paranoïa, convaincus comme le sont les Oath Keepers et les Three Percenters que la guerre civile est juste au coin de la rue, apeurés qu’ils sont à chaque coup de sonnette a leur porte pensant que les troupes d’assaut viennent les embarquer pour le goulag. Ce n’est pas facile, ignorer les risques du moment que nous vivons pourrait être très dangereux de fait, mais tout autant qu’être obsédé par ces pensées au point d’être paralysé par la suspicion et la peur. Cher auditeur, auditrice, rappelle-toi STP que tu n’es pas seul(e), même si tu es coincé(e) en intérieur et te sens isolé(e). Oui, nous sommes vulnérables, mais nous sommes aussi forts et inter-connectés. Ils peuvent nous arrêter, nous frapper, nous tirer dessus, mais ils ne pourront pas nous avoir tous et pensons à tous ceux et celles qui se lèveront dans les grands moments de crise. Rappelez-vous: respirez, allez prendre l’air frais, le soleil. Rappelez-vous toujours qu’il y a un monde derrière l’écran, que celui-ci n’est pas tout, loin s’en faut. Rappelez-vous aussi toutes et tous, que pendant bien des années maintenant, des anarchistes du monde entier ont fait face à une répression bien pire,, mais aucun de nos ennemis n’a été capable de tuer cette idée si superbe.

Quoi qu’il arrive, à nous ici à CrimethInc (NdT: ou à nous à Résistance 71…), ou au mouvement dans son entièreté, nous continuerons de communiquer avec quelque moyen possible que ce soit, de partager nos analyses sur ce qui se passe, nous continuerons à parler des stratégies et des tactiques qui peuvent nous maintenir en sécurité et faire avancer la lutte dont nous sommes partie prenante, ainsi que de faire passer tout message de solidarité et d’encouragement de toutes celles et ceux qui sont en rébellion.

Restez fermes, forts. motivés et à l’écoute.

Vous étiez avec Alanis sur la radio Ex-Worker.

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“Aucune armée au monde ne peut arrêter une Idée dont l’heure est venue”.
~ Victor Hugo ~

“Là où cesse l’État, c’est là que commence l’Homme, celui qui n’est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable. Là où cesse l’État — regardez donc mes frères ! Ne les voyez-vous pas, l’arc-en-ciel et les ponts du surhumain ?”
~ Friedrich Nietzsche, “De la nouvelle idole” ~

Dès que l’État n’est plus à même d’imposer l’union forcée, l’union surgit d’elle-même, selon les besoins naturels. Renversez l’État, la société fédérée surgira de ses ruines, vraiment une, vraiment indivisible, mais libre et grandissant en solidarité par sa liberté même.”
~ Pierre Kropotkine ~

« La machine de l’État est oppressive par sa nature même, ses rouages ne peuvent fonctionner sans broyer les citoyens, aucune bonne volonté ne peut en faire un instrument du bien public ; on ne peut l’empêcher d’opprimer qu’en le brisant. »
~ Simone Weil ~

Lecture complémentaire :

“Pour tout changer, un appel anarchiste”, CrimethInc, 2015, rév.2020

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie