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Mai 1939-mai 2019 les 80 piges de l’homme chauve-souris

Posted in actualité, documentaire, sciences et technologies with tags , , , , , on 13 mai 2019 by Résistance 71

 

1939-2019: Batman a 80 piges !

 

Résistance 71

 

13 mai 2019

 

“Ne portes pas un masque parce que tu as peur, mais pour protéger ceux que tu aimes.”
~ Batman, “Dark Knight Rises”, 2012 ~

Dans le numéro 27 de mai 1939 de “Detective Comics” (DC) paraissait pour la première fois les aventures du vigile détective de l’ombre: “The Bat-Man”, l’homme chauve-souris, qui rapidement allait simplement devenir “Batman”.

“Batman” est une œuvre de commande donnée à Bob Kane (Robert Kahn, 1915-1998) et son collaborateur scénariste Bill Finger, spécialiste des séries de détectives vigiles de l’époque. Leur tache fut de créer un personnage rival et plus humain au nouveau super-héros né un an auparavant: “Superman” (publication d’Action Comics). A l’extra-terrestre au pouvoir surhumain pouvant voler et se déplaçant de jour et sans masque, s’opposa un humain, orphelin à la personnalité torturée suite à la perte tragique de ses parents, sans pouvoir spécifique si ce n’est sa détermination (et son fric aussi un peu, ça aide…), qui évoluera de nuit, masqué et luttera sans relâche contre le crime et la corruption d’une ville qui a pris la vie de ses parents et menace la vie de ses citoyens.


Couverture DC#27 de mai 1939

Si Sherlock Holmes (Conan Doyle) et Hercule Poirot (Agatha Christie) sont sans conteste, les détectives les plus célèbres issus de la littérature, les arts contemporains que sont la bande dessinée et le cinéma (incluant les téléfilms) ont créé deux détectives, icônes internationales des temps modernes: Batman pour le premier et le lieutenant Colombo pour le second.

De l’aveu même du scénariste Finger: “Batman est une combinaison de Douglas Fairbanks et de Sherlock Holmes…”, D. Fairbanks était la grosse star du cinéma des années 1920-30, un Fairbanks qui incarna à l’écran un autre héros du registre de Batman: “Zorro” (personnage créé et publié en série littéraire hebdomadaire dès 1919 par Johnston McCulley). Il est du reste à noter les similitudes entre les deux personnages: nés de familles riches, devenant justicier de la nuit par conviction et exaltation, costume noir et masque, repère secret et identité cachée, le noir destrier “Tornado” étant remplacé par la toute aussi noire “Batmobile”… Bob Kane et Bill Finger avaient lu McCulley et sans aucun doute, vu le Zorro de Fairbanks…

Au cours de ses 80 années d’existence, l’homme chauve-souris, chevalier taciturne des temps modernes, flanqué (ou non) de son fidèle écuyer (Robin) a subi une évolution le menant de la naïveté narrative des débuts à un personnage plus psychologiquement affirmé au fil du temps, présentant tous les stigmates du super-héros romantique (au sens classique du terme).

Le personnage fit sa première grande mue en 1964 après la venue de Julius Schwartz à la tête de DC. Sous sa houlette, Bob Kane fut forcé de changer le graphisme des personnages. Batman devint graphiquement plus mature et le succès en fut immédiat.

C’est aussi à cette époque (1966-68) que le chevalier taciturne devint une série télévisée à succès (même si jugée ringarde aujourd’hui avec un Adam West, acteur bedonnant aux pattes de poulet et juste-au-corps gris surmonté d’un slip noir, se démenant dans des décors kitsch bons marchés, elle n’en demeure pas moins un témoignage historique de l’évolution du personnage). Ainsi la période 1955-1969 fut ce qu’on peut appeler la période “classique” du héros masqué.

Les années 70 furent marquantes, car elles amenèrent un lectorat plus mature, plus exigeant aussi quant au graphisme et au scénario. La concurrence tant artistique que commerciale des éditions Marvel se faisait aussi de plus en plus sentir. La période 1970-fin des années 80 fut sans doute l’âge d’or de Batman. Bob Kane cessa de dessiner et géra ses affaires. De nouveaux artistes comme les excellents Denny O’Neil, Neal Adams, puis Frank Robbins, Bob Brown et Irv Novick, donnèrent ses lettres de noblesse à un héros lutant toujours contre le crime mais aussi contre des créatures du monde du surnaturel et de l’horreur gothique.

Les années 80 furent celles du remarquable dessinateur Dick Giordano et des scénaristes comme Gerry Conway et Doug Moench qui poussèrent le relationnel entre les personnages vers une nouvelle dimension. C’est l’époque du triangle amoureux Batman-Catwoman-Vicki Vale la journaliste, atmosphère bien rendu à l’écran dans le diptyque du toujours très gothique Tim Burton: “Batman” (1989) et “Batman Returns” (1992).

Les années 90 jusqu’aux années 2012-2015 amenèrent encore des transformations graphiques et scénariques de qualité inégale.

A l’écran, le justicier nocturne fut incarné par un très convaincant Michael Keaton dans le diptyque sus-mentionné de Tim Burton, puis successivement et avec plus ou moins de succès par Val Kilmer (Batman Forever, Joel Schumacher, 1995), et George Clooney (Batman & Robin, Joel Schumacher, 1997). C’est dans la trilogie du toujours excellent réalisateur Christopher Nolan “Batman Begins” (2005), “the Dark Knight” (2008) et “The Dark Knight Rises” (2012) que le personnage atteint une certaine apogée sous les traits de Christian Bale, qui donne aux personnages à la fois de Bruce Wayne et de Batman, leur dimension tragico-romantique définitive, en précisant que dans ce registre, Michael Keaton fit aussi un excellent boulot 16 ans plus tôt. Nous donnerons une mention toute spéciale au second volet de la trilogie, notamment grâce à la performance tout à fait exceptionnelle du regretté acteur australien Heath Ledger dans le rôle du Joker, éclipsant le faquin (mais néanmoins grand acteur) Jack Nicholson des mémoires.

En septembre 1992 sortait sur les petits écrans l’excellente série animée “Les aventures de Batman” que l’on peut considérer comme la toute meilleure série animée de l’homme chauve-souris avec son graphisme très particulier dans un style “Dick Tracy” sombre et ténébreux de très bonne facture.

Ici à Résistance 71, nous ne sommes pas très friands du graphisme XXIème siècle de Batman, à l’exception quand même de l’équipe Capullo / Glapion au dessin et Snyder au scenario ; nous demeurons attachés à l’époque de l’âge d’or… C’est à ça qu’on reconnaît les vieux cons paraît-il…

Nous finirons cet hommage anniversaire aux 80 ans du plus grand des super-héros tragi-romantiques modernes en traduisant la première entrée dans la main-courante de l’homme chauve-souris datant de mai 1939 suite à “L’affaire de la mafia chimique”:

Pourquoi est-ce que je fais cela ?

Je le fait parce que j’y excelle.
Je le fais pour que personne n’ait à subir ce que j’ai subi.
Je le fais parce que j’en ai les moyens bien que je le ferai même sans les avoir.
Je le fais parce que Gotham détruit…
Je le fais parce que cela ne fait qu’empirer…
Je le fais parce que les criminels sont des couards superstitieux.
Je le fais parce que j’aime résoudre les puzzles.
Je le fais parce que les gens ont peur.
Je le fais parce que le monde a besoin de héros.
Je le fais parce que la police ne peut pas être partout.
Je le fais parce que cela m’excite secrètement.
Je le fais parce que j’adore quand ces criminels hurlent.
Je le fais parce qu’il n’y a pas d’autre choix.
Je le fais parce que je suis courageux.
Je le fais parce que je suis terrifié.
Je le fais parce que je suis fou.
Je le fais parce que cela me transforme.
Je le fais parce qu’il n’y a rien de plus puissant qu’une personne ordinaire.
Je le fais parce qu’il n’existe pas de personne ordinaire.
Je le fais parce que je suis entêté.
Je le fais parce que c’est justice pour mes parents.
Je le fais parce que personne d’autre ne le fera.
Je le fais parce que les gens ont besoin de moi.
Je le fais pour masquer ma douleur.
Je le fais parce que cela m’anesthésie.
Je le fais parce que j’ai survécu à cette ruelle sombre.
Je le fais parce que je n’aurai pas dû survivre à cette ruelle sombre.
Je le fais pour leur rappeler qui est en charge…
Je le fais parce que mon père m’a appris la valeur du service.
Je le fais parce que je ne sais rien faire d’autre.
Je le fais parce que la vie n’a pas de sens.
Je le fais parce que c’est ma destinée.
Je le fais parce que je crois en la destinée.
Je le fais pour rendre fier mon père.
Je le fais pour arrêter les hurlements de peur de ma mère.
Je le fais parce que les gens doivent croire de nouveau.
Je le fais parce que j’ai fait une promesse.
Je le fais parce que d’autres suivront.
Je le fais parce que ce n’est que le début.
Je le fais à cause d’une chauve-souris téméraire.
Je le fais parce que c’est justice pour mes parents.
Mais par dessus tout…
Je le fais parce que je le dois.”
~ Main-courante du Bat-Man, premier écrit, mai 1939 ~

Restons persuadés que Batman n’a pas fini d’exciter les imaginaires, parce qu’il est à notre sens, le seul “super-héros” (avec le Surfer d’Argent, qui lui possède une autre dimension d’anti-héros, esclave et exilé) qui touche à notre universalité. Vous en doutez ? Posez-vous cette question:

Pourquoi en tant qu’adulte réfléchi ne crachant pas sur une bonne histoire bien racontée, ai-je plus de propension à m’identifier à Batman ou au Surfer d’Argent qu’à Tintin, Astérix, Obélix, Lucky Luke, voire même dans le même registre à un Superman, Spiderman, Ironman ou autre Wolferine ?… En clair, que possèdent ces deux personnages que les autres n’ont pas ?..

Au travers de cet hommage aux 80 ans de ce personnage devenu culte, nous ne faisons que rendre hommage à notre humanité si souvent galvaudée, qui s’invente des héros, émanation de valeurs toujours plus fuyantes avec le temps marchand qui passe et flétrit, ruine tout ce qui entre en contact avec lui !

Ainsi de Batman au Sup Marcos… Quel chemin !?!

 

Bas le masque ?…