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Rappel historique: 1848… Quand Marx et Engels liquident le premier parti communiste de l’histoire…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 17 mars 2016 by Résistance 71

Si le marxisme sert à mieux comprendre le contexte économique européen à une époque donné, le XIXème siècle, il n’est ni une « science », ni un mouvement révolutionnaire, mais il n’est qu’une entité sociale-démocrate ne visant qu’à renforcer l’hégémonie industrio-financière sur les peuples. Le dogme ne remet pas en cause le fonctionnement de « marché », ni même ne remet en cause l’état oppresseur. Il en est le pourvoyeur. Après avoir liquidé le tout premier parti communiste issu de son propre « manifeste » en 1848, Marx s’assurera que les anarchistes, véritable force de révolution sociale, soient exclus de L’AIT ou 1ère Internationale une vingtaine d’années plus tard.
Marx, Engels et la clique de l’élite marxiste sont exposés ici par René Berthier, comme les traîtres qu’ils sont aux mouvements populaires et sociaux.

~ Résistance 71 ~

 

Quand Marx liquide le premier parti communiste de l’histoire… et s’en fait exclure

 

René Berthier

 

Source: http://monde-nouveau.net/spip.php?article602

 

Mars 2016

 

Dire que le Manifeste est l’expression de la « première irruption du prolétariat comme force politique indépendante sur la scène politique » est une exagération idéaliste. La publication du Manifeste, dont l’encre était à peine sèche lorsque débuta la révolution de 1848 en Allemagne, passa d’autant plus inaperçue que les auteurs firent tout ce qu’ils purent pour qu’il ne soit pas diffusé. Cela conduisit Marx à dissoudre le premier parti communiste de l’histoire, puis à en être exclu, comme on va le voir.

1848 : Le sacrifice du parti

La révolution allemande de 1848 constitue littéralement un test qui permet de vérifier le cadre conceptuel élaboré par Marx. Or, dès le début de la révolution de 1848, Marx et Engels tenteront de freiner le développement d’un mouvement ouvrier autonome en minimisant son importance relative. Les événements, en effet, ne peuvent que se plier à la matrice initiale de toutes les révolutions inspirée de la Révolution française, au schéma selon lequel la première tâche du prolétariat est d’oeuvrer à la constitution d’un État national libéré de l’absolutisme.

Pour cela, il faut que la bourgeoisie prenne d’abord le pouvoir. Or dans la mesure où l’accession de celle-ci au pouvoir est une condition incontournable de la révolution sociale ultérieure, la lutte aux côtés de la bourgeoisie libérale pour une constitution, pour les libertés démocratiques, devient une priorité, une tâche à laquelle le prolétariat doit s’associer, non pas conditionnellement, mais en abandonnant ses propres revendications, son propre programme.

La stratégie de Marx et d’Engels pendant le début de la révolution de 1848 fut de freiner le développement d’un mouvement ouvrier autonome parce que des revendications ouvrières trop radicales risquaient d’effrayer la bourgeoisie libérale ; ils préconisaient au contraire l’alliance du prolétariat avec cette bourgeoisie. Engels s’effrayait que la plate-forme en dix-sept points de la Ligue des communistes puisse être diffusée. Cette plate-forme, intitulée « Revendications du parti communiste en Allemagne », était directement inspirée du Manifeste communiste, lequel avait été rédigé à la demande de la Ligue des communistes pour servir de programme.

Or ce programme fut jugé beaucoup trop radical, car Engels tentait de récolter des fonds parmi les bourgeois libéraux pour financer la Nouvelle Gazette rhénane.

Engels écrit ainsi à Marx : « Si un seul exemplaire de notre programme en dix-sept points était diffusé ici, tout serait perdu pour nous. » C’est à cette époque qu’Engels fit part à Marx de sa crainte devant la montée de l’action des ouvriers du textile, qui risquaient de tout compromettre (1) : « Les ouvriers commencent à s’agiter un peu, d’une manière encore très rudimentaire, mais en masse. Ils ont aussitôt formé des coalitions. Mais voilà justement ce qui contrecarre notre action… (2) » On a bien lu : les ouvriers « commencent à s’agiter » ; ils s’agitent même « en masse » ; ils « forment des coalitions » ; « mais voilà justement ce qui contrecarre notre action »… En somme, l’encre du Manifeste est à peine sèche que ses rédacteurs entendent mettre une sourdine à leur programme, pour des raisons tactiques : il ne leur aura pas fallu longtemps pour trahir les dispositions qu’ils avaient manifestées :

« Les communistes ne s’abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre social passé. Que les classes dirigeantes tremblent à l’idée d’une révolution communiste ! Les prolétaires n’y ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à y gagner. »

Ces conceptions résultent de la toute récente « trouvaille » de Marx et Engels, dont on trouve l’expression dans L’Idéologie allemande (1846) et dans « la Critique moralisante et la morale critique » (3). Cette « trouvaille », on l’appellera plus tard le « matérialisme historique », mais on oublie souvent de préciser que Marx n’utilise jamais cette expression pour désigner sa « méthode » (4).

Donc, s’inspirant des historiens de la Restauration (5), nos deux compères s’étaient mis en tête que le prolétariat, avant de faire sa révolution, devait laisser la bourgeoisie faire d’abord la sienne, après quoi il prendrait la relève. De là à dire que le prolétariat devait aider la bourgeoisie à faire sa révolution, il n’y avait qu’un pas (6).

Tout cela est dit très clairement dans « la Critique moralisante et la morale critique ». En Allemagne, dit Marx, la bourgeoisie a pris du retard parce qu’elle « commence sa lutte contre la monarchie absolue et cherche à fonder sa puissance politique au moment où, dans tous les pays évolués, la bourgeoisie est déjà engagée dans le combat le plus violent avec la classe ouvrière ». Il existe dans ce pays « des antagonismes modernes entre la bourgeoisie et la classe ouvrière », du fait du développement industriel : « La bourgeoisie allemande se trouve donc déjà en opposition avec le prolétariat ». C’est là un « état de choses contradictoire » puisque le régime politique qui domine est la monarchie absolue. L’alternative qui se pose est donc simple : ou le maintien de la monarchie absolue, ou la domination bourgeoise.

Pourquoi, dit Marx, les travailleurs « préféreraient-ils, dès lors, les vexations brutales du gouvernement absolu, avec sa suite mi-féodale, à la domination directe des bourgeois ? » Si la bourgeoisie dominait, elle serait obligée de faire des concessions politiques plus larges que la monarchie absolue. Conclusion : il faut donc la soutenir. Car, dit Marx, « au service de son commerce et de son industrie, elle fait naître, contre son gré, les conditions favorables à l’union de la classe laborieuse, et cette union des travailleurs est la première condition de leur victoire ».

Marx et Engels étaient membres de la Ligue des communistes, fondée en 1847, une petite organisation qu’on peut considérer comme le premier embryon de parti communiste. Le programme de la Ligue, intitulé « Les revendications du Parti Communiste d’Allemagne », appelait, entre autres, à créer une République, à l’armement de la population et à l’expropriation des terres paysannes.

En mai 1848 se tient à Cologne une réunion à laquelle participent quatre membres du comité central de la Ligue, dont Marx et Engels, et cinq membres de la commune de Cologne de l’organisation.

Minoritaire, Marx use néanmoins des pleins pouvoirs qui lui avaient été concédés et dissout la Ligue. Il s’opposera à sa reconstitution en février 1849. Il adhère à l’Association démocratique de Cologne, une organisation composée de libéraux bourgeois, et prend la direction de la Nouvelle Gazette rhénane, commanditée par des libéraux.

Liquidant le programme et l’organisation prolétariennes, il va dès lors tenter de réveiller la conscience de classe… de la bourgeoisie ; il va tenter de convaincre celle-ci de faire son 1789 (7).

Marx dissout bureaucratiquement en pleine révolution le premier parti communiste de l’histoire parce que selon un des membres de la Ligue, il considérait que « l’existence de la Ligue n’était plus nécessaire puisqu’il s’agissait d’une organisation de propagande et non d’une organisation pour conspirer et que, dans les nouvelles conditions de liberté de presse et de propagande, celle-ci pouvait se faire ouvertement, sans passer par une organisation secrète (8) ».

Ainsi, Marx et Engels n’envisageaient pas, pour l’organisation, d’autre alternative que d’être une « société secrète » ou une organisation de propagande. La notion de parti comme organisateur du mouvement ouvrier semble pour l’heure absente de leurs conceptions. Dans un régime où existe la liberté de la presse et de propagande, il n’y aurait pas besoin de parti communiste ! Voilà l’idée du parti défendue par Marx en 1848 ! On comprend mieux, dès lors, que le moindre regroupement un tant soit peu cohérent de militants actifs – comme fera Bakounine plus tard –, soit interprété par Marx comme une « société secrète ».

Pourtant, à en croire Engels dans « Quelques mots sur l’histoire de la Ligue des communistes » qu’il rédigea longtemps après, en 1890, la Ligue « eut un développement relativement rapide ». Il explique en détail l’activité de la Ligue, comment elle recrutait, comment elle s’établissait dans tous les pays d’Europe du Nord, comment, lorsque la loi interdisait les associations ouvrières, on utilisait les sociétés de gymnastique, de chant, comment les liaisons étaient maintenues entre les différentes « communes » de l’organisation. Bref, dit-il, la Ligue « prit une extension considérable » ! En Allemagne même où existaient « de nombreuses sections », et où les conditions étaient plus difficiles, celles qui disparaissaient renaissaient encore plus nombreuses.

Il est incroyable que Marx ait pu dissoudre une organisation aussi dynamique, dont Engels lui-même dit qu’elle fut « une excellente école d’action révolutionnaire » !

L’idée d’agir dans l’aile gauche du parti démocrate apparaît rétrospectivement étonnante. Fernando Claudin écrit qu’on ne connaît « aucun document digne de foi dans lequel Marx ou Engels expliquerait ce choix » (9).

L’attitude de Marx et Engels est d’autant moins compréhensible que tout montrait que la bourgeoisie allemande ne serait pas à la hauteur de son homologue française de 1789 : « Même les bourgeois radicaux de Cologne, écrit Engels à Marx, voient en nous leurs futurs ennemis mortels et ils ne veulent pas nous donner d’armes que nous retournerions très rapidement contre eux » (10) !

Bakounine reconnaît qu’en Allemagne « la question sociale commençait à peine à pénétrer par les filières occultes dans la conscience du prolétariat », et qu’elle « ne pouvait encore détacher le prolétariat allemand des démocrates auxquels les ouvriers étaient prêts à emboîter le pas sans discuter, pourvu que les démocrates voulussent bien les mener au combat » (11). Bakounine ne néglige donc pas l’hypothèse du manque de maturité du prolétariat allemand. Il s’agirait en somme moins d’une divergence d’analyse entre Marx-Engels et Bakounine qu’une opposition sur la stratégie.

Ce sont les leçons de 1848 qui conduisirent le Bakounine de la période anarchiste à considérer : 
1) que l’alliance du prolétariat avec les bourgeois radicaux conduit inévitablement les travailleurs à s’aligner sur le programme de la bourgeoisie ; 
2) que l’expérience pratique de la lutte est le meilleur accélérateur de la conscience ouvrière.

Pour Marx et Engels, l’établissement des libertés démocratiques, et en particulier du suffrage universel, devait être le prélude aussi bien que la condition de l’hégémonie de la classe ouvrière. Toute leur stratégie se fonde sur le fait que lorsque le suffrage universel sera établi, et puisque la classe ouvrière est majoritaire, celle-ci parviendra au pouvoir et pourra opérer ce que le Manifeste appelle des « empiétements despotiques » sur les privilèges de la bourgeoisie. On conçoit l’ampleur des illusions véhiculées par les socialistes de l’époque.

Engels, bien plus tard, déclara que la Ligue des communistes en 1848 était « trop faible comme levier » et que, « à l’instant même où cessaient les causes qui avaient rendu nécessaire la Ligue secrète, celle-ci cessait d’avoir une signification comme telle » (12). Il considérait en outre que le prolétariat était « incapable de s’organiser lui-même », ne sentant que confusément « l’opposition profonde entre ses intérêts et ceux de la bourgeoisie ». Inconscient de son rôle historique, il était « contraint de remplir, pour le moment, dans sa grande majorité, les fonctions de l’aile extrême gauche de la bourgeoisie » (13).

Cette opinion, émise en 1885, ressemble trop à une justification a posteriori pour être réellement prise en considération. Cela n’empêche d’ailleurs pas Engels de dire en 1893, au sujet de la révolution de 1848, que « partout cette révolution avait été l’oeuvre de la classe ouvrière » (14), ce qui contredit totalement ce qu’il avait déclaré quelques années plus tôt.

Le sacrifice du parti et du programme ouvriers à une alliance avec les libéraux bourgeois correspond à une analyse précise des étapes nécessaires de l’évolution historique, du progrès en histoire.

Bakounine était parfaitement conscient des raisons qui motivaient Marx et c’est sans doute en pensant à l’attitude de ce dernier en 1848 qu’il proclama plus tard son refus d’adhérer à la théorie de l’évolution des phases successives des modes de production, non parce qu’elle était fausse, mais parce qu’elle n’avait qu’une valeur relative et qu’elle conduisait dans la pratique à des positions inacceptables.

Rappelons que c’est en opposition à cette théorie que les bolcheviks se sont engagés dans la révolution russe : les autres socialistes russes pensaient que dans un pays où le prolétariat représentait 3 % de la population, il était nécessaire de passer en Russie par une phase de démocratie bourgeoise et d’implantation d’une économie capitaliste avant de passer à la révolution prolétarienne.

En 1850, Bakounine insiste sur le fait qu’il existait, en Allemagne, un grand nombre de fabriques et d’ouvriers d’industrie, « que le sort destine à être des recrues de la propagande démocratique ». Le prolétariat des villes constituait l’élément révolutionnaire le plus sérieux, dit-il encore en 1874, il a prouvé « en 1848 à Berlin, à Vienne, à Francfort-sur-le-Main, et en 1849 à Dresde, dans le royaume de Hanovre et dans le grand-duché de Bade, qu’il est capable de se révolter pour de bon et qu’il est prêt à le faire dès qu’il se sent un tant soit peu dirigé de façon intelligente et honnête » (15).

Bakounine parle d’expérience car, pendant que Marx tentait de réveiller la conscience de classe de la bourgeoisie libérale, le révolutionnaire russe fut l’un des principaux dirigeants de l’insurrection de Dresde et il put juger sur pièce. Engels rendit d’ailleurs hommage à Bakounine. En effet, il écrivit à ce sujet : « A Dresde, le combat des rues dura quatre jours. Les petits-bourgeois de Dresde – la « garde nationale » –, non seulement ne participèrent pas à cette lutte, mais ils appuyèrent la progression des troupes contre les insurgés. Ceux-ci, par contre, comprenaient presque exclusivement des ouvriers venus des quartiers industriels environnants. Ils trouvèrent un chef capable et de sang-froid dans la personne du réfugié russe Michel Bakounine, qui fut fait prisonnier par la suite… » (In Bakounine et les autres, Arthur Lehning, 10/18, p.170.)

Bakounine regrette que la volonté « nettement exprimée de révolution ou de transformation sociale » ait fait défaut, et que le prolétariat ait été sous l’influence directe des radicaux bourgeois, de ce qu’il appelle l’ »extrême démocratie », celle-là même que Marx voulait amener à la conscience révolutionnaire. C’est là une critique ouverte de la stratégie prônée par Marx à l’époque. L’opinion de Bakounine sur le prolétariat allemand comme élément révolutionnaire potentiel semble bien confirmée par les faits. Il a existé en effet une agitation révolutionnaire importante, qu’accrédite d’ailleurs Engels lorsqu’il écrit au sujet des ouvriers du textile : la masse y est, c’est justement ce qui nous gêne.

Deux membres de la Ligue, Willich et le docteur Gottschalk, avaient fondé à Cologne une Association ouvrière (16) qui organisajusqu’à 10 p. 100 de la population. Contredisant ce que dira plus tard Engels sur l’arriération du mouvement ouvrier allemand, celui-ci se constitue en classe non à travers un parti mais sous la forme d’associations ouvrières. En contradiction avec les orientations de Marx, Gottschalk applique le principe énoncé dans le Manifeste de ne négliger « à aucun moment de faire éclore chez les ouvriers une conscience aussi claire que possible de l’opposition hostile qui existe entre le prolétariat et la bourgeoisie », et de « refuser de dissimuler ses idées et ses projets ».

La première réunion de l’Association ouvrière, le 13 avril 1848, rassembla 300 ouvriers et artisans. Le 24, il y en a 3 000. Fin juin, il y en a 8 000 (17). Une floraison d’associations ouvrières regroupant des centaines de milliers de membres voient le jour, et des initiatives sont prises pour tenter de les unifier au plan national. A l’évidence, une instance capable d’unifier ces initiatives, d’en être le porte-parole, manquait tragiquement.

D’avril à mai, dit Claudin, « les lettres des membres du comité central de la Ligue et d’autres militants reflètent la forte poussée du tout jeune mouvement ouvrier mais aussi la faiblesse, quand ce n’est pas l’inexistence, de la Ligue des communistes ».

Contrairement à ce que dit Engels, ce n’est donc pas tant le prolétariat qui était « inconscient de ses tâches historiques » que la direction de la Ligue – à savoir Marx et Engels, précisément (18).

Stefan Born écrivit à Marx qu’il se trouvait à la tête d’une « sorte de parlement ouvrier formé de représentants de nombreuses corporations et usines » – ce qui ressemble furieusement à un conseil ouvrier –, et se plaint du manque d’organisation de la Ligue, dont les militants de base ne s’étaient sans doute pas tous dispersés. On pouvait résoudre le problème en sabordant celle-ci, comme l’a fait Marx. On pouvait aussi profiter du mouvement ascendant du prolétariat pour renforcer ses positions et permettre à la classe ouvrière sinon de « prendre le pouvoir » – ce qu’elle n’était évidemment pas en mesure de faire – mais au moins de faire l’expérience historique d’une action autonome.

Les chefs de la Ligue des communistes : Willich, Moll, Schapper pensaient réellement que la révolution prolétarienne était à l’ordre du jour ; Marx et Engels pensaient le contraire. Si on limite l’analyse de la situation à ce constat, il est évident que les premiers avaient tort et les seconds avaient raison. Marx s’en tient à l’idée que 1848 est le 1789 allemand et que la réalisation de l’unité nationale allemande libérée de l’absolutisme est la première tâche à l’ordre du jour.

Ce ne sera qu’en décembre 1848, constatant l’effondrement des parlements de Berlin et de Francfort, c’est-à-dire dans la phase descendante de la révolution, que Marx commence à s’intéresser à la situation des ouvriers et qu’il accepte, « pour rendre service », dit-il, la présidence de l’Association ouvrière. Quelques semaines avant de s’enfuir pour la France, Marx réadhère à la Ligue des communistes qu’il avait tout fait pour occulter pendant la révolution.

Marx exclu du premier parti communiste de l’histoire

Les communistes allemands demanderont d’ailleurs des comptes à Marx et à Engels, après les événements.

Ce fait est attesté dans un texte très curieux datant de 1850, connu sous le nom d’Adresse du comité central à la Ligue des communistes.

Ce texte a été très mal interprété, mais la technique argumentative de Marx y est pour une grande part, la mauvaise foi et la malhonnêteté de certains commentateurs marxistes également.

Lorsqu’on lit le texte au premier degré, on a l’impression que Marx fait une critique virulente, quasiment « gauchiste », de la politique menée par les démocrates bourgeois pendant la révolution.

Il s’en prend ainsi aux « petits bourgeois qui étaient dirigeants des associations démocratiques » et « rédacteurs des journaux démocratiques » pendant la révolution ; il appelle les travailleurs à refuser de « servir de claque aux démocrates bourgeois » et proclame la nécessité de « l’organisation autonome du parti du prolétariat ».

Mais en réalité, ce qu’il critique, c’est lui-même et l’action qu’il a menée pendant la révolution, mais sans jamais reconnaître personnellement ses erreurs. Il se désigne, lui et Engels, à la troisième personne. Il ne dit pas : « je » ou « nous », mais : « les petits bourgeois », « les démocrates bourgeois », etc.

Or, qui a adhéré à l’ »Association démocratique » constituée de bourgeois libéraux, qui a dirigé la Nouvelle Gazette rhénane d’orientation libérale, qui a appelé les ouvriers à « servir de claque », c’est-à-dire à soutenir la bourgeoisie libérale ? Marx.

La portée de ce texte ne peut donc être comprise si on ne dispose pas de la clé, et beaucoup de militants communistes qui ont lu ce texte n’ont pas compris de quoi il s’agissait réellement.

On trouve également dans l’Adresse une attaque contre ceux qui « ont cru que le temps des sociétés secrètes était passé et que l’action publique pouvait seule suffire », c’est-à-dire contre les positions mêmes que Marx avaient défendues en dissolvant la Ligue des communistes.

De même, les affirmations sur la nécessité de rétablir « l’indépendance des ouvriers » acquièrent un sens quelque peu ironique lorsqu’on songe à la crainte d’Engels devant l’éventualité de la diffusion du programme de la Ligue, c’est-à-dire le Manifeste communiste, jugé trop radical.

La méthode employée explique que l’autocritique soit passée inaperçue. C’est une méthode particulièrement perverse car pour le lecteur naïf ou peu au courant, Marx apparaît comme un authentique révolutionnaire et un vigoureux critique de toute concession alors qu’il ne fait que dresser le catalogue de ses propres concessions.

Cet épisode de la vie de Marx est intéressant pour le traitement idéologique qui en a été fait plus tard par l’orthodoxie communiste.

En effet, savoir que Marx a dissout le premier parti communiste de l’histoire en pleine révolution fait mauvais effet… Aussi les choses ne sont-elles jamais présentées de façon aussi triviale. Les historiens soviétiques ont soutenu que Marx avait dissout le comité central de la Ligue, mais pas la Ligue elle-même. E. Kandel, le principal historien de la Ligue, a recours à un subterfuge douteux : « La Ligue des communistes a continué de fonctionner sous la forme d’associations ouvrières ouvertes, elle a continué d’exister en tant que tendance idéologico-politique (19) ». Etienne Balibar fait encore mieux, il va même jusqu’à attribuer à Marx la paternité de l’Association ouvrière de Cologne !

La révolution vaincue, la répression s’était abattue en Allemagne.

La Ligue des communistes se reconstitue dans l’exil de Londres, avec entre autres Marx et Engels, mais des dissensions la divisent. Une tendance, avec Marx, estime, à partir d’une analyse de la conjoncture économique, qu’une nouvelle révolution n’est pas envisageable dans l’immédiat, ce qui est interprété par l’autre tendance comme un renoncement à la révolution. Les histoires officielles du marxisme passent sous silence le fait que Marx et Engels ont été exclus du premier parti communiste de l’histoire – la Ligue des communistes – par les membres de la section londonienne à laquelle ils étaient affiliés.

Cette exclusion, lorsqu’on en parle, est présentée – avec quelque raison – comme le fait d’une tendance « gauchiste » qui s’imagine pouvoir faire la révolution à tout moment, mais les attendus de l’exclusion vont plus loin que cela et sont particulièrement intéressants. Les motifs invoqués pour exclure Marx et Engels sont directement liés aux positions que les exclus avaient défendues pendant la révolution :

  1. Parce qu’il faut « rétablir une solide organisation de la Ligue, afin qu’on ne se contente pas de créer une opposition et d’éditer des gazettes » : allusion évidente à leur activité dans la libérale Nouvelle Gazette rhénane;
  2. « Parce que Marx et Engels ont sélectionné un groupe de semi-littérateurs pour en faire leurs partisans personnels et fantasmer sur leur futur pouvoir politique » ;
  3. « Parce que cette camarilla littéraire ne peut être utile à la Ligue et rend toute organisation impossible », et parce que Marx et Engels utilisent la Ligue à leurs fins personnelles, l’ignorant totalement lorsqu’elle ne leur est pas utile – allusion claire à la dissolution autoritaire de la Ligue dans le but de troquer leur titre de membres de comité central contre celui de rédacteurs de la Nouvelle Gazette rhénane (20).

On trouve là une préfiguration des débats qui auront lieu vingt ans plus tard dans l’AIT, à cette différence près que Marx ne sera pas exclu, c’est au contraire lui qui exclura de l’Internationale la presque totalité du mouvement ouvrier mondial…
Marx déclara à cette époque que le prolétariat ne pouvait pas prendre le pouvoir et que s’il l’avait fait, il aurait été contraint de réaliser un programme qui n’était pas le sien – sujet que les bolcheviks auraient dû méditer…

La remarque est parfaitement juste, et il semble évident que la classe ouvrière n’était pas en mesure de prendre, et encore moins d’assumer le pouvoir en 1848. Mais la question n’est pas là ; elle est dans le fait le mouvement ouvrier allemand, qui s’agitait « en masse » et « formait des coalitions », subissait alors une forte poussée, qui n’aurait certes pas suffi à en faire un élément hégémonique dans la révolution, mais qui lui aurait fourni l’expérience d’une pratique autonome, tant du point de vue de l’élaboration de ses revendications que de celui de la structure organisationnelle dans laquelle elle se regroupait. Rosa Luxembourg dira plus tard qu’il vaut mieux que la classe ouvrière fasse elle-même l’expérience de ses propres erreurs.

Mais la dissolution pure et simple d’une organisation révolutionnaire par ses dirigeants, au début d’une révolution, constitue, il faut bien le reconnaître, un handicap majeur pour le mouvement…

 

Notes

1 Engels, Correspondence, T. I, p. 543.

2 Correspondance, t. I, p. 540 et 543.

3 Deutsche-Brüsseler-Zeitung, 28 et 31 octobre, 11, 18 et 25 novembre 1847.

4 Au contraire de Bakounine, qui lui, se réfère explicitement au « matérialisme scientifique ».

5 Guizot, Augustin Thierry, Mignet et bien d’autres.

6 Cf. René Berthier : « 1848, ou le 1789 manqué de la bourgeoisie allemande », in Les Anarchistes et la révolution française, éditions du Monde libertaire, 1990.

7 Cf. René Berthier : « 1848, ou le 1789 manqué de la bourgeoisie allemande », in Les Anarchistes et la révolution française, éditions du Monde libertaire, 1990.

8 Fernando Claudin, Marx, Engels et la révolution de 1848, Maspéro, p. 133.

9 Cf. Marx, Engels et la révolution de 1848, Maspéro, p. 132.

10 Op. cit.

11 Bakounine, Etatisme et anarchie, IV, 322.

12 Engels, Quelques mots sur l’histoire de la Ligue, 1885, Œuvres complètes, III, p. 191-192.

13 Cf. Engels, « Marx et la Neue Reinische Zeitung », Œuvres complètes, III, p. 171-172.

14 Engels, préface à l’édition italienne du Manifeste, in : Karl Marx, Œuvres, La Pléiade, tome I, p. 1491.

15 Étatisme et anarchie, Champ libre, IV, 320

16 A ne pas confondre avec l’Association démocratique à laquelle adhéra Marx.

17 Cf. Claudin op. cit., p. 132.

18 Trotsky dira à peu près la même chose sur les dirigeants communistes pendant la révolution russe.

19 Cité par Claudin, p. 134.

Analyse politique: Pourquoi l’oligarchie ressort-elle le marxisme du placard ?…

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“La peur du peuple est la maladie de tous ceux qui appartiennent à l’autorité, pour ceux qui sont au pouvoir, le peuple est l’ennemi.”

(Pierre Joseph Proudhon)

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 “Le capital et la terre doivent demeurer pour toujours la propriété collective de toutes les associations productives” (Michel Bakounine)

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“La Commune de Paris a été la première tentative de réalisation des principes du socialisme révolutionnaire et de remplacer l’État par l’autogestion du peuple… Alors que les socialistes autoritaires (marxistes) parlaient de capturer le pouvoir étatique, les anarchistes eux, demandaient en revanche la destruction et la liquidation de l’État.”

(Michel Bakounine)

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L’oligarchie rejoue la carte du marxisme

 

Résistance 71

 

Le 1er Mars 2013

 

On le constate depuis un moment dans les médias dits de masse tout aussi bien que dans certains médias alternatifs: il y a un regain d’intérêt pour le communisme autoritaire d’état (marxisme). Est-ce une coïncidence conjoncturelle à la situation économique mondiale, ou y a t’il autre chose ?

C’est ce que nous allons essayer d’analyser ici.

Depuis la chute de l’URSS en 1991, amorcée en 1989, le marxisme et ses apologistes des partis communistes nationaux avaient été obligés de mettre une sourdine et de rentrer quelque peu dans le rang. Les Partis Communistes européens avaient perdu leur audience ouvrière des années 1970-80 et le triomphe du capitalisme néolibéral depuis le milieu des années 1980 fut sans conteste. D’inepties économiques en corruption mégalomaniaque, le capitalisme s’est mué sous l’égide néolibérale, en un impérialisme monopolistique que l’on peut considérer de sans précédent dans l’Histoire. Le capitalisme monopoliste des grands cartels, s’il a toujours été présent, était quand même dans le passé, relativement tenu en laisse par les luttes sociales des masses de salariés et de paysans, qui avaient à la fois volume et intensité. Le réformisme et la trahison de la “gauche” a depuis changé la donne. Depuis le début des années 1990, il n’en va plus du tout de la sorte et l’hégémonie capitaliste n’en est que plus forte quand son opposition, de façade du moins, n’existe plus.

Débridés et sans scrupules aucuns, les monopolistes des cartels industriels et financiers ont décidé de porter l’assaut final sur nos sociétés en reconcentrant une dernière fois les richesses et donc le pouvoir en le moins de mains possible. Une seule façon de le faire: imploser pas à pas l’économie mondiale, pays par pays, région par région de façon à siphoner puissance économique et pouvoir politique vers le haut de la pyramide. Le but final étant l’effondrement total de l’économie, provoquant chaos et guerres généralisés (une guerre mondiale non thermo-nucléaire serait l’idéal pour l’oligarchie) et forçant les peuples à renoncer à leur souveraineté nationale au profit d’une gouvernance mondiale exercée au travers d’une régulation banquaire mondiale de la Banque des Règlements Internationaux (BRI) et de ses comparses du FMI et de la Banque Mondiale, le tout sous l’égide politique apparente de l’ONU dont la structure serait l’ossature provisoire de l’État mondial totalitaire, mais sous contrôle des cartels.

Ceci constituerait l’avènement planifié depuis longtemps du Nouvel Ordre Mondial, promu par tous les hommes d’état occidentaux depuis Bush père et son discours sur l’état de l’union de 1991, année qui vit aussi l’effondrement définitif du “vieil ennemi” fabriqué par l’occident qu’était l’URSS.

Ceci fit dire aux marxistes de toujours: Suite logique d’évènements puisque le contre-pouvoir révolutionnaire marxiste n’existe plus de manière significative.

Ceci mérite qu’on s’y attarde un peu.

Nous avons vu ici-même avec nos traductions de l’anglais des travaux du professeur Antony Sutton (Wall Street et la montée d’Hitler” et “Wall Street et la révolution bolchévique”) que l’oligarchie occidentale et principalement les oligarques en contrôle de la haute finance et de la grosse industrie anglo-américaines, ont joué un rôle primordial dans la création, l’entretien et le soutien des deux plus grandes manipulations historiques du XXème siècle: la création de l’URSS (1917) et de l’Allemagne nazie (élaborée par les cartels dès le traité de Versailles).

En France, un remarquable travail de recherche, d’une précision minutieuse, a été effectué par l’historienne Annie Lacroix-Riz sur la synarchie, la collusion de la grosse industrie et des banques franco-allemandes dans l’entre deux-guerres, qui mena les politiciens français à la botte des industriels et banquiers payeurs, à vendre la France à l’Allemagne par intérêt économico-politique (lire son remarquable ouvrage: “Le choix de la défaite” ). Sutton a fait le même travail côté anglo-américain et a abouti aux mêmes conclusions que notre historienne concernant l’Allemagne nazie. Il a fait de plus le même travail sur l’oligarchie industrio-financière américaine et la révolution russe de 1917 et il a abouti aux mêmes conclusions. Nous ne pouvons qu’encourager Mme Lacroix-Riz à effectuer le même travail de recherche en France, de suivre la piste de l’argent et du financement du PCF de sa création à aujourd’hui; y retrouver une triangulation Place du Colonel Fabien, Moscou, New York comme celle de New-York, Moscou, Hanoï n’aurait rien d’étonnant, mais tout ceci pour l’heure n’est que spéculation il est vrai.

Michel Bakounine, activiste et penseur anarchiste, s’était directement opposé à Marx et Engels au cours de la 1ère Internationale. Il écrivait ceci en 1872:

Les marxistes sont des adorateurs du pouvoir d’état et aussi des prophètes de la discipline politique et sociale. Ils sont les champions de l’ordre établi hiérarchiquement du haut vers le bas et ce toujours au nom du suffrage universel et de la souveraineté des masses auxquelles ils réservent la fortune et l’honneur d’obéir aux commandants, les maîtres élus. A l’encontre des marxistes, les anarchistes ont rejeté l’idée, même au plan d’une phase transitoire, de ‘convention nationale, d’assemblées constituantes ou d’une soi-disant dictature révolutionnaire, car la concentration du pouvoir en quelques mains devient rapidement et inévitablement une forme de réaction”. Ceci constitutait la différence majeure entre les marxistes et les anarchistes, différence qui perdure toujours de nos jours.

Nous renverrons nos lecteurs à la (re)lecture de détail des travaux de Sutton (ici et ici), mais concernant la révolution russe et l’avènement mondial du marxisme, qui nous préoccupent ici, voici un résumé de la situation de 1917 à 1972 date à laquelle le professeur Antony Sutton témoigna devant un comité du parti républicain et expliqua clairement l’origine de la création de l’URSS et comment celle-ci a pu se développer pour devenir ce qu’elle était devenue. En quelques mots: jamais elle n’aurait pu y parvenir sans l’aide financière et surtout les transferts de technologie clés en main opérés depuis les Etats-Unis et l’Europe. N’oublions pas le contexte temporel de cette audition de professeur Sutton: les Etats-Unis de Nixon sont alors en pleine déconfiture au Vietnam, technologiquement et militairement aidé par l’URSS, elle-même aidée par les industriels et banquiers américains et occidentaux. Le transfert de technologie des Etats-Unis vers l’URSS puis le transferts de la technologie soviétique aux Vietnamiens a fait que les Etats-Unis finançaient et vendaient indirectement et en toute connaissance de cause de la technologie à un gouvernement communiste, qui assistait ouvertement une autre nation communiste avec laquelle les Etats-Unis étaient officiellement en guerre !

Devant n’importe quelle cour de justice, ceci s’appelle de la haute trahison ! Ceci n’enlève rien bien entendu à la cause défendue par les Vietnamiens agressés et boutant les colonialismes français puis américain hors de ses murs, ceci n’est qu’un constat historique.

Revenons plus en arrière, en 1917, en notant au passage que les études du professeur Sutton se sont effectuées sur une période de plusieurs années, qu’il a étudié les fonds (archives) non seulement du ministère des affaires étrangères des Etats-Unis, mais les fonds militaires déclassifiés, ainsi que ceux des banques incriminées tout autant que les énormes archives du procès de Nüremberg entreposées au Hoover Institute de l’université Stanford en Californie où il fut professeur et maître de recherche… Sutton a été critiqué, ostracisé, ignoré, mais jamais attaqué, aucun procès en diffamation ne lui a jamais été intenté. Pourquoi, si tout ce qu’il dit est faux et “inventé” ? Pour la simple et bonne raison que l’establishment sait pertinemment que ses recherches sont justes et touchent des nerfs hyper sensibles de l’oligarchie qui y est exposée pour ce qu’elle est. Dès lors, il suffisait dans cette ère pré-internet, pour l’oligarchie de ne pas faire l’erreur d’attaquer Sutton, mais de l’ignorer et de faire en sorte que ses travaux et publications demeurent confidentielles. Ce qui fut fait: Sutton ne reçut aucune invitation sur les chaînes de radio et télévision pour promouvoir ses livres, ni ne fut jamais interviewé par les médias propagandistes de masse. Il était plus facile dans l’ère pré-internet de faire passer un intellectuel à la trappe que de nos jours…

Voici le plus succintement possible ce que Sutton découvre concernant la révolution russe de 1917 au fur et à mesure de ses recherches minutieuses:

  • Wall Street ne pouvait accepter une Russie libre et décentralisée et a donc œuvré pour y établir un système marxiste corrompu et centralisé
  • Après avoir été expulsé de France et d’Espagne en 1916, Léon Trotski (citoyen allemand et non pas russe…) arrive aux Etats-Unis en Janvier 1917. Il quittera New-York pour la Russie via le Canada quelques mois plus tard (en Mars 1917) en possession de 10,000 US$ qui lui furent donnés par Gregory Weinstein, fonds provenant d’Allemagne via le Volks Zeitung. Rappelons que le monde était en guerre à l’époque… contre l’Allemagne…
  • Le président américain Woodrow Wilson fit procurer à Trotski un passeport américain pour qu’il aille en Russie sans encombre promouvoir la révolution. Le passeport contenait un permis de passage russe et un visa de transit britannique.
  • Trotski a été arrêté le 3 Avril 1917 en escale dans le port D’Halifax au Canada par les autorités canadiennes. L’ordre est venue de l’amirauté de Londres de le relâcher. Il était contrôlé par Richard Crane, un ami personnel du président Wilson et financier, fondateur de la branche de l’entreprise Westinghouse en Russie.
  • L’argent et les crédits en possession de Trotski étaient d’origine allemande (n’oublions pas que l’Europe était en guerre et que les Etats-Unis entrèrent en guerre cette anneee là…), ceci représente légalement une “collusion avec l’ennemi”.
  • Au plus haut niveau, le politicien allemand qui autorisa le voyage de Lénine vers la Russie fut le chancelier Theobald von Bethmann-Hollweg, un descendant de la famille banquière de Francfort Bethmann, qui devînt très prospère au XIXème siècle.
  • Le 28 Novembre 1917 le président Woodrow Wilson lui-même ordonna la non-interférence avec la révolution se déroulant en Russie.
  • Wall Street avait déjà été impliqué dans le financement de la révolution chinoise de Sun Yat-Sen en 1912, financer la révolution russe entrait dans la continuité de la volonté oligarchique monopoliste de contrôler des marchés captifs.
  • Wall Street et ses financiers furent également impliqués dans la révolution mexicaine de 1915
  • Un banquier suédois international Olof Aschberg de la Nya Banken s’associe à la Guaranty Trust (JP Morgan) pour entrer au capital de la Ruskom Bank (Banque commerciale soviétique, créée en 1922)
  • Wall Street utilisa la mission de la Croix Rouge en Russie en 1917 comme couverture des contacts des intérêts banquiers représentés par la Guaranty Trust (JP Morgan) et la National City Bank. Sur 24 membres, 16 représentants de Wall Street étaient présents pour seulement 8 médecins et infirmières. Des membres de Wall Street, la banque de la réserve fédérale de New York (créée par Woodrow Wilson en 1913) était représentée par William Thomson, qui finançait également l’expédition en Russie. Dans un article du 2 Février 1918, le Washington Post publia un article stipulant que Thomson de la réserve fédérale avait contribué 1 million de dollars aux Bolchéviques. Le but officieux était de conserver la Russie comme marché pour l’industrie et la finance américaine après la guerre.
  • Création d’un cercle d’assistance financier à la nouvelle Russie soviétique, cercle auquel participèrent des banquiers américains, des banquiers tsaristes en exil et des banquiers européens. Leur but était financier et non pas idéologique.
  • L’American International Corporation (AIC) créée en Novembre 1915 par les intérêts des familles Morgan et Rockefeller fut impliquée dans le financement de la Russie soviétique. Un des directeurs de l’AIC en 1917 était J. Ogden Armour, un des directeurs de la National City Bank et en connexion directe avec le bureau soviétique (faisant fonction d’ambassade) ouvert à New York (et non pas à Washington comme toute délégation diplomatique aurait dû l’être…). Wall Street était motivé par les aspects commerciaux et d’investissements.
  • Voici ce que dit Lénine au congrès du PC de l’URSS en Mars 1921: “Sans l’assistance du capital, il sera impossible pour nous de conserver le pouvoir prolétarien dans un pays incroyablement ruiné dans lequel la paysannerie, tout aussi ruinée, constitue une majorité écrasante et bien sûr, pour obtenir cette assistance, le capital va nous presser de centaines de pourcents. Ceci est ce que nous devons comprendre. En l’occurence, ou bien ce type de relations économiques ou rien…” En l’occurence la NEP de Lénine était planifié depuis Wall Street et constitue une trahison de Lénine envers le peuple russe. Lénine en bon pion des banquiers et des industriels occidentaux a ouvert la Russie à l’esclavage de la dette et aux diktats de Wall Street et de la City.
  • Des transferts d’or commencèrent en 1920 depuis la Russie vers les banques américaines via la Norvège, Suède, Hollande et Allemagne
  • Le Guaranty Trust des Morgan, plus grand cartel financier des Etats-Unis à l’époque, a utilisé Olof Aschberg le banquier bolchévique, comme son intermédiaire en Russie avant et après la révolution de 1917
  • Dans un même temps les maisons JP Morgan et Rockefeller aidaient et finançaient l’opposition aux bolchéviques
  • Il existe des preuves documentées irréfutables que Ludwig Martens, le premier ambassadeur “soviétique” aux Etats-Unis était financé par des fonds de la Guaranty Trust des Morgan. En traçant le financement de Trotski aux Etats-Unis, on remonte à des fonds allemands. A cette époque, le trésorier des fonds d’espionage allemands aux Etats-Unis, Von Pavenstedt, était un important associé de la firme Amsinck & Co, propriété de l’AIC représentant les intérêts Morgan et Rockefeller.
  • La banque de la réserve fédérale de New York, le véhicule des fonds pour la Russie: l’American International, Corporation (AIC) et la société dont était l’administrateur le premier ambassadeur soviétique aux Etats-Unis Ludwig Martens, avaient tous pour adresse légale: 120 Broadway, New York City…
  • La banque russe du commerce Ruskombank, créée en 1922, choisit la Guaranty Trust comme seule représentant de ses intérêts aux Etats-Unis, Olaf Aschberg en devint le directeur avec Max May, un des vice-présidents de la Guaranty Trust (JP Morgan).

 

Nous pensons avoir établi le plus brièvement possible les liens entre la haute finance, la révolution russe et la jeune Union Soviétique. La question demeure: pourquoi ? Les intérêts des banquiers et des industriels ne sont-ils pas au contraire à l’opposé de ce que propose le communisme autoritaire d’état, représenté par le marxisme ?

Oui si on reste dans le leurre habituelle de la pensée manichéenne induite par l’oligarchie elle-même. Non si on regarde le problème sous un angle neuf, de derrière le rideau…

L’oligarchie de la haute finance et de la grosse industrie représente le capitalisme monopoliste, c’est à dire un capitalisme hautement privilégié qui détruit la concurrence et s’allie avec ceux, puissants, qu’il ne peut détruire. Les familles Morgan, Rockefeller, Mellon, Carnegie, Ford, Kuhn & Loeb en sont d’excellents exemples aux Etats-Unis avec les branches de la famille Rotschild bien sûr pour l’Europe, ainsi que les synarques français et européens évoqués par l’historienne Lacroix-Riz en France et en Europe de l’Ouest.

Ce capitalisme monopoliste est l’ennemi de la libre entreprise et de la liberté tout court. Il ne peut se développer de manière optimale que dans un contexte politique de centralisation étatique maximale. Cette centralisation est idéalement fournie par deux systèmes politiques à état fort, centralisé donc, qui permet le contrôle de l’économie avec un minimum de gens aux manettes: toutes les formes de fascismes et le marxisme appliqué en communisme autoritaire d’état. Voilà pourquoi le penseur et militant anarchiste Voline, qui participa à la création du premier soviet d’obédience anarchiste à St Pétersbourg en 1905, qualifia ces régimes de “fascisme brun” et “fascisme rouge”, car ils sont tous deux les deux faces de la même pièce étatique totalitaire, pilotée à distance par la grande oligarchie financière et industrielle. Pour faire court: Lénine, Trotski, Hitler, Mussolini, Franco, Mao, servaient tous les mêmes intérêts financiers et industriels. Ils n’étaient que des acteurs jouant la même pièce sur la mème scène et du même metteur en scène. Il suffit de tracer les financements pour constater ces faits.

Il n’y a en fait pas de conflit entre “capitalisme et communisme”, du moins en haut de la hiérarchie, tous servent les mêmes intérêts, la base elle, est manipulée et pilotée à dessein selon des conflits sociaux induits, ainsi il est évident dans la pratique, que les intérêts d’un patron d’usine et de son ouvrier divergent, c’est ainsi que la société se contrôle. Capitalisme et Communisme (qui n’est qu’un capitlaisme d’état avec sa litanie de privilèges pour ceux au pouvoir…) représentent les mêmes intérêts et en cherchant, en grattant la surface et en pompant l’écran de fumée protecteur mis en place par cette même oligarchie, nous nous rendons compte que les mêmes personnes ont aidé et mis au pouvoir au fil du temps Lénine, Trotski, Staline, Mussolini, Hitler, Franco, Mao, puis plus tard la ribambelle de dictateurs en Amérique du Sud, Pinochet & Co, le Shah d’Iran, etc. Tous les leaders socialistes qui refusèrent d’être contrôlés par l’oligarchie du capitalisme monopoliste ont été éliminés, le plus souvent physiquement: Che Guevara, Lumumba, Sankara, Allende, Nasser, Khadafi, Castro quant à lui ayant toujours la peau dure, as faute d’avoir essayé. Le capitalisme monopoliste qui régit le monde s’épanouit au sein d’état hyper-centralisés et tend aujourd’hui à muer la multitude plus difficilement contrôlable en une entité unique, ce que les oligarques et leurs exécuteurs des basses œuvres appellent le Nouvel Ordre Mondial.

L’URSS fut-elle toujours docile envers ses maîtres ? Vraisemblablement pas. Il y a sûrement eut des périodes plus serviles que d’autres et la décision fut prise de la torpiller en activant les rivalités internes, notamment religieuses.

Si l’oligarchie n’a plus besoin de l’épouvantail communiste qu’elle contrôle depuis le départ comme nous l’avons vu, alors pourquoi raviver la flamme récemment ?

Nous allons tenter maintenant de répondre à cette question.

Nous assistons depuis plusieurs mois dans les médias (non marxistes bien sûr) à une résurgence d’un créneau d’audience pour des commentaires de leaders communistes sur des faits politiques et sociaux. L’opposition (en est-ce bien une ?..) au capitalisme forcené et débridé renait-elle de ses cendres ? Ou bien cette “résurrection” est-elle provoquée à dessein ?

En gardant clairement à l’esprit que le marxisme “orthodoxe” et le communisme autoritaire d’état, représenté par les partis communistes nationaux ayant du reste renoncé à toute velléité révolutionnaire en entrant dans un réformisme aussi forcené que le capitalisme qui le nourrit, est une création du cartel banquier et industriel, il convient de constater que la réactivation des réseaux marxistes par l’oligarchie tient en fait d’une peur viscérale: celle du contre-pouvoir autogestionnaire, celle d’une société libertaire où les peuples s’organiseraient de la base en court-circuitant toutes les institutions d’état et privées.

C’est Bakounine qui fit capoter la 1ère internationale en mettant Marx et Engels devant leurs contradictions politiques et sociales, ceux-ci ne purent répliquer qu’en accusant Bakounine de vouloir “le pouvoir pour lui seul” et le firent évincer de l’internationale, lui et tous les anarchistes. La 1ère internationale ouvrière n’y survécu pas et se mua en seconde internationale de laquelle les anarchistes furent exclus. Réaction bien compréhensible venant de la part de gens pour qui l’état est tout et qui feignent de vouloir “l’abolir” à la fin des temps d’une dictature du prolétariat autant futile qu’hypocrite.

Le communisme autoritaire d’état (par opposition au communisme libertaire anti-autoritaire et anti-hiérarchique, fondé sur l’autogestion et la confédération de communes libres, d’où le nom de “communisme”) n’est en fait que le revers de la même médaille capitaliste. Il n’est que du capitalisme d’état au lieu d’être un capitalisme essentiellement privé. Il n’est que la force de coercition d’un parti unique, géré par des bureaucrates totalement dépendants des mêmes lois de marché inventés et contrôlés spéculativement par les capitalistes. Il n’est qu’un autre larbin du capital oppresseur, auquel on laisse développer sa petite nomenclature de privilégiés garante du bon déroulement des opérations, de la même manière que dans un état fasciste ou une soi-disant démocratie représentative.

Le point commun de ces systèmes est l’État, garde-chiourme essentiel du consensus du statu quo oligarchique et de la persistance des privilèges dans une société fondée sur la relation maître/esclave, gouverneur/gouverné, oppresseur/opprimé, exploiteur/exploité, relation que l’oligarchie a bien pris soin de faire envelopper de l’embalage pseudo-scientifique du darwinisme-social et de ses fadaises de “loi naturelle de la survie du plus apte”.

Or, depuis 2007, date de la création de la toute dernière crise financière puis économique en date, des mouvements populaires en Europe, en Amérique latine et du nord, tendent à lentement se diriger vers une prise de conscience de l’impasse induite et glissent vers une dissidence de plus en plus libertaire. Ceci est impensable pour l’oligarchie, car le communisme libertaire, pris au sens d’associations de communes libres autogérées depuis la base sans représentation élue (et donc contrôlable) signifie l’arrêt de mort de l’oligarchie, de ses privilèges et de sa bulle dorée monopoliste. L’idée libertaire, l’idée de rompre avec le système et de le remplacer par la dilution du pouvoir dans le peuple et l’autogestion économico-politique, fait gentiment son chemin, d’autant plus qu’elle n’est pas nouvelle et possède sa propre histoire.

Ceci représente l’horreur absolue pour les oligarques, car ceci signifie la perte absolue de tout contrôle sur la société à très courts termes. Donc pour eux, le choix est simple: il faut rediviser les peuples selon des clivages politiques fonctionnels et contrôlables. Les gens veulent du “socialisme communiste” parce que c’est tendance en période de crise ? Qu’à cela ne tienne, ressortons l’épouvantail poussiéreux marxiste-léniniste et trotskiste et gardons le contrôle de la foule en colère au travers d’un leadership vendu, réformiste et non-révolutionnaire, picorant dans la main du pouvoir étatico-financier, comme tous les dirigeants des Partis Communistes nationaux et des syndicats foie jaune pour qui le réformisme et l’arrondissage des angles est un gagne-pain devenu rente. Le but est de récupérer et de chapeauter les mécontents en mal de “socialisme” et de les canaliser dans des réseaux déjà noyautés et qui ont fait leur preuve dans la futilité et l’inéficacité radicale induite.

Voici brièvement le pourquoi nous assistons au ravivement, pour l’heure encore timide, des fantômes du passé marxiste.

La voie marxiste du socialisme est non seulement éculée, mais également totalement biaisée et tordue dès le départ: elle ne fait que renforcer le capitalisme et son cerbère l’état, au détriment de l’intérêt général des peuples. Cette voie est de plus la voie non seulement d’un larbinisme réformiste, mais à la lumière de ce que nous avons vu ici et les preuves existantes que la “grande expérience marxiste” de l’URSS et de la Chine populaire n’était et ne sont en fait que le financement par les capitalistes monopolistes de leur rente future tout en muselant un grand segment de la population mondiale tenu captif de la loi des marchés totalement inventée et forcée sur le monde par les mêmes criminels. L’exemple actuel de la Chine est édifiant à ce sujet, mais ceci nous emmènerait trop loin et serait matière à un billet à part entière.

Il n’y a pas de solutions au sein du système, ni dans la réforme de la soi-disant démocratie représentative, ni dans le réformisme bourgeois d’un marxisme obsolète et complice de l’oppression car en faisant partie intégrante. Il est de plus en plus évident que la solution pour l’humanité réside dans la dissolution du pouvoir politique dans les peuples, de l’autogestion économique et politique de nos sociétés en commençant par la base des communes libres unies en confédérations volontaires.

Quand le mot d’ordre de 1917 et 1918 en Russie était: “Le pouvoir aux Soviets”, c’est de cela qu’il s’agissait, car le concept même de “soviet” qui veut dire assemblée en russe, est un concept anarchiste, anarchistes qui furent nombreux au début à fonder et à faire fonctionner ces soviets, puis qui furent éliminer par le pouvoir totalitaire de l’état centralisé ayant trahi ces mêmes soviets que le peuple demandait. Lénine et Trotski étaient des vendus, des traitres à l’intérêt général et les agents des intérêts particuliers du capitalisme monopoliste. Staline reprit le flambeau de la traîtrise et ce n’est pas non plus un hasard si certains tentent de le réhabiliter. Oui l’URSS fut le véritable vainqueur du nazisme, oui le grand peuple russe a héroïquement résisté à l’envahisseur nazi, lui-même financé par les mêmes banquiers et industriels que les maîtres du Kremlin.

Ceci n’est plus du cynisme… C’est de la haute voltige criminelle !

En conclusion de son ouvrage de recherche “Wall Street et la montée d’Hitler”, Sutton écrivait ceci:

« Les crises et guerres périodiques sont utilisées pour obtenir un soutien pour des autres cycles de pillage-récompense, ce qui a pour effet de resserrer le nœud coulant autour du cou des libertés individuelles. Bien sûr nous avons également les hordes d’éponges intellectuelles, d’hommes d’affaire amoraux et de profiteurs, pour agir comme les récipients non productifs du pillage.
Arrêtons le cycle du pillage et de la récompense immorale et les structures élitistes s’effondreront. Mais pas avant qu’une majorité ne trouve le courage moral et la force intérieure de rejeter ce jeu truqué du quelque chose pour rien et de le remplacer par des associations volontaires, des communes volontaires ou des réglementations locales et des sociétés décentralisées, pour que cesse enfin le meurtre et le pillage. »

Sa recherche a mené le professeur Sutton d’un certain conservatisme à une pensée libertaire. Il en va de même pour des membres de l’intelligentsia anglo-saxonne socialisante, marxisante à la base, pour revendiquer ou non leurs idées anarchistes, comme par exemple Noam Chomsky ou Howard Zinn.

Ainsi l’autogestion, le boycott des institutions étatiques et privées incluant le vote, la désobéissance civile et la confédération des communes libres à l’échelle planétaire, avec toute la palette de nuances sociales possibles, s’affirme comme la solution du futur, parce que nous ne voulons plus survivre… Nous voulons vivre pleinement et surtout vivre émancipés et enfin libres !

 

Fraternellement votre

 

Résistance 71