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Réflexion historique… Qui était Michel Bakounine ?…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 15 mai 2017 by Résistance 71

“La Commune de Paris poussa très certainement Marx à repenser certaines de ses idées sur l’État. Comme il le nota dans une nouvelle préface d’une réédition de son “Manifeste du Parti Communiste”, publiée un an arès la Commune, celle-ci prouva que “la classe ouvrière ne peut simplement pas prendre possession sur la machine étatique prête à l’emploi et l’utiliser pour son propre but.” La machinerie si bien adaptée à la règle de la domination bourgeoise ne put pas fournir un modèle pour le socialisme. “C’est exactement ce que je dis depuis toujours !” s’exlama Bakounine… Ainsi, à l’encontre des marxistes, Bakounine continua, les anarchistes rejetèrent l’idée, même en tant que phase transitoire, de ‘conventions nationales, d’assenblées constituantes ou de soi-disantes dictatures révolutionnaires’, car une telle concentration du pouvoir en si peu de mains ‘devient inévitablement et immédiatement réactionnaire’ Ceci fut le point fondamental sur lequel les anarchistes et les marxistes différaient et c’est là-dessus que Bakounine retournerait dans ses derniers travaux majeurs.
[…] Il est parfaitement possible d’argumenter que la division entre anarchistes et marxistes ne soit pas nécessairement la question de la réforme ou de la révolution. Pour Bakounine, la différence majeure entre eux pourrait être résumée en un mot: l’État.”
~ Mark Leier, “Bakounine, une biographie”, 2006 ~

 

Qui était Bakounine ?

Entretien pour le magazine Ballast avec Jean-Christophe Angaut, écrivain, essayiste et biographe

24 novembre 2014

url de l’article original:

http://www.revue-ballast.fr/qui-etait-vraiment-bakounine/

On connaît souvent l’homme à coups de trois grands traits : fils d’aristocrates, opposant à Karl Marx et figure incontournable du socialisme libertaire. Jean-Christophe Angaut, auteur des ouvrages Bakounine jeune hégélien et La liberté des peuples, creuse le mythe : était-il ou non un philosophe ? croyait-il en l’homme naturellement bon ? se trouvait-il être la brute souvent décrite ou décriée ?

On dit que Bakounine a traduit le Manifeste du parti communiste : quelles étaient ses relations intellectuelles au communisme marxiste ?

En fait, il n’y a aucune preuve que Bakounine ait effectivement traduit le Manifeste. En revanche, il était censé traduire le livre I du Capital, mais il n’est jamais allé au bout, c’était une tâche qui demandait un travail trop suivi pour quelqu’un qui était sans cesse diverti par l’urgence de l’actualité révolutionnaire. Il reste cependant que le Manifeste est le texte de Marx (et Engels) que Bakounine connaît le mieux, et que c’est cette version-là des théories de Marx qu’il ne cesse de critiquer, plus de vingt ans après qu’elle a été publiée – ce qui peut expliquer d’ailleurs certaines distorsions. Si l’on met de côté la dimension personnelle des relations avec Marx (qui n’est pas du tout négligeable), mais aussi la composante plus immédiatement politique pour se concentrer sur la critique « intellectuelle », je dirais que la relation de Bakounine au marxisme (et pas seulement au communisme) est marquée par trois divergences fondamentales. La première porte sur la question de l’État. Dans le Manifeste, Bakounine lit que la tâche du prolétariat est de s’emparer du pouvoir d’État pour le faire fonctionner à son profit. Pour les marxistes, il s’agit d’une prise de contrôle provisoire, le temps de faire disparaître toute domination de classe, et comme l’État est un simple instrument de domination de classe, il s’éteindra avec celle-ci. Bakounine n’y croit pas et estime que, même si l’État n’est qu’un instrument, il possède une autonomie relative et peut à son tour engendrer une nouvelle classe – en l’occurrence une bureaucratie rouge. Avant même d’être anarchiste, Bakounine a été hostile aux formes autoritaires de communisme, comme l’atteste son article « Le communisme » qu’il publie en juin 1843, et dans lequel il prend parti pour « la véritable communauté des hommes libres » contre des formes asservissantes de communisme.

Cette critique de l’État s’approfondit, en second lieu, sur le terrain de la philosophie de l’Histoire. Bakounine réagit à ce qu’il connaît de la philosophie marxienne de l’Histoire, qu’il interprète comme un déterminisme socio-économique à sens unique, et souligne le rôle historique que joue l’État dans la perpétuation de la domination de classe – raison pour laquelle, sur le plan politique, il insiste par exemple sur le droit d’héritage (ce qui ne manque pas d’actualité, quand on sait que la principale source de la fortune, dans nos pays, c’est la naissance – et certainement pas le travail). C’est précisément parce que l’État joue ce rôle historiquement qu’il est impossible d’en faire un instrument d’émancipation : on croit prendre l’État, mais c’est l’État qui vous prend. D’où aussi une troisième critique, qui touche ce que Bakounine considère comme une approbation par Marx du cours de l’Histoire, l’idée selon laquelle l’Histoire travaille à la réalisation du communisme, en vertu des lois éternelles de la dialectique. Ce qui, à nouveau, n’est pas sans conséquences pratiques : par exemple, des pays dans lesquels le capitalisme ne serait pas parvenu à son plein développement devraient attendre celui-ci pour pouvoir espérer une révolution sociale. Notons enfin que Bakounine et ses amis, dans la Première Internationale, étaient désignés comme collectivistes, et non comme communistes, mais je ne suis pas certain qu’il faille surinterpréter ces qualificatifs, car quelques années plus tard, ce sont les communistes qui se désigneront comme collectivistes (autour de Jules Guesde notamment), alors que les anarchistes se réclameront du communisme.

En plus de l’État, une des divergences de fond entre Marx et Bakounine était leur rapport au sous-prolétariat : une engeance parasitaire pour le premier ; un foyer révolutionnaire pour le second. Comment expliquer cette opposition théorique, et donc pratique ?

C’est effectivement une différence importante. D’une manière plus générale, il me semble qu’il y a une grande attention, chez Bakounine, aux dynamiques sociales qui sous-tendent toute révolution. De fait, cette catégorie de lumpenproletariat est assez étrange chez Marx, car elle recouvre, selon les textes, des milieux sociaux bien différents (il est parfois en haillons, mais, pour le dire en termes contemporains, il porte parfois aussi une Rolex et une gourmette en or) ; d’autre part, on ne peut qu’être frappé par les analogies qui existent, notamment dans des textes sur la question slave, entre les propos de Marx et Engels sur le lumpenproletariat et ce qu’ils disent par ailleurs des sociétés précapitalistes, les deux semblant avoir pour destin historique de servir d’hommes de main à la réaction. Maintenant, dire que ce que Marx et Engels appellent lumpenproletariat est nécessairement une force révolutionnaire pour Bakounine, ce serait abusif : d’abord parce que les contours de cette population chez les deux révolutionnaires allemands est tout sauf clair, mais aussi parce que Bakounine est conscient qu’il peut être difficile d’enrôler par exemple des bandits (il en parle dans le contexte de la Russie) au service de la révolution (même s’il estime qu’il faut tenter de le faire). En revanche, il y a de nombreux textes de Bakounine sur le phénomène du déclassement et ses conséquences politiques. On pourrait peut-être aller jusqu’à soutenir (ce que d’autres auteurs anarchistes, comme Landauer, feront après lui) que la révolution n’est pas une affaire de classe, mais de déclassement, au sens littéral du terme : si l’on en reste à sa position de classe, on ne fait jamais la révolution.


Onfray estime, dans Politique du rebelle, que Bakounine ne diverge de Marx que sur les moyens, en rien sur les fins : « Les deux croient à l’homme total, débarrassé de ses aliénations par le simple fait d’évoluer dans une société sans classe. » Frères ennemis, ces deux-là ?

Ah, cette mâle assurance qui permet de prononcer de belles phrases définitives et ronflantes sans s’embêter à citer les auteurs concernés ! C’est peut-être ça, un vrai philosophe… Blague à part, j’ai l’impression qu’il y a deux questions en une. D’abord, est-ce qu’on a cette croyance en l’homme total chez Bakounine, et même chez Marx ? Je n’en suis pas du tout convaincu. Il y a bien une période explicitement humaniste, chez Marx, c’est celle des Manuscrits de 1844, mais cela marque le tout début de son engagement communiste, qui est encore très peu déterminé, et par la suite, la thématique anthropologique sera toujours très problématique chez lui — en fait, on plaque la thématique de l’homme nouveau sur Marx. Quant à Bakounine, soutenir cela à son propos me paraît complètement fantaisiste. J’ai l’impression que dans la citation que vous mentionnez, Michel Onfray nous rejoue le coup de la bonne nature humaine à laquelle ces grands naïfs de révolutionnaires croiraient d’une manière impénitente. Là encore, il faut aller voir ce que les auteurs dont on parle racontent effectivement.

Pour ce qui est de Bakounine, on a beaucoup de textes qui parlent de la nature humaine, mais outre qu’ils la réinscrivent dans une histoire, ils sont beaucoup plus diserts sur ses mauvais aspects. Bakounine suggère plutôt que c’est une tâche révolutionnaire que de parvenir à des configurations sociales où les mauvais aspects de la nature humaine (égoïsme, vanité, cupidité, etc.) peuvent trouver à s’exprimer sans nuire aux autres. Et puis en second lieu, il y a la question des moyens et des fins. S’agissant de Bakounine, soutenir finalement que la fin peut demeurer la même quand on change de moyens, cela me semble aller complètement à l’encontre de ce qui fut le sens explicite de son engagement : si Bakounine est si pugnace sur la question de l’organisation de l’Internationale, c’est aussi parce qu’il considère qu’une organisation ouvrière autoritaire pourrait constituer le germe de cette bureaucratie rouge dont on parlait à l’instant — et aussi parce qu’il estime que la fin se construit dans les moyens (par exemple dans la mise en place de formes non autoritaires d’organisation, de coopératives, etc.).

Bakounine — à l’instar, en général, de toute la tradition anarchiste — s’est montré très hostile à l’endroit de Dieu et des religions instituées (ce qui fut moins le cas d’un Engels, d’un Marx ou d’un Lénine — ce dernier estimant par exemple que l’on diviserait à tort les travailleurs en faisant de l’irréligion un mot d’ordre). Cet athéisme militant vous semble-t-il toujours d’actualité ?

Ce qui est étonnant, finalement, c’est que Bakounine s’est exprimé lui-même contre le projet de faire de l’athéisme une condition pour entrer dans l’Internationale, alors par ailleurs qu’on connaît les nombreux textes qui décrivent son antithéologisme. Il me semble que la position de Bakounine est particulièrement intéressante, y compris pour aujourd’hui, parce qu’elle combine une forme radicale d’athéisme (qui n’est pas simplement de l’ordre de l’émancipation individuelle, mais repose sur une critique très intéressante des liens entre théologie et politique) et, en même temps, à la fois une conception de l’organisation ouvrière où ces questions doivent être débattues sans être tranchées officiellement, et une conception de l’organisation sociale comme devant permettre la liberté totale du culte — mais aussi son caractère intégralement privé. Par rapport aux débats contemporains sur la laïcité, qui sont tellement empoisonnés, c’est une position féconde : on peut tenir une totale liberté d’expression religieuse (et antireligieuse, évidemment) et une relégation de la pratique religieuse dans la sphère de l’initiative privée. Sur les deux plans, en France, on en est encore loin, puisque d’un côté on réprime le port de signes religieux chez les usagers des services publics (alors que la neutralité religieuse devrait être celle des institutions), tout en subventionnant les cultes, les écoles confessionnelles, etc. (de sorte que les impôts des libres penseurs servent à entretenir ce genre d’établissements).

Pour ce qui est de l’actualité de l’athéisme militant, sous la forme qu’il revêtait à l’époque de Bakounine, je suis plus réservé. Bakounine écrit à une époque où l’Église n’était séparée de l’État dans aucun pays européen, où la religion chrétienne possédait une véritable emprise sur la vie des individus et constituait un pouvoir politique. Même si ce n’est pas tout à fait fini (comme l’atteste la mobilisation de l’Église catholique en France contre l’extension de l’institution du mariage aux couples homosexuels), on a aujourd’hui souvent affaire à des formes d’extrémisme religieux qui se manifestent en dehors de l’État — même si parfois elles aspirent à le conquérir.

Vous écrivez que « la philosophie occupe une place particulière » chez Bakounine. Vous en faites même un « point de rencontre » unique entre les différentes tendances de son époque. C’est-à-dire ?

D’abord, Bakounine a reçu une formation philosophique — d’abord en Russie, où il s’est formé en autodidacte avec quelques amis, puis en Allemagne où il a entrepris de parfaire sa formation en philosophie allemande, et il s’est tenu au courant toute sa vie de l’actualité des courants philosophiques — on trouve même dans les textes de la fin quelques mentions de Schopenhauer. En revanche, il ne me semble pas qu’on puisse considérer Bakounine comme un philosophe : ses textes sont nourris de philosophie, quand il en a besoin, mais ses préoccupations ont vite cessé d’être théoriques. Par exemple, lorsqu’il construit théoriquement son antithéologisme, il mobilise des auteurs comme Feuerbach, Comte, ou les matérialistes allemands, mais son but n’est pas à proprement parler la recherche de la vérité : c’est parce que la religion, et plus précisément d’ailleurs la théologie, a été reconnue par lui comme une puissance néfaste qu’il estime nécessaire d’en extirper les racines théoriques. Alors en effet, Bakounine constitue un point de rencontre singulier entre différents courants philosophiques qui, à l’époque, n’ont guère dialogué : l’hégélianisme, le marxisme, le positivisme, le matérialisme scientifique — courants dont il a, je pense, une bonne compréhension. Mais ce qui me semble surtout intéressant, c’est la manière dont il remet en cause l’usage que la philosophie fait d’un certain nombre de concepts – l’État, l’histoire, la politique etc.

Camus, qui confia que Bakounine était « vivant » en lui, estimait pourtant qu’il existait dans son œuvre des inclinations « nihilistes et immoralistes » ainsi qu’un romantisme mortifère. Quel regard portez-vous sur cette analyse, que l’on trouve dans L’Homme révolté ainsi que dans sa polémique avec Gaston Leval ?

Soit dit en passant, on voit bien avec ce genre de propos qu’Onfray aimerait être Camus (d’ailleurs, son livre sur Camus, comme du reste tous ses autres livres, c’est un peu un livre sur lui-même), mais qu’il a encore du travail — notamment parce qu’à l’occasion de la polémique avec Leval, Camus a été capable de reconnaître qu’il avait caricaturé Bakounine. La difficulté avec l’essai de Camus, c’est de savoir à quoi au juste il fait allusion. Bien entendu, il ne s’agit pas de s’obstiner à défendre Bakounine à tout crin : il y a chez lui une tendance « négativiste », liée à la conviction qui était la sienne qu’il faisait partie d’une génération de destructeurs, et qu’une autre génération viendrait ensuite qui pourrait construire autre chose. Je ne sais pas si c’est du romantisme mortifère, ni même d’ailleurs du nihilisme au sens où l’entend Camus – l’usage de ce terme est d’ailleurs très problématique puisqu’il renvoie à un moment bien précis de l’histoire russe, dans lequel les textes de Bakounine ont pu jouer un rôle, mais sans qu’on puisse pour autant faire de Bakounine un nihiliste. Quant à l’immoralisme, je me demande dans quelle mesure Camus n’est pas ici pris au piège de la confusion entre les textes de Bakounine et ceux de Netchaïev. Cela étant, il y a un aspect discutable de l’activité de Bakounine, qui est le rôle qu’il fait jouer aux sociétés secrètes — même s’il n’y a sans doute pas lieu d’en faire l’épouvantail que Marx et ses amis en ont fait au moment de l’exclusion de Bakounine de l’AIT. Là encore, il me semble que le temps passé devrait nous permettre de lire les textes d’une manière critique plutôt que de prononcer des jugements à l’emporte-pièce.

 

Justement : Bakounine, comme vous l’avez écrit, a mauvaise presse dans le monde académique et auprès d’un plus large public : on l’accuse d’être tour à tour terroriste, barbare ou violent… À propos de sa conception de la violence, Leval notait justement dans La pensée constructive de Bakounine : « La légende a déformé la vérité ». Vous confirmez ? 

Quand on confronte ce que fut l’activité effective de Bakounine, et aussi ses écrits, à ce que l’on lit à son propos chez des gens qui ne l’ont probablement jamais lu, on se demande parfois si on parle de la même personne. Bakounine n’était pas non-violent, ce n’était pas un ange, c’était un révolutionnaire qui pensait que la révolution comportait nécessairement un moment de violence, ou comme il dit de déchaînement des mauvaises passions — mais c’est quelque chose qu’il enregistre comme un fait, pas quelque chose qu’il appelle de ses vœux. On est bien loin du portrait que dresse de lui le libéral Isaiah Berlin, celui d’un monstre prêt à patauger dans des flaques de sang… D’autant que si l’on veut aborder sérieusement cette question de la violence, il y a des textes tout à fait clairs de Bakounine à ce sujet. Bakounine refuse l’usage de la terreur, qu’on entende par là la pratique de l’assassinat individuel ou sa mise en œuvre systématique par un gouvernement révolutionnaire. Lorsqu’un jeune Russe, en 1866, tente d’assassiner le tsar, Bakounine, tout en rendant hommage à son courage, dit très clairement qu’une telle tentative, même couronnée (si j’ose dire) de succès ne sert à rien : un monarque prendra la place du monarque défunt. Bref, on reprend deux fois des nouilles, mais pas de quoi pavoiser. Quant à l’usage de la terreur par un gouvernement révolutionnaire, il n’est qu’à relire les passages dans lesquels Bakounine traite de la Révolution française pour se rendre compte que, selon lui, la tâche des révolutionnaires n’est pas d’attiser les mauvaises passions en tant qu’elles sont dirigées vers les personnes, mais de les tourner contre les choses et les institutions.

J’en suis venu à me demander d’où provenait cette réputation faite à Bakounine, mais aussi plus généralement à l’anarchisme : il y a bien un usage de la violence à différents moments de l’histoire du mouvement anarchiste, mais après tout, d’une manière bien moindre que celle de la plupart des courants politiques pour lesquels le monde académique fait preuve de davantage de révérence. Pour ne prendre qu’un exemple, notre chère République française ne s’est pas exactement construite sur des pétales de rose. Outre le fait qu’à un certain moment de l’Histoire du mouvement, des anarchistes ont pu faire un usage spectaculaire de la violence (ce qui n’est pas à négliger dans la construction d’un mythe), je me demande si cette réputation qui colle à Bakounine et aux anarchistes ne tient pas au fait qu’ils ne délèguent pas à autrui, et notamment pas à l’État, l’usage de la violence. Mais il faudrait sans doute revenir là-dessus plus en détail… Peut-être aussi, tout simplement, que les gens qui sont du côté du manche perçoivent la critique en acte des anarchistes comme une violence insupportable, mais bon, c’est leur problème…

Bakounine avait, en quelque sorte, prédit la déroute d’un régime fondé sur « la dictature du prolétariat » et le caractère « totalitaire » (si l’on ose l’anachronisme !) du socialisme centralisé d’État. Comment expliquer, selon vous, que le communisme ait, à l’échelle du monde, suscité bien plus d’adhésion que le socialisme libertaire ?

Cette idée d’un Bakounine prophétisant la catastrophe du socialisme d’État est séduisante, mais il faut s’en méfier, même si nombre de textes de lui adoptent ce ton prophétique. Rétrospectivement, ces textes sonnent en effet comme cela, mais il me semble que Bakounine pointe un danger très général, très vague finalement (et comment pourrait-il faire autrement ?), qui s’est actualisé d’une manière très précise par la suite. Aujourd’hui, évidemment, quand on lit « bureaucratie rouge », on imagine le gars qui remplit un formulaire pour t’envoyer au goulag… Pour revenir par ailleurs sur les termes de ta question, on ne peut malheureusement pas parler de déroute du prétendu socialisme d’État — certes il y a eu la déroute finale, mais il y a surtout eu l’hégémonie à peu près totale de cette version du marxisme, qui a conduit à jeter le discrédit sur tous les mouvements d’émancipation. De sorte que je dirais plutôt que le triomphe du socialisme d’État a conduit à la déroute du socialisme en général. C’est l’une des grandes catastrophes du XXe siècle.

Maintenant, expliquer en quelques mots cette victoire des formes autoritaires du socialisme sur ses formes libertaires, cela me semble difficile — d’autres que moi auraient sans doute moins de scrupules ! Plutôt que de tenter une explication hardie, je préfère me demander où est la victoire de ce prétendu socialisme, qui n’a triomphé qu’en se transformant en son ennemi. Alors si l’on veut, cela peut constituer une explication : ils ont gagné parce qu’ils se sont joints à des logiques de puissance qui étaient déjà des logiques dominantes — mais ce faisant, la cause qu’ils prétendaient défendre a été perdue.

On suppose que vous ne considérez pas Bakounine comme un objet d’études bon pour les musées anarchistes : que peut-il apporter à notre époque troublée ? 

Le côté « chercheur » en moi a forcément une tendance à s’intéresser à la grisaille des textes et des archives : il faut être un peu (beaucoup) obsessionnel pour faire de la recherche, et après tout, il n’y a pas de honte à ça, du moment qu’on ne vient pas faire la leçon aux militants à coup de grandes leçons savantes sur les auteurs sacrés. Et du coup, je vais commencer par vous décevoir : il y a des choses chez Bakounine qui me semblent datées, ou qui sont très dépendantes du contexte dans lequel elles ont été prononcées, ou encore qui ont un intérêt pratique limité pour nous, de sorte qu’il est difficile de leur trouver une actualité — outre la difficulté que pose, de toute façon, si on l’aborde un peu scientifiquement, l’idée selon laquelle un penseur né il y a deux siècles pourrait être actuel. Sans compter qu’il y a toujours l’écueil de la canonisation des grands ancêtres : « Bakounine l’avait bien dit ! Relis Bakounine, camarade ! » Heureusement, j’ai l’impression qu’on n’entend guère ce genre de phrases chez les anarchistes, qui ont un rapport à la fois tendre et ironique à leurs glorieux devanciers.

Mais vous avez raison, je n’aurais jamais travaillé sur Bakounine si je n’avais pas trouvé dans ses textes (et dans ceux de bien d’autres !) une source d’inspiration pour aujourd’hui. Et après tout, c’est bien l’essentiel : pour penser et agir aujourd’hui, de quelle énergie et de quels outils peut nous doter la lecture de Bakounine et l’itinéraire qui fut le sien ? Même si ce sont des choses qui m’intéressent, on se contrefout par exemple (et on a bien raison) de savoir quels éléments de l’antithéologisme de Bakounine sont empruntés à Comte, quels autres viennent de Feuerbach, etc. En revanche, je continue à trouver très beaux les textes sur la liberté et le sentiment de révolte, et digne de considération tout ce qu’il écrit sur (et contre) la nécessité historique, les rapports entre classe et révolution, sa conception de la politique et du politique. De fait, on trouve chez Bakounine ce qu’on peut attendre de toute théorie militante : des armes et des raisons de s’en servir.

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Analyse politique: Pourquoi l’oligarchie ressort-elle le marxisme du placard ?…

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“La peur du peuple est la maladie de tous ceux qui appartiennent à l’autorité, pour ceux qui sont au pouvoir, le peuple est l’ennemi.”

(Pierre Joseph Proudhon)

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 “Le capital et la terre doivent demeurer pour toujours la propriété collective de toutes les associations productives” (Michel Bakounine)

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“La Commune de Paris a été la première tentative de réalisation des principes du socialisme révolutionnaire et de remplacer l’État par l’autogestion du peuple… Alors que les socialistes autoritaires (marxistes) parlaient de capturer le pouvoir étatique, les anarchistes eux, demandaient en revanche la destruction et la liquidation de l’État.”

(Michel Bakounine)

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L’oligarchie rejoue la carte du marxisme

 

Résistance 71

 

Le 1er Mars 2013

 

On le constate depuis un moment dans les médias dits de masse tout aussi bien que dans certains médias alternatifs: il y a un regain d’intérêt pour le communisme autoritaire d’état (marxisme). Est-ce une coïncidence conjoncturelle à la situation économique mondiale, ou y a t’il autre chose ?

C’est ce que nous allons essayer d’analyser ici.

Depuis la chute de l’URSS en 1991, amorcée en 1989, le marxisme et ses apologistes des partis communistes nationaux avaient été obligés de mettre une sourdine et de rentrer quelque peu dans le rang. Les Partis Communistes européens avaient perdu leur audience ouvrière des années 1970-80 et le triomphe du capitalisme néolibéral depuis le milieu des années 1980 fut sans conteste. D’inepties économiques en corruption mégalomaniaque, le capitalisme s’est mué sous l’égide néolibérale, en un impérialisme monopolistique que l’on peut considérer de sans précédent dans l’Histoire. Le capitalisme monopoliste des grands cartels, s’il a toujours été présent, était quand même dans le passé, relativement tenu en laisse par les luttes sociales des masses de salariés et de paysans, qui avaient à la fois volume et intensité. Le réformisme et la trahison de la “gauche” a depuis changé la donne. Depuis le début des années 1990, il n’en va plus du tout de la sorte et l’hégémonie capitaliste n’en est que plus forte quand son opposition, de façade du moins, n’existe plus.

Débridés et sans scrupules aucuns, les monopolistes des cartels industriels et financiers ont décidé de porter l’assaut final sur nos sociétés en reconcentrant une dernière fois les richesses et donc le pouvoir en le moins de mains possible. Une seule façon de le faire: imploser pas à pas l’économie mondiale, pays par pays, région par région de façon à siphoner puissance économique et pouvoir politique vers le haut de la pyramide. Le but final étant l’effondrement total de l’économie, provoquant chaos et guerres généralisés (une guerre mondiale non thermo-nucléaire serait l’idéal pour l’oligarchie) et forçant les peuples à renoncer à leur souveraineté nationale au profit d’une gouvernance mondiale exercée au travers d’une régulation banquaire mondiale de la Banque des Règlements Internationaux (BRI) et de ses comparses du FMI et de la Banque Mondiale, le tout sous l’égide politique apparente de l’ONU dont la structure serait l’ossature provisoire de l’État mondial totalitaire, mais sous contrôle des cartels.

Ceci constituerait l’avènement planifié depuis longtemps du Nouvel Ordre Mondial, promu par tous les hommes d’état occidentaux depuis Bush père et son discours sur l’état de l’union de 1991, année qui vit aussi l’effondrement définitif du “vieil ennemi” fabriqué par l’occident qu’était l’URSS.

Ceci fit dire aux marxistes de toujours: Suite logique d’évènements puisque le contre-pouvoir révolutionnaire marxiste n’existe plus de manière significative.

Ceci mérite qu’on s’y attarde un peu.

Nous avons vu ici-même avec nos traductions de l’anglais des travaux du professeur Antony Sutton (Wall Street et la montée d’Hitler” et “Wall Street et la révolution bolchévique”) que l’oligarchie occidentale et principalement les oligarques en contrôle de la haute finance et de la grosse industrie anglo-américaines, ont joué un rôle primordial dans la création, l’entretien et le soutien des deux plus grandes manipulations historiques du XXème siècle: la création de l’URSS (1917) et de l’Allemagne nazie (élaborée par les cartels dès le traité de Versailles).

En France, un remarquable travail de recherche, d’une précision minutieuse, a été effectué par l’historienne Annie Lacroix-Riz sur la synarchie, la collusion de la grosse industrie et des banques franco-allemandes dans l’entre deux-guerres, qui mena les politiciens français à la botte des industriels et banquiers payeurs, à vendre la France à l’Allemagne par intérêt économico-politique (lire son remarquable ouvrage: “Le choix de la défaite” ). Sutton a fait le même travail côté anglo-américain et a abouti aux mêmes conclusions que notre historienne concernant l’Allemagne nazie. Il a fait de plus le même travail sur l’oligarchie industrio-financière américaine et la révolution russe de 1917 et il a abouti aux mêmes conclusions. Nous ne pouvons qu’encourager Mme Lacroix-Riz à effectuer le même travail de recherche en France, de suivre la piste de l’argent et du financement du PCF de sa création à aujourd’hui; y retrouver une triangulation Place du Colonel Fabien, Moscou, New York comme celle de New-York, Moscou, Hanoï n’aurait rien d’étonnant, mais tout ceci pour l’heure n’est que spéculation il est vrai.

Michel Bakounine, activiste et penseur anarchiste, s’était directement opposé à Marx et Engels au cours de la 1ère Internationale. Il écrivait ceci en 1872:

Les marxistes sont des adorateurs du pouvoir d’état et aussi des prophètes de la discipline politique et sociale. Ils sont les champions de l’ordre établi hiérarchiquement du haut vers le bas et ce toujours au nom du suffrage universel et de la souveraineté des masses auxquelles ils réservent la fortune et l’honneur d’obéir aux commandants, les maîtres élus. A l’encontre des marxistes, les anarchistes ont rejeté l’idée, même au plan d’une phase transitoire, de ‘convention nationale, d’assemblées constituantes ou d’une soi-disant dictature révolutionnaire, car la concentration du pouvoir en quelques mains devient rapidement et inévitablement une forme de réaction”. Ceci constitutait la différence majeure entre les marxistes et les anarchistes, différence qui perdure toujours de nos jours.

Nous renverrons nos lecteurs à la (re)lecture de détail des travaux de Sutton (ici et ici), mais concernant la révolution russe et l’avènement mondial du marxisme, qui nous préoccupent ici, voici un résumé de la situation de 1917 à 1972 date à laquelle le professeur Antony Sutton témoigna devant un comité du parti républicain et expliqua clairement l’origine de la création de l’URSS et comment celle-ci a pu se développer pour devenir ce qu’elle était devenue. En quelques mots: jamais elle n’aurait pu y parvenir sans l’aide financière et surtout les transferts de technologie clés en main opérés depuis les Etats-Unis et l’Europe. N’oublions pas le contexte temporel de cette audition de professeur Sutton: les Etats-Unis de Nixon sont alors en pleine déconfiture au Vietnam, technologiquement et militairement aidé par l’URSS, elle-même aidée par les industriels et banquiers américains et occidentaux. Le transfert de technologie des Etats-Unis vers l’URSS puis le transferts de la technologie soviétique aux Vietnamiens a fait que les Etats-Unis finançaient et vendaient indirectement et en toute connaissance de cause de la technologie à un gouvernement communiste, qui assistait ouvertement une autre nation communiste avec laquelle les Etats-Unis étaient officiellement en guerre !

Devant n’importe quelle cour de justice, ceci s’appelle de la haute trahison ! Ceci n’enlève rien bien entendu à la cause défendue par les Vietnamiens agressés et boutant les colonialismes français puis américain hors de ses murs, ceci n’est qu’un constat historique.

Revenons plus en arrière, en 1917, en notant au passage que les études du professeur Sutton se sont effectuées sur une période de plusieurs années, qu’il a étudié les fonds (archives) non seulement du ministère des affaires étrangères des Etats-Unis, mais les fonds militaires déclassifiés, ainsi que ceux des banques incriminées tout autant que les énormes archives du procès de Nüremberg entreposées au Hoover Institute de l’université Stanford en Californie où il fut professeur et maître de recherche… Sutton a été critiqué, ostracisé, ignoré, mais jamais attaqué, aucun procès en diffamation ne lui a jamais été intenté. Pourquoi, si tout ce qu’il dit est faux et “inventé” ? Pour la simple et bonne raison que l’establishment sait pertinemment que ses recherches sont justes et touchent des nerfs hyper sensibles de l’oligarchie qui y est exposée pour ce qu’elle est. Dès lors, il suffisait dans cette ère pré-internet, pour l’oligarchie de ne pas faire l’erreur d’attaquer Sutton, mais de l’ignorer et de faire en sorte que ses travaux et publications demeurent confidentielles. Ce qui fut fait: Sutton ne reçut aucune invitation sur les chaînes de radio et télévision pour promouvoir ses livres, ni ne fut jamais interviewé par les médias propagandistes de masse. Il était plus facile dans l’ère pré-internet de faire passer un intellectuel à la trappe que de nos jours…

Voici le plus succintement possible ce que Sutton découvre concernant la révolution russe de 1917 au fur et à mesure de ses recherches minutieuses:

  • Wall Street ne pouvait accepter une Russie libre et décentralisée et a donc œuvré pour y établir un système marxiste corrompu et centralisé
  • Après avoir été expulsé de France et d’Espagne en 1916, Léon Trotski (citoyen allemand et non pas russe…) arrive aux Etats-Unis en Janvier 1917. Il quittera New-York pour la Russie via le Canada quelques mois plus tard (en Mars 1917) en possession de 10,000 US$ qui lui furent donnés par Gregory Weinstein, fonds provenant d’Allemagne via le Volks Zeitung. Rappelons que le monde était en guerre à l’époque… contre l’Allemagne…
  • Le président américain Woodrow Wilson fit procurer à Trotski un passeport américain pour qu’il aille en Russie sans encombre promouvoir la révolution. Le passeport contenait un permis de passage russe et un visa de transit britannique.
  • Trotski a été arrêté le 3 Avril 1917 en escale dans le port D’Halifax au Canada par les autorités canadiennes. L’ordre est venue de l’amirauté de Londres de le relâcher. Il était contrôlé par Richard Crane, un ami personnel du président Wilson et financier, fondateur de la branche de l’entreprise Westinghouse en Russie.
  • L’argent et les crédits en possession de Trotski étaient d’origine allemande (n’oublions pas que l’Europe était en guerre et que les Etats-Unis entrèrent en guerre cette anneee là…), ceci représente légalement une “collusion avec l’ennemi”.
  • Au plus haut niveau, le politicien allemand qui autorisa le voyage de Lénine vers la Russie fut le chancelier Theobald von Bethmann-Hollweg, un descendant de la famille banquière de Francfort Bethmann, qui devînt très prospère au XIXème siècle.
  • Le 28 Novembre 1917 le président Woodrow Wilson lui-même ordonna la non-interférence avec la révolution se déroulant en Russie.
  • Wall Street avait déjà été impliqué dans le financement de la révolution chinoise de Sun Yat-Sen en 1912, financer la révolution russe entrait dans la continuité de la volonté oligarchique monopoliste de contrôler des marchés captifs.
  • Wall Street et ses financiers furent également impliqués dans la révolution mexicaine de 1915
  • Un banquier suédois international Olof Aschberg de la Nya Banken s’associe à la Guaranty Trust (JP Morgan) pour entrer au capital de la Ruskom Bank (Banque commerciale soviétique, créée en 1922)
  • Wall Street utilisa la mission de la Croix Rouge en Russie en 1917 comme couverture des contacts des intérêts banquiers représentés par la Guaranty Trust (JP Morgan) et la National City Bank. Sur 24 membres, 16 représentants de Wall Street étaient présents pour seulement 8 médecins et infirmières. Des membres de Wall Street, la banque de la réserve fédérale de New York (créée par Woodrow Wilson en 1913) était représentée par William Thomson, qui finançait également l’expédition en Russie. Dans un article du 2 Février 1918, le Washington Post publia un article stipulant que Thomson de la réserve fédérale avait contribué 1 million de dollars aux Bolchéviques. Le but officieux était de conserver la Russie comme marché pour l’industrie et la finance américaine après la guerre.
  • Création d’un cercle d’assistance financier à la nouvelle Russie soviétique, cercle auquel participèrent des banquiers américains, des banquiers tsaristes en exil et des banquiers européens. Leur but était financier et non pas idéologique.
  • L’American International Corporation (AIC) créée en Novembre 1915 par les intérêts des familles Morgan et Rockefeller fut impliquée dans le financement de la Russie soviétique. Un des directeurs de l’AIC en 1917 était J. Ogden Armour, un des directeurs de la National City Bank et en connexion directe avec le bureau soviétique (faisant fonction d’ambassade) ouvert à New York (et non pas à Washington comme toute délégation diplomatique aurait dû l’être…). Wall Street était motivé par les aspects commerciaux et d’investissements.
  • Voici ce que dit Lénine au congrès du PC de l’URSS en Mars 1921: “Sans l’assistance du capital, il sera impossible pour nous de conserver le pouvoir prolétarien dans un pays incroyablement ruiné dans lequel la paysannerie, tout aussi ruinée, constitue une majorité écrasante et bien sûr, pour obtenir cette assistance, le capital va nous presser de centaines de pourcents. Ceci est ce que nous devons comprendre. En l’occurence, ou bien ce type de relations économiques ou rien…” En l’occurence la NEP de Lénine était planifié depuis Wall Street et constitue une trahison de Lénine envers le peuple russe. Lénine en bon pion des banquiers et des industriels occidentaux a ouvert la Russie à l’esclavage de la dette et aux diktats de Wall Street et de la City.
  • Des transferts d’or commencèrent en 1920 depuis la Russie vers les banques américaines via la Norvège, Suède, Hollande et Allemagne
  • Le Guaranty Trust des Morgan, plus grand cartel financier des Etats-Unis à l’époque, a utilisé Olof Aschberg le banquier bolchévique, comme son intermédiaire en Russie avant et après la révolution de 1917
  • Dans un même temps les maisons JP Morgan et Rockefeller aidaient et finançaient l’opposition aux bolchéviques
  • Il existe des preuves documentées irréfutables que Ludwig Martens, le premier ambassadeur “soviétique” aux Etats-Unis était financé par des fonds de la Guaranty Trust des Morgan. En traçant le financement de Trotski aux Etats-Unis, on remonte à des fonds allemands. A cette époque, le trésorier des fonds d’espionage allemands aux Etats-Unis, Von Pavenstedt, était un important associé de la firme Amsinck & Co, propriété de l’AIC représentant les intérêts Morgan et Rockefeller.
  • La banque de la réserve fédérale de New York, le véhicule des fonds pour la Russie: l’American International, Corporation (AIC) et la société dont était l’administrateur le premier ambassadeur soviétique aux Etats-Unis Ludwig Martens, avaient tous pour adresse légale: 120 Broadway, New York City…
  • La banque russe du commerce Ruskombank, créée en 1922, choisit la Guaranty Trust comme seule représentant de ses intérêts aux Etats-Unis, Olaf Aschberg en devint le directeur avec Max May, un des vice-présidents de la Guaranty Trust (JP Morgan).

 

Nous pensons avoir établi le plus brièvement possible les liens entre la haute finance, la révolution russe et la jeune Union Soviétique. La question demeure: pourquoi ? Les intérêts des banquiers et des industriels ne sont-ils pas au contraire à l’opposé de ce que propose le communisme autoritaire d’état, représenté par le marxisme ?

Oui si on reste dans le leurre habituelle de la pensée manichéenne induite par l’oligarchie elle-même. Non si on regarde le problème sous un angle neuf, de derrière le rideau…

L’oligarchie de la haute finance et de la grosse industrie représente le capitalisme monopoliste, c’est à dire un capitalisme hautement privilégié qui détruit la concurrence et s’allie avec ceux, puissants, qu’il ne peut détruire. Les familles Morgan, Rockefeller, Mellon, Carnegie, Ford, Kuhn & Loeb en sont d’excellents exemples aux Etats-Unis avec les branches de la famille Rotschild bien sûr pour l’Europe, ainsi que les synarques français et européens évoqués par l’historienne Lacroix-Riz en France et en Europe de l’Ouest.

Ce capitalisme monopoliste est l’ennemi de la libre entreprise et de la liberté tout court. Il ne peut se développer de manière optimale que dans un contexte politique de centralisation étatique maximale. Cette centralisation est idéalement fournie par deux systèmes politiques à état fort, centralisé donc, qui permet le contrôle de l’économie avec un minimum de gens aux manettes: toutes les formes de fascismes et le marxisme appliqué en communisme autoritaire d’état. Voilà pourquoi le penseur et militant anarchiste Voline, qui participa à la création du premier soviet d’obédience anarchiste à St Pétersbourg en 1905, qualifia ces régimes de “fascisme brun” et “fascisme rouge”, car ils sont tous deux les deux faces de la même pièce étatique totalitaire, pilotée à distance par la grande oligarchie financière et industrielle. Pour faire court: Lénine, Trotski, Hitler, Mussolini, Franco, Mao, servaient tous les mêmes intérêts financiers et industriels. Ils n’étaient que des acteurs jouant la même pièce sur la mème scène et du même metteur en scène. Il suffit de tracer les financements pour constater ces faits.

Il n’y a en fait pas de conflit entre “capitalisme et communisme”, du moins en haut de la hiérarchie, tous servent les mêmes intérêts, la base elle, est manipulée et pilotée à dessein selon des conflits sociaux induits, ainsi il est évident dans la pratique, que les intérêts d’un patron d’usine et de son ouvrier divergent, c’est ainsi que la société se contrôle. Capitalisme et Communisme (qui n’est qu’un capitlaisme d’état avec sa litanie de privilèges pour ceux au pouvoir…) représentent les mêmes intérêts et en cherchant, en grattant la surface et en pompant l’écran de fumée protecteur mis en place par cette même oligarchie, nous nous rendons compte que les mêmes personnes ont aidé et mis au pouvoir au fil du temps Lénine, Trotski, Staline, Mussolini, Hitler, Franco, Mao, puis plus tard la ribambelle de dictateurs en Amérique du Sud, Pinochet & Co, le Shah d’Iran, etc. Tous les leaders socialistes qui refusèrent d’être contrôlés par l’oligarchie du capitalisme monopoliste ont été éliminés, le plus souvent physiquement: Che Guevara, Lumumba, Sankara, Allende, Nasser, Khadafi, Castro quant à lui ayant toujours la peau dure, as faute d’avoir essayé. Le capitalisme monopoliste qui régit le monde s’épanouit au sein d’état hyper-centralisés et tend aujourd’hui à muer la multitude plus difficilement contrôlable en une entité unique, ce que les oligarques et leurs exécuteurs des basses œuvres appellent le Nouvel Ordre Mondial.

L’URSS fut-elle toujours docile envers ses maîtres ? Vraisemblablement pas. Il y a sûrement eut des périodes plus serviles que d’autres et la décision fut prise de la torpiller en activant les rivalités internes, notamment religieuses.

Si l’oligarchie n’a plus besoin de l’épouvantail communiste qu’elle contrôle depuis le départ comme nous l’avons vu, alors pourquoi raviver la flamme récemment ?

Nous allons tenter maintenant de répondre à cette question.

Nous assistons depuis plusieurs mois dans les médias (non marxistes bien sûr) à une résurgence d’un créneau d’audience pour des commentaires de leaders communistes sur des faits politiques et sociaux. L’opposition (en est-ce bien une ?..) au capitalisme forcené et débridé renait-elle de ses cendres ? Ou bien cette “résurrection” est-elle provoquée à dessein ?

En gardant clairement à l’esprit que le marxisme “orthodoxe” et le communisme autoritaire d’état, représenté par les partis communistes nationaux ayant du reste renoncé à toute velléité révolutionnaire en entrant dans un réformisme aussi forcené que le capitalisme qui le nourrit, est une création du cartel banquier et industriel, il convient de constater que la réactivation des réseaux marxistes par l’oligarchie tient en fait d’une peur viscérale: celle du contre-pouvoir autogestionnaire, celle d’une société libertaire où les peuples s’organiseraient de la base en court-circuitant toutes les institutions d’état et privées.

C’est Bakounine qui fit capoter la 1ère internationale en mettant Marx et Engels devant leurs contradictions politiques et sociales, ceux-ci ne purent répliquer qu’en accusant Bakounine de vouloir “le pouvoir pour lui seul” et le firent évincer de l’internationale, lui et tous les anarchistes. La 1ère internationale ouvrière n’y survécu pas et se mua en seconde internationale de laquelle les anarchistes furent exclus. Réaction bien compréhensible venant de la part de gens pour qui l’état est tout et qui feignent de vouloir “l’abolir” à la fin des temps d’une dictature du prolétariat autant futile qu’hypocrite.

Le communisme autoritaire d’état (par opposition au communisme libertaire anti-autoritaire et anti-hiérarchique, fondé sur l’autogestion et la confédération de communes libres, d’où le nom de “communisme”) n’est en fait que le revers de la même médaille capitaliste. Il n’est que du capitalisme d’état au lieu d’être un capitalisme essentiellement privé. Il n’est que la force de coercition d’un parti unique, géré par des bureaucrates totalement dépendants des mêmes lois de marché inventés et contrôlés spéculativement par les capitalistes. Il n’est qu’un autre larbin du capital oppresseur, auquel on laisse développer sa petite nomenclature de privilégiés garante du bon déroulement des opérations, de la même manière que dans un état fasciste ou une soi-disant démocratie représentative.

Le point commun de ces systèmes est l’État, garde-chiourme essentiel du consensus du statu quo oligarchique et de la persistance des privilèges dans une société fondée sur la relation maître/esclave, gouverneur/gouverné, oppresseur/opprimé, exploiteur/exploité, relation que l’oligarchie a bien pris soin de faire envelopper de l’embalage pseudo-scientifique du darwinisme-social et de ses fadaises de “loi naturelle de la survie du plus apte”.

Or, depuis 2007, date de la création de la toute dernière crise financière puis économique en date, des mouvements populaires en Europe, en Amérique latine et du nord, tendent à lentement se diriger vers une prise de conscience de l’impasse induite et glissent vers une dissidence de plus en plus libertaire. Ceci est impensable pour l’oligarchie, car le communisme libertaire, pris au sens d’associations de communes libres autogérées depuis la base sans représentation élue (et donc contrôlable) signifie l’arrêt de mort de l’oligarchie, de ses privilèges et de sa bulle dorée monopoliste. L’idée libertaire, l’idée de rompre avec le système et de le remplacer par la dilution du pouvoir dans le peuple et l’autogestion économico-politique, fait gentiment son chemin, d’autant plus qu’elle n’est pas nouvelle et possède sa propre histoire.

Ceci représente l’horreur absolue pour les oligarques, car ceci signifie la perte absolue de tout contrôle sur la société à très courts termes. Donc pour eux, le choix est simple: il faut rediviser les peuples selon des clivages politiques fonctionnels et contrôlables. Les gens veulent du “socialisme communiste” parce que c’est tendance en période de crise ? Qu’à cela ne tienne, ressortons l’épouvantail poussiéreux marxiste-léniniste et trotskiste et gardons le contrôle de la foule en colère au travers d’un leadership vendu, réformiste et non-révolutionnaire, picorant dans la main du pouvoir étatico-financier, comme tous les dirigeants des Partis Communistes nationaux et des syndicats foie jaune pour qui le réformisme et l’arrondissage des angles est un gagne-pain devenu rente. Le but est de récupérer et de chapeauter les mécontents en mal de “socialisme” et de les canaliser dans des réseaux déjà noyautés et qui ont fait leur preuve dans la futilité et l’inéficacité radicale induite.

Voici brièvement le pourquoi nous assistons au ravivement, pour l’heure encore timide, des fantômes du passé marxiste.

La voie marxiste du socialisme est non seulement éculée, mais également totalement biaisée et tordue dès le départ: elle ne fait que renforcer le capitalisme et son cerbère l’état, au détriment de l’intérêt général des peuples. Cette voie est de plus la voie non seulement d’un larbinisme réformiste, mais à la lumière de ce que nous avons vu ici et les preuves existantes que la “grande expérience marxiste” de l’URSS et de la Chine populaire n’était et ne sont en fait que le financement par les capitalistes monopolistes de leur rente future tout en muselant un grand segment de la population mondiale tenu captif de la loi des marchés totalement inventée et forcée sur le monde par les mêmes criminels. L’exemple actuel de la Chine est édifiant à ce sujet, mais ceci nous emmènerait trop loin et serait matière à un billet à part entière.

Il n’y a pas de solutions au sein du système, ni dans la réforme de la soi-disant démocratie représentative, ni dans le réformisme bourgeois d’un marxisme obsolète et complice de l’oppression car en faisant partie intégrante. Il est de plus en plus évident que la solution pour l’humanité réside dans la dissolution du pouvoir politique dans les peuples, de l’autogestion économique et politique de nos sociétés en commençant par la base des communes libres unies en confédérations volontaires.

Quand le mot d’ordre de 1917 et 1918 en Russie était: “Le pouvoir aux Soviets”, c’est de cela qu’il s’agissait, car le concept même de “soviet” qui veut dire assemblée en russe, est un concept anarchiste, anarchistes qui furent nombreux au début à fonder et à faire fonctionner ces soviets, puis qui furent éliminer par le pouvoir totalitaire de l’état centralisé ayant trahi ces mêmes soviets que le peuple demandait. Lénine et Trotski étaient des vendus, des traitres à l’intérêt général et les agents des intérêts particuliers du capitalisme monopoliste. Staline reprit le flambeau de la traîtrise et ce n’est pas non plus un hasard si certains tentent de le réhabiliter. Oui l’URSS fut le véritable vainqueur du nazisme, oui le grand peuple russe a héroïquement résisté à l’envahisseur nazi, lui-même financé par les mêmes banquiers et industriels que les maîtres du Kremlin.

Ceci n’est plus du cynisme… C’est de la haute voltige criminelle !

En conclusion de son ouvrage de recherche “Wall Street et la montée d’Hitler”, Sutton écrivait ceci:

« Les crises et guerres périodiques sont utilisées pour obtenir un soutien pour des autres cycles de pillage-récompense, ce qui a pour effet de resserrer le nœud coulant autour du cou des libertés individuelles. Bien sûr nous avons également les hordes d’éponges intellectuelles, d’hommes d’affaire amoraux et de profiteurs, pour agir comme les récipients non productifs du pillage.
Arrêtons le cycle du pillage et de la récompense immorale et les structures élitistes s’effondreront. Mais pas avant qu’une majorité ne trouve le courage moral et la force intérieure de rejeter ce jeu truqué du quelque chose pour rien et de le remplacer par des associations volontaires, des communes volontaires ou des réglementations locales et des sociétés décentralisées, pour que cesse enfin le meurtre et le pillage. »

Sa recherche a mené le professeur Sutton d’un certain conservatisme à une pensée libertaire. Il en va de même pour des membres de l’intelligentsia anglo-saxonne socialisante, marxisante à la base, pour revendiquer ou non leurs idées anarchistes, comme par exemple Noam Chomsky ou Howard Zinn.

Ainsi l’autogestion, le boycott des institutions étatiques et privées incluant le vote, la désobéissance civile et la confédération des communes libres à l’échelle planétaire, avec toute la palette de nuances sociales possibles, s’affirme comme la solution du futur, parce que nous ne voulons plus survivre… Nous voulons vivre pleinement et surtout vivre émancipés et enfin libres !

 

Fraternellement votre

 

Résistance 71