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Vivre autrement… L’autogestion et les collectifs espagnols 1936-39 ~ 2ème partie ~

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Collectivisations industrielles durant la révolution espagnole 1936-39 (2ème partie)

 

Deirdre Hogan

 

21 Mai 2015

 

url de l’article en français:

http://www.autogestion.asso.fr/?p=5158

http://www.autogestion.asso.fr/?p=5199

 

1ère partie

2ème partie

 

Place à la créativité

Les tramways de Barcelone

Comme cela était le cas avec les collectivisations dans la campagne, l’autogestion ouvrière dans les villes s’accompagnait d’une remarquable amélioration des conditions de travail et de productivité. Prenons pour exemple les tramways de Barcelone. Cinq jours après la fin des combats, les lignes de tramways ont été dégagées et réparées et 700 tramways ont été mis en service, au lieu des 600 habituels, tous peints avec les couleurs rouge et noir de la CNT-FAI. L’organisation technique des tramways et de la circulation a été améliorée, de nouveaux systèmes de sécurité et de signalisation ont été mis en place et les lignes de tramways ont été étendues. Une des premières mesures de la collectivisation des tramways a été le renvoi des directeurs excessivement payés, ce qui a permis de réduire le prix pour les passagers. Les salaires se rapprochaient d’une égalité totale avec les travailleurs qualifiés qui ne gagnaient qu’une peseta de plus que les autres. Les conditions de travail ont été largement améliorées avec l’apport de nouveaux locaux pour les travailleurs. Un nouveau service médical a été organisé qui couvrait non seulement les travailleurs mais aussi leurs familles.

La  socialisation de la médecine

La socialisation de la médecine a été une autre réalisation remarquable de la révolution. Après le 19 juillet, les personnels religieux qui administraient les services sanitaires ont disparu du jour au lendemain des hôpitaux, des dispensaires et des autres institutions de charité, imposant l’improvisation immédiate de nouvelles méthodes d’organisation. À cet effet, le syndicat des services sanitaires s’est constitué en septembre 1936 à Barcelone et après quelques mois se composait de 7000 professionnels de la santé, parmi lesquels 1000 étaient des docteurs avec diverses spécialisations. Inspiré par un idéal social, l’objectif du syndicat était de réorganiser la pratique de toute la médecine et des services de santé publique. Ce syndicat était membre de la Fédération nationale pour la santé publique, une section de la CNT qui en 1937 comptait 40 000 membres.

La région de Catalogne était divisée en 35 centres d’importances variables, dépendant de la densité de la population de telle façon qu’aucun village ou hameau ne soit sans protection sanitaire et soins médicaux. En un an, dans la seule Barcelone, six nouveaux hôpitaux ont été créés, dont deux militaires pour les blessés de guerre, ainsi que neuf nouveaux sanatoriums installés dans diverses propriétés expropriées en différents endroits de Catalogne. Alors qu’avant la révolution, les docteurs se concentraient dans les régions riches, ils étaient désormais envoyés là où on en avait le plus besoin.

Usines et ateliers…

Dans les usines aussi, l’innovation était au rendez-vous. De nombreux lieux de travail, une fois sous contrôle des travailleurs, ont été reconvertis pour la fabrication de matériel de guerre à destination des troupes anti-fascistes. C’était le cas de la métallurgie de Catalogne qui a été complètement repensée. À titre d’exemple, quelques jours après le 19 juillet, la société de construction automobile Hispano-Suiza a été transformée en usine de fabrication de véhicules blindés, d’ambulances, de fusils et de munitions à destination du front. Un autre exemple est l’industrie optique qui n’existait quasiment pas avant la révolution. Les petits ateliers éparpillés un peu partout ont été volontairement regroupées dans un collectif qui a construit une nouvelle usine. « En peu de temps, l’usine a su produire des lunettes, des télémètres, des binoculaires, des instruments de surveillance, des verres industriels de différentes couleurs et quelques instruments scientifiques. Elle construisait et réparait aussi des équipements destinés aux différents fronts… Ce que les capitalistes n’ont pas réussi à faire a été accompli par la capacité créative des membres de l’Union des travailleurs de l’optique de la CNT » 1

Un bon exemple de la taille de certains collectifs industriels était l’industrie textile qui fonctionnait efficament et employait « au moins un quart du million de travailleurs du textile des nombreuses usines éparpillées dans différentes villes… La collectivisation de l’industrie textile démonte une bonne fois pour toute cette légende qui voudrait que les travailleurs soient incapables de gérer une grande entreprise. » 2

L’une des premières étapes vers la construction d’une société anarchiste est l’égalisation des salaires. Ceci est nécessaire afin de mettre un terme aux divisions de la classe travailleuse, divisions qui ne servent qu’à l’affaiblir en tant que telle. Dans les collectifs industriels, cela ne s’est pas souvent produit immédiatement et il existait parfois de très faibles différences entre les techniciens et les autres travailleurs. Les salaires étaient décidés par les travailleurs eux-mêmes aux assemblées générales des syndicats. Lorsque des différences, entre ceux qui avaient des responsabilités techniques et les autres, étaient acceptées par la majorité, ceci était souvent vu comme une mesure temporaire pour éviter de provoquer des conflits à cette étape de la révolution et pour assurer à tout prix la continuité de la production. Les hauts salaires des dirigeants étaient abolis et les anciens patrons avaient la possibilité de quitter ou de travailler comme les autres, ce que souvent ils acceptaient.

Avec la fin du profit privé comme facteur principal de motivation dans l’organisation de l’industrie, les industries pouvaient être réorganisées d’une façon plus efficace et rationnelle. Par exemple, il y avait de nombreuses unités de génération d’électricité éparpillées dans toute la Catalogne qui produisaient de petites quantités insignifiantes et qui, mis à part le bénéfice que pouvait en retirer son propriétaire, n’avaient aucun intérêt. Le système de fourniture d’électricité a été totalement réorganisé, avec fermeture des unités inutiles. Au final, l’économie de travail pouvait être utilisée pour des améliorations tel ce nouveau barrage près de Flix, construit par 700 travailleurs, qui a permis d’augmenter considérablement l’électricité fournie..

Participation des femmes dans les collectifs

Un changement majeur apporté durant la révolution était l’inclusion massive des femmes dans la force de travail. La CNT commençait à sérieusement promouvoir la syndicalisation des travailleuses. Dans l’industrie textile, le travail aux pièces pour les femmes a été aboli et les travailleurs à domicile intégrés dans les usines, ce qui signifiait généralement une augmentation des salaires et des heures travaillées. La prise en charge des enfants et du ménage était cependant toujours réservée aux femmes et beaucoup de femmes trouvaient difficile de combiner les deux. De temps en temps, la prise en charge des enfants était dispensée par le collectif. Par exemple, les syndicats du bois et du bâtiment de Barcelone, tout en construisant une zone récréative avec piscine, ont reconverti une église en garderie et école pour les enfants des travailleurs.
Les « Femmes libres », l’organisation féminine anarchiste, ont organisé des « secciones de trabajo » – section de travail – qui intervenaient dans des secteurs spécifiques du commerce et de l’industrie et coopéraient avec les syndicats respectifs de la CNT. Ces « secciones de trabajos » ont aidé à la mise en place des garderies dans les usines et les ateliers et ont aussi constitué des écoles et centres de formation pour permettre aux femmes de travailler dans les usines. Ces programmes éducatifs ont aidé les femmes à accéder au travail qui était, jusqu’à présent, réservé aux hommes. Par exemple, l’une des premières femmes habilitées à conduire des tramways à Barcelone décrivait ainsi son travail : « Ils nous ont pris comme apprenties, mécaniciennes ou conductrices, et nous ont réellement appris ce qu’il fallait faire. Si vous aviez pu voir la tête des passagers [quand le conducteur était une femme], je crois que les camarades des transports, qui ont été si gentils et coopératifs à notre égard, se seraient fait plaisir. » 3

Cependant, il est inexact de prétendre que les femmes ont réussi à établir l’égalité dans les collectifs. Des différences de rémunération entre hommes et femmes continuaient à exister. De même, à l’exception de quelques cas exceptionnels, les femmes étaient sous-représentées dans les comités d’usine et autres positions électives à l’intérieur des collectifs. Le maintien du rôle domestique traditionnel de la femme était sans aucun doute un des facteurs qui contribuait à limiter une participation plus active des femmes dans les collectifs et cette question, comme d’autres qui touchaient les femmes en particulier (comme les congés maternité) n’étaient pas la priorité du moment. Même si de nombreuses femmes ont rejoint la force de travail durant la révolution, l’égalité dans la répartition des revenus n’était pas atteinte. Parce que la vision anarcho-syndicaliste de l’organisation sociale était basée sur la force de travail, les personnes qui n’étaient pas dans les collectifs de travail se trouvaient effectivement exclues des processus de décisions dans les domaines économique et social.

Difficultés et faiblesses

Limites

La révolution dans les campagnes était plus avancée que les collectivisations qui ont eu lieu dans les régions industrielles. Beaucoup de collectifs agricoles ont réussi à atteindre un stade de communisme libertaire fonctionnant sur le principe « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ». La production comme la consommation étaient socialisées. « Chez eux, il n’y avait plus de différences de niveau de vie ou d’intéressement, plus de conflit d’intérêt entre groupes plus ou moins séparés. » 4 Ceci n’était pas le cas de la collectivisation dans les villes où des aspects de l’économie monétaire capitaliste continuaient d’exister ainsi qu’une proportion significative de la bourgeoisie, des institutions étatiques et des partis politiques traditionnels. La collectivisation était limitée à l’autogestion ouvrière des lieux de travail dans le contexte du capitalisme, avec des travailleurs faisant fonctionner les usines, vendant des biens et partageant les profits. Ceci a conduit Gaston Leval à décrire les collectifs de travail comme une sorte de « néocapitalisme, une autogestion faisant le pont entre le capitalisme et le socialisme, dont le maintien n’aurait pu se faire si la révolution avait été capable de s’étendre pleinement sous la direction de nos syndicats. » 5

Que s’est-il passé ?

Quoiqu’il en soit, la révolution a été incapable de s’étendre elle-même principalement parce qu’il y avait un défaut de consolidation politique de ces avancées dans le contrôle des usines à la base et la poursuite du travail de socialisation. Au lieu d’abolir l’État au déclenchement de la révolution, lorsqu’il avait perdu en crédibilité et n’existait que par lui-même, on l’a autorisé à poursuivre son existence dans le cadre d’une collaboration de classe sous la direction de la CNT (au nom de l’unité antifasciste), lui rendant ainsi sa légitimité. C’est ainsi qu’il y a eu une période de double pouvoir dans lequel les travailleurs en avaient une grande part dans les entreprises et dans la rue mais dans lequel l’État était capable de reconstruire lentement sa base jusqu’à ce qu’il puisse à nouveau agir contre la révolution et reprendre le pouvoir. Les défauts économiques de la révolution – le fait que le système financier n’était pas socialisé, que la collectivisation manquait d’unité à l’échelle nationale, que les collectifs de travail n’ont pas été plus loin qu’au mieux une coordination à l’échelle de l’industrie – est inextricablement lié à cette erreur politique majeure qui constitue une trahison des principes anarchistes.

Afin de réaliser le communisme libertaire avec une production basée sur les besoins et une propriété commune des moyens de production et de ce qui est produit, il était nécessaire de remplacer le système financier capitaliste par une économie socialisée alternative basée sur l’unité fédérative de la totalité de la force de travail comme moyen de prendre des décisions pour la totalité de l’économie. Ceci exige la formation de congrès des travailleurs et une structure de coordination fédérale qui unifiera les collectifs de tout le pays afin de permettre une planification et une coordination effective pour l’économie dans son ensemble. Ce nouveau système d’organisation politique et économique doit remplacer le gouvernement et l’économie capitaliste de marché. Comme Kropotkine le disait, « une nouvelle forme d’organisation économique nécessitera obligatoirement une nouvelle forme de structure politique. » 6 Cependant, tant que la structure politique capitaliste – pouvoir d’État – se maintiendra, la nouvelle organisation économique ne pourra pas se développer et la coordination complète de l’économie était contrariée.

Contre-révolution

Les collectifs industriels ne pouvaient avancer de la même façon que les collectifs agricoles « à cause de facteurs contradictoires et d’une opposition créée par la co-existence d’antagonismes sociaux émanant de différentes classes. » 7 Dans la ville industrielle d’Alcoy, par exemple, où les syndicats avaient immédiatement obtenu le contrôle de toutes les industries sans exception, l’organisation de la production était excellente. Cependant, Leval soulignait que « le point faible était, comme ailleurs, l’organisation de la distribution. Sans l’opposition des commerçants et des partis politiques, effrayés par la menace d’une socialisation totale, qui combattaient ce programme ‘trop révolutionnaire’, il eut été possible de faire mieux… Pour les socialistes, républicains et communistes qui cherchaient à empêcher notre succès, y compris par le rétablissement de l’ordre ancien ou le maintien de ce qu’il en restait. » 8 Les forces contre-révolutionnaires étaient capables de s’unir dans leur opposition aux changements révolutionnaires qui avaient lieu en Espagne et d’utiliser le pouvoir d’État pour s’en prendre aux collectifs. Depuis le début, l’État a conservé le contrôle de certaines ressources, telles que les réserves d’or. À travers le contrôle des réserves d’or et le monopole du crédit, l’Etat républicain était capable de prendre certains aspects de l’économie en dehors du contrôle de la classe ouvrière et de miner ainsi les progrès de la révolution.

Afin de reprendre le contrôle sur les collectifs, de minimiser leur rôle et de s’opposer aux avancées de la classe ouvrière dans le sens d’une unification et d’une régulation économique par le bas, l’État catalan a émis le décret de collectivisation d’octobre 1936. Ce décret « légalise » les collectifs tout en les empêchant de se développer vers le communisme libertaire en obligeant chaque atelier et chaque usine à vendre ce qu’il produit de façon indépendante. L’État a tenté de contrôler les collectifs à travers le décret en créant des comités administratifs qui étaient responsables devant le ministère de l’économie. Le décret ne permettait aussi que la collectivisation des usines de 100 travailleurs et plus.

Comme nous l’avions précédemment indiqué, les militants de la CNT ont combattu ce système pour lui préférer une plus grande coordination entre les lieux de travail. Dans leur presse et leurs réunions de syndicat et de collectif, ils travaillèrent à convaincre leurs collègues des dangers de la collectivisation partielle, de la nécessité de conserver le contrôle de la production dans leures seules mains et d’éliminer la bureaucratie que le décret de collectivisation tentait de créer. Ils n’y ont que partiellement réussi et le collectif industriel tendait vers plus de socialisation. Cependant, ils ont souffert de difficultés à obtenir des matières premières ainsi que d’attaques contre-révolutionnaires permanentes. Des tentatives de sabotage ont eu lieu contre le fonctionnement des collectifs. Ceci inclut des ruptures de livraison en provenance de la campagne et le refus systématique de financement et d’approvisionnement en matières premières pour de nombreux collectifs, y compris ceux de l’industrie de guerre, à moins qu’ils n’acceptent le contrôle de l’État.

C’est ainsi qu’en mai 1937, des batailles de rues éclatent lorsque les troupes du gouvernement se retournent contre les collectifs urbains tels que le centre téléphonique de Barcelone contrôlé par la CNT. En août 1938, toutes les industries de guerre ont été placées sous le contrôle direct du gouvernement.

« Dans tous les cas où les collectifs ont été sabordés, il y eut une chute substantielle de la productivité et du moral : un facteur qui contribuera sans doute à la défaite finale de la République espagnole devant les troupes franquistes en 1939. » 9

Conclusion

En dépit des limites de la révolution industrielle en Espagne, il a été démontré clairement que la classe ouvrière est parfaitement capable de diriger des usines, ateliers et services publics sans patrons ou managers qui les dirigent. Il est démontré que les méthodes anarchistes d’organisation, avec des décisions construites du bas vers le haut, peuvent très bien fonctionner avec une industrie à grande échelle impliquant la coordination de milliers de travailleurs répartis dans différentes villes. La révolution nous a aussi donné un aperçu du pouvoir créatif et constructif des gens ordinaires une fois qu’ils ont le contrôle de leur vie. La classe ouvrière espagnole ne s’est pas contentée de maintenir la production durant la guerre mais a, dans bien des cas, réussi à l’augmenter. Ils ont amélioré les conditions de travail et inventé de nouvelles techniques et procédés sur leurs lieux de travail. Ils ont créé, à partir de rien, une industrie de guerre sans laquelle la guerre contre le fascisme n’aurait pu être menée. La révolution a aussi montré que sans la concurrence inhérente au capitalisme, l’industrie peut être organisée d’une façon bien plus rationnelle. Finalement, elle a démontré combien la classe ouvrière organisée et inspirée par un grand idéal a le pouvoir de transformer la société.

Notes:

  1. The Anarchist Collectives: Workers’ Self-management in the Spanish Revolution, 1936-1939, Ed. Sam Dolgoff, Free Life Editions, 1974, chapitre 7. http://www.struggle.ws/spain/coll_innov.html
  2. Augustin Souchy, Collectivization in Catalonia, http://www.struggle.ws/spain/coll_catalonia_dolgoff.html
  3. Pura Perez Arcos cité par Martha A. Ackelsberg, Free Women of Spain, anarchism and the struggle for the emancipation of women, Indiana University Press, 1991, chapitre 5, page 125.
  4. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, chapitre 11, page 227.
  5. ibid, chapitre 11, page 227.
  6. Kropotkin cité dans The anarchist FAQ, I.8.14, http://www.geocities.com/CapitolHill/1931/secI8.html#seci814
  7. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, chapitre 11, page 227
  8. ibid, chapitre 11, page 239.

Lucien Van Der Walt, The Collectives in Revolutionary Spain, http://www.struggle.ws/spain/coll_l.html

Vivre autrement… L’autogestion et les collectifs espagnols 1936-39 ~ 1ère partie ~

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Si la révolution sociale espagnole a fait des erreurs et fut vaincue par la coalition étatique tout azimut (fascismes bruns, fascisme rouge stalinien, monarchies et république dite « modéré »), elle ne nous en a pas moins laissé de superbes exemples d’autogestion populaire ouvrière et paysanne dans un climat de guerre civile.

Apprenons des collectifs espagnols et de l’organisation autogérée car c’est la seule solution viable pour l’humanité future. Ils nous ont montré une certaine voie qu’il faudra adapter à la vie moderne, mais les fondements sont universels et appliqués depuis des millénaires.

— Résistance 71 —

 

Collectivisations industrielles durant la révolution espagnole 1936-39 (1ère partie)

 

Deirdre Hogan

 

7 Mai 2015

 

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1ère partie

2ème partie

 

Même si c’est dans les campagnes que les socialisations anarchistes les plus systématiques ont eu lieu, la révolution a aussi été une réalité dans les villes. En Espagne à cette époque, au moins deux millions de personnes, sur une population totale de 24 millions, travaillaient dans l’industrie, 70 % de celle-ci étant concentrée sur une seule région, la Catalogne. Ici, dans les heures qui ont suivi l’offensive fasciste, les travailleurs ont pris le contrôle de 3000 entreprises. Ceci incluait tous les services de transport, de livraison, d’électricité et d’énergie, de gaz et de traitement des eaux, les usines d’automobiles et de mécanique, les mines, les cimenteries, les usines de textile et de papiers, les centrales chimiques et électriques, les usines de bouteilles en verre, les parfumeries, l’agro-alimentaire et les brasseries.

C’est dans les zones industrielles que les premières collectivisations ont eu lieu. La veille du putsch militaire, une grève générale avait été appelée par la CNT. Une fois la période des premiers combats passée, il était clair que l’étape suivante consistait à s’assurer que la production allait se maintenir. Une bonne partie de la bourgeoisie favorable au général Franco a fui après la défaite de l’insurrection des forces armées. Les usines et ateliers possédés par ceux-ci furent immédiatement saisis et remis en route par leurs travailleurs. D’autres secteurs de la bourgeoisie refusaient de maintenir les usines en fonctionnement et les fermaient, ce qui revenait à aider indirectement Franco. La fermeture des usines et ateliers augmentait le chômage et la pauvreté, ce qui faisait le jeu de l’ennemi. « Les travailleurs l’ont instinctivement compris et ont mis en place dans presque tous les ateliers des comités de contrôle qui avaient comme objectif de surveiller la progression de la production et de vérifier la situation financière des propriétaires de chaque établissement. Dans de nombreux cas, le contrôle était transféré à un comité de direction dans lequel les patrons étaient traités de la même façon que les travailleurs et payés de façon identique. C’est ainsi qu’un nombre significatif d’usines et d’ateliers de Catalogne passèrent dans les mains des travailleurs présents. » 1

Il était de la plus haute importance de créer, sans tarder, une industrie de guerre capable de fournir le front et de remettre en fonctionnement les systèmes de transport afin d’acheminer les milices et les munitions sur le front. C’est ainsi que les premières expropriations d’industries et de services publics ont eu lieu afin d’assurer une victoire sur le fascisme, permettant aux militants anarchistes de profiter de la situation pour avancer dans leurs objectifs révolutionnaires.

Le rôle de la CNT

Cette révolution sociale se comprend mieux si elle est replacée dans le contexte d’une histoire relativement longue de traditions ouvrières et de luttes sociales. La CNT, qui était la force motrice des collectivisations, existait depuis 1910 et rassemblait 1,5 million de membres en 1936. Le mouvement anarcho-syndicaliste a existé en Espagne depuis 1870. De sa naissance à la réalisation, certes partielle, de son idéal ultime durant cette révolution sociale, il avait une histoire d’engagements permanents dans des luttes sociales intenses, « grèves partielles et générales, sabotages, manifestations publiques, rassemblements, luttes contre les casseurs de grève, emprisonnements, déportations, procès, soulèvements, lock-outs et même quelques attentats. » 2

Les idées anarchistes étaient très répandues en 1936. La diffusion des publications anarchistes de cette époque nous en donne une idée : il y avait deux quotidiens anarchistes, l’un à Barcelone, l’autre à Madrid, tous deux organes de la CNT avec une diffusion comprise entre 30 000 et 50 000. S’y rajoutaient dix périodiques en plus de quelques revues anarchistes dont la diffusion pouvait aller jusqu’à 70 000. Dans tous les papiers, pamphlets et livres anarchistes, comme dans leurs syndicats et réunions de groupe, la question de la révolution sociale était continuellement et systématiquement débattue. Ainsi, la nature radicale de la classe ouvrière espagnole, politisée par la confrontation et les luttes, conjuguée à l’influence des idées anarchistes signifiait que dans une situation révolutionnaire, les anarchistes étaient capables d’obtenir un soutien populaire massif.

La CNT avait comme fondement une profonde tradition démocratique. Les décisions concernant tout sujet local et immédiat tel que les salaires et conditions de travail étaient dans les mains des adhérents locaux qui se rencontraient régulièrement en assemblée générale. L’aide mutuelle et la solidarité entre les travailleurs était encouragée et présentée comme le facteur essentiel du succès d’une grève.  La CNT organisait tous les travailleurs sans distinction de qualifications. En d’autres termes, les travailleurs étaient encouragés à ne former qu’un seul syndicat avec des sections pour chacune des industries plutôt que des syndicats différenciés par métier à l’intérieur d’une industrie. Autant la tradition démocratique que la nature industrielle du syndicat ont fortement influencé les structures des collectifs révolutionnaires, qui généralement, sont nés à partir et formés par les syndicats de l’industrie déjà en place.

Un autre aspect important de la CNT qui a pesé en faveur de la révolution était l’utilisation de l’action directe. « La CNT a toujours préconisé ‘l’action directe par les travailleurs eux-mêmes’ comme moyen de résolution des conflits. Cette politique encourageait la réciprocité et la confiance en soi à l’intérieur du syndicat et de ses membres, ce qui formait une culture de type ‘si on veut quelque chose, mieux vaut le faire soi-même’ » 3. Au final, la structure fédérale de la CNT qui était basée sur l’autonomie locale et avait créé une forme stable tout en étant fortement décentralisée, a encouragé les initiatives et la confiance en soi, qualités indispensables qui ont grandement contribué au succès de la révolution.

Gaston Leval souligne l’importance qu’a cette culture de la démocratie directe et de la la réciprocité lors des situations révolutionnaires lorsqu’il compare le rôle de la CNT à celui de l’UGT lors de la collectivisation des chemins de fer. Décrivant la manière hautement organisée, efficace et responsable avec laquelle les transports ferroviaires ont été remis en service sous contrôle révolutionnaire en seulement quelques jours, il écrit « Tout ceci a été réalisé sur la seule initiative des syndicats et militants de la CNT. Ceux de l’UGT qui prédominaient parmi les personnels administratifs sont restés inactifs, tellement habitués qu’ils étaient à obéir aux ordres émanant d’en haut, qu’ils attendaient. Ne recevant ni ordre, ni contre-ordre, et voyant nos camarades aller de l’avant, ils ont fini par suivre la puissante vague qui nous a tous portés. » 4

Cette histoire de luttes et d’organisation ainsi que la nature anarcho-syndicaliste de leur syndicat a donné aux militants de la CNT l’expérience nécessaire d’auto-organisation et d’initiatives qui a pu naturellement et effectivement être réutilisée le moment venu dans la réorganisation d’une société selon les principes anarchistes. « Il est clair que la révolution sociale qui a eu lieu n’est pas venue d’une décision des organes de direction de la CNT… Elle est arrivée spontanément, naturellement et pas… parce que ‘le peuple’ en général aurait soudainement été capable de miracles, grâce à une vision révolutionnaire qui les aurait soudainement inspirés, mais parce que, et il faut le répéter, parmi ces personnes, il y a avait une minorité importante qui était active, forte, guidée par un idéal qui s’est inscrit dans des années de lutte qui ont débuté à l’époque de Bakounine et de la Première Internationale. » 5

Démocratie anarchiste en action dans les collectifs

Les collectifs étaient les organes d’autogestion des travailleurs sur les lieux de travail. Augustin Souchy écrit : « Les collectifs organisés durant la guerre civile espagnole étaient des associations économiques de travailleurs sans propriété privée. Le fait que des usines collectives étaient gérées par ceux qui y travaillaient ne signifiait pas que celles-ci étaient devenues leur propriété privée. Le collectif n’avait aucun droit de vendre ou de louer tout ou partie de l’usine ou de l’atelier collectivisé. Le dépositaire était la CNT, la Confédération Nationale des Associations de Travailleurs. Mais même la CNT n’avait pas le droit de faire ce qu’elle voulait. Tout devait être décidé et ratifié par les travailleurs eu-mêmes au travers de conférences et de congrès. » 6

En conservant cette tradition démocratique de la CNT, les collectifs industriels avaient une structure d’organisation de délégués partant de la base pour aller vers le sommet. L’unité de base de prises de décision était l’assemblée des travailleurs, qui élisait des délégués aux comités de gestion qui supervisaient le fonctionnement quotidien de l’usine. Le comité de gestion élu était chargé d’appliquer le mandat décidé dans les assemblées, devait rendre compte et était responsable devant l’assemblée des travailleurs. Le comité de gestion communiquait ces observations au comité administratif central.

Généralement, chaque industrie avait un comité administratif central constitué par un délégué de chaque branche de travail ou de travailleurs de cette industrie. Par exemple, à l’industrie textile d’Alcoy, il y avait cinq branches : tissage, filage, tricotage, bonneterie et cardage. Les travailleurs de chacun de ces métiers élisaient un délégué pour les représenter dans le comité administratif de l’industrie. Le rôle de ce comité, qui intégrait quelques experts techniques, était, entre autres, de diriger la production en fonction des instructions reçues à l’Assemblée générale des travailleurs, de compiler les rapports et les statistiques sur l’avancement des travaux et de s’occuper des questions de financement et de coordination. Selon Gaston Leval, « l’organisation générale reposait ainsi sur la division du travail tout en étant industriellement structurée. » 7

À tout moment, l’assemblée générale du Syndicat des travailleurs était l’instance de décision ultime. « Toutes les décisions importantes [étaient] prises par les assemblées générales de travailleurs… [qui] étaient largement suivies et régulièrement tenues… si un administrateur faisait quelque chose que l’assemblée générale n’avait pas autorisé, il y a avait de fortes chances qu’il soit destitué à la prochaine réunion. » 8 Les rapports des différents comités devaient être examinés et discutés à l’assemblée générale pour être finalement mis en œuvre si la majorité l’estimait utile. « Nous ne faisions donc pas face à une dictature administrative, mais plutôt à une démocratie fonctionnelle, dans laquelle chaque type de travail avait son rôle à jouer qui avait été défini après examen par l’assemblée. » 9

Avancer dans le cadre de la Révolution

La socialisation totale de l’industrie ne s’est pas faite en un jour mais a été un processus graduel et permanent. Tout comme les collectifs industriels n’ont pas procédé partout de la même façon, le degré de socialisation et la méthode exacte d’organisation variaient d’un endroit à l’autre. Comme cela a été mentionné en introduction, alors que certains lieux de travail ont été immédiatement saisis par les travailleurs, dans d’autres, ils se sont appropriés leurs lieux en commençant par créer un comité de contrôle dont l’objectif était de s’assurer de la poursuite de la production. À partir de là, l’étape suivante était la prise de contrôle du lieu de travail.

Au début, lorsque la poursuite de la production était la tâche la plus urgente, il n’y avait que peu de coordination entre les différents ateliers et usines. Ce manque de coordination a posé différents problèmes que Leval a pointé : « Les industries locales sont passées dans des étapes identiques dans cette révolution… au départ, les comités nommés par les travailleurs employés dans celles-ci [ont été organisés]. La production et la vente continuaient dans chacune. Mais très vite, il devenait clair que cette situation générait de la concurrence entre les usines… créant des rivalités qui étaient incompatibles avec la perspective socialiste et libertaire. Ainsi, lorsque la CNT a lancé le mot d’ordre ‘Toutes les industries doivent être organisées par les syndicats, totalement socialisées, alors le régime de solidarité que nous avons toujours préconisé s’est installé une fois pour toutes » 10

Le besoin de résoudre cette situation – dans laquelle les travailleurs avaient établi le contrôle des lieux de travail alors que ces différents lieux opéraient indépendamment et en concurrence entre eux -, de compléter le processus de socialisation et d’éviter les dangers d’une collectivisation partielle était une tâche pour laquelle de nombreux travailleurs étaient préparés. Un manifeste du syndicat de l’industrie du bois publié en décembre 1936 soulignait que le manque de coordination et de solidarité entre travailleurs de différentes usines et industries pouvait mener à une situation dans laquelle les travailleurs des industries les plus favorisées et performantes deviendraient les nouveaux privilégiés, laissant les autres à leur difficultés et sans ressources, ce qui en retour pouvait conduire à la formation de deux classes : « les nouveaux riches et les plus pauvres des pauvres. » 11

Ainsi, des efforts supplémentaires ont été réalisés par les collectifs pour ne pas se concurrencer en terme de profits mais au contraire, pour partager le surplus au sein de toutes les industries. Par exemple, les tramways de Barcelone, qui étaient particulièrement rentables, ont contribué financièrement au développement des autres systèmes de transport de la ville et les ont aidé à passer leurs difficultés passagères. Il y eu aussi d’autres exemples de solidarité entre les industries. À Alcoy, par exemple, lorsque le syndicat de l’impression, des papiers et des cartons a eu des difficultés, les 16 autres syndicats qui formaient la Fédération locale d’Alcoy ont apporté une assistance financière qui a permis au syndicat de survivre.

Alors qu’il était question d’avancer vers une société anarchiste, il était aussi important d’avoir une organisation industrielle efficace. Dans le manifeste publié par le Syndicat des industries du bois, il était indiqué que « Le syndicat du bois souhaitait non seulement avancer sur la voie de la Révolution, mais aussi l’orienter dans l’intérêt de notre économie, de l’économie du peuple. » 12 En décembre 1936, un plénum de syndicats s’est rencontré et a fait l’analyse qu’il était indispensable de réorganiser le système industriel capitaliste inefficace et d’avancer vers une socialisation totale. Le compte-rendu de ce plénum indiquait :

« Le principal défaut de la plupart des petites unités de fabrication est la fragmentation et le manque de préparation technique et commerciale. Ceci empêche leur modernisation et leur regroupement dans des unités de production plus performantes, avec de meilleurs équipements et une coordination plus efficace… Pour nous, la socialisation doit corriger les carences de ces systèmes d’organisation dans toutes les industries… Pour socialiser une industrie, nous devons consolider les différentes unités de chaque branche en accord avec un plan directeur et général qui évitera la concurrence et d’autres difficultés empêchant  une bonne et efficace organisation de la production et de la distribution… » 13

Les efforts réalisés pour s’occuper des petits ateliers et des usines coûteuses et en mauvaise santé étaient une caractéristique importante du processus de collectivisation. Comme pour la culture des champs, il était ressenti qu’avec le fonctionnement des ateliers et des usines  « la dispersion des forces représentait une énorme perte d’énergie, une utilisation irrationnelle du travail humain, des machines et des intrants, une redondance sans intérêt des efforts » 14 Par exemple, dans la ville de Granollers, « Toutes les initiatives tendant à améliorer le fonctionnement et la structure de l’économie locale pouvaient être attribuées au… [syndicat]. Ainsi, en une période très brève, sept salons de coiffure collectivisés ont été créés à travers ces efforts, remplaçant un nombre important d’établissements miteux. Tous les ateliers et petites usines de production de chaussures ont été remplacés par une grande usine dans laquelle seules les meilleures machines étaient en fonctionnement et dans laquelle des conditions sanitaires respectant la santé des travailleurs étaient respectées. Des améliorations similaires ont été réalisées dans l’industrie métallurgique où de nombreuses fonderies, petites, sombres et étouffantes ont été remplacées par quelques grandes unités de production dans lesquelles l’air et le soleil pouvaient pénétrer. La socialisation allait de pair avec la rationalisation. » 15

 

Notes:

  1. Gaston Leval, Collectives in Spain, http://dwardmac.pitzer.edu/Anarchist_Archives/leval/collectives.html
  2. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, chapter 2, pg54.
  3. Kevin Doyle, The Revolution in Spain, http://www.struggle.ws/talks/spain_feb99.html
  4. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, ch 12, pg 254
  5. ibid, chapitre 4, p. 80.
  6. Flood et al, Augustin Souchy cité dans I.8.3, http://www.geocities.com/CapitolHill/1931/secI8.html#seci83
  7. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, ch 11, pg234.
  8. Robert Alexander cité dans The Anarchist FAQ, I.8.3, http://www.geocities.com/CapitolHill/1931/secI8.html#seci83
  9. Gaston Leval, Collectives in Spain, http://dwardmac.pitzer.edu/Anarchist_Archives/leval/collectives.html
  10. Gaston Leval cité dans The anarchist FAQ, I.8.4
  11. Extrait du Manifeste du syndicat CNT de l’industrie du bois, cité dans Gaston Leval, The Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, ch 11, pg231.
  12. ibid, ch 11, pg230.
  13. Cité par Souchy, mentionné dans the Anarchist FAQ, section I.8.3, http://www.geocities.com/CapitolHill/1931/secI8.html#seci83
  14. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, ch 12, pg259

Ibid, ch 13, pg287

Résistance politique: Lutte sociale et gestion directe…

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Qu’est-ce que la gestion directe ?

 

Fédération Anarchiste

 

10 Avril 2015

 

url de l’article:

http://www.monde-libertaire.fr/autogestion/17719-quest-ce-que-la-gestion-directe#comment-1272

 

En 1981, la « gauche » porteuse d’espoir d’amélioration des conditions d’existence s’emparait des commandes de l’État. Cette expérience a fait la preuve de l’efficacité du clan des politiciens à laisser le chômage et les inégalités se développer. Belles promesses et projets généreux ont été rangés aux oubliettes du « réalisme » socialiste.
Face à la déception et à la grogne, tous les gouvernements tentent de nous faire croire que notre avenir de travailleurs est lié au sauvetage de l’économie des profiteurs. Mais qui peut avaler cela ?
Les dirigeants syndicaux peut-être, qui bradent leur indépendance, trompent leurs mandataires, dévoient leurs syndicats au nom de la « solidarité nationale » entre exploiteurs et exploités, et tous ceux qui prêchent encore les bienfaits de l’austérité aux travailleurs désabusés.
Le revirement brutal de ceux qui, hier encore, mangeaient à la gamelle gouvernementale n’y changera rien. Le monde politique traditionnel est à bout de souffle.

Attention

Plus vite que nous le pensons, nous aurons à choisir. Dans la plupart des pays occidentaux, nous assistons au même phénomène. Au gré des élections, gauche et droite se succèdent sans que de véritables solutions soient apportées. Partout, le patronat durcit ses positions, les travailleurs paient la « crise » de leurs maîtres. Combien de temps encore ce jeu d’alternance durera-t-il avant qu’une droite totalitaire ou une gauche « musclée » balaie les derniers semblants de démocratie ?
Oublier l’histoire, c’est se condamner à la revivre. Devrons-nous attendre, en moutons résignés, l’avènement d’une dictature souhaitée par certains aujourd’hui, ou choisirons-nous la voie de la responsabilité et de l’égalité ?

La lutte pour la gestion directe

Que personne ne décide à notre place ! Organisons la solidarité et l’entraide entre les travailleurs contre les patrons et bureaucrates.
Préparons-nous à remplacer l’État, institution parasite et étouffante, par une organisation fédéraliste des différents secteurs de la société.
Demain, gérons nous-mêmes, directement, notre travail et nos cités. Supprimons les inégalités économiques et sociales.
Après l’échec à l’Ouest et à l’Est de toutes les doctrines autoritaires (démocratiques ou dictatoriales), luttons pour une société libertaire ; débarrassons-nous des patrons et des politiciens.

Les principes

Les principes de l’économie libertaire tels que les anarchistes les conçoivent sont clairs. Ils supposent : le fédéralisme, agent de coordination en remplacement de l’État, agent de coercition du système capitaliste ; l’abolition d’un système économique basé sur le profit, la plus-value et l’accumulation du capital ; la collectivisation des moyens de production et d’échanges ; l’égalité économique et sociale.
La limitation de l’autorité aux accords librement passés entre les participants à l’élaboration d’une économie directement gérée par les travailleurs.
Nous nous démarquons de cette autogestion mise à la mode par les chrétiens progressistes et les marxistes modernistes dont les thèses débouchent toujours sur des projets clairement cogestionnaires.
L’utilisation du terme gestion directe, pour définir notre proposition, semble plus appropriée.

La gestion directe, pour quoi faire ?

La participation à la gestion d’une entreprise n’a d’intérêt, pour un travailleur, que si elle transforme ses conditions d’existence. Gérer une entreprise en commun, alors que cette entreprise conserve ses structures de classes, consisterait, pour les travailleurs, à gérer leur propre misère, leur propre exploitation. Ce qui confère à l’entreprise ses structures de classes, ce sont : la propriété privée de l’entreprise ; l’appropriation par le capital d’une plus-value que le travail de tous a créée ; les différences de rémunérations ; le maintien d’une autorité qui excède le cadre de la tâche à accomplir ; les privilèges de l’encadrement.
Demain, si dans l’entreprise autogérée, il reste des différences économiques, il se reconstituera une nouvelle classe dirigeante qui défendra, par tous les moyens, ses privilèges.
Les anarchistes pensent contrairement aux marxistes avec leur période intermédiaire, qu’il faut supprimer immédiatement tous les privilèges de classe sans exception.
Les travailleurs se demandent ce qu’ils peuvent gagner à la gestion de l’outil de production. Ils pèsent les avantages et les inconvénients qui en résulteront pour eux, et dont le principal est la responsabilité : c’est celui qui le fait le plus réfléchir, car celle qu’ils assureront sur le lieu de travail engagera celle de leur condition économique.
Nous touchons ici au problème humain, celui de l’homme devant la responsabilité, celui de la quiétude qui résulte d’une certaine servilité, surtout lorsqu’elle s’assortit de conditions d’existence économiques et morales acceptables. Mais une autre série de questions se pose au monde du travail. Elles ont trait à la maîtrise des moyens technologiques et des modalités de gestion. Quelles seront les conditions de production et de distribution ? Il est possible d’avancer deux raisons solides qui peuvent nous convaincre que les salariés auraient avantage à gérer la production. La première, c’est qu’ils répartiraient mieux le fruit de leur travail, ce qui est une raison purement économique, matérielle. La deuxième raison est que cette prise en main concourt à l’épanouissement individuel. Mais pour que la gestion directe se traduise en actes, il faut que l’homme se débarrasse des coutumes consacrées par les siècles, il faut qu’il s’émancipe des préjugés.
La production devra être conditionnée par les besoins et non par le profit. La gestion directe implique, de fait, l’abolition du salariat et reste sous-tendue par une gestion globale et rigoureuse du système productif.
Il est important de souligner que si l’égalité économique est une condition nécessaire à la suppression des classes, elle n’est pas suffisante ; la suppression de l’État doit l’accompagner sous peine de voir se recréer une classe dominante.
Cette société sans classe et sans État que nous proposons justifie la prise en main, par les travailleurs, des moyens de production et d’échange, par la population entière la prise en main de la distribution des affaires communales, régionales nationales et internationales par une organisation fédérale adaptée à toutes les situations. Bien évidemment, la gestion directe dépasse ici le cadre strict de l’économie et se généralise à tous les domaines de la vie (cadre et conditions de vie, culture, etc.). Le but du fédéralisme libertaire est de coordonner, d’organiser la vie en société en supprimant tout pouvoir. C’est pour cela que les théoriciens anarchistes, et, à leur suite ceux qui se réclament de l’anarchisme, ont toujours justifié la nécessité de l’organisation.

La coordination sans État

C’est souvent le manque d’organisation structurée qui permet au premier quidam venu d’imposer son autorité et d’être proclamé, suivant les époques : roi, ayatollah ou président. Le fédéralisme libertaire reconnaît, dans toute société, une multitude d’individus et collectivités ayant chacun des aspirations particulières et un rôle propre. C’est pourquoi, l’autonomie la plus large doit être reconnue à chacun, ainsi que la possibilité de s’organiser, de se gérer et de s’administrer comme bon lui semble sans qu’un organe supérieur lui dicte ce qui est bon ou juste. L’autonomie a, bien sûr, ses limites, qui sont le respect de la cohésion de l’ensemble de la société et le non-exercice du pouvoir d’un groupe sur un autre.
Nous voyons donc que contrairement à l’organisation étatique, l’autonomie ou la liberté d’autrui n’est nullement une borne. Mais cette autonomie n’est pas suffisante ; l’entraide est nécessaire. Elle exige de chacun que le contrat librement consenti d’égal à égal remplace la loi édictée et imposée par un seul. Elle exige également que chacun (collectivité et individualité) participe aux décisions communes. Ces différents facteurs combinés transformeraient notre vie de façon radicale en remplaçant le pouvoir de quelques-unes sur tous par une organisation qui, seule, est à même de composer la société sans la paralyser.

La grève expropriatrice gestionnaire

C’est pendant la période où l’État, les directions syndicales et politiques, sont désemparés par un mouvement social de grande ampleur, que l’action décisive est possible. C’est l’instant où, d’une grève revendicatrice, de refus, la grève doit devenir expropriatrice et gestionnaire. Expropriatrice, en refusant de céder les profits aux patrons. Gestionnaire : une fois le patron mis à la porte, il faut continuer la production, trouver les débouchés, repenser une économie dont le moteur n’est plus le profit, mais la satisfaction des besoins.
C’est l’instant de la chance révolutionnaire ; ce qui est rejeté et le but à atteindre doivent être clairement définis. Entre ces deux pôles de la réflexion, quelques idées-forces qui s’inspirent de la conjoncture, et qui varieront avec elle, détermineront les choix. Parce que nous sommes pour la maîtrise totale de l’économie par les travailleurs, nous refusons les systèmes capitalistes, libéral et étatique. Nous voulons établir l’égalité économique et bâtir une organisation de la société débarrassée de l’État.
La grève gestionnaire nous semble, dans l’état de complexité de l’économie moderne, un des moyens les plus efficaces pour arracher aux classes dirigeantes et à l’État les instruments de production et d’échange. C’est donc, à partir des réalités de notre temps que nous poursuivrons notre œuvre de libération sociale, ce qui confère à l’anarchisme son originalité, car, contraire à tous les dogmes, il est une adaptation constante de la proposition théorique aux conditions sociales d’aujourd’hui.

Quelle mesure prendre pour notre société ?… Ctrl + Alt + Del sur un nouveau logiciel libre

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« La politique est la science de la liberté. Le gouvernement de l’Homme par l’Homme (sous quelque déguisement que ce soit) est oppression. La société trouve son plus haut degré de perfection dans l’union de l’ordre et de l’anarchie. »
~ Pierre Joseph Proudhon ~

 

L’alternative, c’est l’anarchisme

 

Paul (groupe Regard Noir, Fédération Anarchiste)

 

2 Juillet 2014

 

url de l’article:

http://www.monde-libertaire.fr/autogestion/17234-lalternative-cest-lanarchisme

 

L’anarchisme est une théorie révolutionnaire de lutte des classes. C’est une pratique au quotidien, qui conduit l’individu à lutter contre les injustices sociales et sociétales en s’organisant collectivement avec d’autres individus. Sur tous les lieux de vie, l’anarchisme est une méthode de lutte efficace, un outil d’éducation et de formation, donc également une éthique et une philosophie. Il s’agit d’abolir toutes les oppressions systémiques et les sous-oppressions qui en découlent : capitalisme, sexisme et racisme. La question des moyens et de leur rapport avec la fin est donc au centre de cet objectif et a été historiquement à l’origine des différentes tendances plus ou moins distinctes de l’anarchisme. Il en est une récente par sa forme et sa dangerosité qui plaît et traverse les tendances historiques : l’alternativisme.

« Alternatifs » et « alternatives »

Les partisans de cette tendance dans l’anarchisme défendent la construction ici et maintenant « d’alternatives autogestionnaires en actes » au capitalisme comme moyen de transformation sociale. Il s’agit de produire ces alternatives (Amap, boulangeries autogérées, centres sociaux, librairies et écoles « libertaires », etc.) localement puis de les fédérer pour construire au nez et à la barbe du système un contre-système qui prendra sa place. Cela présente un double intérêt : d’abord, il est possible de construire la nouvelle société tout de suite dans ces alternatives, ensuite, le fait d’y participer confère à l’alternatif un caractère révolutionnaire permanent vu qu’il est lui-même en rupture avec le vieux monde.

Si la thèse des alternativistes est exacte, alors elle est révolutionnaire (sans ironie). Plus besoin d’organisations, de syndicats, de pratiques collectives de luttes pour l’émancipation. Il suffit d’exhorter les individus à s’alternativer dans les alternatives pour construire ensemble et par soi-même l’anarchie. La question de la rupture nette avec le capitalisme n’apparaît plus comme décisive. La répression du système est bien moins pesante car il se fera de toute façon enfumer par la fédération déterminée des alternatifs actifs. La révolution n’est plus à penser, à définir et à préparer vu qu’elle a déjà commencé dans le panier bio du mardi, l’atelier vélo du vendredi et la boxe ou la chorale autogérée du week-end. Plus besoin même de se dire anarchiste, on peut l’être sans le savoir par la pratique de son alternativité. C’est dans cette pensée que les alternativistes déduisent le « renouveau » de l’anarchisme qui aurait déjà débuté. On passe ainsi d’une lutte collective à de l’agitation individuelle et culturelle souvent pertinente mais pas au point de se substituer au militantisme volontariste.

Récupération ou répression : l’avenir des alternatives

Le souci sous-jacent au fait de voir les alternatives comme une fin en soi, c’est d’être totalement crédule quant à la capacité du capitalisme à neutraliser ces prémices de la nouvelle société. Dans nos sociétés plutôt libres sur le plan politique (du fait des luttes et des victoires passées), la première neutralisation et aussi la plus efficace, c’est la récupération. Elle n’est pas nouvelle mais redoutable, elle n’est pas frontale et, dans le cas de nos alternatives, elle est un désastre. Le fait que les collectivités puissent allouer des subventions à ces alternatives, les médiatiser et les aider sur d’autres plans, est le signe le plus incontestable qu’elles ne sont pas révolutionnaires. La conséquence de cette récupération, c’est d’abord, d’amoindrir jusqu’à couper les liens des alternatives avec les militants révolutionnaires, ensuite d’en faire une réalisation du capitalisme lui-même et donc de se faire aimer. Le système est parfaitement capable de s’adapter et d’utiliser la coopération, l’entraide, voire l’autogestion, quand cette méthode est jugée efficace par rapport aux bénéfices estimés.

À l’inverse, quand les alternatives maintiennent un caractère para-étatique, la répression n’est jamais loin. Elle s’opère par la force parfois, par de la nuisance quotidienne de la part des institutions locales et donc affaiblit le lien social suscité et produit par l’alternative.

Dans le premier cas, les alternatives finissent par toucher un public essentiellement bourgeois ou du haut prolétariat (ce qui est souvent le cas avant même la récupération), dans le second, le lien rompu avec les organisations politiques et les militants volontaristes ne permet souvent pas de résister à la répression.

Du rôle des bases arrières dans le soutien aux anarchistes

Ce qu’il nous faut effectivement construire et fédérer, ce sont des structures de soutien aux luttes sociales avant tout, et aux anarchistes dans ces luttes plus particulièrement. Ces bases arrières sont définies avant tout plus par leur subordination à la lutte des classes que par leur caractère spécifique. Leur rôle est double : soutenir en matériel et en propagande les luttes locales ou plus lointaines et afficher clairement une identité anarchiste (contrairement à bien des « alternatives autogestionnaires en actes ») dans une activité qui n’a pas vocation à le faire de prime abord (cela va d’une boulangerie à un cours de danse, peu importe). Selon leurs formes, les bases arrières peuvent aussi constituer des espaces d’organisation pour les prolétaires comme les bourses du travail qui ont joué un rôle majeur dans le syndicalisme français en apportant une structure à la base horizontale et interprofessionnelle par essence.

Cependant aucune base arrière ne saurait se substituer au militantisme anarchiste et au syndicalisme. L’outil pour les luttes qu’elle représente n’a plus de sens sans la participation à ces luttes et un projet de rupture avec le capitalisme. Les bases arrières ne sont pas l’alternative mais font partie du projet alternatif, non pas tant comme élément précurseur d’une société nouvelle que comme une pièce de base du parcours graduel vers la révolution sociale. Que doivent dans ces structures être pratiqués les fonctionnements anarchistes, c’est une évidence. Que l’on appelle cela l’autogestion, soit, mais cette dernière reste contrainte par les règles du capitalisme dans lesquelles elle évolue. D’où l’intérêt et même la nécessité que ces bases arrières ne soient jamais détachées d’une organisation anarchiste, voire y soient fédérées.

En outre, il nous faut être modeste, et ne pas se voir comme une structure hors pair. Le travail d’implantation locale des bases anarchistes ne peut se faire qu’en lien avec les éléments associatifs du secteur. Ne pas vouloir leur apprendre mais apprendre de leur pratique et de leur expérience pour y apporter la volonté révolutionnaire. Ce n’est qu’avec ce travail de liaison long et complexe que nous pouvons apparaître de plus en plus dans la vie des prolétaires et ainsi perfectionner, crédibiliser le projet de transformation sociale.

Maintenir nos fondamentaux pour maintenir le mouvement anarchiste

La raison de l’alternativisme est évidente. L’échec de plusieurs révolutions au XXe siècle, même lorsque les anarchistes étaient conséquents, la difficulté d’esquisser un projet alternatif et la faible importance numérique de notre mouvement remettent en cause pour bien des camarades l’idée même de la révolution, que l’on pourrait juger dépassée. Il est certain que notre période apporte des enjeux inédits et nous oblige à repenser un certain nombre de nos pratiques et de nos analyses. S’adapter à l’essor des nouvelles technologies, théoriser la place d’internet dans une société libertaire, redéfinir notre analyse de classe en admettant que la classe ouvrière n’est plus hégémonique au sein du prolétariat, c’est tant de chantiers qui peuvent nous plomber ou nous catalyser.

Ces chantiers ont déjà commencé, l’alternativisme est une manifestation de ce processus en cours. Il ne peut mener qu’à un abandon des organisations, à une négation plus ou moins pensée de la lutte des classes et à la dissolution du mouvement anarchiste dans le capitalisme sans jamais le renverser. C’est un danger certain. Face à lui, il nous faut réaffirmer les fondamentaux de l’anarchisme : lutte des classes, volontarisme et la fin contenue dans les moyens. Construire les bases arrières nécessaires à la pérennisation du mouvement anarchiste pour devenir une minorité nombreuse capable de proposer une rupture dans les luttes sociales.

Ne pas fantasmer la révolution mais la préparer en parcourant un chemin gradué d’étapes. Réaffirmer la nécessité de l’organisation anarchiste et de l’engagement syndical dans une perspective insurrectionnelle, sans surtout tomber dans des travers spontanéistes et incantatoires.

Résistance politique: Analyse et parties de solutions au marasme politico-économique ambiant… 1ère partie

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En savoir plus sur un projet moderne de société autogestionnaire devient de plus en plus vital. Créer un contre-pouvoir autogestionnaire véritable devient une évidence, tant le fait de dire « q’il n’y a pas de solutions au sein du système » n’a jamais autant été d’actualité, il suffit de regarder le monde dans lequel nous vivons et l’analyser pendant cinq minutes, pas plus….

Le capitalisme privé ou d’état n’est en aucun cas « la fin de l’Histoire », mais juste un passage néfaste obligé (malheureusement…) pour une compréhension globale des avantages universels d’une société libre autogérée et fonctionnant sur la large base de communes confédérées.

Ci-dessous la première partie d’un excellent texte d’analyse de la situation. L’emphase textuelle est de notre cru et n’apparaît pas dans le texte original.

— Résistance 71 —

 

Nationalisation, privatisation, socialisation, autogestion : le droit de propriété en question (1ère partie)

Un article paru dans « Les Cahiers d’alter » d’août 2013

 

Catherine Lebrun & Christian Maheux (SUD et Solidaires)

 

url de l’article:

http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article5490

 

1ère Partie

2ème Partie

 

Nationalisation, privatisation, socialisation, autogestion… Le syndicalisme ne peut pas faire l’économie d’approfondir ces questions car elles sont au cœur de tout projet de transformation sociale radicale.

Au-delà des positions de principe de lutte contre le système capitaliste, les réponses et les stratégies alternatives à construire doivent prendre la mesure de l’évolution du capitalisme et des conditions concrètes dans lesquelles se mènent la lutte des classes. Elles reposent sur la nécessaire articulation entre revendications immédiates et changements structurels, entre revendications et construction du rapport de force pour les faire aboutir, entre projet alternatif et formes d’action (démocratie ouvrière, démocratie dans les luttes, grèves de masse, grèves reconductible, autonomie des mouvements sociaux, conséquences politiques concrètes des luttes, etc.)

Le présent texte ne prétend à nulle exhaustivité, il n’entend pas fixer une quelconque ligne politique en dehors des cadres de débats et décisions de notre organisation syndicale. C’est une contribution, dont l’objectif est de relancer la réflexion et les échanges sur ces sujets. Elle est basée sur les acquis historiques [1] du mouvement ouvrier, l’analyse de la société dans laquelle nous vivons, la prise en compte des rapports de forces nécessaires à une organisation différente de la société qui passe par une rupture avec le capitalisme. C’est un, très partiel et modeste, outil pour les militant-es qui veulent renouer avec ce nécessaire travail, individuel et collectif, d’élaboration d’une stratégie émancipatrice.

Les auteurs : Catherine Lebrun, issue de SUD-Emploi, et Christian Mahieux, issu de SUD-Rail, sont membres du bureau national de Solidaires.

Nationalisation, socialisation, autogestion, ces concepts ont imprégné des années de débats au sein du mouvement syndical. Ce ne sont pas des discussions « dans le vide » ; des expériences ont été menées, des bilans ont été tirés. La gestion des outils de production [2] directement par celles et ceux qui travaillent est possible. C’est un premier point important car il rappelle que des alternatives sont possibles, en vrai, pas seulement sous forme de slogans.

Réapproprions-nous notre histoire, ne nous laissons pas imposer la vision de la classe dominante dont un des objectifs est de nous conduire à accepter comme fait acquis que « le capitalisme est la fin de l’histoire » [3] !

Dans le cadre du système capitaliste, la gestion directe d’entreprises ou services est possible comme le montrent quelques expérience ; mais pas l’autogestion, car il s’agit là d’un projet de transformation sociale de la société dans son ensemble, avec des modifications fondamentales en termes de pouvoir de décision, de rapports entre classes sociales, de notions de hiérarchie et de responsabilité, etc. Il nous faut donc construire notre réflexion en intégrant cette nécessaire rupture avec le système capitaliste. Là encore, pour que ce soit utile, nous devons retrouver et inventer des revendications, des formes d’action, des organisations, des slogans, des exemples de luttes, qui rendent crédibles aux yeux de nos collègues ces changements fondamentaux.

A travers certaines résistances et luttes sociales actuelles, est parfois posée la question de l’organisation du travail dans toutes ses dimensions : qui décide dans l’entreprise et dans chaque collectif de travail ? Que produire ? Dans quelles conditions ? Quelle utilité sociale ? Ce ne sont que des interrogations, rarement des tentatives concrètes, nullement un mouvement de fond. Mais n’est-ce pas à nous de créer les conditions pour que celui-ci existe ?

Réponses alternatives, mouvement de masse, changements concrets

Le bilan des politiques de nationalisation et de privatisation menées depuis cinquante ans et les leçons à tirer des luttes pour une appropriation sociale collective, sont autant de repères pour ébaucher des réponses alternatives destinées à construire un mouvement de masse permettant la rupture avec le système capitaliste.

Les crises économiques et financières successives et leurs conséquences sociales dévastatrices ont mis à jour l’impasse du capitalisme financier, phase actuelle de ce système économique. Elles renforcent la nécessité d’une utopie transformatrice. Mais les effets du néo-libéralisme en termes de chômage de masse, de précarisation, d’individualisation de la relation salariale handicapent toute velléité de dynamique d’émancipation, sans oublier le bilan désastreux des expériences du « socialisme » dit réel, par exemple dans les ex-pays de l’est qui pèse encore dans l’inconscient collectif.

Dans ce contexte contradictoire et paradoxal, le syndicalisme ne peut pas se limiter à la défense des intérêts immédiats des travailleurs-euses mais se doit d’élaborer un projet de transformation sociale à la hauteur des bouleversements du capitalisme contemporain et conforme à notre volonté d’émancipation des travailleurs et des travailleuses.

Trop de forces syndicales, hexagonales et mondiales, ont abandonné cette tâche essentielle et ne visent plus qu’à aménager, voire à accompagner les effets du libéralisme. Rien d’étonnant par conséquent que leurs stratégies et leurs revendications ne visent plus à remettre en cause le système ni à esquisser les contours d’une autre organisation sociale.

Créer les conditions de nouveaux rapports de force idéologiques et sociaux implique de se battre sur des orientations syndicales inversant la logique même du système d’exploitation capitaliste et faisant le lien avec la situation et les revendications quotidiennes des salarié-es, chômeurs-ses, jeunes en formation et retraité-es.

Entre autres problématiques auxquelles travaille, encore insuffisamment, l’Union syndicale Solidaires, citons la répartition des richesses, la socialisation des moyens de production, la transition écologique, les inégalités femmes/hommes, les formes d ‘organisation sociales et les processus de décision sur les choix économiques et sociaux que porte notamment la thématique de l’autogestion.

Du passé, avant de faire table rase, tirons les enseignements !

La question de la propriété est toujours révélatrice de l’état des rapports de force entre les classes sociales, et de l’état du débat social et politique du moment. Sans retracer des siècles de débat sur cette question, reprenons quelques périodes charnières, parmi les plus récentes.

Suite à la crise de 1929, le débat sur les nationalisations refait surface en Europe entre les partisans d’une politique de nationalisation des infrastructures et des secteurs clefs de l’économie et ceux préconisant un régime d’économie mixte où le régime de propriété capitaliste reste dominant. En France, un clivage existe dans le mouvement syndical (notamment entre CGT et CGTU puis dans la CGT réunifiée) entre les « réformistes » et les « syndicalistes révolutionnaires », ces derniers considérant qu’étatiser une partie de l’économie sans rompre avec le régime du profit et les inégalités de classe, est un leurre. La nationalisation des chemins de fer par la création de la SNCF en 1937 illustre cette situation, puisqu’il s’agit avant tout d’éponger les dettes des grands actionnaires des compagnies privées, sans toucher aux profits accumulés depuis des dizaines d’années, et en les indemnisant très généreusement : « socialiser les pertes, privatiser les profits », est une revendication patronale ancienne…

A l’échelle internationale, les collectivisations en Espagne, entre 1936 et 1938, sont une expérience particulièrement intéressante ; sans les mythifier, elles montrent que « c’est possible » à grande échelle, sans recours aux nationalisations étatiques mais en fédérant des initiatives mises en œuvre à la base. Plusieurs millions de personnes participèrent à des réalisations sans précédent : les collectivités agricoles d’Aragon et la socialisation d’entreprises et des services publics en Catalogne par exemple, se sont faites sans recours à l’État. Celles et ceux qui produisaient se sont emparé-es des usines, des bureaux, des champs. Ils et elles ont géré directement la production, sa répartition, les échanges, mais aussi les moyens à mettre en commun pour l’éducation, la santé, etc. Dans certaines collectivités, un salaire unique a été mis en place, dans d’autres l’argent était aboli au profit de bons d’échange, non capitalisables et utiles pour la seule satisfaction des besoins familiaux,… Bien entendu, le contexte politique, économique et social [4] de l’Espagne de 1936 n’est pas celui de notre monde contemporain, mais ces expériences méritent toute notre attention.

Le débat sur le pouvoir, et en fait sur l’autogestion, a traversé le mouvement ouvrier dans tous les pays et dans des périodes bien différentes. On sait ce qu’il advint de la révolution russe de 1917 et ce que furent les régimes autoritaires des pays dits « communistes ». Mais, en Russie, de 1917 au début des années 20, la remise en cause du pouvoir des conseils ouvriers (les soviets [5]) a été contestée y compris au sein du parti bolchevik au pouvoir [6].

En 1945, après la seconde guerre mondiale, où tout est à reconstruire et afin d’écarter toute velléité de remise en cause du système, nombre de gouvernements européens mettent en place des politiques dites keynésiennes [7] fondées sur un interventionnisme étatique fort. En France, dans le cadre du Conseil national de la résistance (CNR) regroupant les courants politiques de droite et de gauche, le projet était « le retour à la nation de tous les grands moyens de production monopolisée, fruit du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques » ; le préambule de la constitution de 1946 reprend ces principes. Une grande partie du patronat ne s’y oppose pas, non seulement parce que les actionnaires indemnisé-es pourront investir dans des secteurs plus juteux à court terme, mais aussi parce que les lourds investissements assumés par l’État seront profitables au développement du capitalisme. De surcroît, la gestion des secteurs nationalisés n’étant pas sous contrôle ouvrier [8], le changement juridique de la propriété ne remet en cause, ni la logique de rentabilité, ni le pouvoir de décision et de gestion des dirigeant-es. Rien d’étonnant, comme le disait le sociologue Bourdieu, tant la porosité entre « la noblesse d’état » technocratique [9] et les pouvoirs économiques, contredit la notion « d’État garant de l’intérêt général ».

L’important travail de recherches, de confrontation d’idées, mené au cours des années 60 dans des organisations ouvrières (y compris syndical, notamment dans la CFTC/CFDT) et la dynamique de Mai 68, mettent l’autogestion au centre de nombreux débats. Avec le recul, certains « exemples » d’alors méritent d’être considérablement rediscutés [10].

C’est dans ce contexte où se mêlent débats théoriques et forte volonté de « changer les choses dès maintenant » que naît le conflit des LIP [11] en 1973 à Besançon. Contre les licenciements, les salarié-es, massivement syndiqué-es, réquisitionnent le stock de montres et s’emparent des plans de fabrication. S’en suit une période novatrice, qui cristallise espoirs et soutien populaire, au cours de laquelle est mis en œuvre le slogan « c’est possible, on produit, on vend, on se paie ».

Les nationalisations de 1982, sous Mitterrand, représenteront 17% du PIB, et toucheront plusieurs dizaines de sociétés industrielles (Compagnie générale d’électricité, Saint-Gobain, Pechiney, Rhône-Poulenc, Thomson-brandt) et financières, mais elles suivront la même logique que les processus antérieurs, avec 47 milliards de francs d’indemnisations pour les actionnaires. Il n’y avait aucune volonté politique de permettre une remise en cause des choix stratégiques de production, du pouvoir de décision et de gestion des salariés-es dans les entreprises.

Les équipes dirigeantes resteront les mêmes notamment dans le secteur bancaire où la course à la spéculation aboutira à une facture salée pour les contribuables (cf. les 100 milliards de dette du Crédit Lyonnais). Le gouvernement PS/PCF est loin même du programme commun de la gauche des années 70 qui préconisait la mise en place de conseils d’ateliers et de services pour un contrôle ouvrier des entreprises. Les libéraux comme les sociaux démocrates utilisent la socialisation des pertes comme une transition avant un retour fructueux au secteur privé. A l’instar des politiques ultralibérales anglo-américaines de Thatcher et Reagan dont la doctrine est la restauration de « l’ordre spontané du Marché », le gouvernement « socialiste » opérera le tournant libéral en 1983.

Les privatisations ne vont pas cesser de s’enchaîner sous les gouvernements de droite comme de gauche, notamment sous le gouvernement Jospin (PS/PCF/Verts, de 1997 à 2002). Le drame de la sidérurgie française privatisée en 1996 est un des symboles. D’autres secteurs verront la participation de l’Etat baisser sans cesse et en bout de course circonscrite à l’énergie, les transports, l’audiovisuel public, les télécommunications, la Poste… souvent de plus en plus partiellement d’ailleurs.

Cette contre révolution conservatrice amorcée dans les années 1980, prendra dans les années 1990 des formes nouvelles de domination de la finance sur l’ensemble de la sphère économique dont la recherche de rentabilité maximum et à court terme, conjuguée avec une concentration croissante des entreprises, abouti à l’extension des privatisations et à une offensive brutale contre les services publics.

Force est de constater que le bilan des privatisations est marqué par un coût social élevé. Les Etats ont souvent bradé les entreprises publiques au secteur privé. Ce dernier, guidé par la recherche du profit immédiat, n’a cure des productions nocives écologiquement et désastreuse socialement pour les salariés-es. Et quand, celui- ci est en faillite, les états renflouent, sans contreparties, et font payer la note aux populations, détruisent le secteur public, comme c’est le cas aujourd’hui avec les politiques d’austérité instaurées en Europe dans la foulée de la crise économique et financière de 2008. Ce ne sont pas les quelques mesures de B.Hamon sur l’économie sociale et solidaires, ni le projet de Hollande sur la possibilité de reprise par les salariés-es d’entreprises bénéficiaires, qui modifieront la domination de la loi du marché et la captation des pouvoirs de décision par une oligarchie minoritaire.

Socialisation, autogestion : une autre voie possible

Les questions que nous devons poser sont celles de la répartition des fruits des richesses produites et de l’organisation de la production (ce qui implique celles sur son contenu, son utilité sociale, ses implications écologiques, etc.)

La nationalisation de tel ou tel secteur, où seule la forme juridique de la propriété change en devenant étatique, ne bouleverse pas la logique du système dans son ensemble. A certains moments, elles peuvent permettre de sauvegarder les intérêts des salariés-es ; mais une véritable transformation sociale du système suppose la socialisation de l’ensemble des moyens de production et d’échange donc la remise en cause de la propriété privée, et du pouvoir par les travailleurs-ses, au sein des entreprises mais aussi plus largement pour « l’administration de la société ». Cela implique également un cadre national de planification des besoins sociaux futurs, des ressources allouées pour les satisfaire, en tenant compte des impératifs écologiques.

L’articulation de ces orientations, à l’échelle nationale et internationale, avec les besoins locaux, ceux des entreprises et des branches, pose la question de l’ensemble de la « chaine démocratique » pour assurer des choix cohérents au profit de la collectivité dans son ensemble.

Au-delà des mots différents (autogestion, collectivisation, socialisation…), ce que nous entendons par autogestion c’est que les classes sociales qui produisent la richesse collective [12], aujourd’hui sans pouvoir, peuvent gérer l’économie (donc les entreprises, les services, etc.) et plus généralement la société. Ceci suppose l’appropriation collective directe des outils de production et des moyens d’échanges. Nous ne voulons par là décrire un modèle idéal pour « après la révolution », mais d’une part « construire par nos luttes d’aujourd’hui la société de demain », d’autre part créer les conditions pour que des luttes faisant bouger réellement les choses se développent.

Ces principes posés, l’évolution du capitalisme et ses effets sur la structuration du salariat, nous obligent à repenser les termes du débat sur ces thématiques. Nous ne sommes plus dans les années 1970 où nous étions face à un capitalisme encore largement patrimonial, familial, avec un pouvoir de décision unique et identifié.

L’internationalisation du capital, les centres de pouvoir opaques et insaisissables, l’interdépendance économique à l’échelle planétaire, la domination des multinationales sur l’ensemble des filières, des petites et moyennes entreprises (PME), et du marché des matières premières, impliquent de redéfinir le contenu des réponses alternatives et les stratégies syndicales et politiques.

La perspective de socialisation des secteurs clefs de l’économie et autogérés par les salariés-es suppose d’anticiper la chaîne de conditions économiques de production et de la repenser au-delà des murs d’une seule entreprise. En d’autres termes, l’autogestion n’est pas concevable en l’organisant entreprise par entreprise, sans prendre en compte les interactions entre de nombreuses entités tout au long de la production d’un produit ou d’un service. C’est sans doute une des raisons qui explique que « l’aventure » autogestionnaire surgisse rarement des luttes d’entreprises, les salariés-es évaluant eux-mêmes les conditions nécessaires à sa réussite. Le caractère outrageusement réformiste de la majorité du mouvement syndical contemporain, que nous évoquions plus haut, est aussi une des explications.

Cela ne veut pas dire que des espaces d’expériences autogestionnaires sont impossibles, même sous des formes inachevées comme les SCOP [13] en France ou plus abouties et plus nombreuses comme par exemple en Argentine (les entreprises « récupérées ») ou la coopératives ouvrière Mondragon au pays basque espagnol, mais dans les tous les cas ce sont dans des secteurs et des créneaux restreints.

Le mode d’organisation en SCOP permet des ruptures importantes avec le schéma dominant dans l’économie capitaliste : sur la propriété, la hiérarchie, la répartition des tâches, etc. Dans un autre registre, mais avec la même aspiration, le développement des AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) pose les questions des circuits courts entre paysan-nes et consommateurs-trices, de l’inutilité des grands groupes prédateurs de la distribution mais aussi la qualité de la nourriture produite et du soutien à une agriculture non productiviste.

Quant à « l’économie sociale et solidaire », appelée aussi « tiers secteur », si elle traduit parfois une aspiration à sortir des lois du marché, elle n’est pas exempte de contradictions ; la gestion de ces entités, à l’exemple de nombre de Comités d’Entreprise ou d’associations, étant loin d’être en rupture avec le modèle dominant ! Elle se situe aux marges du système et sans vue d’ensemble, perméable à l’instrumentalisation dans un processus de privatisation des services publics, et à la récupération marchande comme le commerce équitable par les grandes chaînes de distribution.

Les expériences qui peuvent être menées à travers des CE (bien peu !) ou des SCOP, aussi utiles et intéressantes soient-elles, ne sont pas l’autogestion au sens d’un projet d’ensemble qui a des conséquences sur toute la société, et remet en cause les rapports entre classes sociales que nous connaissons. Le projet autogestionnaire dont nous nous revendiquons est nécessairement en rupture avec le système capitaliste.

A suivre…

Autisme syndical: Lutte des classes ?… Quésaco ?…

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Excellente analyse succinte et directe sur la relation État, forces actives du travail, syndicats et entreprises. Le constat est simple: les syndicats foie jaune ne sont plus là pour lutter, mais pour arrondir les angles de façon à profiter des mannes et privilèges offerts aux moutons serviles.

Arrêtons cette mascarade ! Il est plus que temps de reprendre le chemin de la conscience politique. Question simple: Où est l’intérêt commun et qui s’en occupe ? Qui en a même encore simplement conscience ?…

— Résistance 71 —

 

La société que nous préparent le MEDEF et la CFDT

 

Pierre Bance

 

19 Juin 2013

 

url de l’article:

http://www.autrefutur.net/La-societe-que-nous-preparent-le

 

La loi du 14 juin 2013 sur la sécurisation de l’emploi a été validée pour l’essentiel par le Conseil constitutionnel. La loi est une reprise, sans modification majeure, de l’accord national interprofessionnel du 11 janvier 2013. Signé entre le patronat d’un côté, la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC de l’autre, cet accord, pour scélérat qu’il soit, ne tombe pas du ciel. Il s’inscrit dans une longue marche visant à réformer le droit du travail pour l’adapter aux contraintes d’une économie mondialisée.

Le droit du travail est le reflet de la lutte des classes. Quand les travailleurs avancent l’État et le patronat concèdent des améliorations aux conditions de travail. Quand ils reculent, parce que les conditions économiques sont peu favorables et les syndicats peu combatifs, les employeurs reprennent ce qu’ils avaient lâché.

Jusqu’en 1981, globalement, le droit du travail s’était amélioré, fruit d’un siècle de luttes ouvrières. Avec l’arrivée au pouvoir des socialistes, et dans un contexte de « crises » économiques, les choses vont changer. En la personne de la CFDT, patronat et sociaux-libéraux vont trouver un partenaire syndical qui accepte de collaborer pour construire un autre modèle de société qui n’est pas sans rappeler les systèmes corporatistes ou, si l’on veut être moderne, une version possible de projet libertarien. Patronat et syndicats réformistes adaptent le droit du travail à ce qu’ils considèrent comme les impératifs de l’économie de marché mondialisée, sous le regard bienveillant de l’État maintenu à ses strictes fonctions régaliennes : faire respecter l’ordre social par sa justice, et encore le moins possible ; par la force, si besoin.

C’est la thèse développée par Pierre Bance dans l’article ci-dessous, version actualisée de celle parue dans Le Monde libertaire, n° 1707 du 23 au 29 mai 2013.

À l’origine, l’État se construit par la force, Dieu la légitime, le droit la sert. Celui qui possède les moyens de la contrainte physique impose son État par la violence pour son profit. Celui qui possède la puissance financière achète la violence qui lui permettra de contrôler l’État pour étendre son pouvoir et grossir son capital [1]. L’inégalité et l’injustice entre les tenants du pouvoir, les forts, les riches, leurs protégés et ceux qui les subissent, les exploités, les faibles, les pauvres se révélèrent, au cours des siècles, de plus en plus insupportables avec le progrès des sciences et des techniques, avec les idées nouvelles. Les plus intelligents des exploiteurs comprirent qu’il fallait donner une autre légitimité au pouvoir d’État que la désignation divine. 
Á partir de la Révolution française, se construisit la démocratie inspirée de l’enseignement des philosophes des Lumières. Les révolutionnaires de 1789 décrétèrent que la légitimité du gouvernement de l’État ne viendrait plus de la violence expropriatrice des chefs barbares, du Dieu des rois et empereurs. Elle viendra du peuple. On entrait dans la modernité. La nouvelle puissance politique et économique, la bourgeoisie, conçut en moins d’un siècle cette merveille de l’exploitation paisible qu’est la démocratie parlementaire qu’Alain Badiou appelle le capitalo-parlementarisme [2]. Elle permet à la classe dominante de conserver la propriété des moyens de production et de contrôler le pouvoir tout en laissant croire à une égalité entre tous les citoyens. Le principe électoral est la base de cette illusion. Chacun imagine avoir sa part dans la conduite du pays alors que, quel que soit le gouvernement, l’État joue un rôle régulateur au profit de la propriété ; il veille à ce que certains exploiteurs n’aillent pas trop loin pour éviter des désordres ; il anticipe ou répond à la grogne des exploités pour désamorcer leur révolte. Le droit du travail, agissant sur la relation primaire du capitalisme, l’exploitation du travailleur salarié [3], le plus dangereux pour l’ordre établi, est l’exemple approprié pour comprendre l’enjeu et le mécanisme de la régulation démocratique.

Le droit du travail accessoire du droit des affaires

Quand les travailleurs sont en situation de force, l’État oblige le capital, s’il ne le comprend pas lui-même, à leur concéder des droits ou des avantages ; quand les travailleurs sont en situation de faiblesse, l’État laisse les exploiteurs les leur reprendre ou les limiter. Ce mouvement alternatif est inhérent à la lutte des classes et s’articule avec les fluctuations de l’économie. Quand cette dernière est en expansion, le patronat est disposé à partager pour éviter la confrontation sociale et si celle-ci se produit, il cède. Quand elle est en récession, du fait des dysfonctionnements de sa propre machine, le capital est prompt à inverser la tendance, invoquant la nécessité de réformer pour le bien commun, de restreindre dans l’intérêt général, de faire preuve de réalisme pour revenir à la prospérité.

En 1945, et les années qui suivent, la classe ouvrière, aguerrie dans la Résistance, bien organisée dans ses syndicats, est en mesure de mener une révolution, au moins une insurrection. Pour éviter l’une ou l’autre, l’État lui concède des droits importants : institution des comités d’entreprise et relance des délégués du personnel, statut « avantageux » des salariés des entreprises nationalisées, installation de la sécurité sociale et participation des syndicats à sa gestion, nouvelle loi sur les conventions collectives renforçant le rôle des syndicats par la représentativité, etc.

On pourrait aussi prendre pour exemple l’après-Mai 68 avec la loi sur les délégués syndicaux et la section syndicale d’entreprise, la mensualisation, le développement de la formation professionnelle, la loi de 1973 sur la cause réelle et sérieuse du licenciement, etc.

Á chaque situation comparable, l’État fait ainsi d’une pierre deux coups : en améliorant le sort des salariés, il désamorce la contestation tout en renforçant son emprise sur les organisations ouvrières enserrées dans un filet juridique les contraignant à collaborer au système d’exploitation.

Après la victoire socialiste de 1981, les lois Auroux de 1982, du nom du ministre du travail Jean Auroux, accordent de nouveaux droits non négligeables sur la représentation du personnel, la négociation collective, la durée du travail, la limitation des contrats à durée déterminée et du recours à l’intérim… Dans la foulée sont aussi votées la retraite à 60 ans et la cinquième semaine de congés payés. Mais, parallèlement, ces lois promeuvent des idées consensuelles telles que la « démocratie économique », les travailleurs « citoyens de l’entreprise », l’« entreprise citoyenne » qui préparent, perfidement, la déconstruction du droit du travail. Avant même le « tournant de la rigueur » de 1983, la première pierre en est posée par la loi du 13 novembre 1982 qui permet aux accords d’entreprise de déroger, en moins favorable, à des dispositions législatives et réglementaires lorsque lesdites dispositions l’autorisent. Les socialistes et la fraction éclairée du patronat s’étaient entendus pour, d’un côté, accorder des droits indispensables à la crédibilité des premiers, de l’autre, pour moderniser le droit du travail dans le sens voulu par la mondialisation de l’économie [4]. Le virus d’une remise en cause radicale de cent ans d’avancées sociales était instillé par une gauche phagocytée par les sociaux-chrétiens venus de la Confédération française démocratique du travail (CFDT).

Les choses se dégradent au long des années. La précarité de l’emploi pénètre le droit du travail par de multiples fissures légales et conventionnelles dont les plus significatives furent les lois Aubry de juin 1998 et janvier 2000 sur les 35 heures hebdomadaires, échangeant une réduction de la durée du travail contre sa flexibilité et la modération salariale ; cette réduction qui n’était pas une revendication première, fut un mauvais deal dont les salariés ne perçurent pas le vice sur le coup [5]. De retour au pouvoir en 2002, la droite pouvait parfaire le travail et accentuer le repli des droits des travailleurs. Notamment, les lois Fillon du 4 mai 2004 et Sarkozy-Fillon du 20 août 2008 étendent les cas où les accords d’entreprise peuvent déroger à la loi et leur permettent de contenir des dispositions moins favorables que la convention de branche. Pris dans un complexe jeu politique, les syndicats ne bougent pas voire encouragent le repli comme la CFDT approuvant la réforme scélérate des retraites en 2003 ce qui lui vaudra de perdre quelques dizaines de milliers d’adhérents [6]. Le programme de la gauche en 2012 n’a pas à son ordre du jour d’améliorations des droits sociaux. Tout occupé à leur faire accepter les fermetures d’entreprises, le gouvernement socialiste abandonne les travailleurs en rase campagne invoquant une énième crise plutôt que leur impuissance devant les multinationales. Pendant ce temps, la droite se droitise, l’extrême-droite prospère, les organisations syndicales sont bâillonnées par leurs bureaucraties politiciennes, surtout… s’affaiblit la conscience de classe. Le capitalisme oblige les ouvriers au recul : ils acceptent le développement de la flexibilité et de la précarisation, ils concèdent des retours en arrière sur les salaires, la durée du travail, la productivité, sous la menace de fermeture, de chantage aux délocalisations. L’État accompagne le mouvement et le prolonge avec la législation nécessaire en allongeant l’âge des départs en retraite et la durée de cotisation, en diminuant l’indemnisation du chômage comme les remboursements de l’assurance maladie. Les travailleurs fragilisés, menacés ne négocient plus le maintien de l’emploi mais les conditions de sa suppression quelquefois après des luttes dures, souvent désespérées.

L’ANI, comme une résurgence corporatiste

Désormais, la négociation sociale intègre la logique patronale des fatalités économiques telles les contraintes de la compétitivité internationale et la nécessité de délocaliser donc, l’impérative obligation de licencier. L’œuvre dévastatrice s’accélère avec l’accord national interprofessionnel (ANI) sur la compétitivité et la sécurisation de l’emploi du 11 janvier 2013 signé entre le Medef, la Confédération générale des petites et moyennes entreprises et l’Union professionnelle artisanale d’un côté, la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC, de l’autre ; accord entériné, sans modification majeure, par la loi du 14 juin 2013 relative à la sécurisation de l’emploi [7]. Objet d’un recours de parlementaires UMP pour non-conformité à la Constitution de certaines de ses dispositions, la loi a été validée par le Conseil constitutionnel [8]. Après cette validation, le ministre du Travail, Michel Sapin, a déclaré : « la loi sur la sécurisation de l’emploi fera date dans l’histoire de nos relations sociales, elle contribuera à renforcer notre compétitivité et donc l’emploi en France, tout en s’inscrivant dans la filiation des lois améliorant les droits de salariés » [9]. Oui, Monsieur le ministre socialiste, elle fera date, mais non pour ce que vous dites…

Ce texte était initialement intitulé : projet de loi pour un « nouveau modèle économique et social au service de la compétitivité des entreprises et de la sécurisation de l’emploi ». La sobriété nouvelle de son titre n’en a pas modifié le contenu [10]. Reste la quadrature du cercle : être au service de la compétitivité des entreprises en préservant l’emploi des travailleurs. Reste ce qui paraît le plus probable : construire un nouveau modèle économique et social. D’inspiration néo-libérale, celui-ci tend à remettre l’élaboration de la norme aux partenaires sociaux, de préférence au niveau de l’entreprise qui serait le mieux adapté. La mission régulatrice de l’État est circonscrite au minimum, avec la tentation de limiter son rôle à homologuer ce qui a été négocié, sa justice se chargeant seulement de le garantir. Ainsi, voit-on que la crise, selon un schéma éprouvé, sert l’adaptation du capital aux nouvelles données économiques. S’agissant du droit social, base juridique de l’exploitation, un système, à visée quasi libertarienne, se met en place ; il repose sur trois principaux piliers :

  • Cogestion de la précarisation. L’entreprise doit être gérée par l’employeur avec des syndicats qui adhèrent à cette idée folle de préserver l’emploi en le précarisant [11]. Les accords signés dérogeront de plus en plus largement à la loi et se soustrairont de plus en plus à l’appréciation du juge déclaré incompétent en matière économique, voire hostile au marché. Renaît le mythe du juge rouge.
  • Fait majoritaire. Les accords signés par des syndicats représentant une majorité de salariés, voire moins, s’imposeront à tous les salariés lesquels ne pourront plus opposer les clauses plus favorables de leur contrat de travail et seront légitimement licenciés s’ils rejettent les dispositions conventionnelles [12]. Peut-être, à l’avenir, pourront-ils ne pas être licenciés mais considérés comme démissionnaires au nom de leur liberté individuelle.
  • Privatisation de la protection sociale. Petit à petit le patronat reprend en main la gestion et le contrôle de la protection sociale avec pour objectif de la privatiser ne laissant qu’une sécurité sociale résiduelle, une aide médicale pour ceux qui n’ont rien.

Les ambivalences et les évolutions du droit social se prolongent dans le domaine de la santé, il faut avoir une population bien portante pour bien produire ; de l’éducation qui doit former des corps professionnels compétents et dociles si possible ; du logement pour parquer le bétail salariés ; des transports et des infrastructures dont l’objet principal est de faciliter la circulation des marchandises et l’acheminement de la main-d’œuvre. Entre la rapacité du capital contrariée par ses obligations économiques, sa volonté d’appropriation du commun par la privatisation et la volonté de la population d’améliorer sa vie quotidienne s’établit, au mieux, un consensus qui maintient en place la société capitaliste, et que l’on voudrait provisoire, au pire, une collaboration de classes qui concourt à son adaptation voire à sa transformation. Ce dilemme hante le syndicalisme depuis ses origines mais c’est sa face la plus noire qu’il nous présente aujourd’hui.

Pour que l’on se libère de ces dominations économiques, juridiques et idéologiques, il faut que les syndiqués de la CFDT empêchent la poursuite de la rédaction, par leur centrale et le Medef, de la nouvelle Charte du travail, modèle pour une société corporatiste. Le veulent-ils ? Il faut que les syndiqués de la CGT jettent par-dessus bord cette absurdité de « syndicalisme rassemblé » vide de sens, pour revenir au syndicalisme de lutte des classes, au syndicalisme révolutionnaire. Le peuvent-ils ? Seuls les travailleurs organisés sont en mesure de stopper la fuite en avant de l’alliance du patronat et des sociaux-libéraux, de subvertir la passivité des bureaucraties syndicales par la grève générale.

Texte libre de droits avec mention de l’auteur : Pierre Bance, et de la source : Autrefutur.net, espace d’échanges ouvert à toutes les composantes anti-autoritaires, autogestionnaires et libertaires du mouvement ouvrier et révolutionnaire (www.autrefutur.net).

[1] Pour Norbert Elias, l’État se construit par la force incarnée dans l’armée, la violence légitime, et par la levée des impôts, un racket légitime (La Dynamique de l’Occident [1977], Calmann-Lévy, « Pocket, Agora », 2003, 320 pages).

[2] Pour une lecture militante d’Alain Badiou, voir Pierre Bance, « Badiou cerné par l’anarchisme », Un Autre futur, 2 février 2012 (http://www.autrefutur.net/Badiou-ce…).

[3] Il convient d’ajouter aux travailleurs salariés, les faux indépendants, tous ces travailleurs aux frontières du salariat.

[4] Martine Aubry, alors jeunes conseillère de Jean Auroux, faisait-elle déjà le relai avec le grand patronat chrétien ?

[5] Pour un constat critique, Paul Bouffartigue, Temps de travail et temps de vie. Les nouveaux visages de la disponibilité temporelle, Paris, Presses universitaires de France, « Le travail humain », 2012, 232 pages, voir notamment les pages 64 et suivantes.

[6] Pour Michel Noblecourt dans Le Monde du 20 novembre 2012, les départs dépassèrent les 80 000.

[7] Loi n° 2013-504 du 14 juin 2013, Journal officiel du 16 juin 2013, page 9958. Lors du dernier scrutin à l’Assemblée nationale, le 24 avril, ont voté pour le Parti socialiste, les radicaux de gauche et les centristes ; contre le Front de gauche, quatre socialistes et deux UMP ; se sont abstenus l’UMP, les écologistes et seize socialistes. C’est évidemment par pure inhibition politicienne que la droite n’a pas voté pour.

[8] Décision du Conseil constitutionnel n° 2013-672 DC du 13 juin 2013, Journal officiel du 16 juin 2013, page 9976. Le Conseil constitutionnel a cependant censuré la disposition permettant d’imposer, par une convention de branche, un ou plusieurs organismes chargés d’assurer la couverture complémentaire de tous les salariés de la branche estimant, comme les sénateurs et députés UMP, qu’elle méconnaissait « la liberté contractuelle et la liberté d’entreprendre ».

[9] Communiqué de presse du ministère du Travail du 13 juin 2013 (http://travail-emploi.gouv.fr/actua…).

[10] Sans pouvoir entrer, ici, dans le détail de multiples dispositifs, rappelons quelques points forts du de la loi issu de l’accord : – Mise en place – a minima – d’une mutuelle pour tous les salariés. – Le plan de sauvegarde de l’emploi (plan social assorti de licenciements collectifs) devra faire l’objet d’un accord signé par les syndicats représentant la majorité des salariés à défaut, d’une homologation du plan de l’employeur par l’administration du travail. – Un accord majoritaire pourra proposer une réduction de salaire ou un aménagement du temps de travail contre un maintien dans l’emploi pour une durée maximale de deux ans. En cas de refus individuel, le salarié fera l’objet d’un licenciement économique. – Un accord signé par les syndicats représentant 30 % des salariés pourra autoriser l’employeur à mettre en place une mobilité obligatoire professionnelle ou géographique. Là aussi, en cas de refus, le salarié fera l’objet d’un licenciement économique. Pour un résumé de l’ANI voir La Nouvelle Vie ouvrière du 25 janvier 2013, page 26 ; pour une étude de la loi voir le dossier de La Nouvelle Vie ouvrière du 31 mai 2013, page 19, illustré par Babouse, les titres de chapitre de ce dossier sont éloquents : – Des accords de chantage à l’emploi. – Les salariés contraints à la mobilité. – Temps partiel, une durée minimale mais des dérogations à foison. – L’accès à la justice entravée pour les salariés. – Des contreparties bien modestes pour les salariés. – Les institutions représentatives du personnel fragilisées. – Licenciement, un nouveau plan de sauvegarde de l’emploi.

[11] Employeur qui n’est souvent, même dans les petites et moyennes entreprises, que le gérant d’une multinationale lointaine, d’un fonds spéculatif mystérieux.

[12] Le résultat des élections de représentativité donnant, au niveau national, une majorité à la triplette CFDT-CFTC-CGC, 44,73 %, contre 42,71 % à la CGT et FO qui ne pourront faire opposition à l’ANI, est une heureuse surprise pour le camp de la collaboration (Voir le site du Ministère du travail : http://travail-emploi.gouv.fr/espac…).

Éducation et pédagogie: La Foire à l’Autogestion des 8 et 9 Juin… Apprenons !… Échangeons !…

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Entrée libre à la seconde Foire à l’Autogestion !

vendredi 17 mai 2013

 par Foire-Autogestion

 

La Foire à l’autogestion dure deux jours : les 8 et 9 juin, à la Parole errante, 9 rue François-Debergue, à Montreuil, métro Croix-de-Chavaux.

On y attend des dizaines de structures associatives, syndicales, coopératives et politiques, et 1500 à 2000 visiteurs.

L’entrée est libre. Vous donnez ce que vous voulez à l’entrée pour financer l’édition de l’année suivante.

Consultez le programme !

Carte et plan des lieux