Archive pour autogestion et fédéralisme

Autogestion au Japon après la seconde guerre mondiale…

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Vive le contrôle de la production par les travailleurs au Japon (Seisan Kanri)

 

Patrick Le Tréhondat

 

25 Juin 2015

 

url de l’article original:

http://www.autogestion.asso.fr/?p=5276

 

En 1945, le Japon impérial est écrasé. Le pays est mis sous la coupe réglée des Américains et un semblant de démocratie se reconstruit. Le peuple japonais vient de sortir de plusieurs décennies d’un régime autoritaire et militariste. Un puissant désir de libération politique et sociale soulève le pays. Entre avril et mai de la même année, on recense 110 luttes pour le contrôle de la production (seisan kanri) par les travailleurs.

Des conflits sociaux éclatent dans tout le pays. Les travailleurs doivent alors affronter en plus de leur propre patron, un gouvernement hostile aux intérêts ouvriers et surtout un commandement et une armée américaine dirigés par le général Douglas MacArthur et le SCAP (Commandant suprême des forces alliées, en fait les USA). Les conflits portent autant sur des revendications économiques que sur le contrôle de la production.

Le premier quotidien japonais autogéré

Le quotidien Yomuri était dans les années 1930, l’un des trois plus importants quotidiens japonais. Ce journal était dirigé par Skoriki, farouche ultra-nationaliste. Pendant la guerre, le quotidien avait activement collaboré avec le régime fasciste nippon. En 1945, les employés du journal demandent la poursuite de Skoriki pour sa responsabilité dans la guerre et la démocratisation interne du journal. En octobre, 1 000 employés sur les 1 875 que compte le quotidien forment un syndicat. Outre les revendications démocratiques, ceux-ci exigent des augmentations de salaires, le respect du droit humains des employés et la démission collective des responsables de la rédaction. Le SCAP reste circonspect face à ce mouvement. En ce début d’occupation du pays, les autorités américaines entendent organiser la reconstruction du pays, mais elles ne peuvent pas totalement s’appuyer sur les couches dirigeantes issues de l’ancien régime. Aussi, le plus habilement possible, elle gère les contradictions sociales, veillant à ce qu’elles n’aillent pas trop loin. Si la légalisation des syndicats est acquise, pour autant le SCAP entend maintenir dans les limites raisonnables le mouvement de la lutte de classes. Ainsi, lorsque celles-ci sont dépassées, le général MacArthur intervient publiquement pour stopper des développements inquiétants. En mai 1946, il menace publiquement le mouvement populaire et ses manifestations et, plus tard, il interdit la grève générale de février 1947. La direction américaine flaire, à juste titre, un réel danger subversif dans cette ébullition nippone.

Face au refus attendu de la direction du Yomuri  de satisfaire les revendications des employés, un « comité de lutte » est élu dans tous les services du journal, et l’ensemble des comités sont coordonnés par une instance dite « suprême ». Le journal est alors occupé et le 25 octobre les salariés en prennent le contrôle. Un nouveau journal, qui porte toujours le nom de Yomuri, aux positons progressistes sort des  presses. Son tirage atteint 1 700 000 exemplaires. L’ensemble de la gauche (PS, PC et syndicats) le soutient. L’ancien directeur  Shoriki démissionne. Un nouveau conseil de gestion (keiei kyogikai) est élu et composé dans leqquel les salariés sont représentés pour moitié. Le 12 décembre 1945, l’éditorial du Yomuri annonce à ses lecteurs : « Jusqu’ici le journal a été l’organe des capitalistes, il a opprimé le peuple… Maintenant, Yomuri a été libéré du joug du capital… Nous proclamons qu’à partir de maintenant,  Yomuri deviendra le réel ami du peuple et un organe du peuple pour l’éternité ». Le Yomuri  était devenu le premier journal autogéré japonais.

Des productions en réseau

Dans les mines de Takahagi, du 6 avril au 14 juin 1947, les mineurs prennent, eux aussi, le contrôle de l’extraction de charbon et c’est le syndicat qui perçoit le produit des ventes. À la même période, les ouvriers de la chimie, les mineurs et les fermiers vivent une expérience étonnante.

Tokyo Gosei était une petite entreprise chimique qui devait fermer. Immédiatement, ses 190 salariés fondent un syndicat et décident de poursuivre la production sous leur propre gestion. Ils apprennent alors que les salariés d’une autre entreprise chimique de Tokyo, Edogawa Manufacturing (500 employés), ont pris la même décision et vendent leur production au nom de leur syndicat. Des contacts sont noués et il apparaît que Edogawa Manufacturing a besoin de la matière première produite par Tokyo Gosei. Aussi les ouvriers de Tokyo Gosei passent un accord avec les salariés de Edogawa Manufacturing pour leur vendre les produits dont ils ont besoin et encaissent ainsi 300 000 yens. Le même type d’accord commercial est passé avec une association de coopératives agricoles de Niigata forte de 15 000 membres pour lui vendre des fertilisants. Des coopérations ouvriers-paysans se tissent rapidement. Ainsi l’association des coopératives agricoles échange du riz contre du charbon avec des mineurs, mais leurs achats de fertilisants avec Tokyo Gosei  se paient en espèce. Tokyo Gosei vend également du méthanol à Edogawa Manufacturing qui achète en espèces du charbon aux mineurs.

En 1947, les usines de Nippo Kokan (NKK, sidérurgie) à Kawasaki et Tsurumi connaissent une forte mobilisation.  Les travailleurs considéraient tout simplement que si les revendications n’étaient pas satisfaites, ils devaient expulser les directions d’entreprise et assurer eux-mêmes la production. En 1946, le Japon connaissait une grave crise d’approvisionnement. Le syndicat de NKK obtint alors le droit de fabriquer du sel dans l’entreprise en utilisant son infrastructure industrielle, pour ensuite, le distribuer aux ouvriers qui pouvaient ainsi l’échanger au marché noir contre de la nourriture. Le syndicat met également en place « un comité de crise contre le ravitaillement » qui gère cette production et sa distribution. Ce comité négocie aussi avec la compagnie des « congés d’approvisionnement » qui devaient permettre aux ouvriers d’aller dans les campagnes faire leurs opérations de troc.  Ces opérations d’échange avaient lieu avec des coopératives qui allaient apporter des pommes de terre, plus tard, en solidarité avec les grévistes de NKK. Des terrains de la société laissés en friche sont également récupérés par le syndicat qui les cultive. Enfin des quantités de charbon sont allouées et distribuées par le syndicat. Cette appropriation syndicale des moyens de l’entreprise dans l’intérêt des salariés  renforçait la culture syndicale autogestionnaire. Dès 1946, le syndicat avait exigé un droit de veto sur les licenciements et le monopole de l’embauche. De son côté, la direction acceptait au mieux de consulter les représentants des travailleurs sur ces sujets.  Le 4 octobre 1946, la grève éclate. Le 9 octobre, la direction concède un droit de veto sur les principes de la politique d’embauche et les sanctions. Le syndicat accepte le compromis.

Alors qu’en janvier 1948, la direction refuse une augmentation salariale, le syndicat se met à examiner les livres de comptes de l’entreprise et attire l’attention de tous sur les dépenses somptuaires de la direction. Il donne consigne à ses sections d’atelier de contrôler le matériel et de signaler tout gaspillage. Le résultat de cet « audit » syndical connu, la direction de l’entreprise concède le 6 mars la prime réclamée par le syndicat. Porté par cette dynamique, le syndicat présente, le 15 mars, « Un projet pour un mouvement de relance de la production par et pour les travailleurs ». Cette initiative visait à quasiment confier aux travailleurs la gestion de l’entreprise. Elle n’était pas acceptable pour les propriétaires de l’entreprise et échoua.

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Résistance politique: Lutte sociale et gestion directe…

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Qu’est-ce que la gestion directe ?

 

Fédération Anarchiste

 

10 Avril 2015

 

url de l’article:

http://www.monde-libertaire.fr/autogestion/17719-quest-ce-que-la-gestion-directe#comment-1272

 

En 1981, la « gauche » porteuse d’espoir d’amélioration des conditions d’existence s’emparait des commandes de l’État. Cette expérience a fait la preuve de l’efficacité du clan des politiciens à laisser le chômage et les inégalités se développer. Belles promesses et projets généreux ont été rangés aux oubliettes du « réalisme » socialiste.
Face à la déception et à la grogne, tous les gouvernements tentent de nous faire croire que notre avenir de travailleurs est lié au sauvetage de l’économie des profiteurs. Mais qui peut avaler cela ?
Les dirigeants syndicaux peut-être, qui bradent leur indépendance, trompent leurs mandataires, dévoient leurs syndicats au nom de la « solidarité nationale » entre exploiteurs et exploités, et tous ceux qui prêchent encore les bienfaits de l’austérité aux travailleurs désabusés.
Le revirement brutal de ceux qui, hier encore, mangeaient à la gamelle gouvernementale n’y changera rien. Le monde politique traditionnel est à bout de souffle.

Attention

Plus vite que nous le pensons, nous aurons à choisir. Dans la plupart des pays occidentaux, nous assistons au même phénomène. Au gré des élections, gauche et droite se succèdent sans que de véritables solutions soient apportées. Partout, le patronat durcit ses positions, les travailleurs paient la « crise » de leurs maîtres. Combien de temps encore ce jeu d’alternance durera-t-il avant qu’une droite totalitaire ou une gauche « musclée » balaie les derniers semblants de démocratie ?
Oublier l’histoire, c’est se condamner à la revivre. Devrons-nous attendre, en moutons résignés, l’avènement d’une dictature souhaitée par certains aujourd’hui, ou choisirons-nous la voie de la responsabilité et de l’égalité ?

La lutte pour la gestion directe

Que personne ne décide à notre place ! Organisons la solidarité et l’entraide entre les travailleurs contre les patrons et bureaucrates.
Préparons-nous à remplacer l’État, institution parasite et étouffante, par une organisation fédéraliste des différents secteurs de la société.
Demain, gérons nous-mêmes, directement, notre travail et nos cités. Supprimons les inégalités économiques et sociales.
Après l’échec à l’Ouest et à l’Est de toutes les doctrines autoritaires (démocratiques ou dictatoriales), luttons pour une société libertaire ; débarrassons-nous des patrons et des politiciens.

Les principes

Les principes de l’économie libertaire tels que les anarchistes les conçoivent sont clairs. Ils supposent : le fédéralisme, agent de coordination en remplacement de l’État, agent de coercition du système capitaliste ; l’abolition d’un système économique basé sur le profit, la plus-value et l’accumulation du capital ; la collectivisation des moyens de production et d’échanges ; l’égalité économique et sociale.
La limitation de l’autorité aux accords librement passés entre les participants à l’élaboration d’une économie directement gérée par les travailleurs.
Nous nous démarquons de cette autogestion mise à la mode par les chrétiens progressistes et les marxistes modernistes dont les thèses débouchent toujours sur des projets clairement cogestionnaires.
L’utilisation du terme gestion directe, pour définir notre proposition, semble plus appropriée.

La gestion directe, pour quoi faire ?

La participation à la gestion d’une entreprise n’a d’intérêt, pour un travailleur, que si elle transforme ses conditions d’existence. Gérer une entreprise en commun, alors que cette entreprise conserve ses structures de classes, consisterait, pour les travailleurs, à gérer leur propre misère, leur propre exploitation. Ce qui confère à l’entreprise ses structures de classes, ce sont : la propriété privée de l’entreprise ; l’appropriation par le capital d’une plus-value que le travail de tous a créée ; les différences de rémunérations ; le maintien d’une autorité qui excède le cadre de la tâche à accomplir ; les privilèges de l’encadrement.
Demain, si dans l’entreprise autogérée, il reste des différences économiques, il se reconstituera une nouvelle classe dirigeante qui défendra, par tous les moyens, ses privilèges.
Les anarchistes pensent contrairement aux marxistes avec leur période intermédiaire, qu’il faut supprimer immédiatement tous les privilèges de classe sans exception.
Les travailleurs se demandent ce qu’ils peuvent gagner à la gestion de l’outil de production. Ils pèsent les avantages et les inconvénients qui en résulteront pour eux, et dont le principal est la responsabilité : c’est celui qui le fait le plus réfléchir, car celle qu’ils assureront sur le lieu de travail engagera celle de leur condition économique.
Nous touchons ici au problème humain, celui de l’homme devant la responsabilité, celui de la quiétude qui résulte d’une certaine servilité, surtout lorsqu’elle s’assortit de conditions d’existence économiques et morales acceptables. Mais une autre série de questions se pose au monde du travail. Elles ont trait à la maîtrise des moyens technologiques et des modalités de gestion. Quelles seront les conditions de production et de distribution ? Il est possible d’avancer deux raisons solides qui peuvent nous convaincre que les salariés auraient avantage à gérer la production. La première, c’est qu’ils répartiraient mieux le fruit de leur travail, ce qui est une raison purement économique, matérielle. La deuxième raison est que cette prise en main concourt à l’épanouissement individuel. Mais pour que la gestion directe se traduise en actes, il faut que l’homme se débarrasse des coutumes consacrées par les siècles, il faut qu’il s’émancipe des préjugés.
La production devra être conditionnée par les besoins et non par le profit. La gestion directe implique, de fait, l’abolition du salariat et reste sous-tendue par une gestion globale et rigoureuse du système productif.
Il est important de souligner que si l’égalité économique est une condition nécessaire à la suppression des classes, elle n’est pas suffisante ; la suppression de l’État doit l’accompagner sous peine de voir se recréer une classe dominante.
Cette société sans classe et sans État que nous proposons justifie la prise en main, par les travailleurs, des moyens de production et d’échange, par la population entière la prise en main de la distribution des affaires communales, régionales nationales et internationales par une organisation fédérale adaptée à toutes les situations. Bien évidemment, la gestion directe dépasse ici le cadre strict de l’économie et se généralise à tous les domaines de la vie (cadre et conditions de vie, culture, etc.). Le but du fédéralisme libertaire est de coordonner, d’organiser la vie en société en supprimant tout pouvoir. C’est pour cela que les théoriciens anarchistes, et, à leur suite ceux qui se réclament de l’anarchisme, ont toujours justifié la nécessité de l’organisation.

La coordination sans État

C’est souvent le manque d’organisation structurée qui permet au premier quidam venu d’imposer son autorité et d’être proclamé, suivant les époques : roi, ayatollah ou président. Le fédéralisme libertaire reconnaît, dans toute société, une multitude d’individus et collectivités ayant chacun des aspirations particulières et un rôle propre. C’est pourquoi, l’autonomie la plus large doit être reconnue à chacun, ainsi que la possibilité de s’organiser, de se gérer et de s’administrer comme bon lui semble sans qu’un organe supérieur lui dicte ce qui est bon ou juste. L’autonomie a, bien sûr, ses limites, qui sont le respect de la cohésion de l’ensemble de la société et le non-exercice du pouvoir d’un groupe sur un autre.
Nous voyons donc que contrairement à l’organisation étatique, l’autonomie ou la liberté d’autrui n’est nullement une borne. Mais cette autonomie n’est pas suffisante ; l’entraide est nécessaire. Elle exige de chacun que le contrat librement consenti d’égal à égal remplace la loi édictée et imposée par un seul. Elle exige également que chacun (collectivité et individualité) participe aux décisions communes. Ces différents facteurs combinés transformeraient notre vie de façon radicale en remplaçant le pouvoir de quelques-unes sur tous par une organisation qui, seule, est à même de composer la société sans la paralyser.

La grève expropriatrice gestionnaire

C’est pendant la période où l’État, les directions syndicales et politiques, sont désemparés par un mouvement social de grande ampleur, que l’action décisive est possible. C’est l’instant où, d’une grève revendicatrice, de refus, la grève doit devenir expropriatrice et gestionnaire. Expropriatrice, en refusant de céder les profits aux patrons. Gestionnaire : une fois le patron mis à la porte, il faut continuer la production, trouver les débouchés, repenser une économie dont le moteur n’est plus le profit, mais la satisfaction des besoins.
C’est l’instant de la chance révolutionnaire ; ce qui est rejeté et le but à atteindre doivent être clairement définis. Entre ces deux pôles de la réflexion, quelques idées-forces qui s’inspirent de la conjoncture, et qui varieront avec elle, détermineront les choix. Parce que nous sommes pour la maîtrise totale de l’économie par les travailleurs, nous refusons les systèmes capitalistes, libéral et étatique. Nous voulons établir l’égalité économique et bâtir une organisation de la société débarrassée de l’État.
La grève gestionnaire nous semble, dans l’état de complexité de l’économie moderne, un des moyens les plus efficaces pour arracher aux classes dirigeantes et à l’État les instruments de production et d’échange. C’est donc, à partir des réalités de notre temps que nous poursuivrons notre œuvre de libération sociale, ce qui confère à l’anarchisme son originalité, car, contraire à tous les dogmes, il est une adaptation constante de la proposition théorique aux conditions sociales d’aujourd’hui.

Foire à l’autogestion Toulouse les 25 Avril et 2 Mai 2015

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Pour la 4e édition de la Foire à l’autogestion toulousaine, le programme des ateliers et des débats.

Le 25 avril, à partir de 16h à la Chapelle, rue Danièle-Casanova, nous parlerons, autour d’une exposition, de la vie et de l’œuvre du pédagogue libertaire espagnol, Francisco Ferrer y Guardia, puis un second débat aura pour thème : « De Francisco Ferrer à Célestin Freinet », comment est-on passé de l’école moderne rationaliste au concept de pédagogie populaire ?

Le 2 mai, à partir de 14h, le Bazar au Bazacle nous accueille dans le cadre de ses journées militantes et festives qui auront lieu au Parc des Sports du Bazacle, 1 impasse du Ramier-des-Catalans.

A 14h30, 3 ateliers : 
 une intervention sur la mine du Rancié (Ariège) : une mine dont les filons ont appartenu aux mineurs depuis le Moyen âge jusqu’au XXe siècle ; 
 une présentation du fonctionnement éthique de notre projet sur le réseau de coopératives autogérées et du travail autogéré ; 
 engager un débat sur un lien entre les coopératives et les mouvements sociaux et/ou syndicaux, sociétaux ?

Il s’agit, au travers des ateliers/débats consacrés à ces problématiques, d’ouvrir des pistes de réflexions pour l’avenir.

 

Source:

http://www.alternativelibertaire.org/?Foire-a-l-autogestion-Toulouse-les

La vision politique et sociale de demain: Le Confédéralisme Démocratique

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Extraits du “Confédéralisme Démocratique” d’Abdulah Ocalan

 

Compilé par Résistance 71

 

1er Novembre 2014

 

Petit précis historico-politique:

 

Le peuple Kurde présente la particularité d’occuper aujourd’hui un territoire réparti sur quatre pays: La Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. Néanmoins, l’origine endémique de ce peuple en cette région remonte au Néolithique. Société traditionnellement clanique, elle se trouve tiraillée entre les différents grands mouvements impérialistes générés par le conflit des états-nations depuis plusieurs siècles, de l’empire Ottoman aux résultats coloniaux des accords Sykes-Picot de 1916 suite à son démantèlement.

Dans les années 1970 est né le Parti Ouvrier du Kurdistan (de son sigle kurde PKK) d’obédience marxiste. A la fin des années 1980, le parti opére une première critique interne et établi que le mode de société kurde ne répond pas au système trop rigide du marxisme (c’est également ce que le mouvement zapatiste de l’EZLN a indépendemment conclu au Mexique vers la même époque…) et le PKK commence à réorienter sa vision vers une politique favorisant un mode de démocratie directe avec le pouvoir rendu à la base sans contrôle d’un “parti d’avant-garde”. A cette époque, le PKK était entré en conflit armé avec l’état turc et fut classé par la Turquie, les Etats-Unis et l’OTAN comme groupe “terroriste”, luttant en fait pour leur autodétermination en tant que peuple et nation.

En 1999, le leader du PKK, Abdulah Ocalan, fut enlevé au Kenya et remis aux autorités turques pour être emprisonné. Les forces de la guérilla kurde du PKK se retranchèrent alors au Kurdistan irakien, toujours sous domination de Saddam Hussein. Le virage vers la démocratie directe avait déjà été amorcé et c’est ensuite sous l’influence de la désobéissance civile de l’Intifada palestienne inspiratrice, des idées zapatistes du Chiapas qui filtraient et de l’influence du municipalisme libertaire de Murray Bookchin et de Janet Biehl, qu’Ocalan et le PKK s’embarquèrent dans l’expérience de la démocratie directe via le modèle du “confédéralisme démocratique”, qui est la remise en pratique, adaptée aux besoins locaux de la culture et des populations kurdes et non-kurdes ayant décidé volontairement de s’unir et d’œuvrer ensemble pour une société égalitaire et libre, du principe des communes libres autogérées et régies par des assemblées populaires où les femmes et les ethnies sont représentés et ont leur mot à dire en toute chose de l’affaire politique et de la gestion sociale.

En 2011, du fond de sa prison turque, Ocalan écrivit un manifeste explicatif du mouvement kurde pour le confédéralisme démocratique. Publié en kurde, il fut ensuite traduit en anglais, français, espagnol, italien et arabe.

Nous vous en proposons quelques extraits ici afin de faire comprendre que la vie sans l’état, sans l’état-nation (présenté à tort comme le summum de l’évolution politique et sociale de l’humanité par une oligarchie bien protégée au sein du système en place…), sans hiérarchie est non seulement possible et souhaitable comme l’histoire l’a déjà souvent prouvé. La formule de gouvernance étatique et hiérarchique est obsolète, répressive, oligarchique et vouée à une corruption inéluctable par essence.

Au regard du chaos politico-social provoqué par les empires au fil des âges, il devient primordial que de plus en plus de personnes réalisent enfin que vivre dans une société à la gouvernance imposée par le plus petit nombre afin d’opprimer et de contrôler le plus grand nombre n’est en rien inéluctable et encore moins souhaitable. Cessons de nourrir la bête totalitaire étatique de notre consentement et comme bon nombre de sociétés traditionelles avant nous, les sociétés amérindiennes comme la confédération des 5 nations iroquoises depuis le XIIIème siècle et leur “charte confédérative” de la Grande Loi de la Paix dont nous avons maintes fois parlé sur ce blog et que nous sommes en train de traduire dans son intégralité en français (117 article) chose qui n’a à notre connaissance jamais été faite ; les Parisiens de 1792-93 organisés en sections autogérées, les Communards de 1871, les communes espagnoles autogérées en nombre croissant de 1878 à 1939, culminant avec la révolution espagnole de 1936-39 ; les communes libres et fédérées du Chiapas zapatiste depuis 1994 et ce modèle récent d’autogestion confédérale kurde, recréons, adaptons pour nous-mêmes la démocratie véritable des assemblées populaires non hiérarchiques décidant ensemble de nos vies dans le soucis exclusif de l’intérêt général et non pas des intérêts particuliers du plus petit nombre que l’État sert par construction.

Voici donc un petit aperçu du “Confédéralisme Démocratique” (modèle politique à géométrie variable selon la société impliquée…) tel qu’il est pratiqué par les populations de Rojava dans le nord de la Syrie, populations qui sont aujourd’hui en guerre contre les troupes mercenaires “djihadistes” de l’empire qu’est L’EIIL/EI.

— Résistance 71 –

Voir notre dossier sur le fédéralisme

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Le Confédéralisme Démocratique (Morceaux choisis)

 Abdulah Ocalan (2011)

Emphase de texte par nos soins

 

État-Nation et pouvoir

[…] Son système économique, le capitalisme, se transforma ainsi en élément essentiel de l’Etat-nation nouvellement créé. La bourgeoisie et le pouvoir du capital permirent à l’Etat- nation de remplacer l’ordre féodal et son idéologie, fondée sur des structures tribales et des droits hérités des aïeux, par l’idéologie nationale, unifiant tous les clans et tribus sous le toit de la nation. Capitalisme et Etat-nation en vinrent à être si intimement liés que l’existence de l’un sans l’autre semble aujourd’hui inima- ginable. Ainsi, l’Etat, non content de cautionner l’exploitation, se mit à encourager et à faciliter celle-ci.

L’Etat-nation est la forme de pouvoir la plus maximale. Aucun des autres types d’Etat ne possède une capacité de pouvoir équivalente. La principale raison de ce pouvoir réside dans le fait que les classes moyennes supérieures y ont été progressivement rattachées au processus de monopolisation. L’Etat-nation est lui- même le plus complet des monopoles. Il s’agit, en réalité, d’une unité de monopoles, tels que le monopole du commerce, de l’industrie, de la finance et du pouvoir. Le monopole idéologique est, quant à lui, indivisible du monopole du pouvoir.

[…]

L’état et ses racines religieuses

La plupart des Etats modernes s’affirment laïcs, revendiquant avoir coupé les liens existant entre la religion et l’Etat et séparé la première du second. Cela n’est que partiellement vrai. Certes, les institutions religieuses et autres représentants du clergé ne participent plus au processus décisionnel sociopolitique ; en revanche, ils continuent d’influencer les décisions prises, tout en se trouvant eux-mêmes sous l’influence des idées et évolutions socio-politiques. Par conséquent, la laïcité contient toujours en son sein des éléments religieux. La séparation de la religion et de l’Etat résulte d’une décision politique. Elle ne s’est pas faite naturellement, et c’est pour cela qu’aujourd’hui encore, Etat et pouvoir nous apparaissent comme des phénomènes donnés, voire même « tombés du ciel ». Les notions d’Etat laïc ou encore de pouvoir laïc demeurent ambigües.

L’Etat-nation s’est également doté d’un certain nombre d’attributs, tels que la nation, la patrie, le drapeau et l’hymne national, et bien d’autres encore, attributs qui servent à remplacer les anciens attributs fournis par la religion. En particulier, la notion d’unité de l’Etat et de la nation transcende les structures matérielles et politiques, et nous renvoie ainsi à l’unité avec Dieu des sociétés pré-étatiques. Ces notions ont donc été choisies pour se substituer au divin.

[…]

L’Etat-nation est un Etat centralisé, aux attributs quasi-divins, qui a totalement désarmé la société et monopolise l’usage de la force.

Etat-nation et bureaucratie

Transcendant sa base matérielle, c’est-à-dire les citoyens, l’Etat- nation adopte une existence propre, bien au-delà de ses seules institutions politiques. Il a donc besoin d’institutions supplémentaires qui lui soient spécifiques, et ce, afin de protéger sa base idéologique, ainsi que ses structures juridiques, économiques et religieuses. La bureaucratie civile et militaire qui remplit ce rôle, en perpétuelle expansion, se révèle coûteuse, ne servant par ail- leurs qu’à assurer la préservation de l’Etat, qui élève en retour la bureaucratie au-dessus du peuple.

La modernité européenne a fourni à l’Etat tous les moyens né- cessaires à l’expansion de sa bureaucratie dans toutes les couches de la société. Là, il se développa comme une tumeur, infectant toutes les forces vives de celle-ci. Etat-nation et bureaucratie ne peuvent exister l’un sans l’autre. Si l’Etat-nation est la colonne vertébrale de la modernité capitaliste, il est aussi une prison pour la société naturelle. Sa bureaucratie garantit le fonctionnement du système, la base de la production des biens, ainsi que les profits engrangés par les acteurs économiques concernés, qu’il s’agisse d’un Etat-nation socialiste réel ou bien à économie de marché. Au nom du capitalisme, l’Etat-nation domestique la société et aliène la communauté de ses fondations naturelles. Toute analyse visant à localiser et résoudre les problèmes sociaux doit donc procéder à un examen approfondi de ces relations.

[…]

En plus d’exploiter les idées et la force de travail de la société et de coloniser les esprits au nom du capitalisme, l’Etat-nation assimile également toutes sortes de cultures et d’idées intellectuelles et spirituelles, et ce, afin de préserver sa propre existence. Il vise à créer une culture et une identité nationale unique, ainsi qu’une communauté religieuse unique et unifiée. Pour ce faire, il impose aussi une citoyenneté homogène. La notion de citoyen même est le résultat de cette quête d’homogénéité. La citoyenneté moderne n’est rien d’autre qu’un passage de l’esclavage de la sphère privée à l’esclavage public de la sphère étatique. Le capitalisme ne peut dégager de bénéfices sans ces armées d’esclaves modernes. La société nationale homogène est la société la plus artificielle jamais créée et résulte d’un immense « projet d’ingénierie sociale ».

L’usage de la force ou des motifs financiers permet générale- ment d’atteindre ces objectifs, résultant bien souvent en l’annihilation physique des minorités, de leurs cultures ou de leurs lan- gues, ou bien en l’assimilation forcée. Les deux derniers siècles sont pleins d’exemples de la violence utilisée pour tenter de créer un Etat-nation correspondant à la réalité imaginaire d’un véritable Etat-nation. Nous allons, à présent, prenant comme exemple la république de Turquie, évoquer quelques caractéristiques de l’Etat-nation.

Etat-nation et société

On dit souvent que l’Etat-nation se soucie du sort du peuple. Ceci est faux. Il s’agit plutôt d’un gouverneur national au sein du système capitaliste mondial, un vassal de la modernité capitaliste, qui est beaucoup plus profondément lié aux structures dominantes du capital, et ce bien plus que ce que nous l’assumons généralement.

Il s’agit d’une colonie du capital. Aussi nationaliste qu’il se montre, l’Etat-nation sert toujours dans une même mesure les processus capitalistes de l’exploitation. Rien d’autre ne peut expliquer les terribles guerres de redistribution vécues à l’époque de la modernité capitaliste. Ainsi, l’Etat-nation n’est pas avec le peuple – il est son ennemi.

Les relations entre les différents Etats-nations et les monopoles internationaux sont coordonnées par les diplomates des Etats-nations. Sans la reconnaissance par les autres Etats-nations, aucun d’entre eux ne pourrait survivre. La raison se trouve dans la logique du système capitaliste mondial.

[…]

Les fondements idéologiques de l’État-Nation

Dans le passé, l’histoire des Etats se confondait avec l’histoire de leurs dirigeants, ceux-ci se voyant affublés de qualités presque di- vines. L’essor de l’Etat-nation a changé cette pratique. C’est maintenant l’Etat tout entier qui est idéalisé et élevé au niveau du divin.

Le nationalisme

Si l’on compare l’Etat-nation à un dieu, alors le nationalisme est sa religion. En dépit de certains éléments en apparence positifs, l’Etat-nation et le nationalisme présentent des caractéristiques métaphysiques. Dans ce contexte, le profit capitaliste et l’accumulation de capital font figure de catégories entourées d’un voile de mystère. Il existe, entre ces termes, un réseau de relations contradictoires, fondé sur la force et l’exploitation. Leur quête d’un pouvoir hégémonique sert la maximalisation des profits. En ce sens, le nationalisme apparaît comme une justification quasi-religieuse. Sa réelle mission consiste cependant à servir l’Etat- nation presque divinisé et sa vision idéologique, qui imprègne tous les domaines de la société. Arts, science, conscience sociale : rien de tout cela n’est indépendant. Un véritable éveil intellectuel nécessite donc une analyse fondamentale de ces éléments de la modernité.

[…]

Le sexisme

Le sexisme, contaminant l’ensemble de la société, est un autre pi- lier idéologique de l’Etat-nation. De nombreux systèmes civilisés ont employé le sexisme afin de préserver leur pouvoir, imposant l’exploitation des femmes et utilisant celles-ci comme un réser- voir de travail bon marché. Les femmes sont également considé- rées comme une ressource précieuse, en cela qu’elles produisent la descendance et permettent la reproduction des hommes. La femme est donc à la fois vue comme un objet sexuel et une marchandise. Elle est un outil pour la préservation du pouvoir masculin et peut, au mieux, accéder au statut d’accessoire de la société masculine et patriarcale.

D’une part, le sexisme de la société de l’Etat-nation renforce le pouvoir des hommes ; d’autre part, l’Etat-nation fait de la société une colonie par l’exploitation des femmes. A cet égard, les femmes peuvent également être considérées comme une nation exploitée.

[…]

Ainsi, la femme est la nation colonisée de la société historique qui se trouve dans la position la pire au sein de l’Etat-nation. Toutes les idéologies du pouvoir et de l’Etat ont leur origine dans des comportements et des attitudes sexistes. L’esclavage de la femme est le champ social le plus profond et le plus dissimulé ; tous types d’esclavage, d’oppression et de colonisation s’y produisent. Le capitalisme et l’Etat-nation agissent en pleine conscience de ce fait. Sans l’esclavage de la femme, aucun autre type d’esclavage ne peut exister, ni a fortiori se développer. Le capitalisme et l’Etat-nation représentent l’institutionnalisation ultime du mâle dominant. Pour parler encore plus crûment, le capitalisme et l’Etat-nation sont le monopole du mâle despotique et exploitant.

Les Kurdes et l’État-Nation

Suite à cette courte introduction à l’Etat-nation et à ses fondements idéologiques, nous allons maintenant tenter de démontrer pourquoi un Etat-nation kurde se révélerait inadapté aux besoins du peuple kurde.

Depuis des décennies, les Kurdes luttent non seulement contre l’oppression exercée par les puissances dominantes et pour la reconnaissance de leur existence, mais également dans le but de libérer leur société de l’emprise du féodalisme. Il serait donc illogique de se libérer pour s’enchaîner à nouveau, voire même augmenter l’oppression. Dans le contexte de la modernité capitaliste, c’est pourtant à cela qu’équivaudrait la fondation d’un Etat- nation. Tant que l’on ne s’opposera pas à la modernité capitaliste, la libération des peuples demeurera impossible. Voilà pourquoi la fondation d’un Etat-nation kurde est, pour moi, inenvisageable.

L’appel à la création d’un Etat-nation séparé représente les intérêts de la classe dirigeante et ceux de la bourgeoisie, mais ne reflète en aucun cas les intérêts du peuple ; en effet, un Etat supplémentaire ne ferait que renforcer l’injustice et entraver plus encore le droit à la liberté.

Par conséquent, la solution à la question kurde se trouve dans une approche visant à affaiblir ou à repousser la modernité capitaliste. Les raisons historiques, les caractéristiques sociales et les évolutions concrètes relatives à cette question, ainsi que l’exten- sion de la zone de peuplement des Kurdes sur le territoire de quatre pays ; tout ceci rend d’autant plus indispensable une so- lution démocratique. Il est également important de se rappeler que l’ensemble du Moyen-Orient souffre d’un manque cruel de démocratie. Grâce à la position géostratégique de la zone de peu- plement kurde, le succès du projet démocratique porté par les Kurdes promet également de pouvoir effectuer des progrès dans la démocratisation de tout le Moyen-Orient. Ce projet démocra- tique, nous l’avons baptisé le confédéralisme démocratique.

Le Confédéralisme Démocratique

On peut qualifier ce type de gouvernance d’administration politique non-étatique ou encore de démocratie sans Etat. Les processus démocratiques de prise de décision ne doivent pas être confondus avec les processus auxquels les administrations publiques nous ont habitués. Les démocraties gouvernent, là où les Etats se contentent d’administrer. Les Etats sont fondés sur la force, les démocraties se basent sur le consensus collectif. Les postes de responsabilité de l’Etat sont attribués par décret, bien qu’ils soient en partie légitimés par des élections. Les démocraties fonctionnent avec des élections directes. L’Etat considère légitime l’usage de la coercition, tandis que les démocraties reposent sur la participation volontaire.

Le confédéralisme démocratique est ouvert aux autres groupes et factions politiques. Il s’agit d’un système flexible, multiculturel, antimonopoliste et fondé sur le consensus. L’écologie et le féminisme comptent parmi les piliers de celui-ci. Dans le cadre de ce type d’auto-administration, il sera nécessaire de mettre en place une économie alternative permettant d’augmenter les ressources de la société, au lieu d’exploiter celles-ci, et qui sera ainsi mieux à même de répondre aux multiples besoins de la société.

[…]

Exprimer son identité culturelle, ethnique ou nationale par le biais d’une association politique est un droit naturel. Cependant, ce droit ne peut s’exercer qu’au sein d’une société éthique et politique. En ce qui concerne les Etats-nations, républiques ou démocraties, le confédéralisme démocratique est ouvert au compromis par rapport aux traditions étatiques ou gouvernementales. Il privilégie et autorise la coexistence égalitaire.

L’héritage de la société et l’accumulation de la connaissance historique

Le confédéralisme démocratique repose sur le vécu historique de la société et son héritage collectif. Il ne s’agit pas d’un système politique moderne et arbitraire mais bien du résultat de l’histoire et de l’expérience accumulée par la société – c’est-à-dire du vécu de celle-ci.

L’Etat se dirige constamment vers toujours plus de centralisation, et ce, afin de soutenir les intérêts des monopoles du pouvoir. Le confédéralisme fonctionne de manière exactement inverse. Dans ce système, ce ne sont pas les monopoles, mais la société qui est au centre de la réflexion politique.

[…]

L’histoire de la modernité représente quatre siècles de génocide physique et culturel au nom d’une société unitaire imaginaire. Le confédéralisme démocratique, en tant que catégorie sociologique, constitue le contrepoint à cette histoire et repose sur la volonté de lutter si nécessaire, ainsi que sur la diversité ethnique, culturelle et politique.

La crise du système financier est une conséquence inhérente à l’Etat-nation capitaliste. Tous les efforts déployés par les néolibéraux pour transformer l’Etat-nation sont, cependant, demeurés sans succès. Le Moyen-Orient en est un exemple édifiant.

[…]

Le confédéralisme démocratique et un système politique démocratique

Contrastant avec l’interprétation centraliste et bureaucratique de l’administration et de l’exercice du pouvoir, le confédéralisme propose un type d’auto-administration politique dans lequel tous les groupes de la société, ainsi que toutes les identités culturelles, ont la possibilité de s’exprimer par le biais de réunions locales, de conventions générales et de conseils. Cette vision de la démocratie ouvre ainsi l’espace politique à toutes les couches de la société et permet la formation de groupes politiques divers et variés, ce qui constitue de ce fait un progrès dans l’intégration politique de l’ensemble de la société. La politique y fait alors partie de la vie quotidienne.

[…]

Pour ce faire, nul besoin de pompeuses théories, seule suffit la volonté de permettre aux besoins sociaux de s’exprimer, en ren- forçant l’autonomie structurelle des acteurs sociaux et en créant les conditions nécessaires à l’organisation de l’ensemble de la société.

[…]

Plus la participation est importante, plus ce type de démocratie est fort. Là où l’Etat-nation entre en contradiction, voire même en conflit, avec la démocratie, le confédéralisme démocratique constitue un processus démocratique continu.

[…]

Chacune des unités politiques impliquées dans la démocratie participative se doit d’être de nature démocratique. Ainsi, ce que nous appelons démocratie se résume à l’application de processus démocratiques de prise de décision depuis le niveau local jusqu’au niveau global, et ce, dans le cadre d’un processus politique continu. Ce processus influera la structure et le tissu social de la société, au contraire de l’homogénéité voulue par l’Etat-nation et qui ne peut s’accomplir que par l’usage de la force, entraînant ainsi la perte de la liberté.

[…]

la vision sous-tendant ces décisions doit être en lien avec les questions globales. Nous devons nous rendre compte que même les villages et les quartiers urbains ont besoin d’une structure confédérale. Tous les domaines de la société doivent s’auto-administrer et tous les niveaux de la société doivent être libres de participer.

Confédéralisme démocratique et auto-défense

L’Etat-nation est une entité à structure principalement militaire. Les Etats-nations sont toujours plus ou moins les produits de guerres intérieures et extérieures. Aucun des Etats-nations exis- tants n’est apparu de lui-même. Ils ont invariablement un histo- rique de guerres à leur actif. Ce processus n’est pas limité à l’étape de leur fondation, mais s’appuie bel et bien sur la militarisation de l’ensemble de la société. Le gouvernement civil de l’Etat n’est qu’un accessoire de l’appareil militaire. Les démocraties libérales vont encore plus loin en camouflant leurs structures militaristes sous des couleurs libérales et démocratiques. Cela ne les empêche cependant pas de rechercher des solutions autoritaires au summum d’une crise provoquée par le système lui-même. L’exercice fasciste du pouvoir est dans la nature de l’Etat-nation ; le fascisme est la forme d’Etat-nation la plus pure.

[…]

Seule l’autodéfense peut permettre de repousser cette militarisation. Les sociétés qui ne possèdent pas de mécanisme d’auto- défense perdent leur identité, leur capacité à la prise de décision démocratique et leur nature politique. Par conséquent, l’auto- défense de la société ne se limite pas qu’à l’aspect militaire des choses. Elle présume également la préservation de l’identité, l’existence d’une conscience politique propre et un processus de démocratisation. Alors seulement peut-on parler d’autodéfense.

Dans ce contexte, on peut qualifier le confédéralisme démocratique de système d’autodéfense de la société.

[…]

La société elle-même doit être capable de déterminer ses devoirs, et une de ses tâches principales sera donc de défendre le libre arbitre de la société contre les interventions intérieures et extérieures. La composition du commandement militaire doit être déterminée à parts égales par les institutions politiques et les groupements confédérés.

[…]

Le confédéralisme démocratique face à l’hégémonie

Le confédéralisme démocratique est fermement opposé à tout type d’hégémonie, et ce, notamment dans le domaine idéologique. Tandis que les civilisations classiques s’appuient généralement sur le principe d’hégémonie, les civilisations démocratiques refusent les puissances et les idéologies hégémoniques.

[…]

La gestion collective des affaires de la société nécessite la compréhension et le respect des opinions divergentes, associés à des processus de prise de décision démocratiques.

[…]

Les structures confédérées démocratiques à l’échelle mondiale

Bien que le confédéralisme démocratique se concentre sur le niveau local, il n’est pas exclu d’organiser le confédéralisme à l’échelle mondiale. Au contraire, il nous faut établir une plate- forme de sociétés civiles nationales, c’est-à-dire une assemblée confédérée, afin de s’opposer aux Nations Unies, qui sont une association d’Etats-nations sous la direction de superpuissances. Nous parviendrons ainsi, peut-être, à prendre de meilleures déci- sions permettant de faire progresser la paix, l’écologie, la justice et la productivité dans le monde.

Conclusion

Le confédéralisme démocratique est un type d’auto-administration qui contraste avec l’administration par un Etat-nation. Cependant, dans certaines circonstances, la coexistence pacifique entre ces deux entités est possible, aussi longtemps que l’Etat-nation n’interfère pas avec ce qui relève de l’auto-administration. S’il s’y risquait, en effet, la société civile serait en droit d’assurer son autodéfense.

[…]

Sur le long cours, la liberté et la justice ne peuvent prévaloir qu’au sein d’un processus dynamique de démocratie confédérée.

[…]

L’Etat ne sera vaincu que lorsque le confédéralisme démocra- tique aura prouvé sa capacité à résoudre les questions sociales. Cela ne signifie cependant pas que l’on doive se soumettre aux attaques des Etats-nations. Les confédérations démocratiques maintiendront en permanence des forces d’autodéfense. Les confédérations démocratiques ne seront pas forcées de s’organiser au sein d’un territoire unique. Elles pourront prendre la forme de confédérations transfrontalières, lorsque les sociétés concernées le souhaiteront.

Les principes du confédéralisme démocratique

 

  1. Le droit à l’autodétermination des peuples comprend le droit à un Etat propre. La fondation d’un Etat ne permet cependant pas d’augmenter la liberté d’un peuple, et le système des Nations Unies, fondé sur les Etats-nations, a démontré son inefficacité. Les Etats-nations se sont ainsi mis à représenter de sérieux obstacles face aux évolutions sociales. Le confédéralisme démocratique est le paradigme inverse, celui des peuples opprimés.
  2. Le confédéralisme démocratique est un paradigme social et non-étatique. Il n’est pas contrôlé par un Etat. Le confédéra- lisme démocratique représente également les aspects organisationnels et culturels d’une nation démocratique.
  3. Le confédéralisme démocratique est fondé sur la participation de la population, et ce sont les communautés concernées qui y maîtrisent le processus décisionnel. Les niveaux les plus élevés ne sont présents qu’afin d’assurer la coordination et la mise en œuvre de la volonté des communautés qui envoient leurs délégués aux assemblées générales. Pour assurer un gain de temps, ils font office à la fois de porte-parole et d’institution exécutive. Cependant, le pouvoir décisionnel de base est dévolu aux institutions populaires.
  4. La démocratie au Moyen-Orient ne peut être imposée par le système capitaliste et ses puissances impériales, qui causent au contraire du tort à celle-ci. La diffusion de la démocratie au niveau des masses est essentielle, car il s’agit de la seule approche permettant d’intégrer différents groupes ethniques, religions et classes sociales. Elle se marie également très bien avec la structure confédérée et traditionnelle de la société.
  5. Le confédéralisme démocratique au Kurdistan est également un mouvement antinationaliste. Il vise à accomplir le droit à l’autodéfense des peuples en contribuant à la progression de la démocratie dans toutes les parties du Kurdistan, sans toutefois remettre en cause les frontières politiques existantes. La fondation d’un Etat-nation kurde ne fait pas partie de ses objectifs. Le mouvement a pour but l’établissement de structures fédérales en Iran, en Turquie, en Syrie et en Irak, structures ouvertes à tous les Kurdes et formant, dans le même temps, une confédération globale pour les quatre parties du Kurdistan.

[…]

~ Les 10 pages restantes font spécifiquement référence aux problèmes des peuples du Moyen-Orient et les façons possibles d’y remédier ~

= = =

Source du texte complet en français:

http://www.freedom-for-ocalan.com/francais/Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique.pdf

Les membres de la confédération des communes libres de la région de Rojava du nord de la Syrie souscrivent à une charte ou un “contrat social”des communes de Rojava.

Le contrat/charte comporte 93 articles et un préambule que nous avons traduit ci-dessous.

Lisez, recopiez, transmettez, inspirez-vous de ce préambule de Charte. Il représente l’universalité humaine adaptée à une circonstance spécifique, c’est à dire notre lot à toutes et tous.

 

La charte complète (en anglais):

http://www.anarkismo.net/article/27497

 

Préambule de la Charte des communes de Rojava:

Nous, peuple des régions autonomes démocratiques d’Afrin, de Jazira et de Kobané, confédération de Kurdes, d’Arabes, d’Assyriens, d’Araméens, de Turkmens, d’Arméniens et de Tchétchènes, déclarons librement et solennellement l’étabilissement de cette Charte.

Poursuivant la liberté, la justice, la dignité et la démocratie et menès par les principes d’égalité et de durabilité environnementale, la Charte proclame un nouveau contrat social, fondé sur la coexistence mutuelle et paisible ainsi que la compréhension de tous les segments de la société. Elle protège les droits de l’Homme fondamentaux et les libertés ainsi que réaffirme le droit des peuples à l’autodétermination.

Sous cette Charte, nous, le peuple de ces régions autonomes, nous unifions dans l’esprit de la réconciliation, du pluralisme et de la participation démocratique de façon à ce que tous puissent s’exprimer librement en public. En construisant une société libre de tout autoritarisme, de militarisme, de centralisme et de l’intervention religieuse dans les affaires publiques, la Charte reconnaît l’intégrité territoriale de la Syrie et aspire à maintenir la paix domestique et internationale.

En établissant cette Charte, nous déclarons un système politique et civil d’administration fondé sur un contrat social qui réconcilie la riche mosaïque de la Syrie au travers la phase transitionnelle libre de dictature, de guerre civile et de destruction et vers une nouvelle société démocratique où la vie civile ainsi que la justice sociale sont préservées.

(Suivent les 93 articles de la Charte)

Traduction Résistance 71

 

 

 

 

 

Résistance politique: Autonomie politique et autogestion modernes vues de l’intérieur… Les Caracoles du Chiapas

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, documentaire, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 4 février 2014 by Résistance 71

Les Caracoles dans l’organisation zapatiste

 

samedi 1er février 2014, par André Aubry (Date de rédaction antérieure : 28 août 2003).

 

url de l’article:

http://www.lavoiedujaguar.net/Les-Caracoles-dans-l-organisation

 

I. La structure de l’EZLN

1. Les zapatistes, ce sont :

★ les insurgés (insurgentes), volontaires femmes et hommes, permanents ; c’est entre elles et eux que sont choisis les cadres militaires de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) ;

★ les miliciens (milicianos), réservistes envoyés et sélectionnés par les villages, donc seulement en services temporels ou ponctuels ;

★ les bases d’appui des villages (comunidades bases de apoyo), non armées, chargées des grandes actions politiques de l’EZLN et, en cas de conflit armé, de la logistique.

Par exemple :

★ Insurgés et miliciens ont été les combattants du 1er au 12 janvier 1994.

★ Les miliciens ont été ceux qui ont résisté à l’armée à Chavajeval en mai 1998, avec une victime, lors du démantèlement par le gouverneur Albores de la commune autonome San Juan de la Libertad, ex-El Bosque.

★ Avec le support arrière d’insurgés et de miliciens, les bases d’appui (vieillards, femmes, hommes et enfants) furent celles qui repoussèrent l’armée d’Oventik et obligèrent une grande patrouille blindée à rebrousser chemin le 1er janvier 1996 au lendemain de la construction de l’Aguascalientes, et une nouvelle fois le 31 décembre 2000 à Jolnachój parce que ce campement militaire résistait au retrait convenu entre Fox [1] et l’EZLN (actions comparables dans la Selva à Amador Hernández en 1999 et 2000).

★ Seules (sans l’appui des insurgés ou miliciens), ces mêmes bases furent, avec la société civile, les agents de la Première Consultation nationale et internationale (août 1995, pour savoir si l’opinion acceptait la transformation de l’EZLN en « force politique » — non parti — autonome, avec 1 300 000 réponses affirmatives), de la marche à Mexico des 1 111 en septembre 1997, de la Seconde Consultation nationale pour le respect des droits des peuples indigènes et pour la fin de la guerre d’extermination, convoquée le 20 novembre 1998 et réalisée en mars 1999 par 5 000 membres des bases d’appui, deux par commune de la République (2 500 hommes et 2 500 femmes) pour faire ratifier les Accords de San Andrés par la population du pays (trois millions de réponses positives dans tout le pays).

2. Ces trois niveaux d’appartenance sont dirigés par l’EZLN

★ Le CCRI (Comité clandestin révolutionnaire indigène, formé par cinq représentations des langues indigènes parlées dans chacun des cinq Caracoles qui leur correspondent), qui est l’instance politique des comandantes et comandantas, un terme non exclusivement militaire puisque le président de la République, par exemple, est le commandant en chef des forces armées).

Son rôle a été par exemple : les dialogues avec le gouvernement (Cathédrale en février 1994, Selva en janvier 1995, dans ces deux cas avec la présence de Marcos), les négociations de San Andrés, d’avril 1995 à février 1996, ou avec les Chambres parlementaires le 28 mars 2001 (conversations auxquelles Marcos n’a pas participé) ; l’organisation de la Marche de la couleur de la terre en février-mars 2001 ; des consultations et marches déjà signalées, celles des Aguascalientes et de la Convention nationale démocratique d’août 1994 à Guadalupe Tepeyac, et la conversion des Aguascalientes en Caracoles.

★ La Comandancia General (CG) de l’EZLN, l’instance militaire que dirige le « sous »-commandant (à cause de sa subordination à l’instance politique antérieure) insurgé Marcos, qui est, par exemple, le dirigeant des insurgés et miliciens mais chargé en outre de la communication interculturelle (les communiqués : une tradition au Mexique qui remonte aux rébellions et insurrections du XVIIIe au XXe siècle, y compris à Zapata).

La création des Caracoles n’a rien changé à cette organisation de l’EZLN.

II. Comment s’organisent les autonomies ?

1. L’autonomie est l’une des principales demandes de l’EZLN et ce, depuis le dialogue de la Cathédrale en 1994. Après son échec, trente-huit communes autonomes furent proclamées dans la clandestinité en décembre 1994.

Selon les Accords de San Andrés, signés par l’EZLN et le gouvernement avec l’aval de la Cocopa [2] et de la Conai [3] le 16 février 1996, cette autonomie se définit :

★ comme « l’exercice du droit des peuples [les indigènes sont les “peuples premiers” du pays selon la Convention 169 de l’OIT] à disposer d’eux-mêmes » (derecho de libre determinación) sur les « territoires » qui ont été leur « habitat traditionnel » ;

★ comme une « autonomie différenciée » (selon les « niveaux » de gouvernement et les compétences — ámbitos — souhaitées) qui, sur le plan local, peut prendre la forme de comunidades (villages ou hameaux) ou de municipios (communes) mais avec un droit d’« association » entre les unes et/ou les autres qui, dans la pratique, convertit le territoire autonome de local en régional. Ce regroupement régional est ce qui a été décidé et promulgué les 8, 9 et 10 août 2003 à Oventik avec la création des Caracoles qui concernent une bonne trentaine de communes autonomes.

2. Ce changement laisse cependant intacte la structure de base, celle des communes autonomes. Leur siège, qui est en général celui de l’ancienne commune mais avec un autre nom (par exemple, pour San Andrés Larráinzar ce n’est pas Oventik, mais le même village avec son nouveau nom de San Andrés Sakamch’en de los Pobres). Pour l’instant, il en existe une trentaine. Leur travail est celui de la gestion municipale.

3. Outre les niveaux de gouvernement (par exemple municipal), l’autonomie des Accords de San Andrés spécifie des compétences (exécutives, législatives ou judiciaires) qui l’habilitent, par exemple, à se charger de programmes alternatifs en matière d’éducation, de santé, de justice (appelés dans les textes sistemas normativos internos), etc. À ce qui est explicitement mentionné dans les Accords, l’EZLN ajoute des programmes de production agroécologique (sans OGM, respectant la biodiversité et combattant la biopiraterie) et de commercialisation alternative en général de forme coopérative.

Il y avait déjà dans les Aguascalientes des écoles et des cliniques alternatives mais pas toujours bien structurées. Le CCRI a décidé la coordination de l’ensemble de ces activités dans les Caracoles pour les rendre plus efficaces.

4. Cette coordination est le travail du siège des Conseils de bon gouvernement (Casa de la Junta de buen gobierno), inauguré symboliquement à Oventik par environ soixante-dix commandants du CCRI (donc provenant des cinq Caracoles existants) qui ont confirmé en ces nouvelles fonctions les quatorze conseillers d’Oventik (deux pour chacune des communes autonomes représentées actuellement dans ce Caracol, preuve que l’institution de base reste la commune autonome) ainsi que ceux des quatre autres Juntas de buen gobierno.

5. Lors de la construction des communes autonomes, il y eut beaucoup de ratés qui ont mécontenté des alliés de l’EZLN (comme l’ARIC indépendante, par exemple) ou des organisations de solidarité mexicaines ou internationales malmenées, dans leurs membres ou dans la destination des fonds qu’elles apportaient, ou même par des entorses aux droits de l’homme. Donc, en plus de coordonner un développement endogène et autogéré, les Conseils de bon gouvernement fonctionnent aussi comme des assemblées d’arbitrage et de conciliation, de répartition des finances extérieures, non selon les critères des donateurs sinon selon ceux des zapatistes eux-mêmes en l’exercice de leur autogouvernement, en se réservant une retenue locale de dix pour cent destinée, par exemple, à soutenir le collectif d’un village dont les nécessités n’avaient pas encore été prises en compte.

III. Qu’est-ce qui a changé depuis la création des Caracoles ?

1. Les communes autonomes (municipios autónomos), loin d’être relativisées, jouissent de l’appui et des services régionaux des Caracoles qui leur épargnent les bavures de leurs débuts difficiles.

2. Les autonomies sont considérablement renforcées et respectées, des communes autonomes aux Caracoles en passant par les Conseils de bon gouvernement parce que :

★ la CG militaire de l’EZLN se chargera — et elle seule — de répondre militairement aux manœuvres hostiles des paramilitaires qui menacent encore les organismes autonomes ;

★ le CCRI et la CG de l’EZLN ont terminé leur rôle de suppléance et n’interviendront plus dans la marche interne des autonomies.

3. En effet, les comandantes du CCRI ont clairement exprimé que si l’un d’eux a des aspirations aux gouvernements autonomes, il doit renoncer aux charges d’organisation qu’il occupe au sein de la Comandancia de l’EZLN parce qu’il ne peut y avoir d’interférence entre les niveaux de gouvernement (il y aurait donc une espèce de séparation respectueuse des pouvoirs, un peu à l’image du pacte fédéral, officiellement mal respecté bien que consacré par la Constitution mexicaine).

4. Le sous-commandant insurgé Marcos est libéré de la rédaction de communiqués parlant au nom des autonomies mais il en garde la responsabilité pour son instance ; les autonomies n’ont plus le droit de faire intervenir les miliciens pour faire respecter leurs décisions parce que, dorénavant, ces dernières devront être purement politiques et inspirées par la raison, non par la force, compétence exclusive de la CG militaire.

5. Cependant trois comandantas et plusieurs comandantes du CCRI, depuis leur compétence spécifique, ont proclamé le 9 août 2003 à Oventik les grandes lignes d’action de l’EZLN au niveau global dans la conjoncture, auxquelles les autonomies devront trouver des formes locales ou régionales d’application : le problème de la marginalisation de la femme, celui des jeunes sans travail ou des migrants contraints à chercher aux États-Unis ce que le Mexique est incapable d’offrir, le point de vue critique de l’EZLN sur la classe politique du moment, ses choix au niveau de la solidarité internationale (Pays basque, Palestine, Irak, Argentine, etc.) et la mobilisation pour un grand programme de résistance aux principaux axes néolibéraux officiellement annoncés — l’ALCA (Accord de libre commerce des Amériques) et le PPP (Plan Puebla-Panama) ; cet appel est ironiquement dénommé « Plan Tijuana – La Realidad » (le territoire mexicain de sa frontière nord à celle du sud) pour bien noter la vocation nationale de l’EZLN.

La grande nouveauté est la rupture du silence. L’autonomie se vit désormais hors de la clandestinité, la résistance devient publique et ouverte. Tout se passe comme si l’EZLN suggérait au gouvernement que si ces mesures l’offensent, la solution la plus simple et la moins gênante pour lui serait, enfin, l’application des Accords de San Andrés qui ferait tout rentrer dans la légalité inclue dans leur signature commune.

28 août 2003, 
André Aubry et Eva

Notes

[1] Vicente Fox, dirigeant du Parti d’action nationale (PAN) et président du Mexique de 2000 à 2006 (note de “la voie du jaguar”).

[2] Cocopa, Commission de concorde et pacification, créée en mars 1995 par la Chambre des députés et le Sénat (note de “la voie du jaguar”).

[3] Conai, Commission nationale de médiation, créée en 1994 par des membres de la « société civile », présidée par l’évêque Samuel Ruiz, et autodissoute en juin 1998 (note de “la voie du jaguar”).

Résistance politique: Les luttes autochtones pour l’autonomie au Mexique continuent de plus belle…

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Nous l’avons dit à maintes reprises ici et en faisons un de nos chevaux de bataille: La solution pour les peuples du monde aux problèmes croissants posés par le capitalisme et son garde-chiourme de l’État vient des peuples colonisés par l’occident.

Les nations indigènes des Amériques du Nord et du Sud montrent la voie de la résistance en instaurant et en affirmant leur auto-détermination, et certains modèles autogestionnaires au sein de sociétés traditionnelles non pyramidales et non coercitives.

Nous devons comprendre leur lutte, apprendre et assimiler leurs méthodes pour les adapter à nos sociétés. Les mouvements de résistance autochtones des Amériques sont essentiels au futur de la planète. Tendons-leur la main. Unifions nos luttes qui fondamentalement sont les mêmes. Nous sommes tous des colonisés !

Union et solidarité !…

— Résistance 71 —

 

Géographie de la répression et de la résistance au Mexique

 

10 juin 2013

 

par Francisco López Bárcenas

 

url de l’article original en français:

http://www.lavoiedujaguar.net/Geographie-de-la-repression-et-de

 

Menaces à Pedro Martínez et à sa famille, de la Coordination des peuples unis de la vallée d’Ocotlán, à cause de sa participation à la lutte contre la mine de San José del Progreso ; agressions à main armée contre Celestino Bartolo Terán et menaces à sa fille Sara Bartolo, dans l’isthme de Tehuantepec, à cause de sa participation à la lutte contre les entreprises de construction d’éoliennes ; exécution de Félix Martínez Santiago, un des leaders de l’Organisation des peuples indigènes zapotèques (OPIZ), ce 15 mai dans la communauté de Tierra Blanca, San Vicente Loxicha, tous dans l’État d’Oaxaca ; menaces de mort à l’avocate Estela Angeles Mondragón pour avoir défendu des communautés rarámuris face à l’invasion de leurs terres par des éleveurs de bétail, dans l’État de Chihuahua ; disparition de Teodulfo Torres Soriano, El Tio, depuis le 24 mars, dans le District fédéral ; ce sont là des faits qui dessinent une partie de la géographie de la répression dans ce Mexique. Ce ne sont pas les seuls [1], mais ils montrent qu’il ne s’agit pas d’un phénomène isolé, mais d’une réponse systématique à la résistance des peuples face à l’accaparement de leur terre ou à l’imposition de projets et qui s’étend sur tout le territoire mexicain.

La résistance aussi peut être vue dans bien d’autres endroits et sous une forme très différente. La lutte cyclique des Cucapá, en Basse-Californie, face à la détermination des autorités à les empêcher de pêcher, après leur avoir enlevé leur activité de chasseurs et d’agriculteurs ; les Rarámuris défendant leurs territoires de l’invasion des éleveurs de bétail et des entreprises de déboisement ; des peuples, dans plusieurs États de la République, s’opposant aux mines, aux entreprises de construction d’éoliennes pour la création d’« énergie propre », cela à l’initiative de consortiums privés et pour le bénéfice des entreprises transnationales ; des peuples comme celui de Temacapulin [2] dans l’État de Jalisco ; La Parota [3] dans l’État du Guerrero ; les Cora et les Wixaritari de Nayarit, et les Mixtèques et les Chatino d’Oaxaca se battant contre la construction de barrages ; les paysans de Huexca, dans le Morelos, s’opposant à la construction d’une thermoélectrique et d’un gazoduc [4] ; les peuples yaquis, dans l’État de Sonora, bataillant contre la construction du gazoduc Indépendance [5] ; paysans et indigènes s’opposant aux semences transgéniques, leur sécurité alimentaire de demain dépendant des semences natives et de la pratique d’une culture qu’ils ont développée autour d’elles. Ce sont des luttes très diverses mais elles ont beaucoup de points communs : tous se battent contre l’expropriation et contre les entreprises transnationales.

Les formes de lutte sont multiples. Normalement, elles se structurent en mélangeant plusieurs méthodes, qui dépendent de la capacité d’organisation des collectifs en lutte ainsi que de leur aptitude à établir des réseaux leur apportant un appui. Ainsi nous trouvons depuis les typiques actions de dénonciations publiques, manifestations et occupations d’édifices publics, en passant par des actions en justice de diverses sortes, jusqu’à l’action directe pour défendre leurs biens, comme ce qui s’est passé dans la municipalité de Zautla, dans la Sierra Norte de Puebla ; l’ejido Benito Juarez, dans l’État de Chihuahua, et à Teitipac , dans l’Oaxaca ; ou encore à renforcer leur identité dans leur relation au territoire, comme les Zapotèques de Capulalpan, dans l’Oaxaca, ou les Wixaritari, à San Luis Potosí. Les résultats aussi sont divers, bien que, dans tous les cas, il s’agisse de résultats partiels, on note que ceux-ci dépendent plus de la force des mobilisations que de la justesse de leur cause. Il existe des cas où il a été démontré la légitimité de leur demande, mais qui n’ont pu prospérer en l’absence d’une force suffisante pour se faire entendre, ou, s’ils ont obtenu des résultats favorables, les résolutions en leur faveur n’ont pu être exécutées pour la même raison.

Quand les objectifs que se proposent les mouvements ne sont pas atteints ; cela ne doit pas conduire au découragement, mais les petits triomphes non plus ne peuvent se présenter comme des succès définitifs. La lutte contre la spoliation est de longue durée et les mouvements doivent apprendre à résister dans la lutte même, qu’ils gagnent ou qu’ils perdent les batailles, pour gagner la guerre. Il est important de tisser des alliances et d’étendre le champ de bataille afin de fortifier la résistance et permettre la résolution des problèmes quotidiens des gens. Il y a cinq ans, quand ce type de luttes commença à pousser comme des champignons en temps de pluie, peu nombreux furent ceux qui pensèrent qu’il pouvait vaincre le capital international, après cinq ans on commence à penser que c’est une utopie possible. Dans la Sierra Norte de Puebla, il y a désormais deux mouvements, qui peuvent arriver à n’être qu’un seul mouvement de résistance ; dans l’Isthme et la Vallée d’Oaxaca aussi, se sont créées des organisations régionales et il est sûr qu’il va s’en construire d’autres. Ce n’est pas encore gagné. Il faut penser à des formes nouvelles d’organisation, et surtout au futur pour lequel on engage la lutte. Il est nécessaire de donner un visage, qui lui soit propre, à la résistance.

Francisco López Bárcenas

Traduction et notes de Georges Lapierre 
Source du texte d’origine : 
La Jornada, Mexico, 
25 mai 2013.

Notes

[1] Nous pourrions ajouter l’assassinat crapuleux de Juan Vázquez Guzmán de Bachajón, Chiapas, qui luttait contre l’accaparement des terres ejidales de Cascadas Azules en vue d’un projet touristique de grand luxe (NdT).

[2] Barrage El Zapotillo, en construction, et qui risque d’inonder le village de Temacapulin s’il atteint la hauteur de 105 mètres au lieu des 80 mètres prévus initialement (NdT).

[3] Projet de construction d’un barrage près d’Acapulco, qui rencontre une forte opposition de la part des communautés directement concernées face à l’opiniâtreté de la Compagnie fédérale d’électricité (NdT).

[4] Qui passera dans une zone considérée à haut risque au pied du volcan Popocatépetl toujours en activité, les travaux sont en cours sous haute protection des forces policières, malgré les risques et une forte opposition de tous les villages et villes concernés (NdT).

[5] Il pourrait s’agir de l’aqueduc Indépendance qui devait amener l’eau du fleuve Yaqui à Hermosillo au grand dam du peuple yaqui — qui a obtenu un jugement en sa faveur dernièrement ; mais un gazoduc est aussi en construction, le gazoduc Nord-Sud qui traverse le territoire des Yaquis pour arriver cette année à Obregón et Navojoa (NdT).

Résistance politique: Esquisse d’un modèle de société juste et égalitaire…

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Organisons la convergence pour un autre futur

 

Pierre Bance

 

Avril 2013

 

Url de l’article original:

http://www.autrefutur.net/Organisons-la-convergence-pour-un

 

Voici le mois de mai. Celui de la Commune et des espoirs déçus. Celui de la grève générale et du rêve général de 68. La révolution paraît si loin… Dans un premier texte ici publié en septembre 2012, Pierre Bance a lancé un appel « Pour un projet anarchiste de la convergence », « anarchiste » entendu comme essence du communisme (http://www.autrefutur.net/Pour-un-p…). Dans le présent texte, il explique pourquoi la convergence ne peut se résoudre que dans une organisation nouvelle, autre chose qu’un parti politique, autre chose qu’un syndicat bureaucratique. Quand le monde change, il faut changer nos catégories de pensées pour concevoir un support efficace de l’émancipation et de la libération, pour qu’un autre futur ne soit pas qu’un songe dont s’accommodent la domination et l’aliénation de l’État et du capital.

Comme le précédent, ce texte n’engage pas le site un Autre futur mais en alimente la raison d’être : favoriser l’échange entre toutes les composantes anticapitalistes, syndicalistes, libertaires, anti-autoritaires, autogestionnaires du mouvement ouvrier et révolutionnaire.

 

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Texte de Pierre Bance, syndicaliste, journaliste indépendant

Les révolutionnaires sont enfants de Sisyphe. Un Sisyphe heureux, sans fatalisme. Un échec, dix échecs ne les désespèrent pas. Le texte « Pour un projet anarchiste de la convergence » est venu s’échouer ici en septembre 2012. D’autres avant connurent le même sort [1]. D’autres suivront. Á force de frotter les silex de la mémoire des vaincus, la plaine finira par s’embraser. Alors, la flamme émancipatrice ne sera qu’un feu de paille si rien n’est prévu pour l’entretenir car on ne combat pas les légions capitalistes en ordre dispersé mais avec une autre intelligence de l’ordre garantissant autonomie et efficacité. Autrement dit, si l’appel à la convergence est à renouveler sans répit, « il nous manque une force organisatrice dotée d’une pensée politique capable de donner un sens à l’action » [2]. Et qui sera le cratère d’où naîtra la société communiste. C’est l’objet de cette deuxième contribution.

Ceux qui donneront vie à cette ambition ne sont pas des personnes indéterminées qui spontanément, par l’effet d’un événement soudain, décideraient de s’associer. Seuls des militants syndicaux, politiques, associatifs sont en mesure de mettre en branle le processus de rencontres et de débats sur un tel projet. Ils se connaissent, ils ont de l’expérience, ils ont agi ensemble, ils partagent plus d’accords que de désaccords ; il ne leur reste plus qu’à se débarrasser de leurs préjugés idéologiques. S’ils ne bougent pas, c’est que la volonté n’existe pas et chacun continuera de jouer les figurants sur une scène où l’État et le capital poursuivent leur exploitation sans perturbations durables. La gauche anticapitaliste restera prise au piège de la démocratie parlementaire qui lui ôte toute légitimité à prétendre changer la société.

Si une volonté convergente existe, la question de l’organisation surgira puisqu’elle en sera l’aboutissement, le prolongement, le support vivant. Ce texte en propose une esquisse.

Préliminaires

Avant d’envisager la forme et le fonctionnement de l’organisation, il convient d’en fixer les parties prenantes et la problématique de départ.

Les parties

L’union se fera avec tous ceux qui se retrouvent dans les idées d’autonomie des unités de base, de démocratie directe, d’autogestion, de fédéralisme.

Participeront des personnes physiques, des syndicats, des groupes politiques, des associations, des passeurs d’idées, divers collectifs dans une fédération locale d’un type nouveau impliquant la volonté non d’en prendre le pouvoir mais de se fondre dans un ensemble de singularités au fur et à mesure qu’elle se construit, se fortifie.

Plutôt que s’allier sur le plus petit dénominateur commun telles les unions de la gauche, sera recherché tout ce qui est commun, chacun s’efforçant pour apprécier sereinement une idée, une prise de position, une action… de mettre à distance ses opinions, ses présupposés, ses ressentiments. La confiance devra vaincre la culture de la méfiance, mortel héritage des dogmatismes.

La problématique

L’histoire récente montre qu’il est aussi illusoire de s’unir dans un parti sur le modèle social-démocrate ou léniniste que dans un mouvement aux liens si lâches que, récupéré par les partis, les religions, les États, il se réduit à des forums ponctuels. Qu’il est, en fin de compte, ridicule de prétendre révolutionner le monde sans être capables d’en présenter un vecteur efficace portant une alternative crédible.

Alors, comment concevoir une union assez structurée pour ne pas se déliter au moindre grippage ou avec le temps, suffisamment organisée pour peser dans les luttes politiques ou sociales, véritablement consciente de sa vocation à mener vers un autre futur, et qui préserve l’autonomie de chacune de ses composantes ?

Renversons les schémas habituels de raisonnement : c’est parce ses membres préserveront les autonomies locales que l’organisation fédérée sera pérenne, efficace et révolutionnaire. L’autonomie sera la garantie de la solidarité comme dans la société future la liberté sera garante de l’ordre.

Fédéralisme

Autonomie locale et fédéralisme charpentent cette alliance pour l’autogestion que ses ennemis jugent improbable.

L’union locale préfiguration de la commune

Une union locale des diversités sera l’unité de base de l’organisation de la convergence, préfigurant la commune de la société sans État.

Son champ territorial se liera à la densité de la population et aux ressources militantes. Elle couvrira le quartier d’une grande ville, ailleurs un département.

Sa compétence ne se limitera pas à la politique et au social, mais s’étendra aussi à l’économie et à la culture. Aucune expression de la vie ne lui sera interdite.

Déjà, dans bien des endroits, des groupes unitaires sont constitués pour une lutte, une action, un objectif à long terme. Ils vivent ou se maintiennent au travers de liens plus ou moins serrés au gré des circonstances. L’union locale transformera ses relations informelles en relations permanentes et regroupera les activités dispersées.

Chaque union locale aura ses propres statuts et s’organisera comme elle l’entend. Là réside l’essence de l’autonomie. Une autonomie qui n’aura de portée et d’efficience que si elle se fédère avec d’autres autonomies.

Le fédéralisme

Les unions locales se fédèrent entre elles et définissent leurs ententes territoriales jusqu’au plan national et international pour mener des réflexions, engager des luttes, résoudre les problèmes qui concernent cette aire géographique. La liberté d’association doit permettre toutes combinaisons fédératives utiles à l’autogestion, notamment au travers de regroupements fédéraux professionnels, économiques, culturels, etc. qui s’inséreront dans la confédération des autonomies.

Dans chaque fédération, l’autonomie des unions locales sera prépondérante, aucune fédération ne pourra imposer une décision collective à des unions locales participantes ou tierces. Seul leur sera demandé de ne pas entraver la décision collective. Dans un autre futur, les communes résoudront des conflits plus difficiles, imaginons le cas d’une commune qui refuse le passage obligé d’une route sur son territoire.

Du bouillonnement fédératif surgira une vraie vie sociale ou chacun, individuellement et en groupe, s’impliquera dans la décision qui le concerne. L’entrelacement confédéral constituera une force en mesure de contraindre l’État et le capital avant que le premier ne devienne superflu, l’autre sans objet. Cette ambition organisationnelle n’est pas plus démesurée que celle des associations professionnelles, des bourses du travail, des groupements ouvriers divers et des syndicats qui s’unirent en confédération au tournant des 19e et 20e siècles. Une histoire qui nous apprend qu’il ne suffit pas de se fédérer pour se prémunir d’un pouvoir bureaucratique si l’on ne met pas en place des outils qui assurent la démocratie directe.

Démocratie directe

Les unions locales, leurs diverses fédérations, la confédération des autonomies ne vaudront que si elles ne reproduisent pas les pratiques autoritaires et la professionnalisation du mandat présentées, par les apparatchiks, comme des gages d’efficacité alors qu’elles se révèlent être des obstacles aux objectifs de responsabilité, de solidarité, d’émancipation, de libération.

Les outils de la démocratie directe protègent des dérives bureaucratiques, encouragent l’initiative, font vivre et durer les autonomies fédérées. On en donnera un aperçu sachant que d’autres instruments sont possibles, tel le tirage au sort comme mode de désignation, d’autres à imaginer.

► L’assemblée générale de l’union locale est l’expression première de la démocratie directe. Instance délibérative de base de la confédération, elle est souveraine, en ce sens que ses décisions ne peuvent être contestées que par elle-même. Chaque personne physique ou groupement représenté participe aux débats et aux choix selon les modalités qu’elle s’est fixées. Aux divers échelons fédératifs, les décisions sont prises par des assemblées générales d’unions locales représentées par des délégués mandatés. Pour les grandes assemblées générales, les unions locales inventeront des modes de représentation qui préserveront les principes de la démocratie directe. Les moyens modernes de communication faciliteront la tenue d’assemblées générales sans déplacement, la prise de décision par des référendums soumis à tous les adhérents, parfois à tous les habitants concernés comme dans la future fédération des communes libres.

► Le mandat des délégués, quel que soit le niveau de mandatement, sera précis, c’est-à-dire que le délégué mandataire devra respecter les prescriptions de l’assemblée générale mandante soit impérativement, soit dans les limites qu’elle aura définies. Ce mandat est révocable à tout moment dans les formes où il a été donné.

► Toutes les charges de représentation et les tâches administratives, dans toutes les instances de la confédération, seront soumises à rotation. Un délégué ne pourra cumuler des mandats dans la fédération des communes ; il ne pourra non plus cumuler son mandat avec celui d’une organisation extérieure à la confédération. Les missions sociales qui exigent un exercice à temps plein ne devront être attribuées que pour des périodes déterminées non renouvelables. Ainsi seront évités la professionnalisation politique, le leader charismatique, la personnalisation médiatique. Les permanents techniques inévitables à partir d’un certain degré de développement ne devront tenir aucun mandat politique dans la structure fédérale qui les emploie.

Directe, la démocratie permettant à chacun de participer à la décision est, finalement, une chose assez simple et c’est ce qui gêne bureaucrates et politiciens. C’est peut-être aujourd’hui que, partout dans le monde, ses outils sont les plus revendiqués, les plus utilisés pour répondre à l’envie de liberté individuelle et d’autonomie collective. Quand les États et le capital, pour résoudre leur énième crise, étranglent les plus faibles, ce n’est pas rêver qu’en appeler à la responsabilité de chacun, à la nécessité de s’unir au-delà des choix philosophiques, des pures affinités, pour se défendre au quotidien, pour en finir avec la domination et l’aliénation. S’organiser car l’émeute et la révolution spontanée comme l’indignation citoyenne et la « subversion » électorale sont par avance condamnées à l’écrasement par les tenants de l’ordre ou à la récupération par des organisations politiques réinstallant l’oppression étatique.

Les gardiens des dogmes diront que tout cela n’est qu’utopie et en prendront prétexte pour ne pas bouger croyant tenir une vérité qui scelle la division. Les intelligents assèneront leurs abstractions et leur hermétisme pour dénier toute validité scientifique à un projet simpliste. Sur un autre mode, les sceptiques en souligneront l’imprécision et l’imperfection, ils auront raison, ce n’est qu’une esquisse dont il leur appartient d’affiner et d’affirmer le trait. Les initiés diront ne rien apprendre, mais que font-ils ? Les pessimistes afficheront leurs inquiétudes, légitimées par le passé, quant aux blocages pratiques et idéologiques, faut-il pour autant renoncer ? Chacun peut trouver un motif pour ne pas croire en la convergence et à son organisation. Chacun sait qu’avec le maintien du statu quo, c’est l’ensemble du mouvement anticapitaliste, libertaire, anti-autoritaire et autogestionnaire qui se condamne à l’impuissance éternelle.