Archive pour autogestion économique et sociale

Autogestion au Japon après la seconde guerre mondiale…

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Vive le contrôle de la production par les travailleurs au Japon (Seisan Kanri)

 

Patrick Le Tréhondat

 

25 Juin 2015

 

url de l’article original:

http://www.autogestion.asso.fr/?p=5276

 

En 1945, le Japon impérial est écrasé. Le pays est mis sous la coupe réglée des Américains et un semblant de démocratie se reconstruit. Le peuple japonais vient de sortir de plusieurs décennies d’un régime autoritaire et militariste. Un puissant désir de libération politique et sociale soulève le pays. Entre avril et mai de la même année, on recense 110 luttes pour le contrôle de la production (seisan kanri) par les travailleurs.

Des conflits sociaux éclatent dans tout le pays. Les travailleurs doivent alors affronter en plus de leur propre patron, un gouvernement hostile aux intérêts ouvriers et surtout un commandement et une armée américaine dirigés par le général Douglas MacArthur et le SCAP (Commandant suprême des forces alliées, en fait les USA). Les conflits portent autant sur des revendications économiques que sur le contrôle de la production.

Le premier quotidien japonais autogéré

Le quotidien Yomuri était dans les années 1930, l’un des trois plus importants quotidiens japonais. Ce journal était dirigé par Skoriki, farouche ultra-nationaliste. Pendant la guerre, le quotidien avait activement collaboré avec le régime fasciste nippon. En 1945, les employés du journal demandent la poursuite de Skoriki pour sa responsabilité dans la guerre et la démocratisation interne du journal. En octobre, 1 000 employés sur les 1 875 que compte le quotidien forment un syndicat. Outre les revendications démocratiques, ceux-ci exigent des augmentations de salaires, le respect du droit humains des employés et la démission collective des responsables de la rédaction. Le SCAP reste circonspect face à ce mouvement. En ce début d’occupation du pays, les autorités américaines entendent organiser la reconstruction du pays, mais elles ne peuvent pas totalement s’appuyer sur les couches dirigeantes issues de l’ancien régime. Aussi, le plus habilement possible, elle gère les contradictions sociales, veillant à ce qu’elles n’aillent pas trop loin. Si la légalisation des syndicats est acquise, pour autant le SCAP entend maintenir dans les limites raisonnables le mouvement de la lutte de classes. Ainsi, lorsque celles-ci sont dépassées, le général MacArthur intervient publiquement pour stopper des développements inquiétants. En mai 1946, il menace publiquement le mouvement populaire et ses manifestations et, plus tard, il interdit la grève générale de février 1947. La direction américaine flaire, à juste titre, un réel danger subversif dans cette ébullition nippone.

Face au refus attendu de la direction du Yomuri  de satisfaire les revendications des employés, un « comité de lutte » est élu dans tous les services du journal, et l’ensemble des comités sont coordonnés par une instance dite « suprême ». Le journal est alors occupé et le 25 octobre les salariés en prennent le contrôle. Un nouveau journal, qui porte toujours le nom de Yomuri, aux positons progressistes sort des  presses. Son tirage atteint 1 700 000 exemplaires. L’ensemble de la gauche (PS, PC et syndicats) le soutient. L’ancien directeur  Shoriki démissionne. Un nouveau conseil de gestion (keiei kyogikai) est élu et composé dans leqquel les salariés sont représentés pour moitié. Le 12 décembre 1945, l’éditorial du Yomuri annonce à ses lecteurs : « Jusqu’ici le journal a été l’organe des capitalistes, il a opprimé le peuple… Maintenant, Yomuri a été libéré du joug du capital… Nous proclamons qu’à partir de maintenant,  Yomuri deviendra le réel ami du peuple et un organe du peuple pour l’éternité ». Le Yomuri  était devenu le premier journal autogéré japonais.

Des productions en réseau

Dans les mines de Takahagi, du 6 avril au 14 juin 1947, les mineurs prennent, eux aussi, le contrôle de l’extraction de charbon et c’est le syndicat qui perçoit le produit des ventes. À la même période, les ouvriers de la chimie, les mineurs et les fermiers vivent une expérience étonnante.

Tokyo Gosei était une petite entreprise chimique qui devait fermer. Immédiatement, ses 190 salariés fondent un syndicat et décident de poursuivre la production sous leur propre gestion. Ils apprennent alors que les salariés d’une autre entreprise chimique de Tokyo, Edogawa Manufacturing (500 employés), ont pris la même décision et vendent leur production au nom de leur syndicat. Des contacts sont noués et il apparaît que Edogawa Manufacturing a besoin de la matière première produite par Tokyo Gosei. Aussi les ouvriers de Tokyo Gosei passent un accord avec les salariés de Edogawa Manufacturing pour leur vendre les produits dont ils ont besoin et encaissent ainsi 300 000 yens. Le même type d’accord commercial est passé avec une association de coopératives agricoles de Niigata forte de 15 000 membres pour lui vendre des fertilisants. Des coopérations ouvriers-paysans se tissent rapidement. Ainsi l’association des coopératives agricoles échange du riz contre du charbon avec des mineurs, mais leurs achats de fertilisants avec Tokyo Gosei  se paient en espèce. Tokyo Gosei vend également du méthanol à Edogawa Manufacturing qui achète en espèces du charbon aux mineurs.

En 1947, les usines de Nippo Kokan (NKK, sidérurgie) à Kawasaki et Tsurumi connaissent une forte mobilisation.  Les travailleurs considéraient tout simplement que si les revendications n’étaient pas satisfaites, ils devaient expulser les directions d’entreprise et assurer eux-mêmes la production. En 1946, le Japon connaissait une grave crise d’approvisionnement. Le syndicat de NKK obtint alors le droit de fabriquer du sel dans l’entreprise en utilisant son infrastructure industrielle, pour ensuite, le distribuer aux ouvriers qui pouvaient ainsi l’échanger au marché noir contre de la nourriture. Le syndicat met également en place « un comité de crise contre le ravitaillement » qui gère cette production et sa distribution. Ce comité négocie aussi avec la compagnie des « congés d’approvisionnement » qui devaient permettre aux ouvriers d’aller dans les campagnes faire leurs opérations de troc.  Ces opérations d’échange avaient lieu avec des coopératives qui allaient apporter des pommes de terre, plus tard, en solidarité avec les grévistes de NKK. Des terrains de la société laissés en friche sont également récupérés par le syndicat qui les cultive. Enfin des quantités de charbon sont allouées et distribuées par le syndicat. Cette appropriation syndicale des moyens de l’entreprise dans l’intérêt des salariés  renforçait la culture syndicale autogestionnaire. Dès 1946, le syndicat avait exigé un droit de veto sur les licenciements et le monopole de l’embauche. De son côté, la direction acceptait au mieux de consulter les représentants des travailleurs sur ces sujets.  Le 4 octobre 1946, la grève éclate. Le 9 octobre, la direction concède un droit de veto sur les principes de la politique d’embauche et les sanctions. Le syndicat accepte le compromis.

Alors qu’en janvier 1948, la direction refuse une augmentation salariale, le syndicat se met à examiner les livres de comptes de l’entreprise et attire l’attention de tous sur les dépenses somptuaires de la direction. Il donne consigne à ses sections d’atelier de contrôler le matériel et de signaler tout gaspillage. Le résultat de cet « audit » syndical connu, la direction de l’entreprise concède le 6 mars la prime réclamée par le syndicat. Porté par cette dynamique, le syndicat présente, le 15 mars, « Un projet pour un mouvement de relance de la production par et pour les travailleurs ». Cette initiative visait à quasiment confier aux travailleurs la gestion de l’entreprise. Elle n’était pas acceptable pour les propriétaires de l’entreprise et échoua.

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Résistance politique: Lutte sociale et gestion directe…

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Qu’est-ce que la gestion directe ?

 

Fédération Anarchiste

 

10 Avril 2015

 

url de l’article:

http://www.monde-libertaire.fr/autogestion/17719-quest-ce-que-la-gestion-directe#comment-1272

 

En 1981, la « gauche » porteuse d’espoir d’amélioration des conditions d’existence s’emparait des commandes de l’État. Cette expérience a fait la preuve de l’efficacité du clan des politiciens à laisser le chômage et les inégalités se développer. Belles promesses et projets généreux ont été rangés aux oubliettes du « réalisme » socialiste.
Face à la déception et à la grogne, tous les gouvernements tentent de nous faire croire que notre avenir de travailleurs est lié au sauvetage de l’économie des profiteurs. Mais qui peut avaler cela ?
Les dirigeants syndicaux peut-être, qui bradent leur indépendance, trompent leurs mandataires, dévoient leurs syndicats au nom de la « solidarité nationale » entre exploiteurs et exploités, et tous ceux qui prêchent encore les bienfaits de l’austérité aux travailleurs désabusés.
Le revirement brutal de ceux qui, hier encore, mangeaient à la gamelle gouvernementale n’y changera rien. Le monde politique traditionnel est à bout de souffle.

Attention

Plus vite que nous le pensons, nous aurons à choisir. Dans la plupart des pays occidentaux, nous assistons au même phénomène. Au gré des élections, gauche et droite se succèdent sans que de véritables solutions soient apportées. Partout, le patronat durcit ses positions, les travailleurs paient la « crise » de leurs maîtres. Combien de temps encore ce jeu d’alternance durera-t-il avant qu’une droite totalitaire ou une gauche « musclée » balaie les derniers semblants de démocratie ?
Oublier l’histoire, c’est se condamner à la revivre. Devrons-nous attendre, en moutons résignés, l’avènement d’une dictature souhaitée par certains aujourd’hui, ou choisirons-nous la voie de la responsabilité et de l’égalité ?

La lutte pour la gestion directe

Que personne ne décide à notre place ! Organisons la solidarité et l’entraide entre les travailleurs contre les patrons et bureaucrates.
Préparons-nous à remplacer l’État, institution parasite et étouffante, par une organisation fédéraliste des différents secteurs de la société.
Demain, gérons nous-mêmes, directement, notre travail et nos cités. Supprimons les inégalités économiques et sociales.
Après l’échec à l’Ouest et à l’Est de toutes les doctrines autoritaires (démocratiques ou dictatoriales), luttons pour une société libertaire ; débarrassons-nous des patrons et des politiciens.

Les principes

Les principes de l’économie libertaire tels que les anarchistes les conçoivent sont clairs. Ils supposent : le fédéralisme, agent de coordination en remplacement de l’État, agent de coercition du système capitaliste ; l’abolition d’un système économique basé sur le profit, la plus-value et l’accumulation du capital ; la collectivisation des moyens de production et d’échanges ; l’égalité économique et sociale.
La limitation de l’autorité aux accords librement passés entre les participants à l’élaboration d’une économie directement gérée par les travailleurs.
Nous nous démarquons de cette autogestion mise à la mode par les chrétiens progressistes et les marxistes modernistes dont les thèses débouchent toujours sur des projets clairement cogestionnaires.
L’utilisation du terme gestion directe, pour définir notre proposition, semble plus appropriée.

La gestion directe, pour quoi faire ?

La participation à la gestion d’une entreprise n’a d’intérêt, pour un travailleur, que si elle transforme ses conditions d’existence. Gérer une entreprise en commun, alors que cette entreprise conserve ses structures de classes, consisterait, pour les travailleurs, à gérer leur propre misère, leur propre exploitation. Ce qui confère à l’entreprise ses structures de classes, ce sont : la propriété privée de l’entreprise ; l’appropriation par le capital d’une plus-value que le travail de tous a créée ; les différences de rémunérations ; le maintien d’une autorité qui excède le cadre de la tâche à accomplir ; les privilèges de l’encadrement.
Demain, si dans l’entreprise autogérée, il reste des différences économiques, il se reconstituera une nouvelle classe dirigeante qui défendra, par tous les moyens, ses privilèges.
Les anarchistes pensent contrairement aux marxistes avec leur période intermédiaire, qu’il faut supprimer immédiatement tous les privilèges de classe sans exception.
Les travailleurs se demandent ce qu’ils peuvent gagner à la gestion de l’outil de production. Ils pèsent les avantages et les inconvénients qui en résulteront pour eux, et dont le principal est la responsabilité : c’est celui qui le fait le plus réfléchir, car celle qu’ils assureront sur le lieu de travail engagera celle de leur condition économique.
Nous touchons ici au problème humain, celui de l’homme devant la responsabilité, celui de la quiétude qui résulte d’une certaine servilité, surtout lorsqu’elle s’assortit de conditions d’existence économiques et morales acceptables. Mais une autre série de questions se pose au monde du travail. Elles ont trait à la maîtrise des moyens technologiques et des modalités de gestion. Quelles seront les conditions de production et de distribution ? Il est possible d’avancer deux raisons solides qui peuvent nous convaincre que les salariés auraient avantage à gérer la production. La première, c’est qu’ils répartiraient mieux le fruit de leur travail, ce qui est une raison purement économique, matérielle. La deuxième raison est que cette prise en main concourt à l’épanouissement individuel. Mais pour que la gestion directe se traduise en actes, il faut que l’homme se débarrasse des coutumes consacrées par les siècles, il faut qu’il s’émancipe des préjugés.
La production devra être conditionnée par les besoins et non par le profit. La gestion directe implique, de fait, l’abolition du salariat et reste sous-tendue par une gestion globale et rigoureuse du système productif.
Il est important de souligner que si l’égalité économique est une condition nécessaire à la suppression des classes, elle n’est pas suffisante ; la suppression de l’État doit l’accompagner sous peine de voir se recréer une classe dominante.
Cette société sans classe et sans État que nous proposons justifie la prise en main, par les travailleurs, des moyens de production et d’échange, par la population entière la prise en main de la distribution des affaires communales, régionales nationales et internationales par une organisation fédérale adaptée à toutes les situations. Bien évidemment, la gestion directe dépasse ici le cadre strict de l’économie et se généralise à tous les domaines de la vie (cadre et conditions de vie, culture, etc.). Le but du fédéralisme libertaire est de coordonner, d’organiser la vie en société en supprimant tout pouvoir. C’est pour cela que les théoriciens anarchistes, et, à leur suite ceux qui se réclament de l’anarchisme, ont toujours justifié la nécessité de l’organisation.

La coordination sans État

C’est souvent le manque d’organisation structurée qui permet au premier quidam venu d’imposer son autorité et d’être proclamé, suivant les époques : roi, ayatollah ou président. Le fédéralisme libertaire reconnaît, dans toute société, une multitude d’individus et collectivités ayant chacun des aspirations particulières et un rôle propre. C’est pourquoi, l’autonomie la plus large doit être reconnue à chacun, ainsi que la possibilité de s’organiser, de se gérer et de s’administrer comme bon lui semble sans qu’un organe supérieur lui dicte ce qui est bon ou juste. L’autonomie a, bien sûr, ses limites, qui sont le respect de la cohésion de l’ensemble de la société et le non-exercice du pouvoir d’un groupe sur un autre.
Nous voyons donc que contrairement à l’organisation étatique, l’autonomie ou la liberté d’autrui n’est nullement une borne. Mais cette autonomie n’est pas suffisante ; l’entraide est nécessaire. Elle exige de chacun que le contrat librement consenti d’égal à égal remplace la loi édictée et imposée par un seul. Elle exige également que chacun (collectivité et individualité) participe aux décisions communes. Ces différents facteurs combinés transformeraient notre vie de façon radicale en remplaçant le pouvoir de quelques-unes sur tous par une organisation qui, seule, est à même de composer la société sans la paralyser.

La grève expropriatrice gestionnaire

C’est pendant la période où l’État, les directions syndicales et politiques, sont désemparés par un mouvement social de grande ampleur, que l’action décisive est possible. C’est l’instant où, d’une grève revendicatrice, de refus, la grève doit devenir expropriatrice et gestionnaire. Expropriatrice, en refusant de céder les profits aux patrons. Gestionnaire : une fois le patron mis à la porte, il faut continuer la production, trouver les débouchés, repenser une économie dont le moteur n’est plus le profit, mais la satisfaction des besoins.
C’est l’instant de la chance révolutionnaire ; ce qui est rejeté et le but à atteindre doivent être clairement définis. Entre ces deux pôles de la réflexion, quelques idées-forces qui s’inspirent de la conjoncture, et qui varieront avec elle, détermineront les choix. Parce que nous sommes pour la maîtrise totale de l’économie par les travailleurs, nous refusons les systèmes capitalistes, libéral et étatique. Nous voulons établir l’égalité économique et bâtir une organisation de la société débarrassée de l’État.
La grève gestionnaire nous semble, dans l’état de complexité de l’économie moderne, un des moyens les plus efficaces pour arracher aux classes dirigeantes et à l’État les instruments de production et d’échange. C’est donc, à partir des réalités de notre temps que nous poursuivrons notre œuvre de libération sociale, ce qui confère à l’anarchisme son originalité, car, contraire à tous les dogmes, il est une adaptation constante de la proposition théorique aux conditions sociales d’aujourd’hui.

Solution autogestionnaire: une fois de plus les Espagnols nous montrent la voie…

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Nous l’avons dit et le répèterons sans relâche: l’autogestion est non seulement possible et la solution au marasme étatico-capitaliste mondial, mais elle a été et est encore une réalité… Il suffit de la généraliser et d’en faire le véritable contre-pouvoir qui rendra de facto le modèle actuel caduc.

— Résistance 71 —

 

Usines récupérées et autogestion dans la nouvelle réalité espagnole

 

José Luis Carretero Miramar

 

Décembre 2012

 

url de l’article original en français:

http://www.autrefutur.net/Usines-recuperees-et-autogestion

 

Traduction en français d’un article éclairant sur la situation dans l’État espagnol et le renouveau des perspectives autogestionnaires dans ce pays. La version originale en castillan a été publiée le 20 décembre sur le site d’ICEA sous le titre de « Fábricas recuperadas y autogestión en la nueva realidad de España ».

Par José Luis Carretero Miramar (Traduction du castillan par Richard Neuville)

Avec la situation de crise financière et économique, l’Etat espagnol a commencé à réduire très sérieusement sa voilure. Ainsi la fermeture d’entreprises et les licenciements se sont succédé –et continue à se succéder- laissant une traînée de chômeurs. Dans la fièvre de protestations et de résistance, la transformation sociale (avec l’autogestion comme élément central) s’exprime avec force dans l’horizon en Espagne.

Il y a à peine cinq ou six ans, parler d’entreprises récupérées ou de coopérativisme en Espagne aurait été manier des concepts non seulement marginaux sinon profondément éloignés des intérêts et expériences de la grande majorité de la population. Dans le cadre de la société de la bulle financière, la consommation débridée et la « fête » de la jeunesse, personne n’envisageait -ou seulement des groupes réduits ou très localisés géographiquement- la nécessité de travailler par soi-même dans une perspective horizontale ou éloignée du modèle capitaliste.

Marinaleda ou Mondragón étaient des expériences autogestionnaires de dimension globale, mais ce qui est sûr, c’est que l’immense majorité de la population hispanique restait profondément éloignée des valeurs qui les sous-tendaient.

Cependant, il n’en fut pas toujours ainsi. Sans devoir remonter aussi loin que les collectivisations, qui surgirent au cours de la guerre civile de 1936-39 (qui couvraient une grande partie de l’industrie, des services et l’agriculture de la zone républicaine), dans le scenario de la Transition espagnole du franquisme à la démocratie, dans les années 70, l’expérience de récupération d’entreprises par ses travailleurs à joué un rôle marquant.

C’était des temps de crise, de fractures et de grands mouvements populaires. C’est au cours de cette période qu’émergèrent des expériences comme celle de Númax, une usine de matériel électrodomestique autogérée par les ouvriers en réponse à la tentative de fermeture illégale de la part des patrons, dont l’expérience est restée incarnée dans deux films documentaires Joaquím Jordá : Númax vit et 20 ans ce n’est pas rien.

Certaines des expériences de ces années ont survécu malgré tout jusqu’à aujourd’hui, comme l’entreprise barcelonaise Mol Mactric, capable de réaliser aujourd’hui les châssis d’une ligne du Metro de Barcelone, le train et des centaines de machines industrielles pour des entreprises comme General Motors ; ou l’imprimerie Gramagraf, occupée il y a 25 ans, et qui aujourd’hui appartient au groupe éditorial coopératif Cultura 03.

Mais la transition s’est achevée. Et, elle a produit un grand fiasco. Les principes essentiels du régime franquiste ont été maintenus dans ce qui a consisté en une simple réforme politique qui a intégré le pays dans le cadre de l’Union européenne et de l’OTAN, et qui si elle a concédé certaines libertés publiques, n’a pas remis en cause les mécanismes essentiels de répartition du pouvoir économique et social. Les grands mouvements populaires ont périclité et le « désenchantement » et le cynisme se sont substitués à l’expérimentation et à la lutte. Les propositions autogestionnaires n’ont pourtant jamais disparu mais elles ont été reléguées dans un espace purement marginal.

Et, il en fut ainsi pendant que la société de la bulle financière et sa consommation débridée et irresponsable est restée de vigueur. Comment ? Fondée sur le crédit et la surexploitation du travail des immigrés et des jeunes, grâce à la précarisation des conditions de travail et la conformité d’une législation relative au statut d’étranger, l’activité dissimulée et sans droits s’est (de fait) développée.

A l’arrivée de la crise financière et économique actuelle, les structures se modifiaient et tout évoluait : l’explosion du taux de chômage atteignant des niveaux extrêmes jamais vus précédemment dans la société espagnole et la dégradation rapide du tissu productif et entrepreneurial -à l’éclatement de la bulle immobilière- ont généré une situation radicalement nouvelle qui a impliquée le début de grandes transformations économiques mais également socioculturelles.

Le chômage et une nouvelle pauvreté contraignaient de larges couches de la population vers l’économie dissimulée et l’encaissement des maigres subsides d’un Etat de Bien-être, qui n’est jamais parvenu à se développer en Espagne à un niveau équivalent à celui des pays centraux de l’Europe.

Les extrêmes (plus précisément, extrémistes) ajustements, mis en œuvre par les pouvoirs publics face au déclenchement de la crise de la dette externe générée par la socialisation des dettes privées des entités financières, ont provoqué l’effet qu’il fallait attendre : l’Etat espagnol est devenu un gigantesque champ de ruines économiques où les fermetures d’entreprises se sont succédé et où de larges secteurs de la population ont commencé à être exclus de l’activité productive.

C’est dans ce contexte que les succès du 15 mai de 2011 ont éclaté et que le « Mouvement des Indignés » a fait irruption avec force et que les premières tentatives massives de résistance se sont exprimées face au processus de décomposition sociale imposé par les dynamiques néolibérales de l’UE et les gouvernements espagnols.

Dès lors, l’architecture politique de la société est redevenue un élément débattu et discuté publiquement. La politique a récupéré une certaine centralité dans les conversations quotidiennes et dans l’esprit d’une majorité de la population. Parler maintenant de mobilisations, de résistance ou de transformation sociale (avec l’autogestion comme élément central) est redevenue possible.

Déjà, dans les mois précédents, en plein déploiement de la crise, les germes et les semences de cette nouvelle situation s’étaient développés. Et, le recours à la récupération d’entreprises par leurs travailleurs était redevenu crédible.

En ce sens, au tout début de la crise, près de 40 entreprises avaient été récupérées par les travailleurs et remises en fonctionnement sous statut coopératif, comme l’affirme la Confédération de Coopératives de Travail Associé (COCETA). Parmi celles-ci, nous pouvons relater des expériences comme celle de l’entreprise de robotisation Zero-Pro de Porriño (Pontevedra – NdT : Galice) ou celle de meubles d’agencement de cuisine Cuin Factory en Vilanova i la Geltrú (Barcelone), dans laquelle l’ancien chef a participé activement à la transformation en coopérative et, où tous les travailleurs se sont attribué un salaire égalitaire de 900 euros. L’entreprise métallurgique Talleres Socar à Sabadell (NdT : Banlieue de Barcelone) a également été mise en autogestion avec l’appui du propriétaire et reconvertie dans la coopérative Mec 2010.

Mais probablement, l’initiative la plus frappante et connue aura été la mise en marche par les ex-employé-e-s du journal à tirage national Público, qui a arrêté d’être édité en version papier le 23 février 2012, laissant 90 % de ses travailleurs à la rue. Ces derniers ont constitué la coopérative Más Público, qui tente d’obtenir un soutien social et financier pour continuer à publier le journal en version mensuelle.

Cependant, et malgré toutes ces expériences, on ne peut pas considérer que la voie de la récupération d’entreprises soit devenue quelque chose de naturel ou développée : les travailleurs, dans les situations de fermeture, continuent massivement à se satisfaire des prestations sociales que leur propose un Etat du Bien-être de plus en plus faible et contesté. Les difficultés liées au statut juridique des coopératives dans le droit espagnol, tout comme la quasi-absence de prévisions par rapport à la Loi d’adjudication, associée à une certaine passivité alimentée par des décennies d’univers spéculatif et conformiste, constituent probablement des freins à la stratégie de récupération.

Ce qui assurément paraît de plus en plus évident, c’est le recours croissant au coopérativisme de la part de beaucoup de chômeurs qui, devant la situation d’anomie productive et d’absence d’expectatives pour retrouver un emploi, recourent à la possibilité de capitaliser une prestation de licenciement pour créer des entreprises autogérées. Les exemples sont innombrables (comme celui de la coopérative d’électricité renouvelable Som Energía, créée en décembre 2010) et, dans certains cas, ils démontrent des liens évidents avec les mouvements sociaux (comme ceux relatifs à la mise en œuvre d’expériences créées à l’image ou ressemblante à la Coopérative Intégrale Catalane, ou bien celles du milieu libertaire, comme celle de l’imprimerie graphique Tinta Negra – Encre Noire). Effectivement, entre janvier et mars 2012, 223 nouvelles coopératives ont été créées dans l’Etat espagnol.

Il n’y a pas de doutes. De nouveaux chemins sont en train d’être parcourus (NdT : tracés) par la société espagnole. Et, parmi ceux-ci, le chemin de l’autogestion commence à être de plus en plus courant.

Article espagnol:

http://iceautogestion.org/index.php?option=com_content&view=article&id=511%3Afabricas-recuperadas-y-autogestion-en-la-nueva-realidad-de

 

Changement de société: les modèles viables existent, il suffit de les appliquer

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La société autonome et autogérée existe et fonctionne. Il serait très simple de l’étendre à une fédération d’associations volontaires. Nous, les peuples, n’avons absolument pas besoin de l’état et des institutions administratives, politiques, économiques et financières pour faire tourner la boutique.

Délégation de pouvoir et centralisation n’ont amené dans l’histoire que muselage, oppression, répression, parasitisme, corruption et incompétence institutionnalisée. Voici un exemple d’autogestion qui a pour racine un mouvement catholique. Au bout du compte la seule chose qui compte réellement est de sortir du piège à rats dans lequel l’oligarchie nous a enfermé depuis bien trop longtemps.

Tous les mouvements des « indignés » et de contestation actuels doivent prendre cela en compte. L’alignement sur le statu quo, la récupération réformiste pour le contentement et consentement général sont des fléaux dont il faut se garder sous peine d’être maintenus dans la sphère d’influence oligarchique consciemment ou non. Regardons où en sont les « printemps arabes »… Un junte militaire en Egypte et des élections amenant le radicalisme religieux au pouvoir en Tunisie… Les oligarques se marrent bien une fois de plus aux dépends des peuples !

Il suffit de dire NON, solidairement et en masse et la foutaise s’arrêtera, remplacée par la créativité et l’autonomie naturelle de la société débarrassée de ses parasites.

— Résistance 71 —

 

Mondragón Corporación Cooperativa – Un modèle coopératif d’économie efficace et socialement supportable au Pays basque espagnol

 

par Erika Vögeli

Le 23 Octobre 2011

 

url de l’article original:

http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=2937

 

L’exemple de la coopérative Mondragón montre de manière convaincante ce que les hommes peuvent faire en matière de responsabilité sociale sans perdre de vue pour autant les aspects économiques d’une bonne direction d’entreprise. L’initiative de ses fondateurs apporte des suggestions qui pourraient inspirer de nombreuses régions ébranlées par la crise, notamment pour lutter contre le chômage des jeunes.

L’entreprise coopérative Mondragón Corporación Cooperativa (MCC) est une réalisation du mouvement coopératif qui a commencé par la création, en 1956, de la première coopérative dans la petite ville basque de Mondragón, à quelque 50 kilomètres de Bilbao. Aujourd’hui, le mouvement possède environ 100 coopératives et plus de 250 entreprises et institutions dans plus de 20 pays qui emploient quelques 84 000 salariés. Elles opèrent dans 4 domaines: finances, industrie, commerce et éducation. L’éventail va des banques et des fonds sociaux indépendants aux universités en passant par les appareils ménagers, les composants pour l’industrie automobile, les robots et d’autres produits de haute technologie.
Ce qui est caractéristique de Montragón, ce sont les valeurs coopératives de collaboration, de participation, de responsabilité sociale et d’innovation. Elles imprègnent l’organisation dans tous les domaines, créent du sens et de la cohésion, déterminent toute la culture d’entreprise, le comportement et les attitudes de l’ensemble des salariés à l’égard de leur travail et induisent une philosophie du management tout à fait différente. Ainsi Montragón poursuit «tous les objectifs essentiels d’une entreprise ordinaire qui soutient la concurrence sur les marchés internationaux en recourant à des méthodes d’organisation démocratiques, crée des emplois et se consacre à la promotion professionnelle et humaine de ses salariés et au développement social de son environnement.»

Une conscience sociale: José Maria Arizmendiarrieta

Ce qui est aujourd’hui la plus importante entreprise du Pays basque et le dixième plus grand groupe industriel d’Espagne a commencé avec l’initiative d’un homme, le prêtre catholique José Maria Arizmendiarrieta. En 1941, lorsqu’il arriva à Mondragón (en basque: Arrasate), cette petite ville avait été sévèrement frappée par la guerre et le chômage des jeunes était élevé. Convaincu que «vivre dans la dignité signifiait que l’homme devait prendre son destin en main, non seulement il s’engagea en faveur d’institutions sociales et fonda un club de football mais il créa, avec l’aide de la population, une petite école professionnelle. Se fondant sur la doctrine sociale de l’Eglise catholique et l’idée coopérative, il chercha des solutions permettant de créer des emplois dans sa vallée, afin que les élèves sortant de l’école professionnelle ne soient pas obligés d’émigrer. Finalement, en 1955, cinq jeunes ouvriers qualifiés qui avaient collaboré avec le prêtre pendant des années et avaient fréquenté l’Ecole polytechnique fondèrent la première coopérative de production. Maintenant, les usines Fagor, qui ont commencé par produire des cuisinières et des poêles, sont leader, en Espagne, en matière d’appareils ménagers et emploient plus de 4000 salariés. Ce succès n’aurait pas été imaginable sans son père spirituel Don José. C’est lui qui, pendant des années, en dialoguant patiemment avec les travailleurs de sa commune, n’a cessé de leur donner des idées. L’autonomie des personnes, l’égalité fondamentale de tous les hommes et le souci de l’intérêt général ont toujours inspiré sa conduite: «Le dialogue et la coopération, la liberté et le dévouement sont des méthodes efficaces pour unir la volonté et les forces permettant d’organiser et de maîtriser le travail humain et de rendre l’économie plus humaine.»
L’économie doit être subordonnée aux hommes et à l’intérêt général car, selon Arizmendiarreta, «la personne humaine est de toute évidence le moteur, le centre et l’objectif de toute vie économique et sociale».

La «Caisse des travailleurs», une banque qui veille à l’indépendance économique

La coopérative de Don José fut également influencée par l’expérience de la Rochdale-Society anglaise qui, en recevant des capitaux d’investisseurs extérieurs, finit par devenir une société anonyme ordinaire. Aussi, en 1959, Don José fonda-t-il une banque, la Caja Laboral. Elle permit l’indépendance financière, encouragea de nouvelles créations et aida constamment à surmonter les crises.

Structure démocratique

La coopérative est fondée sur l’égalité fondamentale de ses membres, ce qui suppose une organisation démocratique de l’entreprise. Une de ses caractéristiques consiste dans la souveraineté de l’assemblée générale composée de la totalité des coopérateurs et fonctionne selon le principe «une personne, une voix». Elle élit et révoque les membres du conseil de surveillance et les commissaires aux comptes au vote secret. Elle contrôle la gestion de la coopérative, elle approuve les comptes annuels et la répartition des bénéfices ou des pertes. Elle se prononce sur les grandes lignes stratégiques de la coopérative, l’augmentation du capital, les intérêts distribués aux actionnaires, les contributions d’admission des nouveaux membres, les modifications des statuts et les changements concernant la structure économique, organisationnelle et fonctionnelle de la coopérative. Il existe parallèlement un «congrès coopératif» dont la fonction consiste à fixer les critères stratégiques de gestion de la coopérative au moyen de la planification et de la coordination des différentes unités commerciales. Il se compose de 650 délégués désignés par les différentes coopératives.
En principe, tout salarié peut devenir membre de la coopérative après une période d’essai de 6 à 12 mois, et donc copropriétaire de l’entreprise, s’il en partage et défend les valeurs.
La qualité de membre implique également la participation aux bénéfices, celle-ci obéissant aux principes de raison et de modération car le premier objectif est le maintien et la création d’emplois. Ainsi, les différentes sociétés – organisées au sein de la MCC en associations interprofessionnelles qui créent des synergies en matière d’éducation et de systèmes sociaux – remettent 20% de leurs bénéfices au groupe auquel elles appartiennent. La fédération reçoit 14%, un fonds d’investissement 10%; 2% vont à l’éducation et 2% au fonds de solidarité. Des 52% restants du bénéfice net, 10% (c’est-à-dire 5,2% du bénéfice total) sont destinés à un fonds social, 45% (c’est-à-dire 23% du bénéfice total) constituent une réserve et le même montant est versé sur les comptes des coopérateurs. D’ailleurs, les salaires doivent être corrects, ils doivent correspondre à peu près aux salaires normaux des autres travailleurs du secteur et les salaires maximaux ne doivent pas être plus de huit fois plus élevés que les salaires minimaux.

L’éducation et la formation sont un autre facteur clé

L’importance qui a dès le début été accordée à la formation témoigne d’un sens de la prudence et de la prévoyance. L’école professionnelle est devenue plus tard l’«Ecole polytechnique de Montragón», une «institution étatique vouée à la formation technique», c’est-à-dire une école d’ingénieurs. D’autres écoles, comme le «Centre technologique», qui forme du personnel qualifié pour les entreprises, sont venues s’y ajouter. En 1997, les deux Ecoles polytechniques et deux écoles d’administration et de management ont été fusionnées pour constituer l’Université de Montragón. Toutes ces réalisations sont, à l’ère de la société de l’information et du savoir, un facteur clé pour l’évolution des coopératives et des entreprises.

Une autre gestion est possible

Cet exemple montre qu’il est tout à fait possible de diriger avec succès une entreprise qui est avant tout au service des salariés et pas seulement à celui d’actionnaires anonymes avides de profits rapides. L’histoire de la MCC est une véritable success story. Le fait qu’elle ait réussi jusqu’à aujourd’hui, aussi bien en tant que coopérative qu’en tant qu’entreprise, à sortir renforcée de toutes les crises économiques des 55 dernières années est très certainement lié au fait qu’on y a constamment été conscient de l’importance des valeurs coopératives fondamentales et qu’on leur est resté fidèle. Sur le site web de la MCC, sous la rubrique «valeurs corporatives», on peut lire ceci: «Les valeurs corporatives doivent être connues et mises en œuvre par tous ceux qui travaillent dans l’entreprise de telle sorte que le comportement individuel et collectif soit dirigé quotidiennement par le courant des croyances corporatives. Les équipes de direction ont la responsabilité de communiquer et de mobiliser leurs collectifs dans la pratique effective des valeurs et les salariés-associés la responsabilité de les rendre effectifs. Mondragón, en tant qu’unité corporative, doit assumer l’engagement et la responsabilité d’unifier ses modes fondamentaux de comportement et, pour ce faire, outre les essentialités propres de l’expérience coopérative exprimées dans les principes de base et la mission, elle doit affirmer ses propres valeurs corporatives. Parmi les nombreuses valeurs qui enrichissent notre expérience, nous prétendons continuer, à l’avenir, à focaliser l’attention sur celles qui nous caractérisent le plus et dont nous considérons la pratique singulièrement transcendante comme modèles de comportement généralisés.»
Et, à propos du succès de la MCC, il est écrit ceci: 
«Il n’est pas facile de résumer en quelques mots les raisons du succès de notre réalité coopérative et entrepreneuriale. Mais on pourrait néanmoins les synthétiser comme suit:

•    Le rôle primordial du leadership d’Arizmendiarrieta, promoteur de l’expérience, avec sa grande vision d’avenir et son ascendant sur ses élèves et disciples lors de la mise en pratique de ses idées.

•    Le caractère personnaliste de la coopérative dans laquelle la personne prime sur le capital, ce qui se traduit par une grande implication de l’associé dans sa coopérative, par sa participation directe au capital et à la gestion, ce qui contribue ainsi à créer une ambiance positive de consensus et de collaboration.

•    Une démarche ouvertement entrepreneuriale du fait coopératif, en assumant comme question de principe la rentabilité de l’entreprise et l’efficacité de la gestion planifiée, rigoureuse et exigeante.

•    Le réinvestissement pratiquement total des ressources générées.

•    L’adaptation permanente aux changements du milieu.

•    La création d’instruments efficaces d’intercoopération dans les domaines financier, de la protection sociale, de l’innovation et de la recherche et développement, dans la gestion coordonnée de l’emploi et dans les situations de crise.

•    Et, finalement, un élément clé du succès de l’expérience de Mondragón, aussi bien à l’origine qu’actuellement, est l’importance accordée aussi bien à la formation officielle, dispensée dans nos facultés universitaires et écoles professionnelles, qu’à la formation continue liée au recyclage et au perfectionnement professionnel.»

 

Sources: 
–    www.mcc.es/ALE.aspx (version française) 
–    Annual Report 2010 (www.mondragon-corporation.com/LinkClick.aspx?fileticket=EY-PMCWxTRQ%3d&tabid=331)
–    Susan Clayton Rather, Christian Economic Principles Underlying 21st-Century Practices: Joseph Smith Jr. and José Maria Arizmendiarrieta. Quodlibet Journal: Volume 8, 2009.
–    Les citations de José Maria Arizmendiarrieta sont traduites de l‘anglais et tirées de l‘article de Susan Clayton Rather qui les a puisées elle-même dans l‘ouvrage suivant: Arizmendiarrieta, J. M.  Reflections (J. Azurmendi, Ed., C. Herrera, D. Herrera, T. Lorenzo, & V. Lorenzo, Trans.) (2000).  Aretxabaleta, Spain: Otalora (Azatza).
(Traduction Horizons et débats)