Archive pour art poésie engagée

Qu’aurais-je à craindre ? (Zénon, novembre 2017)

Posted in actualité, résistance politique, société des sociétés with tags , , , , , , , , on 25 décembre 2018 by Résistance 71

Qu’aurais-je à craindre ?

Dis-moi, qu’aurais-je à craindre, l’ami,
Des tenants d’un ordre en décrépitude, déjà au bord du tombeau ;
Car nous étions, sommes et serons unis
Comme au temps de la servitude à l’éclosion du renouveau.

Qu’aurais-je à craindre des colères ou des représailles
D’un ennemi déjà dispersé aux quatre vents de la plaine ;
Alors qu’en nos cœurs, nos âmes et en nos entrailles
Vibre l’aspiration à nous débarrasser de nos chaînes ?

Dis-moi encore le poids des ans à regarder passer les jours,
Et courber l’échine en disant que cela vaut mieux que la rue :
Je te montrerai la façon dont la peur et les beaux discours
T’auront dépossédé jusqu’à ton propre vécu.

J’ignore, mon ami, quelle issue trouvera notre lutte
Ou si le présent idéal verra demain le soleil ;
Mais toute tentative de se prémunir de la chute
Sera vaine, et plus douloureux alors l’éveil.

Je ne sais quand la lumière émergera de l’obscur
Ni l’heure à laquelle accouchera l’être Humain.
Mais ici et maintenant, une chose est sûre :
Aucun d’entre nous ne sera né pour rien.

Zénon – 22 novembre 2017

 

Chimères et antidote

Posted in actualité, résistance politique with tags , , , on 29 juin 2018 by Résistance 71

L’étranger

— Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?

— Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.

— Tes amis ?

— Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.

— Ta patrie ?

— J’ignore sous quelle latitude elle est située.

— La beauté ?

— Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.

— L’or ?

— Je le hais comme vous haïssez Dieu.

— Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?

— J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… les merveilleux nuages !

Chacun sa chimère

Sous un grand ciel gris, dans une grande plaine poudreuse, sans chemins, sans gazon, sans un chardon, sans une ortie, je rencontrai plusieurs hommes qui marchaient courbés.

Chacun d’eux portait sur son dos une énorme Chimère, aussi lourde qu’un sac de farine ou de charbon, ou le fourniment d’un fantassin romain.

Mais la monstrueuse bête n’était pas un poids inerte ; au contraire, elle enveloppait et opprimait l’homme de ses muscles élastiques et puissants ; elle s’agrafait avec ses deux vastes griffes à la poitrine de sa monture ; et sa tête fabuleuse surmontait le front de l’homme, comme un de ces casques horribles par lesquels les anciens guerriers espéraient ajouter à la terreur de l’ennemi.

Je questionnai l’un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu’il n’en savait rien, ni lui, ni les autres ; mais qu’évidemment ils allaient quelque part, puisqu’ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher. 

Chose curieuse à noter : aucun de ces voyageurs n’avait l’air irrité contre la bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos ; on eût dit qu’il la considérait comme faisant partie de lui-même. Tous ces visages fatigués et sérieux ne témoignaient d’aucun désespoir ; sous la coupole spleenétique du ciel, les pieds plongés dans la poussière d’un sol aussi désolé que ce ciel, ils cheminaient avec la physionomie résignée de ceux qui sont condamnés à espérer toujours.

Et le cortége passa à côté de moi et s’enfonça dans l’atmosphère de l’horizon, à l’endroit où la surface arrondie de la planète se dérobe à la curiosité du regard humain.

Et pendant quelques instants je m’obstinai à vouloir comprendre ce mystère ; mais bientôt l’irrésistible Indifférence s’abattit sur moi, et j’en fus plus lourdement accablé qu’ils ne l’étaient eux-mêmes par leurs écrasantes Chimères.

Charles Baudelaire
Petits poèmes en prose, 1869

Sainte démocratie

Posted in actualité, altermondialisme, philosophie, politique et social, résistance politique with tags , , , , , , on 18 avril 2015 by Résistance 71

Adrien Simon

 

En des temps étranges, où la diversité

Crevait, seule, au profit de l’uniformité,

Le cerveau des bipèdes sans plume

Perdait leurs lueurs dans une brume.

 

Une brume artificielle, créée de toutes pièces

Par un rabâchage éducatif et médiatique,

Martelant la sainte perfection démocratique.

Une brume où se cognaient jeunesse et vieillesse.

 

« Démocratie libérale ! Elections !

Pluralité ! Vote ! Représentation !

« 
Ces quelques termes hurlés quotidiennement

Devenaient immuables et source d’apaisement.

 

Un apaisement si gargarisant, si rassurant et fier,

Que les discours animés se tarissaient

Lorsqu’un intrigant fringant hurlait

Son doute sur ces notions illusoirement nécessaires.

 

La foule conditionnée bouchaient ses oreilles

A la moindre parole d’un innocent subversif

Qui s’était extirpé de ce dogme massif

Commettant le crime odieux de sortir du sommeil.

 

L’intrigant fringant questionnait :

« Pourquoi la Démocratie deviendrait Vérité ?

Ce n’est qu’une idée et non une immaculée déité ! »

Mais seul son écho, moqueur, répondait.

 

Car, si cette sainteté de système politique

A bien une inaltérable et vraie caractéristique,

C’est la tyrannie de la majorité stupide

Qui se complaît dans son oisiveté cupide.

 

L’intrigant fringant n’était pas un homme dangereux

Mais un penseur, philosophant sur la vie et ses enjeux.

Pourtant, ses bénignes questions le firent passer pour fou

Dans cette réalité de pensée unique, de totalitarisme doux.

* * *

Source:

http://opiflexion.blog4ever.com/sainte-democratie