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La plupart de la résistance ne dit pas son nom. Entretien avec l’anthropologue politique James C. Scott (2018)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 14 février 2021 by Résistance 71

 

 

“De fait, la chose la plus essentielle est de rassembler ce peuple disséminé partout en nulle part, en groupes ; la chose primordiale est de les rendre saisissables. Quand nous les aurons entre nos mains, nous pourrons alors faire beaucoup de choses qui sont impossibles pour nous à faire aujourd’hui et nous permettra alors peut-être de capturer leurs esprits après que nous ayons capturé leurs corps.”
~ Officier du corps expéditionnaire français, Algérie, 1845, cité par J.C.Scott, 2009 ~

“Avec la collectes d’impôts, la sédentarisation permanente des populations est la plus ancienne des activités de l’État.”
~ James C. Scott, 2009 ~

“L’essentiel de ce que l’on veut dire lorsque nous disons le mot “civilisé”, d’être “Han”, d’être un vrai “Thaï “ou “Birman”, c’est d’être un sujet totalement incorporé, enregistré et taxé de l’État. Par contraste, être “non-civilisé” est souvent l’opposé, c’est à dire vivre en dehors du cadre oppresseur de l’État.”
~ James C. Scott, 2009 ~

Lire James C Scott sur notre page “Anthropologie politique”

 


James C. Scott, anthropologue
professeur de science politique, Yale U.

 

La plupart de la résistance ne dit pas son nom: un entretien avec l’anthropologue politique James C. Scott

 

avec Francis Wade

 

Janvier 2018

 

url de l’article orignal:
https://lareviewofbooks.org/article/most-resistance-does-not-speak-its-name-an-interview-with-james-c-scott/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Février 2021

 

Le texte en format PDF:
Entretien_avec_James_C_Scott_2018

 

FRANCIS WADE: Qu’est-ce qui vous a amené à votre domaine de recherche, la question du comment l’État se développe t’il, comment contrôle t’il ses sujets ? et comment peut-on lui résister ?

JAMES C. SCOTT: A l’origine, cela remonte à ma période d’étude de 3ème cycle et de chercheur sur le sud-est asiatique lorsque je parlais et dissertais contre la guerre du Vietnam. J’étais fasciné par des gens comme Sékou Touré, Ho Chi Minh, Mao Zedong et bien d’autres. et ce ne fut qu’à la fin des années 1960 que j’ai compris que ces types de luttes révolutionnaires ne menaient qu’à des états renforcés qui étaient capables de s’appuyer plus fortement sur des populations de manière plus autoritaire que les états qu’ils avaient remplacés.

Mon premier livre, The Moral Economy of the Peasant, était un effort de comprendre la rébellion paysanne. Ceci mena à des travaux subséquents sur les formes de résistance qui n’étaient pas révolutionnaires, les formes de résistance de la vie quotidienne.

Plus récemment, je me suis intéressé à l’histoire profonde de l’État et un livre précédent sur la question fut un livre sur l’histoire des peuples des hauts-plateaux en Asie du sud-Est. (NdT: “Zomia, ou l’art de ne pas être gouverné”) Mon livre “Against the Grain” ne fut qu’une progression logique de ceci, mais je voulais aussi lui donner une dimension écologique. Le travail académique aujourd’hui est infusé d’un profond sens du doute sur la place que nous occupons de nos jours et du comment nous en sommes arrivés là, que ce soit à cause du réchauffement climatique ou de l’extinction des espèces. Profondément, je partage le souci que les formes d’état et de mode de vie agraire et grégaire qui prévalurent avant l’avènement des sources d’énergies hydrocarbonées, sont partiellement responsables de ce que nous vivons maintenant. Je fus donc déterminé de remonter le temps dans ma recherche aussi loin que possible pour voir comment cette chose qu’on appelle “l’état” et sa concentration d’animaux et de cultures agricoles et de gens dans des espaces sédentaires s’établirent en première instance.

Quelques critiques de votre livre “Against the Grain” l’ont accusé d’avoir été trop dur contre l’état. L’État ne peut-il pas fournir la liberté aussi bien q’il puisse la limiter ?

J’essaie de penser à cette question attentivement au travers de la révolution française, parce que ce fut la toute première fois qu’une population adulte mâle fut affranchie ; et ce fut la première fois que quiconque où que ce soit en France, quelque soit son bien ou son métier, était égal devant le loi de la nation française. La France après la révolution fut un grand état de l’émancipation, mais auparavant, l’État n’avait accès à la population qu’au travers des parlements différents et des différents états de l’ordre féodal. Une fois la révolution réalisée, l’État pour la première fois eut accès directement à ses citoyens. Ce fut la naissance de la citoyenneté et ceci rendit possible la mobilisation totale de la population sous Napoléon. Ainsi vous aviez organisation et mobilisation pour la guerre totale intégralement liées aux résultats de la révolution française. (NdT: En fait, on peut aussi voir ceci de la façon suivante. Le révolution jacobine bourgeoise ne put pas désarmer le peuple, qui resté en armes présentait une menace pour le bon déroulement de la mise en place de la dictature marchande, ne pouvant risquer que la contre-révolution marchande soit brisée par le peuple, les nouveaux dirigeants bourgeois envoyèrent le peuple guerroyer aux quatre coins de l’Europe pour défendre les acquis de la révolution et “libérer” les peuples européens du joug monarchique… La guerre perpétuelle se poursuivit sous le directoire, le consulat et bien sûr l’empire, qui vit alors le système bancaire acheter l’ensemble de la belligérance, l’affaire était pliée en 1815, la banque dominait et annonçait le règne de la pourriture du fric jusqu’à aujourd’hui, dans son ère  totalement achevée de domination réelle capitaliste depuis la 1ère guerre mondiale…)

Ce à quoi j’objecte dans quelques critiques de “Against the Grain” et qu’elles tendent à assumer que les chasseurs cueilleurs avaient l’option de continuer leur existence ou de rejoindre l’état providence danois. Ils choisirent, ou plutôt furent forcés de choisir, de rejoindre, une autocratie agraire d’une sorte ou d’une autre. Dans la mesure où l’État possède des aspects de providence et de sécurité sociale, ce n’est que ce qui est nécessaire pour maintenir une population de manière centralisée, joignant l’utilité à la nécessité.

“Les armes des faibles” explore les façons matérielles et idéologiques par lesquelles des sociétés plus vulnérables résistent au pouvoir d’une élite. Avez-vous physiquement été dans ce village malais pour observer ces méthodes particulières de résistance ?

En fait, par bien des aspects, “Weapons of the Weaks” est le livre dont je suis le plus fier, en grande partie parce qu’il est le fruit de deux ans de recherche de terrain dans ce village malais où rien de révolutionnaire ne se passait. Et j’ai trouvé que ce n’était pas seulement des façons idéologiques subtiles de résistance qu’utilisaient les villageois. Les luttes des gens sans droits citoyens, ce qui revient à dire la vaste population du monde la plupart du temps, sont toujours matérielles dans un sens. Entre 1650 et 1850, le crime le plus  important et le plus fréquent en Grande-Bretagne était le braconnage. Il n’y avait jamais de grandes marches sur Londres, pas de pétitions parlementaires, pas d’émeutes, c’était une lutte pour la propriété commune, communale qui fit rage pendant un ou deux siècles et qui rapportait de véritables bénéfices quotidiens pour la paysannerie.

De manière similaire, regardez la différence entre ‘invasion des sols d’un côté et le squatting de l’autre : les squatteurs ne font aucune demande publique, ils ne sont intéressés que par le résultat factuel. Il en va de même des désertions dans l’armée en rapport aux mutineries, parce que la mutinerie fait une demande publique. Alors il m’est apparu d’un seul coup que la vaste majorité de la résistance dans l’histoire ne fait pas de demande publique et qu’en fait une grande partie de cette résistance est cachée derrière une loyauté au roi ou au tsar. Il me semble que les historiens, en focalisant sur l’organisation et les manifestations publiques, ont loupé en fait la plupart des actes réels de résistance au travers de l’histoire.

Est-ce que ces “armes” quotidiennes utilisées par les villageois malais, traîner les pieds, grève du zèle, évasion, commérage, sont utilisés aussi ici, dans des pays développés comme les Etats-Unis avec de robustes institutions politiques ?

Si nous parlons des pays développés, nous parlons alors d’une aliénation générale de la politique et d’un manque de volonté de donner son cœur et son âme à la lutte dans une arène qu’on voit profondément corrompue et compromise, pourrie. Cette aliénation et le retrait qui en est l’effet sont les formes les plus communes de résistance. en Europe de l’Est, ils avaient l’habitude d’appeler ça la migration interne, vous trouveriez quelque chose d’autre à penser parce que c’était sans espoir de penser à la sphère publique. C’est Hobsbawn qui a dit que le but des paysans était de travailler le système au minimum de leur désavantage, ils ne peuvent pas le battre mais ils peuvent rogner la circonférence.

L’autre chose que j’ai découverte dans ce village malais est la façon dont les gens se représentent mal devant des audiences différentes, comment les pauvres se font une mauvaise idée de leurs accords et de la complicité avec les élites du village, comment ils parlent entre eux en opposition du comment ils parlent au pouvoir. Ceci est quelque chose qui se passe quotidiennement partout. Lorsque les disparités de pouvoir sont grandes, l’incompréhension et la mauvaise représentation sont en relation fortes. Ceci représente les “transcriptions cachées” que j’ai décrites.

Mais rappelez-vous que traîner les pieds n’est pas seulement une technique des sans-pouvoir, c’est aussi utilisé par les bureaucraties. Il y a un bon moment dans la Massassuchetts, le gouvernement de l’état avait décidé de faire des coupes dans les dépenses sociales. Mais il n’avait pas eu le courage de le faire ouvertement et cela aurait été politiquement difficile de changer formellement les critères sociaux et les dépenses. Ce qu’ils firent alors fut de rendre le processus bureaucratique onéreux en utilisant beaucoup de formulaires très longs, de rendre les heures d’ouverture des services sociaux inefficaces et peu amènes pour les mères de famille et leurs enfants, ils utilisèrent toute une série d’obstacles subtils ou un véritable parcours du combattant si vous voulez, afin de s’assurer que personne n’arrive au sucre d’orge. Alors tandis que ce type de résistance peut-être une des seules armes des sans-pouvoir, cela constitue une des armes de la panoplie des élites.

Vous avez dévoué des livres entiers à l’exploration de la résistance à l’état en Asie du Sud-Est ; mais je ressens souvent presque un désir conditionné parmi certaines communautés là-bas pour une forte autorité sans laquelle la société pourrait s’effondrer. La Thaïlande et les Philippines sont les deux exemples récents qui viennent en tête ?

Je n’ai pas la prétention d’être un spécialiste en opinion publique mais cela m’interpelle que les classes moyennes cosmopolites et éduquées de Thaïlande se sont retournées contre un gouvernement élu populiste et sont très heureux de vivre sous la règle militaire (NdT: là Scott ne sait pas trop de choses sur le sujet car il parle du gouvernement du magnat corrompu et mondialiste, populiste au sens le plus vil du terme, de Taksin Shinawatra dont la fonction de 1er ministre n’a fait que l’enrichir, lui, déjà multi-millionnaire et les siens et ses amis du business. Il a été condamné par contumace pour escroquerie, corruption, abus de biens sociaux, fraude électorale et vit en exil aux Emirats Arabes Unis et au Qatar. Lorsqu’il fut déposé par un coup d’état “doux” sans violence, il était aux Etats-Unis où il donnait une conférence au CFR, ironie du sort… Ceux qui connaissent bien la Thaïlande ne furent pas surpris du soutien que reçut ce “coup d’état” au sein d’une vaste majorité du peuple thaïlandais. La sœur de Shinawatra, Yinluk, est devenue quelques années plus tard la 1ère femme premier ministre en Thaïlande, pilotée par son frère depuis l’étranger, elle fut aussi déposée en douceur il y a quelques années.).

Idem aux Philippines pour Duterte qui ne voir aucun lever de boucliers contre lui, ce qui montre un réel désir des Philippins pour la loi et l’ordre aux dépends des libertés démocratiques. (NdT: on ne naît pas ainsi, on le devient. C’est une construction sociale… de plus on ne peut pas comparer la Thaïlande et les Philippines, le facteur très spécial de la monarchie n’existe pas aux Philippines, à plus forte raison la monarchie dans son contexte thaïlandais qui est très spécial et unique au monde)

Au Myanmar (Birmanie), un des objectifs à long terme de l’armée, en terme d’opinion publique, est de faire croire aux gens que le pays va s’effondrer s’il n’y a pas un fort pouvoir militaire en place et que celui-ci ait les mains libres. Ce désir est cultivé depuis le sommet de la pyramide. J’ai le sentiment qu’Aung San Suu Kyi (NdT : elle même fille de général) voulait étendre les cesser-le-feu à toutes les minorités périphériques parce qu’elle voulait le contrôle du problème majeur de la sécurité nationale et que l’armée fut heureuse d’avoir cette disruption et cette flambée de conflits, cela allait dans leur intérêt.

Est-ce que ces campagnes supposément bienveillantes, les cesser-le-feu au Myanmar, la guerre contre la drogue de Duterte aux Philippines, ne pourraient pas être plutôt des stratégies de protection du pouvoir de l’état dans ces régions des pays concernés qui justement en manquent ?

Toute intervention de l’État et extension de pouvoir est vu par les élites comme une bonne chose dans l’intérêt des populations. Mais sans cynisme, cela resultera plus que vraisemblablement en une amplification du pouvoir étatique aux dépends de ses sujets. [NdT: s’ensuit ici l’exemple des Philippines sur Mindanao depuis les années 1950]

Les premiers états ont du gérer une périphérie avec d’autres peuples avec lesquels ils en faisaient des alliés ou les transformaient en mercenaires ou les maintenaient à distance. Maintenant, l’explosion démographique du dernier siècle et demi écoulé signifie qu’il y a des populations des basses terres qui sont affamées qui peuvent être à la fois utilisés pour créer de nouvelles plantations dans les collines ainsi que de nouvelles colonies etc. La périphérie peut-être contrôlée en y envoyant et en transplantant des populations majoritaires. Aujourd’hui, le développement des routes et infrastructures permet aux états de projeter leur pouvoir de manières qui n’étaient ni possibles ni pensables auparavant. Mais je pense que le degré de contrôle de l’État en Asie du Sud-Est varie grandement. La très grande partie du Laos par exemple, à l’exception des quelques zones de vallées, est un espace non-étatique où l’État n’a que peu ou pas d’influence.

Pourrait-il y avoir quelque chose là dans le processus de formation des états qui pourrait faire comprendre ce constant mouvement de balancier entre l’autoritarisme et la démocratie en Asie du Sud-Est ?

Je présume que si je devais m’intéresser à cette question, je regarderais à la période de la seconde guerre mondiale (SGM) et à l’histoire de l’indépendance post-SGM. Au Myanmar (Birmanie) en particulier. il est clair que la mobilisation militaire fut une part absolument cruciale de la création d’un état birman. Une partie de cela est aussi vraie pour l’Indonésie et un peu au Vietnam. Il semble que ces endroits ont eu une poussée militaire tôt dans le jeu, qui était accoutumée à la règle et dans bien des cas à gérer l’économie. elles sont de grand intérêt économique par dessus le marché. Sous cet aspect, je pense qu’il y a une domination militaire institutionnelle qui remonte à loin et l’armée se représente elle-même comme salvatrice et âme de la nation.

Avec ce changement viennent de sévères angoisses au sujet de la stabilité de la société et les leaders nationalistes sont très forts pour faire la propagande de la peur que la démocratie va renverser les ordres sociaux ayant cours de longue date, qu’ils soient ethniques, religieux etc. Nous voyons les résultats létaux de tout ça maintenant au Myanmar.

Si vous vous demandez quels pays ont la plus longue expérience de la politique ouverte démocratique en Asie du Sud-Est, la réponse serait sans aucun doute les Philippines et la Thaïlande et un peu l’Indonésie. Le nœud de l’affaire est qu’une plus longue expérience de stabilité politique sous une concurrence politique saine démocratique réduirait la peur que la nation s’effondre. Je conçois une politique démocratique ouverte comme un processus éducatif graduel. D’un autre côté, si vous avez  une période continue d’autoritarisme, alors les seules formes d’opposition doivent être profondément subversives ou armées, ceci est une prophétie qui s’auto-réalise si la seule opposition que permet un régime militaire birman à sa règle sont des mouvements sécessionnistes armés. Alors le pays s’effondrera. Ceci est en un sens assez caractéristique de la politique que la règle militaire a créée.

Sur la question du Myanmar, cette soi-disante transition vers la démocratie accordée que Suu Kyi espère présider pose un problème : l’armée birmane a loué l’accès à un bon nombre de ressources naturelles à des entreprises étrangères, celles-ci ont accaparé des terres et des entreprises partout dans le pays et se les sont mises en gestion directe. Il n’est pas clair, ce même si la transition était couronnée de succès dans les huit prochaines années, qu’il y ait encore des choses qui n’aient pas été saisies et rendues propriété de l’armée ou d’entreprises étrangères. Ceci en fait est un bien mauvais deal pour les démocrates.

Êtes-vous surpris de l’intensification de la violence ethno-religieuse se passant durant la démocratisation du pays ?

J’ai toujours remarqué, ce depuis que je vais en Birmanie, ce que j’ai toujours pensé être une peur irrationnelle des musulmans en général. C’est une sorte d’hystérie, de dire que ces gens volent les femmes, comme si les femmes étaient propriété des seuls birmans (groupe ethnique majoritaire) Il y a une profonde peur culturelle de l’extinction, spécifiquement liée aux mâles et au bouddhisme dans son déguisement birman et ceci semble toujours être totalement hors de proportion par rapport à tout véritable danger auquel l’état birman a du faire face.

Il ne fait aucun doute que nous avons une véritable tragédie humanitaire qui se déroule devant nos yeux, une de celles que l’Asie du Sud-Est n’a pas vu depuis au moins les derniers massacres en Indonésie après 1965 (NdT: l’élimination physique du PCI et sympathisants par l’armée indonésienne pilotée par la CIA et les forces spéciales américaines, massacres et “disparitions” de centaines de milliers d’opposants dans une vaste chasse aux sorcières délatrice à travers le pays…). Il me semble que les Indonésiens vont devoir gérer cette tache des massacres dans leur histoire pour le siècle à venir, de la même façon que les Turcs doivent faire face aux massacres des Arméniens. Quoi qu’on puisse dire du peuple Rohingya, ce sont des êtres humains et ont été traités comme du bétail ou pire, plus d’un demi-million d’entre eux ont été déplacés, leurs maisons brûlées, leurs vies ruinées. Lorsque la poussière de cette tourmente va retomber tout régime birman devra gérer les conséquences de cette affaire de tragédie humanitaire dont lui et ses milices alliées seront tenus pour responsables. C’est une de ces hontes nationales. Je ne parle pas du point de vue de nations n’ayant pas de génocides à se reprocher ni à expliquer, et les Etats-Unis ont certainement plein de choses à expliquer ; mais la Birmanie / Myanmar a aussi un génocide pour lequel elle doit rendre des comptes.

Comment se peut-il qu’une vaste section de la population se soit ralliée derrière le nettoyage ethnique ? Tout ça ne peut pas juste surgir de nulle part…

Je suis en fait mystifié par le profond doute et les peurs concernant les musulmans et qui remontent à bien avant la crise des Rohingya. Je confesse que je ne le comprend pas.. Il y a tous ces liens avec la population indienne de Rangoun et les grèves des dockers et la violence de la période coloniale. Il y a une histoire derrière tout cela mais je suis mystifié par tant de peur des musulmans dans la population birmane, je lève donc les bras au ciel. Tout ceci a été attisé, cultivé et monté en épingle par les nationalistes bouddhistes qui ont leur agenda particulier, par les militaires que tout ça aide à solidifier leur main mise sur le pouvoir et le contrôle de l’économie et de l’état. Ces attitudes existent et elles sont profondément ancrées, mais elles ont été politiquement mobilisée comme personne ne l’a vu auparavant.

Les Rohingya furent historiquement assez passifs mais maintenant ils sont devenus un point de focalisation de la mobilisation publique. Pourtant, si on voulait exprimer un “souci” au sujet d’une menace extérieure au Myanmar, alors la population chinoise du Yunnan et les entreprises chinoises qui contrôlent tout le nord de la Birmanie, seraient la source d’une préoccupation de domination économique bien plus réaliste et palpable plutôt que les musulmans.

Ceci n’est-il pas un dérivé de la création d’une nouvelle société, l’étatisme comme poursuivi par une majorité à qui on a longtemps refusé ce droit de le faire ?

Il y a un grand nombre de groupes en Asie du Sud-Est comme les Rohingya, qui existent au-delà et en dépit des limites frontalières. Hors de l’ASE, les Kurdes représentent l’exemple contemporain le plus fort. Il me semble que si vous ne voulez pas de guerres de sécession alors la seule façon de les éviter et qu’un système international invente des formes d’association au-delà des frontières sur des questions culturelles, linguistiques, éducatives etc. Toute une série de problèmes qui a à faire avec la cohésion culturelle d’un peuple qui ne menace pas la souveraineté des nations sur lesquelles cette population s’étend. Nous devons inventer quelque chose comme cela pour les Kurdes, les Rohingya, les Hmong, les Karen et pleins d’autres groupes ethniques plus petits.

L’armée birmane n’aurait pas été inquiétée de cette affaire Rohingya il y a encore 30 ans et la presse internationale l’aurait à peine mentionnée. Mais le monde aujourd’hui est plus intégré, ainsi les nations doivent répondre des mauvais traitements infligés aux groupes ethniques minoritaires. sans défense. La seule chose qui met un frein à ce que pourrait endurer de plus les Rohingya au Myanmar est le regard international sur la question, et plus il y a d’observation et mieux c’est. Lorsqu’il en vient de la violation des droits humains essentiels, il ne devrait y avoir absolument aucune place pour pouvoir se cacher. 

Le texte en format PDF : Entretien_avec_James_C_Scott_2018

NdT: et pourtant si peu est fait et c’est pas l’ONU corrompue qui ne fait que distribuer des “mauvais points”, qui changera quoi que ce soit à l’affaire. Une fois de plus il est bien clair qu’…

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Lire James C. Scott sur Résistance 71 en français

Les écrits de James C. Scott en PDF sur Résistance 71:

« Zomia, l’art de ne pas être gouverné »

« Contre le grain, une histoire profonde des premiers états »

« Les formes quotidiennes de la résistance paysanne »

“La cassave / manioc, comme la plupart des cultures de racines et de tubercules, a un grand impact sur la structure sociale des populations qui la cultivent, populations qui à terme deviennent des évadés de l’État… Les communautés du riz, vivent à un rythme uniforme… Une société qui cultive racines et tubercules peut se disperser de manière bien plus vaste et moins coopérer avec les cultivateurs de grain, elle encourage ainsi une structure sociale bien plus résistance à l’incorporation dans une structure étatique et peut-être aussi est mois perméable à la hiérarchie et à la subordination…”
~ James C. Scott, 2009 ~

“Plus on regarde l’Amérique aborigène, et de moins en moins certains sont les phénomènes récurrents de coïncider avec notre concept conventionnel de tribu et de plus en plus apparaît ce concept n’être qu’une création de l’homme blanc, une chose d’utile pour parler des Indiens, pour négocier avec eux, les administrer et finalement peser de tout notre poids pour imposer notre mode de pensée sur le leur…”
~ Alfred Kroeber, cité par J.C.Scott, 2009 ~

« Je ne suis pas un anarchiste qui fait de l’anthropologie, ce sont mes recherches en anthropologie qui m’ont fait devenir anarchiste. »
~ Charles MacDonald ~

 

 

Gilets Jaunes et lutte émancipatrice… Petite réflexion sur les systèmes et les hommes (Résistance 71 )

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 8 février 2020 by Résistance 71

 


Gaulois réfractaire et penseur…

 

“Dès que l’État n’est plus à même d’imposer l’union forcée, l’union surgit d’elle-même, selon les besoins naturels. Renversez l’État, la société fédérée surgira de ses ruines, vraiment une, vraiment indivisible, mais libre et grandissant en solidarité par sa liberté même.”
~ Pierre Kropotkine ~

“Un ethnologue français, Pierre Clastres, a émis, pour les sociétés humaines en général, l’hypothèse que la tendance normale dans un groupe est la résistance collective aux excès du pouvoir. Dans une société encore peu complexe, les notables doivent s’attacher leurs obligés en redistribuant en permanence les richesses qu’ils réussissent à grand peine à accumuler. Dans une société guerrière où le prestige est lié aux prouesses de combat, les grands guerriers doivent remettre sans cesse leur titre en jeu, jusqu’au jour où ils finissent par être éliminés.
L’émergence de sociétés inégalitaires ne serait donc pas la norme, mais l’exception et le résultat d’un disfonctionnment de ces mécanismes de contrôle. Finalement, l’inégalité ne serait pas naturelle…”
~ Jean-Paul Demoule, archéologue, ancien directeur de l’INRAP, 2012 ~

“La relation politique de pouvoir précède et fonde la relation économique d’exploitation. Avant d’être économique, l’aliénation est politique, le pouvoir est avant le travail, l’économique est une dérive du politique, l’émergence de l’État détermine l’apparition des classes.”
~ Pierre Clastres, directeur de recherche en anthropologie politique au CNRS, 1974 ~

 

 

Des systèmes et des hommes

 

Résistance 71

 

8 février 2020

 

Très récemment Raoul Vaneigem déclarait: “La vérité fait partout entendre le chant de la vie. La dimension humaine est une qualité, non une quantité…”

Aussi est-il devenu quasiment un cliché que de parler de “système”. Que n’entendons-nous dire: “Le système ceci, le système cela…”. Il est possible de disserter jour et nuit sur le sujet et le présent billet ne se veut en aucun exhaustif sur l’affaire, mais simplement, en tout cas nous l’espérons, un “amuse-gueule” ouvrant sur un plus vaste festin cognitif que nous laissons aux lecteurs le soin d’organiser à leur guise.

Dans “L’encyclopédie anarchiste”, il est dit ceci entre autre sur le mot “système”:

Ce mot peut s’appliquer soit aux objets de nos connaissances, soit à nos connaissances elles-mêmes. On parlera par exemple du système solaire, du système digestif, du système capitaliste, voulant désigner des réalités dont l’existence ne dépend pas de notre bon vouloir. On parlera aussi de système philosophique, religieux, scientifique, etc. pour désigner un ensemble de principes et d’idées que notre esprit lie entre eux et organise en un tout cohérent. Dans les deux cas, le mot système implique les notions d’assemblage, de coordination, de rapports plus ou moins heureux ; en conséquence, il garde un sens identique. N’en soyons pas surpris. Si l’intelligence humaine introduit un ordre déterminé dans ses concepts, c’est qu’elle suppose, à tort ou à bon droit, qu’un ordre semblable existe dans les choses. L’idéal serait que notre esprit introduisît, entre ses représentations, des rapports correspondant exactement à ceux que la nature impose aux êtres et aux objets. Mais, substituant une contrainte artificielle à l’harmonieux accord engendré par les lois naturelles, la société consacre l’existence de relations absolument anormales entre les humains. On le constate dans le système capitaliste, qui permet à des fainéants de dépouiller à leur profit les travailleurs des champs ou de l’usine. De même il arrive qu’en organisant ses idées et ses principes, l’intelligence se trompe complètement. D’où la multitude des faux systèmes religieux, philosophiques, politiques, etc. ; d’où tant d’hypothèses scientifiques, incapables de résister au contrôle de l’expérience et du calcul. […]”

Ainsi il est possible de distinguer deux sortes de “notions d’assemblage, de coordination”: une notion d’assemblage naturelle et une autre artificielle, construite, bref… humaine. S’il est indéniable que la nature a mis en place au fil du temps et de l’évolution des rouages d’assemblage et de coordination (cf les exemples cités plus haut), il est cependant très discutable que les “systèmes” mis en place par l’humain soient de fait le résultat d’un même processus évolutif, pour la simple raison citée plus haut mettant en évidence l’erreur toujours possible (qu’elle soit involontaire ou sciemment commise à des fins dogmatiques est une autre histoire…) de l’intelligence humaine.

Il nous est dit que notre évolution (celle de l’humain) nous a fait aboutir à ce système ultime de fonctionnement de nos sociétés : l’État et le capitalisme et que ces deux systèmes, de longue date combinés avec l’effet dévastateur que l’on constate au fil du temps, sont le stade ultime du développement humain, la “Raison” incarnée dans l’histoire à en croire le philosophe Hegel et la destinée inéluctable de notre espèce.

Depuis la fin du XVème siècle, puis de l’époque des “lumières” en Europe, le système de gouvernance humain n’a fait que renforcer la division et le rapport initial dominant / dominé, qui étaient inexistants durant les centaines de milliers d’années précédant l’avènement de l’ère de la spéculation marchande.

A la lumière d’une connaissance dans les domaines archéologique et anthropologique accrue ces dernières décennies, nous avons analysé en 2017 et en 2019, l’évolution depuis le moment initial de la division du système de gouvernance humain, qui revient toujours à la même notion cruciale : celle du pouvoir, de la capacité décisionnaire et de sa mise en application.

Ce qui est de nos jours communément appelé “système” est la combinaison de deux modes de gouvernance artificiels (puisqu’humainement créés) que sont l’État, ses rouages et ses institutions, outil du contrôle décisionnaire politique géré par une caste de privilégiés de la profession politique et de sa suite de bureaucrates, huilant la mécanique de contrôle et d’oppression et le “capitalisme”, dernier mode en date de contrôle de cette activité tout aussi artificiellement créée de contrôle de l’échange spéculatif marchand, devenu “modèle économique” ultime, géré quant à lui par une pléiade de rouages marchands, financiers et du contrôle monétaire spéculateur et exploiteur.

Ces systèmes ne tombent bien évidemment pas du ciel. Ils ont été créés par l’humain. Ils sont le résultat de siècles de perfectionnement du désir et de la réalisation dans le contrôle du pouvoir, centralisé entre les mains du plus petit nombre et exploitant sans vergogne le reste de l’humanité.

Les recherches archéologiques et les analyses anthropologiques modernes ont démontré que dans une période postérieure à la dite “révolution néolithique”, certaines sociétés humaines passaient, au fil des siècles, d’un système de pouvoir non-coercitif à un système de pouvoir coercitif et réciproquement, ce aux même endroits d’existence de ces sociétés importantes et organisées. Ces fluctuations de pouvoir étaient dues vraisemblablement aux fluctuations des conditions d’existence (géographiques, climatiques, sociales etc…). Le renforcement de la centralisation et d’un système étatique plus fort assurant la domination sans partage du plus petit nombre aurait pas à pas rendu beaucoup plus difficile le retour aux sociétés à pouvoir non coercitif. Il est plus que vraisemblable que l’État ait joué et joue toujours un rôle de verrou pour ce système, d’empêcheur de retourner à un mode égalitaire de gouvernance. De même, le système de contrôle politique renforcé aura aussi permis le passage surmultiplié à un système marchand spéculatif et de plus en plus lucratif, considérant le fait, comme l’a expliqué l’anthropologue Pierre Clastres, que la division politique prime la division économique et que celle-ci n’a pu voir le jour que parce qu’il y a eu une division préalable de la société humaine permettant au pouvoir de sortir du corps social pour s’exercer coercitivement en tant qu’entité devenue indépendante.

Ces deux systèmes, aujourd’hui et depuis plus de deux siècles, combinés en un système que nous pourrions étiqueter d’étatico-capitaliste, sont des créations artificielles humaines de contrôle et de domination. En ce sens, nous pouvons dire que l’Homme fait, façonne le système dans sa sphère d’influence, même si celui-ci est en interférence avec le processus naturel des choses.

A l’inverse, pourrions-nous dire que le système crée les Hommes ?

L’humain est intégré dans un grand système naturel, mais il est la seule créature sur cette planète dotée d’une intelligence le rendant capable du désir, de la volonté de contrôler la nature pour son profit, de fait pour le profit du plus petit nombre d’entre nous aux dépends du plus grand nombre, de ce fait nous avons créé des systèmes de gouvernance et de contrôle pour gérer pouvoir et richesses spéculatives. Ceux-ci deviennent des microcosmes artificiels dans l’existence naturelle que nous avons été forcés de renier et d’abandonner au fil du temps et affirment une certaine hégémonie culturelle sur notre destinée. Aujourd’hui, nous voyons parfaitement que les soi-disantes “élites” du système de gouvernance humain adoptent toutes une attitude prône à la perpétuation de ce même système et ainsi de leurs privilèges. Qu’il s’agisse de roitelets de monarchies autocrates ou parlementaires, d’élus d’états-nations dits “démocratiques” ou de tyrans religieux ou séculiers, nous constatons que tous ces gens agissent et réagissent selon les schémas d’un même moule, qu’ils sont eux-mêmes des produits du système de contrôle en place. Toutes et tous ne remettent jamais en cause les dogmes et les fondements du fonctionnement: maintenir la division politique, maintenir la division économique de “marché” par la coercition, l’oppression et la répression et ce y compris dans les systèmes dits “démocratiques” des états-nations de la grande mascarade de l’illusion démocratique, parvenant par la même occasion, à maintenir leur présence en haut de la pyramide du contrôle politico-social.

Ainsi, qui que ce soit arrivant au pouvoir dans le système est obligé de se plier aux lois et contraintes de la “politique et du marché”. Il se trouve que depuis sans doute à peu près les guerres napoléoniennes, le “politique” a cédé de plus en plus le pas à “l’économique” et sa dictature marchande phagocytant tout sur son passage. Depuis la 1ère guerre mondiale, on peut constater que la sphère économico-financière de l’activité humaine a totalement conquis la sphère politique (décisionnaire) pour finir par l’absorber totalement. En France et ailleurs, l’illusion de la mascarade démocratique “électorale”, tombe le masque jour après jour et nous voyons des “chefs d’état”, élus par une portion de plus en plus incongrue des populations en phase d’éveil à la supercherie, n’être soit que de purs produits de la finance et de l’affairisme criminel transnational (Trump, Macron et Pompidou avant lui en France, tous deux directement issus de la banque Rothschild), soit des marionnettes totalement inféodés aux diktats financiers et affairistes ayant acheté le pouvoir décisionnaire devenu d’apparat (Bush père et fils, Clinton, Obama, Blair, Sarkozy, Hollande, la liste est bien longue…).

En clair, si le système fonctionne grâce aux humains (qui l’ont créé), il forme aussi ceux-ci à le faire “fonctionner” et perdurer dans le temps en façonnant leur psychée, moyennant les privilèges d’usage prévus pour ceux opérant en haut de cette pyramide anti-naturelle de destruction et de mort ainsi que dans ses rouages. Tous les “politiques” qui ont eu quelques velléités que ce soit de changer en profondeur le “système” sont soit passés à la trappe politiquement soit, dans le pire des cas, ont été assassinés. Des guerres sont déclenchées pour l’accaparement des biens et des ressources, pour la destruction qui remplit les coffres des oligarques en amont et en aval des conflits et qui leur permet d’acheter toujours plus de ce “pouvoir” jusqu’à en avoir le monopole. 

Ainsi si l’État n’a pas inventé la guerre, il l’a sans aucun doute institutionnalisée pour sa survie, pour en faire son histoire et le capitalisme a rendu la guerre indispensable à sa survie, imprégnant les humains des stigmates de cette existence contre-nature. En ce sens pouvons-nous aussi dire que le système forme les humains à son image. Le système en place existe, le pouvoir existe depuis quelques 5000 ans de manière coercitive, il s’exerce et il formate les humains aux dogmes de sa perpétuation. Si tout système de gouvernance est une création humaine, celui-ci quelque soit sa forme, façonne également les humains pour le servir. La relation est réciproque, c’est ce qui fait sa force et c’est ce que nous devons briser.

D’aucun pourrait alors penser que la situation est vaine et désespérée car bloquée de tous côtés, cette idée est du reste renforcée par les idéologues du système clamant haut et fort depuis des siècles qu’il “n’y a pas d’alternative”, que notre destin est scellé dans le rapport étatico-capitaliste, développement ultime de notre évolution et que notre seul pouvoir ne serait que de le réformer de temps en temps en influant, par le vote, sur les personnes le régissant. Illusion supplémentaire insufflée dans cette supercherie organisée et institutionnalisée de longue date et ne laissant aucune place aux valeurs profondes de notre humanité.

Or, il suffit de garder présent à l’esprit que tout ceci est complètement artificiel, que ce système a été créé par nous les humains et qu’en conséquence il peut être défait à tout moment de son histoire. Il a eu un commencement et il aura une fin et que rien, de ce fait, n’est inéluctable. Il suffit simplement de dire NON ! individuellement et collectivement. C’est ce que nous avons analysé et expliqué dans notre “Manifeste pour la société des sociétés” en 2017 et dans sa suite de 2019.

Nous avons le pouvoir de dire NON ! individuellement d’abord puis dans un élan collectif coopératif salvateur et émancipateur. La réorganisation de notre société sur des bases profondément naturelles de solidarité est non seulement possible, mais elle ne tient en fait qu’à nous. Personne ne le fera à notre place et nous n’avons aucune aide ou espoir à attendre d’une énième réforme du système moribond existant. L’État et le capitalisme se meurent ! Aidons-les à mourir ! Comprenons et diffusons ce concept qu’il n’y a pas de solution au sein du système, qu’il n’y en a jamais eu et qu’il ne saurait y en avoir !

Il est important qu’au plus de gens comprennent que le système politico-social que nous subissons, qui nous est imposé depuis haut de la pyramide, est une construction sociale humaine, qui peut parfaitement être totalement déconstruite pour laisser enfin le champ libre à une société que nous,  les peuples, mènerons à notre guise pour le bien de toutes et tous. Nous n’avons aucune obligation de subir un système de gouvernance et de contrôle de nos vies les rendant au plus misérable jour après jour, semaines après semaine, mois après mois, année après année, certes à des degrés divers selon les endroits de la planète ; mais nous avons toutes les obligations de vivre humainement, sans division, sans haine et sans conflit imposés, de transmuter les valeurs et notre réalité pour ouvrir le véritable chemin à notre humanité réalisée, celui de la vie tout simplement.

Ainsi donc…

A bas le système de la division institutionnalisée !
A bas l’État !
A bas la marchandise !
A bas l’argent !
A bas le salariat !

Vive la commune (communion) universelle de la réalisation de notre puissance vitale… Devenons enfin qui nous sommes : des humains réalisés dans l’émancipation de toutes les impostures et supercheries systémiques artificielles qui nous sont imposées depuis près de 5000 ans.

Qu’on se le dise !

Résistance 71

Février 2020

“L’État n’a pas plus de réalité que n’en ont les dieux ou les diables. Ce ne sont que des reflets, des créations de l’esprit humain, car l’homme, l’individu est la seule réalité. L’État n’est que l’ombre de l’homme, l’ombre de son obscurantisme, de son ignorance et de sa peur.”
~ Emma Goldman ~

« La machine de l’État est oppressive par sa nature même, ses rouages ne peuvent fonctionner sans broyer les citoyens, aucune bonne volonté ne peut en faire un instrument du bien public ; on ne peut l’empêcher d’opprimer qu’en le brisant. »
~ Simone Weil ~

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


La rage s’exerce avant tout… dans la réflexion 

Solution anthropologique pour une société des sociétés

Posted in actualité, altermondialisme, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés with tags , , , , , , , on 12 septembre 2019 by Résistance 71


… des sociétés

 

Résistance 71

 

12 septembre 2019

 

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie
(Version PDF)

 

En octobre 2017, nous avons publié un « Manifeste pour la société des sociétés » après plusieurs années de recherches historiques, anthropologiques, philosophiques et de mises en commun d’idées et d’analyses (parfois saugrenues) nécessaires à la réflexion critique entreprise.

Ce manifeste revisite et analyse quelques 1,8 millions années d’histoire de l’humanité et se termine par un exposé de ce que nous pensons être une sérieuse tentative de débroussaillage du chemin menant à un changement de paradigme politique viable et durable ayant pour but l’émancipation totale de la société humaine.
Pour ce faire, nous avons patiemment, au fil du temps, étudié les recherches historiques, anthropologiques, archéologiques de scientifiques exemplaires, souvent inconnus du grand public. Des gens intègres et sérieux comme Marcel Mauss, Pierre Clastres, Robert Jaulin, Jacques Lizot, Marshall Sahlins, James C. Scott, Charles McDonald, David Graeber, Alain Guillerm, Howard Zinn, Jean-Paul Demoule, Marylène Patou-Mathis.
Dans cette liste le second nommé fut sans aucun doute une révélation et un phare dans notre quête de réponses aux questions sur la société humaine, son organisation, l’origine de l’État, de la coercition, de la violence et pourquoi l’humanité en est là où elle en est aujourd’hui. Peut-on changer quelque chose radicalement ou sommes-nous voués à notre autodestruction sous le joug d’une entité factice et imposée ?

Si la réflexion et les résultats des recherches de Clastres, anthropologue politique anarchiste français (1934-1977) nous guida grandement, elle nous mena aussi à l’impasse de la question contradictoire (ce qu’on appelle une aporie en philosophie) à laquelle il était parvenu, mais que son décès précoce ne lui permit ni de formuler, ni bien sûr de solutionner.
Lors de la rédaction du « Manifeste pour la société des sociétés », nous nous sommes rendus compte que nous avions potentiellement résolu l’aporie à laquelle Clastres était parvenu.
Dans ce second essai, nous tentons de la formuler dans le contexte de son apparition au gré de la recherche de l’anthropologue et nous nous appuyons sur notre « manifeste » pour la résoudre et, nous le pensons, offrir une voie, certes en la circonstance toujours théorique, pour un changement radical (en remontant à la racine même du problème) de paradigme politique débouchant à terme sur la mise en place d’une société des sociétés, fondée sur la complémentarité et le lâcher prise de tous les antagonismes factices.

Sans plus attendre, nous vous livrons notre réflexion que nous laisserons un moment décanter sans plus rien publier pendant quelques temps comme nous l’avions déjà fait en 2017 pour le « manifeste ».
Nous répondrons bien entendu à tous commentaires et avons créé une adresse courriel spécifique sur laquelle vous pouvez nous contacter:
anthropologie.politique@protonmail.com

Merci à Jo pour la mise en page que nous désirions sobre.

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie
(Version PDF)

 


… politique

Société, culture, ensembles anarcho-grégaires et utopies modernes… 10 conférences de l’anthropologue Charles Mcdonald (version pdf)

Posted in actualité, altermondialisme, démocratie participative, documentaire, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, sciences et technologies, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 7 septembre 2019 by Résistance 71


Charles McDonald, CNRS

 

Résistance 71

 

7 septembre 2019

 

Coluche disait: « Des chercheurs qui cherchent on en trouve.. mais des chercheurs qui trouvent on en cherche ! » Et on en trouve en fait un bon nombre dans le domaine de l’anthropologie et ce depuis un bon moment.

Après Marcel Mauss, Pierre Clastres, Robert Jaulin, Marshall Sahlins, James C Scott, et David Graeber, dont nous avons présenté les travaux sur ce blog (cf notre page « anthropologie politique »), nous avons introduit récemment l’anthropologue du CNRS Charles Mcdonald dont nous vous présentons ci-dessous, sur une très belle mise en page de Jo, une compilation de 10 de ses conférences en format pdf à télécharger.

Les sujets abordés sont, dans l’ordre chronologique, l’unité de l’espèce / diversité des cultures, le don et le partage, hiérarchie et égalité, études sur des ensembles et collectifs anarcho-grégaires, les communautés cosaques et pirates comme anarcho-démocraties, les utopies modernes, anthropologie de la paix et de la guerre et la guerre préhistorique et tribale.

A lire d’un bloc ou par feuilletons au gré des ses intérêts, mais à lire quoi qu’il en soit car plus on en sait sur nous et notre humanité et plus on sera capable de transformer notre réalité vers l’émancipation. Bien des clefs se trouvent déjà dans les trouvailles anthropologiques faites par des chercheurs intègres, nombre d’entre elles ont été enterrées car trop dangereuses pour l’ordre en place:

Charles_Mcdonald_Anthropologie_Conferences-Causerie-et-Analyses
Version PDF

Lectures anthropologiques complémentaires:

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

Marcel-MAUSS-Essai-sur-le-don-1923-4

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

Marshall-Sahlins-La-nature-humaine-une-illusion-occidentale-2008

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

Clastres_Préface_Sahlins

 


La porte de la perception est toujours entrouverte…