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1910-2010: Un siecle d’anarchosyndicalisme espagnol, vision sur 40 ans de fascisme et de lutte et résistance sociale

Posted in actualité, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique, société libertaire, syndicalisme et anarchisme with tags , , , , on 21 novembre 2010 by Résistance 71

Espagne: 1910-2010 Cent ans de CNT, un siècle d’anarcho-syndicalisme

Traduit de l’espagnol par Anarchosyndicalisme ! (Toulouse)

Le 1er Novembre 1910, dans les locaux du Cercle des Beaux-Arts de

Barcelone, la CNT (Confederacion Nacional del Trabajo) se constitua. Cette

organisation, héritière de la Région espagnole de l’AIT (Première

Internationale) de 1870, naquît du sein même du Mouvement ouvrier et

constitua la première organisation syndicale autonome en Espagne.

En assumant le slogan de l’Internationale « L’émancipation des

travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ou ne sera pas », la

CNT-AIT devint la dépositaire de la révolte populaire qui, telle un

courant souterrain, s’oppose au pouvoir au fil du temps pour émerger,

triomphante, en de certains moments, depuis le moyen empire égyptien

jusq’à la Révolution française, germes des seuls processus historiques

grâce auxquels l’humanité a avancé notablement dans le chemin de la

liberté, de la justice, de l’égalité, de la dignité et du progrès.

Avec l’accord, simple, de créer une organisation ouvrière indépendante

des pouvoirs politiques, religieux et économiques, comme préalable

indispensable à l’amélioration des conditions de vie des travailleurs

jusqu’à leur émancipation, la CNT-AIT commença ses activités

anarchosyndicalistes.

En quelques années, elle agrégea la majorité du mouvement ouvrier,

parvenant à d’importantes conquêtes sociales et économiques qui

constituent un legs de valeur incalculable pour la société actuelle. La

journée de travail de 8 heures, la semaine de 36 heures, l’éradication du

travail des enfant, l’égalité homme-femme, l’intégration dans la vie

quotidienne de valeurs telles que la solidarité, le fédéralisme,

l’écologie, le féminisme, l’amour libre, l’antimilitarisme, l’athéisme…,

aujourd’hui très en vogue, font partie de l’héritage qu’à laissé, quand

elle atteignit son zénith, la Révolution sociale de 1936 en Espagne, quand

l’utopie – c’est-à-dire le Communisme libertaire – devint le mode de vie

quotidien de tous les territoires libérés.

La réaction du capitalisme international permit à l’armée fasciste de

Franco de transformer ce rêve révolutionnaire en un cauchemar pour les

centaines de milliers de personnes persécutées, assassinées, disparues,

après la réussite du putsch de 1939. Pas un seul des coupables – tous

identifiés, certains étant des politiciens en activité – de ce régime de

terreur, un des plus criminels de l’histoire, n’a subi une simple

réprobation publique, grâce au « pacte d’impunité », totalement honteux,

scellé entre le franquisme et la « gauche nationaliste démocratique »

(PSOE, PCE, UGT et Commissions ouvrières) lorsqu’elle se rendit au

capitalisme lors de la « transition espagnole » (1977). (cf

http://cnt-ait.info/article.php3?id_article=1175 à propos de cette période

et des manipulations nauséabondes …)

Malgré tout, le peuple a continué à défendre, parfois au prix de sa vie,

les principes simples de l’anarchosyndicalisme : indépendance, autonomie,

fédéralisme, autogestion, assemblée, solidarité et action directe,

c’est-à-dire, auto-organisation pour rejeter toute ingérence des partis

politiques et autres institutions (économiques, religieuses, etc.) dans

les affaires des travailleurs. Des grèves, manifestations, de la

répression et des tortures ont constitué la chronique quotidienne de la

dictature (1939-1976), jusqu’à ce qu’à sa disparition, le mouvement

ouvrier parvint à reconstituer avec espoir la CNT-AIT (1977). Nous vécûmes

alors des années d’incessantes conquêtes ouvrières. Les journées de

Montjuich ou de San-Sébastian de los Reyes*1, jalonnèrent la puissante

renaissance confédérale de la décennie 1970.

Les progrès du mouvement ouvrier, de nouveau autoorganisé dans la CNT,

appréciable à travers des luttes exemplaires, comme la grève des

pompistes de 1978, suscita la réaction du capitalisme, cette fois-ci

appuyé par l’Etat démocratique et son appareil institutionnel

(gouvernement, partis, juges, bureaucraties syndicales…). La répression

policière (Affaire de la Scala, 1978), le mur du silence autour de la

réalité de la CNT-AIT accompagné d’une campagne incessante de calomnie

médiatique eurent des conséquences désastreuses pour le mouvement ouvrier

de ce pays.

L’affaiblissement de la présence anarchosyndicaliste dans le mouvement

ouvrier rendit possible la perte de droits acquis après une longue et dure

lutte syndicale, et la dérégulation, la précarisation, furent imposés par

la pire des corruptions qui désolent le pays : la corruption syndicale,

une corruption officiellement passée sous silence, qui

pervertit le syndicalisme en général aux yeux des travailleurs et dont les

syndicats institutionnels sont les acteurs essentiels (Commissions

ouvrières et UGT, dont les cadres syndicaux facturent des subventions de

plusieurs millions au gouvernement et aux entreprises pour prix de leur

trahisons, pour avaliser toutes les mesures de protection du capital et de

son accumulation croissante de bénéfices (Réforme du travail,

licenciement libre…).

Malgré tout, nous sommes des milliers de travailleurs et de travailleuses

à poursuivre notre engagement dans cette organisation ouvrière qu’est la

CNT-AIT, assumant ses besoins exclusivement par nos propres moyens en la

convertissant ainsi dans le seul exemple vivant de syndicalisme de classe,

capable de s’affronter à l’oppression et au contrôle social, à la

destruction de la planète, à la surexploitation économique, tous effets

qui découlent du capitalisme.

L’année 2010 prend pour nous une connotation spéciale : un siècle

d’existence de la CNT-AIT. C’est le centenaire d’un peuple, de la lutte au

prix inestimable de milliers de personnes, qui tout au long de ces cents

ans, ont su se doter d’un outil exemplaire, d’une voie à suivre par la

classe ouvrière mondiale du fait de sa culture propre, de sa capacité

auto-organisationnelle, de ses luttes radicales, de son extension

populaire de ses réalisations révolutionnaires visant à construire une

société antiautoritaire et solidaire.

Ces idéaux constituent la noble cause à laquelle nous t’invitons

maintenant à te joindre.

(Traduit par Anarchosyndicalisme !)

1.- Deux imposants meetings du début de l’après-franquisme. Le premier,

non autorisé, à proximité de Madrid. L’AIT y fut représentée par un

militant CNT-AIT de Toulouse. Le second rassembla une marée humaine

évaluée à un demi-million de personnes.