Archive pour anarchosyndicalisme structure autogestionnaire

Changement de paradigme politique: Vision autogestionnaire d’Algérie…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, démocratie participative, documentaire, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 20 novembre 2018 by Résistance 71


Algérie Anarchiste…

 

Appel à un mouvement pour l’auto-gestion sociale

 

Kadour Naïmi

 

Juillet 2018

Algérie

 

«  J’ai vu des ouvriers, dont certains étaient analphabètes, continuer la production de chaussures, réparer les machines, organiser la distribution pour la vente », raconte ici le dramaturge, cinéaste et écrivain Kadour Naïmi. C’est fort de cette brève expérience, née dans le sillage de l’indépendance, qu’il aspire aujourd’hui à réhabiliter l’idéal autogestionnaire en Algérie… pour mieux, qui sait, l’instaurer collectivement.

Problème général

Concernant les partis politiques, l’essentiel a été dit voilà longtemps — depuis le sociologue Robert Michels (1), en19141, sur leur tendance à former une oligarchie. Et cela quelle que soit leur couleur idéologique. De l’ancien parti bolchevik à l’actuel parti « démocrate » états-unien, nul n’échappe à cette « loi d’airain » — disons à cette logique. L’analyse de Michels suit, d’une certaine manière, celles élaborées au siècle précédent par des militants et théoriciens anarchistes : Joseph Proudhon, Michel Bakounine et Errico Malatesta, pour ne citer que ces trois noms. Seule l’ignorance (ou la naïveté, sœur de la première), peuvent porter à douter de ce phénomène. Et seul.e.s les dirigeant.e.s des partis occultent ce processus. Il atteint même les partis dont les fondateurs agissent avec la meilleure des intentions, la plus démocratique, la plus révolutionnaire : songeons au parti fondé par Nelson Mandela… Pour employer une métaphore, un parti politique obéit à la même loi qu’un microbe : il lui est impossible de ne pas dégénérer. Concernant le microbe, il s’agit de loi biologique ; le parti politique est quant à lui affaire de loi sociale humaine : la cause de la dégénérescence, dans le dernier cas, réside dans trois aspects.

D’abord, dans l’existence inévitable d’un individu torturé par son ego, à tel point qu’il consacre toute son énergie et son intelligence (dont le machiavélisme est l’aspect inavoué) à jouer au chef. Ensuite, dans la complaisance d’un groupe qui l’entoure et lui permet de parvenir à ce rôle de chef en assumant les rôles de sous-chefs. Enfin, dans l’aliénation de la grande majorité des militants qui croient « naturel », au regard de leur « ignorance », d’obéir à celles et ceux qui « savent ». Cette structuration est, et ne peut être, que hiérarchique — donc autoritaire. Avec le temps, elle produit inévitablement des privilèges au bénéfice du groupe « dirigeant » : le chef et son groupe. Des privilèges justifiés par mille excuses : les plus évidentes sont la nécessité d’un certain confort matériel (pour, soi-disant, « bien » réfléchir et concevoir les actions à entreprendre) et l’exigence de voir exécutés les ordres impartis par la « base », selon la fameuse « discipline » de parti. La preuve du contraire est donnée, par exemple, par le dirigeant Buonaventura Durruti : pendant la guerre civile espagnole, il partageait les mêmes conditions de vie que ses compagnons miliciens et les actions à entreprendre étaient décidées de manière égalitaire et démocratique — à l’opposé d’un Trotsky, alors chef de l’Armée « rouge ».

En Algérie

Venons-en aux partis politiques algériens actuels. Leur caractéristique commune est la suivante, par-delà l’idéologie proclamée : tous veulent le bien-être du peuple. Qu’en est-il dans les faits ? Leur contact avec ledit peuple est très limité. La caste étatique use de tous les obstacles possibles et imaginables pour empêcher ces partis d’établir des relations avec lui — le moyen le plus utilisé reste l’exigence d’une autorisation administrative afin de tenir une réunion, laquelle autorisation n’est pas accordée. Si le parti passe outre et entend bel et bien la tenir, l’administration le considère comme agissant dans l’« illégalité » et les services répressifs interviennent pour l’en empêcher. L’autre moyen employé est le traditionnel traficotage des résultats des élections. Jusqu’à présent, et à notre connaissance, les dirigeants des partis se contentent de se plaindre de ces atteintes aux règles démocratiques, pourtant proclamées dans la Constitution ; ils déclarent du reste que le pouvoir étatique, les empêchant d’accomplir leur mission socio-politique, provoquera lui-même les révoltes populaires puisque les citoyen.ne.s ne disposent pas de moyens légaux — un parti — pour présenter leurs revendications légitimes.

Ces deux obstacles ne suffisent pas à expliquer la faiblesse électorale des partis d’opposition. La cause réside principalement dans la carence de leur implantation en milieu populaire — une carence qui s’explique par la conception même de ces partis : la priorité (quoiqu’ils en disent) accordée au « sommet » et aux jeux de pouvoir (qu’ils croient décisifs), au détriment de l’action populaire. C’est dire que le changement réellement voulu par ces organisations partidaires est moins une démocratisation de la société qu’une conquête du pouvoir étatique pour, ensuite, établir la politique qui leur convient, d’abord comme oligarchie de parti. Pourquoi l’intelligence des dirigeants de parti ne trouve-t-elle pas de solution à leur faiblesse électorale ? Leurs connaissances devraient pourtant servir précisément à régler ce genre de problèmes. S’ils en sont incapables, pourquoi demeurent-ils à la tête de leur parti ? Dans toute organisation sociale, on laisse pourtant la place à d’autres quand on est incapable de trouver la solution…

Solutions démagogiques

Comment les partis algériens ont-ils affronté les interdictions étatiques ? La première voie est l’action clandestine. Les partis la rejettent à présent clairement (quoiqu’il ne soit pas sûr que certains d’entre eux n’y aient jamais recours, d’une manière ou d’une autre) et les services de sécurité sont, quoi qu’il en soit, là pour les découvrir et les neutraliser. La seconde, sans relever de la clandestinité, en est assez proche : elle consiste à « travailler au corps à corps » les citoyens à travers leur famille, leur travail, leur voisinage, leurs amitiés, etc. En voici quelques exemples.

Saint Internet

L’un des leviers de la victoire d’Obama aux élections présidentielles fut l’immense campagne orchestrée à travers Internet en recourant à une masse de sympathisants, acquis par le démagogique (et malheureusement efficace) « Yes, we can ! » (« Oui, nous pouvons ! »). En tant que sympathisant d’un mouvement états-unien opposé à la guerre, je fus moi-même systématiquement bombardé de messages de soutien à Obama et d’action en sa faveur. Comment ses partisans ont trouvé mon courriel, je l’ignore. Je n’ai toutefois pas bloqué l’arrivée des messages : ils m’instruisaient sur cette méthode de « travail » sur « les gens ». Ainsi, en Algérie, où l’expression libre est gravement limitée par l’autorité étatique, d’aucuns croient à la toute-puissance des réseaux sociaux sur Internet. En la matière, les partis algériens ont visiblement encore tout à apprendre. S’il est vrai, depuis quelques années, que ces réseaux ont explosé, cela n’en est pas moins le fait, essentiellement, d’intellectuels et de jeunes instruits : les travailleurs manuels des villes et des campagnes, ainsi que les chômeurs, en sont exclus. En outre, à supposer que ces derniers sachent lire et se servir efficacement d’Internet, il n’empêche qu’ils ne possèdent pas d’ordinateurs par manque de moyens financiers. Quant à l’influence du Web sur la vie sociale, le journaliste Salim Chait écrit, dans Le Matin d’Algérie : « Les dernières élections locales ont signé l’échec de l’opposition virtuelle. Malgré les millions de suiveurs des pages de ces blogueurs précités, une grande partie de la population est allée voter, nonobstant les soupçons de fraude et les appels incessants de la blogosphère à boycotter ces échéances électorales. » Ces constatations relativisent l’influence du virtuel sur le réel, sans toutefois lui enlever de son importance. Les partis sont-ils capables de descendre dans l’arène ? Jusqu’ici, leur absence est désolante. On les trouve dans les allées du pouvoir en place, à la télévision, sur leur page Facebook, dans des publications journalistiques et dans quelques rares locaux de partis, plus rares encore dans les quartiers populaires, pour ne pas parler des villages.

Saint peuple

Avant l’arrivée de Mohammed Morsi à la tête de l’État, en Égypte, et avant le « printemps » qui l’y a porté, les Frères musulmans travaillaient à leur manière les citoyen.ne.s les plus démuni.e.s du pays. Ils allaient les trouver pour s’informer sur leurs conditions de vie très pénibles. « Au moins, déclaraient les gens, ces Frères viennent nous voir et enquêter sur nous ! » Un moyen plus convainquant consistait, pour les militants Frères musulmans, à fournir, dans la mesure du possible, des aides matérielles destinées à améliorer leur niveau de vie, le Qatar et autres monarchies pétrolières fournissaient l’argent nécessaire. Les gens du peuple appréciaient naturellement cette aide concrète, même si ce n’étaient que des miettes : en situation de pauvreté, tout est bienvenu. L’idéologie des Frères musulmans s’introduisait, se développait, se consolidait : on connaît le résultat. En Algérie, les partisans de l’ex-FIS (Front islamique du Salut) ont employé des procédés similaires, permettant ainsi de favoriser leur victoire aux élections législatives de décembre 1991 : elle ne fut surprenante que pour les personnes qui ignoraient les conditions réelles du peuple et la mobilisation de ces militants le travaillant « au corps-à-corps ». En découle que les partis politiques algériens sont contraints, afin de bénéficier d’une légitimité citoyenne réelle, de trouver les moyens d’entrer en contact direct avec le peuple et de l’aider concrètement.

L’autonomie manquée

Mais le veulent-ils ? Leurs dirigeants, cadres et militants devraient aller sur le terrain — ce qui implique de dépasser les interdictions des autorités d’État et de dépenser une énergie physique consistante, certainement éprouvante. Aller dans les quartiers les plus démunis, dans les bidonvilles, dans les villages et les douars n’est pas une entreprise touristique. Ce genre d’action peut entraîner l’adhésion au parti d’éléments nouveaux, de la « base » réelle du peuple. Or, a priori, ceux-là sont moins manipulables par les dirigeants que les cadres et militants « nantis » : ils se montrent plus exigeants, plus critiques ; ils veulent des résultats concrets qui améliorent leur vie.

Les dirigeants des partis sont-ils capables de consentir à cette réelle démocratisation de leur organisation, laquelle risque de mettre en question le leadership du chef et de remplacer ses « cadres » par d’autres, plus sensibles et plus représentatifs du peuple ? Ces interrogations mettent en évidence un fait : le plus grand danger que court un parti « démocratique » est précisément sa réelle démocratisation ! Cela nous amène tout près de l’organisation autogérée, autrement dit le contraire d’un parti ! Si la « loi » de ce dernier est la production d’une oligarchie qui le gère (hétéro-gestion), l’autogestion, à l’opposé, a comme « loi » l’élimination de toute forme d’oligarchie au bénéfice d’un fonctionnement non pas vertical — hiérarchique, autoritaire — mais horizontal — égalitaire, avec délibération collective pour la prise des décisions : se trouve ici l’impossibilité pratique pour un parti « démocratique » de l’être réellement. Et pour qu’une organisation soit réellement au service du peuple, elle doit l’être, démocratique.

Le modèle autogestionnaire est le seul qui, jusqu’à présent, a répondu à cette condition. On comprend que cette forme d’organisation a malheureusement toujours été dénigrée, calomniée, combattue, occultée par tous les partis, sans aucune exception, dans tous les pays et à toutes les époques. Qu’ils soient « libéraux » ou « révolutionnaires », leur argument est identique : l’autogestion, c’est l’« anarchie », c’est-à-dire le désordre social et l’inefficacité économique. Absolument faux ! Là où l’autogestion a existé, y compris en Algérie, elle fut l’expression du meilleur ordre social possible et d’un progrès économique consistant. L’examen des expériences réelles le démontre indéniablement, notamment en Russie (1917–1921) et en Espagne (1936–1939). Paraphrasant Galilée, il faut convenir : et, pourtant, elle tourne (l’autogestion), bien que toutes les autorités du monde le nient ! Qui se souvient du surgissement des comités d’autogestion agricoles et industriels en Algérie ? Sitôt l’indépendance nationale déclarée, les fermes et les usines furent abandonnées par leurs propriétaires et cadres techniques coloniaux — le nouvel État autochtone n’existait pas encore de manière significative, ni son corps de bureaucrates et de technocrates. Les travailleurs ont réagi de manière totalement autonome, libre et solidaire. Ils sont parvenus non seulement à assurer la production industrielle et agricole, ils l’ont même améliorée. Le cas ne fut pas spécifique, mais il n’y a pas à s’en étonner : quand des travailleurs n’exercent plus sous le joug du salariat exploiteur mais comme producteurs librement autogérés, il est normal qu’ils s’efforcent et parviennent à faire mieux, parce qu’ils travaillent pour eux-mêmes. On objectera : « Et les cadres administratifs, ainsi que les cadres techniques ? »… Les travailleurs ont prouvé qu’ils savaient produire sans ces « cadres », démontrant ainsi leur aspect parasitaire. Au point que le poète Jean Sénac écrivit cette expression inoubliable : « Tu es belle comme un comité d’autogestion ! »

J’eus le bonheur, adolescent, de vivre directement cette autogestion dans l’entreprise de chaussures où travaillait mon père, à Oran, quartier Saint Eugène. Alors, moi, enfant de pauvre, de « zoufri » (déformation algérienne de « ouvrier »), comme on disait avec mépris, j’ai vu des ouvriers, dont certains étaient analphabètes, continuer la production de chaussures, réparer les machines, organiser la distribution pour la vente. Et tout cela dans une atmosphère de coopération égalitaire et solidaire. Les travailleurs manuels montraient leur capacité intellectuelle de gestion de leur entreprise, sans patron, ni contremaître, ni techniciens. Ce qui, sous le salariat, était plus-value et profitait au propriétaire était désormais investi afin d’améliorer les conditions de production ou la répartition entre travailleurs. Hélas !… Cette autogestion ouvrière et paysanne réussie ne fut pas de l’agrément de ceux qui voyaient leurs intérêts menacés : les détenteurs de l’État « socialiste », leurs fonctionnaires, leurs techniciens, les propriétaires privés et ceux qui projetaient de s’emparer des soi-disant « biens vacants » abandonnés par leurs propriétaires coloniaux.

En Russie puis en Espagne, l’autogestion fut éliminée par l’armée. Dans le premier pays, Lénine ordonna et Trotsky commanda l’Armée « rouge » : elle massacra les partisans des Soviets libres de Kronstadt et d’Ukraine. Dans le second pays, le massacre fut commis par l’armée fasciste de Franco, l’aviation nazie, les supplétifs fascistes de l’armée italienne et les « communistes » (les agents envoyés par Staline et le Parti « communiste » d’Espagne). À ces autoritaires, version « communiste » et fasciste, il était intolérable que des travailleurs démontrent qu’une révolution sociale authentique puisse se réaliser sans « Guide suprême infaillible », sans « Parti d’avant-garde professionnel », sans « commissaires politiques » tout-puissants, sans collectivisation forcée, sans privilégier une couche bureaucratique, sans armée de galonnés et d’exécutants. En Algérie, l’élimination de l’autogestion se fit par des décrets « socialistes » : elle fut accusée de « désordre », d’« inefficacité » et d’« anarchie », comme en Russie et en Espagne. Pour résoudre ces problèmes, l’État algérien « organisa » l’autogestion. Technique employée : embrasser pour étouffer. À la tête des entreprises autogérées, l’État installa un « directeur » : il représentait l’État, lequel était censé incarner le « peuple » et les « travailleurs » — ce fonctionnaire aurait donc été le défenseur des travailleurs des comités d’autogestion. En réalité, ce « directeur » commandait, donnait des ordres, selon le « plan » étatique. Son salaire élevé, ses conditions de travail très confortables et les privilèges qui lui étaient accordés par l’État constituaient, du reste, une injustice scandaleuse au regard du salaire et des conditions de travail des gens sous ses ordres.

Les travailleurs comprirent immédiatement que les décisions de ce commis de l’État contredisaient les intérêts réels des travailleurs. Ils se sont trouvés devant une forme inédite de patron : il n’était plus un individu privé, mais l’incarnation en chair et en os de l’État. Et celui-ci se comportait exactement en patron. Seule différence, très grave : le système n’était plus capitaliste-colonial, mais capitaliste-étatique-indigène. Les travailleurs n’avaient plus comme ennemis des patrons, sous forme d’individus différents, mais un seul et unique patron omnipotent, qui disposait de son « syndicat » de contrôle et de gestion sur les travailleurs, et de ses services de répression en cas de contestation. Surgit alors la fameuse phrase populaire algérienne : « Lichtirâkiyâ ? L’auto lîk wal hmâr liyâ. » (« Le socialisme ? l’automobile pour toi et l’âne pour moi. ») Si, au temps du capitalisme-colonial en Algérie, le syndicat était permis comme instrument de défense des travailleurs, avec l’État « socialiste », « démocratique et populaire », le syndicat était devenu simple courroie de transmission des impératifs de l’État : l’officielle Union générale des travailleurs algériens était devenue Union générale de l’État contre les travailleurs algériens…

Comme en Russie, en Algérie, les détenteurs de l’État avancèrent ce sophisme : l’État étant celui des travailleurs, il n’y a pas lieu d’avoir des syndicats pour les défendre, comme cela existe dans les pays capitalistes : vouloir un syndicat autonome dans un pays « socialiste », c’est être « contre-révolutionnaire ». En Russie, naquit la Nouvelle politique économique (NEP) de Lénine, ouvrant l’économie à une forme de capitalisme ; en Algérie apparut l’« autogestion étatique ». Toute résistance des travailleurs ou de leurs authentiques représentants pour défendre et maintenir les acquis de l’autogestion réelle fut réprimée, d’une manière ou d’une autre : licenciement, arrestation, torture, assassinat. Bien entendu, au nom du « socialisme » et du « peuple ». Depuis lors, en Russie, en Espagne comme en Algérie, les expériences autogestionnaires réussies furent totalement occultées, calomniées, par tous ceux qui conçoivent l’organisation sociale uniquement de manière autoritaire et hiérarchique : militaires, « libéraux » capitalistes, cléricaux, fascistes, marxistes.

Quelques années après le « redressement révolutionnaire », en fait le coup d’État militaire du 19 juin 1965, vinrent les « réformes », dites aussi, évidemment, « révolutions » : la « révolution agraire » et celle de la « gestion socialiste des entreprises ». On parla même d’une « révolution culturelle » pour singer celle qui se déroulait en Chine. Le peu qu’il restait de l’autogestion fut définitivement supprimé ; le capitalisme étatique consolidé, permit la formation d’une bourgeoisie étatique : les travailleurs se sont trouvés devant le pire des patrons et le pire des asservissements. J’en ai connu les méfaits, ayant été secrétaire d’une section syndicale de travailleurs, en 1972–73, à Alger. Je le fus juste assez longtemps pour que la hiérarchie syndicale comprenne que je ne me prêtais pas au rôle de larbin mais défendais réellement l’intérêt des travailleurs : je fus arbitrairement suspendu, accusé d’« agitation subversive ». Suite à la révolte populaire de 1989, à Alger, apparut une démocratisation très relative ; elle a permis la naissance de syndicats autonomes. Leurs activités ne sont pas semées de roses, d’autant plus que l’État favorise l’émergence d’un capitalisme privé, lié de manière clientéliste à celui de l’État. État, syndicat officiel (UGTA) et organisation patronale privée se sont unis pour dominer le pays de manière à servir leurs intérêts de castes.

Pour un Mouvement d’autogestion sociale

Le projet autogestionnaire semble, à première vue, relever de quelque utopie irréalisable. Il est pourtant des utopies qui ne le sont que parce qu’elles n’ont pas encore trouvé les moyens de se concrétiser ou de durer. Combien de temps a-t-il fallu pour détruire le système esclavagiste et le remplacer par le système féodal ? Combien de temps fut nécessaire pour anéantir ce dernier au bénéfice du système capitaliste, privé puis étatique ? Il en faudra pour l’instauration de l’autogestion. L’essentiel est d’y contribuer chacun selon ses possibilités : que rien ne nous garantisse de vivre immédiatement en société autogérée n’est pas un problème, ni une raison de nous décourager. Considérer l’autogestion comme une expérience à mener, contribuer à sa concrétisation, par les mots et les actes, même les plus apparemment insignifiants, faire connaître les expériences menées auparavant, les motifs de leurs succès et de leurs échecs, instaurer le débat sur le thème « Pourquoi pas l’autogestion ? », c’est déjà semer des graines pour permettre à la belle et généreuse plante de germer.

Reste à poser une question : dans l’Algérie actuelle, pourquoi n’existe-t-il pas de mouvement favorable à l’autogestion sociale ? Je parle de mouvement et non de parti. Il nous est indispensable de nous libérer de cette mentalité traditionnelle, largement diffuse : « Ilâ anta mîr wanâ mîr, achkoun issoug alhmîr ? » (« Si tu es maire et je suis maire, qui conduira les ânes ? ») D’abord, les citoyens ne sont pas des ânes. Ensuite, s’ils se révèlent tels, c’est parce que quelqu’un les y a réduits pour en tirer avantage. Œuvrons plutôt pour une société sans ânes, où tous pourraient être maires, à tour de rôle et pour réaliser le mandat pour lequel ils sont élus : satisfaire les intérêts de toute la communauté ! Mais s’il est, en français, souhaitable de parler de « mouvement », le mot, en arabe algérien, s’avère par trop fâcheux : « haraka » — on songe à « harka », « harki », ces supplétifs indigènes de l’armée coloniale durant la guerre de libération nationale algérienne. Le mot « nidhâm » (ordre, organisation) convient mieux et offre l’avantage d’affirmer l’autogestion sociale comme ordre, ou organisation, au sens le plus noble du terme : l’organisation démocratique et pacifique. Appelons donc à la naissance d’un « Nidhâm Attassyîr Adhâtî Alijtimâ’î », un Mouvement pour l’autogestion sociale.

= = =

Lectures complémentaires:

Nestor Makhno Anarchie dans la Revolution Russe

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Erich_Mühsam la liberté de chacun est la liberté de tous

L’anarchie pour la jeunesse

Manifeste pour la societe des societes

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Voline_La revolution inconnue 3 livres

Un monde sans argent: le communisme

Manifeste contre le travail

L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Proudhon_Quest_ce_que_la_propriete

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Publicités

Résistance politique: quoi de neuf sur le front… national ?

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 17 novembre 2017 by Résistance 71

La seule grève valide et efficace dont la simple perspective fait trembler l’oligarchie dans ses loques: La grève générale illimitée et expropriatrice… Tout le reste n’est que pisser dans un violon. Le but de cette grève doit être le changement radical de société pour parvenir enfin à la société des sociétés, finalité émancipatrice de l’humanité.

~ Résistance 71 ~

A lire et diffuser sans modération:

Manifeste de la societe des societes

L’anarchie pour la jeunesse

Errico_Malatesta_écrits_choisis

Exemple_de_charte_confederale_Bakounine

La Morale Anarchiste de Kropotkine)

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Appel au Socialisme (PDF)

 

Le capital décide, l’État exécute

 

Groupe Anarchiste Salvador Ségui

 

14 novembre 2017

 

Source: https://salvador-segui.org/2017/11/14/16-novembre-loi-travail/ 

 

 

Si d’aucuns n’y ont pas cru pendant les élections, il est aujourd’hui plus difficile de nier que la politique de ce gouvernement est une politique de classe. De la bourgeoisie, par la bourgeoisie, pour la bourgeoisie. Depuis cet été, les mesures proposées et votées s’attaquent aux plus fragiles (hausse de la CSG et baisse des APL, facilitation des licenciements, précarisation des relations de travail) et sont favorables aux plus riches (baisse de l’ISF). De plus, la systématisation du gouvernement par ordonnance, parfaitement légale, émaille quelque peu le vernis démocratique de la République.

Non content de creuser les inégalités et d’étaler son mépris – sous le principe très paternaliste que ceux qui ont le pouvoir l’auraient acquis de par leurs qualités naturellement supérieures, ce qui leur donnerait à la fois le droit de le garder au détriment des autres, mais également le devoir de l’exercer (au détriment des autres) –, Macron se moque ouvertement de ses administrés, « qui ne sont rien », sinon « des fainéants et des cyniques », ceux qui « foutent le bordel ».

Mais ce qui est encore plus caractéristique de cette dynamique de fond, c’est l’attaque simultanée et intraitable de toutes les solidarités, sur la lancée des politiques des gouvernements précédents.

C’est l’individualisation et la mise en concurrence des carrières professionnelles et des droits des travailleurs à travers la casse du Code du travail, laissant le salarié seul dans un un rapport très inégal face à son employeur. C’est l’affaiblissement des derniers garde-fous contre la délinquance patronale (conseils de prud’hommes, DS, DP, CHSCT, etc.). C’est l’attaque financière et morale des services publics (éducation, santé, transports). C’est une vision élitiste de l’éducation, au service des intérêts capitalistes. C’est la baisse des prestations sociales et la culpabilisation de ceux qui en bénéficient, quand ce n’est pas leur suppression pure et simple. C’est la mise en péril des associations, par la baisse des financements publics et la fin des contrats aidés, alors même que l’action sociale de proximité se décharge de l’État vers les associations. C’est la remise en question du droit syndical, en réduisant les possibilités de contestation et en ne laissant la place qu’à des structures d’accompagnement. C’est l’exacerbation d’un patriotisme nationaliste et militariste.

C’est, enfin, la criminalisation des mouvements sociaux de protestation, que ce soient les grèves, les manifestations ou les dénonciations de violences policières, où des militants sont jugés et condamnés très lourdement sous des prétextes mis en scène. Par ailleurs, la récente loi « sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme » vient appuyer la répression policière, dont les exactions jouissent au contraire d’une relative impunité.

La seule réponse que nous pouvons opposer est de renforcer nos liens, à la base, et sans attendre une aide providentielle de l’État ou du sort.

Si la confédération syndicale semble aujourd’hui l’organisation de classe la plus indiquée pour parvenir à un rapport de force susceptible de défendre les acquis sociaux et en obtenir de nouveaux, par la construction d’une grève généralisée et reconductible, encore faut-il que les syndicats se ressaisissent des principes de la charte d’Amiens : d’une part l’indépendance vis-à-vis des organisations politiques, d’autre part le double objectif d’amélioration immédiate des conditions de travail et d’ouverture à des perspectives révolutionnaires d’expropriation capitaliste et d’autogestion, sans quoi nous nous condamnerions à subir sans fin les attaques d’une classe dirigeante.

Par ailleurs, les axes et les collectifs de luttes sont multiples. La faiblesse dont ils font preuve à cause de leur éclatement, ainsi que la force dont ils font preuve malgré cet éclatement, doit nous pousser aujourd’hui à reconsidérer et confronter nos pratiques militantes pour œuvrer ensemble à la construction d’un mouvement social conséquent et cohérent, pour l’émancipation de toutes et tous.

Groupe anarchiste Salvador-Seguí

Paris, le 14 novembre 2017

Résistance et lutte sociale: Pourquoi il n’y a pas de solution dans le système et la voie autogestionnaire..

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 3 mars 2013 by Résistance 71

Nous ne sommes pas les seuls à le dire, bien au contraire. Le temps viendra où la voie autogestionnaire sera acceptée comme une évidence. Jusque là, il faut changer les attitudes autant que la pensée…

— Résistance 71 —

 

Pourquoi l’anarchosyndicalisme ?

 

Groupement d’Action et de réflexion Anarchosyndicaliste

GARAS

 

url de l’article original:

http://garas.over-blog.org/article-16275311.html

 

Pourquoi remettre le système capitaliste en cause ? Pourquoi s’engager politiquement, et de quelle manière ? Ce texte a pour but d’aider à comprendre un peu mieux notre pensée et nos actions.

Parmi la population, il y a une proportion assez large qui admet l’existence d’un ensemble d’injustices et de problèmes graves, aussi bien dans notre société qu’à travers le monde entier. Beaucoup sont prêts à trouver anormal que l’on jette de la nourriture, alors que des personnes mendient pour manger; à déplorer la montée du chômage; à reconnaître et à critiquer la différence de développement entre le nord et le sud; à se rendre compte que l’on ne juge pas les délits de la même manière selon la place que l’accusé occupe dans la société; etc… Pourtant, ces même personnes ne veulent pas supprimer le système responsable de ces injustices, afin d’essayer une alternative. Pourquoi ?

Un ensemble de raisons permet de l’expliquer, mais il en est une, qui fait que même des gens actifs ne s’engageront pas dans une perspective révolutionnaire. Cette raison est la croyance en la possibilité de modifier le système de l’intérieur, de l’améliorer sans le changer radicalement, de le réformer. Certains pensent qu’il y a une marge de manœuvre suffisante au sein du capitalisme pour améliorer la condition humaine. Cette marge de manœuvre existe, mais il faut s’interroger sur ses limites.

Réformer ce système ?

La limite fondamentale du système capitaliste est la notion de rentabilité, qui conditionne chacun de ses actes.

L’Etat lui-même est soumis à cet impératif, puisqu’il n’est que l’outil au service du patronat pour lui permettre d’accumuler de l’argent. Il dispose de nombreux moyens pour y arriver : la matraque, les lois, les aides sociales pour qu’on ne la ramène pas trop, les aides aux entreprises pour aider les intérêts privés au détriment de la collectivité, l’école pour nous préparer à la soumission et à la logique d’entreprise…

Pourtant on nous a ressassé de beaux et longs discours sur son rôle de service public, au niveau des entreprises qu’il contrôle, et sur sa fonction sociale, grâce aux aides qu’il accorde. Mais ces aspects n’ont toujours été que partiellement vrais, celui-ci se contentant de donner le minimum, en fonction de ses intérêts et de la pression qu’on exerçait sur lui.

Pendant la période de la guerre froide, il fallait éviter qu’une contestation trop forte ne se manifeste dans les pays occidentaux, dans le contexte de lutte larvée entre les deux blocs. Pour cela, on redistribuait une petite part de la richesse produite et accordait certains droits. Ces mesures furent possibles grâce à la croissance, favorisée par les USA (Plan Marshall, coopération économique…), et par le contexte de l’après guerre (reconstructions génératrices de marchés, essors technologiques…). Or, avec l’affaiblissement, puis la chute du bloc communiste, et l’arrivé de la crise économique, les motivations ne sont plus suffisantes pour continuer cette politique. De plus, la crise est un instrument de pression utilisé pour faire accepter les réformes libérales par la population, ainsi que des conditions de travail ressemblant à un diktat patronal pur et simple (heures sup. non payées, rareté des embauches définitives, réservoir de main d’œuvre important qui permet de licencier les plus récalcitrants).

La marge de manœuvre sociale dont nous disposons est étroitement liée au pouvoir politique, lui-même sous l’influence du pouvoir économique, et du contexte international. La maîtrise de nos conditions de vie nous échappe totalement.

Un exemple de cette soumission à l’économie, aussi paradoxal que cela puisse paraître, est l’œuvre du front populaire, car peu de gens nous expliquent l’après 36 en France. Si cette année représente une étape dans l’acquisition de nos droits (suite à plusieurs luttes, et pas seulement grâce à l’arrivée du front populaire au pouvoir), une des conséquences des augmentations de salaire, des congés payés, de la réduction du temps de travail, fut l’augmentation des coûts de production pour les entreprises. Pour produire la même quantité, il fallut embaucher des employés supplémentaires pour compenser les heures accordées aux travailleurs; ou produire moins.

Dans un contexte économique plus favorable, ces mesures auraient peut-être été acceptées par les patrons et les financiers; mais là, ceux-ci se sont empressés de placer leurs capitaux à l’étranger, laissant la situation empirer. De surcroît, ils ont augmenté les prix de leurs produits “afin de compenser le manque à gagner”. Chaque entreprise en fournissant une autre, l’augmentation des prix se répercute en cascade jusqu’au consommateur. Ainsi non seulement la situation économique a continué à se dégrader, ce qui très rapidement a supprimé des emplois, mais en plus le pouvoir d’achat des travailleurs diminua au point d’annuler les effets bénéfiques des mesures de 36. Cela s’explique par l’inflation généralisée dont nous parlions précédemment.

Si l’on prend un exemple plus récent, lorsqu’en 81 la coalition de gauche arrive au pouvoir, et qu’elle indexe les salaires sur les prix, cette mesure alimente l’inflation pour le même type de raisons. Résultat, le gouvernement fait très vite machine arrière. On constate que des mesures visant à assurer un niveau de vie correct à l’ensemble de la population sont difficiles, voire impossibles à appliquer dans notre beau système (et que l’on ne nous fasse pas croire que les socialistes et les communistes, avec la formation économique poussée que certains ont, ne le savent pas).

Pour l’écologie, les limites sont de même nature. Si l’on se permet quelques mesures, auxquelles on trouve une utilité économique, comme le recyclage, ou l’épuration de l’eau effectuée au frais des usagers, dans la plupart des cas, des obstacles empêchent les améliorations les plus urgentes. Produire propre c’est produire cher. Et produire cher, c’est être moins compétitif, (cela se traduira par la suppression d’emplois, pour garder les mêmes bénéfices patronaux).

Voilà le type d’argument auquel on est confronté, alors que nous sommes en train de polluer notre propre planète. Mais est-ce l’intérêt d’ELF, ou d’autres grandes firmes pétrolières, de développer la recherche sur les carburants verts, les énergies non polluantes ? Quant au nucléaire, il s’agit d’une des grandes orientations du pays (merci De Gaulle entre autres). Après des milliards d’investissements, comment faire admettre qu’il faut reconvertir notre production d’électricité ?

L’argent, les coûts, les profits, toujours les mêmes barrages derrière des discours bien préparés.

La marge de manœuvre dont nous parlions existe en système capitaliste, mais elle est totalement restreinte par l’économie, et notre fonctionnement politique. Nous ne maîtrisons aucun de ces deux éléments, puisque nous déléguons tous nos pouvoirs, toutes nos responsabilités, à une élite qui dirige les entreprises et le pays.

Le fait que les moyens de productions appartiennent à une minorité, nous rendra toujours dépendants de celle-ci. Et à cause de cela nous devons admettre la destruction de notre environnement, le massacre des populations pour écouler notre armement… La liste serait longue. Alors ce ne sont pas les quelques améliorations possibles dans le cadre du système actuel qui feront disparaître les problèmes dont nous souffrons.

Que faire face à cette situation ? Attendre que les choses s’améliorent d’elles mêmes ? Compter sur les autres ?

Pour changer sa vie, il faut la prendre en main; pour la société, la démarche est identique. On ne peut rester là, à constater, sans chercher à intervenir. Ou alors nous nous condamnons à être de simples spectateurs, à subir sans jamais nous battre. S’acheter une conscience à bon marché, en soulageant le malheur de certains ne suffit pas. Les religions ont encouragé cette façon de procéder depuis des millénaires, mais elles n’ont guère participé à réduire les injustices et n’ont pas remis en question des sociétés totalement inégalitaires. Les liens entre religion et pouvoir étant nombreux, peut-être avaient-elles trop à perdre ? Pour revenir sur la question de l’engagement, il vaut mieux s’en prendre à ce qui cause les problèmes, au lieu de traiter les conséquences sans cesse.

Remettre le système en question, comment mener une telle lutte ?

Lutter dans le cadre du système actuel, c’est obtenir une amélioration ponctuelle, une concession un peu plus durable, un recul sur un projet inacceptable, mais tout cela sera remis en cause tôt ou tard. Alors que les ministres n’ont qu’à promulguer des projets de loi, en touchant un confortable salaire, il nous faut nous mobiliser en masse, au risque pour ceux qui travaillent, de perdre leur paye, voire leur emploi.

Les luttes à répétition sur un même sujet usent les gens.

En restant dans le cadre de ce système, on se condamne à perdre dans le long terme. D’où la nécessité d’un engagement révolutionnaire.

Il existe plusieurs types d’engagement révolutionnaire.

Nous, anarchosyndicalistes, pensons qu’il faut éviter de recréer des structures de pouvoir au sein d’une organisation, sous peine de devoir se battre contre ce pouvoir par la suite. Chacun peut se rendre compte des abus qu’engendre le pouvoir partout sur cette planète. Alors pourquoi croire qu’un individu, ou un groupe d’individus, serait suffisamment juste et bon pour ne pas l’utiliser à des fins personnelles ? De plus, c’est l’existence du privilège qui rend jaloux celui qui ne le possède pas, et pousse l’autre à tout faire pour le conserver (créer un appareil répressif, par exemple).

Pourquoi ne pas supprimer cette source de conflit?

L’inégalité des droits, qu’elle soit économique, ou politique, pose toujours problème. Ce n’est pas en la maintenant sous la forme d’un pouvoir donné à quelques uns, que les choses s’amélioreront pour le plus grand nombre.

L’histoire tend à conforter cette analyse, puisque les expériences révolutionnaires, lorsqu’elles ne furent pas réprimées dans le sang, se sont toujours soldées par la confiscation de la révolution au profit d’un petit groupe, avec les résultats que l’on connaît.

Les divers systèmes se réclamant du marxisme sont tous des échecs, accompagnés de répressions violentes des personnes ne rentrant pas dans le cadre établi par le nouveau pouvoir (En U.R.S.S., dès 1918, Lénine et Trotsky commencent à réprimer, voir le témoignage de Voline à ce sujet). Au Mexique le P.R.I. (Parti Révolutionnaire Institutionnel) est au pouvoir depuis plus de 65 ans, et le peuple toujours dans la misère.

Les exemples ne manquent pas.

Nous proposons, pour éviter ces dérives, des assemblées générales souveraines, qui gèrent les réalités locales, et se fédèrent pour coordonner leurs actions à d’autres échelles. Elles fonctionnent avec des mandatés, contrôlables et révocables, qui se réunissent afin de répercuter les décisions prises par la base.

On peut également imaginer des organismes issus du fédéralisme, conçus pour exécuter des décisions, pour en accomplir la partie technique, mais qui ne décident pas des grandes orientations de la société. Le fédéralisme permet donc de s’organiser sur de vastes espaces.

Ces principes autogestionnaires ont pour avantage de responsabiliser l’individu, de lui offrir la possibilité, sans l’y obliger, de maîtriser son quotidien, et donc de devenir plus mature en arrêtant de suivre sans réfléchir ce que prône l’élite. Une organisation autogérée est donc le reflet des gens qui la composent; y entrer c’est en modifier le contenu par sa simple participation.

Ce ne sont là que quelques idées générales, mais qui nous permettent déjà de nous organiser de façon cohérente.

Des écrivains ont approfondi certaines questions, mais dans un mouvement libertaire, personne n’est considéré comme ayant trouvé la solution avec un grand S. Nous refusons les écrits sacrés: pas de bible, pas de coran, pas de torah, pas de capital… Ce qui peut paraître à certains comme une faiblesse, est en fait une force. Comme ce sont les gens qui décident par et pour eux-mêmes, ils adaptent leurs propositions en fonction des réalités auxquelles ils sont confrontés à un instant donné.

Ne serait-il pas ridicule d’élaborer l’organisation d’une société libertaire dans ses moindres détails aujourd’hui alors que la révolution n’est pas pour demain ? Les circonstances auront sans doute changé d’ici là.

Mais encore faut-il confronter ses idées aux réalités, et construire une organisation qui les mette en pratique.

Nous pensons que le syndicat correspond à cet objectif. Un syndicat qui intervient sur le quartier ou l’entreprise, qui peut être rural ou urbain, intercorporatif ou de branche, ouvert sur le culturel, l’économique, le social, l’idéologique. Un lieu de vie et d’échange, pas un syndicat uniquement pour défendre des revendications corporatives, comme on le voit souvent.

Tout cela résume la démarche anarcho-syndicaliste telle que nous la concevons. Elle présente un double avantage: disposer d’un outil de lutte qui nous appartient réellement afin de déjà obtenir des améliorations de nos conditions de vie, et avoir un cheminement logique, en améliorant nos idées au fur et à mesure de notre développement, jusqu’au moment de la révolution. Ce qui devrait nous amener à réorganiser la société sans perdre de temps. Dans de telles circonstances, restructurer l’économie (production et distribution), afin que les gens puissent subvenir à leur besoins, et que la révolution dispose de moyens nécessaires à sa réalisation, est essentiel.