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Communisme et anarchie… Seule compatibilité

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, militantisme alternatif, N.O.M, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 8 février 2018 by Résistance 71

Quand la branche anarchiste “collectiviste” devint “communiste”.  Cafiero était un grand ami de Bakounine et Reclus. Bakounine représentait le “collectivisme” anarchiste face au “communisme” autoritaire et étatique de Marx lors de la 1ère Internationale (AIT), dont les anarchistes furent expulsés par Marx et sa clique du despotisme “avant-gardiste”. C’est dans cet écrit et 4 ans après la mort de Bakounine que Cafiero et les “collectivistes” comprennent et rejoignent les anarcho-communistes emmenés par Kropotkine et embrassent le seul véritable communisme : celui de l’association libre antiautoritaire anarcho-communiste. Ce cri de ralliement fut publié par un Kropotkine ravi dans sa publication “Le Révolté” en 1880.

Au sujet de l’auteur: Carlo Cafiero (1846-1892), fils d’un grand propriétaire terrien italien qui renonça à la richesse et la gloire familiale pour embrasser la cause de la révolution sociale. Devient le bras droit de Michel Bakounine lors de la 1ère Internationale. En fait à l’origine, il fut le chef de file marxiste pour promouvoir l’idéologie de Marx en Italie dans la branche italienne de l’AIT. Sa mission était de lutter contre l’influence anarchiste en Italie et de promouvoir le marxisme chez les ouvriers italiens plus enclins à suivre les anarchistes Malatesta et Bakounine. Il rencontre Bakounine à Locarno et après de longues discussions, est convaincu de l’aspect néfaste du communisme autoritaire marxiste. Il aida en 1873 à la création d’un centre international pour la révolution sociale en Italie. A partir de 1882 il développa des troubles psychiques et fut interné dans un asile psychiatrique en 1891 où il mourut de tuberculose l’année suivante.

~ Résistance 71 ~

 

Communisme et Anarchisme

 

Carlo Cafiero

 

“Le révolté”, 1880

 

Au congrès tenu à Paris par la région du Centre, un orateur, qui s’est distingué par son acharnement contre les anarchistes, disait :  » Communisme et anarchie hurlent de se trouver ensemble.  »

Un autre orateur qui parlait aussi contre les anarchistes, mais avec moins de violence, s’est écrié, en parlant d’égalité économique :  » Comment la liberté peut-elle être violée, lorsque l’égalité existe ? « .

Eh bien ! je pense que les deux orateurs avaient tort.

On peut parfaitement avoir l’égalité économique, sans avoir la moindre liberté. Certaines communautés religieuses en sont une preuve vivante, puisque la plus complète égalité y existe en même temps que le despotisme. La complète égalité, car le chef s’habille du même drap et mange à la même table que les autres ; il ne se distingue d’eux que par le droit de commander qu’il possède. Et les partisans de  » l’Etat populaire  » ? S’ils ne rencontraient pas d’obstacles de toute sorte, je suis sûr qu’ils finiraient par réaliser la parfaite égalité, mais, en même temps aussi le plus parfait despotisme, car, ne l’oublions pas, le despotisme de l’Etat actuel augmenterait du despotisme économique de tous les capitaux qui passeraient aux mains de l’Etat, et le tout serait multiplié par toute la centralisation nécessaire à ce nouvel Etat. Et c’est pour cela que nous, les anarchistes, amis de la liberté, nous nous proposons de les combattre à outrance.

Ainsi, contrairement à ce qui a été dit, on a parfaitement raison de craindre pour la liberté, lors même que l’égalité existe ; tandis qu’il ne peut y avoir aucune crainte pour l’égalité là où existe la vraie liberté, c’est-à-dire l’anarchie.

Enfin, anarchie et communisme, loin de hurler de se trouver ensemble, hurleraient de ne pas se trouver ensemble, car ces deux termes, synonymes de liberté et d’égalité, sont les deux termes nécessaires et indivisibles de la révolution.

Notre idéal révolutionnaire est très simple, on le voit : il se compose, comme celui de tous nos devanciers, de ces deux termes : liberté et égalité. Seulement il y a une petite différence.

Instruits par les escamotages que les réactionnaires de toute sorte et de tout temps ont faits de la liberté et de l’égalité, nous nous sommes avisés de mettre, à côté de ces deux termes, l’expression de leur valeur exacte. Ces deux monnaies précieuses ont été si souvent falsifiées, que nous tenons enfin à en connaître et à en mesurer la valeur exacte.

Nous plaçons donc, à côté de ces deux termes : liberté et égalité, deux équivalents dont la signification nette ne peut pas prêter à l’équivoque, et nous disons :  » Nous voulons la liberté, c’est-à-dire l’anarchie, et l’égalité, c’est-à-dire le communisme. « 

Anarchie, aujourd’hui, c’est l’attaque, c’est la guerre à toute autorité, à tout pouvoir, à tout Etat. Dans la société future, l’anarchie sera la défense, l’empêchement apporté au rétablissement de toute autorité, de tout pouvoir, de tout Etat : pleine et entière liberté de l’individu qui, librement et poussé seulement par ses besoins, par ses goûts et ses sympathies, se réunit à d’autres individus dans le groupe ou dans l’association ; libre développement de l’association qui se fédère avec d’autres dans la commune ou dans le quartier ; libre développement des communes qui se fédèrent dans la région – et ainsi de suite : les régions dans la nation ; les nations dans l’humanité.

Le communisme, la question qui nous occupe plus spécialement aujourd’hui, est le second point de notre idéal révolutionnaire.

Le communisme actuellement, c’est encore l’attaque ; ce n’est pas la destruction de l’autorité, mais c’est la prise de possession, au nom de toute l’humanité, de toute la richesse existant sur le globe. Dans la société future, le communisme sera la jouissance de toute la richesse existante, par tous les hommes et selon le principe : De chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins, c’est-à-dire : De chacun et à chacun suivant sa volonté.

Il faut remarquer, – et ceci répond surtout à nos adversaires, les communistes autoritaires ou étatistes – que la prise de possession et la jouissance de toute la richesse existante doivent être, selon nous, le fait du peuple lui-même. Le peuple, l’humanité, n’étant pas des individus capables de saisir la richesse et la tenir dans leurs deux mains, on a voulu en conclure, il est vrai, qu’il faut, pour cette raison, instituer toute une classe de dirigeants, de représentants et de dépositaires de la richesse commune. Mais nous ne partageons pas cet avis. Pas d’intermédiaires, pas de représentants qui finissent toujours par ne représenter qu’eux-mêmes ! Pas de modérateurs de l’égalité, pas davantage de modérateurs de la liberté ! Pas de nouveau gouvernement, pas de nouvel Etat, dut-il se dire populaire ou démocrate, révolutionnaire ou provisoire.

La richesse commune étant disséminée sur toute la terre, tout en appartenant de droit à l’humanité entière, ceux donc qui se trouvent à la portée de cette richesse et en mesure de l’utiliser l’utiliseront en commun. Les gens de tel pays utiliseront la terre, les machines, les ateliers, les maisons, etc., du pays et ils s’en serviront tous en commun. Partie de l’humanité, ils exerceront ici, de fait et directement, leur droit sur une part de la richesse humaine. Mais si un habitant de Pékin venait dans ce pays, il se trouverait avoir les mêmes droits que les autres ; il jouirait en commun avec les autres de toute la richesse du pays, de la même façon qu’il l’eût fait à Pékin.

Il s’est donc bien trompé, cet orateur qui a dénoncé les anarchistes comme voulant constituer la propriété des corporations. La belle affaire que l’on ferait, si l’on détruisait l’Etat pour le remplacer par une multitude de petits Etats ! Tuer le monstre à une tête pour entretenir le monstre à mille têtes !

Non ; nous l’avons dit, et nous ne cesserons de le répéter : point d’entremetteurs, point de courtiers et d’obligeants serviteurs qui finissent toujours par devenir les vrais maîtres : nous voulons que toute la richesse existante soit prise directement par le peuple lui-même, qu’elle soit gardée par ses mains puissantes, et qu’il décide lui-même de la meilleure manière d’en jouir, soit pour la production, soit pour la consommation.

Mais on nous demande : le communisme est-il applicable ? Aurions-nous assez de produits pour laisser à chacun le droit d’en prendre à sa volonté, sans réclamer des individus plus de travail qu’ils ne voudront en donner ?

Nous répondons : Oui. Certainement, on pourra appliquer ce principe : De chacun et à chacun suivant sa volonté, parce que, dans la société future, la production sera si abondante qu’il n’y aura nul besoin de limiter la consommation, ni de réclamer des hommes plus d’ouvrage qu’ils ne pourront ou ne voudront en donner.

Cette immense augmentation de production, dont on ne saurait même aujourd’hui se faire une juste idée, peut se deviner par l’examen des causes qui la provoqueront. Ces causes peuvent se réduire à trois principales :

  • L’harmonie de la coopération dans les diverses branches de l’activité humaine, substituée à la lutte actuelle qui se traduit dans la concurrence ;
  • L’introduction sur une immense échelle des machines de toutes sortes ;
  • L’économie considérable des forces du travail, des instruments de travail et des matières premières, réalisée par la suppression de la production nuisible ou inutile.

La concurrence, la lutte est un des principes fondamentaux de la production capitaliste, qui a pour devise : Mors tua vita mea, ta mort est ma vie. La ruine de l’un fait la fortune de l’autre. Et cette lutte acharnée se fait de nation à nation, de région à région, d’individu à individu, entre travailleurs aussi bien qu’entre capitalistes. C’est une guerre au couteau, un combat sous toutes les formes : corps à corps, par bandes, par escouades, par régiments, par corps d’armée. Un ouvrier trouve de l’ouvrage où un autre en perd ; une industrie ou plusieurs industries prospèrent, lorsque telles ou telles industries périclitent.

Eh bien ! imaginez-vous lorsque, dans la société future, ce principe individualiste de la production capitaliste, chacun pour soi et contre tous, et tous contre chacun, sera remplacé par le vrai principe de la sociabilité humaine : chacun pour tous et tous pour chacun – quel immense changement n’obtiendra-t-on pas dans les résultats de la production ? Imaginez-vous quelle sera l’augmentation de la production, lorsque chaque homme, loin d’avoir à lutter contre tous les autres, sera aidé par eux, quand il les aura, non plus comme ennemis, mais comme coopérateurs. Si le travail collectif de dix hommes atteint des résultats absolument impossibles pour un homme isolé, combien grands seront les résultats obtenus par la grande coopération de tous les hommes qui, aujourd’hui, travaillent hostilement les uns contre les autres ?

Et les machines ? L’apparition de ces puissants auxiliaires du travail, si grande qu’elle nous paraisse aujourd’hui, n’est que très minime en comparaison de ce qu’elle sera dans la société à venir.

La machine a contre elle, aujourd’hui, souvent l’ignorance du capitaliste, mais plus souvent encore son intérêt. Combien de machines restent inappliquées uniquement parce quelles ne rapportent pas un bénéfice immédiat au capitaliste ?

Est-ce qu’une compagnie houillère, par exemple, ira se mettre en frais pour sauvegarder les intérêts des ouvriers et construira de coûteux appareils pour descendre les mineurs dans les puits ? Est-ce que la municipalité introduira une machine pour casser les pierres, lorsque ce travail lui fournit le moyen de faire à bon marché de l’aumône aux affamés ? Que de découvertes, que d’applications de la science restent lettre morte, uniquement parce qu’elles ne rapporteraient pas assez au capitaliste !

Le travailleur lui-même est aujourd’hui l’ennemi des machines, et ceci avec raison, puisqu’elles sont vis-à-vis de lui le monstre qui vient le chasser de l’usine, l’affamer, le dégrader, le torturer, l’écraser. Et quel immense intérêt il aura, au contraire, à en augmenter le nombre lorsqu’il ne sera plus au service des machines ; au contraire, elles-mêmes seront à son service, l’aidant et travaillant pour son bien-être !

Enfin, il faut tenir compte de l’immense économie qui sera faite sur les trois éléments du travail : la force, les instruments et la matière, qui sont horriblement gaspillés aujourd’hui, puisqu’on les emploie à la production de choses absolument inutiles, quand elles ne sont pas nuisibles à l’humanité.

Combien de travailleurs, combien de matières et combien d’instruments de travail ne sont-ils pas employés aujourd’hui par l’armée de terre et de mer, pour construire les navires, les forteresses, les canons et tous ces arsenaux d’armes offensives et défensives ! Combien de ces forces sont usées à produire des objets de luxe qui ne servent qu’à satisfaire des besoins de vanité et de corruption !

Et lorsque toute cette force, toutes ces matières, tous ces instruments de travail seront employés à l’industrie, à la production d’objets qui eux-mêmes serviront à produire, quelle prodigieuse augmentation de la production ne verrons-nous pas surgir !

Oui, le communisme est applicable ! On pourra bien laisser à chacun prendre à volonté ce dont il aura besoin, puisqu’il y en aura assez pour tous. On n’aura plus besoin de demander plus de travail que chacun n’en voudra donner, parce qu’il y aura toujours assez de produits pour le lendemain.

Et c’est grâce à cette abondance que le travail perdra le caractère ignoble de l’asservissement, en lui laissant seulement le charme d’un besoin moral et physique, comme celui d’étudier, de vivre avec la nature.

Ce n’est pas tout d’affirmer que le communisme est chose possible nous pouvons affirmer qu’il est nécessaire. Non seulement on peut être communiste ; il faut l’être sous peine de manquer le but de la révolution.

En effet, après la mise en commun des instruments de travail et des matières premières, si nous conservions l’appropriation individuelle des produits du travail, nous nous trouverions forcés de conserver la monnaie, partant une accumulation de richesses plus ou moins grande, selon plus ou moins de mérite, ou plutôt d’adresse des individus. L’égalité aurait ainsi disparu, puisque celui qui parviendrait à posséder plus richesse se serait déjà élevé par cela même au-dessus du niveau des autres Il ne resterait plus qu’un pas à faire pour que les contre-révolutionnaires établissent le droit d’héritage. Et, en effet, j’ai entendu un socialiste de renom, soi-disant révolutionnaire, qui soutenait l’attribution individuelle des produits, finir par déclarer qu’il ne verrait pas d’inconvénients à ce que la société admît la transmission de ces produits en héritage : la chose selon lui, ne porterait pas à conséquence. Pour nous qui connaissons de près les résultats auxquels la société en est arrivée avec cette accumulation des richesses et leur transmission par héritage, il ne peut pas y avoir de doute à ce sujet.

Mais l’attribution individuelle des produits rétablirait non seulement l’inégalité parmi les hommes, elle rétablirait encore l’inégalité entre les différents genres de travail. Nous verrions reparaître immédiatement le travail  » propre  » et le travail  » malpropre « , le travail  » noble  » et le travail  » ignoble  » : le premier serait fait par les plus riches, le second serait l’attribution des plus pauvres. Alors ce ne serait plus la vocation et le goût personnel qui détermineraient l’homme à s’adonner à tel genre d’activité plutôt qu’à un autre : ce serait l’intérêt, l’espoir de gagner davantage dans telle profession. Ainsi renaîtraient la paresse et la diligence, le mérite et le démérite, le bien et le mal, le vice et la vertu, et, par conséquent, la  » récompense « , d’un côté, et la  » punition « , de l’autre, la loi, le juge, le sbire et la prison.

Il y a des socialistes qui persistent à soutenir cette idée de l’attribution individuelle des produits du travail en faisant valoir le sentiment de la justice.

Etrange illusion ! Avec le travail collectif, que nous impose la nécessité de produire en grand et d’appliquer sur une large échelle les machines, avec cette tendance, toujours plus grande, du travail moderne à se servir du travail des générations précédentes, – comment pourra déterminer ce qui est la part du produit de l’un et la part du produit d’un autre ? C’est absolument impossible, et nos adversaires le reconnaissent si bien eux-mêmes, qu’ils finissent par dire :  » Eh bien ! nous prendrons pour base de la répartition l’heure de travail  » ; mais, en même temps, ils admettent eux-mêmes que ce serait injuste, puisque trois heures du travail de Pierre peuvent souvent valoir cinq heures du travail de Paul.

Autrefois nous nous disions  » collectivistes « , puisque c’était le mot qui nous distinguait des individualistes et des communistes autoritaires ; mais, au fond, nous étions tout bonnement communistes antiautoritaires, et en nous disant  » collectivistes « , nous pensions exprimer par ce nom notre idée que tout doit être mis en commun, sans faire de différence entre les instruments et matières de travail et les produits du travail collectif.

Mais, un beau jour, nous avons vu surgir encore une nouvelle nuance de socialistes qui, ressuscitant les errements du passé, se mirent à philosopher, à distinguer, à différencier sur cette question, et qui finirent par se faire les apôtres de la thèse suivante :

 » Il existe – disent-ils – des valeurs d’usage et des valeurs de production. Les valeurs d’usage sont celles que nous employons à satisfaire nos besoins personnels : c’est la maison que nous habitons, les vivres que nous consommons, les vêtements, les livres, etc., taudis que les valeurs de production sont celles dont nous nous servons pour produire : c’est l’atelier, les hangars, l’étable, les magasins, les machines et les instruments de travail de toute sorte, le sol, matières de travail, etc. Les premières valeurs qui servent à satisfaire les besoins de l’individu ? disent-ils – doivent être d’attribution individuelle, tandis que les secondes, celles qui servent à tous pour produire, doivent être d’attribution collective.  »

Telle fut la nouvelle théorie économique trouvée, ou plutôt renouvelée pour le besoin.

Mais je vous demande, à vous qui donnez l’aimable titre de valeur de production au charbon qui sert à alimenter la machine, à l’huile servant pour la graisser, à l’huile qui éclaire sa marche – pourquoi le refuserez-vous au pain et, à la viande dont je me nourris, à l’huile dont j’assaisonne ma salade, au gaz qui éclaire mon travail, à tout ce qui sert à faire vivre et marcher la plus parfaite de toutes les machines, le père de toutes les machines : l’homme ?

Vous classez dans les valeurs de production la prairie et l’étable qui sert à abriter les bœufs et les chevaux et vous voulez en exclure les maisons et les jardins qui servent au plus noble de tous les animaux : l’homme ?

Où est donc votre logique ?

D’ailleurs, vous-mêmes qui vous faites les apôtres de cette théorie, vous savez parfaitement que cette démarcation n’existe pas en réalité, et que, s’il est difficile de la tracer aujourd’hui, elle disparaîtra complètement le jour où tous seront producteurs en même temps que consommateurs.

Ce n’est donc pas cette théorie, on le voit, qui aurait pu donner une force nouvelle aux partisans de l’attribution individuelle des produits du travail. Cette théorie n’a obtenu qu’un seul résultat : celui de démasquer le jeu de ces quelques socialistes qui voulaient atténuer la portée de l’idée révolutionnaire ; elle nous a ouvert les yeux et nous a montré la nécessité de nous déclarer tout carrément communistes.

Mais enfin abordons la seule et unique objection sérieuse que nos adversaires aient avancée contre le communisme.

Tous sont d’accord que nous allons nécessairement vers le communisme, mais on nous observe qu’au commencement, les produits n’étant pas assez abondants, il faudra établir le rationnement, le partage, et que le meilleur partage des produits du travail serait celui basé sur la quantité du travail que chacun aura faite.

A ceci nous répondons que, dans la société future, lors même que l’on serait obligé de faire le rationnement, on devrait rester communistes : c’est-à-dire le rationnement devrait se faire, non pas selon les mérites, mais selon les besoins.

Prenons la famille, ce modèle du petit communisme (d’un communisme autoritaire plutôt qu’anarchiste, il est vrai, ce qui, d’ailleurs, dans notre exemple, ne change rien).

Dans la famille, le père apporte, supposons cent sous par jour, l’aîné trois francs, un garçon plus jeune, quarante sous, et le gamin seulement vingt sous par jour. Tous apportent l’argent à la mère qui tient la caisse et qui leur donne à manger. Tous apportent inégalement, mais au dîner chacun se sert à sa guise et selon son appétit ; il n’y a pas de rationnement. Mais viennent les mauvais jours, et la dèche force la mère à ne plus s’en remettre à l’appétit et au goût de chacun pour la distribution du dîner. Il faut faire un rationnement et, soit par l’initiative de la mère, soit par convention tacite de tous, les portions sont réduites. Mais voyez, cette répartition ne se fait pas suivant les mérites, car c’est le plus jeune garçon et le gamin surtout qui reçoivent la plus grosse part, et quant au morceau choisi, il est réservé pour la vieille qui ne rapporte rien du tout. Même pendant la disette, on applique dans la famille ce principe de rationnement selon les besoins. En serait-il autrement dans la grande famille humaine de l’avenir ?

Il est évident qu’il y aurait à dire davantage sur ce sujet, si je ne le traitais pas devant des anarchistes.

On ne peut pas être anarchiste sans être communiste. En effet, la moindre idée de limitation contient déjà en elle-même les germes d’autoritarisme. Elle ne pourrait pas se manifester sans engendrer immédiatement la loi, le juge, le gendarme.

Nous devons être communistes, car c’est dans le communisme que nous réaliserons la vraie égalité. Nous devons être communistes, parce que le peuple, qui ne comprend pas les sophismes collectivistes, comprend parfaitement le communisme comme les amis Reclus et Kropotkine l’ont déjà fait remarquer. Nous devons être communistes, parce que nous sommes des anarchistes, parce que l’anarchie et le communisme sont les deux termes nécessaires de la révolution.

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Lectures connexes:

Manifeste de la societe des societes

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Que faire ?

La Morale Anarchiste de Kropotkine)

kropotkine_science-etat-et-societé

 

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Résistance politique: Réflexions sur l’organisation anarchiste de la société…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 5 juin 2015 by Résistance 71

Nous n’avons pas peur de l’anarchie, nous l’invoquons…

De l’Internationale Ouvrière à un mouvement anarchiste international et au-delà.

 

Robert Graham

 

Juin 2015

 

url de l’article original:

http://robertgraham.wordpress.com/2015/05/30/do-not-fear-anarchy-available-soon/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Ceci correspond au chapitre de conclusion du dernier livre de Robert Graham à paraître en Juin 2015 chez AK Press: “We do not fear anarchy, we invoke it… The 1st International and the origin of the anarchist movement”.

Au début du XXème siècle, les idées et mouvements anarchistes se répandaient sur le globe ; il y eut de très notables mouvements anarchistes en Espagne, en Italie, France, Argentine, Brésil, Uruguay, Cuba, Mexique et au Pérou ; des mouvements moindres mais néanmoins présents au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, en Russie, en Allemagne, en Suède, en Hollande et en Belgique ainsi qu’un mouvement anarchiste émergent au Japon et en Chine. Même l’historien marxiste E.J. Hobabawn dût concéder cela avant la révolution russe de 1917, “le gros de la gauche révolutionnaire était anarchiste et anarcho-syndicaliste, en tout cas bien plus proche des idées et de la mentalité anarcho-syndicaliste que de celles du marxisme classique.

Les anarchistes au sein de l’Internationale Ouvrière jouaient un rôle important pour établir l’anarchisme comme un mouvement planétaire. Ce furent les anarchistes dans l’Internationale qui débattirent et développèrent les idées directrices de l’anarchisme moderne. Les points qu’ils soulevèrent continuent de se reverbérer jusqu’à aujourd’hui.

Un des points clefs énoncé par les anarchistes dans l’Internationale fut le besoin pour les organisations révolutionnaires d’être le miroir de la société qu’elles espéraient mettre en place. Pour que toute révolution réussisse à libérer les gens et pour éviter qu’une classe dirigeante simplement ne remplace une autre, les structures organisationnelles utilisées pour transformer la société se doivent d’être non-coercitives, volontaires, non-hiérarchiques et autogérées. C’est pourquoi les anarchistes ont toujours insisté sur le fait que les moyens devaient être en accord avec les objectifs et que tout le monde devait avoir une voix égale. Au lieu de partis politiques ou d’organisations gouvernementales avec des hiérarchies bureaucratiques et “représentatives” (par élection, délégation ou nomination), qui au mieux, représentent les intérêts de quelques uns, les anarchistes insistaient sur l’autonomie individuelle, l’association volontaire et l’utilisation, seulement lorsque nécessaire et non pas systématiquement, de délégués révocables à tout moment, aux mandats impératifs et n’ayant absolument aucun pouvoir décisionnaire de leur propre chef.

Des tensions et des désaccords survinrent parmi les anarchistes eux-mêmes au sein de l’Internationale en regard du type d’organisations et lesquelles seraient les plus conductrices pour parvenir aux objectifs de la société anarchiste. Bakounine et depuis son époque, les plateformistes, ont argumenté en faveur d’une “dualité de l’organisation”, ayant des groupes anarchistes dédiés au partage d’une plateforme commune ou un programme formant leur propres organisations qui ensuite travaillent au sein d’organisation ou de mouvements plus importants et plus larges, comme l’Internationale elle-même, pour diriger ses mouvements et ces organisations dans une direction anarchiste. D’autres, spécifiquement les anti-organisation, objectèrent qu’une telle organisation allait créer un groupe d’élite de révolutionnaires, ou une “avant-garde”, qui agirait comme de facto leadership de ces mouvements plus vastes en assumant le contrôle au lieu de promouvoir l’auto-gouvernance des gens.

Un compromis fut proposé par Malatesta, qui était un critique des plateformistes, mais rejetait la position extrêmes des anti-organisationnistes. Malatesta développa aussi une critique perceptive de l’Internationale elle-même et du rôle des anarchistes en son sein. L’évolution idéologique rapide parmi les délégués très variés siégeant aux congrès de l’Internationale fit écrire à Malatesta: “devenir rapidement mutualiste, collectiviste, communiste, révolutionaire et anarchiste n’est pas réflexif de l’évolution actuelle et simultanée de la vaste majorité des membres de l’internationale qui fut initialement formée comme une association de travailleurs ayant pour but de fournir une plus vaste base pour la lutte politique et économique contre le capitalisme,” et non pas comme une organisation révolutionnaire.

Toutes les factions variées au sein de l’Internationale, qu’elles soient proudhoniste, marxiste, blanquiste ou anarchiste “essayèrent de forcer les évènements plutôt que s’appuyer sur la force des évènements.” L’Internationale ne pouvait pas être simultanément “une société de résistance économique, un atelier d’idées et une association révolutionnaire.” Tandis que Malatesta vît clairement le rôle spécifique des organisations anarchistes, il sentait que les propres organisations des travailleurs devaient être indépendantes de tout groupe politique, incluant les groupes anarchistes. C’était aux travailleurs de trouver leur propre voie, avec les anarchistes se trouvant le long de la route au lieu qu’ils les traînent derrière eux. L’adoption d’une approche d’action anarchiste devait “se produire librement et graduellement tandis que les consciences se développent et que la compréhension s’étend”, au lieu d’avoir les anarchistes avançant à marche forcée en étant sous l’illusion “que les masses avaient compris et les suivaient”, ou pire même, d’essayer de convaincre et d’imposer leurs vues aux autres.

Malatesta fit aussi remarquer les limites des congrégations de travailleurs et le problème du vote à la majorité. En terme pratique “les congrès sont suivis par quiconque le désire et le peut, quiconque a assez d’argent pour y venir et quiconque n’a pas été empêché d’y aller par la police.” En conséquence, les congrès ne sont pas véritablement des corps représentatifs. Les seuls congrès qui sont compatibles avec les idées anarchistes sont ceux qui “n’essaient pas de tracer une feuille de route”, toute décision en émanant ne doit pas être “une règle à suivre obligatoirement, mais une suggestion, une recommandation, une proposition qui doit être soumise à tous ceux impliqués et qui ne doit pas être assortie de mesures contraignantes sauf pour ceux qui les acceptent et pour aussi longtemps qu’ils les acceptent.”

Lorsque des décisions sont prises par un vote majoritaire de délégués dans un congrès, au mieux les décisions sont prises “par la majorité d’une majorité et ceci pourrait facilement, spécifiquement lorsque les opinions opposées sont plus de deux, représenter seulement une minorité.” Bien qu’il soit “souvent nécessaire pour une minorité d’accepter l’opinion de la majorité parce qu’il y a un besoin évident de faire quelque chose et que le faire demande l’accord de tous ; une telle adaptation d’un côté par un groupe doit être réciproque d’un autre côté, volontaire et doit provenir d’une conscience d’un besoin ou d’une bonne volonté pour prévenir la paralysie des affaires sociales par l’obstination”, ceci vaut mieux que “son ’imposition comme principe et norme statutaire.”

Quant à l’utilisation de délégués révocables avec des mandats impératifs, comme l’a démontré l’expérience du congrès de La Haye, ceci peut mener à des abus. Des délégués peuvent agir contre leurs mandats, supportant des mesures que le ou les groupes qu’ils représentent rejettent. Une fois que de telles mesures sont passées en congrès, alors le groupe doit les accepter contre leurs désirs ou les répudier au risque d’être expulsés de l’organisation pour aller contre la soi-disante “majorité”. Les délégués qui demeurent fidèles à leur mandat ne peuvent pas voter sur des sujets pour lesquels ils n’ont aucun mandat, donnant libre-champ aux délégués ayant des vues opposées et à ceux qui ne désirent pas se conformer aux mandats qui leur ont été donnés en toute confiance.

En regard d’organisations anarchistes spécifiques, Malatesta pensait que les anarchistes pourraient influer plus sur les évènements en s’associant ensemble, que ce soit pour la propagande, l’agitation ou l’action révolutionnaire. Il argumentait aussi que le fait de rejeter les organisations publiques pour éviter les persécutions de la police rendait plus facile aux autorités d’isoler les anarchistes et de supprimer leur mouvement social en les coupant de tout soutien public. Il reconnaissait néanmoins que les gens avaient des vues différentes et que la création d’un mouvement anarchiste unifié, comme envisagé par les plateformistes, était une chimère. Au lieu d’essayer de parvenir à une uniformité idéologique, Malatesta suggéra que les anarchistes de différentes tendances organisent simplement leurs propres groupes, ce qui était consistant avec la vue générale anarchiste en faveur de la libre association.

Mais quelle devrait-être la relation entre les groupes anarchistes et les autres mouvemements de la base sociale ? Rappelant que le slogan de l’Internationale sur l’émancipation de la classe des travailleurs était la tâche des travailleurs eux-mêmes, Malatesta rappela à ses compagnons anarchistes qu’ils “n’étaient pas là pour émanciper les autres, nous voulons voir les gens s’émanciper eux-mêmes.” Ainsi, ce que les anarchistes devaient faire, était de pousser “toutes organisations populaires” afin d’habituer les gens à agir par eux-mêmes, sans dépendre des autres, sans attendre que ceux en position d’autorité agissent pour eux.

Au sein de l’Internationale anti-autoritaire, il y a eu des vues divergentes sur la question de savoir si les anarchistes devaient œuvrer pour créer des organisations de masse qui deviendraient puissantes et balaieraient le système social existant ou si cela devait être exclusivement des organisations de travailleurs. Certains anarchistes se concentrèrent sur l’idée de commune révolutionnaire, d’autres se firent les avocats de fédérations inter-reliées de producteurs, consommateurs et de de groupes communaux ou géographiques. Pourtant d’autres en vinrent à adopter la vision de Malatesta que les anarchistes devraient travailler avec les gens dans leurs propres organisations comme les syndicats, les encourageant à l’action politique directe et à œuvrer vers la révolution sociale.

Les deux courants anarchistes les plus importants qui ont émergé de l’Internationale anti-autoritaire furent l’anarcho-syndicalisme et l’anarcho-communisme (NdT: ici se situe Résistance 71…). L’anarcho-syndicalisme se faisant l’avocat de la transformation de la société par le moyen des syndicats révolutionnaires qui fourniraient la base de la société post-révolutionnaire, tandis que l’anarcho-communisme lui se faisant l’avocat de réseaux inter-reliés toujours en évolution d’associations volontaires afin de remplir les demandes et besoins à multiples facettes du peuple. Essentiellement, les désaccords entre les anarcho-syndicalistes et les anarcho-communistes ne furent pas au sujet du communisme libertaire, dans la mesure où la plupart des organisations anarcho-syndicalistes adoptèrent des programmes en faveur du communisme en opposition au collectivisme ; le désaccord résidant dans le comment parvenir à l’anarcho-communisme et à qui ressemblerait une société anarcho-communiste. (NdT: Bakounine était un anarcho-collectiviste, Kropotkine un anarcho-communiste, la différence essentielle résidant ici dans la question de l’argent et du salariat: Bakounine désirait le conserver pour le faire disparaître “plus tard”, Kropotkine pensait que comme l’État, l’argent et le salariat devait disparaître de suite. Pour ceux que cela pourrait intéresser, la position de Résistance 71 à ce sujet est kropotkinienne, mais la souplesse est toujours de rigueur…)

Comme le fit remarquer Malatesta, le problème avec des organisations syndicales de masse est que beaucoup de leurs membres n’étaient pas anarchistes, pas même révolutionnaires. Pour maintenir ou augmenter le nombre de membres, les syndicats devaient représenter les intérêts de tous leurs membres et parvenir à une amélioration immédiate des conditions de travail. Souvent un excellent outil pour démontrer la valeur réelle de la solidarité et parfois pour augmenter la conscience politique de classe, les syndicats tendaient soit vers le conservatisme, comme en Angleterre, ou comme l’Internationale, avait un leadership bien plus radical que la plus grande partie de ses membres…

Les vues de Kropotkine étaient similaires de celles de Malatesta. Bien qu’il croyait que les “syndicats étaient absolument nécessaires” car étant “la seule forme d’association de travailleurs qui permette la lutte directe contre le capital sans sombrer dans le parlementarisme futile”, il reconnaissait, comme Malatesta, que les syndicats “ne parvenaient pas forcément à leurs buts, dans la mesure où dans des pays comme l’Allemagne, l’Angleterre et la France, nous avons des exemples de syndicats liés directement à la lutte parlementaire, tandis qu’en Allemagne les syndicats catholiques sont puissants etc…” Kropotkine et Bakounine croyaient qu’il était nécessaire pour les anarchistes d’œuvrer au sein des syndicats afin de diriger les travailleurs vers la révolution sociale.

Alors que Malatesta poussait à œuvrer au sein des syndicats, il conseillait aux anarchistes de ne pas assumer de position d’autorité en leur sein. Les anarchistes avaient besoin de préserver leur indépendance afin de maintenair les travailleurs sur le chemin révolutionnaire, évitant les inévitables compromis que tous sauf les leaders les plus dictatoriaux, doivent faire lorsqu’ils représentent une large base de constituants ayant des conflits d’opinion et d’intérêts et en devant travailler dans des systèmes politico-économiques existant. Les anarcho-communistes préféraient travailler dans de petits groupes ayant plus d’affinité, mais ces difféentes formes d’organisation ne s’excluaient pas mutuellement, elles étaient en fait complémentaires.

En Espagne par exemple, les anarchsites les plus motivés maintenaient des groupes d’affinité très serrés tout en travaillant en même temps avec une base plus large de travailleurs anarchistes et leurs fédérations. Aujourd’hui, beaucoup d’anarchistes se font les avocats non seulement de travailler au sein de larges mouvements sociaux de base, mais aussi d’aider à établir des mouvements populaires qui d’entrée de jeu adoptent l’organisation par groupe d’affinité décentralisé, fondé sur des structures organisationnelles horizontales de réseaux et d’assemblées populaires où le pouvoir demeure à la base et non pas dans une administration hiérarchisée, une bureaucratie ou un système exécutif (NdT: de la sorte, il est aussi bien plus difficile d’infiltrer l’organisation et de la corrompre de l’intérieur…)

Ce concept peut-être remonté jusqu’à l’Internationale, car ce furent les fédéralistes (proudhoniens), les anti-autoritaires et anarchistes de l’Internationale qui insistèrent pour que les propres organisations des travailleurs, incluant l’Internationale elle-même, devraient être sous le modèle de la démocratie directe, des fédérations volontaires librement fédérées entr’elles, car elles devraient fournir les fondements mêmes de la société libre à venir. Les anarchistes contemporains ont simplement développé des façons plus sophistiquées de mettre en application ces idées et de prévenir que ces mouvements ne soient co-optés, phagocytés et transformés en organisations pyramidales hiérarchisées du haut vers le bas.

Fini le principe de la “pyramide inversée” du XIXème siècle des anarchistes, qui prévoyait de petits groupes se fédérant en de plus larges et en des fédérations plus rassemblantes, résultant ultimement en des fédérations internationales composées de groupes des niveaux inférieurs des fédérations, comme des fédérations régionales ou nationales. Le problème avec ce type de fédérations est que plus elles deviennent grandes et plus elles peuvent se transformer en corps gouvernant, particulièrement dans des situations de crise, comme Marx et Engels tentèrent de transformer le conseil général de l’Internationale en un pouvoir exécutif après la répression et la disparition de la Commune de Paris.

Au lieu de fédérations organisées de “bas en haut” (NdT: même si dans ce cas la pyramide est plate et non verticale, il s’agit plus d’une société horizontale), beaucoup d’anarchistes contemporains sont en faveur de réseaux horizontaux inter-connectés comme ceux existant dans des mouvements variés luttant contre le néo-libéralisme. Le mouvement “horizontalidad” en Argentine et le mouvement Occupy (Wall Street), sont des réseaux sans centres, pas même administratif ni “fédéralistes”. Ces mouvements contemporains ont été capables, au moins pour un temps, de briser l’isolation dans laquelle se cantonnait les groupes communistes anarchistes autonomes depuis la fin du XIXème siècle avant le retour de l’implication de beaucoup d’anarchistes dans le mouvement ouvrier de la moitié des années 1890, ce qui développa des mouvements syndicalistes révolutionnaires anarchistes variés en Europe et sur le continent des Amériques.

Ce qui est différent au sujet des approches anarchistes contemporaines de l’organisation est qu’elles relient le fossé existant entre le groupe d’affinité, l’assemblée populaire et les réseaux plus larges d’organisations et de mouvements similaires, d’une façon que les groupes anarchistes communistes ne pouvaient pas faire au XIXème siècle et ce sans utiliser et se reposer sur des formes et institutions plus permanentes utilisées par les anarcho-syndicalistes et les organisations fédéralistes. Les organisations syndicales ont toujours été en danger d’être transformées (NdT: certaines le furent…) en des organisations bureaucratiques hiérarchiques pyramidales. Ceci se produisit avec la CGT française durant le première guerre mondiale puis de manière aggravée durant la révolution russe de 1917 et après. Ceci se produisit lorsque la CGT tomba sous le contrôle des marxistes. Sous la pressions issue de la guerre en Espagne (1936-39), même la CNT anarcho-syndicaliste commença à se transformer en une organisation bureaucratique.

En bien des façons, ces formes contemporaines d’organisation anarchiste sont un miroir de la vision anarcho-communiste de la société dans laquelle des mots mêmes de Kropotkine “des associations toujours en cours de modification… portent en elles-mêmes les éléments de leur durabilité et assument constamment de nouvelle formes répondant au mieux aux aspirations de tous.En créant ces types d’organisations, comme les groupes d’affinité, la base de réseaux horizontaux, les anarchistes contemporains ont créé des organisations non-hiérarchiques qui ne font pas que préfigurer, mais réalisent dans l’ici et maintenant, les formes organisationnelles en accord avec un futur anarcho-communiste, le tout au sein d’un contexte de plus larges mouvements pour le changement social.

La commune libre… Solution pour un marasme

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 6 février 2013 by Résistance 71

Avec un communisme ici pris dans le sens kropotkinien du terme pour « commune libre » et non pas au sens marxiste. Le marxisme ne représente que la face « capitalisme d’état » de la même pièce capitaliste garanti par l’état garde-chiourme… L’oligarchie a financé et contrôlé le marxisme et la vaste majorité de ses réalisations criminelles de Lénine et Trotski à Mao. Le communisme libertaire lui, ne peut-être tenu en laisse par le capital, là réside toute la différence et l’oligarchie le sait parfaitement bien…

— Résistance 71 —

 

Communisme: Un manifeste

 

Collectif

 

Le 27 Janvier 2013

 

url de l’article original:

http://www.autrefutur.net/Communisme-un-manifeste

 

Ce manifeste signé du collectif pour l’intervention à paraître début novembre aux éditions Nous n’est pas une énième analyse du capitalisme. Il s’adresse à ceux qui participent de près ou de loin aux luttes politiques, ou qui se sentent concernés par elles. Il a pour but de contribuer à renouveler les formes de l’organisation politique. Nous en publions ici un extrait.

Le communisme a longtemps été conçu comme une forme de société égalitaire pouvant être instauré par des décrets d’États ; comme l’application d’une ligne politique juste en droit d’éliminer toutes les autres ; comme un productivisme supérieur car intégralement socialisé ; comme ce qui n’a que mépris pour les attachements à un territoire, pour l’individu et ses faiblesses. Cela nous indique au moins en négatif de quelle manière renouveler l’entente de ce que nous appelons communisme : nous ne croyons pas que l’égalité puisse s’imposer par la force, et en particulier par celle d’un État, fût-il déclaré révolutionnaire. Nous ne voulons pas d’un État, nous ne voulons pas d’un système centralisé, nous voulons ce que nous appelons une composition de mondes. Nous ne voulons pas non plus penser la politique en référence à la seule communauté humaine, car celle-ci n’est rien en dehors des milieux naturels, sociaux et techniques dans lesquels elle s’inscrit. Nous ne voulons pas un meilleur développement économique, mais l’abolition sans reste des pseudo-lois de l’économie qui mènent le monde à sa perte. 

La proposition contenue dans ce manifeste est une proposition d’organisation. Elle ne peut être que le fruit d’une conjonction entre la situation politique présente et nos parcours singuliers. D’où venons-nous ? De collectifs autonomes réunis autour de luttes de chômeurs et précaires, de sans-papiers ou encore anti-nucléaires, menées à distance des partis et des syndicats dont la politique est basée sur la représentation. Malgré leurs forces évidentes, ces collectifs politiques ont aussi généré leur propre stérilité, liée aux rivalités, au sectarisme, à l’enfermement groupusculaire, à un certain révolutionnarisme verbal ou à une esthétique du geste. Notre proposition est donc issue du constat d’un épuisement des formes de la lutte, qu’il s’agisse des mouvements sociaux et du militantisme qui se subordonne à eux, ou des campagnes d’action ponctuelles impulsées par les milieux radicaux. Elle vient aussi de notre refus d’envisager le choix politique à partir d’alternatives infernales : se spécialiser dans la lutte ou se disperser ; séparer la vie et la politique ou dissoudre la politique dans la vie collective ; surjouer le formalisme organisationnel ou s’enfermer dans les évidences qui font tenir les groupes. Nous concevons la nécessité de l’organisation politique en dehors de ces alternatives, ce qui implique de penser aussi bien ce que nous pouvons immédiatement mettre en œuvre, par nos propres forces, que ce que nous devons anticiper en termes de bouleversements révolutionnaires.

Une idée vivante

Comment ce qui existe à l’occasion de moments de lutte politique peut trouver à se prolonger, et ne pas s’arrêter ? Une solution est de s’appuyer sur les expériences communautaires qui ont pu naître, ou se renforcer, à l’occasion d’un conflit. Il s’agit alors de maintenir autant que possible la communauté de lutte telle qu’elle s’est constituée, et de densifier les liens qui la composent. A partir de là, peut se développer une politique expurgée de ses impasses traditionnelles. Ce qui est retenu du moment politique, c’est la disposition à la lutte elle-même, disposition qui peut prendre la forme d’une organisation collective. L’obstacle sur lequel elles butent est alors de savoir comment « s’ouvrir aux autres », mais la question ainsi posée est vouée à demeurer sans réponse, car dans ce cas, c’est la communauté elle-même qui a définitivement pris le pas sur ce dont elle prétend être porteuse, à savoir : un horizon pour la lutte, une idée vivante pour transformer le monde. A l’exact opposé, des philosophes ne cessent de nous rappeler aujourd’hui ce que peut être l’Idée du communisme, et en quoi l’horizon qu’elle convoque redevient plus que jamais pertinent. Mais cette élaboration, quelles que soient ses fécondités ou ses limites intrinsèques, laisse de côté la question du support vivant de cette idée. Cette question est confiée à des émergences futures, et pour l’heure il s’agit seulement de faire un travail de transmission qui se doit d’emprunter ce qui est mis à disposition pour cela : les canaux académiques ou médiatiques.

Nous voyons bien que le geste politique radical, qu’il pèche par excès d’intellectualisme ou par pragmatisme à courte vue, se caractérise aujourd’hui par la confiance qu’il accorde à l’émergence. Quelque chose va bien finir par émerger de tout ce qui est là : luttes spécifiques, mouvements, événements, communautés activistes, colloques de philosophie… L’important est de faire les bonnes hypothèses sur ces émergences à venir. L’important, autrement dit, est de ne pas céder à ce qui semble constituer le péché politique absolu : le volontarisme. Les philosophes nous ont appris à déconstruire la Volonté, les militants nous ont appris à nous méfier comme de la peste de l’avant-gardisme : le résultat est qu’il faut toujours commencer par dire que nous ne voulons au fond rien ajouter à ce qui est déjà là.

Tout le problème est que, si l’on n’ajoute rien de façon volontariste à ce qui est là, rien n’aura jamais lieu que ce qui a déjà lieu, à savoir précisément : des émergences et leurs retombées. Là où il y a ambition révolutionnaire, il y a la nécessité d’assumer un saut, c’est-à-dire de prendre le risque d’ajouter quelque chose à ce qui est déjà là pour pouvoir faire qu’advienne autre chose que ce qui est prévu, autre chose que ce qui est censé nous attendre — c’est-à-dire au bout du compte, l’écrasement des forces révolutionnaires par le parti du capital.

Nous ne croyons pas qu’il puisse y avoir de politique révolutionnaire sans idée, sans horizon -— c’est-à-dire aussi sans que s’inventent des formes adéquates et un tant soit peu nouvelles d’organisation politique qui puissent en être les supports. Une idée vivante n’est pas une abstraction intellectuelle détachée du monde réel. Elle ne se confond pas non plus avec un idéal moral, dont nous devrions chercher à nous approcher indéfiniment mais que nous ne pourrions jamais atteindre. L’idée est l’inscription dans la réalité des exigences qui en permettent la transformation. Il est vrai que l’idée du communisme est indissociable d’un horizon d’attente, mais il n’y a pas d’idée là où on ne fait qu’attendre, là où l’on se contente de cultiver l’impression qu’ « un autre monde est possible ». Il y a une idée vivante là où l’horizon d’attente devient un facteur de la transformation de l’état de chose présent.

Approches de la transition révolutionnaire

Notre problème est de rendre commensurables l’action des groupes politiques organisés et celles de leurs ennemis. Nous avons besoin d’une invention politique qui réduit l’écart entre ces deux types d’action – comme le parti révolutionnaire a pu être capable par le passé – et plus précisément : une invention à même de jeter un pont entre l’ampleur des mouvements de masse ( qui ont une dimension populaire mais ne s’attaquent pas directement au capital ) et le caractère offensif des mouvements radicaux ( qui attaquent le capital en tant que tel mais n’ont pas la puissance de renversement des soulèvements populaires). Une invention susceptible de permettre la continuité d’un rassemblement, et de survivre au va-et-vient des émergences et des vagues de conflit provisoires. Mais tout l’enjeu de cette invention est de trouver une opacité qui laisse aussi peu que possible passer les puissants projecteurs dont sont dotés les militants du capital, tout en étant visible et lisible pour tous ceux à qui elle s’adresse.

Il n’y a pas de solution clé en main. Mais cela ne nous empêche pas de vouloir mettre en œuvre une politique expérimentale, qui cherche à se dégager des impasses qui sont dès maintenant identifiables comme telles. Et pour la mettre en œuvre, il faut fabriquer des dispositifs d’expérimentation – quitte à les réajuster.

Outils pour la lutte

Dans les espaces militants, nous croisons souvent des collectifs, depuis les anarchistes activistes jusqu’aux groupes locaux combatifs d’un syndicat, qui préfèrent organiser leurs actions eux-mêmes, au lieu de s’en remettre à ce qui pourrait émerger spontanément d’on ne sait où, ou aux calendriers des représentants syndicaux. Ce que nous voulons créer est une forme d’organisation – que nous appellerons ici des « comités » – où se concrétise ce choix de la politique, le choix du primat de l’intervention : là où des amitiés et des camaraderies font support pour se mettre en action. Qu’un comité prenne son origine dans un collectif déjà constitué, dans ce que nous appelons des lieux de l’autonomie, ou simplement dans le partage d’une idée, il s’appuie sur la volonté de participer soi-même à l’élaboration et aux décisions d’un groupe, sur une certaine discipline de l’attention et sur l’engagement à une responsabilité mutuelle en son sein. Ce qui suppose de trouver les voies pour ne pas s’enfermer dans l’ethos et les codes d’un groupe. Il est essentiel en ce sens qu’une expression publique des idées des comités ait lieu, pour qu’elles soient à la fois relayées et confrontées à l’épreuve du réel et des critiques. Ce n’est qu’à ces conditions qu’un collectif peut envisager d’être assez stable et pérenne pour dépasser la seule défense de quelques droits lors des mouvements sociaux et être porteur de manière durable d’une idée politique élaborée. Nous voulons une forme d’organisation susceptible d’être réappropriée par tous, qui correspond à ce que nous pouvons mettre en œuvre dès maintenant, par nos propres forces.

Collectif pour l’intervention