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Résistance politique: Anarchie, Idée et solutions…

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“Nous connaissons les deux principes fondamentaux et antithétiques de tout gouvernement: Autorité et Liberté.”

~ Pierre Joseph Proudhon ~

“L’État c’est la force et il a pour lui avant tout le droit de la force, l’argumentation triomphante du fusil à aiguille, du chassepot… Il faut de plus qu’une sanction morale soit tellement évidente et simple qu’elle puisse convaincre les masses, qui, après avoir été réduites par la force de l’État, doivent maintenant être amenées à la reconnaissance morale de son droit.”

~ Michel Bakounine ~

“L’éducation politique, la science et le droit furent soumis à la centralisation de l’État. Il fut enseigné dans les universités et depuis les chaires d’église que les institutions reconnues par les Hommes auparavant comme personnalisant leurs besoins de soutien mutuel ne pouvaient plus être tolérées dans un État proprement organisé ; que seul l’État pouvait repésenter les liens d’union entre les sujets et personnes, que le fédéralisme et le ‘particularisme’ étaient des ennemis du progrès et que l’État était le seul initiateur de progrès plus avant…”

~ Pierre Kropotkine ~

 

L’anarchisme du troisième millénaire, l’hérésie moderne

 

Christian Ferrer (1996)

 

Mai 2016

 

url de l’article en français:

http://monde-nouveau.net/spip.php?article609

 

L’anarchisme n’est pas seulement 
un mode de penser la domination 
mais un moyen de vivre 
contre la domination

Il y a des idées politiques qui ont mérité leur nom, surtout lorsque leur histoire a accumulé à travers le temps des attaques gouvernementales et des connotations de panique. L’anarchisme en est une. Extrêmes et excentriques, les idées anarchistes ont promu une pensée du « dehors », une idéologie réfractaire aux symboles politiques de son temps. À partir de cette forme anomique, les anarchistes ont apprêté et répandu une série d’idées inattendues qui donnèrent un contour à l’imaginaire anti-hiérarchique, antagoniste de la domination de l’homme par l’homme. Il n’est pas surprenant qu’une « légende noire » ait accompagné l’histoire de la pensée libertaire : utopisme, nihilisme asocial, chimère politique, meneurs d’émeutes violentes, maximalistes intraitables. Les récusations ne furent pas rares mais, bien que diverses et dites avec de la bonne ou de la mauvaise foi, elles ne sont pas moins triviales, car la qualité « absolue » ou « puriste » des demandes anarchistes ne les rendent pas forcément irréalisables mais, au contraire, en font une pensée exigeante qui n’a jamais facilité des négociations politiques ou éthiques. D’où aussi le fait que l’anarchisme n’ait jamais inspiré l’indifférence publique.

Une audace imaginative

Il est difficile d’offrir à l’homme de la fin du XXe siècle – le siècle de l’apprentissage de la soumission à l’imaginaire hiérarchique, sous des formes impitoyables ou sophistiquées – un panorama de ce qui signifia l’invention anarchiste. On s’étonne encore du fait que l’on ait pu imaginer une société sans hiérarchies et que l’on ait instauré des modes de vie et des institutions régies par des coutumes et des valeurs libertaires dans des domaines tels que l’anarcho-syndicalisme et l’anarcho-individualisme, le groupe par affinité et l’amour libre, l’enseignement de l’anti-autoritarisme dans les écoles rationalistes et la diffusion d’une mystique de la liberté jusqu’aux coins du monde les plus inhospitaliers. Si l’on relève les actes historiques des anarchistes, pénétrés par une morale exigeante et tenace, par l’invention imaginative d’actes de résistance, par l’humour parodique à caractère anticlérical, par les innovations dans le domaine pédagogique, on trouvera une réserve de savoir réfractaire, produit d’une macération historique aujourd’hui oubliée ou méconnue par les cultures de gauche. En fait, la survivance de l’anarchisme est, d’une part, presque miraculeuse, étant donné l’ampleur de l’hostilité qu’il dut surmonter et des défaites qu’il dut supporter ; sa persévérance est, d’autre part, compréhensible : il n’est apparu, jusqu’à présent, d’antidote théorique et existentiel contre la société de la domination qui soit de meilleure qualité.

Un enfant de la modernité

Tout au long de la Modernité, l’anarchisme fut répandu de la même manière que les anciennes hérésies, comme une urgence spirituelle qui poussa les idéaux émancipateurs au-delà des limites symboliques et matérielles permises par les institutions auxquelles on avait octroyé le monopole de la régulation de la liberté. Peut-être parce que les anarchistes furent les réalisateurs les plus fidèles de l’idéal jacobin ainsi que des courroies de transmission de l’ancien élan millénariste, purent-ils faire de la devise Liberté, Égalité, Fraternité, le trépied d’une mystique démesurée. 
En ceci l’anarchisme pérennise une lignée dissidente : il fut, au XIXe siècle, la réincarnation de l’espace de l’insolence politique qu’occupèrent les rébellions paysannes de l’Europe centrale, les sectes radicales anglaises ou les sans-culottes dans des siècles précédents. Dans les événements animés par le mouvement anarchiste se sont incarnées les énergies utopiques qui permirent de faire circuler l’appel à une société antipode, même si les pères fondateurs de L’Idée n’ont pas tracé des contours réellement planifiés du futur. 
Au XIXe siècle trois doctrines – libéralisme, marxisme et anarchisme – se constituèrent aux sommets du triangle tendu des philosophies politiques émancipatrices. Le XXe siècle se nourrit de leurs maximes, leurs espérances et leurs systèmes théoriques aussi bien qu’il les mit à l’épreuve et les épuisa. Selon des modèles différents, aussi bien Stuart Mill que Marx et Bakounine étaient traversés par la passion par excellence du XIXe siècle : la passion de la liberté. Il y a, entre les trois idées, des canaux souterrains qui les lient au même lit illustré du fleuve moderne. Mais des abîmes séparent aussi les idées libertaires du marxisme : l’accent mis par les anarchistes sur la corrélation morale entre les moyens et les fins, leur scepticisme en ce qui concerne le rôle du « parti d’avant-garde » et de l’État dans les processus révolutionnaires et la ferme confiance des anarchistes en l’autonomie individuelle et dans les critères personnels – sans exclure ni les affections ni les désirs – lors de la prise des décisions. Du libéralisme, les anarchistes ne purent jamais accepter la vision de liberté politique et de justice économique en termes de pôles irréconciliables. Les anarchistes préférèrent ne pas choisir l’un ou l’autre desideratum moral et laissèrent l’élan nourrissant et fondant de leurs idées, la liberté absolue, résoudre cette tension à l’intérieur d’un horizon mental et organisationnel plus large.

Le mythe de la liberté

Pour Bakounine (peut-être la figure la plus emblématique de l’histoire de l’anarchisme) la liberté était un « mythe », dans le même sens que pour George Sorel l’était la grève générale : une construction symbolique capable de faire contrepoids aux croyances étatiques et religieuses ; mais également un « environnement » prégnant, l’oxygène spirituel d’espaces illimités et inédits pour l’action humaine. Bakounine – et après lui une longue liste de militants anarchistes – souligna qu’il est abject d’accepter qu’un supérieur hiérarchique nous conforme à un modèle et insista sur le fait que seule la rébellion peut purifier le corps social. Dans le rejet des mots autorisés et des liturgies institutionnelles de l’Occident, les anarchistes mesuraient la possibilité d’implanter les avancées d’une nouvelle société, forgeant un réseaux de contre-sociétés à la fois du dedans et du dehors de la condition oppressée de l’humanité. D’où le fait que l’anarchisme n’est pas seulement un mode de penser la domination mais fondamentalement un moyen de vivre contre la domination. Dans sa volonté de « retourner » l’imaginaire hiérarchique, l’anarchisme postula les fondements aussi bien d’une science, que d’une expérience de la liberté : la science de la désobéissance comme chemin de la prise de conscience de soi et par soi, et l’expérience de vivre au quotidien en tant qu’esprits libres, car l’histoire est pour l’anarchiste le terrain d’essais de la liberté. 
Puisqu’il fit de la liberté un mythe et demanda des libertés sans restrictions, l’anarchisme put réaliser l’autopsie politique de la modernité. Comme Marx dévoila le secret de l’exploitation économique, Bakounine « découvrit » le secret de la domination : le pouvoir hiérarchique en tant que constante historique et garantie de toute forme d’iniquité. L’intuition théorique des pères fondateurs de l’anarchisme plaça la question du pouvoir dans sa mire : ils soulignèrent que les inégalités du pouvoir précèdent les différences économiques. C’est donc dans le domaine politique (2) – et non seulement dans les activités réalisées dans les processus industriels – où l’on peut trouver la clé de compréhension de l’opposition oppresseurs / dominés. (Note de R71: ceci est également le point de vue de l’anthropologue politique Pierre Clastres) Sa version moderne la plus achevée, l’État libéral ou autocratique, se constituait garant de la hiérarchisation. Aujourd’hui, il faudrait peut-être identifier cette garantie aussi dans d’autres institutions. Mais pour les anarchistes, un territoire gouverné par le bâton ou par des mots tendres, cela leur est égal, car la zone d’ombre qu’ils combattirent c’est la volonté de soumission à la puissance étatique – principe de souveraineté plutôt qu’appareil. Toutes les inventions culturelles et politiques de nature libertaire sont réunies dans une stratégie horizontale de la contre-puissance, négation de la représentation parlementaire qui réduit les arts linguistiques et vitaux d’une communauté à un jeux où, comme par enchantement, les majorités et les minorités coïncident. Selon Bakounine, les modalités de la domination s’adaptaient aux grands changements historiques mais les significations imaginaires associées à la hiérarchie persistaient, y compris dans les démocraties ; et ces mêmes significations devenaient interdiction, condition d’impossibilité pour penser le secret de la domination. Tout au long du XXe siècle, on a vu se répandre dans l’espace public la question de la « dignité » économique et l’on a pu thématiser l’oppression de genre : tout cela a déjà acquis une sorte de carte de citoyenneté en tant que problèmes théoriques, politiques, sectoriels, académiques ou médiatiques. Mais la hiérarchie est toujours un tabou.

La camaraderie humaine

L’idée d’une camaraderie humaine sans État ni hiérarchies est un tabou politique de la Modernité B et de l’histoire B (tabou combattu, pourtant, non seulement dans certains moments historiques emblématiques mais aussi dans des pratiques quotidiennes qui d’habitude passent inaperçues aux yeux des anthropologues de la politique obsédés par les conditions de gouvernabilité d’un territoire ou par la légitimité de la forme-État ou par la fiscalisation de ses actes). 
La possibilité d’abolir le pouvoir hiérarchique : voilà l’impensable, l’inimaginable de la politique ; impossibilité assurée par les techniques de la hiérarchie qui régulent jusqu’aux moindres actes humains, qui font pression sur les nécessités quotidiennes, qui encouragent le désir de soumission et qui réussirent même, peut-être, à s’enraciner dans l’inconscient. Selon Hobbes ou Machiavel, il ne peut exister d’unité entre le peuple et son gouvernement sans soumission B volontaire ou involontaire, légitime ou illégitime B, et il n’y a pas de soumission sans terreur. 
Fonder une politique sur la base de la camaraderie communautaire et non sur la peur fut la réponse anarchiste à la vision désincarnée de ces penseurs politiques et, dans ce but, il était nécessaire d’annuler ou d’affaiblir les institutions auto-reproductrices de la hiérarchie afin de permettre une métamorphose sociale qui ne soit pas dirigée par l’État. Cette prétention ne peut qu’être considérée comme une anomalie périlleuse par les bien-pensants et comme un danger par la police.

Les fins et les moyens

Le génie de l’anarchisme fut de promouvoir non seulement un idéal de Rédemption humaine au futur mais aussi des nouvelles institutions et des nouveaux modes de vie à l’intérieur de la société contestée qui, en même temps tentaient de la remplacer (des syndicats, des groupes par affinités, des écoles libres, des nouveaux instruments pédagogiques, des modes d’auto-organisation communautaire et des modes d’autogestion de la production). D’où l’obsession de l’anarchisme à garantir la correspondance entre les fins et les moyens. 
La discipline partisane, les élites illustrées et les machines électoralistes sont la négation du groupe d’appartenance constitué par des esprits voisins, de la capacité organisatrice de la communauté et des attributs personnels. 
Le marxisme ne sait encore comment sortir de ses vieilles certitudes autoritaires ni tirer quelque enseignement libertaire des 70 ans de désastre soviétique.Dans le cas du libéralisme, les perspectives de ses promoteurs sont axées sur la possibilité de faire régner la loi dans les institutions politiques. Mais le fait de pouvoir élire un maître par les urnes n’améliore pas un système de domination ; de la même manière, le contrôle des actes du gouvernement est une tâche défensive qui renforce souvent, d’ailleurs, l’imaginaire hiérarchique des sociétés. 
Le problème de la « légitimité » du gouvernement, si importante pour les philosophes politiques libéraux, est, pour une pensée contre-institutionnelle telle que l’anarchisme, un problème mal posé. Bakounine soutenait au XIXe siècle que les parlements démocratiques étaient des sociétés déclamatoires. Et il parlait, alors, d’hommes qui prenaient au sérieux l’art du bon gouvernement et du bien commun et non des mafias politiques actuelles, enchaînées à des alliances de pouvoir dont elles sont inséparables. Le souci de l’institutionnalisation des formes démocratiques et de la légitimité des gouvernements élus dédaigne la substance secrète de la Raison d’État. 
L’élargissement du concept de citoyenneté et son institutionnalisation dans le moule de la représentation politique fut le chemin émancipateur opposé à celui choisi par les anarchistes. Si les tumultueuses virtualités de la foule du XIXe siècle trouvèrent dans les idées libertaires une sorte de confirmation politique, c’est parce qu’elles s’adaptaient avec souplesse aux passions déchaînées du peuple. Mais l’énergie obscure du lumpen-prolétariat ou des séditions populaires ne fut jamais appréciée par ceux qui supposent que le fonctionnement automatique des sociétés est une condition préalable et une soupape de sécurité au moment de permettre la discussion publique des libertés. Puisque les anarchistes furent toujours des étrangers de la politique, ils savent que la jurisprudence du persécuté est différente de celle du persécuteur.

Les oiseaux des orages

La politique et l’éthique anarchistes comptèrent sur des arts communautaires étrangers au processus d’institutionnalisation des pouvoirs modernes ainsi que sur la pêche, l’énergie personnelle, qui octroya à la force et à l’insistance de son rejet un style et une trempe singuliers. Elles sont également à l’origine du désordre fertile et de l’imagerie politique contestataire B étrangers à d’autres traditions politiques B que l’anarchisme engendra. Voilà pourquoi il est inévitable que, dans des moments fébriles de l’histoire, l’on soupçonne la présence d’anarchistes : aussi bien dans les soulèvements dissidents que dans les émeutes spontanées. Les anarchistes furent, en général, des oiseaux des orages, et le nom d’un Buenaventura Durruti, au XXe, siècle correspond peut-être à celui de Bakounine, un siècle auparavant. 
Dans les pratiques historiques du mouvement libertaire, on trouvera moins une théorie achevée de la révolution qu’une volonté de révolutionner culturellement et politiquement la société. De fait, il pourrait difficilement se produire ce que le XIXe siècle appela révolution, si, auparavant, n’avaient pas germé des modes de vie différents. Dans l’éducation de la volonté, dont se souciaient tant les théoriciens anarchistes, résidait la possibilité d’en finir avec l’ancien régime spirituel et psychologique, pour lequel l’État moderne avait reconstitué une nouvelle voie de transmission. 
Voilà ce en quoi réside la grandeur de la pensée libertaire, sans oublier la variante anarcho-individualiste qui est moins une volonté anti-organisatrice qu’une demande existentielle, une pulsion anticonformiste. 
La confiance anthropologique en la promesse humaine (élan typique du XVIIIe siècle) fut le centre de gravité à partir duquel l’anarchisme déploya une philosophie politique vitale, qui pressentait que la liberté n’était point une abstraction ni une possibilité future mais un sédiment actif dans les relations sociales, sédiment déformé ou contrefait par l’oppression. (Note de R71: là encore cf. Pierre Clastres, Marshall Sahlins, David Graeber…) Sans doute les anarchistes sont-ils des héritiers des Lumières et c’est précisément pour cela que la confiance qu’ils accordaient à l’éducation rationaliste voire « scientiste » ne les fit point devenir des simples positivistes.

Des expressions multiples

Bakounine ou Kropotkine croyaient que l’origine des maux sociaux n’était point la méchanceté humaine – certitude conservatrice – mais l’ignorance, laquelle pouvait être résolue, en partie, par le « démasquer » (sic !) par excellence du XIXe siècle : la science. Contrairement à ce que beaucoup supposent, à commencer par le marxisme, la pensée anarchiste est très complexe et il n’est pas aisé de l’articuler dans un décalogue. Il n’exista jamais de dogme écrit dans un livre sacré, ce qui conféra de la liberté théorique et tactique à ses militants. L’anarchisme ne s’occupa pas non plus de construire un système d’idées fermées, pas plus qu’une théorie systématique à propos de la société. Peut-être, la diversité même des idées et des pratiques anarchistes favorisa-t-elle sa survie : lorsqu’une des ses variantes s’affaiblissait ou s’avérait inefficace, une autre s’y substituait. De l’anarcho-individualisme au syndicalisme révolutionnaire, des expériences communautaires aux révoltes des jeunes, de la diffusion des idées dans des petits groupes aux expériences d’autogestion de la révolution espagnole, les anarchistes pivotèrent sur l’une ou l’autre face de leur histoire. 
En outre, les anarchistes savent que leur idéal constitue une prétention ardue car ses exigences théoriques et pragmatiques le placent  » en dehors » des discours socialement acceptés ; ils savent aussi que leurs pratiques sont incompatibles avec toute forme de domination. Mais si les idées anarchistes appartiennent encore au domaine de l’actualité c’est parce qu’elles soutiennent et transmettent des savoirs impensables par d’autres traditions théoriques qui s’estiment émancipatrices. C’est dans la défense de ce savoir antagoniste que réside leur dignité et leur futur.

Christian Ferrer 
(à Osvaldo Bayer)

Traduit du Boletín de la Fundación dEstudis Llibertaris i Anarco-sindicalistes n°3, hiver 1998 par María Laura Moreno Sainz. Les intertitres sont de la rédaction d’Alternative libertaire (Belgique).

(1) Elle avait pour titre Dans la maison de l’incendiaire a l’habitude de dormir un pompier et est désormais disponible avec deux autres textes dans la brochure Une utopie pour le XXIe siècle, ACL, 1996.

(2) Le mot espagnol dominio, utilisé par Christian Ferrer à plusieurs reprises, signifie aussi bien domaine que domination, autorité, pouvoir, ce qui le rend parfois ambigu, NDT.

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Résistance politique: Quelques conclusions et moyens d’actions pour une société libre et égalitaire… Au-delà de la prise de conscience: la conscience politique…

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Réflexions et conclusions sur l’anarchisme

 

Pierre Kropotkine

 

Extraits de “La Science moderne et l’anarchisme” (1901)

 

Traduit de l’anglais et publié par Résistance 71
Le 8 Juin 2011

 

Source: https://resistance71.wordpress.com/2011/06/08/etat-et-societe-analyses-et-solutions-pour-un-marasme-annonce-pierre-kropotkine-scientifique-et-visionnaire-anarchiste-suite-et-fin/

 

Chapitre 11 – Quelques conclusions de l’anarchisme –

[…] Quand un économiste vient et nous dit: “Dans un contexte de marché libre total la valeur des produits est mesurée par la quantité de travail socialement nécessaire à les produire.” (comme le disent Ricardo, Proudhon, Marx et bien d’autres), nous n’acceptons pas cette affirmation comme une profession de foi pour la raison qu’elle a été proclamée par une autorité particulière en la matière ou parce que cela nous semble être “diablement socialiste”. “C’est possible “ nous disons, “que cela soit juste. Mais ne voyez-vous pas qu’en faisant cette affirmation, vous maintenez que la valeur et la quantité de travail requise sont proportionnelles, de la même manière que la vitesse de chute d’un objet est proportionnelle au temps de sa chute ? Vous affirmez ainsi une certaine relation quantitative entre le travail et la valeur marchande. Très bien; mais avez-vous donc en conséquence fait les observations et les mesures quantitatives qui par elles-mêmes pourraient confirmer votre hypothèse quantitative ?

Vous pouvez dire que de manière générale, la valeur d’échange des produits augmente si la quantité de travail nécessaire pour les produire augmente. C’est ainsi qu’Adam Smith s’est exprimé, mais il fut assez sage de rajouter que sous un régime de production capitaliste, la proportionalité entre la valeur d’échange et la quantité de travail nécessaire n’était plus de mise. Mais de là à sauter à la conclusion qu’en conséquence, les deux quantités sont proportionnelles, que l’une est la mesure de l’autre et que cela constitue la loi de l’économie, ceci est une erreur grossière. Une erreur aussi grossière que d’affirmer par exemple que la quantité de pluie qui tombera demain sera proportionnelle a la quantité représentant la chute de millimètres du baromètre sous la moyenne établie à un certain endroit en une certaine saison.

L’homme qui remarqua la relation entre la chute du baromètre et la quantité de pluie qui tombe, l’homme qui remarqua qu’une pierre qui tombe d’une grande hauteur acquiert plus de vélocité que la même pierre tombant d’un mètre, ces hommes ont fait des découvertes scientifiques. C’est ce qu’Adam Smith fît eut égard à la valeur. Mais un homme qui viendrait après qu’une telle remarque générale fût faite et qui affirmerait que la quantité de pluie qui tombe est mesurée par la quantité de la chute du baromètre par rapport à une normale saisonnière ou bien que la distance parcourut par une pierre en chute est proportionnelle à la durée de la chute et est mesurée par celle-ci, parlerait de manière inepte. De plus il prouverait que la méthode scientifique lui est complètement inconnue. Il prouverait que ses écrits ne sont pas scientifiques, bien que remplis de mots tirés du jargon scientifique. Ceci est exactement ce qui fut fait concernant l’affirmation sus-mentionnée sur la valeur […]

[…] Un homme de science sait qu’il y a des milliers d’autres relations possibles indépendamment de la relation de proportionalité et pouvant lier les deux quantités, et à moins qu’il ait procédé à de nombreuses mesures qui prouvent que cette relation de simple proportionalité existe, personne n’oserait même faire une telle affirmation. Et pourtant, cela est exactement ce que font les économistes quand ils disent que le travail est la mesure de la valeur ! Pis que cela… Ils ne voient même pas qu’ils ne font en fait qu’une supposition, une suputation, une suggestion. Ils affirment péremptoirement que leur affirmation est une loi; ils ne comprennent même pas la nécessité que cela soit vérifié par des mesures […]

La valeur d’échange et le travail nécessaire ne sont pas proportionnels l’un à l’autre, le travail n’est pas la mesure de la valeur et Adam Smith l’avait déjà noté. Après avoir commencé à dire qu’ils l’étaient, il réalisa très vite que cela n’était vrai que dans le contexte d’évolution tribale de l’humanité. Dans le système capitaliste, la valeur d’échange n’est plus mesurée par la quantité de travail nécessaire. Beaucoup d’autres facteurs interviennent dans une société capitaliste, qui viennent altérer la relation qui a pu exister entre la valeur d’échange et le travail. Mais les économistes modernes ne tiennent aucun compte de cela, ils continuent de répéter ce que Ricardo a écrit dans la première moitié du XIXème siècle.

Ce que nous disons à propos de la valeur, s’applique a la plupart des assertions faites par les économistes et les soi-disants “socialistes scientifiques” (NdT: ici Kropotkine fait une allusion directe à Marx et Engels), qui continuellement représentent leurs hypothèses comme des “lois naturelles”. Non seulement nous maintenons que la plupart de ces soi-disants “lois” ne sont pas correctes, mais nous sommes également certains que ceux qui croient en ces “lois”, reconnaîtraient eux-mêmes leur erreur dès qu’ils prendraient conscience, comme tout naturaliste, de la nécessité de soumettre tout affirmation numérique et quantitative à un test numérique et quantitatif […]

[…] En fait toute loi naturelle signifie ceci: “Si telles et telles conditions sont réunies, le résultat sera ceci et cela.” […]

[..] Jusqu’ici, les économistes académiques ont toujours simplement énuméré ce qui se passe sous telles ou telles conditions, sans spécifier ni analyser les conditions elles-mêmes. Si elles furent mentionnées, c’est pour être immédiatement oubliées et ne plus en parler.

Ceci est déjà suffisamment mauvais en soi, mais il y a dans leur enseignement quelque chose de pire. Les économistes représentent les faits qui découlent des conditions comme étant des lois, des lois strictes et immuables. Et ils appellent cela de la science.

Quant aux économistes politiques socialistes, il est vrai qu’ils critiquent quelques conclusions des économistes académiques, ou ils expliquent de manière différente certains faits, mais toujours ils oublient les conditions mentionnées et donnent trop de stabilité aux “faits” économiques d’une époque donnée, en les représentant comme des “lois naturelles”. Aucun d’eux n’a à ce jour tracé sa propre voie dans la science économique. Le plus qui fut fait (par Marx dans son “Capital”), fut de prendre la définition métaphysique des économistes académiques comme Ricardo et de dire: “Vous voyez, même si nous prenons vos propres définitions, nous pouvons prouver que les capitalistes exploitent les travailleurs !” Ceci résonne bien dans un pamphlet, mais est très loin d’être de la science économique.

De manière générale, nous pensons que pour devenir science, l’économie politique doit être construite de manière différente. Elle doit être traitée comme un science naturelle et doit utiliser la méthode utilisée dans toutes les sciences empiriques exactes et elle se doit de se tracer un chemin différent. Elle doit prendre, en regard des sociétés humaines, une position analogue de celle occupée par la physiologie en relation avec les plantes et les animaux. Elle doit devenir la physiologie de la société.

Son but doit être l’étude de la somme toujours croissante des besoins de la société et des moyens utilisés, dans le passé et présentement, pour les satisfaire. Elle doit analyser combien sont utiles les moyens utilisés alors et aujourd’hui pour accéder aux buts fixés. Ensuite, le but de chaque science serait la prédiction et l’application aux demandes de la vie pratique (comme l’a dit Bacon il y a si longtemps); l’économie politique doit étudier les moyens de satisfaire au mieux les besoins présents et futurs avec le moins de dépense d’énergie (économie) et avec les meilleurs résultat pour l’humanité entière […]

Il est très possible que nous ayons tort et qu’il aient raison. Mais la question de savoir qui de nous a tort ou raison ne peut pas être déterminée aux moyens de commentaires byzantins sur l’interprétation de ce que tel ou tel écrivain voulait dire ou en parlant de ce qui est en accord avec la “trilogie d’Hegel” et certainement pas en continuant l’utilisation de la méthode dialectique.

Ceci ne peut être fait qu’en étudiant les faits de l’économie de la même manière et avec les mêmes méthodes que l’on étudie les sciences naturelles… Nous ne pouvons pas être impressionnés par des affirmations telles que : “L’État est l’affirmation de la justice supême dans la société.” Ou “L’État est le porteur et l’instrument du progrès” ou bien même “Sans État, pas de société”. En accord avec notre méthode nous étudions l’état avec le même état d’esprit que nous étudions une ruche ou une colonie de fourmis et leurs sociétés, ou des oiseaux qui sont venus faire leur nid sur les rives d’un lac sibérien ou des côtes arctiques […]

[…] Pour la civilisation européenne (celle des 1500 dernières années à laquelle nous apartenons), l’État est une forme de société qui ne s’est développée que depuis le XVIème siècle, sous l’influence d’une série de causes qu’on peut trouver dans mon essai “L’État et son rôle historique”. Avant cela et depuis la chute de l’empire romain, l’État, dans sa forme romaine, n’existait pas. Si nous le trouvons néanmoins répertorié dans les livres scolaires d’histoire, même depuis l’âge de la période barbare, ce n’est qu’un produit de l’imagination des historiens qui dessinent l’arbre généalogique des rois, en France, jusqu’au début de l’ère des bandes mérovingiennes, et en Russie en remontant jusqu’à Rurik en 862. Les véritables historiens, eux, savent que l’État fut constitué sur les ruines des cités libres médiévales […]

[…] L’état est pour nous, une société d’assurance mutuelle entre le propriétaire terrien, le commandant militaire, le juge, le prêtre, et plus tard le capitaliste, afin de soutenir l’autorité des uns et des autres sur la masse des gens et d’exploiter la pauvreté de la majorité afin de s’enrichir eux-mêmes. Ceci fut l’origine de l’état, ceci fut son histoire, et ceci est son essence actuelle.

En conséquence, imaginer que le capitalisme puisse être aboli tout en maintenant l’état et avec son aide, alors que celui-ci fut créé pour pousser plus avant le développement du capitalisme et a toujours grandi en puissance et en solidité, en proportion de la croissance de la puissance du capitalisme; chérir une telle illusion est à notre sens aussi déraisonnable que d’attendre une émancipation sociale de l’église, du césarisme ou de l’impérialisme. Il est certain qu’il y a eu dans la première moitié du XIX ème siècle pas mal de socialistes qui ont eu ces rêves, mais vivre dans ce monde puéril alors que nous entrons dans le XXème siècle est vraiment trop naïf.

Une nouvelle forme d’organisation économique va demander une nouvelle forme d’organisation et de structure politiques. Que le changement s’opère soudainement par une révolution ou lentement par le biais d’une évolution progressive, les deux changements politique et économique doivent aller de paire, main dans la main.

Chaque pas vers la liberté économique, chaque victoire remportée contre le capitalisme seront de la même manière un pas de plus vers la liberté politique, vers la libération de l’emprise de l’état par le moyen des accords libres territoriaux, professionnels et fonctionnels. Chaque étape gagnée à enlever à l’état quelque puissance ou attribut que ce soient aidera le peuple à gagner une victoire contre le capitalisme […]

Chapitre 12 – les moyens d’action –

[…] Le système de “non-intervention de l’état” n’a jamais existé nulle-part. Partout l’état fut et est toujours, le pilier central et le créateur, direct ou indirect, du capitalisme et de sa puissance sur les masses. Nulle part, depuis que l’état a grandi en influence, les masses ont-elles eu la liberté de résister l’oppression des capitalistes. Les droits qu’elles ont aujourd’hui, elles les ont gagné par la détermination et par des sacrifices sans fin.

Ainsi parler de la “non-intervention” de l’état est peut-être bien pour les économistes de la classe moyenne, qui essaient de persuader les travailleurs que leur misère est une “loi de la Nature”. Mais comment des socialistes peuvent-ils employer un tel langage ? L’état a toujours interferé avec la vie économique en faveur du capitaliste exploiteur. Il lui a toujours donné protection quant à ses vols, toujours donné plus d’aide et de soutien pour plus d’enrichissement…

L’état a été mis en place dans le but précis d’imposer les règles des propriétaires terrien, des employeurs de l’industrie, de la classe des guerriers, du clergé sur les paysans dans les campagnes et les artisans dans les villes. Les riches savent pertinemment bien que si la machine étatique cesse de les protéger, leur pouvoir sur les classes laborieuses s’évanouira en un instant […]

[…] Nous étudions le mouvement vers le communisme qui commença à se développer parmi les couches les plus pauvres de la population en 1793-94 et les formes admirables d’organisation populaire volontaire pour une grande variété de fonctions économiques et politiques qui fut élaborée au sein des “sections” des grandes villes et des municipalités plus petite. De l’autre côté, nous étudions également la croissance de la puissance des classes moyennes, qui travaillèrent énergiquement et de manière cognitive à constituer leur propre autorité en lieu et place de l’autorité brisée du roi et de sa clique. Nous voyons comment ils ont travaillé à l’établissement d’un état fort et centralisé et ainsi consolider les propriétés qu’ils ont acquises durant ou tout a long de la révolution, ainsi que de s‘arroger le droit de d’enrichir encore plus avec le travail sous-payé des classes les plus pauvres. Nous étudions le développement et la lutte de ces deux puissances et essayons de comprendre pourquoi les classes moyennes purent dominer les classes plus pauvres.

C’est alors que nous constatons que l’état centralisé, créé par les classes moyennes jacobines, prépara le chemin du premier empire et de Napoléon. Nous voyons comment, cinquante ans plus tard, Napoléon III trouva dans les rêves de ceux qui pensèrent créer un état centralisé, les éléments pour l’avènement du second empire; et nous comprenons aussi comment cette autorité centralisée, qui durant 70 ans de rang a tué en France tout effort local et personnel de bouger en dehors du système central et de la hiérarchie étatique, demeure la malédiction du pays. Le seul effort véritable d’en sortir librement fut fait par les prolétaires de la Commune de Paris en 1871.

Dans ce domaine également, notre compréhension de l’histoire et les conclusions que nous en tirons, sont bien différentes de la compréhension et des conclusions tirées par la classe moyenne et les partis politiques socialistes […]

Chapitre 13 – Conclusions –

Ce qui a été dit donnera sans doute une vision générale de ce qu’est l’anarchisme… Il représente une tentative d’appliquer des généralisations obtenues par la méthode d’induction-déduction des sciences naturelles à l’évaluation des institutions humaines et de peut-être prédire la marche future de l’humanité vers l’égalité, la fraternité, la liberté en étant toujours guidé par le désir la plus grande somme de bonheur pour chaque unité dans chaque société humaine […]

[…] L’anarchie ne reconnaît que la méthode de recherche scientifique et il applique cette méthode à toutes les sciences habituellement décrites comme “sciences humaines”. Ceci correspons à l’aspect scientifique de l’anarchie […]

[…] Se basant sur de nouvelles données obtenues après des recherches anthropologiques et en cela étendant le travail de ses prédécesseurs du XVIIIème siècle, l’anarchie a pris le parti de l’individu contre l’État et celui de la société contre celui de l’autorité, qui par vertu d’héritage historique, domine la société.

Sur la base de données historiques accumulées par la science moderne, l’anarchie a démontré que l’autorité de l’État, qui croît de plus en plus de nos jours, est en réalité une superstructure inutile et néfaste, qui pour nous européens n’a commencé qu’au XV-XVIème siècles: une superstructure bâtie à l’avantage de la propriété terrienne, du capitalisme et du fonctionariat et qui dans les temps anciens a déjà causé la chute de la Grèce, de Rome et bien d’autres centres de civilisation qui florissaient en Orient et en Egypte.

L’autorité qui fut constituée afin d’unifier le membre du clergé, le noble, le commandant militaire, le juge pour leur protection mutuelle et les avantages de leur classe et qui fut toujours un obstacle aux tentatives de l’Homme de créer pour lui-même une vie somme toute plus libre et sécure, cette autorité donc ne peut en aucune manière devenir une arme d’affranchissement, pas plus que l’église, le césarisme et l’impérialisme ne peuvent devenir les outils de la révolution sociale.

En économie politique, l’anarchisme a abouti à ces conclusions que les méfaits actuels ne proviennent pas de l’appropriation par les capitalistes de “la valeur de surplus” ou du “profit net”, mais du fait que ces deux choses soient de fait possible. Une telle appropriation de travail humain est possible simplement par le fait que la vaste majorité de l’humanité n’a pour ainsi dire rien pour assurer sa subsistance et doivent en conséquence vendre leur force de travail et leur intelligence à un prix qui rend possible pour les capitaliste d’engranger les “surplus de valeur” (valeur ajoutée, NdT) et le profit net.

C’est pourquoi nous considérons qu’en politique économique, le premier chapitre à étudier est le chapitre de la consommation et non celui de la production. Quand une révolution survient, la première des priorités est d’adresser le problème immédiat de la consommation de façon à ce que tout à chacun ait le gîte, le couvert et l’habillage nécessaires…

C’est pourquoi, l’anarchie ne peut pas regarder la révolution à venir comme une simple substitution du “chèque contre travail” pour de l’or, non plus que de contempler l’État comme capital universel pour les capitalistes.

L’anarchisme est-il correct dans ses conclusions ? La réponse nous sera donnée par une critique scientifique de sa base, surtout par la vie pratique du reste. Mais il y a un point sur lequel l’anarchisme est correct, c’est quand il considère l’étude des institutions sociales comme un chapitre de science naturelle, quand il se démarque pour toujours de la métaphysique et quand il prend pour sa méthode de raisonnement celle qui a servi à bâtir toute la science moderne et la philosophie naturelle. Ainsi, pour vérifier nos conclusions, l’utilisation de la méthode scientifique de l’induction-déduction est la seule possibilité; elle est la méthode sur laquelle repose toutes les sciences et sur laquelle tout concept scientifique de l’univers a été développé.

Résistance politique: Abattre l’oligarchie, la dernière guerre…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 20 décembre 2015 by Résistance 71

Les banquiers: Nous créons juste de l’argent électronique de l’air du temps, un argent totalement fictif, puis nous vous le prêtons et nous vous faisons payer des intérêts sur ces prêts ; ensuite, nous saisissons vos maisons et toute votre véritable richesse physique lorsque vous ne pouvez pas ou plus payer.

La dernière guerre

Mohawk Nation News

18 décembre 2015

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2015/12/18/the-last-war/

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

La dernière guerre sera celle du peuple contre les banquiers. Les banquiers profitent de la guerre, les peuples eux perdent. Le peuple se doit d’éliminer les clauses de responsabilité des actionnaires dans le droit commercial, clauses qui permettent aux banquiers de toujours échapper au fait qu’ils financent toutes les guerres.

Plus jamais d’actionnaires ou de corporations qui ne sont pas responsables de leurs dettes et de leurs crimes. Plus de possibilité de se planquer derriere un masque entrepreneurial. Pas un seul coup de feu a besoin d’être tiré. Ce sera fini en 24 heures. Il n’y aura plus jamais besoin de guerre. Plus jamais d’ordo ab chao ni d’attentats faux-drapeau où que ce soit. La guerre c’est comme l’addiction à l’héroïne. Les banquiers devront être sœuvrés et ils vont suer sang et eau comme les junkies.

La guerre est un marché, une économie (un racket). Les gens sont accrocs à leur économie, mais en fait ils sont accrocs à la guerre. Ils doivent apprendre au sujet d’une économie de paix.

De toutes les adictions, la guerre est la pire de toutes. A l’encontre de l’héroïne, il n’y a pas de programme de substitution à la méthadone pour la guerre. Les banquiers sont immergés dedans depuis le XVIIIème siècle. Une attaque mène à 1000 autres et ils ne peuvent jamais en avoir assez, le peuple ne peut pas s’immerger dans la guerre. Les va t’en guerre devront être sœuvrés.

Les banquiers devraient prendre note de cette chanson de George Thorogood, parce qu’ils vont boire seuls sur leur sentier de la guerre: I drink alone, yeah, with nobody else. I drink alone with nobody else. When i drink alone, I prefer to be by myself.  Every morning just before breakfast, I don’t want no more coffee or tea. Just me and my good buddy, Wiser, that’s all I ever need, cause I drink alone with nobody else. Cause when I drink alone  prefer to be by myself”.[I drink alone].

Changement de paradigme politique: Veuillez laissez l’État dans les WC où vous l’avez trouvé en entrant ~ 2ème partie ~

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 9 décembre 2015 by Résistance 71

“La vérité importe peu à l’État, seule lui importe une vérité qui lui est utile ou pour parler plus exactement tout ce qui lui est utile, que cela soit vérité, demi-vérité ou erreur. Une alliance entre État et Philosophie n’a donc de sens que lorsque la philosophie peut promettre d’être sans conditions utile à l’État, c’est à dire de mettre l’intérêt de l’État plus haut que la vérité.”
~ Friedrich Nietzsche ~

“L’État ne garantit pas seulement les privilèges de la classe dominante, il est un instrument de création permanente de privilèges et dans ce sens, il crée la classe dominante. Il n’y a pas de classes sans État disait Bakounine.”
~ René Berthier ~

“Qu’est-ce qu’une société primitive (originelle) ? C’est une société non-divisée, homogène ; si elle est inconsciente de la différence entre riche et pauvre a fortiori, c’est parce que l’opposition entre les exploiteurs et les exploités y est totalement absente… Que fait donc la société du pouvoir qui lui incombe ? Elle l’exerce bien sûr et avant tout sur le chef, précisément pour l’empêcher de satisfaire un éventuel désir de pouvoir, pour l’empêcher de devenir un chef qui commande. Plus généralement, la société exerce son pouvoir afin de le conserver, afin d’empêcher et de prévenir la séparation de ce pouvoir, afin de repousser l’irruption de la division dans le corps social, la division entre maîtres et sujets.”
~ Pierre Clastres ~

 

Aujourd’hui comme hier l’État n’est pas la solution à nos problèmes, il en est la cause… Petite analyse au fil des siècles

 

Résistance 71

 

9 Décembre 2015

 

1ère partie

2ème partie

 

Gaston Leval (XXème siècle)

 

“En règle générale, c’est le travail de l’ensemble des Hommes et des générations qui se sont succédées au cours du développement historique qui a permis à l’humanité de s’élever, de se perfectioner. Ce n’est pas par l’activité de l’État.”

“Notre première constatation est que l’État, quel que soit son degré de perfection ou d’imperfection, est le fruit de la guerre et se maintient par toute forme de guerre.”

“Quelle que soit son origine, l’État nous apparaît donc comme une force étant constituée d’elle-même, pour elle-même, pour des raisons de domination politique et d’exploitation économique, grâce à la prédominance des armes, à l’assujettissement des masses, politiquement assuré. Encore une fois ce n’est pas le pouvoir économique qui a engendré le pouvoir politique, mais le pouvoir politique qui a donné naissance au pouvoir économique.”

Note: Leval est ici en adéquation parfaite avec les conclusions de l’anthropologue politique Pierre Clastres, ce qui fut un grand pas en avant dans la mise à l’écart du “tout économique” marxiste qui dominait par trop l’anthropologie depuis les années 1950-60. Leval a écrit cela en 1975. Pierre Clastres avait publié “La societé contre l’État” en 1974…

“Loin d’être la conséquence d’une longue évolution économique donnée, des changements de modes de production, des rapports naturels entre les hommes sous l’influence de facteurs sociaux et d’éléments sous-jacents, l’État est bien l’œuvre des aventuriers et des exploiteurs qui savent s’imposer par la force, en premier lieu ou par la ruse. C’est la caste des fonctionnaires qui a créé ses fonctions pour en vivre, qui a inventé de toutes pièces l’appareil dont ele se sert pour justifier de son existence. L’explication est simple, prosaïque même.”

“Dans l’histoire, l’État a agi sur l’économie à son bénéfice et au détriment de ses sujets, non seulement par l’action de la fiscalité, mais comme exploiteur direct du travail et de l’effort des hommes. Par conséquent il est insensé de voir en lui un instrument d’émancipation.”

“Tout gouvernant centralisateur est un despote, tout despote est un centralisateur, ce qui se répercute, pratiquement, dans la structure même des nations et dans le respect ou l’offense à la liberté. Voilà un axiome qu’on ne devrait jamais oublier.”

“Le centralisme d’État est une entreprise de domestication aux prolongements universels.”

“L’État apparaît dans l’histoire comme le résultat du droit du plus fort, de la violence et de la barbarie. Un État qui ne s’appuierait pas sur le glaive serait une contradiction. L’État, c’est la guerre au dehors et la répression à l’intérieur. C’est même aussi la guerre à l’intérieur entre les dynasties, les familles royales, les groupements d’intérêts, les partis politiques. L’humanité n’a que faire de ces rivalités pour s’élever.

Nous sommes entrés dans une phase de l’histoire où il faut choisir: l’État ou la Société. Le progrès des techniques de production précipite la diminution de la masse des producteurs. Il y a transfert de ces populations actives aux activités parasitaires, le tout s’amalgamant avec le secteur tertiaire (des services et de l’administration) où, à côté d’activités sociales parfaitement utiles, pullulent les fausses activités et les fausses professions. Ce n’est pas du tout délirer que de craindre qu’avant un siècle, le monde des parasites s’impose sur le monde des producteurs.

Note: Quelle vision de Leval, un quart de siècle plus tard… Mission accomplie !…

“Ce que nous préconisons maintenant [la société anarchiste fondée sur les communes libres] n’est pas plus impossible que ne le fut la disparition de la société basée sur le servage. Et si on nous demande dans les détails comment fonctionnerait une société non basée sur le salariat, nous répondrons que ceux qui renversèrent l’absolutisme royal ne se préoccupaient pas de la façon dont, dans la société constitutionnaliste, fonctionneraient tous les rouages de l’État qui succéderait à celui qu’ils attaquaient. Il existe même comparativement, plus de facteurs pouvant servir à la construction d’une société nouvelle, qu’il n’en existait dans l’ancienne société.”

Albert Camus (XXème siècle)

“Le mouvement de révolte, à l’origine tourne court. Il n’est qu’un témoignage sans cohérence. La révolution commence au contraire à partir de l’idée.”

“Alors que l’histoire même collective, d’un mouvement de révolte est toujours celle d’un engagement sans issue dans les faits, d’une protestation obscure qui n’engage ni systèmes, ni raisons, une révolution est une tentative pour modeler l’acte sur une idée, pour façonner le monde dans un cadre théorique. C’est pourquoi la révolte tue des hommes, alors que la révolution détruit à la fois des hommes et des prinicipes. Mais pour les mêmes raisons, on peut dire qu’il n’y a pas encore eu de révolution dans l’histoire. Il ne peut y en avoir qu’une qui sera la révolution définitive… Les anarchistes, Varlet en tête, ont bien vu que gouvernement et révolution sont incompatibles au sens direct. “Il implique contradiction, dit Proudhon, que le gouvernement puisse être jamais révolutionnaire et cela pour la simple raison qu’il est gouvernement.’”

“S’il y avait une seule fois révolution, en effet, il n’y aurait plus d’histoire. Il y aurait unité heureuse et mort rassasiée.”

“Toutes les révolutions modernes ont abouti à un renforcement de l’État. 1789 amène Napoléon, 1848 Napoléon III, 1917 Staline, les troubles italiens des années 1920 Mussolini, la république de Weimar, Hitler.”

“Il est certain d’ailleurs que la capacité révolutionnaire des masses ouvrières a été freinée par la décapitation de la révolution libertaire, pendant et après la Commune de 1871. Après tout, le marxisme a dominé facilement le mouvement ouvrier à partir de 1872, à cause sans doute de sa grandeur propre, mais aussi parce que la seule tradition socialiste qui pouvait lui tenir tête a été noyée dans le sang. Il n’y avait pratiquement pas de marxistes parmi les insurgés de Paris en 1871.”

“La vraie passion du XXème siècle, c’est la servitude.”

“L’empire est en même temps guerre, obscurantisme et tyrannie, affirmant désespérément qu’il sera fraternité, vérité et liberté: la logique de ses postulats l’y oblige.”

Guy Debord (XXème siècle)

“La saisie du monopole étatique de la réprésentation et de la défense du pouvoir des ouvriers, qui justifia le parti bolchévik, le fit devenir ce qu’il était: le parti des propriétaires du prolétariat, éliminant pour l’essentiel les formes précédentes de propriété.”

“Dans le pouvoir des conseils ouvriers qui doit supplanter internationalement tout autre pouvoir, le mouvement prolétarien est son propre produit et ce produit est le producteur même. Il est à lui-même son propre but.”

“La fusion économico-étatique est la tendance la plus manifeste de ce siècle. L’alliance défensive et offensive conclue entre ces deux puissances, l’économie et l’État, leur a assuré les plus grands bénéfices communs, dans tous les domaines: on peut dire que chacune possède l’autre et il est absurde de les opposer ou de distinguer leurs raisons et leurs déraisons.”

“Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi: le terrorisme. Elle veut en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État ; elle est donc éducative.”

Note: Debord écrivait cela en 1988 !! Juste après la vague d’attentat qui culmina sur Paris en 1986, attentats imputés au GIS algérien, dont on sût bien plus tard qu’il fut manipulé par les services de renseignement algérien et français…

“Notre société est bâtie sur le secret, depuis les “sociétés-écrans” qui mettent à l’abri de toute lumière les biens concentrés des possédants jusqu’au “secret-défense” qui couvre aujourd’hui un immense domaine de pleine liberté extrajudiciaire de l’État.”

“On se trompe chaque fois que l’on veut expliquer quelque chose en opposant la Mafia à l’État: ils ne sont jamais en rivalité.”

Raoul Vaneigem (XXème ~ XXIème siècles)

“la lutte menée contre la nature par l’économie d’exploitation a conduit inéluctablement au carnage.”

“Le pouvoir de l’argent et l’argent du pouvoir ont toujours été inséparables. La folie de l’argent et le pouvoir fou vont de pair.”

“L’alliance des multinationales, des banques, des trafiquants d’armes et de drogues, des dictateurs, des hommes politiques de tous bords, forme une entente criminelle mondiale à prête une honorabilité d’interlocuteur valable non seulement les valets de presse et de médias, mais ceux-là même qui prétendent les combattre.”

“Le marché de la sécurité offre un profit immédiat aux courtiers de l’angoisse et de ses prophylaxies policières et pharmaceutiques.”

“Le label caricatural du terrorisme et de l’anti-terrorisme n’aura été qu’une des illustrations promotionnelles du marché qui liquide les ressources planétaires et propose, pour parer au désastre, des contrats de tutelle contre l’insécurité.”

“Le refus de la société marchande implique la création d’une société vivante. Le mode de gouvernement proposé par Montesquieu a fait son temps. La démocratie directe doit être le dépassement de la démocratie parlementaire.

“L’exercice de la démocratie directe implique le principe: l’humain prime le nombre.”

“La fin de la démocratie parlementaire ne signifie pas le retour aux dictatures archaïques, à la mentalité agrtaire, à l’occlusion mentale et à la peste démagogique. Elle ouvre la voie à une démocratie directe, fondée sur l’intelligence sensible et le progrès humain, le seul qui nous intéresse.”

Alain Guillerm (XXème siècle)

“Il a existé en Europe un autre modèle de société historique que la société étatique, ce modèle, nous l’avons appelé la “société celtique”, une société contre l’État, mais une société de développement passant même de l’égalité à une certaine inégalité sans qu’il lui soit besoin de l’État. La société celtique a été un ‘challenge’ à la romanité en Occident comme l’a montré Toynbee… Pendant huit siècles, les Celtes furent les maîtres spirituels de l’Occident.”

“L’Irlande resta jusqu’à la pénétration anglaise, une société contre l’État.”

“Ce type de société, la société contre l’État, a toujours disparu devant la violence externe, il n’a jamais suscité l’État en son sein et lui a toujours trouvé des anti-corps quand il est apparu des risques qu’il se crée par des différenciations sociales. Ces différenciations sociales, il les a toujours limitées au maximum au lieu de les cristalliser et de les légitimer dans l’État. C’est pourquoi il est absurde de parler de la Gaule avant César ou des Gallo-Romains sous l’empire dans les mêmes termes.”

“Mais pour les Celtes, le jeu n’en valait pas la chandelle. S’il fallait créer un état gaulois pour lutter contre Rome, alors autant se soumettre aux Romains puisque la spécificité de la société celtique par rapport à Rome était justement d’être une société contre l’État !”

“Par contre cette ardeur guerrière des Gaulois, des libres paysans portant l’épée et exploitant en commun la terre, n’empêcha pas l’existence d’une profonde division du travail. Mais nous ne pensons pas que la division du travail entraîne la division des classes, il faut l’État pour cela.”

Pierre Clastres (XXème siècle)

Note: Il convient ici d’expliquer le mot “primitif” lorsqu’il est employé dans un contexte anthropologique. Le terme provient de sa racine latine “primere” qui veut dire “premier, originel”. Lorsqu’un anthropologue parle d’une société primitive, il ne la compare pas de manière condescendante à la société occidentale jugée supérieure (bien que l’amalgame soit passé avec le temps dans le langage courant…), mais il parle d’une société originelle, première. En anthropologie, les sociétés primitives ne sont pas des sociétés “barbares” au sens ethnocentrique du terme, mais les sociétés originellement présentes, désignées souvent par les structuralistes comme “pré-étatiques”.

“Parole et pouvoir entretiennent des rapports tels que le désir de l’un se réalise dans la conquête de l’autre. Prince, despote ou chef d’État, l’homme de pouvoir est toujours non seulement l’homme qui parle, mais la seule source de parole légitime: parole appauvrie, parole pauvre certes, mais riche d’efficience car elle a nom commandement et ne veut que l’obéissance de l’exécutant. Il va de soi que tout cela concerne en premier lieu les sociétés fondées sur la division: maîtres-esclaves, seigneurs-sujets, dirigeants-citoyens, etc.”

“Dans la société primitive, dans la société sans État, ce n’est pas du côté du chef que vous trouverez le pouvoir: il en résulte que la parole ne peut pas être parole de pouvoir, d’autorité ou de commandement. Un ordre: voilà bien ce que le chef ne saurait donner, voilà bien le genre de plénitude refusée à sa parole.”

“La société primitive est le lieu du refus d’un pouvoir séparé, parce qu’elle-même, et non le chef, est le lieu réel du pouvoir.”

“Les sociétés primitives [sociétés contre l’État] sont bien, comme l’écrit J. Lizot à propos des Yanomami, des sociétés du refus du travail… Premières sociétés du loisir, premières sociétés d’abondance selon la juste et gaie expression de Marshall Sahlins.”

“La division majeure de la société, celle qui fonde toutes les autres, y compris sans doute la division du travail, c’est la nouvelle disposition verticale entre la base et le sommet, c’est la grande coupure politique entre détenteurs de la force, quelle soit guerrière ou religieuse et assujettis à cette force. La relation politique du pouvoir précède et fonde la relation économique d’exploitation. Avant d’être économique, l’aliénation est POLITIQUE, le pouvoir est avant le travail, l’économique est une dérive du politique, l’émergence de l’État détermine l’apparition des classes.

“C’est donc bien la coupure politique qui est décisive et non le changement économique. La véritable révolution dans la protohistoire de l’humanité, ce n’est pas celle du néolithique (agriculture, domestication animale, sédentarité), puisqu’elle peut très bien laisser intacte l’ancienne organisation sociale, c’est la révolution politique, c’est cette apparition mystérieuse, irréversible, mortelle pour les sociétés primitives, ce que nous connaissons sous le nom de l’État.”

“La société primitive, première société d’abondance, ne laisse aucune place au désir de surabondance. Les sociétés primitives sont des sociétés dans État parce que l’État y est impossible.”

“Il n’y a pas de roi dans la tribu, mais un chef qui n’est pas un chef d’État. Qu’est-ce que cela signifie? Simplement que le chef ne dispose d’aucune autorité, d’aucun pouvoir de coercition, d’aucun moyen de donner un ordre. Le chef n’est pas un commandant, les gens de la tribu n’ont aucun devoir d’obéissance. L’espace de la chefferie n’est pas l’espace du pouvoir et la figure bien mal nommée du “chef” ne préfigure en rien celle d’un futur despote. Ce n’est certainement pas de la chefferie primitive que peut se déduire l’appareil étatique en général.”

Note: Ceci s’applique aux sociétés amérindiennes, à une grande partie des sociétés traditionnelles africaines, et à la culture qui fut la culture européenne dominante pendant près de mille ans: la société celtique. Vercingétorix par exemple, figure emblématique historique était un chef de guerre et non pas un “roi”, il ne fut suivi qu’après moults palabres. Beaucoup refusaient de le suivre, sans doute par méfiance. Peu savent que le père de Vercingétorix fut condamné à mort pour avoir tenté d’usurper le pouvoir, de le centraliser. La tentative d’accaparement du pouvoir chez les Gaulois menèrent un chef à la mort… Il en va de même dans la société amérindienne. Ainsi va la société de la “chefferie sans pouvoir”…

“C’est là en somme définir la tâche d’une anthropologie politique générale et non plus régionale, tâche qui se détaille en deux grandes interrogations:

  • 1) Qu’est-ce que le pouvoir politique ? C’est à dire qu’est-ce que la société ?
  • 2) Comment et pourquoi passe t’on du pouvoir politique non coercitif au pouvoir politique coercitif ? C’est à dire: qu’est-ce que l’histoire ?”

Par contraste, nous terminerons cet exposé par une autre vision conceptuelle de la société, celle de quelques représentants de la société amérindienne, toujours au XXIème siècle, sous le joug colonial occidental (ainsi que les nations natives dOcéanie). Nous espérons ces quelques lignes pouvoir initier chez les lecteurs un début de réflexion sur ce qui nous est présenté de manière erronée comme étant inéluctable: l’État, le fléau planétaire avec son corollaire inhérent, le colonialisme.

L’humanité a très bien vécu des millénaires sans l’État ; son avènement, sans doute ce qu’Hegel appelait une “ruse de la Raison”, a mené l’humanité au fond du marasme et du désespoir et il est grand temps que nous envisagions de le reléguer au musée des horreurs, sa juste place.

Il y a eu une (très bonne) vie avant l’État, il y en a une meilleure après lui. Là est le fondement de la véritable Idée révolutionnaire. Une “révolution” est un mouvement cyclique. Le chemin est celui du retour à la société sans État en y adaptant notre technologie et notre savoir-faire acquis par l’humanité au cours des siècles. Elle est notre patrimoine, celles des peuples libres et souverains.

Taiaiake Alfred (Mohawk ~ XXème – XXIème siècles)

“Nous sommes séparés des sources de notre bien-être et de notre pouvoir: de nous-mêmes, de nos cultures et de nos terres. Ces connexions doivent être restaurées. Le pouvoir gouvernemental [colonial] est fondé sur la peur, qui est utilisée pour nous contrôler et manipuler de biens des façons. La stratégie doit être de confronter la peur et de montrer courage et détermination pour agir contre et vaincre le pouvoir de l’État.”

“L’imposition des structures de gouvernance occidentales et la négation des natives continuent à avoir un effet négatif profond sur les peuples autochtones. La terre, la culture et l’auto-gouvernement sont inséparables dans nos philosophies et modes de vie traditionnels, chacun de ces éléments est interdépendant de l’autre, la négation d’un aspect empêche la réalisation de l’ensemble.”

“Au travers du processus d’une soi-disante décolonisation, bien des politiciens amérindiens ont constamment dévié des principes intrinsèques de nos cultures traditionnelles et ont fait route vers une accommodation des valeurs culturelles occidentales et une acceptation de l’intégration dans un système politico-économique plus large… Une existence indigène ne peut pas se réaliser sans respecter toutes les facettes de la tradition: la culture, la spiritualité et le mode de gouvernement. Les mystiques qui ignorent la politique et vivent leur identité au travers des rituels et des arts sont juste aussi perdus que les matérialistes dont les vies sont démunies de spiritualité.”

“L’alternative à l’annihilation culturelle commence avec la reconnaissance de l’érosion des cultures indigènes pré-colombiennes et en devenant pleinement conscient non seulement de l’histoire post-colombienne, mais aussi de la nature évolutrice et transformatrice de la culture elle-même.”

“L’imposition de la politique électorale à la place des modèles traditionnels consensuels et l’émulation des politiciens occidentaux a rendu la politique autochtone une manipulation aussi cynique que toute autre forme de pouvoir.”

“Les valeurs traditionnelles des peuples indigènes menacent directement le monopole du contrôle du pouvoir étatique.”

“C’est dans la nature des systèmes politiques traditionnels indigènes des Amériques que le pouvoir ne soit pas centralisé, que l’adhésion ne soit pas forcée coercitivement, mais que ce soit un processus volontaire impliquant un système de prise de décisions basé sur le consensus… Cela veut dire que les gens engagent leurs leaders et les défient afin que soit vraiment établie la justesse de leurs propositions”

Russell Means (Lakota, XXème ~ XXIème siècles)

“Si vous vivez dans un monde où tout est disponible gratuitement, la gourmandise et la veulerie sont une forme d’insanité.”

“Si vous suivez la loi naturelle, vous n’avez pas peur de la mort. Vous voyez les cycles naturels de la mort et de la renaissance tout autour de vous, dans vos parents, dans vos enfants… Dans la loi naturelle chaque chose est à sa place. Où est le mal ? Il n’y a pas de mal dans la Nature. En vivant de par la loi naturelle, nous percevons pleinement au travers de nos sens, nous développons une riche et juste appréciation du monde réel autour de nous, par notre expérience quotidienne, par la réalité.”

“Les décisions au sein du système de clans ne sont prises que par consensus et rien d’autre. Vous ne faites quelque chose que lorsque c’est unanime. Il n’y a pas d’oppression par la majorité.”

“Le patriarque, avec son industrialisation, est tout en bas de la chaîne alimentaire. C’est une totale disgrâce. Le patriarque n’a aucune connexion avec quoi que ce soit de naturel. Les patriarques essaient de s’approprier la loi naturelle. Ils l’admettent eux-mêmes. Vivre dans une société patriarcale va presque inévitablement conduire et transformer ses sujets en force du mal. La religion patriarcale (toutes les religions monothéistes) pousse à erradiquer ceux qui ont des croyances différentes. Les gouvernements vous forcent à vous aligner d’un côté ou de l’autre, les deux côtés essayant en permanence d’opprimer le point de vue minoritaire.”

“Le patriarcat est l’impérialisme, l’oppression et l’exploitation d’autrui. Ceci a commencé il y a environ 6000 ans lorsque le patriarcat a pointé sa sale tête… Les peuples indigènes ont vécu de très nombreux siècles sans déséquilibre ni destruction, puis en seulement 6000 ans de patriarcat, la planète Terre a été amenée au bord de la destruction totale.

Dans le patriarcat, le meurtre de masse et la destructon de toute vie sont justifiés par les bénéfices du petit nombre de privilégiés se plaçant en haut de la pyramide. Wall Street n’est pas différent de toutes les tyrannies et de tous les royaumes de l’histoire.”

“Une société matriarcale est une société nourricière basée sur la famille. A chaque niveau de la société fondée sur la femme, celle-ci est en rythme avec l’univers, avec la Terre, avec sa famille et son clan.”

“Dans les sociétés autochtones des Amériques, être un leader veut dire que vous serez matériellement toujours pauvre, car vous devez vous assurer que tout le monde dans la communauté a un bien-être avéré. Ceci était évité par bien des hommes. Les leaders sont choisis par les anciennes du clan. Aucun leader n’est parvenu à cette position par ambition personnelle, faim de pouvoir ou pour essayer de prouver quoi que ce soit. Ceci sont des caractéristiques de personnes ne pouvant pas être de bons leaders et que l’on trouve très régulièrement dans le patriarcat.”

“Dans notre société, le partage mutuel est la norme. Dans une communauté indigène très intriquée, c’est la famille qui prend la première responsabilité d’aider ceux dans le besoin, les veufs, veuves, personnes âgées, hanicappées. Faire partie d’une civilisation de l’attention perpétuelle veurt dire que ses membres sont plus enclins à la paix. c’est pourquoi nous ne pensions pas à la guerre.”

“Si un peuple vit en suivant la loi naturelle, il n’y a aucun besoin de lois humaines pour quelque situation que ce soit. La première loi humaine est la mort de la loi naturelle. Une fois qu’il crée les lois, l’Homme devient un dieu, un faiseur de lois et le but complet de l’existence humaine a été galvaudé.

La loi naturelle est la loi de la vie, la loi humaine est la loi de la mort. Ceci s’applique à l’unité familiale également.”

= = =

“Une nation en suit une autre comme les vagues de la mer ; c’est l’ordre de la Nature et il ne sert à rien de regretter quoi que ce soit. Votre temps de décomposition est peut-être lointain, mais il viendra aussi sûrement que le reste, car même pour l’homme blanc dont le dieu a marché et parlé parmi eux, d’ami à ami, ne peut pas échapper à notre destinée commune. Nous sommes peut-être frères après tout. Nous verrons bien.”

~ Chef Seattle (vers 1890) ~

 

Paix et fraternité à toutes et tous

 

Résistance au colonialisme: Savoir reconnaître les manœuvres de la division colonialiste. Onondaga, un cas d’école dans la Confédération Iroquoise (Mohawk Nation News)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, France et colonialisme, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, réchauffement climatique anthropique, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 8 décembre 2015 by Résistance 71

“Traitez bien notre Terre: Elle ne vous a pas été donnée par vos parents mais elle vous a été prêtée par vos enfants. Nous n’héritons pas de la Terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants.”

~ Proverbe amérindien ~

Cet article ci-dessous devrait aussi interpeler les compagnons africains victimes passées et actuelles du colonialisme occidental. Les exemples de manipulation et de division des populations autochtones partout où l’occident s’est imposé sont légions, en fait quand nous u réfléchissons bien, cela s’applique également aux populations occidentales elles-mêmes. La domination élitiste ne connait que la limite tracée par la soi-disante « élite » auto-proclamée. Le degré de coercition et de violence diffère (parfois à peine) voilà tout… La collaboration et les collabos sont universels et le demeureront tant que nous ne mettrons pas un terme à ce système criminel et mortifère d’avilissement de l’homme par l’homme.

— Résistance 71 —

 

Onondaga est-il une république bananière ?

 

Mohawk Nation News

 

3 décembre 2015

 

url de l’artice original:

http://mohawknationnews.com/blog/2015/12/03/onondaga-banana-republic/

 

~ Traduit de l’anglais ar Résistance 71 ~

 

[Le territoire d’]Onondaga est-il une république bananière, où l’homme fort d’un régime violent et corrompu est mis en place par des intérêts commerciaux étrangers ? Les gens y vivent dans la pauvreté, il y a des meurtres en pagaille aux enquêtes défaillantes, tandis que le dictateur vit dans le luxe et la splendeur.

D’après la Grande Loi de la Paix Kaia’nere:kowa, les femmes sont supposées être en charge de nos communautés. A Onondaga, une nation membre de Rotino’shonni de la Confédération Iroquoise, le “consiglieri”, le “Don” mis en place par le pouvoir fédéral, Oren “Te-sna-tsa-hia-ton” Lyons, menace, bannit ou attaque ses critiques et ceux qui l’emploient. Par construction, la plupart de la communauté d’Onondaga dépend de la charité publique. La Longue Maison (NdT: lieu traditionnel de réunion et de conseil) est devenue un “club house” et n’y sont menées que des cérémonies de distraction du peuple. La loi originelle n’y est plus suivie. La version corporatrice du code (de Handsome Lake) y est pratiquée comme une religion. Les intérêts vitaux de la communauté ne sont plus protégés. Les quelques ceux préférés et leurs familles obtiennent des récompenses, des logements, des bénéfices économiques, de santé et la protection du “Don”. Le reste n’a rien. Le racket pour la protection et le contrôle est fondé sur la rumeur, le commérage, la peur et les menaces de bannissement.

En ce moment Lyons est à Paris pour la conférence COP21 sur le climat, avec d’autres faussaires (indiens) corporatistes, pour y tracer la route de la stratégie de dépopulation mondiale.

La COURONNE (NdT: La City de Londres et sa Banque d’Angleterre/Vatican) divise systématiquement les véritables longues maisons Kanien’keh. Des sbires aux ordres comme ceux de l’ Indian Law Resource Center ILRC, aident les chefs de la corporation à créer la confusion et le chaos. Dans “Agents de Répression”, l’ American Indian Movement (AIM), Black Panthers, les mouvements porto-ricains furent discrédités et violemment écrasés par de telles tactiques. Les esprits des “chefs” corporatistes à la solde fédérale sont infestés d’owistah, fondée sur le “moi” au lieu du “nous”.

Oren Lyons est un Seneca qui est apparu sur Onondaga au début des années 1970. D’autres agents fédéraux formés furent envoyés dans d’autres communautés onkwe’on:weh. On leur a dit de “choisir un camp” , cela n’a pas d’importance lequel (NdT: le côté “traditionnaliste” ou le côté “fédéral, colonial”), simplement arrangez-vous pour que les deux côtés ne puissent jamais plus se retrouver unis”.
En 1979, Lyons, l’ILRC, les feds et l’état de NY ont commencé une campagne de “communication” contre les véritables Onkwe’hon:weh, les appelant les “ennemis” des corporations/entreprises.

Note de Résistance 71: C’est en fait de cette façon qu’en France par exemple, se répartissent les guignols marionnettes de l’ENA. Ils choisissent un camp “droite” ou “gauche” et ils sont appelés à faire leur cinéma en sortant, pour donner le change à la populace, pour faire croire à ce cirque d’une part et surtout s’arranger d’autre part, pour que la population demeure politiquement et socialement divisée coûte que coûte.
C’est la clef absolue de l’affaire
. Si les peuples où que ce soit, se rendent compte de cela et refusent de jouer le jeu, se liguent, s’unisssent contre tous les pouvoirs oligarchiques mondiaux, tous étatiques par essence… C’est fin de partie pour l’oligarchie qui passera à la trappe !… C’est aussi simple que cela. Les oligarques demeurent aux commandes des affaires politico-économiques mondiales parce qu’ils parviennent à maintenir les peuples divisés quoi qu’il arrive jusqu’ici, sur quelque fracture inventée de toute pièce que ce soit et ce gràce au système mis en place pour ce faire et maintenir le statu quo: l’État et les institutions…

Lyons a dit: “Ne laissez pas les Rotiskenerakete (NdT; ce que le pouvoir colonial appelle “La société des guerriers”, qui n’existe pas traditionnellement chez les Iroquois, car les mots “guerre” et “guerrier” n’existent pas dans leur langue, ni dans bien des langues amérindiennes du reste. Ce que nous appelons un “guerrier” est, traduit littéralement, “celui qui a la charge de la paix sur les épaules”..). Ce qu’il a voulu dire par là est ceci: “Ne laissez pas les hommes accomplir leurs devoirs de protection.”

Lyons a aidé à mettre en place le plan de destruction de notre société de l’intérieur. Quelques unes de nos femmes furent “séduites et câlinées” pour abandonner leur grand rôle légal au sein de nos communautés et de montrer du doigt ceux qui devaient être attaqués, retirés du circuit et dont la crédibilité devaient être bafouée. Les véritables Longues Maisons suivant Kaiane’reko:wa furent transformées en institutions religieuses corporatrices œuvrant pour le pouvoir colonial (NdT: adepte du code religieux dit de Handsome Lake dont Oren Lyons est un des “gardiens de la foi” ou “Faith Keeper”, ce qui n’existe pas dans Kaiane’re:kowa)

Pendant des années Lyons a reçu des millions de dollars, des cadeaux pour Onondaga, qui ne furent pas redistribués parmi les gens des communautés. Il fut l’instigateur de la mise en exil de ses critiques et leur fit retirer leurs droits et bénéfices. Nous devions être les victimes de supercheries et de mises en accusation frauduleuses de fraude fiscale. L’IRS (NdT: le fisc yankee) pointa son museau et demanda que des impôts illégaux soient payés par les gens. Le Conseil (d’Onondaga) a établi un “compact” (contrat) avec l’état de New York et le gouvernement fédéral afin de collecter les impôts de tous les Iroquois partout.

Les gens ont demandés à voir les livres de comptes, toute la comptabilité, la vraie, pas les livres cuisinés en arrière-boutique. Un des chefs corrompus déchira d’un cahier un bout de papier, y écrivit un chiffre, le jeta par terre et dit “la voilà votre compta…” Les commerces arrêtèrent de payer au conseil et mirent les fonds sous forme d’avoirs dans des organisations tiers. Lyons et les autres chefs corrompus décidèrent alors que ceux qui ne payaient pas au gré de leur règle devaient avoir leur affaire fermée.

En 1996, une réunion dans la Longue Maison se tint pour discuter du contrôle de ces affaires commerciales. Avec leur avocat John Heath, des Marshalls fédéraux (NdT: dépendant du ministère de la justice américain), le Shériff du district d’Onondaga et la police de l’état de New York, ils brûlèrent et rasèrent les commerces qui refusaient de payer et les familles furent bannies de la terre. En 1997, le Conseil des Chefs (NdT: ceux payés par l’état colonial), travailla de concert avec l’armée dans une opération appelée “Le Détail Indien” afin de mener une attaque mortelle sur nous durant notre célébration du 18 Mai de la victoire en cour de justice de l’état de NY contre l’imposition illégale de nos commerces. Un autre procès doit commencer en Janvier 2016 afin de traduire en justice la police de l’état de New York pour ses brutalités multiples et répétées. Les preuves montrent clairement l’implication des chefs et leur complicité dans cette attaque brutale.

[Andrew Jones v. Superintendent NYS Police, Jan. 25, 2001, 98-CV-374].

Les entreprises établissent et protègent les conseils tribaux reconnus fédéralement (NdT: par la Federal Indian Law & Policies aux Etats-Unis et l’Indian Act au Canada). Les Etats-Unis et l’État de NY veulent notre terre et nos ressources naturelles, choses que nous n’avons JAMAIS cédées. Ils ont peur que la Confédération affirme notre pouvoir. Ils sont responsables de tout ce qu’ils ont volé.

Changement de paradigme politique: Veuillez laissez l’État dans les WC où vous l’avez trouvé en entrant ~ 1ère partie ~

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“La véritable libération, le processus d’humanisation, n’est pas un autre dépôt [de connaissance] à faire en l’Homme. La libération est une praxis: l’action et la réflexion d’hommes et de femmes sur leur monde afin de le transformer.”
~ Paolo Freire ~

“Il a existé en Europe un autre modèle de société historique que la société étatique, ce modèle, nous l’avons appelé la “société celtique”, une société contre l’État, mais une société de développement passant même de l’égalité à une certaine inégalité sans qu’il lui soit besoin de l’État. La société celtique a été un ‘challenge’ à la romanité en Occident comme l’a montré Toynbee… Pendant huit siècles, les Celtes furent les maîtres spirituels de l’Occident.”
~ Alain Guillerm ~

« L’objectif [pour une nouvelle société] est le peuple, la société, la communauté, la liberté, la beauté et la joie de vivre. Nous avons besoins de gens pour entonner le chant de bataille, nous avons besoin de tous ceux qui sont emplis de ce désir créatif, nous avons besoin d’hommes et de femmes d’action. L’appel au socialisme [libertaire] est adressé aux personnes d’action qui veulent faire le premier commencement. »
~ Gustav Landauer ~

 

Aujourd’hui comme hier l’État n’est pas la solution à nos problèmes, il en est la cause… Petite analyse au fil des siècles

 

Résistance 71

 

29 Novembre 2015

 

1ère partie

2ème partie

 

Nous avons expliqué encore et toujours sur ce blog non seulement les turpitudes des états “modernes”, mais nous avons également montré que le concept même de “L’État” est une usurpation, une falsification de la nature humaine dans son application politique. Les philosophes et les anthropologues “classiques” ont passé le plus clair de leur temps, pour des raisons essentiellement d’auto-préservation de leur fonction même dans la société, à nous convaincre ou essayer de nous convaincre que l’État est le stade ultime de l’organisation politico-sociale humaine, que toute société “non-étatique” n’est en fait qu’au stade de l’enfance de son développement et que toute société mature passe par l’étatisation de sa société, etc, etc. Rien de plus faux comme prouvé par des anthopologues tels Marshall Sahlins, Robert Jaulin, Pierre Clastres, des historiens comme Alain Guillerm et tout le courant de pensée anarchiste, le père de la biologie sociale anti malthusienne et anti darwiniste-social que fut Pierre Kropotkine en tête.

La formation de l’État représente la première cancérisation de la société humaine. L’État, cette maladie politico-sociale chronique sous sa forme métastatique moderne, est le fléau de l’humanité et une entrave à son développement. Il ne représente qu’un carcan assujetti par une infime minorité pour contrôler le reste d’entre nous tous. Ce grand garde-chiourme du consensus du statu quo oligarchique qu’est Henry Kissinger a dit que “L’histoire est la mémoire des états”, affirmant par là l’autoritarisme intrinsèque et inévitable de toute institution étatique, dictant la conception même du narratif historique.

Aujourd’hui au XXIème siècle, l’État est devenu totalement assujetti aux grands pouvoirs économiques dans ce grand glissement qui s’est opéré dès la révolution française bourgeoise de 1789 et qui a vu le politique pas à pas être acheté, phagocyté par l’économique, de fait par le pouvoir économique de la haute finance et des cartels de l’industrie. Ceci a mené pas à pas la fonction de gestion politique des États obsolètes et corrompus, à ne plus répondre qu’aux appels du pied de ceux qui paient pour la mise en place de la farce pseudo-démocratique sur la scène publique. Aujourd’hui, les peuples subissent et sont opprimés par les décisions politiques d’incompétents boutiquiers qui gèrent les nations pour leurs maîtres payeurs. Les assemblées nationales ne sont plus que des succursales de conseils d’administration des grandes entreprises transnationales et lors des grands meetings du grand cirque Pinder de la politique mondiale, s’assoient à la table des discussions étatiques les Obama/Goldman Sachs avec Hollande/Qatar-Exxon-Mobil avec Poutine/Gazprom et avec Rouhani/NIOC et tous les Cameron, Harper, Trudeau, Key de la “Couronne”/City de Londres.

Nous vivons le paroxysme de la manipulation et du mensonge étatico-capitaliste bien au-delà de toute possible rédemption. Pour traiter cette maladie chronique, il faut le faire comme pour toute autre maladie: en allant à la source, en traitant la cause de la maladie et non pas ses symptômes.

Nous n’inventons rien, bien des philosophes, anthropologues, historiens, sociologues ont expliqué en long en large et en travers la supercherie de l’État et en quoi il ne sert que les intérêts des privilégiés du système créé. L’État n’a pas été créé à cette fin, il est l’émanation physique dans le monde politique et social de la division politique de la société entre dominants et dominés, chose qui fut le point de départ du cancer politique minant la société humaine. Le fait est que pendant des siècles et des siècles, les sociétés humaines traditionnelles de l’Afrique à l’Asie en passant par l’Europe (cf notre citation de Guillerm en exergue de cet article sur la société celtique) et les Amériques et l’Océanie, se sont auto-gouvernées, auto-gérées de manière indivisées au moyen d’une égalité politique et sociale et une représentation de la société par le truchement d’une “chefferie sans pouvoir” selon l’expression de l’anthropologue Pierre Clastres.

Nous allons évoquer ci-après l’escroquerie étatique qui a mené et mène toujours le monde au chaos et à la destruction, fléaux accentués par le nexus de tous les fléaux humains: le colonialisme dans sa version la plus dévastatrice à ce jour, le colonialisme occidental. Nous allons évoquer l’inutilité de l’État et des institutions en citant quelques penseurs et chercheurs ayant étudié en profondeurs cette queston de l’État et la société, tous n’étant pas anarchistes. Il est bien évident que ces citations ne sont en aucun cas exhaustives du nombre de gens ayant étudié la question, ces auteurs ne représentent qu’une portion à notre sens représentative de cette notion de méfiance obligatoire envers l’État et ses institutions ne gouvernant que par la peur et la coercition du tissus légal de la caste privilégiée.

Notre but avec cette compilation est de faire comprendre au plus de monde possible que la “chose étatique” établie et imposée à tous est non seulement parfaitement questionable, mais aussi parfaitement envisageable de disparaître car totalement inutile au bon fonctionnement de la société. L’histoire de l’État n’est qu’une succession de guerres de conquêtes coloniales, de destruction des peuples pour la satisfaction des désirs égoïstes et prétentieux d’une caste de privilégiés racistes colludant entr’eux afin de toujours renforcer plus avant leur main-mise sur le pillage et le contrôle de l’humanité. Ce que nous vivons aujourd’hui dans le monde en déliquescence n’en est qu’une illustration supplémentaire s’il en fallait encore une.

Les auteurs que nous avons choisi nous disent et nous montrent l’infâmie. Ils l’ont dit pour certains il y a bien longtemps et pourtant les peuples ne bougent pas parce qu’on leur cache ces réflexions. Pourquoi n’étudie t’on jamais Proudhon, Bakounine, Kropotkine, Clastres ou Guillerm sur les bancs de nos écoles et de nos universités ? Pourquoi a t’on si peur d’introduire ces idées tôt dans le curriculum scolaire ?… Si l’État était si sûr de sa nécessité, de sa valeur et de sa justice, pourquoi aurait-il peur d’un vulgaire Kropotkine, d’un douteux Clastres ou d’un si pathétique Vaneigem pour lui porter ombrage ? Si ces valeurs sont si faciles à défendre, qu’il soutienne le poids de l’argumentation. Voilà où est le problème: l’oligarchie ne peut en aucun se permettre de perdre le combat des idées et le meilleur moyen de gagner l’argumentation est de ne pas débattre… faute de combattants de valeur, en laissant la voix de la raison au placard.

Ce blog a sorti certaines de ces voix du placard, continuons donc notre cheminement bucolique dans la pensée “subversive” nécessaire mais certainement pas suffisante, à un nouveau paradigme politique. Bonne lecture !

* * *

Etienne de La Boétie (XVIème siècle)

“Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ou l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même fondre en bas et se rompre.”

“Premièrement, cela est, comme je crois, hors de doute que, si nous vivions avec les droits que la nature nous a donnés et avec les enseignements qu’elle nous apprend, nous serions naturellement obéissants aux parents, sujets à la raison, et serfs de personne.”

“Il y a trois sortes de tyrans (¹) : les uns ont le royaume par élection du peuple, les autres par la force des armes, les autres par succession de leur race. Ceux qui les ont acquis par le droit de la guerre, ils s’y portent ainsi qu’on connaît bien qu’ils sont (comme l’on dit) en terre de conquête. Ceux-là qui naissent rois ne sont pas communément guère meilleurs, ainsi étant nés et nourris dans le sein de la tyrannie, tirent avec le lait la nature du tyran, et font état des peuples qui sont sous eux comme de leurs serfs héréditaires.”

Thomas More (XVIème siècle)

“Ainsi je suis totalement convaincu qu’à moins que nous nous départions de la propriété privée, il ne peut en aucun cas y avoir une juste répartition des biens, ni que l’humanité puisse être convenablement gouvernée. Aussi longtenps que demeure la propriété privée, la plus grande et meilleure partie de l’humanité restera opprimée par le lourd et inévitable fardeau des attentions et des angoisses.”

“Il y a une règle disant qu’aucune décision concernant les affaires publiques ne peut être prise à moins qu’elle ait été débattue par le sénat en trois occasions au moins et de manière séparées. On ne peut pas consulter des affaires publiques en dehors des assemblées populaires ni du sénat. Le but de cette règle est d’empêcher qu’un prince et des sbires ne conspirent ensemble pour altérer le gouvernement des affaires et réduire les gens en esclavage.”

Antoine de Saint-Just (XVIIIème siècle)

“J’ai pensé que l’ordre social était dans la nature même des choses et n’empruntait de l’esprit humain que le soin d’en mettre à leur place des éléments divers ; qu’un peuple pouvait être gouverné sans être assujetti, sans être licencieux et sans être opprimé ; que l’Homme naissait pour la paix et la iberté et n’était malheureux et corrompu que par les lois insidieuses de la domination.”

“L’ordre social précède l’ordre politique ; l’origine de celui-ci fut la résistance à la conquête.”

Note: Ici Saint Just affirme que la société est antérieure à l’État et que l’État serait né de la résistance à la conquête d’une société par une autre… Clastres plus tard prouvera que non, mais confirmera bien que la société prime l’État.

“La justice naturelle entre les hommes étant considérée comme le principe de leur société, le gouvernement est plutôt un ressort d’harmonie que d’autorité.”

“Les anciens Francs et Germains n’avaient presque points de magistrats : le peuple était prince et souverain ; mais quand les peuples perdirent le goût des assemblées pour négocier et conquérir, le prince se sépara du souverain et le devint lui-même par usurpation. On ne discerna plus alors l’État des citoyens ; il ne fut plus question que de l’État du maître.”

Jean-Paul Marat (XVIIIème siècle)

“La politique, peuples, ne l’oubliez pas, c’est la science du gouvernement et s’en occuper, c’est exercer un contrôle perpétuel sur les hommes arrivés au pouvoir.”

“Il semble que ce soit le sort inévitable de l’Homme, de ne pouvoir être libre nulle part: partout les princes marchent au despotisme et les peuples à la servitude.”

“C’est à la violence que les États doivent leur origine ; presque toujours quelque heureux brigand en est le fondateur et presque partout les lois ne furent, dans leur principe, que des réglements de police, propres à maintenir à chacun la jouissance de des rapines.”

“Pour rester libre, il faut sans cesse rester en garde contre ceux qui gouvernent. Rien de plus aisé que de perdre celui qui est sans défiance et la trop grande sécurité des peuples est toujours l’avant-coureur de leur servitude.”

“L’opinion est fondée sur l’ignorance et celle-ci favorise extrêmement le despotisme.”

Note: Voici ce qu’écrivait Marat en 1774 soit 15 ans avant la Révolution Française ! Replacez ce qui suit dans le contexte de 2015. Que constatez-vous ?

“Quand ils ne peuvent empêcher qu’on ne parle ou qu’on écrive, ils opposent l’erreur aux lumières. Quelqu’un vient-il à se récrier de leurs attentats ? D’abord ils tâchent de gagner les crieurs et d’éteindre leur zèle par des dons, surtout par des promesses. Si la vertu des mécontents est incorruptible, ils leurs opposent des plumes mercenaires, de vils écrivains, qui toujours prêts à justifier l’oppression, insultent aux amis de la patrie, mettent toute leur adresse à dénigrer les défenseurs de la liberté, qu’ils traitent de perturbateurs du repos public. Si cela ne suffit pas, on a recours aux expédients les plus affreux, le fer, le cachot et si besoin, le poison… Aussi les princes (dirigeants) ont aussi grand soin de gêner la liberté de la presse… Et ils font plus, pour maintenir les peuples dans l’ignorance et ne laisser aucune porte ouverte aux vérités utiles, ils établissent des inspecteurs de la presse, des censeurs de tout genre, vils argus qui veillent sans cesse pour le despotisme contre la liberté.”

“Lorsqu’ils ne peuvent plus recourir aux emprunts, ils ont d’autres ressources, ils établissent des sociétés de banquiers, qui mettent en émission des effets de commerce ; des caisses d’escomptes ou les marchands trouvent des billets au porteur et des espèces pour les effets qu’ils ont en porte-feuille. Lorsque ces papiers sont accrédités, ils se mettent à la tête de ces établissements, ils attirent tout le numéraire par des émissions énormes et ils se l’approprient par de honteuses banqueroutes, d’autres fois ils établissent des papiers-monnaie forcés et par ces funestes inventions, toutes les richesses des particuliers vont toujours se perdre dans les coffres du prince [des dirigeants].”

“C’est ainsi que les peuples sont conduits par degré, de l’aisance ou de l’opulence à la pauvreté, de la pauvreté à la dépendance, de la dépendance à la servitude, jusqu’à ce qu’ils succombent sous le poids de leurs chaînes.”

Note: Comparez ces deux dernières citations de 1774 avec ce qu’ils se passent aujourd’hui, avec ce qu’il se passe dans l’économie mondiale pilotée par la haute-finance ivre de pouvoir qui ruine et corrompt absolument tout sur son passage. Nous sommes passés de l’État félon acoquiné aux banksters, à l’État larbin des cartels banquiers et industriels écrasant les peuples. Entre le moment où Marat écrit ces lignes en 1774, l’humanité est passée par ”l’indépendance” de l’Amérique en 1776, la révolution de 1789, celles de 1830, 1848, la Commune de Paris 1871, la révolution russe de 1917, les grandes crises économiques notamment celles de 1929, de 1973 et de 2007, deux grandes guerres mondiales, des guerres coloniales, une guerre perpétuelle depuis 2001. Où en est-on ? qu’a fait l’État pour le bien-être général ? Où en sont les peuples ?

Henry David Thoreau (XIXème siècle)

“Le meilleur gouvernement est celui qui ne gouverne pas du tout.”

“Le gouvernement où la majorité décide dans tous les cas ne peut se fonder sur la justice.. Le respect des lois vient après celui du droit [naturel].”

“La masse des hommes sert l’État non pas en tant qu’hommes, mais en tant que machines, avec leurs corps.”

“Tous les Hommes admettent le droit à la révolution, c’est à dire le droit de refuser l’allégeance au gouvernement, et celui de lui résister quand sa tyrannie ou son inefficacité sont grandes et insupportables.”

“C’est la constitution même de l’État qui constitue le mal.”

“La prison, ce lieu séparé, plus libre et plus honorable, où l’État situe ceux qui ne sont pas avec lui mais contre lui est la seule demeure d’un État esclave où l’Homme libre puisse résider avec honneur.”

“Une fois que le sujet a refusé son allégeance et que le fonctionnaire a démissionné, la révolution est accomplie.”

“L’État ne s’adresse jamais intentionnellement à la raison de l’Homme, intellectuelle ou morale, il ne s’adresse qu’à son corps, à ses sens. Il n’est pas armé d’un esprit ou d’une honnêteté supérieurs mais simplement d’une force physique supérieure. Je ne suis pas né pour être contraint.”

Pierre-Joseph Proudhon (XIXème siècle)

“La “république une et indivisible” des Jacobins a fait plus que détruire le vieux fédéralisme provincial, évoqué peut-être mal à propos par la Gironde, elle a rendu la liberté impossible en France et la révolution illusoire.”

“Nous [les anarchistes] nions le gouvernement et l’État parce que nous affirmons, ce à quoi les fondateurs de l’État n’ont jamais cru, la personnalité et l’autonomie des masses.”

“Le centre politique est partout, la circonférence nulle part.”

“La fédération résout seule, en théorie et en pratique, le problème de l’accord de la liberté et de l’autorité. Le système fédératif est l’opposé de la hiérarchie ou de la centralisation administrative.”

Michel Bakounine (XIXème siècle)

“En un mot nous repoussons toute législation, toute autorité et toute influence privilégiée, patentée, officielle et légale, même sortie du suffrage universel, convaincus qu’elles ne pourront tourner jamais qu’au profit d’une minorité dominante et exploitante, contre les intérêts de l’immense majorité asservie. Voilà dans quel sens nous sommes vraiment des anarchistes !”

“L’État, c’est la force et il a pour lui avant tout le droit de la force, l’argumentation triomphante du fusil à aiguille, du chassepot.”

“Toute théorie conséquente et sincère de l’État est essentiellement fondée sur le principe de l’autorité, c’est à dire sur cette idée éminemment théologique, métaphysique, politique, que les masses, toujours incapables de se gouverner, devront subir en tout temps le joug bienfaisant d’une sagesses et d’une justice qui, d’une manière ou d’une autre, leur seront imposées d’en haut.”

“Toute l’histoire des états antiques et modernes n’est qu’une série de crimes révoltants…”

“L’État c’est l’autel de la religion politique sur lequel la société naturelle est toujours immolée: une universalité dévorante, vivant de sacrifices humains, comme l’église. L’État, je le répète encore, est le frère cadet de l’Église.”

“Tout État, sous peine de périr et de se voir dévoré par les États voisins, doit tendre à la toute puissance et devenu puissant, il doit les conquérir. Qui dit conquête, dit peuples conquis, asservis, réduits à l’esclavage sous quelque forme et quelque dénomination que ce soit. L’esclavage est donc une conséquence nécessaire de l’existence même de l’État. L’esclavage peut changer de forme et de nom son fond reste le même. Ce fond se laisse exprimer par ces mots: être esclave, c’est être forcé de travailler pour autrui, comme êtte maître, c’est vivre du travail d’autrui. Dans l’antiquité, ils s’appelaient tout bonnement des esclaves, au Moyen-Age ils prirent le nom de serfs et aujourd’hui on les appelle les salariés. La condition de ces derniers est moins rude et plus digne que celle des esclaves, mais ils n’en sont pas moins forcés par la faim aussi bien que par les institutions politiques et sociales, d’entretenir par un travail très dur, le désœuvrement absolu ou relatif d’autrui.”

Friedrich Nietzsche (XIXème siècle)

“L’État, c’est ainsi que s’appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement et le mensonge que voici sort de sa bouche: ‘Moi, l’État, je suis le peuple !’… Là où le peuple existe encore, il ne comprend pas l’État et il le hait comme un mauvais œil et comme un pêché contre les coutumes et les droits… L’État, lui, ment dans tous les idiomes du bien et du mal ; et quoi qu’il dise, il ment et ce qu’il possède il l’a volé. Tout est faux en lui, il mord avec des dents volées, lui qui mord si volontiers. Fausses sont même ses entrailles… ‘Sur Terre il n’est rien de plus grand que moi: je suis le doigt qui crée l’ordre, le doigt de dieu’, voilà ce que hurle ce monstre…”

“Là où cesse l’État, c’est là que commence l’homme, celui qui n’est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable.”

“L’Église ? c’est une espèce d’État et c’en est l’espèce la plus mensongère. Tout comme toi, l’État est un chien hypocrite, tout comme toi il aime à parler par fumée et par hurlements ; car il veut à toute force, l’État, être l’animal le plus important sur la Terre… et on le croit !”

“Les grands fondateurs des états et des empires sont un troupeau de bêtes de proie, une race de maîtres et de conquérants, qui avec toute son organisation militaire et toute sa puissance de contrainte, fonce de ses terribles mâchoires sur une population qui le dépasse formidablement en nombre, mais qui est demeurée à l’état inorganique… telle est l’origine de l’État.”

Pierre Kropotkine (XIXème ~ XXème siècles)

“L’État n’est qu’une des formes revêtues par la Société dans le courant de l’histoire. Comment donc confondre le permanent et l’accidentel ?”

L’homme n’a pas créé la société : la société est antérieure à l’homme.

Aujourd’hui, on sait aussi — l’anthropologie l’a parfaitement démontré — que le point de départ de l’humanité ne fut pas la famille, mais bien le clan, la tribu. La famille paternelle, telle que nous la connaissons, ou telle qu’elle est dépeinte dans les traditions hébraïques, ne fit son apparition que bien plus tard.”

“«Désormais, la commune de village, composée en partie ou entièrement de familles séparées, — tous unis, cependant, par la possession en commun de la terre, — devint, pour des siècles à venir, le trait d’union nécessaire.»

Sur d’immenses territoires de l’Europe orientale, en Asie, en Afrique, elle existe encore.”

“On comprend parfaitement pourquoi les historiens modernes, éduqués dans l’esprit romain, et cherchant à faire remonter toutes les institutions jusqu’à Rome, ont tant de peine à comprendre l’esprit du mouvement communaliste du XIIè siècle. Affirmation virile de l’individu, qui arrive à constituer la société par la libre fédération, des hommes, des villages, des cités, ce mouvement fut une négation absolue de l’esprit unitaire et centralisateur romain, par lequel on cherche à expliquer l’histoire dans notre enseignement universitaire. Il ne se rattache non plus à aucune personnalité historique, ni à aucune institution centrale.

C’est une croissance naturelle, appartenant, comme la tribu et la commune de village, à une certaine phase de l’évolution humaine, et non pas à telle nation ou à telle région.

C’est pourquoi la science universitaire ne la saisit pas.”

“Et qui sont ces barbares ? — C’est l’État : la Triple-Alliance, enfin constituée, du chef militaire, du juge romain et du prêtre — les trois formant une assurance mutuelle pour la domination, les trois unis dans une même puissance qui commandera au nom des intérêts de la société — et écrasera cette société [des communes libres médiévales].”

“L’Européen du XIIè siècle était essentiellement fédéraliste. Homme de libre initiative, de libre entente, d’unions voulues et librement consenties, il voyait en lui-même le point de départ de toute société. Il ne cherchait pas son salut dans l’obéissance ; il ne demandait pas un sauveur de la société. L’idée de discipline chrétienne et romaine lui était inconnue.
Mais, sous l’influence de l’Église chrétienne toujours amoureuse d’autorité, toujours jalouse d’imposer sa domination sur les âmes et surtout le travail des fidèles ; et d’autre part, sous l’influence du droit romain qui déjà, dès le XIIè siècle, fait ravage à la cour des puissants seigneurs, rois et papes, et devient bientôt l’étude favorite dans les universités — sous l’influence de ces deux enseignements, qui s’accordent si bien, quoique ennemis acharnés à l’origine, les esprits se dépravent à mesure que le prêtre et le légiste triomphent.”

“Mais l’État, de par son principe même, ne peut tolérer la fédération libre. Celle-ci représente cette horreur du légiste : «l’État dans l’État.» L’État ne reconnaît pas une union librement consentie, fonctionnant dans son sein : il ne connaît que des sujets.Lui seul, et sa sœur, l’Église, s’accaparent le droit de servir de trait d’union entre les hommes.
Par conséquent l’État doit, forcément, anéantir les cités basées sur l’union directe entre citoyens. Il doit abolir toute union dans la cité, abolir la cité elle-même, abolir toute union directe entre cités. Au principe fédératif, il doit substituer le principe de soumission, de discipline. C’est sa substance. Sans ce principe, il cesse d’être État.”

“Pas plus que le capital individuel, né de la fraude et de la violence et développé sous les auspices de l’autorité, la Loi n’a aucun titre de respect des hommes. Née de la violence et de la superstition, établie dans l’intérêt du prêtre, du conquérant et du riche exploiteur, elle devra ietre abolie en entier le jour où le peuple voudra briser ses chaînes.”

“Non, mille fois non ! L’État, c’est la protection de l’exploitation, de la spéculation, de la propriété privée, produit de la spoliation. Le prolétaire qui n’a que ses bras pour fortune, n’a rien à attendre de l’État, il n’y trouve qu’une organisation faite pour empêcher coûte que coûte son émancipation. La prison et la mitraille pour fermer la bouche de ceux qui ne se laissent pas corrompre. Voilà l’État !…”

“Le Capital et l’État sont deux croissances parallèles qui seraient impossibles l’une dans l’autre et qui, pour cette raison précise, doivent toujours être combattues ensemble, l’une et l’autre à la fois.”

“Dans la vie des sociétés, il est des époques où a révolution devient une impérieuse nécessité, où elle s’impose.”

“D’ailleurs nous n’avons plus à chercher à tâtons la solution. Elle nous a été imposée par l’histoire, en même temps que le problème ; elle a été dite, elle se dit hautement dans bien des pays d’Europe et elle résume le développement économique de notre siècle. C’est l’Expropriation: C’est l’Anarchie !”

“La commune libre, telle est la forme politique qui devra ietre prise par une révolution sociale.”

“Du moment où les monopoles constitues et solidifiés par l’État cessent d’exister, l’État n’a plus de raison d’être.”

 A suivre…

Résistance politique: Changer la relation notre relation à la société mène à la disparition de l’état, pour que ne reste que la nation…

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« Anarchisme: Le nom donné à un principe de théorie et de conduite de la vie sous lequel la société est conçue sans gouvernement, l’harmonie dans une telle société étant obtenue non pas par la soumission à la loi ou par l’obéissance à l’autorité, mais par les consentements libres conclus entre des groupes territoriaux et professionnels variés, librement constitués pour les fonctions simples de production et de consommation et également pour la satisfaction d’une variété infinie de besoins et d’aspirations d’être civilisé. Dans une société développée selon ces lignes de conduite, les associations volontaires qui commencent déjà à couvrir tous les secteurs de l’activité humaine, prendraient une plus grande extension pour finir par se substituer elles-mêmes pour l’état et de ses fonctions. »

– Pierre Kropotkine (début de la définition de l’anarchisme qu’il écrivit pour la 11ème édition de L’Encyclopedia Britannica, 1910) –

 

L’anarchisme sans adjectifs

 

Fernando Tarrida del Marmól

 

Barcelone, 1890, publié dans “La Révolte”

 

url de l’article original:

http://robertgraham.wordpress.com/2015/08/11/anarchism-without-adjectives-1890/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Notre étoile polaire est l’anarchie, le but que nous essayons d’atteindre et vers lequel nous dirigeons nos pas. Mais notre chemin est bloqué par tout un tas de différentes classes d’obstacles et si nous devons les démolir, nous devons utiliser le moyen qui semble être le plus approprié. Si nous ne pouvons pas adapter notre attitude à nos idées, nous le faisons savoir et tendons à nous tenir le plus proche possible de l’idéal. Nous faisons ce qu’un voyageur ferait lorsqu’il désire aller dans un pays au climat tempéré, mais qui pour y parvenir, devrait traverser des zones tropicales et très froides: ils partiraient avec des habits légers mais aussi très chauds, habits qu’il abandonnerait une fois à destination. Ce serait à la fois stupide et ridicule de vouloir se battre à mains nues contre un ennemi si bien armés.

Nos tactiques dérivent de ce qui a été dit. Nous sommes des anarchistes et nous faisons une promotion de l’anarchie sans adjectifs atenants. L’anarchie est un axiome et la question économique est secondaire. Certains nous dirons que c’est à cause de la question économique que l’anarchie est une vérité ; mais nous pensons qu’être anarchiste veut dire être l’ennemi de toute autorité et imposition et en conséquence, quelque soit le système proposé doit être considéré comme la meilleure défense de l’anarchie et ne pas chercher à l’imposer à ceux qui ne veulent pas l’accepter.

Ceci ne veut pas du tout dire que nous ignorrons la question économique, au contraire, nous en discutons avec plaisir, mais seulement comme contribution à une ou des solutions définitives. Bien d’excellentes choses ont été dites par Cabet, Saint Simon, Fourier, Robert Owen et d’autres; mais tous leurs systèmes ont disparu parce qu’ils voulaient verrouiller la société dans les conceptions de leurs cerveaux, malgré le fait qu’ils avaient beaucoup contribué à élucider la grande question.

Rappelez-vous que dès que vous décidez de dessiner les lignes générales de la société future, d’un côté il y a des objections et des questions provenant des adversaires et de l’autre côté, le désir naturel de produire un travail complet et parfait qui nous mènera à inventer et à dessiner un système qui, nous en sommes persuadés, disparaîtra comme les autres.

Il y a un fossé entre l’anarchisme individualiste d’un Spencer et des autres penseurs bourgeois et celui des anarchistes-socialistes (je ne peux trouver une autre expression…), comme il y en a un entre les collectivistes espagnols d’une région à l’autre, entre les mutualistes anglais et nord-américains ou entre les libertaires-communistes. Kropotkine par exemple, nous parle des “villes-industrielles”, réduisant ce système ou ce concept si on préfère, au rassemblement de petites communautés qui produisent ce qu’elles veulent, rendant si on veut ainsi réel le concept biblique de “paradis sur terre” de l’état présent de la civilisation. Tandis que Malatesta, qui est aussi un communiste-libertaire, pointe vers la constitution de grandes organisations qui échangent leurs produits entre elles et qui augmentent ce pouvoir créatif toujours plus, cette superbe activité qui s’est développée au XIXème siècle, purgée de toute action injurieuse.

Chaque puissante intelligence donne ses indications et crée de nouveaux chemins vers la société du futur, gagnant des soutiens au travers d’un pouvoir hypnotique, si on peut dire, suggérant ces idées aux autres, chacun en général formulant son propre plan particulier.

Mettons nous d’accord donc, comme la plupart d’entre nous l’a fait en Espagne, de ne simplement nous appeler qu’anarchistes. Dans nos conversations, dans nos conférences, dans notre presse, nous discustons de questions économiques, mais ces questions ne devraient jamais devenir la cause d’une division entre anarchistes.

Pour que la promotion de nos idées ait du succès, pour la préservation de l’Idée, nous devons nous connaître et nous voir et pour cette raison, nous devons nous organiser en groupes. En Espagne, ces groupes existent dans chaque localité où il y a des anarchistes et ils sont la force directrice de tout le mouvement révolutionnaire. Les anarchistes n’ont pas d’argent, ni un moyen facile d’en trouver. Pour y circonvenir, la plupart d’entre nous font de petites contributions hebdomadaires ou mensuelles, de façon à pouvoir maintenir les relations nécessaires entre tous les membres. Nous pouvons auss maintenir le contact avec le monde entier si d’autres pays ont une organisation comme la notre. (NDT: La société espagnole a été très imprégnée des idées anarchistes entre 1868 et aujourd’hui. Au moment de la révolution sociale espagnole de 1936-39, les syndicats ouvriers anarchistes CNT-AIT avaient plus d’un million de membres sur le territoire. Le marxisme était quasiment inexistant en Espagne en 1936…)

Il n’y a aucune autorité régissant le groupe: un camarade est nommé pour agir comme trésorier, un autre comme secrétaire pour faire face à la correspondance etc. Les réunions ordinaires (assemblées générales) se tiennent chaque semaine ou chaque deux semaines, les réunions extraordinaires se réunissent lorsque le besoin s’en fait sentir. Afin d’économiser sur les dépenses et le travail fournis et aussi en mesures de prudence en cas de persécution politique, une commission des relations est créée à un niveau national. Mais cette commission ne prend aucune initiative: ses membres doivent retourner à la base de leur groupe respectif s’ils veulent faire des propositions. Sa mission est de communiquer les résolutions et les propositions qui lui parvienennent d’un ou de plusieurs groupes, de maintenir des listes de contacts et les fournir à rtout groupe qui devrait les demander et aussi d’entrer en contact direct avec les autres groupes.

Telles sont les lignes générales de l’organisation qui furent acceptées au congrès de Valence et au sujet duquel vous avez écrit dans le journal “La Révolte”. Les bénéfices sont immenses et c’est ce qui a entretenu le feu des idées anarchistes tout ce temps. Restez assurés que si nous devions réduire l’action de l’organisation anarchiste, nous obtiendrions très peu de résultat. Nous finirions par la transformer en une association de penseurs qui discutent d’idées et qui dégénéreraient sans aucun doute en une société de métaphysiciens débattant de mots. Ceci n’est pas sans rappeler la situation à laquelle vous avez à faire face en France. Utilisez votre activité exclusivement pour discuter de l’idéal, vous finissez par ne plus débattre que de mots et de leur signification. Certains sont appelés “égoïstes” et d’autres “altruistes”, bien que tous deux veulent la même chose. Certains sont appelés communistes-libertaires, d’autres “individualistes”, mais à la racine même, ils expriment les mêmes idées.

Nous ne devrions pas oublier que la grande masse prolétaire est forcée de travailler un nombre excessif d’heures, qu’elle vit dans la pauvreté et qu’en conséquence, ele ne peut pas acheter les livres de Buchner, Darwin, Spencer, Lombroso, Max Nordau etc… ces noms dont ils n’ont pas entendu parler du reste. Et même si le prolétaiat pouvait obtenir ces livres, il lui manque les études préliminaires en science qui serait nécessaire pour bien comprendre ce qu’il lit. Il n’a pas le temps d’étudier la méthode, son esprit n’est pas non plus entraîné à assimiler cette connaissance. Il y a bien sûr des exceptions comme cet Esteban dans le “Germinal” de Zola, ceux dont la soif de connaissance les amène à dévorer tout ce qui leur tombe sous la main, bien que souvent très peu ne soit retenu et assimilé.

Notre champ d’action donc, ne doit pas demeurer avec ces groupes, mais avec les masses prolétaires.

C’est dans les sociétés de résistance où nous étudions et préparons notre plan de lutte. Ces sociétés existeront sous un régime bourgeois. Les travailleurs ne sont le plus souvent pas des écrivains et se préoccupent peu de savoir s’il y a une liberté de la presse, les travailleurs ne sont pas des orateurs et se soucient peu de la liberté d’assembée et de créer des réunions publiques, ils considèrent les libertés politiques comme secondaires, mais ils cherchent tous à améliorer leur situation économique et ils recherchent tous à se débarrasser du joug de la bourgeoisie. Pour cette raison, il y aura des syndicats de travailleurs et des sociétés de résistance même tandis qu’il existe toujours l’exploitation d’un homme par un autre. C’est là qu’est notre place.

En les abandonnant, comme vous l’avez fait en France, cela deviendra le lieu de rendez-vous des charlatans qui parlent aux travailleurs de “socialisme scientifique” ou de practicalité, de possibilisme, de coopération, d’accumulation de capital pour maintenir des grèves pacifiques, des requêtes pour une aide et un soutien des autorités etc, de telle façon que cela endormira les travailleurs et restreindra leurs urgences révolutionnaires. Si les anarchistes faisaient partie de ces sociétés, au moins ils empêcheraient les “sédatifs” de perpétrer leur propagande contre nous. (NdT: Regardons la justesse de ce propos à l’aune du syndicalisme “réformiste” de tout poil ayant cours depuis la fin des années 1950, bouffant au ratelier de la grande bourgeoisie, ayant abandonné toute velléité révolutionnaire, juste pour en croquer, vivre des subsides de l’État et arrondir les angles pour leurs maîtres de la haute finance et de la grande industrie transnationale… A gerber, mais ces propos de del Marmól étaient bel et bien visionnaires, même si la situation était par trop prévisible…)

De plus, si, comme c’est le cas en Espagne, les anarchistes sont les membres les plus actifs de ces sociétés (de résistance), ceux qui accomplissent tout travail nécessaire pour la gloire, à l’encontre des fourbes qui les exploitent, alors ces sociétés seront toujours de notre côté. En Espagne, ce sont ces sociétés qui achètent toujours un grand nombre de journaux anarchistes chaque semaine pour les distribuer gratuitement à leurs membres. Ce sont ces sociétés qui donnent de l’argent pour le support de nos publications et qui aident les prisonniers et tous ceux qui sont persécutés. Nous avons montré par notre travail dans ces sociétés que nous luttons pour la gloire de nos idées. De plus, nous allons partout où il y a des travailleurs, même là où il n’y en a pas, si nous pensons que notre présence peut y être utile pour la cause de l’anarchie.

 

Telle est la situation en Catalogne (et de manière croissante dans le reste de l’Espagne), où il y a à peine une municilaité qui n’a pas créé ou au moins aidé à créer des groupes, qu’on les appelle des cercles, des sociétés littéraires, des centres de travailleurs etc… qui sympathisent avec nos idées sans se décrire eux-mêmes comme anarchistes, sans même qu’ils soient réellement anarchistes. Dans ces endroits, nous donnons des conférences purement anarchistes, mélangeant notre travail révolutionnaire avec les autres réunions musicales et littéraires. Là, assis autour d’un café, nous débattons, nous nous rencontrons chaque soir, ou nous étudions dans la bibliothèque. (NdT: Il faut lire les récits des centres culturels anarchistes dans l’Espagne révolutionnaire de 1936-39 à Barcelone et ailleurs, pour comprendre la ferveur et la soif de connaissance qui y étaient assouvies… Ceci fut le résultat d’une mise en place datant de 1868. C’est ce qu’il manque aujourd’hui, même si l’internet est une énorme source d’information, il manque les réunions-débats, formatrices politiques. Ceci devraient se généraliser dans les espaces publics…)

 

C’est là où nos journaux ont leur bureau d’édition et où nous envoyons les journaux que nous recevons ensuite dans la salle de lecture ; ceci est pratiquement organisé gratuitement à un moindre coût. Par exemple dans le cercle de Barcelone, il n’est même pas requis de devenir membre. Ceux qui veulent devenir membres le peuvent et la contribution de 25 centimas est aussi optionnelle. Des 2 à 3000 travailleurs qui fréquentent le cercle, seuls environ 300 sont membres actifs. Nous pouvons dire que ces endroits sont le point de focalisation de nos idées. Quoi qu’il en soit, bien que le gouvernement ait toujours cherché un prétexte pour les faire fermer, il ne l’a jamais fait parce qu’ils ne se décrivent pas eux-mêmes comme anarchistes et les réunions publiques, assemblées, ne se tiennent pas là. Rien ne se fait dans ces endroits qui ne pourrait se faire dans un café, mais parce que bien des éléments actifs s’y rendent, bien souvent de grandes choses et idées émergent et y sont discutées devant un café ou un verre de Cognac.

N’oublions pas les sociétés coopératives pour la consommation. Dans presque toutes les villes de Catalogne, sauf Barcelone où cela est impossible dû aux grandes distances impliquées et aussi au mode de vie, les coopératives de consommation ont été créées pour que les travailleurs y trouvent des denrées alimentaires de meilleure qualité et bien moins chères que chez les détaillants, dont des membres ne considère pas les coopératives comme une fin en soi, mais comme un moyen de profiter. Il y a des sociétés qui font de grands achats et qui ont des crédits de l’ordre de 60 000 pesetas, qui ont été bien utiles lors des grèves, donnant du crédit aux ouvriers. Dans les sociétés littéraires des “gentilshommes” (ou des “sages” comme ils sont souvent connus), ils discutent de socialisme; deux camarades s’enregistrent comme membres (s’ils n’ont pas d’argent, le groupe y veillera) et y vont représenter nos idées.

La même chose avec notre presse. Elle ne laisse jamais de côté les idées anarchistes, mais elle fait de la place pour les manifestes, les déclarations et les informations, qui même si elles sont de peu d’importance, n’en servent pas moins pour notre journal et avec celui-ci, nos idées, de pénétrer dans des villes ou des zones où elles ne sont pas beaucoup répandues. Ceci correspond à nos tactiques et je pense que si elles étaient adoptées dans d’autres pays, les anarchistes verraient bientôt leur champ d’action s’élargir.

Rappelez-vous qu’en Espagne, la plupart des gens ne savent pas lire (NdT: en cette fin XIXème siècle), mais malgré cela, six périodiques anarchistes, des pamphlets, des livres et beaucoup de prospectus sont imprimés. Il y a continuellement des réunions et même sans de grands noms pour promouvoir les idées, de grands résultats sont atteints.

En Espagne, la bourgeoisie est sans pitié et rude et ne permettra pas à quelqu’un de sa classe de sympathiser avec nous. Quand quelqu’un de position importante prend notre défense, tout moyen est déchaîné contre lui pour le forcer à nous abandonner, ceci est fait de telle façon, qu’il ne peut alors plus que nous soutenir de manière privée, en catimini. En revanche, la bourgeoisie lui donne tout ce qu’il veut s’il s’écarte de nous. Ainsi, tout le travail fait en faveur de l’anarchie repose sur les épaules des travailleurs manuels, qui doivent lui sacrifier leurs heures de repos…