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Résistance politique: Changer la relation notre relation à la société mène à la disparition de l’état, pour que ne reste que la nation…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 25 août 2015 by Résistance 71

« Anarchisme: Le nom donné à un principe de théorie et de conduite de la vie sous lequel la société est conçue sans gouvernement, l’harmonie dans une telle société étant obtenue non pas par la soumission à la loi ou par l’obéissance à l’autorité, mais par les consentements libres conclus entre des groupes territoriaux et professionnels variés, librement constitués pour les fonctions simples de production et de consommation et également pour la satisfaction d’une variété infinie de besoins et d’aspirations d’être civilisé. Dans une société développée selon ces lignes de conduite, les associations volontaires qui commencent déjà à couvrir tous les secteurs de l’activité humaine, prendraient une plus grande extension pour finir par se substituer elles-mêmes pour l’état et de ses fonctions. »

– Pierre Kropotkine (début de la définition de l’anarchisme qu’il écrivit pour la 11ème édition de L’Encyclopedia Britannica, 1910) –

 

L’anarchisme sans adjectifs

 

Fernando Tarrida del Marmól

 

Barcelone, 1890, publié dans “La Révolte”

 

url de l’article original:

http://robertgraham.wordpress.com/2015/08/11/anarchism-without-adjectives-1890/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Notre étoile polaire est l’anarchie, le but que nous essayons d’atteindre et vers lequel nous dirigeons nos pas. Mais notre chemin est bloqué par tout un tas de différentes classes d’obstacles et si nous devons les démolir, nous devons utiliser le moyen qui semble être le plus approprié. Si nous ne pouvons pas adapter notre attitude à nos idées, nous le faisons savoir et tendons à nous tenir le plus proche possible de l’idéal. Nous faisons ce qu’un voyageur ferait lorsqu’il désire aller dans un pays au climat tempéré, mais qui pour y parvenir, devrait traverser des zones tropicales et très froides: ils partiraient avec des habits légers mais aussi très chauds, habits qu’il abandonnerait une fois à destination. Ce serait à la fois stupide et ridicule de vouloir se battre à mains nues contre un ennemi si bien armés.

Nos tactiques dérivent de ce qui a été dit. Nous sommes des anarchistes et nous faisons une promotion de l’anarchie sans adjectifs atenants. L’anarchie est un axiome et la question économique est secondaire. Certains nous dirons que c’est à cause de la question économique que l’anarchie est une vérité ; mais nous pensons qu’être anarchiste veut dire être l’ennemi de toute autorité et imposition et en conséquence, quelque soit le système proposé doit être considéré comme la meilleure défense de l’anarchie et ne pas chercher à l’imposer à ceux qui ne veulent pas l’accepter.

Ceci ne veut pas du tout dire que nous ignorrons la question économique, au contraire, nous en discutons avec plaisir, mais seulement comme contribution à une ou des solutions définitives. Bien d’excellentes choses ont été dites par Cabet, Saint Simon, Fourier, Robert Owen et d’autres; mais tous leurs systèmes ont disparu parce qu’ils voulaient verrouiller la société dans les conceptions de leurs cerveaux, malgré le fait qu’ils avaient beaucoup contribué à élucider la grande question.

Rappelez-vous que dès que vous décidez de dessiner les lignes générales de la société future, d’un côté il y a des objections et des questions provenant des adversaires et de l’autre côté, le désir naturel de produire un travail complet et parfait qui nous mènera à inventer et à dessiner un système qui, nous en sommes persuadés, disparaîtra comme les autres.

Il y a un fossé entre l’anarchisme individualiste d’un Spencer et des autres penseurs bourgeois et celui des anarchistes-socialistes (je ne peux trouver une autre expression…), comme il y en a un entre les collectivistes espagnols d’une région à l’autre, entre les mutualistes anglais et nord-américains ou entre les libertaires-communistes. Kropotkine par exemple, nous parle des “villes-industrielles”, réduisant ce système ou ce concept si on préfère, au rassemblement de petites communautés qui produisent ce qu’elles veulent, rendant si on veut ainsi réel le concept biblique de “paradis sur terre” de l’état présent de la civilisation. Tandis que Malatesta, qui est aussi un communiste-libertaire, pointe vers la constitution de grandes organisations qui échangent leurs produits entre elles et qui augmentent ce pouvoir créatif toujours plus, cette superbe activité qui s’est développée au XIXème siècle, purgée de toute action injurieuse.

Chaque puissante intelligence donne ses indications et crée de nouveaux chemins vers la société du futur, gagnant des soutiens au travers d’un pouvoir hypnotique, si on peut dire, suggérant ces idées aux autres, chacun en général formulant son propre plan particulier.

Mettons nous d’accord donc, comme la plupart d’entre nous l’a fait en Espagne, de ne simplement nous appeler qu’anarchistes. Dans nos conversations, dans nos conférences, dans notre presse, nous discustons de questions économiques, mais ces questions ne devraient jamais devenir la cause d’une division entre anarchistes.

Pour que la promotion de nos idées ait du succès, pour la préservation de l’Idée, nous devons nous connaître et nous voir et pour cette raison, nous devons nous organiser en groupes. En Espagne, ces groupes existent dans chaque localité où il y a des anarchistes et ils sont la force directrice de tout le mouvement révolutionnaire. Les anarchistes n’ont pas d’argent, ni un moyen facile d’en trouver. Pour y circonvenir, la plupart d’entre nous font de petites contributions hebdomadaires ou mensuelles, de façon à pouvoir maintenir les relations nécessaires entre tous les membres. Nous pouvons auss maintenir le contact avec le monde entier si d’autres pays ont une organisation comme la notre. (NDT: La société espagnole a été très imprégnée des idées anarchistes entre 1868 et aujourd’hui. Au moment de la révolution sociale espagnole de 1936-39, les syndicats ouvriers anarchistes CNT-AIT avaient plus d’un million de membres sur le territoire. Le marxisme était quasiment inexistant en Espagne en 1936…)

Il n’y a aucune autorité régissant le groupe: un camarade est nommé pour agir comme trésorier, un autre comme secrétaire pour faire face à la correspondance etc. Les réunions ordinaires (assemblées générales) se tiennent chaque semaine ou chaque deux semaines, les réunions extraordinaires se réunissent lorsque le besoin s’en fait sentir. Afin d’économiser sur les dépenses et le travail fournis et aussi en mesures de prudence en cas de persécution politique, une commission des relations est créée à un niveau national. Mais cette commission ne prend aucune initiative: ses membres doivent retourner à la base de leur groupe respectif s’ils veulent faire des propositions. Sa mission est de communiquer les résolutions et les propositions qui lui parvienennent d’un ou de plusieurs groupes, de maintenir des listes de contacts et les fournir à rtout groupe qui devrait les demander et aussi d’entrer en contact direct avec les autres groupes.

Telles sont les lignes générales de l’organisation qui furent acceptées au congrès de Valence et au sujet duquel vous avez écrit dans le journal “La Révolte”. Les bénéfices sont immenses et c’est ce qui a entretenu le feu des idées anarchistes tout ce temps. Restez assurés que si nous devions réduire l’action de l’organisation anarchiste, nous obtiendrions très peu de résultat. Nous finirions par la transformer en une association de penseurs qui discutent d’idées et qui dégénéreraient sans aucun doute en une société de métaphysiciens débattant de mots. Ceci n’est pas sans rappeler la situation à laquelle vous avez à faire face en France. Utilisez votre activité exclusivement pour discuter de l’idéal, vous finissez par ne plus débattre que de mots et de leur signification. Certains sont appelés “égoïstes” et d’autres “altruistes”, bien que tous deux veulent la même chose. Certains sont appelés communistes-libertaires, d’autres “individualistes”, mais à la racine même, ils expriment les mêmes idées.

Nous ne devrions pas oublier que la grande masse prolétaire est forcée de travailler un nombre excessif d’heures, qu’elle vit dans la pauvreté et qu’en conséquence, ele ne peut pas acheter les livres de Buchner, Darwin, Spencer, Lombroso, Max Nordau etc… ces noms dont ils n’ont pas entendu parler du reste. Et même si le prolétaiat pouvait obtenir ces livres, il lui manque les études préliminaires en science qui serait nécessaire pour bien comprendre ce qu’il lit. Il n’a pas le temps d’étudier la méthode, son esprit n’est pas non plus entraîné à assimiler cette connaissance. Il y a bien sûr des exceptions comme cet Esteban dans le “Germinal” de Zola, ceux dont la soif de connaissance les amène à dévorer tout ce qui leur tombe sous la main, bien que souvent très peu ne soit retenu et assimilé.

Notre champ d’action donc, ne doit pas demeurer avec ces groupes, mais avec les masses prolétaires.

C’est dans les sociétés de résistance où nous étudions et préparons notre plan de lutte. Ces sociétés existeront sous un régime bourgeois. Les travailleurs ne sont le plus souvent pas des écrivains et se préoccupent peu de savoir s’il y a une liberté de la presse, les travailleurs ne sont pas des orateurs et se soucient peu de la liberté d’assembée et de créer des réunions publiques, ils considèrent les libertés politiques comme secondaires, mais ils cherchent tous à améliorer leur situation économique et ils recherchent tous à se débarrasser du joug de la bourgeoisie. Pour cette raison, il y aura des syndicats de travailleurs et des sociétés de résistance même tandis qu’il existe toujours l’exploitation d’un homme par un autre. C’est là qu’est notre place.

En les abandonnant, comme vous l’avez fait en France, cela deviendra le lieu de rendez-vous des charlatans qui parlent aux travailleurs de “socialisme scientifique” ou de practicalité, de possibilisme, de coopération, d’accumulation de capital pour maintenir des grèves pacifiques, des requêtes pour une aide et un soutien des autorités etc, de telle façon que cela endormira les travailleurs et restreindra leurs urgences révolutionnaires. Si les anarchistes faisaient partie de ces sociétés, au moins ils empêcheraient les “sédatifs” de perpétrer leur propagande contre nous. (NdT: Regardons la justesse de ce propos à l’aune du syndicalisme “réformiste” de tout poil ayant cours depuis la fin des années 1950, bouffant au ratelier de la grande bourgeoisie, ayant abandonné toute velléité révolutionnaire, juste pour en croquer, vivre des subsides de l’État et arrondir les angles pour leurs maîtres de la haute finance et de la grande industrie transnationale… A gerber, mais ces propos de del Marmól étaient bel et bien visionnaires, même si la situation était par trop prévisible…)

De plus, si, comme c’est le cas en Espagne, les anarchistes sont les membres les plus actifs de ces sociétés (de résistance), ceux qui accomplissent tout travail nécessaire pour la gloire, à l’encontre des fourbes qui les exploitent, alors ces sociétés seront toujours de notre côté. En Espagne, ce sont ces sociétés qui achètent toujours un grand nombre de journaux anarchistes chaque semaine pour les distribuer gratuitement à leurs membres. Ce sont ces sociétés qui donnent de l’argent pour le support de nos publications et qui aident les prisonniers et tous ceux qui sont persécutés. Nous avons montré par notre travail dans ces sociétés que nous luttons pour la gloire de nos idées. De plus, nous allons partout où il y a des travailleurs, même là où il n’y en a pas, si nous pensons que notre présence peut y être utile pour la cause de l’anarchie.

 

Telle est la situation en Catalogne (et de manière croissante dans le reste de l’Espagne), où il y a à peine une municilaité qui n’a pas créé ou au moins aidé à créer des groupes, qu’on les appelle des cercles, des sociétés littéraires, des centres de travailleurs etc… qui sympathisent avec nos idées sans se décrire eux-mêmes comme anarchistes, sans même qu’ils soient réellement anarchistes. Dans ces endroits, nous donnons des conférences purement anarchistes, mélangeant notre travail révolutionnaire avec les autres réunions musicales et littéraires. Là, assis autour d’un café, nous débattons, nous nous rencontrons chaque soir, ou nous étudions dans la bibliothèque. (NdT: Il faut lire les récits des centres culturels anarchistes dans l’Espagne révolutionnaire de 1936-39 à Barcelone et ailleurs, pour comprendre la ferveur et la soif de connaissance qui y étaient assouvies… Ceci fut le résultat d’une mise en place datant de 1868. C’est ce qu’il manque aujourd’hui, même si l’internet est une énorme source d’information, il manque les réunions-débats, formatrices politiques. Ceci devraient se généraliser dans les espaces publics…)

 

C’est là où nos journaux ont leur bureau d’édition et où nous envoyons les journaux que nous recevons ensuite dans la salle de lecture ; ceci est pratiquement organisé gratuitement à un moindre coût. Par exemple dans le cercle de Barcelone, il n’est même pas requis de devenir membre. Ceux qui veulent devenir membres le peuvent et la contribution de 25 centimas est aussi optionnelle. Des 2 à 3000 travailleurs qui fréquentent le cercle, seuls environ 300 sont membres actifs. Nous pouvons dire que ces endroits sont le point de focalisation de nos idées. Quoi qu’il en soit, bien que le gouvernement ait toujours cherché un prétexte pour les faire fermer, il ne l’a jamais fait parce qu’ils ne se décrivent pas eux-mêmes comme anarchistes et les réunions publiques, assemblées, ne se tiennent pas là. Rien ne se fait dans ces endroits qui ne pourrait se faire dans un café, mais parce que bien des éléments actifs s’y rendent, bien souvent de grandes choses et idées émergent et y sont discutées devant un café ou un verre de Cognac.

N’oublions pas les sociétés coopératives pour la consommation. Dans presque toutes les villes de Catalogne, sauf Barcelone où cela est impossible dû aux grandes distances impliquées et aussi au mode de vie, les coopératives de consommation ont été créées pour que les travailleurs y trouvent des denrées alimentaires de meilleure qualité et bien moins chères que chez les détaillants, dont des membres ne considère pas les coopératives comme une fin en soi, mais comme un moyen de profiter. Il y a des sociétés qui font de grands achats et qui ont des crédits de l’ordre de 60 000 pesetas, qui ont été bien utiles lors des grèves, donnant du crédit aux ouvriers. Dans les sociétés littéraires des “gentilshommes” (ou des “sages” comme ils sont souvent connus), ils discutent de socialisme; deux camarades s’enregistrent comme membres (s’ils n’ont pas d’argent, le groupe y veillera) et y vont représenter nos idées.

La même chose avec notre presse. Elle ne laisse jamais de côté les idées anarchistes, mais elle fait de la place pour les manifestes, les déclarations et les informations, qui même si elles sont de peu d’importance, n’en servent pas moins pour notre journal et avec celui-ci, nos idées, de pénétrer dans des villes ou des zones où elles ne sont pas beaucoup répandues. Ceci correspond à nos tactiques et je pense que si elles étaient adoptées dans d’autres pays, les anarchistes verraient bientôt leur champ d’action s’élargir.

Rappelez-vous qu’en Espagne, la plupart des gens ne savent pas lire (NdT: en cette fin XIXème siècle), mais malgré cela, six périodiques anarchistes, des pamphlets, des livres et beaucoup de prospectus sont imprimés. Il y a continuellement des réunions et même sans de grands noms pour promouvoir les idées, de grands résultats sont atteints.

En Espagne, la bourgeoisie est sans pitié et rude et ne permettra pas à quelqu’un de sa classe de sympathiser avec nous. Quand quelqu’un de position importante prend notre défense, tout moyen est déchaîné contre lui pour le forcer à nous abandonner, ceci est fait de telle façon, qu’il ne peut alors plus que nous soutenir de manière privée, en catimini. En revanche, la bourgeoisie lui donne tout ce qu’il veut s’il s’écarte de nous. Ainsi, tout le travail fait en faveur de l’anarchie repose sur les épaules des travailleurs manuels, qui doivent lui sacrifier leurs heures de repos…

 

La résistance politique passe par arrêter de « comprendre » les choses par le prisme de la propagande…

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–“Du point de vue de la liberté, quel système serait le mieux ? Dans quelle direction devrions-nous désirer que les forces du progrès se meuvent ? Je n’ai aucun doute que le meilleur système serait un système pas très éloigné de celui encouragé par Pierre Kropotkine.”–

-Bertrand Russell (1919) –

 

Nous avions deja publié il y a quelques mois, une traduction de longs extraits d’un ouvrage non réédité en français de Pierre Kropotkine “Evolution and Environment”, que nos lecteurs peuvent consulter sur ces liens:

Evolution et environnement 1ere partie

Evolution et environnement 2eme partie

L’œuvre et les recherches de Kropotkine sont un antidote contre le poison du darwinisme-social qu’on nous sert jusqu’à plus soif, pseudo-science au goût frelaté de malthusianisme, qui est le credo et le dogme de l’oligarchie en place pour continuer à pouvoir semer discorde, division, chaos et misère sociale sous couvert d’”inéluctabilité” socio-biologique renforçant ainsi par la creation d’une fatalité illusoire, leur pouvoir usurpé aux peuples par le biais de la tromperie, et maintenu par l’oppression et l’exploitation.

Nous devons lire et relire Kropotkine comme l’ont fait et le font toujours nombre de scientifiques qui refusent que la science soit detournée au profit du seul petit nombre.

Ici nous avons traduit une partie de la définition de l’anarchisme que Pierre Kropotkine écrivit pour l’Encyclopaedia Britannica en 1910. Pierre Kropotkine était le scientifique des débuts du mouvement anarchiste. Ses séminaires scientifiques et politiques ont été suivis par des milliers de personnes tant lors de ses deux grandes tournées aux Etats-Unis qu’en Europe. Il était un scientifique de renommée mondiale et est considéré aujourd’hui par bon nombre de socio-biologistes comme le “père” de la biologie sociale moderne.

Il est important qu’au XXIème siècle, la majorité de la population commence à comprendre que l’anarchisme n’est en aucun cas ce à quoi se réfère sans cesse l’establishment de “droite comme de gauche” pour qui la seule priorité est la pérennité du système ad vitam aeternam, pour des raisons oligarchiques plus qu’évidentes.

L’anarchisme c’est de fait l’ordre sans l’état. Antonin Artaud disait des anarchistes “qu’ils (les anarchistes) sont tellement épris de l’ordre qu’ils n’en supportent aucune caricature.” L’anarchisme n’est en rien le chaos politique et social, que la “bienpensance” et “bienséance” nous inculquent, bien au contraire. L’anarchisme n’est pas le nihilisme cher aux héros déracinés des grand romans de Dostoïevsky; l’anarchisme est un ordre social et moral fondé sur l’égalitarisme et la justice sociale réels, non coercitifs, fondé sur la solidarité et la coopération, qui sont des parties intégrantes primordiales de la nature humaine, muselées et réprimées depuis des siècles, d’abord par la morale judéo-chrétienne, puis par le matracage des pseudo-sciences sociales fondées sur le malthusianisme et le darwinisme-social, qui ont enchaînés la conscience sociale et politique humaine aux boulets de l’ingénierie sociale, grande machine à broyer la démocratie et fabriquer le consentement oligarchique.

Pierre Kropotkine a ancré l’anarchisme dans la science et l’universalité de la pensée. Il est un des patrimoines de l’humanité à (re)découvrir de toute urgence.

–“Kropotkine ne fut pas seulement la première personne qui démontra que la coopération était très importante dans le règne animal, il fut la première personne qui argumenta fortement dans le sens où la compréhension de la coopération au sein du monde animal éclairera la compréhension de la coopération humaine et de fait, aiderait la science à faire la promotion de la coopération humaine, ainsi permettant peut-être de sauver notre espèce de l’extinction par auto-destruction. Aujourd’hui, les anthropologues, les scientifiques de la politique, les économistes et les psychologues publient des centaines d’études chaque année sur la coopération humaine et les chercheurs dans ce domaine commencent seulement à réaliser que tant de sujets qu’ils étudient furent en première instance suggérés et étudiés par Pierre Kropotkine.”–

(Dr. Lee Alan Dugatkin, professeur de biologie à l’université de Louisville, KY, USA. Maître ès Histoire et Docteur (Ph.D) en Biologie évolutive, auteur de neuf livres sur l’évolution, “The prince of evolution”, 2011)

 

– Resistance 71 –

 

Anarchisme

 

The Encyclopaedia Britannica, 1910.

par Pierre Kropotkine

 

– Extraits –

 

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

ANARCHISME, nom donné à un principe ou une théorie de la vie et de conduite sociale sous lequel la société est conçue sans gouvernement; l’harmonie dans une telle société étant obtenue non pas par soumission à la loi, ou par l’obéissance à une autorité, mais par l’adhésion libre conclue par les membres des différents groupes territoriaux ou professionnels, librement constitués pour le fonctionnement de la production et de la consommation, ainsi que la satisfaction des besoins variés et infinis, des aspirations des êtres civilisés. Dans une société développée selon cette ligne de conduite, les associations volontaires, qui commencent déjà à représenter maintenant tous les secteurs de l’activité humaine, prendraient encore plus d’importance jusqu’à se substituer aux fonctions de l’état. Elles représenteraient un réseau inter-connecté, composées d’un nombre infinis de groupes et de fédérations de toutes tailles, locales, régionales, nationales, internationales, temporaires ou plus ou moins permanentes, à des fins multiples telles que: production, consommation, échange, communications, arrangements sanitaires, éducation, protection mutuelle, défense du territoire, etc et d’un autre côté pour la satisfaction d’une demande toujours plus grande pour les arts, les sciences, la technologie, la littérature et les besoins sociaux. De plus cette société ne serait en rien immuable. En effet, comme dans la vie organique en général, l’harmonie résulterait du changement permanent et des ajustements faits afin de maintenir l’équilibre entre la multitude des forces et des influences; cet ajustement serait plus facile à faire dans la mesure où aucune des forces ne jouirait de la protection spéciale de l’état.

Il est envisagé que si la société était organisée selon ces principes, l’Homme ne serait pas limité à l’exercice de sa force dans la production de travail au sein d’un monopole capitaliste, maintenu par l’état; il ne serait pas non plus limité à exercer sa volonté par peur d’une punition ou par une obéissance aveugle envers des entités individuelles ou métaphysiques, qui toutes deux mènent à la diminution de l’initiative et à la servilité de l’esprit. Il serait guidé dans ses actions par sa propre compréhension, ce qui serait nécessairement porteur d’une impression d’action libre et d’une réaction entre lui-même et les conceptions éthiques de son environnement. L’Homme serait alors en mesure de développer pleinement ses capacités et facultés intellectuelles, artistiques et morales, sans être surmené par le travail pour les monopolistes ou par la servilité ou l’inertie d’esprit du plus grand nombre. Il serait alors capable d’atteindre la plénitude de lui-même, ce qui n’est pas possible dans le contexte actuel d’individualisme ou sous aucun système de socialisme d’état dans le soi-disant Volkstaat (état populaire) […]

[…] Concernant leurs conceptions économiques, les anarchistes, de manière commune avec tous les socialistes, desquels ils constituent l’aile gauche, maintiennent que le système actuel dominant de la propriété privée de la terre et de la production capitaliste pour le seul profit, représentent un monopole qui est en contradiction directe avec les principes de justice et d’utilité. Ils sont les obstacles principaux qui empêchent le succès de la technologie moderne et son avènement pour le bien de tous afin de produire le bien-être de toutes et tous. Les anarchistes considèrent le système du salariat et de la production capitaliste comme un obstacle au progrès. Mais ils insistent pour dire que l’état était et continue d’être l’instrument clef par lequel le petit nombre peut monopoliser la terre, et les capitalistes s’approprier annuellement une part disproportionnée du surplus de production accumulé. En conséquence, tout en combattant le monopole actuel de la terre, et le capitalisme dans son ensemble, les anarchistes combattent avec la même vigueur l’état qui est le soutien principal de ce système. Pas une forme particulière d’état, mais l’état en général, qu’il soit monarchique ou même une république gouvernée par le moyen du référendum […]

[…] L’organisation de l’état ayant toujours été, à la fois dans l’histoire ancienne et plus récente (empire macédonien, empire romain, les états modernes européens bâtis sur les ruines des cités médiévales autonomes), l’instrument de l’établissement des monopoles en faveur des minorités dirigeantes; cette organisation ne peut pas être amenée à travailler pour la destruction de ces monopoles. Les anarchistes considèrent ainsi, que donner à l’état toutes les sources majeures de la vie économique, le sol, les mines, les chemins de fer, les banques, les assurances, etc, ainsi que la gestion des branches principales de l’industrie, en plus de toutes les fonctions déjà entre ses mains telles l’éducation, les religions d’état, la défense du territoire etc, ne ferait que créer de fait un nouvel élément de tyrannie. Le capitalisme d’état ne fera que renforcer les pouvoirs de la bureaucratie et du capitalisme. Le véritable progrès réside dans la décentralisation à la fois territoriale et fonctionnelle, dans le développement d’un esprit d’initiative personnel et local et de la fédération du plus simple vers le plus compliqué au lieu de la présente hiérarchie allant du centre vers la périphérie.

Communément avec la plupart des socialistes, les anarchistes reconnaissent que comme toute évolution dans la nature, la lente évolution de la société est suivie de temps à autre par des périodes d’accélération de l’évolution que l’on appelle des révolutions et ils pensent que l’ère des révolutions n’est pas encore finie. Des périodes de changement rapides suivront des périodes d’évolution lente, et nous devons tirer avantage de ces périodes non pas pour augmenter la puissance et le pouvoir de l’état, mais pour les réduire, par l’organisation dans chaque ville, chaque commune de groupes locaux de producteurs et de consommateurs et les fédérations de ces groupes à l’échelon régional, national et international.

En vertu de ces principes pré-cités, les anarchistes refusent de faire partie de l’organisation étatique actuelle et de la soutenir en y infusant du sang neuf. Ils ne cherchent pas à en faire partie et invitent les travailleurs à ne pas y participer et à ne pas créer de partis politiques dans les parlements. De ce fait, depuis la fondation de l’Association International des Travailleurs en 1864-66, ils ont décidé de promouvoir leurs idées directement au sein des organisations de travailleurs et d’impliquer ces syndicats dans une lutte directe contre le capital, sans placer leur foi dans une législation parlementaire […]