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Résistance politique: Commune de Paris 1871 et démocratie radicale

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Les « Versaillais » de Macron à la manœuvre

N’oublions jamais que la Commune de Paris, cette poussée démocratique radicale issue des profondeurs de la nature humaine anarchiste et auto-organisatrice, ayant pour objectif l’égalité et le bonheur pour tous, a été réprimée dans un bain de sang (entre 25 et 30 000 morts dans la semaine sanglante) suivi de milliers de déportations, par une république dite « modérée », gérée par une ordure royaliste (A.Thiers). La répression fut menée tambours battants par une armée française vaincue par l’armée prussienne quelques mois auparavant et à laquelle fut rendue ses armes pour écraser le peuple sous les regards goguenards des Prussiens appréciant le sale boulot fait par des rats vaincus au nom d’une oligarchie toute puissante gérant les deux pays et qui tremblait comme une feuille morte à l’idée d’une victoire des Communards.

L’Idée a survécu et survivra toujours jusqu’à sa réalisation finale, la Commune n’est pas morte et jamais ne mourra ! Le brouillon de 1871 servira à ériger la société des sociétés de demain. Tendez bien l’oreille, on entend ses pas dans le lointain, portés par l’esprit communard qui vit en toute lutte pour la liberté.

État rend-toi… Tu es cerné !

~ Résistance 71 ~

 

Mars 1871: Face au péril, le peuple de Paris répond par la démocratie

 

Les Amies et Amis de la Commune de Paris 1871

 

27 mai 2018

 

url de l’article original: http://www.commune1871.org

 

Editorial de Mai 2018

 

Après avoir subi le poids de l’Empire pendant 20 ans, les Parisiens, avides de liberté et de justice, vont avoir un sursaut patriotique et prendre leur destin en main. Spontanément, la population parisienne, dans sa diversité, va tenter de relever ce nouveau défi. La Commune de Paris va devenir la première république sociale, produite par la démocratie et tirant sa légitimité de son élection.

Le peuple souverain prend conscience de sa force émancipatrice et de ses droits fondamentaux. Les clubs, les quartiers, les Chambres ouvrières et syndicales deviennent des lieux d’éveil de la conscience politique. La parole est libérée. La presse est abondante et indépendante. La présence en nombre des femmes démontre que l’heure est venue d’affirmer leurs droits et leur dignité. De ce foisonnement des idées, vont découler de nombreuses initiatives et décisions de portée sociale et sociétale, d’une audace remarquable.

De nos jours encore, l’imaginaire et les idéaux de la Commune de Paris continuent de faire rêver les peuples en lutte. Suite à la réhabilitation des communards par l’Assemblée nationale, le 29 novembre 2016, nous nous mobilisons pour que l’œuvre de la Commune de Paris soit mieux connue, mieux enseignée et trouve sa visibilité dans l’espace public. Malgré les nombreux obstacles rencontrés, notre demande de station de métro « Commune de Paris 1871  » reste un objectif majeur.

La perspective du 150e anniversaire de la Commune de Paris est un défi auquel tous nos comités de province seront associés. Nous établissons des contacts avec les organisations et associations qui ont en partage les valeurs de la Commune, à qui nous proposerons des initiatives communes ou particulières.

Depuis peu, le ciel européen voit s’amonceler des nuées brunes menaçantes et de mauvais augure. Une société d’accumulation et de concentration éhontées des richesses industrielles et financières par une minorité, assortie d’une précarisation et d’un déclassement des populations, d’une régression sociale, de la peur de perdre son travail, facilite l’opposition des individus entre eux, suscite la peur et le repli sur soi, et est de nature à raviver les conflits.

La liberté de la presse et l’indépendance de la justice se trouvent parfois remises en cause. Les discours sécuritaires à forts relents nauséabonds produisent leurs effets. Les peurs sont plus fortes que le désir d’avenir. Dans ces conditions, le désintérêt des citoyens pour la vie politique les éloigne des décisions démocratiques, abandonnant leurs destins entre les mains de dirigeants réactionnaires et conservateurs.

Cette situation mérite une analyse qui peut se nourrir de la modernité de l’œuvre de la Commune, de ses pratiques innovantes et de ses valeurs et idéaux fraternels, sources d’apaisement et de paix entre les peuples.

L’urgence démocratique, l’éveil des peuples, de leur conscience politique deviennent, alors, des priorités.

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Lectures complémentaires:

Manifeste pour la Société des Sociétés

Que faire ?

Le_monde_nouveau_Pierre_Besnard

Exemple_de_charte_confederale_Bakounine

La Morale Anarchiste de Kropotkine)

Appel au Socialisme (PDF)

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Résistance politique: Dire NON !… et s’y tenir…

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Quelques textes de la Commune et sur la guerre qui l’amena

 

Résistance 71

 

27 décembre 2017

 

Aux travailleurs de tous les pays

Les Internationaux français, 1870

 

Source: “La Commune, histoire et souvenirs”, Louise Michel, 1898

 

 

Travailleurs,

Nous protestons contre la destruction systématique de la race humaine, contre la dilapidation de l’or du peuple qui ne doit servir qu’à féconder le sol et l’industrie, contre le sang répandu pour la satisfaction odieuse de vanité, d’amour-propre, d’ambitions monarchiques, froissées et inassouvies.

Oui, de toute notre énergie, nous protestons contre la guerre comme hommes, comme citoyens, comme travailleurs.

La guerre, c’est le réveil des instincts sauvages et des haines nationales.

La guerre, c’est le moyen détourné des gouvernants pour étouffer les libertés publiques.

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Manifeste de la mairie du 18ème arrondissement (extraits)

Manifeste adressé aux révolutionnaires de Montmartre en mai 1871

Source: Ibid.

De grandes et belles choses se sont accomplies depuis le 18 mars [1871] et notre œuvre n’est pas encore achevée, de plus grandes encore doivent s’accomplir et s’accompliront parce que nous poursuivrons notre tâche sans trêve, sans crainte dans le présent ni dans l’avenir.

Mais pour cela, il nous faut conserver tout le courage, toute l’énergie que nous avons eus jusqu’à ce jour et qui plus est, il faut nous préparer à de nouvelles abnégations, à tous les périls, à tous les sacrifices: plus nous seront prêts à donner, moins il nous en coûtera.

Le salut est à ce prix et votre attitude prouve suffisamment que vous l’avez compris.

Une guerre sans exemple dans l’histoire des peuples nous est faite ; elle nous honore et flétrit nos ennemis.

Vous le savez, tout ce qui est vérité, justice ou liberté n’a jamais pris sa place sous le soleil sans que le peuple ait rencontré devant lui, et armés jusqu’aux dents, les intrigants, les ambitieux et les usurpateurs qui ont intérêt à étouffer nos légitimes aspirations.

Aujourd’hui, citoyens, vous êtes en présence de deux programmes:

Le premier, celui des royalistes de Versailles conduits par la chouannerie légitimiste et dominés par des généraux de coup d’état et des agents bonapartistes, trois partis qui se déchireraient eux-mêmes après la victoire et se disputeraient les Tuileries.

Ce programme, c’est l’esclavage à perpétuité, c’est l’avilissement de tout ce qui est peuple ; c’est l’étouffement de l’intelligence et de la justice ; c’est le travail mercenaire ; c’est le collier de misère rivé à vos cous ; c’est la menace à chaque ligne ; ou y demande votre sang, celui de vos femmes et de vos enfants, on  demande nos têtes comme si nos têtes pouvaient boucher les trous faits dans vos poitrines, comme si nos têtes tombées pouvaient ressusciter ceux qu’ils vous ont tués.

Ce programme, c’est le peuple à l’état de bête de somme, ne travaillant que pour un amas d’exploiteurs et de parasites, que pour engraisser des têtes couronnées, des ministres, des sénateurs, des maréchaux, des archevêques et des jésuites.

C’est Jacques Bonhomme à qui l’on vend depuis ses outils jusqu’aux planches de sa cahute, depuis la jupe de sa ménagère, jusqu’aux langes de ses enfants pour payer les lourds impôts qui nourrissent le roi et la noblesse, le prêtre et le gendarme.

L’autre programme citoyens, c’est celui pour lequel vous avez fait trois révolutions [1789, 1830, 1848], c’est celui pour lequel vous combattez aujourd’hui [1871], c’est celui de la Commune, c’est le vôtre enfin.

Ce programme c’est la revendication des droits de l’Homme, c’est le peuple maître de ses destinées, c’est la justice et le droit de vivre en travaillant ; c’est le sceptre des tyrans brisés sous le marteau de l’ouvrier, c’est l’outil légal du capital, c’est l’intelligence punissant la ruse et la sottise, c’est l’égalité d’après la naissance et la mort.

Et disons-le citoyens, tout homme qui n’a pas son opinion faite aujourd’hui n’est pas un homme ; tout indifférent qui ne prendra pas part à la lutte ne pourra pas jouir en paix des bienfaits sociaux que nous préparons sans en avoir à rougir devant ses enfants.

Ce n’est plus un 1830 ni un 48, c’est le soulèvement d’un grand peuple qui veut vivre libre ou mourir.

[…]

Il faut vaincre et vaincre vite et avec la paix le laboureur retournera à sa charrue, l’artiste à ses pinceaux, l’ouvrier à son atelier, la terre redeviendra féconde et le travail reprendra. Avec la paix nous accrocherons nos fusils et reprendrons nos outils et heureux d’avoir bien rempli notre devoir, nous aurons le droit de dire un jour: Je suis un soldat citoyen de la grande révolution.

~ Les membres de la Commune:

Dereure, J-B Clément, Vermorel

Pashal Grousset, Cluseret,

Arnols, Théophile Ferré ~

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Lectures connexes:

Que faire ?

Manifeste de la societe des societes

L’anarchie pour la jeunesse

Errico_Malatesta_écrits_choisis

Exemple_de_charte_confederale_Bakounine

La Morale Anarchiste de Kropotkine)

Les_amis_du_peuple_révolution_française

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Appel au Socialisme (PDF)

Société contre l’État: La confédération des communes libres avenir de nos sociétés…

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« Renversez l’État, la société fédérée surgira de ses ruines, vraiment une, vraiment indivisible, mais libre et grandissant en solidarité par sa liberté même. » […]
« Opposons à un idéal copié sur le passé un idéal nouveau, l’anarchie, c’est à dire l’abolition complète des États et l’organisation du simple au composé par la fédération libre des forces populaires, des producteurs et des consommateurs. […] La révolution ne sera victorieuse que le jour où le travailleur des usines et le cultivateur des champs marcheront la main dans la main à la conquête de l’égalité pour tous, en portant le bonheur dans les chaumières comme dans les édifices des grandes agglomérations industrielles. »

(Pierre Kroptkine, 1882)

Manifeste pour la commune libre

Commune libre et autogestion

 

L’avenir de la société

 

Tiziana Antonelli

 

4 Mai 2016

 

url de l’article:

http://www.monde-libertaire.fr/?article=Lavenir_de_la_societe

 

« Il n’y a plus d’État, il n’y a plus de pouvoir central supérieur (…), il y a seulement la force collective résultant de la fédération (…) Les communes jouissent de toute leur indépendance, c’est cela l’anarchie véritable. » J. Guillaume

La Commune de Paris aujourd’hui

La commémoration de la Commune de Paris est tombée cette année au moment où émerge une défiance croissante des masses envers la justice et les formes de légitimation des classes au pouvoir.

Alors qu’on approche des élections municipales dans plusieurs grandes villes, la classe politique craint par-dessus tout l’accroissement des abstentions. L’abstentionnisme marque un tournant dans le panorama politique italien : déjà depuis quelques années il n’existe plus de représentation parlementaire qui se revendique explicitement de l’héritage historique du mouvement ouvrier (communiste ou socialiste) ; selon les recherches des instituts spécialisés, les ouvriers constituent la majorité des abstentionnistes, et l’abstentionnisme est l’option politique majoritaire des ouvriers. Il s’agit d’un vrai mouvement de masse, avec de profondes racines de classes, qui ne réussit pas encore à s’exprimer avec une proposition alternative au modèle étatique d’organisation sociale.

Les gouvernements source de la misère et de la violence

D’autre part la classe politique et les gouvernements démontrent chaque jour leur incompréhension et leur aversion à l’égard des exclus du pouvoir et des revenus de la société capitaliste, l’immense masse des frustrés, du prolétariat. Les politiques d’austérité et de croissance des profits, se traduisent par une augmentation de l’exploitation de la force de travail, par la réduction des salaires, par l’augmentation du chômage, en un mot la croissance de la misère des classes populaires. La répression qui frappe quiconque s’oppose aux projets des institutions et des classes dominantes, se transforme en une militarisation de la société et aboutit à la ségrégation et la plus grande violence à l’égard des migrants.

Le congrès de la Fédération

C’est dans ce contexte que la Fédération Anarchiste Italienne a décidé de mettre à l’ordre du jour du prochain congrès le projet de transformation sociale, et en particulier les formes d’organisations sociales anti-étatiques. Ce qui se passe actuellement au Kurdistan démontre l’utilité de la réflexion et de la proposition politique des anarchistes organisés. Le mouvement de libération du peuple kurde, inspiré par des idéaux assez différents des nôtres, cherche une solution à la situation dramatique des peuples de la région dans des formes d’organisations bien éloignées de l’idée de l’État-nation, qui prévoient une forte participation de la base, et susceptibles d’évoluer vers une société libertaire et égalitaire. En dehors des forces et de la présence du mouvement anarchiste, la prégnance du modèle anarchiste est perceptible dans sa continuelle réapparition, jusque dans les secteurs sociaux et politiques bien éloignés de nos idées. Il existe une poussée sociale profonde en faveur de l’anarchie, qui s’impose par delà les sujets qui en sont les porteurs. D’où l’importance du débat au sein de la Fédération : donner à cette poussée sociale profonde conscience de soi, de sa propre force et des objectifs concrets dans lesquels ils s’expriment.

Un nouveau modèle d’organisation sociale

La Commune de Paris a annoncé un nouveau modèle de société. Aujourd’hui nous ne nous y intéressons pas seulement pour commémorer cette épopée prolétarienne, mais surtout pour en tirer des enseignements pour l’avenir.

Errico Malatesta avait probablement raison quand il affirmait, cinquante ans après, que la Commune est plus importante pour ce qu’elle aurait pu être que pour ce qu’elle fut. Ce qu’elle a mis en place, malgré tous les efforts des philistins que se sont servis de l’émancipation de la classe ouvrière comme tremplin de leur propre ascension parlementaire (la longue marche à l’intérieur des institutions), c’est que le prolétariat peut conquérir sa libération seulement sur les décombres de l’État et à l’intérieur d’une organisation sociale basée sur l’assemblée de base, sur la révocabilité des délégués et sur le mandat impératif, sans compter la rétribution des fonctions égale au salaire moyen d’un ouvrier. En même temps, la Commune procéda à la liquidation des organes de répression et de l’armée, remplacés par le peuple en armes. Un autre point important fut la substitution du centralisme étatique par le fédéralisme des Communes.

Dans un article précédent (1903) le même Malatesta avait émis des doutes sur la Commune, qu’il considérait comme étant toujours une forme de gouvernement qui n’avait pas mal tourné uniquement parce qu’il avait peu duré. « La critique anarchiste s’est penchée depuis de nombreuses années sur les évènements connus sous le nom de Commune de Paris, et il est peu resté, ou pas grand-chose, du régime communaliste, comme cela fut entendu à Paris en 1871, qui puisse être accepté et donné en exemple aux anarchistes ». Avec le temps, à l’intérieur de l’anarchisme italien on a eu un regard plus favorable, en particulier suite à l’expérience des conseils et des soviets qu’ils reprirent à Bologne en 1920, en approuvant deux motions, l’une en faveur des Conseils de fabrique en période révolutionnaire, et une en faveur des Soviets en tant qu’organismes de reconstruction sociale, à condition qu’ils soient l’expression directe de la volonté populaire, et non des principes abstraits imposés par un parti particulier. Par la suite ce sera la Fédération Anarchiste Italienne, lors du Congrès constitutif de 1945, qui verra dans les Comités (en fait les anciens Conseils) les instruments de la reconstruction économique et sociale. L’expérience de la Commune réapparaît surtout sur l’aspect qui avait rendu le plus dubitatif Malatesta, c’est à dire sur le terrain de la réorganisation de la société dans sa complexité, et pas seulement dans la production, et la distribution sous la responsabilité des organisations de travailleurs.

Il s’agit d’un passage très significatif, qui fait que les modèles de reconstruction sociale de type syndicaux, qui mettent au centre le rôle des producteurs, n’ont pas réussi à entraîner la totalité des militants italiens.

Même le mécanisme de la délégation, objet des critiques de Malatesta, est devenu le patrimoine commun du mouvement anarchiste, commun aux deux branches qui se séparèrent au Congrès de Carrare en 1965. Il est intéressant de noter à ce propos la position de Michele Damiani, porte parole des Groupes d’Initiative Anarchiste, exprimée dans un article de 1966 : « Dans une société organisée anarchiquement sur le principe de la Commune autonome et fédérée aux autres communes, nous anarchistes serions « électeurs et éligibles », et un peu plus loin « … une chose est … de déléguer à d’autres la faculté d’établir des lois pour les imposer à tous, en usant de la force, et c’en est une autre de déléguer les devoirs, la charge de travail : délégations toujours révocables et à tout moment ».

Voici comment l’expérience de la Commune a été reprise dans le mouvement anarchiste. Cette expérience et le débat qui en est issu nous fournissent des instruments pour la construction d’une société libertaire.

Tiziana Antonelli

Tiré de Umanità Nova, 27/03/2016

18 Mars 1871-18 Mars 2012: Hommage à la Commune et aux Communards !…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 18 mars 2012 by Résistance 71

En ce 18 Mars 2012 en en cette année électorale qui va consacrer une fois de plus le candidat (quel qu’il soit) de l’escroquerie oligarchique pseudo-démocratique, rendons hommage à la Commune de Paris de 1871 par ce superbe texte de Pierre Kropotkine écrit 10 ans après les évènements sanglants qui réprima le peuple.

Cette noble expérience libertaire fut réprimée dans un bain de sang par une république dite modérée, pourtant vaincue par l’ennemi extérieur, qui lui rendît ses armes pour écraser le peuple, tant l’Idée libertaire met le trouillomètre à zéro à tout sbire de l’oligarchie. Ceci s’est répété plus tard dans la répression et la trahison du mouvement ouvrier italien de 1920, Cronstadt (URSS) 1921 et bien sûr la révolution espagnole de 1936-39, qui a vue là la coalition des fascismes, du communisme autoritaire d’état (marxistes, stalinistes et trotkistes) et des républiques européennes étrangler le peuple espagnol et son expérience fructueuse de gestion anarchiste de la société (même si perfectible) dont le succès furur aurait signé l’arrêt des privilèges oligarchiques…

L’esprit et le vent de liberté de la Commune est et sera toujours présent !

Que la canaille reprenne les commandes de la société !…

— Résistance 71 —

 

La Commune de Paris

La Brochure Mensuelle N° 180 – Décembre 1937        

 

 

Pierre Kropotkine (1881)

I

Le 18 mars 1871, le peuple de Paris se soulevait contre un pouvoir généralement détesté et méprisé, et proclamait la ville de Paris indépendante, libre, s’appartenant à elle-même.

Ce renversement du pouvoir central se fit même sans la mise en scène ordinaire d’une révolution : ce jour, il n’y eut ni coups de fusil, ni flots de sang versé derrière les barricades. Les gouvernants s’éclipsèrent devant le peuple armé, descendu dans la rue : la troupe évacua la ville, les fonctionnaires s’empressèrent de filer sur Versailles, emportant avec eux tout ce qu’ils pouvaient emporter. Le gouvernement s’évapora, comme une mare d’eau putride au souffle d’un vent de printemps, et le 19, Paris, ayant à peine versé une goutte de sang de ses enfants, se trouva libre de la souillure qui empestait la grande cité.

Et cependant la révolution qui venait de s’accomplir ainsi ouvrait une ère nouvelle dans la série des révolutions, par lesquelles les peuples marchent de l’esclavage à la liberté. Sous le nom de Commune de Paris,naquit une idée nouvelle, appelée à devenir le point de départ des révolutions futures.

Comme c’est toujours le cas pour les grandes idées, elle ne fut pas le produit des conceptions d’un philosophe, d’un individu : elle naquit dans l’esprit collectif, elle sortit du cœur d’un peuple entier ; mais elle fut vague d’abord, et beaucoup parmi ceux-mêmes qui la mettaient en réalisation et qui donnèrent leur vie pour elle, ne l’imaginèrent pas au début telle que nous la concevons aujourd’hui ; ils ne se rendirent pas compte de la révolution qu’ils inauguraient, de la fécondité du nouveau principe qu’ils cherchaient à mettre en exécution. Ce fut seulement lors de l’application pratique que l’on commença à en entrevoir la portée future ; ce fut seulement dans le travail de la pensée qui s’opéra depuis, que ce nouveau principe se précisa de plus en plus, se détermina et apparut avec toute sa lucidité, toute sa beauté, sa justice et l’importance de ses résultats.

Dès que le socialisme eut pris un nouvel essor dans le courant des cinq ou six années qui précédèrent la Commune, une question surtout préoccupa les élaborateurs de la prochaine révolution sociale. C’était la question de savoir quel serait le mode de groupement politique des sociétés, le plus propice à cette grande révolution économique que le développement actuel de l’industrie impose à notre génération, et qui doit être l’abolition de la propriété individuelle et la mise en commun de tout le capital accumulé par les générations précédentes.

L’Association Internationale des Travailleurs donna cette réponse. Le groupement, disait-elle, ne doit pas se borner à une seule nation : il doit s’étendre par dessus les frontières artificielles. Et bientôt cette grande idée pénétra les cœurs des peuples, s’empara des esprits. Pourchassée depuis par la ligue de toutes les réactions, elle a vécu néanmoins, et dès que les obstacles mis à son développement seront détruits à la voix des peuples insurgés, elle renaîtra plus forte que jamais.

Mais, il restait à savoir quelles seraient les parties intégrantes de cette vaste Association ?

Alors, deux grands courants d’idées se trouvèrent en présence pour répondre à cette question : l’État populaired’une part ; de l’autre, l’Anarchie.

D’après des socialistes allemands, l’État devait prendre possession de toutes les richesses accumulées et les donner aux associations ouvrières, organiser la production et l’échange, veiller à la vie, au fonctionnement de la société.

A quoi la plupart des socialistes de race latine, forts de leur expérience, répondaient qu’un pareil État, — en admettant même que par impossible il pût exister, — eût été la pire des tyrannies, et ils opposaient à cet idéal, copié sur le passé, un idéal nouveau, l’anarchie,c’est-à-dire l’abolition complète des États et l’organisation du simple au composé par la fédération libre des forces populaires, de producteurs et des consommateurs.

Il fut bientôt admis, même par quelques «Étatistes», les moins imbus de préjugés gouvernementaux, que certes l’Anarchie représente une organisation de beaucoup supérieure à celle qui est visée par l’État populaire ; mais, disait-on, l’idéal anarchiste est tellement éloigné de nous, que nous n’avons pas à nous en préoccuper pour le moment. D’autre part, il manquait à la théorie anarchiste une formule concrète et simple à la fois, pour préciser son point de départ, pour donner un corps à ses conceptions, pour démontrer qu’elles s’appuyaient sur une tendance ayant une existence réelle dans le peuple. La fédération des corporations de métier et de groupes de consommateurs par-dessus les frontières et en dehors des États actuels, semblait encore trop vague ; et il était facile d’entrevoir en même temps qu’elle ne pouvait pas comprendre toute la diversité des manifestations humaines. Il fallait trouver une formule plus nette, plus saisissable, ayant ses éléments premiers dans la réalité des choses.

S’il ne s’était agi simplement que l’élaborer une théorie, peu importent les théories ! aurions-nous dit. Mais tant qu’une idée nouvelle n’a pas trouvé son énoncé net, précis et découlant des choses existantes, elle ne s’empare pas des esprits, ne les inspire pas au point de les lancer dans une lutte décisive. Le peuple ne se jette pas dans l’inconnu, sans s’appuyer sur une idée certaine et nettement formulée qui lui serve de tremplin, pour ainsi dire, à son point de départ.

Ce point de départ c’est la vie elle-même qui se chargea de l’indiquer.

Cinq mois durant, Paris, isolé par le siège, avait vécu de sa vie propre et il avait appris à connaître les immenses ressources économiques, intellectuelles et morales dont il dispose ; il avait entrevu et compris sa force d’initiative. En même temps, il avait vu que la bande de bavards qui s’était emparée du pouvoir ne savait rien organiser ni la défense de la France, ni le développement de l’intérieur. Il avait vu ce gouvernement central se mettre au travers de tout ce que l’intelligence d’une grande cité pouvait faire éclore. Il avait compris plus que cela : l’impuissance d’un gouvernement, quel qu’il soit, de parer aux grands désastres, de faciliter l’évolution prête à s’accomplir. Il avait subi pendant un siège une misère affreuse, la misère des travailleurs et des défenseurs de la ville, à côté du luxe insolent des fainéants, et il avait vu échouer, grâce au pouvoir central, toutes ses tentatives pour mettre fin à ce régime scandaleux, Chaque fois que le peuple voulait prendre un libre essor, le gouvernement venait alourdir les chaînes, attacher son boulet, et l’idée naquit tout naturellement que Paris devait se constituer en Commune indépendante, pouvant réaliser dans ses murs ce que lui dicterait la pensée du peuple !

Ce mot : LA COMMUNE, s’échappa alors de toutes les bouches.

La Commune de 1871 ne pouvait être qu’une première ébauche. Née à l’issue d’une guerre, cernée par deux armées prêtes à se donner la main pour écraser le peuple, elle n’osa se lancer entièrement dans la voie de la révolution économique ; elle ne se déclara pas franchement socialiste, ne procéda ni à l’expropriation des capitaux ni à l’organisation du travail ; ni même au recensement général de toutes les ressources de la cité. Elle ne rompit pas non plus avec la tradition de l’État, du gouvernement représentatif, et elle ne chercha pas à effecteur dans la Commune cette organisation du simple au complexe qu’elle inaugurait en proclamant l’indépendance et la libre fédération des Communes. Mais il est certain que si la Commune de Paris eût vécu quelques mois encore, elle eût été poussée inévitablement, par la force des choses, vers ces deux révolutions. N’oublions pas que la bourgeoisie a mis quatre ans de période révolutionnaire pour arriver de la monarchie tempérée à la république bourgeoise, et nous ne serons pas pas étonnés de voir que le peuple de Paris n’ait pas franchi d’un seul bond l’espace qui sépare la Commune anarchiste du gouvernement des pillards. Mais sachons aussi que la prochaine révolution qui, en France et certainement aussi en Espagne, sera communaliste, reprendra l’œuvre de la Commune de Paris là où l’ont arrêtée les assassinats des Versaillais.

La Commune succomba, et la bourgeoisie se vengea, nous savons comment, de la peur que le peuple lui avait faite en secouant le joug de ses gouvernants. Elle prouva qu’il y a réellement deux classes dans la société moderne : d’une part, l’homme qui travaille, qui donne au bourgeois plus de la moitié de ce qu’il produit, et qui cependant passe trop facilement sur les crimes de ses maîtres ; d’autre part, le fainéant, le repu, animé des instincts de la bête fauve, haïssant son esclave, prêt à le massacrer comme un gibier.

Après avoir enfermé le peuple de Paris et bouché toutes les issues, ils lancèrent les soldats abrutis par la caserne et le vin et leur dirent en pleine Assemblée : «Tuez ces loups, ces louves et ces louveteaux!» Et au peuple, ils dirent (1) :

— « Quoi que tu fasses, tu vas périr ! Si l’on te prend les armes à la mains, — la mort! si tu déposes les armes, — la mort! si tu frappes, — la mort! Si tu implores, — la mort! De quelque côté que tu tournes les yeux : à droite, à gauche, devant, derrière, en haut, en bas, — la mort! Tu es non seulement hors la loi, mais hors l’humanité. Ni l’âge, ni le sexe, ne sauraient te sauver, ni toi, ni les tiens. Tu vas mourir, mais avant tu savoureras l’agonie de ta femme, de ta sœur, de ta mère, de tes filles, de tes fils, même au berceau ! On ira, sous tes yeux, prendre le blessé dans l’ambulance pour le hacher à coup de sabre-baïonnette, pour l’assommer à coup de crosse de fusil. On le tirera, vivant, par sa jambe brisée ou son bras saignant, et on le jettera dans le ruisseau, comme un paquet d’ordures qui hurle et qui souffre.

« La mort ! La mort ! La mort !»

Et puis, après l’orgie effrénée sur des tas de cadavres, après l’extermination en masse, la vengeance mesquine et pourtant atroce qui dure encore, le martinet, les poucettes, les fers à fond de cale, les coups de fouet et la trique des argousins, les insultes, la faim, tous les raffinements de la cruauté.

Le peuple oubliera-t-il ces hautes œuvres ?

«Terrassée, mais non vaincue», la Commune renaît aujourd’hui. Ce n’est plus seulement un rêve de vaincus caressant dans leur imagination un beau mirage d’espérance ; non ! «la Commune» devient aujourd’hui le but précis et visible de la Révolution qui gronde déjà près de nous. L’idée pénètre les masses, elle leur donne un drapeau, et nous comptons fermement sur la présente génération pour accomplir la Révolution sociale dans la Commune,pour venir mettre fin à l’ignoble exploitation bourgeoise, débarrasser les peuples de la tutelle de l’État, inaugurer dans l’évolution de l’espèce humaine une nouvelle ère de liberté, d’égalité, de solidarité.

II

Dix années nous séparent déjà du jour où le peuple de Paris, renversant le gouvernement des traîtres, qui s’étaient emparés du pouvoir lors de la la chute de l’Empire, se constituait en Commune et proclamait son indépendance absolue (2). Et cependant, c’est encore vers cette date du 18 mars 1871 que se portent nos regards, c’est à elle que se rattachent nos meilleurs souvenirs ; c’est l’anniversaire de cette journée mémorable que le prolétariat des deux mondes se propose de fêter solennellement, et demain soir, des centaines de mille cœurs ouvriers vont battre à l’unisson, fraternisant à travers les frontières et les océans, en Europe, aux Etats-Unis, dans l’Amérique du Sud, au souvenir de la révolte du prolétariat parisien.

C’est que l’idée pour laquelle le prolétariat français a versé son sang à Paris et pour laquelle il a souffert sur les plages de la Nouvelle-Calédonie, est une de ces idées qui, à elles seules, renferment toute une révolution, une idée large qui peut recevoir sous les plis de son drapeau toutes les tendances révolutionnaires des peuples marchant vers leur affranchissement.

Certes, si nous nous bornions à observer seulement les faits réels et palpables accomplis par la Commune de Paris, nous devrions dire que cette idée n’était pas suffisamment vaste, qu’elle n’embrassait qu’une partie minime du programme révolutionnaire. Mais si nous observons, au contraire, l’esprit qui inspirait les masses du peuple, lors du mouvement du 18 mars, les tendances qui cherchaient à se faire jour et qui n’eurent pas le temps de passer dans le domaine de la réalité, parce que, avant d’éclore, elles furent étouffées sous des monceaux de cadavres, — nous comprendrons alors toute la portée du mouvement et les sympathies qu’il inspire au sein des masses ouvrières dans les deux mondes. La Commune enthousiasme les cœurs, non par ce qu’elle a fait, mais par ce qu’elle promet de faire un jour.

D’où vient cette force irrésistible qui attire vers le mouvement de 1871 les sympathies de toutes les masses opprimées? Quelle idée représente la Commune de Paris ? Et pourquoi cette idée est-elle si attrayante pour les prolétaires de tous pays, de toute nationalité ?

La réponse est facile. — La révolution de 1871 fut un mouvement éminemment populaire. Faite par le peuple lui-même, née spontanément au sein des masses, c’est dans la grande masse populaire qu’elle a trouvé ses défenseurs, ses héros, ses martyrs — et surtout ce caractère «canaille» que la bourgeoisie ne lui pardonnera jamais. Et en même temps, l’idée mère de cette révolution, — vague, il est vrai ; inconsciente peut-être, mais néanmoins bien prononcée, perçant dans tous ses actes, — c’est l’idée de la révolution sociale cherchant à s’établir enfin, après tant de siècles de luttes, la vraie liberté et la vraie égalité pour tous.

C’était la révolution de la «canaille» marchant à la conquête de ses droits.

On a cherché, il est vrai, on cherche encore à dénaturer le vrai sens de cette révolution et à la représenter comme une simple tentative de reconquérir l’indépendance pour Paris et de constituer un petit État dans la France. — Rien n’est moins vrai, cependant. Paris ne cherchait pas à s’isoler de la France, comme il ne cherchait pas à la conquérir par les armes ; il ne tenait pas à se renfermer dans ses murs, comme un bénédictin dans son cloître ; il ne s’inspirait pas d’un esprit étroit de clocher. S’il réclamait son indépendance, s’il voulait empêcher l’intrusion dans ses affaires de tout pouvoir central, c’est parce qu’il voyait dans cette indépendance un moyen d’élaborer tranquillement les bases de l’organisation future et d’accomplir dans son sein la révolution sociale, — une révolution qui aurait transformé complètement le régime de la production et de l’échange, en les basant sur la justice, qui aurait modifié complètement les relations humaines en les mettant sur le pied de l’égalité, et qui aurait refait la morale de notre société, en lui donnant pour base les principes de l’équité et de la solidarité.

L’indépendance communale n’était donc pour le peuple de Paris qu’un moyen, et la révolution sociale était son but.

Ce but, il eût été atteint, certainement, si la révolution du 18 mars eût pu suivre son libre cours, si le peuple de Paris n’eût pas été écharpé, sabré, mitraillé, éventré par les assassins de Versailles. Trouver une idée nette, précise, compréhensible à tout le monde et résumant en quelques mots ce qu’il y avait à faire pour accomplir la révolution, telle fut, en effet, la préoccupation du peuple de Paris dès les premiers jours de son indépendance. Mais une grande idée ne germe pas en un jour, quelque rapide que soit l’élaboration et la propagation des idées pendant les périodes révolutionnaires. Il lui faut toujours un certain temps pour se développer, pour pénétrer dans les masses et pour se traduire par es actes, et ce temps a manqué à la Commune de Paris.

Il lui a manqué d’autant plus, qu’il y a dix ans, les idées du socialisme moderne traversaient elles-mêmes une période transitoire. La Commune est née, pour ainsi dire, entre deux époques de développement du socialisme moderne. En 1871, le communisme autoritaire, gouvernemental et plus ou moins religieux de 1848 n’avait plus de prise sur les esprits pratiques et libertaires de notre époque. Où trouver aujourd’hui un Parisien qui consente à s’enfermer dans une caserne phalanstérienne ? D’autre part, le collectivisme, qui veut atteler dans un même char le salariat et la propriété collective, restait incompréhensible, peu attrayant, hérissé de difficultés dans son application pratique. Et le communisme libre, le communisme anarchiste, se faisait jour à peine ; à peine osait-il affronter les attaques des adorateurs du gouvernementalisme.

L’indécision régnait dans les esprits, et les socialistes eux-mêmes ne se sentaient pas l’audace de se lancer à la démolition de la propriété individuelle, n’ayant pas devant eux de but bien déterminé. Alors on se laissa berner par ce raisonnement que les endormeurs répètent depuis des siècles. — «Assurons-nous d’abord la victoire ; on verra après ce qu’on pourra faire.»

S’assurer d’abord la victoire ! Comme s’il y avait moyen de se constituer en Commune libre tant qu’on ne touche pas à la propriété ! Comme s’il y avait moyen de vaincre les ennemis, tant que la grande masse du peuple n’est pas intéressée directement au triomphe de la révolution, en voyant arriver le bien-être matériel, intellectuel et moral pour tous ! On cherchait à consolider d’abord la Commune en renvoyant à plus tard la révolution sociale, tandis que l’unique moyen de procéder était de considérer la Commune par la révolution sociale !

Il en arriva de même pour le principe gouvernemental. En proclamant la Commune libre, le peuple de Paris proclamait un principe essentiellement anarchiste ; mais, comme à cette époque l’idée anarchiste n’avait que faiblement pénétré dans les esprits, il s’arrêta à moitié chemin et, au sein de la Commune il se prononça encore pour le vieux principe autoritaire, en se donnant un Conseil de la Commune, copié sur les Conseils municipaux.

Si nous admettons, en effet, qu’un gouvernement central est absolument inutile pour régler les rapports des Communes entre elles, pourquoi en admettrions-nous la nécessité pour régler les rapports mutuels des groupes qui constituent la Commune ? Et si nous abandonnons à la libre initiative des Communes le soin de s’entendre entre elles pour les entreprises qui concernent plusieurs cités à la fois, pourquoi refuser cette même initiative aux groupes dont se compose une Commune ? Un gouvernement dans la commune n’a pas plus de raison d’être qu’un gouvernement au-dessus de la Commune.

Mais, en 1871, le peuple de Paris, qui a renversé tant de gouvernements, n’était qu’à son premier essai de révolte contre le système gouvernemental lui-même : il se laissa donc aller au fétichisme gouvernemental et se donna un gouvernement. On en connaît les conséquences. Il envoya ses enfants dévoués à l’Hôtel-de-Ville. Là, immobilisés, au milieu des paperasses, forcés de gouverner lorsque leurs instincts leur commandaient d’être et de marcher avec le peuple ; forcés de discuter, quand il fallait agir, et perdant l’inspiration qui vient du contact continuel avec les masses, ils se virent réduits à l’impuissance. Paralysés par leur éloignement du foyer des révolutions, le peuple, ils paralysaient eux-mêmes l’initiative populaire.

Enfantée pendant une période transitoire, alors que les idées de socialisme et d’autorité subissaient une modification profonde ; née à l’issue d’une guerre, dans un foyer isolé, sous les canons des Prussiens, la Commune de Paris a dû succomber.

Mais, par son caractère éminemment populaire, elle commença une ère nouvelle dans la série des révolutions, et, par ses idées, elle fut le précurseur de la grande révolution sociale. Les massacres inouïs, lâches et féroces par lesquels la bourgeoisie a célébré sa chute, la vengeance ignoble que les bourreaux ont exercée pendant neuf ans sur leurs prisonniers, ces orgies de cannibales ont creusé entre la bourgeoisie et le prolétariat un abîme qui jamais ne sera comblé. Lors de la prochaine révolution, le peuple saura  ce qu’il a à faire ; il saura ce qui l’attend s’il ne remporte pas une victoire décisive, et il agira en conséquence.

En effet, nous savons maintenant que le jour où la France se hérissera de Communes insurgées, le peuple ne devra plus se donner de gouvernement et attendre de ce gouvernement l’initiative des mesures révolutionnaires. Après avoir donné un bon coup de balai aux parasites qui le rongent, il s’emparera lui-même de toute la richesse sociale, pour la mettre en commun, selon les principes du communisme anarchiste. Et lorsqu’il aura aboli complètement la propriété, le gouvernement et l’État, il se constituera librement selon les nécessités qui lui seront dictées par la vie elle-même. Brisant ses chaînes et renversant ses idoles, l’humanité marchera alors vers un meilleur avenir, ne connaissant plus ni maîtres ni esclaves, ne gardant de la vénération que pour les nobles martyrs qui ont payé de leur sang et de leurs souffrances ces premières tentatives d’émancipation, qui nous ont éclairés dans notre marche vers la conquête de la liberté.

III

Les fêtes et les réunions publiques organisées, le 18 mars, dans toutes les villes où il y avait des groupes socialistes constitués méritent toute notre attention, non seulement comme une manifestation de l’armée des prolétaires, mais encore comme une expression des sentiments qui animent les socialistes des deux mondes. «On se compte» ainsi, mieux que par tous les bulletins imaginables, et l’on formule ses aspirations en toute liberté, sans se laisser influencer par des considérations de tactique électorale.

En effet, les prolétaires, réunis ce jour-là dans les meetings ne se bornent plus à faire l’éloge de l’héroïsme du prolétariat parisien, ni à crier vengeance contre les massacres de Mai. Tout en se retrempant dans le souvenir de la lutte héroïque de Paris, ils sont allés plus loin. Ils discutent l’enseignement qu’il faut tirer de la Commune de 1871 pour la prochaine révolution ; ils se demandent quelles étaient les fautes de la Commune, et cela non pour critiquer les hommes, mais pour faire ressortir comment les préjugés sur la propriété et l’autorité qui régnaient en ce moment au sein des organisations prolétariennes, ont empêché l’idée révolutionnaire d’éclore, de se développer et d’éclairer le monde entier de ses lueurs vivifiantes.

L’enseignement de 1871 a profité au prolétariat du monde entier et, rompant avec les préjugés anciens, les prolétaires ont dit clairement et simplement, comment ils entendent leurrévolution.

Il est certain désormais que le prochain soulèvement des Communes ne sera plus simplement un mouvement communaliste.Ceux qui pensent encore qu’il faut établir la Commune indépendante et puis, dans cette Commune, faire essai de réformes économiques, sont débordés par le développement de l’esprit populaire. C’est par des actes révolutionnaires socialistes, en abolissant la propriété individuelle, que les Communes de la prochaine révolution affirmeront et constitueront leur indépendance.

Le jour où en conséquence du développement de la situation révolutionnaire, les gouvernements seront balayés par le peuple et la désorganisation jetée dans le camps de la bourgeoisie qui ne se maintient que par la protection de l’État, ce jour-là — et il n’est pas loin, — le peuple insurgé n’attendra pas qu’un gouvernement quelconque décrète dans sa sagesse inouïe des réformes économiques. Il abolira lui-même la propriété individuelle par l’expropriation violente, en prenant possession, au nom du peuple entier, de toute la richesse sociale, accumulée par le travail des générations précédentes. Il ne se bornera pas à exproprier les détenteurs du capital social par un décret qui resterait lettre morte : il en prendra possession sur-le-champ, et il établira ses droits en l’utilisant sans délai. Il s’organisera lui-même dans l’atelier pour le faire marcher ; il échangera son taudis contre un logement salubre dans la maison du bourgeois ; il s’organisera pour utiliser immédiatement toute la richesse entassée dans les villes ; il en prendra possession comme si cette richesse ne lui avait jamais été volée par la bourgeoisie. Le baron industriel qui prélève le butin sur l’ouvrier, une fois évincé, la production continuera, en se débarrassant des entraves qui la gênent, en abolissant les spéculations qui la tuent et le gâchis qui la désorganise, et, en se transformant conformément aux nécessités du moment sous l’impulsion qui lui sera donnée par le travail libre. — «Jamais on ne labourera en France comme en 1793, après que la terre fut arrachée des mains des seigneurs», écrit Michelet. — Jamais on n’a travaillé comme on travaillera le jour où le travail sera devenu libre, où chaque progrès du travailleur sera une source de bien-être pour la Commune entière.

Au sujet de la richesse sociale, on a cherché à établir une distinction, et on est même arrivé à diviser le parti socialiste à propos de cette distinction. L’école qui s’appelle aujourd’hui collectiviste,substituant au collectivisme de l’ancienne Internationale (qui n’était que le communisme anti-autoritaire), une espèce de collectivisme doctrinaire, a cherché à établir une distinction entre le capital qui sert à la production et la richesse qui sert à subvenir aux nécessités de la vie. La machine, l’usine, la matière première, les voies de communication et le sol d’un côté ; les habitations, les produits manufacturés, les vêtements, les denrées de l’autre. Les uns devenant propriété collective ; les autres destinés, selon les doctes représentants de cette école, à rester propriété individuelle.

On a cherché à établir cette distinction. Mais le bon sens populaire en a eu vite raison. Il a compris que cette distinction est illusoire et impossible à établir. Vicieuse en théorie, elle tombe devant la pratique de la vie. Les travailleurs ont compris que la maison qui nous abrite, le charbon et le gaz que nous brûlons, la nourriture que brûle la machine humaine pour maintenir la vie, le vêtement dont l’homme se couvre pour préserver son existence, le livre qu’il lit pour s’instruire, voire même l’agrément qu’il se procure sont autant de parties intégrantes de son existence, tout aussi nécessaires pour le succès de la production et pour le développement progressif de l’humanité, que les machines, les manufactures, les matières premières et les autres agents de la production. Ils ont compris que maintenir la propriété individuelle pour ces richesses, serait maintenir l’inégalité, l’oppression, l’exploitation, paralyser d’avance les résultats de l’expropriation partielle. Passant par-dessus les chevaux de frise mis sur leur chemin, par le collectivisme des théoriciens, ils marchent droit à la forme la plus simple et plus pratique du communisme anti-autoritaire.

En effet, dans leurs réunions, les prolétaires révolutionnaires affirment nettement leur droit à toute la richesse sociale et la nécessité d’abolir la propriété individuelle, aussi bien pour les valeurs de consommation que pour celles de reproduction. «Le jour de la Révolution, nous nous emparerons de toutela richesse, de toutesles valeurs entassées dans les villes, et nous les mettrons en commun» — disent les porte-voix de la masse ouvrière, et les auditeurs le confirment par leur assentiment unanime.

— «Que chacun prenne dans le tas ce dont il a besoin, et soyons sûrs que dans les greniers de nos villes il y aura assez de nourriture pour nourrir tout le monde jusqu’au jour où la production libre prendra sa nouvelle marche. Dans les magasins de nos villes il y a assez de vêtements pour vêtir tout le monde, entassés là sans écoulement, à côté de la misère générale. Il y a même assez d’objets de luxe pour que tout le monde en choisisse à son goût.»

Voilà comment — à en juger d’après ce qui se dit dans les réunions — la masse prolétaire envisage la Révolution : — introduction immédiate du communisme anarchiste, et libre organisation de la reproduction. Ce sont deux point établis, et à cet égard, les Communes de la Révolution qui grondent à nos portes ne répéteront plus les erreurs de leurs prédécesseurs qui, en versant leur sang généreux, ont déblayé la route pour l’avenir.

Le même accord ne s’est pas encore établi, — sans être, cependant, loin de s’établir, — sur un autre point ; non moins important, sur la question du gouvernement.

On sait que deux écoles sont en présence sur cette question. «Il faut — disent les uns — le jour même de la Révolution, constituer un gouvernement qui s’empare du pouvoir. Ce gouvernement, fort, puissant et résolu, fera la Révolution en décrétant ceci et cela et en forçant à obéir à ses décrets.»

— «Triste illusion ! » disent les autres. Tout gouvernement central, se chargeant de gouverner une nation, étant formé fatalement d’éléments disparates, et conservateur de par son essence gouvernementale, ne serait qu’un empêchement à la révolution. Il ne ferait qu’entraver la révolution dans les Communes prêtes à marcher de l’avant, sans être capable d’inspirer du souffle révolutionnaire les Communes retardataires. — De même au sein d’une Commune insurgée. Ou bien le gouvernement communal ne fera que sanctionner les faits accomplis, et alors il sera un rouage inutile et dangereux ; ou bien il voudra en agir à sa tête : il réglementera ce qui doit encore s’élaborer librement par le peuple lui-même, pour être viable ; il appliquera des théories, là où il faut que toute la société élabore les formes nouvelles de la vie commune, avec cette force de création qui surgit dans l’organisme social lorsqu’il brise ses chaînes et voit s’ouvrir devant lui de nouveaux et larges horizons. Les hommes au pouvoir gêneront cet élan, sans rien produire eux-mêmes, s’ils restaient au sein du peuple à élaborer avec lui l’organisation nouvelle, au lieu de s’enfermer dans les chancelleries et s’épuiser en débats oisifs. Il sera un empêchement et un danger ; impuissant pour le bien, formidable pour le mal ; donc, il n’a pas de raison d’être.»

Si naturel et si juste que soit ce raisonnement, cependant il se heurte encore aux préjugés séculaires accumulés, accrédités, par ceux qui ont intérêt à maintenir la religion du gouvernement à côté de la religion de la propriété et de la religion divine.

Ce préjugé, — le dernier de la série : Dieu, Propriété, Gouvernement, existe encore, et il est un danger pour la prochaine révolution. Mais on peut déjà constater qu’il s’ébranle. — «Nous ferons nous-mêmes nos affaires, sans attendre les ordres d’un gouvernement, et nous passerons par-dessus la tête de ceux qui viendront s’imposer sous forme de prêtre, de propriétaire ou de gouvernant», — disent déjà les prolétaires. Il faut donc espérer que si le parti anarchiste continue à combattre vigoureusement la religion du gouvernementalisme, et s’il ne dévie pas lui-même de sa route en se laissant entraîner dans les luttes pour le pouvoir, — il faut espérer, disons-nous, que dans les quelques années qui nous restent encore jusqu’à la Révolution, le préjugé gouvernemental sera suffisamment ébranlé pour ne plus être capable d’entraîner les masses prolétaires dans une fausse voie.

Il y a cependant une lacune regrettable dans les réunions populaires que nous tenons à signaler. C’est que rien, ou presque rien, n’a été fait pour les campagnes. Tout s’est borné aux villes. La campagne semble ne pas exister pour les travailleurs des villes. Même les orateurs qui parlent du caractère de la prochaine révolution évitent de mentionner les campagnes et le sol. Ils ne connaissent pas le paysan ni ses désirs, et ne se hasardent pas de parler en son nom. Faut-il insister longuement sur le danger qui en résulte ? — L’émancipation du prolétariat ne sera même pas possible, tant que le mouvement révolutionnaire n’embrassera pas les villages. Les Communes insurgées ne sauraient se maintenir même un an, si l’insurrection ne se propageait pas en même temps dans les villages. Lorsque l’impôt, l’hypothèque, la rente seront abolies, lorsque les institutions qui les prélèvent seront jetées aux quatre vents, il est certain que les villages comprendront les avantages de cette révolution. Mais en tout cas, il serait imprudent de compter sur la diffusion des idées révolutionnaires des villes dans les campagnes sans préparer les idées à l’avance. Il faut savoir d’ores et déjà ce que veut le paysan, comment on entend la révolution dans les villages, comment on pense résoudre la question si épineuse de la propriété foncière. Il faut dire à l’avance au paysan ce que se propose de faire le prolétaire des villes et son allié, qu’il n’a pas à craindre de lui des mesures nuisibles à l’agriculteur. Il faut que de son côté l’ouvrier des villes s’habitue à respecter le paysan et à marcher d’un commun accord avec lui.

Mais, pour cela les travailleurs ont à s’imposer le devoir d’aider à la propagande dans les villages.Il importe que dans chaque ville  il y ait une petite organisation spéciale, une branche de la Ligue Agraire, pour la propagande au sein des paysans. Il faut que ce genre de propagande soit considéré comme un devoir, au même titre que la propagande dans les centres industriels.

Les débuts en seront difficiles ; mais souvenons-nous qu’il y va du succès de la Révolution. Elle ne sera victorieuse que le jour où le travailleur des usines et le cultivateur des champs marcheront la main dans la main à la conquête de l’Égalité pour tous, en portant le bonheur dans la chaumière comme dans les édifices des grandes agglomérations industrielles.

NOTES

(1) Nous empruntons ces lignes à l’Histoire populaire et parlementaire de la Commune de Paris,par ARTHUR ARNOULD, ouvrage que nous nous faisons un plaisir de rappeler à l’attention des lecteurs.

(2) Écrit en mars 1881.