Archive pour alternative libertaire expropriation autogestion

1er Mai: Pas d’autogestion sans VRAI socialisme…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, démocratie participative, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, Social & Retraite, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 1 mai 2015 by Résistance 71

Retour sur “l’autogestion” yougoslave (1950-1965) ~ Extraits ~

 

Guillaume Davranche

AL, 1983

 

Résumé de l’historique communiste yougoslave:

La Yougoslavie lutta avec acharnement contre les nazis durant la seconde guerre mondiale avec à la tête de la résistance le maréchal Tito. Après la victoire en 1945, la Yougoslavie embrasse le modèle du “grand-frère” soviétique.

En 1948, Tito rompt avec Staline et le modèle économique soviétique. Comme la Yougoslavie s’est libérée quasiment seule du joug allemand, elle ne doit rien à personne. A partir de 1950, la Yougoslavie se lance dans une forme de socalisme “autogestionnaire” néanmoins dirigé par l’état. Ce sera à partir de 1965 que le titisme inventera, avant les Chinois des années 1990, le nouveau concept de “socialisme de marché”. Celui-ci sous la houlette étatique ne fit que creuser des écarts sociaux et des inégalités entre les salariés et les régions yougoslaves. A la mort de Tito, le pays sombrera avec les montées des nationalismes entretenues par l’Europe et l’OTAN ne désirant que briser et morceler le pays pour mieux le contrôler, ce qui fut fait à terme.

~ Résistance 71 ~

[…]

Conclusion de Davranche sur l’expérience “autogestionnaire” yougoslave:

Pas d’autogestion sans un vrai socialisme

L’échec du socialisme yougoslave est riche en enseignements. Il conclut à l’inanité d’un projet autogestionnaire déconnecté de l’abolition du salariat. Comme en URSS, en Yougoslavie, les rapports de production sont restés des rapports salariaux: la force de travail a continué à faire l’objet d’un échange, les travailleuses et les travailleurs n’ayant pas de maîtrise sur les moyens de production et pas de pouvoir sur la répartition de la plus-value créée par leur travail. Les choix de société en matière de développement n’appartenaient pas aux travailleurs en tant que citoyens, mais à la planification bureaucratique, comme dans le capitalisme ces choix appartiennent en théorie au “marché”. Au sein même de l’entreprise, aucun programme ne fut mis en œuvre pour refondre les métiers et les tâches dans le sens d’égalisation des compétences intellectuelles et manuelles.

Un socialisme authentique impliquera d’articuler l’autogestion dans “l’entreprise” (les citoyens en tant que travailleurs) à l’autogestion politique (les travailleurs en tant que citoyens). Les modèles marxiste-léniniste ou autogestionnaire réformiste, qui supposent une séparation entre gouvernants et gouvernés, sont incompatibles avec la démocratie directe. Leur prétention de bâtir un socialisme de la liberté est caduque. Du côté anarchiste libertaire, la prise en compte d’une expérience telle que “l’autogestion yougoslave” nous aide à penser la transformation sociale au-delà du mythe et avec la rigueur intellectuelle indispensable à un courant révolutionnaire.

 

 

Publicités

Résistance politique: Expropriation citoyenne et autogestion en Andalousie…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, écologie & climat, économie, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , on 31 octobre 2013 by Résistance 71

Somonte à l’école des jornaleros andalous

 

27 octobre 2013, par Jean-Pierre Petit-Gras

 

url de l’article original:

http://www.lavoiedujaguar.net/Somonte-a-l-ecole-des-jornaleros

 

Le 4 mars 2012, quelques centaines d’ouvriers agricoles andalous, affiliés au SOC-SAT [1], occupaient la finca [2] Somonte, une terre de 420 hectares proche de Palma del Río [3] (province de Cordoue) que le gouvernement autonome de la région s’apprêtait à vendre aux enchères. Cette action, et les impressionnants résultats obtenus depuis par les occupant•e•s, devraient faire l’objet d’une réflexion approfondie, de la part de celles et ceux qui se posent la question d’une résistance durable et de la recherche d’alternatives concrètes au désastre sans cesse croissant dans lequel, ici et ailleurs, le capitalisme industriel a plongé l’humanité tout entière.

En Andalousie, plus de trente-cinq pour cent de la « population active » est au chômage. Cinquante pour cent chez les moins de vingt-cinq ans. Dans l’agriculture, de récentes mesures, « imposées par la crise », ont porté à trente-cinq journées travaillées le seuil minimal pour toucher pendant six mois une indemnisation de 600 euros. Il faut décompter de ces indemnités les cotisations obligatoires, et savoir que dans le contexte de la mécanisation massive, de l’utilisation d’une main-d’œuvre immigrée très bon marché, et de surcroît l’existence de « listes noires » concernant les femmes et hommes les plus revendicatifs, ces trente-cinq journées travaillées sont souvent hors de portée [4].

Depuis des siècles, le spectre de la faim rôde dans ce vaste et superbe pays.

L’Andalousie est une terre riche. Par ses sols fertiles, le soleil, l’eau, sa biodiversité, l’accumulation millénaire de connaissances du milieu, les savoir-faire. Les géographes et historiens grecs admiraient la civilisation de Tartessos, laquelle, plus de dix siècles avant notre ère, exportait au loin ses huiles d’olive. Les envahisseurs romains y ont trouvé des lieux idylliques, et par la suite les musulmans ont perfectionné les méthodes d’irrigation et de gestion de l’eau, celle des greffes, etc., introduit de nombreuses espèces végétales. La région n’a certes probablement pas été le paradis terrestre chanté par de nombreux auteurs. Mais elle a dû, sous certains aspects, s’en rapprocher un peu. Cela d’autant plus que les migrants venus d’un peu partout (Berbères, Arabes, Juifs, Visigoths, Normands, puis Gitans sont venus s’ajouter aux vieilles populations ibères) y ont enrichi une culture et des mœurs tournés vers la tolérance et la recherche d’une vie plaisante et digne.

L’appropriation des terres par le nouveau féodalisme, militaire et « religieux », implanté à la faveur de la « Reconquête » chrétienne achevée en 1492, a peu à peu détruit la société andalouse. Et le latifundisme, cette spoliation que l’on nomme propriété privée, continue aujourd’hui d’écraser la paysannerie. Celle-ci n’a pourtant cessé de rêver, et de lutter pour que la terre soit à ceux qui la travaillent.

Le bilan provisoire de l’occupation de Somonte est parlant : délogés brutalement par un commando « antiterroriste » de la Garde civile au mois d’avril 2012, les jornaleros [5] sont revenus la nuit suivante. Depuis, ils ont consolidé une installation marquée, dès les premiers jours, par la volonté de faire revivre une terre abandonnée à des monocultures « rentables » tournées vers l’exportation, la captation des primes européennes, la mécanisation à outrance et l’utilisation immodérée de produits chimiques.

Avec peu de moyens (deux tracteurs et quelques machines offerts par leur syndicat et la municipalité de Marinaleda), ils ont préparé et semé, le plus proprement possible, cinquante-cinq hectares de blé, soixante-dix d’avoine, vingt de tournesol, deux de pois chiche, deux de fèves et haricots, un de pommes de terre… Les potagers créés par leurs soins donnent en abondance tomates, piments, oignons, ail, choux et salades. Mille cinq cents chênes verts et caroubiers, deux cents oliviers, des orangers ont été plantés. Brebis, chèvres et volailles participent à l’animation générale…

« Le plus important, disent-ils, c’est que nous avons défendu notre dignité, nous avons conscience d’être des femmes et des hommes libres, et nous croyons fermement à la réforme agraire ! »

Les occupants de Somonte ont reçu, dès les premiers jours, la visite enthousiaste de paysans et urbains de la province de Cordoue, mais aussi de toute l’Espagne, et d’autres pays européens [6]. Ces échanges leur ont permis de bénéficier d’un soutien moral et matériel. C’est pourtant dans l’autre sens que cette solidarité peut réellement s’exercer, et peser sur le destin de personnes et groupes désireux de s’affranchir du système dominant.

Les jornaleros de Somonte, par exemple, ont offert céréales, légumes et fruits à des associations de lutte contre les expulsions qui affectent de nombreuses familles ne pouvant faire face aux échéances des emprunts contractés pour l’achat de leur logement.

Mais plus que ces manifestations, généreusement symboliques, c’est leur action même, jointe à leur parole, qui offrent matière à réflexion pour la reconstruction d’initiatives concrètes de résistance face à la gravité de la situation dans laquelle nous sommes enfermés.

N’est-il pas en effet illusoire de croire que des solutions aux problèmes de la dépendance alimentaire, de l’empoisonnement généralisé, de la « mauvaise vie » en général, vont être trouvées dans des remèdes ponctuels, qui à l’instar de la médecine allopathique ne traiteraient que des symptômes isolés, sans tenir compte de l’ensemble des phénomènes à l’origine de l’apparition et de la progression d’une maladie ?

Le développement des productions « biologiques », des circuits courts et autres AMAP [7], pour intéressant qu’il soit, ne s’effectue en effet qu’à la marge, en comparaison avec la mainmise croissante de l’agriculture industrielle sur tout ce qui touche à la culture, l’élevage et la transformation.

En dessous des trois pour cent de la « population active totale », la main-d’œuvre employée dans l’agriculture française ne peut que se résoudre à suivre la fatalité de la mécanisation, l’utilisation d’intrants chimiques, les choix tactiques en fonction du marché, et les endettements qu’implique toute cette machinerie.

Les quelques agriculteurs accrochés à des pratiques respectueuses de la terre et de leur prochain, ou qui tentent de s’y lancer, sont confrontés à d’imposantes difficultés : un travail très lourd, la concurrence, la bonne « niche » à trouver. Ils n’échappent guère à la loi implacable, absurde, inégalitaire, du marché. La grande distribution et l’agro-industrie sont d’ailleurs entrées dans la danse, et les gondoles de « produits bio » ou « équitables » se multiplient à l’envi.

Et puis, à quoi rime de fournir des paniers, dans le cadre d’une AMAP, à des cadres, ingénieurs ou techniciens travaillant, par exemple, dans le secteur de l’armement (pudiquement appelé la « défense »), à des chimistes, des employés ou autres informaticiens qui participent, consciemment ou non et chacun à son niveau, à la destruction de ce qui reste de diversité, de liberté, d’échanges non marchands ?

Le prix du foncier, prohibitif dans la plupart de nos pays disneylandisés, s’oppose puissamment à ce retour massif vers la terre, qui répondrait pourtant à bien des questions.

La compétition entre individus, dès la période scolaire, le manque de connaissances et d’expériences appropriées, la soumission à des modes de vie et de consommation énergivores, l’addiction aux gadgets en tous genres, aux loisirs destinés, comme les tranquillisants, à masquer les stress de toutes sortes vécus dans un environnement professionnel (ou celui du non-emploi) s’ajoutent à cet obstacle.

L’attachement maladif à la propriété privée, apparu avant la révolution française, et renforcé par celle-ci, a fortement contribué à jeter la paysannerie, par ailleurs décimée par les guerres (depuis les napoléoniennes jusqu’à celle de 1914), dans la spirale de l’industrialisation du monde.

Le retour à la terre, par l’occupation quand les rapports de forces peuvent le permettre (en Andalousie, ou dans certaines ZAD capables d’attirer et de conserver l’installation de populations nouvelles) ou par l’achat collectif voué à la transformer en bien commun, ne s’opérera que par le biais d’une rupture radicale, impulsée par un puissant désir de sortie de ce système aliénant, hiérarchisé, brutal et absurde. Par une recherche de l’autonomisation dans les domaines de l’alimentation, l’habitat, la santé, les relations sociales et la solidarité, l’éducation et, pourquoi pas, celui de la confection même de nos vêtements. Et, nous l’avons déjà dit, par une remise en cause approfondie de la sacro-sainte propriété privée.

Tel est, à mon sens, le contenu fondamental du message que nous délivrent les jornaleros et jornaleras de Somonte .

Une solidarité bien comprise avec leur combat va donc plus loin qu’une manifestation de sympathie. Il en est de même pour les luttes emblématiques qui se mènent actuellement dans d’autres régions de la planète (Chiapas et autres territoires indigènes du Mexique, Colombie, Brésil, « printemps » arabe, grec ou d’ailleurs). Une fois étudiées les leçons qu’elles nous proposent, il convient de laisser de côté les proclamations purement rhétoriques et les luttes par procuration. Le temps est venu de passer un peu plus sérieusement à la réflexion et à l’action commune.

Jean-Pierre Petit-Gras

Notes

[1] Syndicat des ouvriers de la campagne / Syndicat andalou des travailleurs.

[2] Une finca est une propriété.

[3] De cette petite ville le río Genil, né en amont de Grenade, se jette dans le Guadalquivir.

[4] Le travail dans l’agriculture industrielle, notamment sous les serres, signifie, à côté de l’abrutissement inhérent à l’application des principes du management moderne, l’exposition à de nombreux insecticides et fongicides.

[5] L’emploi du masculin ne doit pas faire oublier que les femmes, les jornaleras, sont fortement présentes et impliquées dans l’occupation de Somonte.

[6] En avril, un petit groupe de la région toulousaine, intéressé au projet de terre commune de La Fontié, dans le Tarn, a passé quelques jours en leur compagnie, partageant travail dans les champs et le potager, discussions, films sur le mouvement zapatiste, repas, blagues et chansons. Un ami mexicain était de la partie…

[7] Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne.

 

Résistance politique: Autogestion et créations désobéissantes…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, France et colonialisme, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 12 avril 2013 by Résistance 71

« Nous n’avons pas de problème avec la désobéissance civile mais avec l’obéissance… »

— Howard Zinn —

La solution pour la société existe en elle-même, elle est aussi vieille que l’humanité: solidarité, égalité, autogestion et confédération des communes libres complémentaires en dehors de toute structure institutionnelle étatique ou privée à vocation forcément autoritaire, parasitaire et oppressive. Des brouillons ont déjà été ébauchés, il suffit de reprendre là où la Commune de Paris de 1871 l’avait laissé, en améliorant bien évidemment. La nature humaine n’est pas guerrière et destructrice, elle est humanitaire et solidaire. Il suffit de dépoussiérer pour retrouver la bonne attitude et virer la fange qui pourrit la société: le capitalisme et son cerbère de toujours: l’État.

Regardons en nous-même pour y voir le reflet des luttes des peuples indigènes que nous avons colonisés depuis plus de 500 ans. Nous avons beaucoup à apprendre, car la « démondialisation » passe par la décolonisation et la décolonisation passe forcément par notre décolonisation. Nous, les peuples occidentaux, avons été colonisés par l’oligarchie en place.. Le combat anti-colonialiste des nations et peuples colonisés est le notre. Lorsque nous aurons compris cela. Le grand chambardement pourra commencer… d’abord avec un changement d’attitude des peuples occidentaux.

Pas _ pas nous y arrivons…

— Résistance 71 —

 

Résistances destructrices, créations désobéissantes

 

 

Le Monde Libertaire

 

 

11 Avril 2013

 

url de l’article:

http://www.monde-libertaire.fr/anticapitalisme/16347-resistances-destructrices-creations-desobeissantes

 

Qui n’a jamais brisé un ordinateur à coups de marteau, qui n’a jamais jeté des piles de journaux aux quatre vents, qui n’a jamais crevé les pneus des camionnettes transportant ces journaux lors d’une action syndicale, celui-là comprendra moins que d’autres l’action des luddites, ces briseurs des nouveaux métiers à tisser et à tricoter, « machines odieuses », voleuses de pain, qui affamèrent hommes, femmes et enfants, tous « chair à usines », au début du XIXe siècle en Angleterre.

Les luddites et le grand chambardement

La Colère de Ludd donne une excellente description de cette révolte ouvrière contemporaine de la naissance du capitalisme et de l’industrialisation de l’Angleterre. En dépit du peu d’informations directes, si ce n’est les fiches de police, les chansons ouvrières et les courriers luddites adressés aux patrons, aux magistrats et aux policiers, le mouvement luddite est assez bien cerné par l’auteur, Julius Van Daal ; en dépit également des maigres informations pour cause de l’omerta complice de la population. Bien que quelques-uns n’échappèrent pas à la corde, il faut dire en effet que peu de luddites furent dénoncés et déférés devant les tribunaux tant ils surent se protéger de la répression et des mouchards.

Comme un policier demandait à un luddite mourant des renseignements dénonçant ses compagnons, ce dernier demanda à l’inquisiteur : « Savez-vous garder un secret ? » L’inquisiteur répondit par l’affirmative. Le luddite lui dit alors : « Moi aussi. » Et il mourut.

Les luddites ne furent pas les rétrogrades destructeurs refusant le progrès technique que les vainqueurs veulent bien faire d’eux ; ils furent au contraire des précurseurs sur nombre d’idées. La conclusion de l’auteur est à cet égard d’une grande clarté.

Oui, les luddites et des poètes comme Shelley ou Byron eurent une bonne longueur d’avance sur tous ceux qui pensent prévoir l’avenir des sociétés.

Les luddites sans doute échouèrent : « Peu d’observateurs pondérés auraient parié sur le succès de l’insurrection. »

« La suite des événements, où l’État fera d’ailleurs preuve d’une grande maîtrise dans son déchaînement réactionnaire même, nous donne à penser qu’un tel succès aurait nécessité quelque péripétie prodigieuse, quelque improbable intervention de la Providence, tant le rapport de force était visiblement défavorable aux rebelles. C’est ce constat de faiblesse et d’atomisation qui les contiendra dans l’expectative ou la prudence, après qu’ils eurent fait montre de tant d’audace, et les retiendra de déferler sur le Parlement et les palais des grands… » (p. 180).

Si les luddites furent défaits, leur combat contribua à créer ce que l’on nommera plus tard la « conscience de classe » d’une classe ouvrière se formant en parallèle à la naissance du capitalisme avec la figure du prolétaire moderne solidaire de ses compagnons de lutte.

Conscience de classe et solidarité semblent de nos jours en perdition, grignotées, corrodées, rongées par l’atomisation ouvrière et l’évolution de ce capitalisme et de ce que l’on nomme la globalisation.

Les luddites furent ces saboteurs magnifiques qui frappèrent au cœur la pratique capitaliste et qui seront, par la suite, imités de par le monde.

Les luddites furent vaincus, entre autres raisons parce qu’un fossé se creusa entre eux et le camp réformateur et démocratique qui réprouvait le bris des machines et les diverses violences qui accompagnaient les actions. Également, et surtout, parce que les forces répressives furent plus que démesurées ; donnée importante sur laquelle il faudrait quand même s’attarder longuement. Ajoutons, pour finir, que la donne sociale se modifia avec la chute de Napoléon et la fin des guerres extérieures.

Ainsi, les luddites anticipèrent, en acte, le projet ouvrier de grève générale et d’expropriation, autrement dit le grand chambardement.

De tous les grands chambardements sociaux de l’Histoire, aucun ne perdura, vaincu par la répression, détourné de l’authenticité de ses débuts ou corrompus par le goût immodéré du pouvoir des uns et par la perversion d’un capitalisme aux multiples visages qui a maintenant mondialisé sa domination et qui se décline en de multiples catastrophes comme la perte de la souveraineté alimentaire et la famine, la destruction des écosystèmes, la dilapidation de la biodiversité, etc.

Pratiques de démondialisation

Et, pour la première fois dans notre histoire − s’il respecte la directive européenne de 1994 −, le paysan ne peut plus replanter le grain qu’il a récolté. Directive ignoble, non suivie par une association comme Kokopelli et par quelques autres qui ont pris le contre-pied de cette illégitime loi en y désobéissant.

Aussi, une « démondialisation » − qui se répandrait silencieusement − s’est mise en branle avec la résistance des exploités et des dominés ; une « démondialisation » qui ouvre des « brèches », comme l’écrit John Holloway dans son Crack capitalism.

C’est du moins la thèse que développe Bénédicte Manier dans Un million de révolutions tranquilles.

Révolutions ? Peut-être pas au sens habituel, mais actions radicales car elles partent de la base, se passent de l’État et du secteur privé capitaliste. Il s’agit dès lors d’inventer rapidement des solutions pour répondre à la demande populaire et à ses difficultés.

Ainsi, l’auteur nous cite ces paysans indiens, sur des terres asséchées, qui retrouvent des techniques anciennes d’irrigation et de distribution de l’eau − savoirs détruits par le colonialisme et méprisés par le pouvoir actuel qui les harcèlent ; paysans qui ont réussi à faire reverdir leur contrée.

Ainsi l’organisation de femmes pauvres, en Inde toujours, qui se lancent sans argent ou presque dans la fabrication de galettes de lentilles et qui réussissent leur autonomie financière.

Ainsi ces autres femmes, souvent analphabètes, venues de plusieurs pays pour un stage dans le collège aux pieds nus de Tilonia, en Inde encore, et qui repartent avec un statut d’ingénieures capables alors de promouvoir l’énergie solaire dans leur propre village.

Ainsi ces multiples coopératives, de toutes sortes et en tous lieux, créées à partir d’entreprises jugées non rentables mais qui restent viables quand elles sont gérées « en sortant d’une logique du profit à court terme ». Il s’agit alors de répartir la richesse autrement et de construire une économie tournée vers les besoins de la population (nous savons, bien sûr, que les coopératives ne datent pas d’aujourd’hui et que certaines ont eu le temps de s’écarter des principes fondateurs).

Ainsi, en nombre infini, seraient les activités de culture maraîchère et de jardinage, la plupart du temps autogérées par des femmes ; femmes détentrices traditionnellement des savoirs agricoles, mais écartées de la propriété légales de ces terres.

Ainsi les circuits courts, présents dans nos propres villages français, initiés par les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (amap).

Ainsi les nouveaux jardiniers urbains, comme à Detroit aux États-Unis, ville en grande partie abandonnée par l’industrie automobile, où ont été aménagés friches, terrasses, toits et plates-bandes, pour la culture des légumes jusqu’à l’autosuffisance.

Ainsi ces citoyens qui se réapproprient le droit de battre monnaie.

Ainsi ces autres qui, pour habiter ensemble, autoconstruisent des écovillages ou, par exemple dans le département de l’Isère, l’écohameau de La Chabeaudière, où vivent d’ailleurs certains de nos amis.

Ainsi les cliniques gratuites nord-américaines, les maisons médicales autogérées de Belgique et les médecins aux « pieds nus » ailleurs.

 

Un mouvement qui se défie des décideurs

Bénédicte Manier cite dans une note le concept des trois « s » de Gandhi : swaraj, l’autogouvernance citoyenne des villages, swadeshi, l’autosuffisance économique locale, et sarvodoya, le bien-être collectif. Remarque judicieuse dans cet ouvrage que de mettre l’accent sur la préoccupation d’un Gandhi qui ne fut pas uniquement un activiste de la non-violence.

Dans ce monde, viennent de surgir une volonté d’initiatives nouvelles et une capacité d’innovation sociale portées par une société civile qui découvre sa force − le tout largement ignoré du grand public −, une force cependant en butte aux tracasseries administratives auxquelles il faudra bien encore désobéir.

La caractéristique de ce mouvement planétaire va de pair avec une organisation qui ne fait plus confiance ni aux partis, ni aux syndicats, ni à l’État, ni au secteur privé, mais qui s’organise horizontalement et sans hiérarchie, court-circuitant le monde politique à l’aide des nouvelles techniques de communication.

On assiste donc aujourd’hui à l’émergence d’une société post-mondialisée : ce qu’Edgar Morin décrit comme des « forces de résistance, de régénération, d’invention, de création » qui se multiplient mais qui sont « dispersées, sans liaison, sans organisation, sans centre, sans tête ». Nous n’allons pas trop nous plaindre de ce dernier manque.

Mais, me direz-vous, oui, vous les révolutionnaires impatients, vous qui voulez transformer le monde en un clin d’œil : « Toutes ces actions ne sont que remède sur jambe de bois. »

Certes, nous pouvons le penser, mais nous serions bien aveugles si nous ne constations pas que l’impasse économique que nous vivons a contribué à répandre l’idée qu’un autre système économique était possible et nécessaire et que, devant cette prise de conscience, de nouvelles aspirations se font jour et se transforment en actes.

Il s’agirait tout simplement de changer la vie. Et pour donner encore la parole à un poète, écoutons Paul Éluard qui dit : « Un autre monde existe, il est dans celui-ci. »

 

André Bernard

 

Sources :

 

Bénédicte Manier, Un million de révolutions tranquilles, Les liens qui libèrent, 2012, 326 p.

Julius Van Daal, La Colère de Ludd, L’insomniaque, 2012, 288 p.

John Holloway, Crack capitalism, 33 thèses contre le capital, Libertalia éd., 2012, 462 p.

Crise économique et pseudo-solution d’austérité… L’autogestion expropriatrice seule solution viable !… !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, syndicalisme et anarchisme with tags , , , , , , , , , , , , , , on 19 juillet 2012 by Résistance 71

Face à la crise, la seule solution, à Aulnay comme ailleurs, est l’expropriation des capitalistes !

 

Alternative Libertaire

 

15 Juillet 2012

 

A PSA, les licenciements c’est maintenant !

Les intentions de PSA étaient déjà connues depuis longtemps mais la direction a officialisé jeudi 12 juillet un plan de licenciements massif qui s’accompagne de la fermeture du site d’Aulnay-sous-Bois. Alors que l’entreprise continue de faire des bénéfices et d’engraisser ses actionnaires, ce sont 8000 salarié-es qui vont être sacrifié-es sur l’autel de la « compétitivité », à Aulnay mais aussi sur le site de La Janais, près de Rennes. Au-delà, ce sont des milliers d’emplois qui sont menacés chez les sous-traitants de PSA et autant de familles qui vont plonger un peu plus dans la précarité.

Même si l’industrie automobile n’est pas à l’image de la société écologiquement responsable que nous voulons construire, nous ne pouvons rester les bras croisés quand une entreprise s’apprête à supprimer des emplois et à liquider les outils de production pour servir la soif de profit des capitalistes aux commandes.

Face à cela, seule la lutte des travailleuses et des travailleurs peut imposer la sauvegarde de l’emploi par la reprise en main de l’entreprise sous contrôle des salarié-es. A Aulnay comme ailleurs, la réponse au terrorisme patronal, c’est l’expropriation du capital et la réquisition des machines pour préparer l’autogestion et la reconversion écologique de la production. Les plans de licenciements vont se multiplier, il va donc falloir multiplier les ripostes pour se débarrasser des donneurs d’ordre irresponsables et mettre réellement la production au service de la population.

Face à la crise, la seule solution, à Aulnay comme ailleurs, est l’expropriation des capitalistes !

 

Source: http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article4897