Archive pour AIT congrès Bâle 1869

Résistance politique: Un an avant la Commune de Paris, Eugène Varlin s’adressait déjà aux… Gilets Jaunes !…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 20 décembre 2018 by Résistance 71

“Là où cesse l’État, c’est là que commence l’Homme, celui qui n’est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable. Là où cesse l’État — regardez donc mes frères ! Ne les voyez-vous pas, l’arc-en-ciel et les ponts du surhumain ?”
~ Friedrich Nietzsche, “De la nouvelle idole” ~

“Le socialisme vient des siècles et des millénaires précédents. Le socialiste englobe toute la société et son passé, sent et sait d’où nous venons et ensuite détermine où nous allons.”
~ Gustav Landauer ~

« Anarchisme: Le nom donné à un principe de théorie et de conduite de la vie sous lequel la société est conçue sans gouvernement, l’harmonie dans une telle société étant obtenue non pas par la soumission à la loi ou par l’obéissance à l’autorité, mais par les consentements libres conclus entre des groupes territoriaux et professionnels variés, librement constitués pour les fonctions simples de production et de consommation et également pour la satisfaction d’une variété infinie de besoins et d’aspirations d’être civilisé. Dans une société développée selon ces lignes de conduite, les associations volontaires qui commencent déjà à couvrir tous les secteurs de l’activité humaine, prendraient une plus grande extension pour finir par se substituer elles-mêmes pour l’état et de ses fonctions. »
– Pierre Kropotkine (début de la définition de l’anarchisme qu’il écrivit pour la 11ème édition de L’Encyclopedia Britannica, 1910) –

 

 

Les sociétés de travailleurs

 

Eugène Varlin

 

“La Marseillaise”, 11 mars 1870

 

Alors que nos hommes d’état essaient de substituer un gouvernement parlementaire et libéral (de style orléanais) au régime de gouvernement personnel en espérant ainsi détourner la révolution qui s’avance et qui menace leurs privilèges, nous autres socialistes, qui par expérience savons que les vieilles formes politiques sont impuissantes à satisfaire les demandes populaires, devons, tout en prenant avantage des erreurs et des bourdes de nos adversaires, précipiter l’heure de la délivrance.

Nous devons activement travailler à la préparation des éléments organisationnels de la société future afin de rendre le travail de la transformation sociale qui est imposé à la révolution, plus facile et plus certain dans son résultat.

Jusqu’ici, les états politiques n’ont été en quelque sorte que la continuation  du régime de conquête, qui présida sur l’établissement de l’autorité et la mise en esclavage des masses: les gouvernements républicains, comme en Suisse ou aux Etats-Unis, constitutionnels et oligarchiques, en Belgique et en Angleterre comme en Russie, autocrates ou personnel comme en France depuis l’empire, c’est toujours l’autorité en charge de maintenir les travailleurs dans le respect de la loi établie pour le bénéfice du plus petit nombre. Cette autorité peut être plus ou moins rigide, plus ou moins arbitraire, mais ceci ne change en rien la base des relations économiques et les travailleurs sont toujours à la merci des détenteurs du capital. Pour être permanente, la prochaine révolution ne doit pas s’en tenir à un simple changement d’étiquette de gouvernement et à quelques réformes superficielles, elle doit libérer complètement le travailleur de toutes formes d’exploitation, capitaliste ou politique et établir la justice dans les relations sociales.

La société ne peut plus laisser la richesse publique à l’arbitraire des privilèges de naissance ou de succès: le produit du travail collectif ne peut être utilisé que pour le bénéfice de la collectivité ; tous les membres de la société humaine ont un droit égal aux bénéfices qui en dérivent. Mais cette richesse sociale ne peut assurer le bien-être de l’humanité qu’à la condition d’être mise en opération par le travail.

Si alors, le capitaliste industriel ou commercial ne peut plus disposer arbitrairement du capital collectif, qui dont les rendra productifs pour le bien de tous ? Qui, en un mot, organisera la production et la distribution des produits ?

A moins que vous ne vouliez tout réduire à un état centralisé et autoritaire qui nommerait les directeurs des moulins, des usines, des officines de distribution, ces directeurs à leur tout nommant des adjoints, des superviseurs, des contre-maîtres etc… et arriveraient donc à une organisation pyramidale hiérarchisée du travail dans laquelle le travailleur ne serait plus qu’un rouage inconscient, sans liberté ni esprit d’initiative, à moins que nous n’admettions que les travailleurs eux-mêmes doivent avoir la libre mise à disposition de leurs instruments de travail sous la condition d’échanger leurs produits à prix coûtant de façon à ce qu’il y ait réciprocité de service entre les différentes spécialités du travail.

C’est vers cette dernière idée que tendent la plupart des travailleurs qui ont ces dernières années, énergétiquement poursuivi l’émancipation de leur classe, à se rassembler. C’est ce qui a prévalu dans les congrès variés de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT ou première internationale).

Mais on ne doit pas croire qu’une telle organisation puisse s’improviser facilement en quelque domaine  que ce soit! Pour ce faire, quelques personnes dévouées, intelligentes et énergiques ne suffisent pas ! Par dessus tout, il est nécessaire que les travailleurs ainsi appelés à travailler librement ensemble sur la base de l’égalité, soient préparés à cette vie sociale.

Une des plus grandes difficultés que les fondateurs de toutes formes de sociétés des travailleurs, tentées ces dernières années ont rencontré, est l’esprit de l’individualisme, excessivement développé chez bien des humains et même parmi ceux qui comprennent que ce n’est que par l’association libre que les travailleurs pourront améliorer leurs standards de vie et espérer leur libération.

Et bien ! Les sociétés de travailleurs [Note de R71: qui deviendront bien entendu les syndicats dans les années 1880, Varlin rédige ceci en 1870…], quelque soit leur forme existe en ce moment et ont l’immense avantage d’accoutumer les hommes à la vie sociale et ainsi les préparent à une organisation sociale au sens bien plus large. Elles les accoutument non seulement à se comprendre et à se mettre d’accord, mais aussi à s’occuper de leurs affaires, à s’organiser, à discuter, à penser à leurs intérêts matériel et moral et ce toujours du point de vue collectif puisque leur intérêt direct personnel, individuel disparaît dès qu’ils deviennent membre de la collectivité. Avec tous les avantages que chacune de ces sociétés peut fournir à ses membres, il y a, de ce fait, le développement de la sociabilité, suffisamment pour les recommander à tout citoyen qui aspire à l’avènement du socialisme.

Mais les sociétés d’échange (résistance, solidarité, union) méritent les encouragements et la sympathie car elles sont les éléments naturels de la construction sociale du futur, ce sont elles qui peuvent facilement devenir des sociétés d’associations de producteurs, ce sont elles qui seront capables de fournir les outils sociaux à cet effet et d’organiser la production [Note de R71: A ce titre, Varlin est ici un précurseur de l’anarchiste italien Errico Malatesta].

Bon nombre de leurs membres sont d’abord inconscients du rôle que ces sociétés sont appelées à jouer dans le futur, dans un premier temps ils ne pensent qu’à résister à l’exploitation du capital ou à obtenir des améliorations superficielles, mais bientôt les durs efforts qu’ils sont obligés de déployer pour parvenir à de maigres résultats, voire même régresser, les mènent facilement à rechercher des réformes radicales qui pourraient les libérer de l’oppression capitaliste. Puis ils étudient la question sociale et se font représenter aux congrès des travailleurs.

Le congrès de l’association internationale (des travailleurs) qui s’est tenu à Bâle en septembre dernier, a recommandé que tous les travailleurs devraient se regrouper en des sociétés de résistance par activités afin de sécuriser le présent et de préparer le futur. Je propose d’étudier des formes variées des sociétés de travailleurs par corporation et de leur développement progressiste, afin de faire savoir aux travailleurs qui n’ont pas encore associé les avantages présents qu’ils peuvent avoir en appartenant à ces organisations avec le fait de profiter de l’expérience amèrement gagnée ces dernières années par d’autres associations de travailleurs et d’échange. Il est nécessaire que les nouveaux groupes emboitent le pas des anciens, car ce ne peut être que par la solidarité, comprise en son sens le plus large, par des unions de travailleurs du monde entier, de toutes les professions et de tous les pays que nous arriverons sans aucun doute à la suppression des privilèges et parviendrons à l’égalité pour tous.

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Lectures complémentaires:

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

Changement radical: Une possibilité d’organisation de la société du futur (AIT, Bâle, 1869)

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Voici, présentée par l’AIT (1ère Internationale), réunie en congrès à Bâle en septembre 1869, une possibilité d’organisation de la société du futur sur une base économique. C’est une possibilité, à laquelle nous n’adhérons pas dans la mesure où, avec le recul possible du temps (le texte ci-dessous fut écrit en 1869 rappelons-le) et de la connaissance anthropologique, le marasme de la société humaine ne peut pas avoir de solution économique, mais seulement politique en relation avec la division politique (et non pas économique, cf P. Clastres) origienelle de la société.

D’autre part, il est ici fait état de changer le mode organisationnel de la société en attendant de pouvoir supprimer le salariat, cet esclavage des temps capitalistes modernes. Cette proposition est de la même veine que la proposition marxiste de saisie du pouvoir par le prolétariat organisé en son parti communiste, exerçant sa dictature (sur qui ?) jusqu’à la disparition inéluctable de l’Etat, remplacé par la société communiste achevée. Ici, organisons-nous différemment afin de préparer l’éradication du salariat. Les anarchistes affirment qu’il faut se défaire de l’État sans “attendre” son éventuelle “chute” des plus aléatoires, aux mains du prolétariat organisé. De même, pourquoi “attendre” pour se départir du salariat. Ceui-ci doit être éradiqué en même temps que l’État. Ceci découlera naturellement de la redilution du pouvoir politique dans le peuple, pouvoir qui réintégrera le corps social et ne pourra plus nuire aux mains de contrôleurs privilégiés organisés en entité séparée du corps social. En cela, la solution à nos problèmes est politique et non pas économique.

Nous présentons le texte ci-dessous afin de montrer qu’il peut aussi exister des solutions fondées sur le mode de fonctionnement “économique” de notre société, même si celles-ci ne peuvent être qu’incomplètes et sujettes. à terme. à corruption. Elles valent d’y réfléchir.

~ Résistance 71 ~

A lire: “Appel au socialisme” pour une société des sociétés de Gustav Landauer, 1911

 

Vers la société du futur

 

Jean-Louis Pindy

 

AIT, congrès de Bâle, septembre 1869

 

url de l’article original:

https://robertgraham.wordpress.com/2017/09/09/the-origins-of-anarcho-syndicalism-the-1869-basle-congress/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Nous anticipons que les travailleurs s’organisent de deux façons: premièrement, en groupement local qui permettra aux travailleurs de la même zone de se lier entre eux de manière quotidienne ; puis en se reliant à des localités, régions variées etc.

Le premier mode: ce groupement doit conserver les relations politiques de la société existante qu’il remplace avec un certain avantage. Ceci a été jusqu’ici l’approche de l’International Working Men’s Association (NdT: AIT ou Association Internationale des Travailleurs plus communément connue sous le nom de la 1ère Internationale, qui vit une lutte d’influence entre marxiste et anarchiste, Marx finissant par réussir à en faire expulser les anarchistes…) De manière implicite et là où sont concernées les sociétés mutualistes, se situe la fédération des sociétés locales, s’aidant l’une l’autre au moyen de réunions de discussions des affaires sociales, de prêts et , de concert, prenant des mesures d’intérêt mutuel.

Mais, alors que l’industrie se développe, un autre type d’organisation en parallèle de l’ancienne est nécessaire. Dans chaque pays, les travailleurs sentent bien que leurs intérêts sont inter-connectés et communs et qu’ils se retrouvent incapacités un par un. Le futur demande une organisation qui va au-delà des limites des villes et qui ignore les frontières, établissant une relocalisation rapide du travail à l’échelle mondiale ; pour satisfaire ce double besoin, les sociétés de commerce doivent être organisées internationalement: chaque corps de commerce devrait maintenir un échange de correspondance et d’information au sein du pays et avec les autres pays (…)

Ce type d’association devient alors un facteur de décentralisation, car il n’est plus question de fonder un centre industriel dans chaque pays, chacun d’entre eux se retrouvant concentré là où il est le plus développé, par exemple dans le cas de la France, tandis que la houille sera fédérée autour de St Etienne, les ouvriers de la soie seront fédérés autour de Lyon et les industries de luxe autour de Paris. Une fois ces deux organisations mises en place, le travail s’organise dans le présent et pour le futur afin d’éliminer l’esclavage du salariat. (…)

L’association des différentes corporations sur la base de la ville ou du pays mène à la Commune du futur, tout comme l’autre mode d’organisation mène à la représentation future du travail.

Le gouvernement (L’État) est remplacé par des conseils des corps de commerce et par un comité de leurs délégués respectifs, supervisant les relations du travail qui prendront la place de la politique (..) Nous proposons les solutions suivantes:

“Il est de l’avis commun que tous les travailleurs devraient activement s’engager dans la création de fonds de soutien aux grèves dans les différents corps de métier et de commerce.

Alors que ces sociétés prennent forme, elles invitent des sections, des groupes fédérés et des conseils généraux afin de maintenir les sociétés d’une même corporation informées, de façon à ce qu’elles puissent procéder à la formation de corps d’associations au niveau national.

De telles fédérations devront être chargées de collecter et rassembler toute information concernant leur industrie respective, supervisant les étapes à prendre de concert, régulant les grèves et travaillant activement pour leur succès, jusqu’à ce que le temps vienne pour que l’esclavage du salariat soit remplacé par la fédérations des producteurs libres.”