Archive pour action directe non-violente

Gilets Jaunes et résistance politique: L’action directe contre l’illusion démocratique parlementaire…

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Action directe contre parlementarisme

 

George Barrett

publié en 1920

 

Source:

https://robertgraham.wordpress.com/2019/09/22/george-barrett-direct-action-v-parliamentarianism/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

A lire : Appel à la grève générale illimitée (et expropriatrice ?) pour décembre 2019

 

Le parlement et la loi ont été utilisés par la classe dominante actuelle pour satisfaire leurs intérêts ; pourquoi ne pourraient-ils pas être utilisés pour les nôtres ?

Cette question est fondée sur un énorme malentendu. Il semblerait qu’ils soit acquis que le capitalisme et le mouvement des travailleurs aient la même finalité, le même objectif en vue. Si cela était le cas, ils pourraient  peut-être utiliser les mêmes moyens ; mais comme le capitaliste est là pour perfectionner son système d’exploitation et de gouvernement, tandis que le travailleur est là pour s’émanciper et gagner sa liberté, il est bien évident que les mêmes moyens ne peuvent pas être employés pour les deux objectifs.

Ceci répond à la question sûrement aussi loin que ce soit une question bien définie. Mais dans la mesure où elle contient la vague suggestion que le gouvernement est l’agent de réformes, de progrès et de révolution, elle touche le point sensible sur lequel les anarchistes diffèrent de tous les partis politiques quels qu’ils soient. Cela vaut donc la peine d’analyser la suggestion d’un peu plus près.

Les politiciens enthousiastes pensent qu’une fois qu’ils ont capturé le gouvernement, de leur position de pouvoir ils pourront façonner la société dans la forme voulue. Passons des lois idéales, pensent-ils, et la société idéale en sera le résultat. Simple non ? Nous devrions donc obtenir la révolution dans les termes que nous avaient promis le merveilleux Blatchford: “sans effusion de sang et sang perdre un jour de travail”, mais hélas ! Le raccourci vers l’âge d’or n’est qu’une illusion. D’abord, toute société façonnée par des lois ne saurait être idéale. Ensuite, la loi ne peut pas façonner la société, du reste c’est plutôt l’inverse qui est vrai. C’est ce second point qui est très important.

Ceux qui comprennent les forces qui sont derrière le progrès verront la loi boiter à la traîne et jamais réussir à rester au contact du progrès réalisé par les peuples; en fait toujours résistant à toute avancée, toujours essayant de commencer une réaction, mais sur le long cours, toujours devoir abandonner et permettre toujours plus de liberté. Même les champions du gouvernement reconnaissent ce fait lorsqu’ils veulent opérer des changements drastiques, ils peuvent ensuite balancer la prétention de la loi et se tourner vers des méthodes révolutionnaires. (NdT: qui boucleront la boucle et réétabliront des lois [révolutionnaires] pour repartir pour un tour de manège de la division et de la domination de caste… bref, le changement pour que rien ne change vraiment)

La classe régnante actuelle, qui est supposée être la preuve vivante que le gouvernement peut tout faire, est elle-même quelque peu candide dans son admission qu’elle ne peut pas faire grand chose. Quiconque étudiera son arrivée au pouvoir verra que pour en arriver là, elle prêche en théorie et établit dans les faits, le principe de la résistance à la loi. De fait, il est tout à fait pertinent de noter qu’immédiatement après la révolution, il devint séditieux de prêcher contre la résistance de la loi tout comme aujourd’hui il est séditieux de prêcher en faveur de la résistance à la loi.

Pour résumer, s’il y avait une logique dans la question, mais il n’y en a pas, nous pourrions la reformuler ainsi: “Alors que la classe dominante actuelle n’a pas été capable de remplir ses objectifs en utilisant le parlement et la loi, pourquoi devrions-nous espérer gagner les nôtres par ce système ?

L’action directe

Pour clarifier la signification de l’expression “action directe”, illustrons-la. Il n’y a pas si longtemps, s’il y avait une calamité d’ordre national, comme par exemple une épidémie de peste, les religieux déclaraient de manière générale que le seul remède possible était de prier dieu pour qu’il retire sa malédiction. Ces mêmes personnes furent choquées lorsque vinrent des scientifiques qui prirent des mesures sanitaires de base afin d’éradiquer la maladie.

La première était une méthode indirecte: on envoyait des prières aux cieux pour que dieu puisse agir de sa bonne influence contre la peste. Ceci constituait une route bien indirecte pour atteindre une maladie qui était en quelque sorte, juste “voisine”. Le scientifique quant à lui étudia la maladie en elle-même, étudia sa nature et essaya de trouver des moyens pour l’éradiquer. Ceci constitue une action directe.

De la même façon aujourd’hui, les gens sont confrontés à deux méthodes. Dans leurs maisons et leurs lieux de travail, ils sont mécontents et certains proposent d’influencer le chef de la société: le parlement, afin qu’il exerce le pouvoir pour améliorer les choses et fixer les problèmes. Ceux-ci sont à leur tour choquer d’entendre et de voir d’autres personnes étudier la nature des problèmes et de proposer d’appliquer des solutions directes à ces problèmes, sans passer par un intermédiaire. Les premiers croient en une méthode indirecte: celle de la gouvernance par voie parlementaire, les seconds sont des gens de l’action directe qui pensent que si on doit corriger les problèmes du travail et de la politique, les meilleurs qui peuvent s’en occuper sont les gens qui sont directement impliqués dedans et non pas les politiciens, détachés des réalités.

Imaginez l’incroyable absurdité d’un groupe de politiciens siégeant au parlement et discutant à bâton rompu du bien-être des gens, du peuple. Dans le même temps où ils font cela, n’y a t’il pas dans les rues un nombre conséquent d’ouvriers, de boulangers, de constructeurs et de tailleurs, qui sont sans travail, maintenus à l’écart par ces mêmes lois que les politiciens ont votées, des moyens de production, de la machinerie et des outils avec lesquels ils pourraient produire ce dont ils ont quotidiennement besoin ?… Briser les lois et permettre à ces gens de produire ce qu’ils ont besoin pour leur nécessité première et ce en toute égalité avec les autres travailleurs, est la façon d’abolir la pauvreté. (NdT: ainsi qu’en supprimant, l’argent, la marchandise et la division qui en découle…)

Il est clair que si nous voulons nous débarrasser des troubles qui nous dominent jusqu’à présent, nous devons organiser un tout nouveau système de distribution des biens. Je ne veux pas dire par là que nous devons partager équitablement, mais que la richesse produite doit cesser d’être pompée vers le riche qui ne produit absolument rien ; le flot doit être changé de façon à ce que cela vienne directement aux producteurs.

Mais qui distribue les biens et la richesse ? Est-ce le politicien ? Certainement pas ; de fait, ce sont les travailleurs du transport. Si donc les travailleurs producteurs désirent une altération dans la manière actuelle de distribution, à qui doivent ils demander ? A leurs camarades du transport et certainement pas aux politiciens qui n’ont absolument rien à voir là dedans. De la même manière quand de nouvelles conditions sont nécessaires dans les usines, qui sont les gens capables de faire, de transformer cela ? Ce sont les ouvriers qui ont besoin de ces changements, ce sont donc eux qui doivent les faire, directement.

La tache qui se présente aux travailleurs aujourd’hui est la même que dans le passé: la classe des esclaves doit se sortir du diktat de la classe dominante, c’est à dire de ceux en position d’autorité.

Telle est la simple logique du pratiquant de l’action directe et il est très clair de comment cela mène nécessairement à une révolution anarchiste. Nous devenons toutefois faire attention en suivant ce principe, non pas que nous ayons peur que cela nous mène trop loin mais au contraire pas assez loin. L’expression a tant été utilisée en contradiction à la législation, que quiconque jette une brique dans une vitrine est généralement supposé être un partisan de l’action directe. Cette personne peut ou ne pas l’être.

Pour être logique et vrai au sens réel du terme, tout acte devrait bien entendu, être sur le chemin direct vers l’objectif désiré et dans notre cas, la révolution sociale. Il est parfois difficile d’être entièrement constant mais il est néanmoins d’une extrême importance qu’au moins une minorité de travailleurs comprenne ce qu’est la voie directe, ainsi chaque escarmouche peut être transformée en un pas supplémentaire vers le renversement définitif du capitalisme.

Au risque de me répéter, laissez-moi reformuler cette position plus clairement. Nous avons deux classes: la classe dominante, gouvernante et possédante d’un côté et ceux gouvernés sans rien ou peu s’en faut de l’autre ; en un mot: une classe de maîtres et une classe d’esclaves.

Quand la classe d’esclaves est mécontente et résiste, elle a plusieurs choses à considérer avant de décider ce qui donnera de meilleures conditions. On peut discuter de ceci:

  1. Comme les maîtres actuels ne nous donnent pas suffisamment de bonnes choses de la vie, on doit les sortir et choisir un nouveau panel depuis la classe des esclaves ou
  2. Comme la classe des esclaves est composée de producteurs et que la classe des maîtres en est de ce fait dépendante, la première est donc en position de force pour demander à ce que les maîtres leur donnent plus de ce qu’ils désirent ou
  3. Comme la classe des esclaves est la productrice de toutes les nécessités de la vie, il n’y a aucun besoin de demander quoi que ce soit aux maîtres. La classe des esclaves doit simplement couper les vivres à la classe des maîtres et commencer à satisfaire ses propres besoins pleinement.

Le premier argument est celui des politiciens et peut-être rejeté sans aucun autre commentaire, car il ne comprend en rien la réalité des choses. Ceci n’est pas une question de savoir qui sera le maître, mais de la relation maître/esclave et donc peu importe qui est qui.

Le second argument est celui du syndicaliste non parlementaire mais non révolutionnaire. Il est juste dans le fait qu’il reconnait où réside le véritable pouvoir, celui des travailleurs dans leur lutte contre le capitalisme, mais il a tort dans la mesure où il ne propose aucune changement de rapport entre les deux.

Si la classe des esclaves serait mieux logée, habillée, nourrie depuis les magasins des maîtres, cela veut dire que les esclaves seront de plus en plus la possession des maîtres. Ceci n’est en rien révolutionnaire car la proposition maintien le rapport maître/esclave et ne fait qu’à peine tenter d’améliorer les conditions de cette dernière. (NdT: on est là dans le réformisme, on arrondit certains angles mais on ne change surtout rien, on œuvre à rendre ls système plus “vertueux” ce qui est impossible par sa construction même, fondée sur la division et la domination/oppression/exploitation…)

Le troisième argument est bien entendu celui du révolutionnaire. Il est d’accord avec le second sur l’arme à utiliser mais il dit que la tache se présentant aux gens est celle de se loger, de se nourrir et de s’habiller par eux-mêmes et non pas de se préoccuper de rendre les maîtres de meilleurs capitalistes.

Couper les vivres aux capitalistes et conserver ce qui est produit pour l’usage des travailleurs sont les points essentiels de la lutte révolutionnaire. Dans toutes les disputes industrielles, il n’y en a vraiment que deux qui sont essentielles. D’un côté il y a les usines, les hangars, les chemins de fer, les mines etc… qu’on peut nommer “propriété industrielle” et de l’autre côté les travailleurs. Unifier les deux, c’est accomplir la révolution sociale, car ce sont ces deux éléments seuls qui construiront une nouvelle société.

La classe capitaliste des maîtres ne peut en général maintenir sa position qu’aussi longtemps qu’elle peut maintenir les travailleurs en dehors des hangars de stockages et des usines, car en leur sein réside la substance de la vie matérielle (NdT: nécessaire à la vie biologique, on parle ici de produits et services de bases et non pas de gadgets style smartphone et autres…) et que les travailleurs ne sont autorisés à utiliser ces moyens de production et de distribution que sous la stricte condition qu’ils comprennent qu’ils doivent tirer un bénéfice [pour le maître] et doivent se soumettre aux conditions dictées par le système capitaliste. Faire la grève et sortir est donc considéré comme une rébellion et n’est pas une révolution quelque soit la rigueur qui y est appliquée. Rester dans les usines et les lieux de travail et travailler en condition égalitaire, libre de tout diktat d’une classe de maîtres inutile et parasite, est le véritable objectif du révolutionnaire.

Ainsi, l’action directe, dans son sens strictement révolutionnaire, veut dire prendre possession des moyens de production et de distribution et des nécessités de la vie, par les travailleurs qui produisent et la réorganisation de l’industrie et de la production / distribution en accord avec les principes de liberté. (NdT: travail non aliéné)

La doctrine de l’action directe ne comporte pas une clause de sauvetage facile des travailleurs. Elle est en fait la reconnaissance du fait si terriblement simple que rien ne peut nous sauver si ce n’est notre propre intelligence et notre propre pouvoir. Nous, les travailleurs, sommes la force créative, car n’est-ce pas nous qui avons produit toute la nourriture, les vêtements et les habitations ? Et tout aussi sûrement, nous en avons besoin. Qu’est-ce que le politicien a à voir avec tout cela ? Rien, absolument rien !…

Pourquoi rendre à la classe des maîtres tout ce que nous produisons et continuer à nous disputer sur la quantité qui doit nous revenir ? Au lieu de cela, nous devons bloquer l’approvisionnement, réorganiser les industries, non pas depuis le haut mais depuis la base productrice et voir que dans le futur tout ce qui est produit aille aux producteurs et non pas à la classe dominante (NdT: qui sera de facto abolie puisque n’ayant plus aucune raison de demeurer). Voilà ce qu’est l’action directe, et ça… c’est l’Anarchie.

Mais hélas ! Il est plus facile de faire la révolution sur le papier au moyen d’une froide logique que de la faire dans la réalité. Nous devons aussi lutter contre le manque de compréhension de la part des travailleurs et l’habileté des politiciens à entretenir cette ignorance. Nous savons aussi que la classe dominante résistera tout changement profond avec le seul argument qui reste de son côté: la force brutale (NdT: de son bras armé: l’État et son monopole de la “violence légitime”…)

Alors qu’il est important de comprendre que l’action directe proprement utilisée est de fait la “conquête du pain” et la prise de possession des usines et des moyens de production et de distribution, nous devrons sans doute nous contenter pendant encore un petit moment d’utiliser l’action directe dans le cadre des deux premiers arguments donnés ci-dessus, pour demander de meilleures conditions à la classe capitaliste.

Ce n’est pas trop d’espérer que dans un futur proche, les anarchistes formeront une bonne part militante chez les travailleurs, ce qui finira par donner à toute lutte et rébellion industrielle son véritable sens révolutionnaire.  [NdT: ceci s’est réalisé en Espagne 36 même si trop d’erreurs furent commises contre la coalition des états capitalistes, URSS incluse…) Les travailleurs comme les capitalistes commencent à comprendre qu’il y a un meilleur plan pour nourrir les grévistes, ce serait de se saisir des boulangeries et ceci constitue sans doute le premier pas de la révolution sociale: la réappropriation des moyens de se nourrir et des premières nécessités.

En plus de ce véritable problème, simple mais important, les promesses des politiciens paraissent si vides et dérisoires. A quel point paraît absurde l’idée d’acquérir la liberté aux travers des urnes. Ces pathétiques hommes et femmes de gouvernement, qui parlent avec une si sublime imbécilité de nourriture, de logement, d’habillement, ne font qu’ajouter l’insulte à la douleur du peuple. La bâtisse dans laquelle ils se tiennent pour tenir leurs minables discours fut construite par les ouvriers du bâtiment et ce sont les travailleurs du peuple qui les logent et les nourrissent.

Au delà de nos doutes et de nos hésitations, qu’est-ce qui nous fait obstacle ? Inspirons-nous de la vaine position de nos ennemis. Ne sont-ils pas vains ? La matraque du policier n’est-elle pas façonnée par l’ouvrier et son ridicule uniforme cousu par des ouvrières sous-payées ? Le fusil du soldat (NdT: Le LBD du flic…) n’est certainement pas fait des mains de la classe dirigeante, dans tous les secteurs que nous puissions analyser, nos “maîtres” sont de fait totalement dépendants de nous.

Chaque instrument de notre oppression leur est fourni par nous et nous les maintenons en vie en les nourrissant tous les jours. Il devient alors certainement pleinement apparent que ce changement DOIT venir. Ceux d’en haut sont sans pouvoir pour le bien ou la malfaisance ; la révolution ne peut provenir que d’un soulèvement du bas, de la seule section vitale et active de la société humaine: ses travailleurs.

= = =

Lectures complémentaires:

voltairine-de-cleyre-une-anarchiste-americaine (action directe en page 37)

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

L’essentiel-et-l’indispensable-de-Raoul_Vaneigem

Pierre_Kropotkine_L’anarchie-dans-l’evolution-socialiste-2eme-edition-1892

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Francis_Cousin Ce n’est qu’un début…

Il y a 50 ans… Mai 68

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

Du_Principe_Federatif_Proudhon

La_Conquête_du_Pain_Kropotkine

James_C_Scott_Lart_de_ne_pas_etre_gouverne

Manifeste pour la Société des Sociétés

champs-usines-et-ateliers-par-pierre-kropotkine-1910

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Notre page « Illusion Démocratique »

 

Résistance politique: indignation, réflexion, coordination… action (directe) !

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Joindre l’action à la parole a t’il toujours un sens ?

 

par Resistance 71

 

Peut-on achever un dessein, un projet concret sans action ? Peut-on changer la société par la parole ? Y a t’il encore des gens pour le croire ?

L’histoire du progrès social est une histoire de lutte. Rien, jamais, n’a été donné aux peuples. Ceux-ci ont toujours arraché les conditions du progrés social par la lutte perpétuelle de la vaste majorité qui n’a rien ou peu, contre l’infime minorité qui a tout et en veut toujours plus.

Nous vivons aujourd’hui le paroxysme de l’injustice sociale où les peuples, partout, ont été et sont en ce moment même, dépouillés de tout ce qui pas à pas, avait été gagné sur la veûlerie du capital et de ses gardes-chiourme, dans le sang, les larmes et la sueur. Nous assistons semble t’il impuissants (c’est le message qu’on nous fait passer en boucle) à l’effondrement de notre société et sommes convaincus pour le grand nombre de la fatalité des marchés et de l’inéluctabilité des faits endurés, alors que tout ceci est programmé, manipulé et contrôlé dans les grandes largeurs par une poignée de financiers et d’industriels criminels qui ont vampirisés l’ensemble du système sociétaire à l’échelle planétaire.

Notre société s’effondre ? Excellent, nous devrions nous en réjouir et œuvrer pour son remplacement. Au lieu de cela, nous sommes de plus en plus réduits au rang de spectateurs que l’oligarchie en contrôle veut impuissants et incapables de reprendre leur destinée en main.

Tout ceci n’est que poudre aux yeux et fadaises totales. Nous avons le pouvoir de tout refaire ! Pas de changer cosmétiquement une société déliquescente et bien au-delà de toute rédemption, pour plaire à ces”élites autoproclamées”, qui elles, veulent en finir avec la société telle que nous la connaissons pour passer à l’étape ultime de leur domination globale: établir leur gouvernance mondiale fasciste supranationale et nous faire tous retourner dans une société néo-féodale post-industrielle où ceux d’entre nous qui survivront le génocide planétaire programmé, ne seront plus que des serfs au service de la futilité oligarchique reine.

Nous, les peuples, sommes le seul rempart contre cette ignominie en devenir. Les circonstances de la crise / dépression financière et économique qui sévit depuis maintenant trois ans et qui forcent des pans entiers de nos sociétés au chômage, à la précarité et à la déliquescence sociale, ont provoqué (enfin) une prise de conscience populaire massive du degré d’escroquerie et de cynisme criminel que cette situation représente.

Les peuples sont assommés économiquement, ballotés de guerre impérialiste en “révolution colorée” ingérente, pour arriver au bord de l’abîme actuel, nouvelle occurence de l’histoire qui veut que toute dépression économique s’achève dans une guerre d’importance, sinon mondiale. Nous en sommes si près… et pourtant, le tragique de la situation ne semble pas déranger beaucoup de monde…

Ces derniers mois, depuis le mouvement espagnol des “indignés”, relayé en Europe (nous ne traiterons pas ici du “printemps arabe” qui fut important mais malheureusement récupéré), puis ravivé par le mouvement d’occupation de Wall Street à New York et maintenant à travers les Etats-Unis, nous vivons au rythme de la contestation sur toile de fond du désastre grec et du pillage en règle de cette nation et l’écrasement social de sa population sous les coups répétés du fascisme néolibéral et ses potions obsolètes faites de contraction économique et d’austérité, imposées par le bras armé du capital: Le FMI et ses clones de la finance internationale, banques centrales privées en tête.

Le mouvement des “indignés” est nécessaire, mais il est temps de dire maintenant après analyse initiale, qu’il manque singulièrement d’action et d’objectifs bien définis. Se rassembler, être solidaire, parler, discuter et identifier les problèmes, est excellent et certainement nécessaire, mais ceci dans un but bien précis: celui d’agir !

Or, pour agir, il faut des buts, des revendications qui définiront les moyens d’action pour que le mouvement puisse faire pression sur les parasites qui nous gouvernent. Rappelons-nous: rien, jamais, n’a été lâché volontairement par l’état et / ou le capital. Ces deux acolytes se contenteraient encore bien du servage, voire de l’esclavage si ce n’était pour quelques énergumènes qui les ont empêchés de continuer de la sorte…

De toute évidence, la société telle que nous la connaissons arrive au bout du chemin, elle est au delà de toute rédemption, même les oligarques qui l’ont amenée à ce stade le savent et veulent par les crises induites, imposer leur gouvernance mondiale. D’évidence, leur dessein ne va pas dans l’intérêt commun des peuples, loin s’en faut. Le conflit d’intérêt entre eux et nous est historique et permanent. Il nous faut donc en sortir, pas ré-arranger ce qui existe, mais au contraire, changer radicalement de direction en ayant présent à l’esprit que la cause #1 de toutes les turpitudes causées depuis des générations et des générations est l’inégalité sociale. Sacrifions le système du profit, de la propriété pour une société non plus pyramidale mais plate, égalitaire et autogérée et nous supprimerons 95% de la misère, des délits, des crimes, des guerres et des velléités hégémoniques. Le conflit n’est pas dans la nature humaine au point de l’annihiler, c’est une notion socialement induite dans un conflit de classes permanent. Supprimons le problème à la source, et les fondations solides seront établies.

Quoi qu’il en soit, il reviendra aux peuples de décider de leur destin, mais pas avant de s’être débarassé de ce système qui pourrit tout ce qu’il touche. Pour y parvenir, il faut agir. Pour agir correctement, il faut analyser, comprendre et s’organiser. Ceci est en train de se faire à l’échelle mondiale. Ensuite il faudra agir, car réfléchir et parler sans agir n’est que  verbalisme (pas forcément creux), par contre agir sans réflexion et analyse, n’est qu’activisme souvent aveugle.

La combinaison de la réflexion et de l’action, connue aussi sous le nom de praxis, est nécessaire à tout mouvement et toute action sociale.

Pour cela il faut aussi avoir des revendications et des objectifs précis, se donner les moyens de les mettre en pratique de façon coordonnée et solidaire. Néanmoins, entre réflexion et action… Il ne doit parfois pas y avoir l’épaisseur d’un cheveu. Nous voulons dire par là que réflexion et action doivent être quasiment simultanées afin d’être efficace; il n’y a pas une “phase de réflexion” à laquelle succéderait une “phase d’action”, la praxis englobe les deux concepts.

C’est ce qu’il manque au mouvement des “indignés” actuellement.

Plus le mouvement tardera à combiner réflexion et action, plus il sera vulnérable à la récupération politique et au co-optage par les instances politico-étatiques et sujet à une récupération réformisrte au profit de l’oligarchie dont la fonction est de fabriquer sa propre dissidence. Ce qui pose la question de quel type d’action doit être engendré par les discussions et les Assemblées Générales de rue ?

Notre vision est celle de l’action directe non-violente. Ce qui nous amène ici à définir ce qu’est “l’action directe” puis dans un second temps, la “non-violence” pour enfin déterminer une option de praxis.

Qu’est-ce que l’action directe ?

La définir de manière originale prendrait sans doute trop de temps ici pour un simple billet de blog, voyons ce que certains experts en la matière en ont dit:

“Toute personne qui a jamais pensée qu’elle avait le droit à quelque chose et qui a pris ce droit sans ambage ou qui l’a fait conjointement avec d’autres qui partageaient ses convictions, était un acteur direct…”

(Voltairine De Cleyre)

“L’Homme a autant de liberté qu’il veut bien en prendre. L’anarchisme de fait, soutient l’action directe, le défi ouvert et la résistance à toutes lois et restrictions économiques, sociales et morales; mais la défiance et la résistance sont illégales. C’est en cela que réside le salut de l’Homme.”

(Emma Goldman)

L’action directe n’est pas assimilée à la désobéissance civile, mais la désobéissance civile est de l’action directe. Typiquement (mais pas systématiquement comme l’avait démontré l’historien et activiste Howard Zinn), quelqu’un qui pratique la désobéissance civile acceptera les conséquences légales de ses actes. L’action directe elle, va une étape plus loin.

Prenons un exemple:

Quelqu’un s’engageant dans la désobéissance civile, refusera par exemple de payer des impôts pour ne pas soutenir un système éducatif qui soutient un militarisme et un impérialisme néo-colonialiste. L’acteur direct fera de même et se combinera avec d’autres personnes pensant la même chose pour créer un système éducatif différent qui opère systémiquement différemment. Cela se fera en ignorant totalement l’État et laissera les représentants dudit état seuls juges de savoir s’il convient d’envoyer la gentes armées pour l’arrêter. Nous avons pris l’exemple de l’éducation, mais cela peut s’appliquer à toute affaire institutionnalisée.

Il conviendra à chacun de déterminer quelle forme donner à son action.

La forme la plus commune n’impliquant pas forcément de confrontation directe physique est la désobéissance civile qui est très efficace si elle est faite en nombre suffisant. L’historien et grand activiste durant les mouvements de lutte pour les droits civiques et contre la guerre du Vietnam aux Etats-Unis, Howard Zinn, définit ainsi la désobéissance civile: “le fait de volontairement enfreindre la loi pour un but social vital.”

La non-violence a toujours été et est toujours débattue de nos jours dans les milieux radicaux. L’Histoire nous a prouvé que la violence amène une réaction plus violente encore. Il convient donc de la désamorcer en affaiblissant le système, répressif par nature, en lui enlevant sa légitimité (par le boycott des institutions) et ses moyens de financement (l’impôt)

Un jeune Gandhi écrivît en 1919 et en 1921 dans “Young India” la chose suivante:

“Aucunes règles ne peuvent nous dire comment cette désobéissance civile doit être effectuée et par qui, quand et où, non plus ne peuvent-elles nous dire quelles lois entretiennent le mensonge. Ce n’est que l’expérience qui peut nous guider… Je pense que quand il y a un choix à faire entre la couardise et la violence, je conseillerai la violence.”

D’aucuns viendront toujours relancer la question judicieuse de la légitime défense, qui n’est pas notre propos ici.

Notre point important ici est de parvenir à minimiser l’impact négatif sur les acteurs directs en pronant une action concertée de masse sur des actions de boycott visant essentiellement les piliers de soutien du systèmes qui sont au nombre de trois à notre sens:

  • Les institutions étatiques et financières
  • Le vote
  • L’impôt

En corollaire, il conviendrait d’établir un boycott tant que faire ce peu (ce n’est pas toujours facile, mais peut-être suffisemment fait en coordinant l’effort de masse et en favorisant le commerce et les services locaux) de la totalité ou du plus grand nombre possible des entreprises du CAC40.

Si ceci était réalisé ne serait-ce que partiellement par un grand nombre de citoyens, la paralysie du système sur la durée se ferait dûment sentir. En parallèle, les citoyens continueraient le travail et la production mais pour satisfaire des besoins vitaux (alimentation, logement, habillement) en privilégiant le commerce local et en fédérant la coopération solidaire de telle sorte que l’impact des boycotts soient absorbés par les institutions étatiques et privées tout en minimisant l’impact sur la base, qui pas à pas se dé-hiérarchiserait pour ne former qu’une masse active se suffisant à elle même de manière autogérée.

Cette forme nouvelle de société ne serait en rien dépendante d’un état et d’entités économiques parasitaires, ne serait en rien représentée par une quelconque “avant-garde”  dont le “rôle historique” serait d’organiser les communautés, mais au contraire, une communauté fédérée volontairement qui donnerait l’exemple aux autres pour suivre le chemin emprunté.

Ceci n’est qu’un exemple de ce que pourrait être un programme d’action directe concertée et massivement approuvée afin que la voix du peuple porte là où elle se doit. Rien ne changera jamais sans combiner une action judicieuse et réfléchie, bien coordonnée, à une analyse critique de la situation. A cet égard, la coopération ne peut se faire qu’à travers une très bonne communication par le dialogue. Dans l’action dialogique on ne  conquiert pas les gens pour une cause révolutionnaire, mais on gagne le respect et l’adhérence des gens. Le dialogue n’impose pas, ne manipule pas, ne procède pas par slogans. Cela renforcera l’efficacité de l’action, car action il devra y avoir !

Pour la solidarité et l’unification, le grand pédagogue critique brésilien Paulo Freire disait:

“Pour que les opprimés s’unissent, ils doivent d’avord couper le cordon ombilical de la magie et des mythes qui les relie au monde de l’oppression; l’unité qui les unit entr’eux doit être d’une nature différente. Pour parvenir à cet unité indispensable, le processus révolutionnaire doit-être, depuis le début, une action culturelle… Seules les formes d’action qui évitent les discours et les blabla inefficaces d’un côté et l’activisme mécanique de l’autre, peuvent aussi s’opposer à l’action de division de l’élite dominante et progresser vers l’unification des opprimés.” (“La pédagogie des opprimés, 1970).

Le travail à faire demeure énorme, mais les peuples sont passés à une première étape essentielle: la compréhension (totale ou partielle selon les individus) des mécanismes d’oppression auxquels nous sommes soumis depuis bien trop longtemps et leurs abus paroxystiques actuels; nous avons engagé une première mouture de coopération et de communication internationales entre les mouvements locaux et les mouvements de solidarité envers les acteurs du “printemps arabe”, puis maintenant des mouvements des “indignés” et d’occupation de Wall Street.

Il nous faut continuer en y ajoutant des revendications communes non divisives et un modus operandi d’action à entreprendre pour parvenir aux objectifs communs et au primordial: l’arrêt du parasitisme institutionnel généralisé et organisé par l’oligarchie mondiale en place et la reprise de notre destinée en main. Celle de l’humanité entière qui a été kidnappée il y a bien trop longtemps pour le seul profit d’une “élite” auto-proclamée, arrogante et criminelle au plus haut degré.

Union, coopération, communication, réflexion et action pour une humanité progressiste, émancipée et donc… libre !

*  *  *  *

Articles sur Résistance 71 à lire sur le sujet:

https://resistance71.wordpress.com/2011/10/28/resistance-politique-petit-guide-de-la-desobeissance-civile-howard-zinn/

https://resistance71.wordpress.com/2011/11/05/resistance-politique-message-aux-indignes/