Archive pour abstention et extrême droite

Illusion démocratique: vote et maïeutique libertaire deuxième partie…

Posted in actualité, altermondialisme, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire with tags , , , , , , , , on 20 mai 2012 by Résistance 71

Abstention l’extrême droite au pouvoir?

 

 

Dialogue imaginé par Flora

Cercle libertaire Jean-Barrué de la Fédération Anarchiste

 

 

 

− Tu sais que l’abstention peut être responsable de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite ? Tu le sais ? Alors ? Tu as réfléchi pour les élections ? Tu ne vas toujours pas voter ?

− À ton avis, mon camarade ?

− Bon, bon, après, faudra pas venir pleurer quand les fachos seront au pouvoir, quand ce sera trop tard.

− Ah, je m’y attendais à celle-là. Tu sais bien que ça n’a rien à voir.

− C’est un peu court ta réponse. Il est bien connu que les électeurs de droite et d’extrême droite, eux, se déplacent ; jamais ils ne manqueront une élection. Alors qu’à gauche, les taux d’abstention ne cessent d’augmenter.

− C’est exactement ce que je te dis ; les gens qui veulent du social, ils ne vont plus voter ; ils croient surtout aux luttes. C’est parce qu’ils ont compris, d’abord, que l’organisation collective basée sur la délégation de pouvoir inconditionnelle ne sert à rien. La délégation de pouvoir telle que nous la pratiquons en nous en remettant au système parlementaire ne sert à rien.

− Moi, je te parle des fachos. C’est du sérieux !

− Et moi, je te réponds tout aussi sérieusement, et je te dis que ce qui fait monter l’extrême droite, c’est avant tout la misère et la menace de la misère, que c’est voulu, et que ça divise, et que cette division, c’est fait pour nous tenir tous en laisse.

− Moi, je te parle des élections.

− Je sais bien, mais le lien est facile à faire : à force de s’en remettre, par les urnes, aux uns et aux autres, de gauche ou de droite, et à être perpétuellement déçus, la menace de se dresser les uns contre les autres est de plus en plus présente. On cherche des explications à l’échec, des boucs émissaires ! Cela soulage peut-être, mais il reste une amertume ; c’est ça qui fait monter l’extrême droite : l’espoir que ça change indéfiniment déçu. Je te dis qu’il faut prendre le mal à la racine, repenser le système de la représentation et surtout refuser de perdre notre voix.

− La racine du mal ! Tu crois que c’est si simple que ça ? Qu’il n’y a qu’une seule racine du mal social, le crois-tu ?

− Oui, d’accord, ce n’est pas si simple, et c’est même compliqué ; oui, le problème essentiel − et là tu vas dire que je me répète − mais le problème essentiel, c’est l’État, le principe de l’État ; c’est ça qu’il nous faut déconstruire mentalement.

− Dis donc, tu ne vas pas un peu loin ? Tu resteras vraiment toujours un utopiste. Tu parles de déconstruction mentale, que tout se passe dans la tête des gens. Oui, mais la réalité, le présent, t’en fais quoi là-dedans ?

− La réalité ? Parle-moi plutôt d’un abandon à la fatalité. Oui, une fatalité qui nous ronge parce que l’on n’est pas encore assez mûrs pour ouvrir les yeux et regarder en face, regarder ce qui cloche, la situation sociale.

− Et ce qui cloche, c’est ce que l’on pense, tu crois ? Pas ce que l’on fait ?

− En partie, oui ; c’est-à-dire ce que l’on nous a mis dans la tête, l’idée de l’État, de droite ou de gauche, d’extrême droite ou d’extrême gauche. Un État qui a ses propres intérêts à défendre et à sauvegarder, intérêts qui s’opposent à ceux du peuple parce que, avec l’institution de l’État, il y a obligatoirement des privilégiés. Et les privilégiés ce sont ceux qui sont au pouvoir, ce n’est pas le lot de tous.

− Oui, mais quand tu n’auras plus dans la rue que l’armée et la police pour représenter l’État, tu feras la différence alors entre les extrêmes de droite et ceux de gauche. Et puis, on ne peut pas toujours cracher dans la soupe démocratique, on a quand même de la chance d’être en démocratie, ceux qui subissent des régimes totalitaires pourraient te le dire.

− En tout cas, les démocraties ont tout intérêt à nous faire taire, à nous parler de ceux qui souffrent encore plus que nous ; pourtant, tu sais bien que tout État, dit démocratique ou pas, dès qu’il est contesté va se servir de l’armée et de la police pour se maintenir en place ; tu le dis toi-même. Et tu sais que, si c’est nécessaire, des gouvernements de gauche feront matraquer les manifestants ; c’est monnaie courante, à toute époque, dans tout pays. Le pouvoir concentré, centralisé détruit tout espoir d’équité, de partage et de solidarité. Alors, pourquoi maintenir un système qui favorise ceux qui s’installent au pouvoir avec notre aide mais au détriment de tous les autres ? Pourquoi ne pas imaginer un autre système qui ne favoriserait pas l’installation de pouvoirs durables, par exemple ?

− Mais c’est dans la nature de l’homme de vouloir le pouvoir ! Tu n’empêcheras jamais qu’il y en ait toujours qui veuillent prendre le pouvoir sur les autres. Toute l’histoire de l’humanité le prouve. Tu prends n’importe quel groupe réuni, aussi bien pour des raisons professionnelles que militantes, ou même amicales, et aussitôt quelques-uns prendront le dessus sur tous les autres. Tu ne peux pas l’empêcher.

− Aie ! Aie ! Aie ! Tu ne vas pas un peu trop vite dans le pessimisme ? Rappelle-toi tout de même les nombreux exemples d’organisation horizontale ; que ce soit dans des sociétés dites primitives dont le principal souci, précisément, était de prévenir la prise de pouvoir par certains. Et puis souviens-toi d’organisations sociales inédites : la Commune de Paris en 1871, la Catalogne en 1936, la Kabylie dans les années 2000, la commune d’Atenco au Mexique de 2001 à 2003, leurs réalisations concrètes qui auraient perduré si…

− Peut-être, mais on ne refait pas l’Histoire et, quand même, tu ne peux pas nier que ça a été une avancée de voter, même si notre influence est limitée. Il y en a qui se sont battus pour que, aujourd’hui, dans les démocraties, nous ayons au moins le droit de dire ce que nous pensons.

− Ce n’est pas parce que beaucoup y ont cru, une majorité, que ce n’est pas une tromperie. Si « la dictature, c’est ferme ta gueule, la démocratie, c’est cause toujours ». Oui, on peut dire ce que l’on pense, mais on n’est jamais entendus. C’est ça que tu considères comme une avancée ? Et le système marche tellement bien que nous n’arrivons même plus à imaginer qu’il est possible de boycotter le vote et que l’on peut s’organiser autrement. Oui, s’il y a eu des avancées réelles, elles ont été gagnées par des luttes, pas par les urnes.

− Quand même, il y a des programmes ; à nous d’être sérieux et de les étudier, de près, pour être en mesure de choisir celui qui se rapproche au mieux de nos idées.

− Mais de quels programmes parles-tu ? Ceux exposés pendant les campagnes électorales ? Mais quand as-tu vu qu’ils sont appliqués, que les promesses sont tenues ? Et puis, écoute, retiens bien ça, jamais un seul candidat élu n’a proposé l’idée d’une loi qui l’obligerait à tenir ses engagements électoraux.

− Il n’empêche que si seuls ceux qui veulent l’égalité, la répartition des richesses, plus de justice, si seuls ceux-là ne vont pas voter, les autres, les capitalistes, les fachos et les intégristes vont nous passer devant. Moi, c’est ça qui me fait peur.

− Pourtant, quand tu entends à la radio, à la télé, les appels insistants à voter, ces appels relayés très largement par tous les médias réunis, ça ne te donne pas à réfléchir ? Non ? Tu ne crois pas qu’ils ont peur de l’abstention ? Je dis que ce serait les décrédibiliser, les discréditer que de tourner le dos à leur farce. Ce serait les désarmer. Et, en tout cas, l’action anti-électoraliste peut permettre de passer à autre chose, de penser autrement, de poser le problème de la délégation autrement. Car je le dis : notre voix dans l’urne nous empêche de parler par la suite, cela nous rend muets.

− Je vais réfléchir…

− Si je peux te rassurer, je te dirai que ce n’est pas l’abstention qui met l’extrême droite au pouvoir : l’extrême droite est le fruit direct de tout un système qui ne peut se maintenir qu’en nous divisant, en nous opposant les uns aux autres. Rappelle-toi de ça, même si tu vas voter.

 

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