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Résistance politique: Ripoublique moribonde et abstention politique…

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« Le capitalisme d’État ne fera qu’augmenter les pouvoirs de la bureaucratie et du capitalisme. Le véritable progrès réside dans la direction politique de la décentralisation à la fois territoriale et fonctionnelle, dans le développement de l’esprit de l’initiative locale et personnelle et de la fédération libre du simple au plus complexe au lieu de la hiérarchie actuelle du centre vers la périphérie. »
~ Pierre Kropotkine ~

 

Que crève leur démocratie

 

Guillaume Goutte

 

24 Avril 2015

 

url de l’article:

http://www.monde-libertaire.fr/syndicalisme/17704-que-creve-leur-democratie

 

Le prétendu « devoir » citoyen est tellement moribond que nos parlementaires en quête – hypocrite – de légitimité populaire en sont rendus à vouloir rendre le vote obligatoire ! Bah tiens. Il paraît que les Belges l’ont déjà mis en place depuis un baille. Tu votes, c’est bien ; tu votes pas, tu paies 30 balles. Avoir recours à pareille mesure en dit long sur l’état de décrépitude du système démocratique parlementaire, dans lequel les sujets de ces messieurs-dames de l’État ont de moins en moins confiance. Les échéances électorales passent, et les taux d’abstention explosent, traduisant de manière on ne peut plus explicite le désamour des potentiels électeurs à l’égard de cette démocratie putassière qui n’en finit plus d’avancer à marche forcée contre les classes populaires.

Politiser l’abstention

Bien sûr, il serait parfaitement idiot de penser que cette abstention grandissante trahit le désir de ces « mauvais citoyens » de ne plus se voir confisquer leur souveraineté par des cols blancs avides de pouvoir. Et l’abstention est probablement aujourd’hui le fruit d’un désintérêt pour la politique en général, y compris dans ce qu’elle pourrait avoir de « noble ». Nombre de ceux qui ne votent pas aux départementales se désintéresseront tout autant des élections professionnelles dans leur entreprise ou des mobilisations sociales qui secouent leur quartier. Mais si cette abstention populaire n’est pas à fantasmer, il nous reste cependant à en prendre la juste mesure et à en tirer les conclusions adéquates : à savoir l’urgence pour les révolutionnaires de faire valoir aujourd’hui, haut et fort, à destination de nos frères et sœurs de classe, la possibilité de faire de la politique autrement, en dehors des logiques de représentation verticale et, donc, de l’État. Politiser l’abstention, en somme, comme nous avons un jour politisé la nôtre. Mais le dire, c’est bien, reste à savoir comment s’y prendre – et la réponse est sans doute ailleurs que dans le seul collage d’affiches appelant à une « abstention révolutionnaire ».

Le mirage du vote blanc

Histoire de se la jouer cool et de diluer quelque peu la logique autoritaire que renferme cette possible obligation de voter, le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone – en première ligne dans cette affaire –, avance aussi l’idée de comptabiliser le vote blanc, excepté lors du deuxième tour de l’élection présidentielle. Une façon de dire aux électeurs : si aucun candidat ne vous convient, pas grave, votez blanc, mais, surtout, votez ! Tout est là. Tout est ici résumé. L’important, pour eux, n’est pas que les électeurs aient confiance dans les candidats, mais qu’ils participent à la mascarade électorale. Autrement, la perte de légitimité ne concerne plus les seuls candidats, mais le système électoral tout entier. En reconnaissant le vote blanc, ceux d’en haut aspirent moins à faire remonter le désaveu de ceux d’en bas à l’égard des candidats qu’à nous pousser à être les acteurs d’un système désormais moribond.

Démocratie de classe

Le président du Sénat, Gérard Larcher, et celui de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, tous deux porteurs de ces brillantes idées pour revitaliser la vieille démocratie (l’un de droite, l’autre de gauche), nous auraient presque émus dans leurs justifications. Ces deux présidents auraient ainsi à cœur de réaffirmer et de favoriser l’engagement républicain (quèsaco ?). Pour eux, l’abstention est dangereuse : c’est même un déni de démocratie (laquelle ?). Inutile, bien sûr, de démonter à nouveau leur langue de bois, ils sont tellement grotesques qu’il est probable que personne ne soit vraiment dupe de leurs discours et de leurs idées « révolutionnaires ». Reste qu’il est « amusant » – et somme toute assez révélateur – de voir que leur amour de la démocratie et du devoir électoral s’arrête aux institutions de leur classe, celle des dirigeants et des possédants. Car il y a quelques mois, en 2014, l’Assemblée nationale puis le Conseil constitutionnel ont adopté et validé la suppression… des élections prud’homales ! Jusqu’alors élus par les salariés, les conseillers prud’homaux sont désormais désignés par les organisations syndicales et patronales. La raison de cette mesure ? Les travailleurs étaient de moins en moins nombreux à participer à ces élections prud’homales. Pourquoi, alors, ne pas avoir proposé le vote obligatoire ? Sans doute est-il plus facile de contrôler la direction d’un syndicat que des hordes de travailleurs énervés.

Illlusion démocratique: Aux votards du 29 mars…

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A lire aussi: Notre dossier « illusion démocratique »

— Résistance 71 —

 

Chantage électoral

 

Groupe Déjacque de la Fédération Anarchiste

 

25 mars 2015

 

url de l’article original:

http://fa-nantes.over-blog.com/2015/03/chantage-electoral.html

 

Nous apprenons que les « écologistes » défendent le projet de criminaliser l’abstention. S’ils réclament une peine, c’est qu’ils la considèrent comme un délit. Or, le vote consistant pour les anarchistes en un abandon de souveraineté et en une parodie d’acte politique, l’encourager, c’est encourager le renoncement. Nous pouvons donc considérer que punir l’abstention revient à criminaliser l’engagement politique réel.

Un autre façon d’inciter artificiellement les récalcitrants au vote consiste à agiter le spectre du fascisme, celui des nationalistes ou bien du fondamentalisme religieux, lesquels s’alimentent réciproquement. Aussi, pour faire face à ces danger, on nous conseille d’opter pour un moindre mal, pour une autorité diluée dans une pseudo-démocratie. Or il n’y a de salut que dans la fin de l’autorité et non dans une autorité travestie en prestataire de service.
 Les politiciens, pour défendre leur « profession », considèrent les habitants comme des amateurs, des handicapés de la politique. Ils peuvent l’être en effet dès lors qu’on les encourage dès le plus jeune âge à déléguer leurs responsabilités à des chefs, en maintenant l’ignorance des techniques de gestion autonome. Or, en réalité, ce ne sont pas les habitants qui sont incompétents mais ceux qui pensent pouvoir les représenter dans les administrations confortables. Les politiciens, classe privilégiée à l’abri des problèmes réels, n’en ont qu’une vision abstraite et technocratique. Ils ne travaillent véritablement que pour leurs maîtres, leurs sponsors, les décideurs, les promoteurs, les actionnaires et les puissants, et non pour leurs sujets. En réalité, ce sont les politiciens les réels incompétents qui n’ont d’autre ambition que de travailler leur image, de promouvoir leur carrière et de se vendre dans les médias comme des biens de consommation à l’aide des pires mensonges.
 Les habitants ne sont pas dupes, c’est pourquoi ils sont déjà nombreux à s’abstenir de voter. Ce qu’on leur cache, c’est la manière dont on peut gérer les affaires de la cité autrement, en se passant des élus. Pourtant les savoir-faire existent en matière de contestation, de réquisition, d’autogestion et de fédération. Quittons les isoloirs, organisons-nous, détrônons les accapareurs et partageons les richesses pour que l’émancipation des peuples devienne effective et non promise sur fond de catastrophes déjà bien entamées.

Aux votards des 22 et 29 Mars 2015… Notre conseil de 2012 vaut plus que jamais !

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2012 année électorale ou la continuité de l’illusion démocratique

 

Par Résistance 71

 

Le 4 Janvier 2012,

 

“La puissance au contraire tranche tout. Nous y avons mis le temps, mais nous avons compris. Par exemple vous avez dû remarquer, notre vieille Europe philosophe enfin de la bonne façon. Nous ne disons plus comme aux temps naïfs: ‘Je pense ainsi quelles sont vos objections ?’ Nous sommes devenus lucides. Nous avons remplacé le dialogue par le communiqué… »

‘Telle est la vérité, disons-nous. Vous pouvez toujours la discuter, cela ne nous intéresse pas. Mais dans quelques années, il y aura la police, qui vous montrera que j’ai raison.”

“La mort est solitaire, la servitude est collective.”

(Albert Camus, La Chute, 1956)

 

Cette année 2012 s’annonce comme l’année de tous les dangers sur le plan international avec la montée des tensions pouvant mener à un conflit majeur, voire mondial où les principaux acteurs de l’empire anglo-américains et ses satellites entreraient en collision avec le club de la multipolarité (Russie-Chine-Iran-Amérique du Sud); ainsi que la mise en place des habitutelles grandes messes du cirque électoral poussant plus avant l’illusion démocratique dans les pays occidentaux.

Ces mascarades démocratiques auront essentiellement lieu au pays du goulag levant (USA) en Novembre prochain et surtout chez nous en France au mois de Mai.

A cet effet, le grand barnum s’est mit en branle et l’oligarchie s’affaire à réactiver la verve électorale des citoyens désabusés et pour cause, par les turpitudes politico-financières des aristocrates en place. Les dernières éditions de la pantalonade pseudo-démocratique ont vu des taux records d’absention en France, en Espagne et ailleurs. Ceci n’est pas suffisant. Il nous faut boycotter complètement cette insulte à l’intelligence humaine que sont les élections et ce mécanisme obsolète de la délégation de pouvoir à une clique oligarchique toujours plus puissante (en apparence du moins).

Nous pourrions disserter longuement sur le sujet pour essayer de convaincre toujours plus de citoyens d’accomplir le seul devoir qui se doit: boycotter l’élection et toute forme de délégation de pouvoir non directement contrôlée et révocable par la base, afin de mettre fin à l’oligarchie de la pseudo-démocratie représentative. Au lieu de cela, nous allons faire un inventaire aussi complet que possible des textes anciens et modernes, écrits pour révéler au public l’étendue de la supercherie de ce qu’il est communément appelé “la démocratie représentative” devenue depuis un demi-siècle la “social-démocratie” asservie au consensus du statu quo oligarchique.

Nous publierons ces textes périodiquement sous la rubrique: “L’illusion démocratique”. Ces textes, issus de la littérature anarchiste, replaceront l’état et ses institutions dans leur contexte historique et analyseront l’ineptie du concept électoral en ce qu’il représente l’acquiescement à la servitude volontaire aux institutions sous couvert de la délégation parlementaire et présidentielle.

Le marasme dans lequel est plongé le monde actuel n’est en rien une nouveauté. Il n’est que le résultat d’une nouvelle phase de consolidation de la concentration politico-financière en moins de mains possible, le tout ici en vue de l’établissement d’un état fasciste mondial régit par une gouvernance mondiale supranationale, d’un super-état corporatif, correspondant en cela à la définition du fascisme donnée par Mussolini lui-même comme étant la fusion de l’état et des cartels industrio-financiers.

L’illusion démocratique par l’élection arrive à sa fin, l’UE est déjà dirigée de facto par des commissaires (politiques) tous puissants, non élus, sévissant dans des commissions européennes toutes puissantes, également non élues et échappant à tout contrôle populaire. L’assemblée européenne n’est qu’une mascarade qui ne sert qu’à donner un semblant de légitimité aux décisions prises par les sbires des corporations. Il en va de même dans les parlements des pays d’Europe et des Etats-Unis qui ne sont plus que des ramifications des conseils d’administration des grosses corporations de Wall Street, de la City de Londres et des représentants de CAC40 pour la France, promue au rang de république bananière en 2007.

Les citoyens en 2011 se sont pour beaucoup éveillés à ces turpitudes. Il faut maintenant concrétiser la sortie des peuples du système oligarchique qui n’existe que par notre aval tacite ou affirmé et le remplacé par l’autogestion et la démocratie directe par la participation économique et politique directe… C’est la seule solution viable: ne plus déléguer sans contrôle. Jamais plus !

Il n’y a pas de solution au sein du système.

Il faut en sortir sans retour et créer la société correspondant à la véritable nature humaine faite de solidarité, de coopération et de créativité progressiste égalitaire.

En ce tout début d’année 2012, année de tous les dangers, nous suggérons la lecture ou la re-lecture de ces ouvrages essentiels quant à la perception de l’universalité de l’humain et le chemin pour une véritable révolution sociale en dehors de la propagande oligarchique pour un consensus du statu quo esclavagiste (liste bien entendu non-exhaustive mais représentative):

–       “L’homme révolté” Albert Camus

–       “L’entr’aide” Pierre Kropotkine

–       “La conquête du pain” Pierre Kropotkine

–       “Dieu et l’état” Michel Bakounine

–       “L’état dans l‘histoire” Gaston Leval

–       “Discours de la servitude volontaire” Etienne de la Boétie

–       “”Qu’est-ce que la propriété ?” Pierre Joseph Proudhon

–       “Hommage à la Catalogne” George Orwell

–       “Un projet de société communiste libertaire” Alternative Libertaire

–       “L’autogestion” Alternative Libertaire

–       “la pédagogie des opprimés” Paulo Freire

Voter c’est se soumettre, voter c’est acquiescer à l’oligarchie et abdiquer son droit à la révolte !

Lecteurs, lisez les textes que nous publierons sous la rubrique “L’illusion démocratique”. Ils en valent la peine !

Nous concluerons avec ces mots de Sébastien Faure (1919):

“Electeur, vote encore si tu l’oses!…”

Qu’est-ce que l’abstentionnisme politique ?

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire with tags , , , , , , , , , on 15 avril 2012 by Résistance 71

ABSTENTIONNISME n. m.

« Doctrine qui préconise l’abstention en matière électorale », dit le Larousse. Fanfani le définit plus précisément : « Ne pas vouloir exercer les droits politiques ni participer aux affaires publiques ». Ces définitions toutefois ne disent rien par elles-mêmes sur la raison, la signification et la portée de l’abstention. Une note du même Larousse va nous permettre de les établir contradictoirement. Elle est ainsi conçue : « L’abstention politique qui a pour cause la négligence ou l’indifférence prouve un oubli égoïste et blâmable des devoirs du citoyen. Quelquefois, elle est pratiquée systématiquement comme un mode de protestation, soit contre le gouvernement établi, soit contre un mode de suffrage qui n’offre pas de garanties suffisantes. »

Eh bien! ce n’est pas par négligence ou indifférence, ni par protestation contre tel ou tel gouvernement ou un mode particulier de suffrage que nous sommes abstentionnistes, mais bien par une question de principe.

Nous n’admettons pas un soi-disant droit de majorité. Remarquons en passant qu’il est mathématiquement prouvé qu’aucun parlement ou gouvernement n’a jamais représenté jusqu’à présent la majorité réelle d’un peuple, mais cela dût-il se produire, que nous contesterions toujours à ce parlement ou gouvernement le droit de soumettre à sa loi la minorité. Sans aller jusqu’à prétendre que les majorités ont toujours tort ; il nous suffit d’établir que les minorités ont souvent raison ou même simplement qu’elles peuvent aussi avoir raison, pour rejeter tout droit de majorité.

A moins du cas particulier de ne pouvoir choisir qu’entre deux décisions et d’impossibilité matérielle d’appliquer librement les deux à la fois, la minorité garde pour nous une égale liberté d’action que la majorité. Le droit de la minorité ne sera naturellement inférieur à celui de la majorité que dans la mesure où ses forces de réalisation le seraient aussi.

Ajoutons que nous revendiquons non seulement un droit du groupe minoritaire identique à celui du groupe majoritaire, mais aussi un droit individuel limité uniquement par le peu de moyens qu’un individu représente à lui seul.

Il y a à cela une raison fondamentale. Toute invention, découverte ou vérité nouvelle, dans tous les domaines de la vie, n’est jamais due qu’à des individus isolés ou à la coopération étroite de petits groupements, bien que ces individus et groupements aient profité en somme, entre temps, de l’ensemble des connaissances humaines, sans lesquelles le nouveau pas en avant deviendrait inconcevable. Or, rien n’est évidemment plus nuisible à un progrès, rien ne saurait le retarder davantage que d’en faire dépendre l’application de la conquête préalable de la majorité. La plus large liberté d’expérimentation, l’autonomie nullement entravée pour les plus différents essais, tentatives ou applications, voilà les conditions indispensables à toute nouvelle réalisation audacieuse et féconde, conditions en opposition formelle avec tout soi-disant droit de majorité. D’ailleurs, si les novateurs se trouvent être dans l’erreur, rien ne saurait mieux le prouver que l’expérience, après laquelle ils pourront soit abandonner leur tentative, soit la modifier.

L’adage que les absents ont toujours tort ne saurait s’appliquer à l’abstentionnisme anarchiste ; disons plus, c’est aux électeurs qu’il doit s’appliquer et non aux élus. Nous formulons ainsi non un paradoxe, mais au contraire une vérité assez facile à démontrer. En effet, l’absence la plus à regretter est-ce celle des quelques minutes nécessaires pour voter, ou celle de tous les jours de l’année? Car le fait de voter implique en somme le renoncement à s’occuper directement de la chose publique pour une période déterminée, au cours de laquelle l’élu reste chargé de s’en occuper au lieu et place des électeurs, ceux-ci devenant ainsi les absents toujours dans leur tort. Et les faits ne démontrent que trop qu’ils le sont réellement.

Evidemment, l’abstentionniste qui ne l’est que par négligence ou indifférence, se trouve dans le même cas ; mais il en est tout autrement de l’anarchiste. Il refuse, lui, de s’absenter partout où son sort se discute et se trouve en jeu, il veut s’y trouver présent pour peser de toutes ses forces sur la décision à intervenir.

L’abstentionnisme n’est donc logiquement anarchique que s’il signifie, d’une part, négation de toute autorité légiférante ; d’autre part, revendication – et application dans la mesure où cela est déjà possible – du principe de faire ses affaires soi-même.

Les « devoirs du citoyen » – si devoirs il y a – ne sauraient être ramenés à l’obligation de déposer un bulletin dans l’urne ; ils ne peuvent que trouver leur application à tout instant où le besoin s’en fait sentir, tandis que le vote ne signifie en somme que déléguer autrui pour faire son devoir propre, ce qui est évidemment un non-sens.

Que l’on envisage la participation à la chose publique comme un droit ou un devoir, elle ne saurait donner lieu à une délégation, à moins de nier pratiquement ce qui vient d’être affirmé théoriquement.

Voyons. Un homme peut-il s’instruire, s’améliorer, se fortifier par délégation? Non, et cela présuppose avant tout une activité personnelle de chacun, qui peut être, nous l’admettons, plus ou moins favorisée par d’autres, mais toujours dans le sens de l’adage : « aide­ toi, le ciel t’aidera. » « La superstition – a dit fort bien Gabriel Séailles – consiste à demander à une puissance étrangère ou à attendre d’elle ce qu’on ne se sent pas le courage ou la force de faire soi-même. » N’est-ce pas précisément cela que continuent à faire les foules électorales à la suite des malins de la politique?

Peut-on imaginer une plus mauvaise éducation que celle consistant à se décharger sur quelques rares individus du soin de traiter précisément les questions où l’intérêt de tous est en jeu, et dont la solution pourra avoir les conséquences les plus considérables pour l’humanité?

Nous nous abstenons ici d’insister sur les turpitudes de la politique et des politiciens, sur l’écœurant spectacle toujours offert par le parlementarisme. Il n’y aurait, par impossible, parmi les élus que des hommes probes, que nous n’en cesserions pas moins d’être les adversaires d »un système qui maintient dans un état de tutelle, de minorité, d’infériorité, la plus grande partie des citoyens.

Se refuser à être électeur ne signifie ainsi dans notre pensée, répétons-le, que revendiquer son droit à exercer dans toutes les affaires publiques une intervention directe, constante et décisive. Nous ne saurions abandonner cela à quelques individus.

Notre abstentionnisme n’est donc pas un oreiller de paresse, mais présuppose toute une action de résistance, de défense, de révolte et de réalisation au jour le jour.

Les socialistes parlementaires n’en ont pas moins prétendu que nous faisions ainsi le jeu de la bourgeoisie. Examinons les faits de près.

Tout le monde se trouve d’accord pour voir dans le parlementarisme une institution bien bourgeoise. Participer à cette institution c’est donc contribuer à son fonctionnement, à son jeu. Est-il possible de changer ce jeu de bourgeois en socialiste? Les faits sans exception répondent pour nous : Non!

La raison en est bien simple.

Ou la majorité restera bourgeoise et il est incontestable qu’elle imposera son jeu bourgeois à la minorité socialiste. Dans ce cas, toutes les parties sont perdues d’avance, et s’obstiner quand même à jouer avec les bourgeois est incompréhensible, à moins d’admettre que les joueurs socialistes, en perdant tout pour le peuple, peuvent néanmoins gagner quelque chose pour eux­mêmes.

Ou la majorité deviendra socialiste. En ce cas, il est évident que le jeu parlementaire, dont l’origine, le développement et le but sont strictement bourgeois, devra être remplacé par des institutions nouvelles, grâce auxquelles la masse travailleuse ne soit plus jouée.

Pratiquement, l’histoire de toutes les votations et élections, en Suisse surtout, où le système est le plus développé et perfectionné, nous apprend que la bourgeoisie arrive toujours à ses fins, en dépit de toutes les « consultations populaires ». D’ailleurs, les moyens ne lui manquent point pour faire illégalement ce qui ne lui est pas accordé légalement. La façon dont la journée légale de huit heures est appliquée devrait pourtant avoir appris quelque chose à nos votards. Et il en est ainsi, d’ailleurs, de toutes les soi-disant lois de protection ouvrière.

Et c’est précisément parce que le suffrage universel est le jeu bourgeois par excellence, même en dehors de toutes les tricheries auxquelles il se prête si bien, que nous sommes abstentionnistes.

Aux jours d’élections ou votations, le croupier bourgeois crie : Faites vos jeux! Les naïfs qui vont voter verront ramasser leurs bulletins de vote, après quoi ils s’entendront dire : Rien de va plus! Et ce jeu du pouvoir, où le croupier gagne toujours comme à tous les jeux, peut durer éternellement. Les joueurs peuvent bien s’illusionner en réalisant quelques petits gains de temps à autre, mais ils se les verront reprendre avec usure.

S’il y a un point sur lequel nous sommes absolument sûrs d’être dans le vrai, c’est en conseillant au monde ouvrier de s’abstenir de faire le jeu électoral bourgeois.

Ce principe s’applique pour nous non seulement aux élections des Chambres législatives, mais aussi des Conseils de canton, province ou département et des Conseils communaux, de même qu’aux élections des pouvoirs exécutif et judiciaire, là où elles ont lieu comme en Suisse. Nous l’appliquons en outre à toutes les votations découlant des droits de referendum et d’initiative et de l’introduction de la législation dite dlrecte. (Voir ces mots).

Dans l’impossibilité de contester le bien-fondé de nos objections, les partisans du vote finissent par s’écrier :

– Votre critique stérile ne rime à rien. Dites-nous donc une bonne fois ce qu’il faut faire.

Remarquons d’abord ce fait. Que nous puissions ou non dire ce qu’il faut faire, cela ne change rien à notre constatation qu’avec le bulletin de vote le résultat est nul. Or, si telle est la vérité incontestable, ce n’est pas à nous seulement que doit se poser la question : Que faire? – mais chacun doit se la poser individuellement.

L’abstentionnisme anarchiste n’obtiendrait que ce résultat de poser impérieusement et universellement cette question : Que faire ? – que sa valeur apparaî­ trait déjà très grande.

Avec le système électoral, la grande masse des électeurs s’en rapporte uniquement pour cela à quelques élus. Il en résulte que celui qui vote le fait surtout avec l’idée plus ou moins consciente de s’abstenir ensuite de s’occuper de la chose publique. Il s’en décharge sur son élu. Le vote plus qu’une participation à la vie publique, ne représente qu’un renoncement à s’y mêler. Chaque électeur pense qu’il vaut mieux qu’un autre le fasse pour lui.

Mais la chose publique est si immense, complexe et ardue qu’il n’est pas de trop de la participation directe de toutes les intelligences, capacités et forces pour bien la servir. Or, ou cela se fait en dehors du Parlement et l’utilité de ce dernier apparaît douteuse, ou le Parlement n’intervient que pour ordonner ce que lui Parlement ne sait pas faire à ceux qui le savent, et nous avons le règne systématique de l’incompétence.

Chacun ne pouvant répondre que dans le domaine propre à son activité à la demande : Que faire? – le Parlement apparaît une absurdité, car il doit par défi­ nition répondre à tous les besoins de toute la vie sociale.

Les phrases vagues des programmes électoraux n’ont jamais répondu à la redoutable question : Que faire ? C’est une réponse qu’aucune majorité électorale ne saura jamais donner ; mais chaque individu peut et doit la donner pour tout ce qu’il connaît pratiquement des formes innombrables du travail humain.

Et c’est précisément parce que le vote n’est que l’escamotage pour le grand nombre de cette question : Que faire? – que nous n’en voulons pas.

L. BERTONI.

 

Source:

http://www.encyclopedie-anarchiste.org/articles/a/abstentionnisme.html