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1871 ~ 2021 La Commune a 150 ans : Le manifeste de la mairie du 18eme arrondissement d’avril 1871

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Manifeste de la mairie du 18ème arrondissement de Paris (Extraits)

 

Avril 1871

 

Cité par Louise Michel dans “La Commune, histoire et souvenirs”, 1898

 

“De grandes et belles choses se sont accomplies depuis le 18 mars, mais notre œuvre n’est pas achevée, de plus grandes encore doivent s’accomplir et s’accompliront parce que nous poursuivons notre tâche sans trêve, sans crainte dans le présent ni l’avenir.

Mais pour cela, il nous faut conserver tout le courage, toute l’énergie que nous avons eue jusqu’à ce jour, et qui plus est, il faut nous préparer à de nouvelles abnégations, à tous les périls, à tous les sacrifices : plus nous seront prêts à donner, moins il nous en coûtera.

Le salut est à ce prix, et votre attitude prouve suffisamment que vous l’avez compris.

Une guerre sans exemple dans l’histoire des peuples nous est faite, elle nous honore et flétrit nos ennemis. Vous le savez, tout ce qui est vérité, justice ou liberté n’a jamais sa place sous le soleil sans que le peuple ait rencontré devant lui, et armés jusqu’aux dents, les intrigants, les ambitieux et les usurpateurs qui ont intérêt à étouffer nos légitimes aspirations.

Aujourd’hui citoyens, vous êtes en présence de deux programmes.

Le premier, celui des royalistes de Versailles, conduit par la chouannerie légitimiste et dominés par des généraux de coup d’état et des agents bonapartistes, trois partis qui se déchireraient eux-mêmes après la victoire et se disputeraient les Tuileries.

Ce programme, c’est l’esclavage à perpétuité, c’est l’avilissement de tout ce qui est peuple ; c’est l’étouffement de l’intelligence et de la justice ; c’est le travail mercenaire ; c’est le collier de misère rivé à vos cous ; c’est la menace à chaque ligne ; on y demande votre sang, celui de vos femmes et de vos enfants, on y demande nos têtes comme si nos têtes pouvaient boucher les trous qu’ils font dans nos poitrines, comme si nos têtes tombées pouvaient ressusciter ceux qu’ils vous ont tués.

Ce programme, c’est le peuple à l’état de bête de somme, ne travaillant que pour un amas d’exploiteurs et de parasites, que pour engraisser des têtes couronnées, des ministres, des sénateurs, des maréchaux, des archevêques et des jésuites.

C’est Jacques Bonhomme à qui l’on vend depuis ses outils jusqu’aux planches de sa cahute, depuis la jupe de sa ménagère jusqu’aux langes de ses enfants pour payer les lourds impôts qui nourrissent le roi et la noblesse, le prêtre et le gendarme.

L’autre programme citoyens, c’est celui pour lequel vous avez fait trois révolutions (NdR71 : 1789, 1830, 1848), c’est celui pour lequel vous combattez aujourd’hui, c’est celui de la Commune, le vôtre, enfin.

Ce programme c’est la revendication des droits de l’homme, c’est le peuple maître de ses destinées, c’est la justice et le droit de vivre en travaillant, c’est le sceptre des tyrans brisé sous le marteau de l’ouvrier, c’est l’outil l’égal du capital, c’est l’intelligence punissant la ruse et la sottise, c’est l’égalité d’après la naissance et la mort.

Et, disons-le citoyens, tout homme qui n’a pas son opinion faite aujourd’hui n’est pas un homme ; tout indifférent qui ne prend pas part à la lutte ne pourra jouir en paix des bienfaits sociaux que nous préparons, sans avoir à en rougir devant ses enfants.

[…] Ce n’est plus un 1830 ni un 1848, c’est le soulèvement d’un grand peuple qui veut vivre libre ou mourir.

Et il faut vaincre parce que la défaite ferait de vos veuves des victimes pourchassées, maltraitées et vouées aux courroux des vainqueurs farouches, parce que vos orphelins seraient livrés à leur merci et poursuivis comme de petits criminels, parce que Cayenne serait repeuplé et que les travailleurs y finiraient leurs jours rivés à la même chaîne que les voleurs, les faussaires et les assassins, parce que demain les prisons seraient pleines et que les sergents de ville solliciteraient l’honneur d’être vos geôliers et les gendarmes vos gardes-chiourmes, parce que les fusillades de Juin recommenceraient, plus nombreuses et plus sanglantes.

Vainqueurs, c’est non seulement votre salut, celui de vos femmes, de vos enfants, mais encore celui de la république et de tous les peuples.

Pas d’équivoque : celui qui s’abstient ne peut même pas se dire républicain.

[…]

Courage donc, nous touchons au terme de nos souffrances, il ne se peut pas que Paris s’abaisse au point de supposer qu’un Bonaparte le reprenne d’assaut ; il ne se peut pas qu’on rentre ici régner sur des ruines et sur des cadavres ; il ne se peut pas qu’on subisse le joug des traîtres qui restèrent des mois entiers sans tirer sur les Prussiens et qui ne restent pas une heure sans nous mitrailler.

Allons, pas d’inutiles, que les femmes consolent les blessés, que les vieillards encouragent les jeunes gens, que les hommes valides ne regardent pas à quelques années près pour suivre leur frères et partager leurs périls.

Ceux qui, ayant la force, se disent hors d’âge se mettent dans le cas que la liberté les mette un jour hors la loi et quelle honte pour ceux là.

C’est une dérision. Les gens de Versailles, citoyens, vous disent découragés, fatigués, ils mentent et le savent très bien. Est-ce quand tout le monde vient à vous ? Est-ce que quand de tous les coins de Paris on se range sous votre drapeau ? Est-ce quand les soldats de la ligne, vos frères, vos amis, se retournent et tirent sur les gendarmes et les sergents de ville qui poussent à vous assassiner ? Est-ce quand la désertion se met dans les rangs de nos ennemis, quand le désordre, l’insurrection règnent parmi eux et que la peur les terrifie, que vous pouvez être découragés et désespérer de la victoire ?

Est-ce quand la France toute entière se lève et vous tend la main, est-ce quand on a su souffrir si héroïquement pendant huit mois  qu’on se fatiguerait de ne plus avoir que quelques jours à souffrir, surtout quand la liberté est au bout de la lutte ? Non ! Il faut vaincre et vaincre vite, et avec la paix, le laboureur retournera à sa charrue, l’artiste à ses pinceaux, l’ouvrier à son atelier, la terre redeviendra féconde et le travail reprendra. Avec la paix, nous accrocherons nos fusils et reprendrons nos outils et heureux d’avoir bien rempli notre devoir, nous aurons le droit de dire un jour : je suis un soldat citoyen de la grande révolution.”

Les membres de la Commune,

Dereure, J-B Clément, Vermorel

Pashal Grousset, Cluseret

Arnold, Th. Ferré

= = =

Lectures complémentaires :

Pierre Kropotkine, “La Commune et la Commune de Paris” (1880-82)

Michel Bakounine, “La commune de Paris et la notion d’État”, 1871

Karl Marx, “La guerre civile en France, la Commune de Paris”, 1871

Louise Michel, “La Commune, histoire et souvenirs”, 1898

Jules Guesde, “La Commune de 1871”, 1892

Pierre Olivier Lissagaray, “Histoire de la Commune de 1871”, 1896

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