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Leçon pour Gilets Jaunes : l’empire dans son jardin sud-américain: Evo Morales parle du coup d’état qui l’a forcé à l’exil au Mexique

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 30 novembre 2019 by Résistance 71

Au delà de ce que peut dire Morales et de la malfaisance avérée de l’empire tout azimut, nous lui faisons, tout comme à Chavez en son temps le même reproche: s’être accroché au système comme un morpion. Si ces gars étaient de véritables révolutionnaires, ils seraient parfaitement conscient que l’État ne peut pas être révolutionnaire… il est l’outil de la contre-révolution, du consensus du statu quo.
Morales comme Chavez auraient dû dès leur élection commencer le processus de remise du pouvoir à leur peuple. L’État, ici se voulant progressiste (ne pouvant pas être révolutionnaire) par l’action de ceux qui le dirigent, organise de lui-même les assemblées locales, la confédération de communes libres et dans le même temps se dissout pas à pas dans cette nouvelle réalité politico-économique. Ne pas comprendre ça ne fait de ces personnes que des réformistes qui à terme se font botter le cul. L’État est par essence contre-révolutionnaire, c’est inscrit dans son mode opératoire puisqu’il n’existe que par la fait de la division politique créée dans la société initiale et perpétrée au nom de privilèges inhérents à la relation dominant/dominé créée.
Il n’y a pas de solution au sein du système, il n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !
Gilets Jaunes ! Il est important de bien comprendre ceci à l’aube des journées du 5 décembre et suivant. Le changement radical de société ne peut en aucun cas intervenir au travers de l’État, des institutions, de la marchandise et de sa dictature en marche.
Toute action politique de reprise du pouvoir décisionnaire doit avoir en toile de fond: A bas l’État, à bas la marchandise, à bas l’argent et à bas le salariat ! Il n’y a rien de négociable dans cette fange de la domination et de l’exploitation, RIC ou pas. Il nous faut changer notre réalité profonde, pour ce faire, nous devons en être avant tout ben conscient et agir en conséquence de manière efficace, ainsi comme le disait le vieux slogan percutant: « Soyons réalistes… Demandons l’impossible ! »
Morales et Chavez avant lui, bien qu’ayant amené quelques améliorations que l’on voit maintenant passagères à leur peuple respectif, n’ont en fait été que de bon petits soldats du système de « l’alternance » au sommet de l’État, mais en aucun cas des révolutionnaires, leur attachement à l’État et aux institutions fut leur perte. La révolution sociale reste à faire et c’est aux peuples de la faire, personne ne la fera à leur place. Qu’on se le dise !

~ Résistance 71 ~

 


Morales ne fut qu’un « Indien de fort »

 

Entretien avec Evo Morales: “Je me suis fait piéger ; le coup d’état a été tramé à l’ambassade des Etats-Unis”

Entretien avec le quotidien mexicain de La Jordana

 

16 novembre 2019

 

Source de l’article en français:

https://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=27552

 

Le coup d’État contre Evo Morales a été « préparé »  à l’ambassade des USA en Bolivie. Le regard sombre, l’ex-président en exil le reconnait : « Je me suis fait piéger ».

Il est très tôt. Le thermomètre indique à peine 10 degrés. Evo Morales est abrité dans un petit salon, d’où il fait appel à sa mémoire récente : « Je me souviens parfaitement qu’il y a eu une rencontre avec les mouvements sociaux connus sous le nom de Conalcam (Coordination nationale pour le changement), où il y a une quarantaine de dirigeants nationaux ou d’ organisations nationales représentées par leurs présidents ou dirigeants qui ont proposé comment modifier la Constitution pour une nouvelle réélection. J’ai dit : ce n’est pas ma proposition ; discutez-en, la meilleure chose que je puisse faire est d’accompagner avec des juristes pour voir si c’est viable, et ils ont acquiescé, et il y a eu ce référendum pour modifier la Constitution, c’est alors qu’une sale guerre a commencé,  basée sur le mensonge, dirigée par l’ambassade des USA ».

La possibilité d’une quatrième réélection a également ouvert la porte aux USA pour qu’ils mettent la main sur la Bolivie ?

Près de deux mois avant les élections, j’ai convoqué le chargé d’affaires de l’ambassade US et je lui ai montré comment, avec des employés de l’ambassade, ils se rendaient dans certaines régions pour faire chanter les camarades sur le terrain. Ils leur disaient : « Ne votez pas pour Evo, ne le soutenez pas, si vous ne le soutenez pas, si vous ne votez pas ou ne soutenez pas Evo, nous allons vous faire des rues pavées « . Cette fois-là, le chargé d’affaires m’a promis qu’ils n’allaient pas se mêler de politique.

« Tout le monde est surpris que j’aie passé presque 14 ans au pouvoir et voilà le coup d’État. C’était bien organisé, bien planifié, bien financé par des groupes violents. Ils ont payé des membres de gangs et des toxicomanes. Je ne sais pas d’où vient tant d’argent pour les financer.

« Ils ont même embauché les maçons. En tant que travailleurs de la construction, ils gagnent environ 100 ou 120 bolivianos par jour, mais ils ont été payés 300 pour participer à la violence. Dans les universités, ils ont fait du chantage aux bonnes notes aux étudiants. J’ai des officiers des forces armées, de mon équipe de sécurité, qui vont à l’université, et on leur a dit que s’ils allaient aux barrages routiers, à la conspiration, à l’agression, ils auraient leurs examens. Que s’ils avaient trois sujets avec violence contre le gouvernement, contre Evo, contre la lutte de la révolution démocratique, ils passeraient l’examen. Et ils se sont joints à cette conspiration pour des petites notes et pour de la menue monnaie.

« Nous avons démontré avec des documents les nouvelles capacités des USA. Il n’y a pas de DEA [Drug Enforcement Agency], nous l’avons expulsée, et il n’y a pas d’autres organismes d’intervention et d’espionnage, mais ils ont d’autres formes d’intervention. Je te raconte un souvenir: j’ai rencontré des filles du Corps de la Paix (Peace Corps) dans la Vallée bolivienne, à Cochabamba : je pense qu’elles réalisaient un programme social intéressant. Je leur ai demandé pourquoi elles ne l’avaient pas appliqué ailleurs, par exemple sur l’Altiplano. Elles m’ont dit : « Evo, là-bas, il y a la DEA, on ne peut pas être là », et c’est parce que la DEA était avec ce Corps de la paix, sous prétexte de lutte contre le trafic de drogue.

« Avant, nous les expulsions ; maintenant ils se déguisent et ils ne se voient pas en face; en ce moment ils sont organisés par groupes. Évidemment, les anciens gouvernants – il semble se référer à Carlos Mesa, son opposant aux élections et l’un des chefs visibles du coup d’État -, la police, les forces armées, ont fait partie de ces agences d’espionnage, de répression, d’application des politiques liées aux projets des USA, et ainsi leur base pour pouvoir conspirer a été formée.»

Ensuite, Evo Morales explique la raison de l’ambition, ou du moins celle qui est la plus importante pour le moment. Si le nom du coup d’État est à l’ambassade des USA, le nom de famille est lithium.

Peu avant l’élection présidentielle, Ivanka Trump s’est rendue dans la ville de Purmamarca, dans le nord-ouest de l’Argentine, à la frontière avec la Bolivie, dans le triangle du lithium, qui englobe également le Chili. Le triangle de l’ « or blanc » concentre 75 pour cent des gisements de cet élément dans le monde.

Cependant, la Bolivie concentre presque tout le métal qui semble être l’un des éléments les plus importants pour l’avenir du monde. « Nous avons commencé à développer l’industrie du lithium, mais il y a des politiques de privatisation », dit-il. Il y a aussi les complots des grands monopoles qui veulent s’emparer du métal.

Alors, il y avait des signes d’alarme sur les menaces contre la présidence d’Evo Morales : n’était-ce pas trop risqué d’essayer de rester au pouvoir ? Les avertissements semblaient clairs.

La mâchoire serrée, le président en exil souligne : « Ils ont préparé ce coup d’État à l’avance. C’était un coup totalement différent. J’espère vraiment que ce ne sont pas toutes les forces armées qui ont participé, mais les commandants. Ils utilisent les forces armées pour tirer sur le peuple. Quand je suis arrivé au gouvernement, les forces armées avaient à peine un hélicoptère. Sous notre gestion, il y a eu 25 hélicoptères. Nous avons équipé les forces armées, mais pas pour qu’elles soient contre la population ».

Les armées d’aujourd’hui sont-elles garantes de la démocratie ? Il semble qu’aujourd’hui, comme dans les années 70 du siècle dernier, l’armée va à l’encontre des gouvernements élus….

-Je suis convaincu qu’ils ne sont pas garants. Ils appuient les politiques néolibérales. Ils sont avec les secteurs oligarchiques. C’est surprenant. Les forces armées avaient une bonne image. Malheureusement, ces bonnes images partent à la poubelle.

Ponchos rouges

-Vous avez les ponchos rouges. C’est un groupe intéressant et belliqueux. Aujourd’hui, ils sont dans la rue en chantant le slogan « Maintenant, oui,  guerre civile ! »

-Le comportement des policiers conduit le peuple à s’organiser lui aussi. Je suis surpris par l’approche de guerre civile, parce que si des institutions comme les forces armées ne garantissent pas la démocratie, cela signifie que le peuple va être obligé de s’armer lui-même. Nous ne voudrions pas cela. Je ne le veux pas personnellement, mais si ces groupes naissent, qui proposent la guerre civile, ce sera la faute, premièrement, de la droite-droite et, deuxièmement, de ces commandants qui ne garantissent pas la démocratie. Bien sûr, les peuples ont le droit de se libérer eux-mêmes.

« Après mon arrivée au Mexique, j’ai tout écouté à travers des messages, des vidéos, des réseaux sociaux. J’ai vu comment le peuple s’organise, et pour les ponchos rouges, leur trajectoire de lutte contre le colonialisme, contre l’interventionnisme, contre le militarisme, est historique. À mon époque contre le néolibéralisme. Ce sont des acteurs avec les habitants d’El Alto, avec le mouvement paysan. Ils sont mobilisés par des barrages routiers contre ce coup d’État, jusqu’à la fin de cette dictature ».

-Je faisais référence à tout cela lorsque je vous ai demandé s’il y avait un message, un enseignement de ce coup d’État pour l’Amérique latine.

-En Bolivie, ce que nous avons vu, ce que nous avons vécu, c’est que des institutions comme la police ne sont au service que de groupes oligarchiques. Hugo Chávez avait sa police, ses forces armées et a organisé les milices armées. Quand vous me parlez des ponchos rouges, qui sait si certaines forces sociales sont la base pour créer des milices, ou si le peuple a aussi son groupe organisé, armé, légal. Le peuple ne veut pas des forces armées dans la ville, parce qu’elles sont complices du coup d’État ».

Evo Morales souligne qu’il y aura un débat important au Forum de Sao Paulo. « Des événements anti-impérialistes, des événements de solidarité, d’autodétermination des peuples. Cela va provoquer un débat : comment le peuple doit s’organiser sur deux plans. Celui de la communication, des réseaux sociaux, mais aussi le plan de la sécurité des gouvernements progressistes ou de gauche, ou anti-impérialistes ».

Maintenant que Morales sirote du jus d’orange, il a l’air plus détendu. Il parle de ce qu’il appelle ses péchés : « Vous savez, nos politiques économiques, sociales et programmatiques, pour nous libérer des politiques imposées par le Fonds monétaire international, sans la Banque mondiale, ne sont pas acceptées. Ils n’acceptent pas cela. Mon pire crime a été de nous libérer, non seulement dans la partie sociale et culturelle, non seulement dans la partie idéologique et politique, mais aussi dans la partie économique. La croissance de la Bolivie surprend tout le monde. On a mis en place des programmes sociaux, des politiques économiques dont les USA ne veulent pas, car ils aiment l’impérialisme et le capitalisme. C’est le péché d’Evo, le président de la campagne.

« Nous sommes passés d’un État colonial à un État plurinational à économie plurielle, où l’État dirige l’investissement, accompagné par le secteur privé, mais aussi par des secteurs associatifs tels que les coopératives, les entreprises communautaires, familiales. Dans les premières années de notre gestion, le secteur privé ne l’a pas acceptée. Nous avons été expulsés, mais au fur et à mesure que notre modèle économique commençait à se développer, ils ont dû le reconnaître eux-mêmes. Des hommes d’affaires m’ont dit : « Monsieur le Président, grâce à votre processus, nous avons amélioré notre économie, nous avons grandi, mieux qu’avec beaucoup de partis de droite ».

« Certains secteurs privés ne sont pas d’accord, c’est pourquoi je dis que c’est une question de classe. Comment est-il possible – se demande-t-il – que cet Indien, que les indigènes puissent démontrer que la Bolivie est meilleure aujourd’hui ? »

Vous avez, avec vos programmes sociaux, sorti de la pauvreté beaucoup de Boliviens qui sont devenus une classe moyenne qui rejette maintenant votre forme de gouvernement. Que pensez-vous de cela ?

-C’est mon autre péché. Nous avons mis en place des programmes sociaux pour les familles les plus modestes. En quoi consistent ces programmes ? Une famille, une personne fait un projet productif. Par exemple, il coûte mille dollars. L’État donne 70 pour cent. Ce sont des programmes visant à libérer la pauvreté. Environ 3 millions de Boliviens sont passés de la classe pauvre à la classe moyenne, et maintenant ils ont d’autres attentes. Le péché d’Evo est que ce soit un Indien qui libère la croissance économique. Comment un Indien va savoir ça ! Ils se sentent déjà comme une classe moyenne, maintenant ils se rendent compte qu’ils sont vraiment une classe moyenne, mais beaucoup de gens des classes moyennes le sont à contrecoeur. Ils n’acceptent pas que nous syndicalistes et indigènes puissions montrer que la Bolivie a beaucoup d’avenir. Je viens des luttes sociales, des familles les plus humbles. Je ne viens pas de l’Altiplano bolivien à l’est du Chapare pour faire de la politique, ni pour être syndicaliste, mais pour améliorer l’économie.

« Alors je me demande : Pourquoi suis-je arrivé à la Présidence sans formation universitaire ? C’est grâce à la vérité et à l’honnêteté. Personne ne peut m’accuser d’être corrompu. Voler, jamais ».

Apprendre

J’ai l’idée que le grand problème de la gauche, c’est qu’elle ne sait pas comment éduquer sa population, qu’elle a laissé l’éducation aux médias électroniques, par exemple, est-ce vrai ?

-Oui, vous avez raison. Parfois, il s’agit de problèmes de gestion qui négligent l’idéologisation des nouveaux dirigeants. Je ne viens pas d’ateliers ou de séminaires d’idéologisation, mais de marches, de congrès, de réunions permanentes. Pour moi, c’est une autre façon d’apprendre. J’ai écouté, par exemple, le Parti communiste de Bolivie. Si vous ne passez pas par la jeunesse communiste, vous n’êtes pas un militant. Nous avons négligé l’idéologisation en passant en revue le passé, ce qui a été une autre faiblesse.

-Quelle contradiction ! En fin de compte, votre projet a nourri la droite.

-Oui, c’est compréhensible. Maintenant, je me rends compte, avec les réflexions, avec les questions que vous me posez, qu’avec nos politiques économiques, nous avons nourri le secteur privé pour que certains d’entre eux conspirent. Je ne pense pas que ce soit tous. Les nouvelles générations doivent réaliser qui sont les ennemis. Le capitalisme et l’impérialisme ne leur garantissent pas l’avenir.

Et en parlant de l’avenir, ne voyez-vous pas beaucoup de sang dans les rues de Bolivie ?

-C’est ce que je veux éviter. C’est pour ça que je suis parti. Du Mexique, je demande la pacification. Je demande l’intervention des Nations Unies, l’intervention de l’Église catholique.

-Mais vous y croyez encore ?

-D’une façon ou d’une autre, pour baisser la tension. Toute l’Église catholique n’est pas mauvaise. Nous avons été surpris par le comportement de certaines églises évangéliques, mais il y en a aussi de bonnes, comme les méthodistes. Enfin, il doit y avoir un dialogue national, il doit y avoir la participation des organisations. Le peuple se mobilise pour qu’Evo puisse terminer son administration.

« Maintenant que l’OEA est aussi putschiste, qui devrions-nous appeler à la médiation ? Ce seront les Nations Unies. Il faut un garant qu’il y aura un dialogue, que la démocratie reviendra et que mon administration ira à son terme et s’ils ne veulent pas que j’aie une relation, je n’en ai pas, mais ils doivent comprendre que la première tâche est de pacifier ».

Evo Morales porte une veste en flanelle à carreaux. L’interview est terminée, mais il dit que le gouvernement du Mexique, de López Obrador, est un gouvernement d’espoir et répète qu’il lui a sauvé la vie.

Puis il se hâte de sourire pour les caméras, avant de prendre un air préoccupé quand les objectifs ne sont plus braqués sur lui. « Je voyageais beaucoup, tout le temps, maintenant je me sens enfermé », et avec une poignée de main il nous dit au revoir, avec en tête l’idée de retourner très bientôt dans sa Bolivie.

= = =

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


Zapatistes et révolution sociale en marche…


Comprendre et changer notre réalité
« La pédagogie des opprimés »

 

 

Paris Place de la République du 2 au 6 décembre 2019: Village Pacifique des pompiers de France en grève… Solidarité !

Posted in actualité, gilets jaunes, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, Social & Retraite, société des sociétés with tags , , , , , , , , , on 29 novembre 2019 by Résistance 71

 

Résistance 71

 

29 novembre 2019

 

Info reçue via courriel par un pompier gréviste

 

Depuis 5 mois, de gronde en grèves, les pompiers de France sont dans les rues.
A partir de lundi 2 décembre jusqu’au vendredi 6, les pompiers de France et de Navarre vont installer un « village pacifique » de protestation  sur la place de la république à Paris. Beaucoup de pompiers de province vont « monter » ou « descendre » à Paris pour l’occasion et se relayer au village et être au contact de la population.
Quand les pompiers en colère sont dans la rue, y a l’feu au lac !…

Solidarité – Union – Persévérance – Réflexion – Action
Ensemble devenons S.U.P.R.A conscients !

 

Texte utile en ces moments Gilets Jaunes : « La synthèse anarchiste » de Voline (format PDF)

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Résistance 71

 

27 novembre 2019

 

Nous avions publié ce texte déjà en 2013 et Jo nous en a fait un très beau pdf pour une meilleure lecture.
Ce texte de 1934 nous est très proche puisque Voline y affirme la nécessité de comprendre et de renoncer aux antagonismes, le plus souvent induits, minant de l’intérieur la cause de la révolution sociale depuis pratiquement sa suggestion et de converger vers une synthèse de lutte politico-sociale, qui seule mène sur le chemin de la vie telle qu’elle doit être vécue, vers une société organique de l’être ayant vaincu tous les pièges et les chants de sirènes de la dictature marchande. Il est plus que jamais important pour nous, gens du commun, aujourd’hui cristallisés dans ce mouvement des racines profondes (radical) qu’est le mouvement des Gilets Jaunes, de comprendre et d’intégrer le fait que toute division nourrit le système étatico-capitaliste et que nous devons impérativement penser et agir (praxis) au-delà de tous les antagonismes et artifices de la division créés par la société marchande et sa dictature de tous les instants.

Voline, sans doute parce qu’il rallia sur le tard (avant 1914) le mouvement anarchiste alors qu’il participa activement à la création du premier conseil ouvrier (soviet en russe) de St Petersbourg en 1905, est celui qui manifesta le plus de recul sur les faiblesses du mouvement anarchiste et essaya de sensibiliser ses compagnons de lutte sur le besoin d’une « synthèse anarchiste » mettant bas tous les antagonismes et guéguerres de clochers autant futiles que stériles. Ce texte de Voline est d’une actualité poignante et ne peut que nous inciter à plus de réflexion en vue d’une action concertée toujours plus efficace vers notre émancipation finale…

Version PDF
Voline_La_synthese_anarchiste

 

 

Lectures complémentaires:

Voline_La revolution inconnue 3 livres

Murray_Bookchin_Ecoute_Camarade

Nestor Makhno Anarchie dans la Revolution Russe

Murray_Bookchin_Le_municipalisme_libertaire

Guy_Debord_La_societe_du_spectacle

TAZ_Fr

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Patrice Sanchez_Sortir par le Haut !

zenon_pourquoi suis je anarchiste ?

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

 

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

 

Analyse politico-sociale… Proudhon en Gilet Jaune

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Tout le pouvoir aux Ronds-Points !…

 

Proudhon en gilet jaune

 

Edouard Jourdain

 

Novembre 2019

 

Source: https://www.revue-ballast.fr/proudhon-en-gilet-jaune/

 

Force est de constater les correspondances entre le mouvement des gilets jaunes et la pensée de celui qu’il est coutume de présenter comme le père de l’anarchisme, Pierre-Joseph Proudhon : c’est en tout cas ce que l’auteur de Proudhon contemporain et L’Anarchisme entend ici démontrer. Remise en cause de la représentation, critique de l’oligarchie libérale, affirmation de la faculté du peuple à s’autogouverner en délibérant et en se donnant ses propres lois : autant d’échos entre le soulèvement populaire, qui s’en va « fêter » sa première année, et le théoricien bisontin écroué en 1849 pour « excitation à la haine et au mépris du gouvernement de la République »

Les gilets jaunes sont un mouvement inédit. S’il a pu être rapproché de 1789, 1848, 1871 ou Mai 68, et si l’on peut en effet relever certaines analogies, l’Histoire, on le sait, ne se répète pas. Mais elle demeure éclairante à bien des égards et recèle des armes enfouies, qu’il nous appartient de déterrer pour mieux comprendre le présent et le transformer en un futur meilleur. L’expérience de Proudhon et ses idées fournissent de telles armes. Armes de la critique, mais armes constructives. Armes à dérouiller, certes, mais armes en état de marche. Tour à tour gardien de vaches dès sa prime enfance, ouvrier typographe et journaliste, l’intéressé eut selon ses propres dires « le rare avantage, si c’en est un, de naître peuple, d’apprendre ce qui a fait le peuple tel qu’il est aujourd’hui, et de rester peuple1 ». Il eut affaire avec de multiples régimes politiques — la monarchie constitutionnelle, la démocratie parlementaire, l’empire —, mais aussi l’expérience de la Révolution de 1848. Révolté par la misère qu’avait connue sa famille, la vie et la pensée de Proudhon, vouées à la résolution du problème social et politique, résonnent aujourd’hui d’un son particulier sur des sujets comme la représentation, la délibération et la constitution.

De la Révolution française à nos jours, le libéralisme a encaissé plusieurs crises — celle des années 1930 ayant sous doute conduit au plus terrible d’entre les débouchés, entendre l’avènement des totalitarismes. La crise que nous traversons actuellement est d’un autre ordre ; il n’en demeure pas moins une intuition, celle qu’un autre ordre politique et social est possible et souhaitable. Si aucune alternative viable n’est envisagée dans toute sa radicalité, l’extrême centre restera cette antichambre du pire (dès lors que la radicalité est comprise comme une résolution des problèmes à la racine). Proudhon, en 1848, avait déjà pointé les dangers d’un régime se réclamant d’un hypocrite « juste milieu » : « Le juste milieu, connu des philosophes sous le nom d’éclectisme, vient de cette disposition d’esprit égoïste et paresseuse, qui préfère aux solutions franches des accommodements impossibles ; qui accepte la religion mais faite à sa convenance ; qui veut de la philosophie mais sans réserve ; qui supporte la monarchie mais complaisante ; la démocratie, mais soumise ; qui proclame la liberté du commerce, mais en se couvrant de protections ; qui s’arrangerait de la gratuité de circulation du crédit, mais en stipulant un intérêt pour ses capitaux […]. Le juste milieu est l’hypocrisie de la conservation2. »

Encore faut-il admettre que l’on comptait à l’époque de Proudhon des formes de régimes mixtes, invitant dans une certaine mesure à la cohabitation des idéologies et à l’existence de contre-pouvoirs. Nous en sommes revenus. Le néolibéralisme se mêle désormais à l’autoritarisme de l’État, cela dans une société intégralement colonisée par le marché. Qu’est-ce que le néolibéralisme ? Une double infiltration : de l’État au sein du marché, lequel doit assurer au premier des assises pour son bon fonctionnement (y compris de manière autoritaire) ; du marché au sein de l’État, lequel doit également se soumettre à la loi de la concurrence. Une interpénétration qui s’effectue sans le consentement du peuple, considéré incapable de se gouverner lui-même — comme l’affirme l’un des pères du néolibéralisme, Walter Lippmann.

La capacité du peuple ou le refus de la représentation

« Ignorance ou impuissance, le Peuple, d’après la théorie démocratique, est incapable de se gouverner : la démocratie, comme la monarchie, après avoir posé comme principe la souveraineté du Peuple, aboutit à une déclaration de l’incapacité du Peuple3 ! » L’émergence du mouvement des gilets jaunes a suscité une polémique de savants quant à sa position vis-à-vis des représentants : s’agit-il d’un mouvement qui critique la toute-puissance des élus ou, au contraire, d’un mouvement qui regrette leur impuissance ? Cette manière de poser les alternatives en dit long sur l’incapacité à soulever la question de la démocratie. Ce qui est en jeu n’est pas tant la puissance ou l’impuissance des élus que la capacité politique des citoyens — laquelle va de pair avec une remise en question radicale de la démocratie représentative telle qu’elle existe. C’est que la représentation, dans nos démocraties libérales, n’a jamais été capable de représenter le peuple — comme le rappelle l’ouvrage désormais classique de Pierre Rosanvallon, Le Peuple introuvable. Et pour cause : la représentation est entendue au sens aristocratique du terme, où les « meilleurs », c’est-à-dire les plus « capables », sont censés diriger la masse des ignorants, qui, accablés par leur travail, n’ont plus le temps de s’occuper de la chose publique.

Déjà, en 1793, John Oswald, un Anglais venu en France lors de la Révolution pour participer aux débats du club des Jacobins, écrivait un pamphlet intitulé Le Gouvernement du peuple, ou plan de constitution pour la république universelle. On y lit : « J’avoue que je n’ai jamais pu réfléchir sur ce système de représentation sans m’étonner de la crédulité, je dirais presque la stupidité avec laquelle l’esprit humain avale les absurdités les plus palpables. Si un homme proposait sérieusement que la nation pissât par procuration, on le traiterait de fou. […] Mais le fait est, que quoiqu’il nous soit impossible de penser les uns pour les autres, que d’aimer les uns pour les autres, de boire ou de manger les uns pour les autres, cependant l’habitude de déléguer à autrui le soin de penser pour nous, nous fait insensiblement désapprendre à penser tout à fait : et ceci répond merveilleusement bien à l’intention charitable de ces messieurs, qui veulent nous épargner la peine de penser pas nous même4. »

L’un des points les plus originaux du mouvement des gilets jaunes est sa position particulièrement critique à l’endroit du principe représentatif. Ont ainsi, en son cœur, été intégrés des mécanismes de prévention/conjuration de la représentation, comme en témoigne le refus de présenter des listes aux élections européennes de 2019. Celles, peu nombreuses et vivement critiquées, qui ont maintenu leur candidature ont obtenu un score désastreux : moins de 2 %. À l’issue d’un rassemblement de trois jours à Saint-Nazaire, 700 gilets jaunes, représentant 235 groupes locaux de toute la France, publiaient le 8 avril de la même année plusieurs « appels » communs, dont l’un concerne précisément la question de la représentation : « Face à la mascarade des grands débats, face à un gouvernement non représentatif au service d’une minorité privilégiée, nous mettons en place les nouvelles formes d’une démocratie directe. Concrètement, nous reconnaissons que l’Assemblée des assemblées peut recevoir des propositions des assemblées locales, et émettre des orientations comme l’a fait la première assemblée des assemblées de Commercy. Ces orientations sont ensuite systématiquement soumises aux groupes locaux. L’Assemblée des assemblées réaffirme son indépendance vis-à-vis des partis politiques, des organisations syndicales et ne reconnaît aucun leader autoproclamé. »

Ce refus de la représentation part d’un principe clair, qui constitue la base d’une démocratie réelle : une volonté ne saurait se substituer à une autre, fût-ce par la représentation, dont le philosophe socialiste Cornelius Castoriadis a lui aussi souligné toute l’absurdité : « L’idée que quiconque pourrait me représenter me paraîtrait insupportablement insultante, si elle n’était pas hautement comique5. » Les notions d’efficacité et d’« expertise » comme critère de gouvernement, puis de gouvernance, n’ont rien arrangé quant à la justification de la représentation comme confiscation des capacités politiques des citoyens. Au XIXe siècle, Proudhon s’oppose à l’usurpation de l’autorité politique par les experts au nom de l’ignorance supposée du peuple : « […] je n’ai jamais vu que le jugement du plus ignorant sur les faits de son état et de sa profession, sur ce qui regarde ses intérêts et ses droits, fut plus faillible que celui du plus éclairé du plus savant. Toute la différence consiste dans le talent d’exposition, qualité acquise, non dans la perception de l’idée qui souvent, au contraire, est plus obscure chez l’érudit que chez l’homme de sa nature6. » Que nous dit Noël, gilet jaune rennais, au micro de France Bleu Armorique ? « Même si notre président pense qu’on est des gens simples et peu cultivés, eh bien, vous voyez, on a quand même du bon sens, et c’est peut-être ce qui nous aide. » Ou bien Stéphanie ? « Pour qu’on ait confiance en eux, faudrait peut-être qu’ils aient un petit peu confiance en leur peuple. On n’est pas des illettrés, on est très impliqués dans ce qui se passe dans notre pays et on aimerait avoir un peu plus la parole. On ne va pas voter pour des gens qui après décident pour nous. »

C’est donc par la réappropriation de la parole que les individus sont susceptibles de combler la brèche qui les sépare de leur capacité de décision. « Une nation qui se fait représenter doit être représentée dans tout ce qui la constitue : dans sa population, dans ses groupes, dans toutes ses facultés et conditions7 », note Proudhon. Les voix qui résultent de cette pluralité ne sauraient bien évidemment conférer une parole pleine et absolue aux mandataires, qui auraient tendance, en s’autonomisant, à reproduire une oligarchie éparpillée. La parole démocratique fait toujours l’objet d’une réciprocité, d’une liaison et d’un contrôle : parce que la parole est la première manifestation du pouvoir, elle n’a pas à être confisquée. Dès lors, le philosophe libertaire d’assurer : « Le choix des capacités, le mandat impératif, la révocabilité permanente, sont les conséquences les plus immédiates, les plus incontestables du principe électoral. C’est l’inévitable programme de toute la démocratie8. »

Les conséquences politiques de ce programme se retrouvent dans cette déclaration des gilets jaunes, elle aussi issue d’un texte adopté par l’Assemblée de Saint-Nazaire : 

« Nous, gilets jaunes réunis en Assemblée des assemblées appelons l’ensemble des GJ ainsi que tous nos concitoyens à s’engager dans la réappropriation de notre pouvoir politique. Une étape importante de cette reconquête passe par le niveau local. Nous appelons à créer dans chaque commune de France où cela est possible une ou plusieurs assemblées citoyennes et populaires. Car ce pouvoir nous a été confisqué comme nous le constatons dans de multiples domaines : écologie, public/privé (privatisation), démocratie, etc. Ces assemblées sont l’expression de la volonté populaire. Chaque assemblée mène ses propres expériences en toute autonomie dans le respect de l’intérêt collectif (en lien avec des associations, gilets jaunes seuls, groupes de citoyens, associations de quartiers, présentation de listes ou non…). Nous appelons les assemblées citoyennes et populaires, ainsi créées, à se fédérer en réseau par l’échange de leurs expériences. Réapprenons à partager nos préoccupations pour définir ensemble ce que nous voulons. Réapprenons à vivre ensemble où nous habitons. »

Délibérer, pour quoi faire ?

L’approche délibérative du libéralisme diffère fondamentalement de l’approche délibérative des gilets jaunes, qui correspond davantage à la philosophie libertaire et plus encore à celle de Proudhon. La théorie libérale s’en tient généralement à la force du meilleur argument, sans prendre en compte les inégalités de pouvoir et les inégalités économiques. Le libéralisme envisage trois modalités de délibération différentes : un modèle élitiste, un modèle associatif et un modèle participatif. Dans le modèle élitiste, la division entre les citoyens et les représentants est claire et nette : seuls les représentants sont suffisamment éclairés pour pouvoir définir ce qu’est le bien commun. Comme le soutient Sieyès — sans doute l’un des théoriciens les plus significatifs de ce modèle —, les citoyens « se nomment des représentations bien plus capables qu’eux-mêmes de connaître l’intérêt général, et d’interpréter à cet égard leur propre volonté9 ». Le député du Tiers état aux États généraux estime ainsi que la France ne saurait être une démocratie mais un régime représentatif. Dans l’approche associative, la société civile est en dialogue avec ses représentants afin de déterminer les orientations politiques. La délibération a lieu à la fois entre les élus et les différentes associations qui composent la société civile. Les partenaires sociaux, que ce soient les représentants des salariés ou des patrons, peuvent aussi délibérer entre eux de manière à éclairer du mieux possible les élus qui, en dernière instance, prendront les décisions adéquates à ce qui leur semble être le bien commun. Ce modèle a été particulièrement développé par le philosophe allemand Jürgen Habermas. Enfin, l’approche participative estime que les citoyens sont suffisamment éclairés pour pouvoir prendre des décisions après délibération au sein de leurs associations, de leur lieu de travail, de leur école, etc. Si leur pouvoir est supérieur aux modèles précédents, il n’en demeure pas moins subordonné à celui des représentants. Autrement dit, leur marge de manœuvre ne peut excéder les cadres de la loi qui est exclusivement élaborée par ceux-ci.

Si l’approche délibérative des gilets jaunes peut rejoindre certains aspects des théories libérales de la délibération, elle en remet en cause un principe fondamental : l’égalité formelle, en particulier entre les représentants et les citoyens, et en général entre des citoyens qui n’ont pas le même pouvoir. Ce n’est pas un hasard si les gilets jaunes s’en sont parfois pris violemment aux médias, censés garantir le bon fonctionnement d’une démocratie libérale délibérative. Il s’avère que les médias constituent, aux yeux des manifestants, une oligarchie qui ne représente en rien la pluralité de la société française. Pour réaliser une démocratie délibérative digne de ce nom, la première condition est de réenvisager radicalement l’égalité des pouvoirs, qu’ils soient économique, politique ou… médiatique. La seconde condition, qui découle de la première, est alors que la voix des citoyens ne se réduise pas à un son qui se perd dans le silence du désert ou dans le brouhaha du marché : les voix doivent compter en constituant autant de capacités qui concourent à des prises de décision communes.

Les pratiques de délibération observées sur les ronds-points ou dans les assemblées concordent avec ce que Proudhon appelait la « raison collective ». Celle-ci affirme la réalité du pluralisme. Elle est l’expression de la confrontation des points de vue, laquelle permet un éclairage mutuel et rend possible la prise de décisions en meilleure connaissance de cause. Proudhon s’explique ainsi : « Lorsque deux ou plusieurs hommes sont appelés à se prononcer contradictoirement sur une question, soit de l’ordre naturel, soit, et à plus forte raison, de l’être humain, il résulte de l’élimination qu’ils sont conduits à faire réciproquement de leur subjectivité, c’est-à-dire de l’absolu que le moi affirme et qu’il représente, une manière de voir commune, qui ne ressemble plus du tout, ni pour le fond ni pour la forme, à ce qu’aurait été sans ce débat leur façon de penser individuelle. Cette manière de voir, dans laquelle il n’entre que des rapports purs, sans mélange d’élément métaphysique et absolutiste, constitue la raison collective ou raison publique10. » La raison collective est donc particulièrement liée à la délibération.

On retrouve là l’interaction des dimensions individuelle et collective : chacun pense, raisonne par lui-même et argumente pour défendre sa position personnelle, tout en participant à un dialogue où la réception de nouveaux points de vue enrichit et transforme les subjectivités de chacun. Chaque membre social a « deux esprits et deux langages, un esprit d’intérêt, de spéculation et de justice propre, et un esprit d’intérêt général, de philosophie synthétique, et de justice universelle… Une langue pour nos idées particulières et une langue pour nos idées générales11 ». La légitimité d’une décision résulte donc nécessairement pour Proudhon d’un processus de délibération où ont pu se confronter les individus concernés par la décision à prendre. C’est de cette manière que le peuple peut s’éduquer par lui-même — Proudhon parle de « démopédie ».

L’isolement disparaît alors au profit du principe de sociabilité. L’individu n’est pas écrasé par la collectivité : au contraire. En participant à plusieurs communautés (quartier, métier, famille, association, etc.), il développe sa liberté et sa personnalité. On retrouve ici la théorie de la liberté chère au théoricien anarchiste, qui distingue deux types de liberté : « La liberté est de deux sortes : simple, c’est celle du barbare, du civilisé même qui ne reconnaît d’autre loi que celle du chacun chez soi, chacun pour soi ; composée, lorsqu’elle suppose, pour son existence le concours de deux ou plusieurs libertés. Au point de vue barbare, liberté est synonyme d’isolement : celui-là est le plus libre dont l’action est la moins limitée par celle des autres ; l’existence d’un seul individu sur toute la face du globe donnerait ainsi l’idée de la plus haute liberté possible. Au point de vue social, liberté et solidarité sont termes identiques : la liberté de chacun rencontrant dans la liberté d’autrui, non plus une limite, comme dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793, mais un auxiliaire, l’homme le plus libre est celui qui a le plus de relations avec ses semblables12. » Ajoutons que pour Proudhon — cela est fondamental —, la discussion et le débat ne sont pas séparables de la participation effective des êtres à l’élaboration des normes et à la prise de décision.

Le débat, lorsqu’il ne suppose pas des participants dotés d’un réel pouvoir, n’est pas une composante de la démocratie. C’est au mieux un moment convivial d’échanges, comme on peut le retrouver à un dîner entre amis, au pire une mascarade qui sert à légitimer en dernière instance le monologue du pouvoir, comme l’a démontré la tenue du « grand débat » d’Emmanuel Macron : « Il ne suffit pas, rappelle Proudhon, de manifestations électorales, plus ou moins équivoques, de professions de foi publiées dans les journaux ; de conférences plus ou moins suivies données par quelques orateurs, avec la permission de la police… Il faut agir politiquement et socialement, faire appel, par tous les moyens légaux, à la force collective, mettre en branle toutes les puissances du pays et de l’État13. » C’est ce que s’efforcent de faire les gilets jaunes, à la fois au cours des manifestations, sur les ronds-points et dans leurs assemblées. Cela suffit-il ? Ne faut-il pas agir à un niveau plus global en changeant la Constitution, quitte à ce que ce soient les citoyens eux-mêmes qui l’écrivent ? Cette idée est soulevée par une partie des gilets jaunes ; bien qu’elle ne fasse pas l’unanimité, elle mérite que l’on s’y penche.

Pour une nouvelle constitution ?

Est-ce qu’une nouvelle constitution permettrait de résoudre le problème politique ? L’idée d’une VIe République réapparait à l’envi comme remède miracle à toute crise. N’y retrouve-t-on pas une forme de fétichisme, et donc d’esquive des problèmes fondamentaux ? L’expérience de Proudhon peut, ici aussi, s’avérer éclairante. En septembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte revient en France puis est élu aux élections partielles dans cinq départements. Il a des soutiens dans l’armée, la bourgeoisie mais aussi le peuple : il se pose en effet comme l’anti-Cavaignac — qui avait permis la boucherie de Juin — et affiche sa préoccupation des problèmes sociaux (il a notamment écrit une brochure sur l’extinction du paupérisme). Bonaparte dispose donc d’un champ électoral relativement large, qui lui permet de nouer des contacts de l’extrême gauche à l’extrême droite. Aussi n’est-ce pas par hasard que, lors de son retour d’exil, l’une des premières personnes qu’il demande à rencontrer n’est autre que Proudhon. Ils se voient le 26 septembre devant témoins, afin d’éviter des spéculations qui n’auraient pas lieu d’être ; très vite, Proudhon se méfie. Il se doute bien que le souhait de Bonaparte est avant tout de se trouver un allié à l’extrême gauche qui n’hésite pas à se montrer critique envers la Montagne.

La course à la présidence se profile ; Bonaparte se prépare. En octobre, l’Assemblée décide, sous l’influence de Lamartine, de faire élire le président de la République au suffrage universel. C’est là pour Proudhon l’une des choses les plus dangereuses qui soient : non seulement le président ne pourra plus être révoqué par l’Assemblée, mais il se verra en prime directement intronisé par le peuple, lui conférant une légitimité et des pouvoirs exorbitants — de la monarchie de droit divin, nous passerions ainsi, par le biais du suffrage universel, à une monarchie de droit populaire. Le 20 décembre de la même année, Louis-Napoléon Bonaparte l’emporte avec 74,2 % des voix. La réaction de Proudhon est acerbe : « La voix du peuple, dit-on, est la voix de Dieu : cette idée nous revient sans cesse depuis que nous voyons fonctionner le suffrage universel. Il faut convenir pourtant que le peuple a parlé cette fois comme un homme ivre. Mais, dit le proverbe, il est un dieu pour les ivrognes14. » Dans un véhément article du Peuple15, il s’en prend à la présidence et à la Constitution qui, selon lui, est incapable de limiter les pouvoirs de l’élu suprême : la séparation des pouvoirs entre le législatif et l’exécutif ne fait qu’ajouter à la confusion et au conflit des autorités, en vertu du principe ontologique consistant à séparer l’âme du corps. Ces propos ne l’empêchent pas de terminer par cette injonction ironique : « À Dieu ne plaise que j’excite le peuple au mépris, pas plus qu’à l’émeute, pour ce chiffon de papier qu’il appelle aujourd’hui sa CONSTITUTION16 ! »


Le pouvoir aux assemblées populaires !

Lorsque Proudhon, devenu député, est sommé de s’expliquer sur cet article, il avance l’argument suivant : il a toujours défendu la Constitution mais s’est attaqué à l’exécutif, au président, pour défendre les prérogatives de l’Assemblée. C’est pourquoi Proudhon s’insurge lorsque les partisans de Bonaparte émettent le désir de dissoudre l’Assemblée dans l’espoir que celle-ci soit de leur couleur : le président, selon la Constitution, est inféodé à l’Assemblée ; il ne saurait être nullement question que leurs pouvoirs s’égalent, encore moins qu’il ait l’aval sur elle pour faire régner l’arbitraire. C’est toute la différence entre le régime monarchique et le régime républicain : avec la monarchie, tout gravite autour du corps du roi (parlements, états généraux, chambre des pairs et des députés, etc.) et lui est subalterne — en ce sens, la Constitution repose entièrement sur la figure monarchique du pouvoir exécutif. Avec le régime républicain, c’est désormais le législatif qui prime sur l’exécutif.

Aussi Proudhon avance-t-il qu’en faisant remonter du pouvoir exécutif au législatif la perpétuité d’action, le gouvernement s’est, pour ainsi dire, spiritualisé. « Ce n’est plus le corps qui domine, c’est l’intelligence17. » Le pouvoir de l’Assemblée ne peut cependant être absolu et violer la Constitution au nom de la majorité : la Constitution prend en effet toute son importance lorsqu’il s’agit de protéger le droit des minorités contre le pouvoir de la majorité. Le respect de la Constitution, du fait que l’unanimité et la volonté générale du peuple restent des rêves irréalisables, demeure la condition sine qua non pour éviter la guerre civile. La violer, c’est consacrer le règne de la tyrannie des majorités : « Omnipotence des majorités ! — C’est la décimation des citoyens. Avec ce système on va loin, très loin ! Avec ce système on commence par l’emprisonnement des citoyens, on finit par la guillotine en permanence18. »

Proudhon ne la fétichise toutefois pas. Sa défense est liée aux circonstances politiques plus qu’à sa théorie politique, qui compte davantage sur l’organisation fédérale des forces politiques et économiques, ainsi que sur la morale des citoyens. En cela, il rejoint parfaitement le jugement du même Castoriadis : « Un bout de papier peut bien avoir une valeur proclamatoire, servir vaguement de garde-fou, mais il n’assurera jamais lui-même sa propre validité. De fait, toute institution ou constitution s’appuie sur des forces présentes dans la société, ce qui veut dire que d’autres forces peuvent la renverser. La question de la garantie effective des institutions concerne donc l’ensemble de la société : il faut que les pratiques d’autogouvernement et de liberté y soient profondément enracinées, que l’éducation des citoyens corresponde à cette fin19. » La démocratie est le seul régime qui pose ses propres normes, normes qui ne sont pas garanties par des normes supérieures et extérieures. C’est pourquoi « la démocratie est certainement un régime tragique, sujet à l’hubris, on le sait et on le voit dans la dernière partie du Ve siècle à Athènes, elle doit faire face à la question de son autolimitation20 ». L’autonomie suppose en effet que l’homme est aussi responsable qu’il est libre, liberté difficile qui n’est assortie d’aucune garantie. Autrement dit, l’homme démocratique accepte le risque de la tragédie.

Ce qu’il s’agit de retenir avant tout, c’est qu’« aucune règle abstraite, aucun commandement universel avec un contenu concret, ne peut nous dégager de la charge et de la responsabilité de notre agir21 ». Dans la perspective d’un gouvernement de soi qui suppose l’autolimitation, c’est sans doute l’exercice de la phronêsis, traduite en latin par prudentia, prudence, qui est déterminante, davantage qu’une soi-disant « expertise ». Par conséquent, une véritable démocratie n’est possible que grâce à une culture et une éducation des citoyens ou du peuple : les procédures démocratiques, rotations, délibérations, élections, sont autant de « pièces d’un processus politique éducatif actif, visant à exercer, donc à développer chez tous les capacités correspondantes et par là à rendre aussi proche que possible de la réalité effective le postulat de l’égalité politique22 ». En permettant aux individus de devenir autonomes, la paideia (« éducation » au sens civique, en grec) s’accompagne nécessairement de décisions politiques substantives, la démocratie consistant ainsi à réaliser l’autonomie individuelle et collective ainsi que le bien commun — que l’on trouve derrière tout droit et toute procédure. L’autonomie suppose la participation générale à la politique et, partant, la création d’un espace public qui cesse d’être l’espace privé de la bureaucratie, des hommes politiques ou des rois. L’existence d’un espace public où chacun a la possibilité de prendre la parole et de peser dans la confection de la loi n’est pas uniquement soutenue par des garanties juridiques : l’essentiel réside dans les mœurs de citoyens capables de défendre les valeurs de la démocratie. Une démocratie réelle, qui puisse être investie, exige donc la remise en cause de notre système économique afin que les individus puissent se réapproprier le temps indispensable à la préoccupation de la chose publique. Cela suppose bien évidemment la disparition des classes sociales.

Notes:

 

1. Proudhon, De la justice dans la Révolution et dans l’Église, Garnier, 1858, t. I, p. 46.
2. Proudhon, Confessions d’un révolutionnaire, Tops/Trinquier, 1997, p. 31–32.
3. Proudhon, Solution du problème social, Lacroix, 1868, p. 91.
4. John Oswald, Le Gouvernement du peuple, ou plan de constitution pour la république universelle, Éditions de la Passion, 1996, p. 51.
5. Castoriadis, Les Carrefours du labyrinthe, t. II : Domaines de l’homme, Points, 1999, p. 78.
6. Proudhon, Carnets, Les presses du réel, 2005, p. 637.
7. Proudhon, Contradictions politiques, Marcel Rivière, 1952, p. 273.
8. Proudhon, Solution du problème social, op.cit., p. 79.
9. Emmanuel Sieyès, « Sur l’organisation du pouvoir législatif et la sanction royale », dans François Furet et Ran Halévi (dir.), Orateurs de la Révolution française, vol. 1, Gallimard, 1989, p. 1025.
10. Proudhon, De la justice dans la Révolution et dans l’Église, t. II, op.cit., p. 387–388.
11. Proudhon, Cours d’économie politique, cité par S. Chambost dans Proudhon et la norme, p. 248.
12. Proudhon, Confessions d’un révolutionnaire, op. cit., p. 203.
13. Proudhon, De la capacité politique des classes ouvrières, Éditions du monde libertaire, 1977, p. 317.
14. Proudhon, Le Peuple, n° 31 – 18 décembre 1848.
15. Le Peuple, n° 3 – Sans date, « La Présidence ».
16. Ibid.
17. Proudhon, Le Peuple, n° 91 – 17 février 1849.
18. Proudhon, Le Peuple, n° 127 – 26 mars 1849.
19. Cornelius Castoriadis, La Cité et les lois, Séminaires 1983–1984, Éditions du Seuil, 2008, p. 129.
20. Castoriadis, Les Carrefours du labyrinthe, t. IV : La Montée de l’insignifiance, op. cit., p. 202.
21. Castoriadis, Les Carrefours du labyrinthe, t. IV : La Montée de l’insignifiance, op. cit., p. 256.
22. Ibid., p .284.

 

Lectures complémentaires:

compte-rendu-complet-2e-ada-stnazaire

Du_Principe_Federatif_Proudhon

Proudhon-du-principe-dautorite-et-les-malthusiens

Proudhon_Quest_ce_que_la_propriete

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

Message Mohawk: Arrêtons les squatters de nos vies et leur culte de la mort… (Mohawk Nation News)

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“Après avoir souffert au-delà de la souffrance, la nation rouge se relèvera de nouveau et ce sera alors une bénédiction pour un monde devenu bien malade. Un monde empli de promesses brisées, d’égoïsme et de séparations. Un monde se languissant de lumière. Je vois une époque de sept générations lorsque toutes les couleurs de l’humanité se rassembleront sous l’arbre sacré de la vie et la terre entière redeviendra de nouveau un cercle unique. Ce jour là, il y aura ceux parmi les Lakota qui porteront la connaissance et la compréhension de l’unité parmi tous les êtres vivants et les jeunes gens blancs viendront vers ceux de mon peuple pour leur demander de leur dispenser leur sagesse. Je salue la lumière dans tes yeux, là où réside l’univers entier. Car quand tu es au centre de toi-même et que je suis également en cet endroit en mon sein, alors nous serons un.”
~ Tasunke Witko, Crazy Horse, chef de guerre Oglala, Sioux ~

“Toute la tradition européenne, marxisme inclus, a conspiré pour défier l’ordre naturel de toutes choses. La terre-mère a été abusée, les pouvoirs ont été abusés et tout ceci ne peut pas continuer indéfiniment. Aucune théorie ne peut venir changer ce simple fait. La terre-mère va riposter, l’environnement va riposter et ceux qui abusent seront éliminés. Les choses reviennent au point de départ. C’est çà la révolution. C’est aussi une prophétie faite par mon peuple, par le peuple Hopi et bien des autres peuples corrects. Les Indiens des Amériques ont essayé d’apprendre cela aux Européens depuis des siècles ; mais, comme je l’ai dit plus tôt, les Européens sont incapables d’écouter. L’ordre naturel des choses gagnera et les abuseurs, les offenseurs mourront, comme les daims meurent lorsqu’ils brisent l’harmonie en surpeuplant une zone donnée. Ce n’est plus qu’une question de temps avant qu’une catastrophe naturelle ne se produise, une catastrophe aux proportions planétaires. C’est le rôle des Indiens et de toutes choses naturelles de survivre. Une partie de notre survie consiste à résister. Nous résistons non pas pour renverser un gouvernement ou pour saisir le pouvoir, mais simplement parce qu’il est normal et naturel de résister à l’extermination, de survivre. Nous ne voulons en aucun cas le pouvoir au-delà des institutions des blancs, ce que nous voulons c’est que les institutions des blancs disparaissent. C’est çà la révolution.
Nous, les Indiens des Amériques, sommes toujours en contact avec ces réalités, les prophéties, les traditions de nos ancêtres. Nous apprenons de nos anciens, de la nature, des pouvoirs. Et quand la catastrophe est passée, nous les Indiens des Amériques, nous serons toujours là pour habiter ces terres et ce continent. Peu importe si ce ne sera qu’une poignée d’entre nous au fin fond des Andes. Le peuple amérindien survivra, l’harmonie sera rétablie. C’est çà la révolution.”
~ Extrait du discours de Russell Means durant le Black Hills International Survival Gathering, Dakota du Sud, juillet 1980 ~
(traduit de l’anglais par Résistance 71)

 


La Grande Loi de la Paix

 

Le culte de la mort des “Canajon” (squatters)

 

Mohawk Nation News

 

24 novembre 2019

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2019/11/24/canajon-death-cult-draft-2/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le culte de la mort pré-planifié canajon fut mis en place par les squatters sur instructions des banquiers dès qu’ils mirent les pied sur Onowarekeh (l’Île de la Grande Tortue). [Canajon est le mot mohawk qui veut dire “squatter”, dérivé par la suite en “kanatien” => “canadien”…] Wahatinatsoten, ils se sont incrustés sur notre terre.

Les maisons sont détruites ou tombent en ruine. La conscience de la terre se manifeste graduellement. Les squatters font ce que leur ont dit de faire les banquiers, ne sachant pas qu’ils sont eux-mêmes la propriété des mêmes banquiers. Enkiyaseteh (génocide), on se tient hors de vue, récupérant dans les collines. Dans un futur proche, s’ils ne volent pas, les squatters n’auront plus rien à manger et plus de refuge.

Les enfants qui questionnent leur endoctrination sont appelés “parias” ou “désaxés” et sont faussement diagnostiqués par des médecins pour qu’ils soient mis sous anxiolytiques. Les banquiers sont terrifiés de ce qu’ils ne peuvent pas contrôler. La loi bancaire ou “loi de l’amirauté” est artificielle. Seule la loi naturelle est permanente. La création/nature et notre terre-mère voient la dévastation. Bientôt viendra une grande lumière. Asontewekowa, nos esprits se déplacent sur l’Île de la Grande Tortue.

Ils nous veulent morts ! Mais nous sommes bel et bien vivants. Nous faisons partie de ce monde naturel créé par la nature et mis sur notre terre-mère. Quand nous tendons l’oreille, nous écoutons la Nature. Ils ne le peuvent pas. Les messages nous parviennent de Karennah, le ton de la terre-mère.

Les banquiers sont maintenant en train de vivre un cauchemar. Ils sont agités. La Nature va fixer les choses comme elles doivent l’être. Ils le savent. Les feux s’allument. L’eau gronde. De forts vents renversent les choses. A cause de Waonkinatakari, ils nous ont attaqués ainsi que nos villages comme des chiens enragés. Sasewatenti. Nous leur disons de rentrer chez eux.

Les banquiers ont une haine aveugle de notre chaleur simple et de notre humanité. Ils sentent bien que l’Île de la Grande Tortue est hantée. Elle l’est ! Par nos esprits qui vagabondent sur Onowarekeh ! Les banquiers se persuadent qu’ils ont toutes les clefs de toutes les barrières qu’ils ont mis en place, des bâtiments, des ponts, des villes, des murs, de l’économie, de la politique, de la finance, des médias, des classes et castes de gens etc… Certains d’entre eux savent qu’il y a quelque chose au delà de ce qu’ils peuvent voir et cela les préoccupe.

Ils ne vaincrons pas la création/nature. Ils argumentent, disputent, accusent, arrêtent, attaquent et jettent en prison. Ils appellent le monde naturel “paranormal”.

Nous représentons la connexion avec la nature, qu’ils ne peuvent pas voir ni ne peuvent expérimenter, ni ne peuvent aimer. Maintenant la nature et la terre  hurlent pour qu’ils retournent là d’où ils viennent, pour qu’ils disparaissent, que nous ne les voyons plus jamais. quelques anciens et quelques jeunes sentent et perçoivent les vibrations de la nature.

Pour se sauvegarder, ils ont mis en place une tripotée de réparation d’infrastructure pour eux-mêmes. Ce n’est que cataplasme sur jambe de bois. Par la peur, ils ont créé une augmentation du terrorisme, des impôts, de la consommation de drogue et d’alcool, du pillage, des suicides, des assassinats, des faux-drapeaux et des faux espoirs. Tout le monde souffre de brokeitis parce qu’ils ne peuvent pas vivre sans leurs béquilles et infrastructure. Le mal est leur béquille.

“Les Indiens de bois” prennent vie. Les banquiers ont créé une image par laquelle ils veulent que nous vivions. Tout change maintenant. Nous sommes ceux que nous sommes réellement.

Nous les voyons comme les assassins stupides qu’ils sont et qui laissent les banques, les politiciens et les entités entrepreneuriales les contrôler parce qu’ils obtiennent un petit bénéfice de ces crimes dirigés contre nous et Onowaregeh.

Pour eux tout a une valeur marchande traduisible en dollars, la terre, la nature, les peuples originels, l’eau, toute belle chose et l’ordre naturel. Leur plan génocidaire continue. Les crimes commis ont rendu possible pour les squatters d’avoir du boulot, une maison, une vie, d’envoyer leurs enfants dans des écoles et d’obtenir une pseudo-liberté alors qu’ils vivent dans un quasi état policier ne fonctionnant que dans et par la peur.

La véritable peur des banquiers est que les squatters apprennent qu’on leur a menti tout le long, qu’ils se rebellent et qu’ils les décapitent comme les Français le firent lors de leur révolution. Ils veulent l’Île de la Grande Tortue dépeuplée et revitalisée pour le “Nouvel Ordre Mondial” de l’ONU. Lorsqu’ils n’auront plus de clients pour acheter ce qu’ils ont volé, ils n’auront plus besoin d’être ici.

Les squatters sont persuadés que leur dieu va les mener à la sécurité, mais le véritable dieu des banquiers est l’argent.

Leur propre mère (terre) hurle qu’il est temps pour eux de rentrer à la maison.

= = =

L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie et de l’action coloniales, se tenant debout, main dans la main avec les peuples autochtones de tous les continents pour instaurer l’harmonie de la société des sociétés sur terre. Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais !
~ Résistance 71 ~

= = =

Lectures complémentaires:

Mohawk Nation News sur R71

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

La_voie_Lakota_et_Crazy_Horse

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Un_manifeste_indigène_taiaiake_alfred

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

La Grande Loi du Changement (Taiaiake Alfred)

si-vous-avez-oublie-le-nom-des-nuages-vous-avez-oublie-votre-chemin


Harmonie dans la complémentarité…
La société des sociétés

 

Gilets Jaunes an I… Réflexions au fil du temps

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 23 novembre 2019 by Résistance 71

“Il est plus facile de tromper les gens que de les convaincre qu’ils ont été trompés.”
~ Mark Twain ~

“La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent.”
~ Albert Einstein ~

 

Gilets Jaunes An I… Quelles options ?

 

Résistance 71 

 

23 novembre 2019

 

Avec une semaine de recul, que pouvons-nous tirer comme enseignement du week-end des 16-17 novembre qui marqua le premier anniversaire du mouvement des Gilets Jaunes ?

Il y a eu, comme à l’accoutumée, deux évènements en un: le premier sur Paris, le second en province. Si les incidents de la place d’Italie ont marqué la journée du 16 novembre, il convient de ne pas se laisser embarquer à ne considérer QUE ce qui s’est passé en amont de ce qui devait être une manifestation et un cortège déclarés en préfecture et annulés suite à des incidents provocateurs que l’on peut considérer comme ayant été orchestrés de plusieurs façons par le pouvoir. Nous avons déjà écrit sur le sujet dès le lendemain (voir ici et ).

Ce qui a été le plus souvent occulté, et pas seulement par les merdias de masse, est la foule d’actions de groupes de Gilets Jaunes qui se sont déroulées dans Paris ce jour là et le lendemain 17 novembre.

  • Tout a commencé avec le blocage matinal du périphérique à la Porte de Champerret, puis dans la journée, outre les évènements de la Place d’Italie il y eut…
  • Manif’ devant le Palais de Justice de Paris
  • Manif’ Bd Beaumarchais
  • Sortie des Gilets Jaunes de la nasse de Bastille pour se répandre par petite groupes mobiles vers le Bd de l’hôpital et autres endroits
  • Manif’ quais de Bercy
  • Invasion de la Gare de Lyon
  • En soirée: actions de groupes aux Halles et barricades Bd de Sébastopol
  • le 17 novembre: Manif’ à châtelet et aux Galeries Lafayette qui durent fermer leurs portes

La seconde vitesse, toute aussi importante si ce n’est plus, fut celle des actions en provinces. De grandes villes de France ont vu des actions importantes se dérouler durant tout le week-end, à Toulouse, Bordeaux, Lille, Marseille, Lyon, Montpellier, Nantes, Tarbes, Dijon, Rouen.

On y a vu les réoccupations des ronds-points et des péages d’autoroutes, l’occupation de tribunaux, des opérations routières “escargot” etc…

Ces action morcelées, de moins d’ampleur, moins visibles du grand public ont été très efficaces et ont montré que partout, grâce à la mobilité et l’innovation, il est parfaitement possible de déborder le dispositif policier de manière efficace. Ce dispositif est lourd et englué dans la hiérarchie et la bureaucratie. Il faut le combattre par l’asymétrie, la légèreté et la mobilité à la fois d’esprit et physique. Bref les faire courir partout en utilisant des leurres pour faire diversion des actions réelles décidées au préalable.

Les 16 et 17 novembre, les Gilets Jaunes ont retrouvé les ronds-points et l’être ensemble, le partage et la coopération de groupe(s). Ceci continuera de grandir avec ce qui se prépare pour le 5 décembre, ce que nous souhaitons être, devenir à terme, une grève générale sauvage (hors carcan syndical foie jaune), illimitée et expropriatrice afin de pouvoir nous réorganiser autour de nos activités et de nos lieux de vie commune.

A cet égard, et devant l’arrogance et la violence d’un pouvoir étatico-capitaliste n’ayant rien à proposer (ni n’ayant jamais rien eu à proposer du reste…) si ce n’est division, mensonge, répression, violence et exploitation, nous devons nous rendre compte que le mouvement des Gilets Jaunes arrive maintenant à une croisée de chemins. Il y a 4 options possibles à envisager à notre sens sur ce carrefour qui s’annonce pour le futur du mouvement:

  • Continuer sur la lancée de l’An I, manif’ de week-end, actions sporadiques, heurts avec la flicaille, jusqu’à gagner quelques concessions ou être battu dans ce bras de fer engagé depuis novembre 2018 entre le poids léger “Gilet Jaune” et le poids lourd “état capitaliste”…
  • Se dire que rien n’a changé depuis un an, que cela ira en empirant malgré notre action, que le prix à payer est trop lourd et jeter l’éponge.
  • Accroître la réponse violente en réponse à la dictature d’état et entrer en insurrection généralisée…
  • Glisser sur le terrain local et nous réorganiser de manière décentralisée et “autonome” de là où nous sommes, depuis nos communes, voisinages et lieux de travail. Entrer en résistance par le boycott, la réorganisation de la vie sociale locale de manière délibérée, associative, consentie et coopérative…

En ce qui nous concerne, nous rejetons les premier et second points.

Le troisième point est de plus en plus vu comme une bonne option pour bien des gens impliqués de près ou de loin avec le mouvement. Beaucoup en ont assez de prendre des coups sans les rendre et de voir qu’au bout du compte, le pouvoir a vraiment tremblé en décembre 2018 au plus fort des émeutes parisiennes et que donc sédition et insurrection seraient la seule solution à la violence et répression aveugles d’un état et d’un capital bien au delà de toute rédemption possible.

Nous comprenons ce type de raisonnement, mais nous y voyons également une impasse pour la raison suivante:

Imaginons une seconde le scénario (plausible) qui verrait une insurrection populaire prolétaire réussir et finalement renverser gouvernement et institutions ; la question demeure: et après ? Qu’allons-nous faire ? Réorganiser des élections, un nouveau grand cirque électoral étatique de l’inutile pour ne faire que changer les têtes des gérants de l’entreprise de l’organisation de la division et de la domination ? Qu’avons-nous préparé comme alternative ? Y en a t’il une ? Certains répondrons: le RIC, qui est porté, au sens littéral du terme, en étendard par le mouvement des Gilets Jaunes. Mais qu’est-ce que le RIC si ce n’est qu’une énième réforme d’un système étatique au bout du bout du banc ? Le RIC n’est qu’une réforme qui demeure pieds et poings liés face au système établi, même s’il débouchait sur une VIème république, ce ne serait que reculer pour mieux sauter… à la corde. Son activation, si elle était autorisée de manière cosmétique par l’État, est lourde et sujette à tant d’embûches que bien peu de référendums verront le jour… Remettre en cause une constitution et la remplacer par une autre ne fait que réformer un système en tentant de le rendre plus “vertueux”, alors que la division, l’inégalité, l’exploitation et la violence sont les ingrédients inéluctables du système étatico-capitaliste dont il nous faut nous départir ; il n’est même plus une impasse, il n’est depuis sa création qu’un suicide collectif à terme.

Nous l’avons dit depuis bien des années et cela devrait maintenant commencer à devenir de plus en plus évident pour toujours plus de monde:

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Entrer en “insurrection” sans comprendre ce fait fondamental nous condamnerait à toujours répéter sans cesse la même erreur, celle commise au cours de l’histoire par bien des mouvements insurrectionnels qui ne surent pas sortir du cercle vicieux que sont état et capitalisme (ou pouvoir marchand). Ce type d’insurrections historiques ne furent effectivement que des “révolutions” qui comme le nom l’indique… est un mouvement qui ne fait que revenir encore et encore au point de départ, commettant ainsi une révolution, comme une roue de vélo qui tourne: celui de la division, de l’oppression, de la répression, de l’exploitation et de la violence du rapport dominant/dominé.

En revanche, la 4ème option du carrefour de la croisée que nous avons présenté, ne rentre plus dans le cercle vicieux de la révolution recommençant encore et toujours les mêmes erreurs, mais il entre de plein pied dans ce que la Nature fait en permanence, elle évolue, la 4ème option est une (r)évolution, une tangente qui nous permettra de sortir du cercle vicieux des cycles alternant durs et doux du rapport dominant/dominé pour entrer de plein pied dans notre humanité enfin réalisée au sein d’une société des sociétés ayant déconstruit la pyramide du pouvoir et de la coercition, ayant redistribué ce pouvoir dans le corps social intégral, le rendant ainsi coopératif et non coercitif, nous permettant de décider de nouveau sur un pied égalitaire à la fois du mode de gouvernance mais aussi du mode de production afin de garantir le vie et le bien-être de toutes et tous.

Ceci fera entrer les associations libres dans un cycle évolutionniste marquant l’avènement de notre être organique profond, individuel et collectif, ayant lâché prise de tous les antagonismes préalablement induits et embrassant la complémentarité de notre diversité culturelle pour devenir enfin une humanité UNE, celle de l’être ayant triomphé de la dictature marchande de l’avoir et qui ne peut passer que par la réorganisation de la société humaine sans l’état, sans la marchandise, sans l’argent et sans le salariat.

La croisée des chemins à laquelle arrivent les Gilets Jaunes est encore minée par une certaine fausse perception de notre réalité. Nous devons cesser de penser celle-ci comme étant celle du système de l’État, de l’argent et du capital, qui ne sont que des leurres, des artifices rendus possibles par la division de la société en détenteurs minoritaires de pouvoir (forcément coercitif par nature) et en assujettis majoritaires. Nous devons en revanche changer de perception de notre réalité, franchir cette porte entrouverte menant vers l’émancipation et la liberté dans la réalisation de notre être organique profond et naturel.

Osons jeter un œil dans l’entrebaillement de cette porte, car n’est-il pas dit que celui qui ose gagne, l’oligarchie nous l’ayant démontré depuis des siècles. Notre heure arrive, celle de notre pleine réalisation humaine, qui changera la face de cette planète, à tout jamais et cela commence avec la réalisation ferme et définitive que nous avons été trompés, que la centralisation institutionnalisée et la marchandise ont pas à pas phagocyté nos vies et qu’il nous suffit de dire NON ! Ensemble et de travailler de concert pour en finir avec cette dictature de la division de l’avoir pour reconquérir l’union de notre être.

Poussons cette porte et, ensemble, pénétrons dans le grand tout de la VIE par le moyen de la société des sociétés que nous pouvons, que nous devons réaliser !

Excellents textes complémentaires de ce billet à lire et diffuser sans modération:
« Moi, Jo Busta Lally j’accuse ! »
Notification-rejet-mdph-jo-busta-lally

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


Tout le pouvoir aux ronds-points !

Changement de paradigme politique : « Appel au socialisme » de Gustav Landauer enfin traduit de l’allemand, à lire et diffuser sans modération…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 22 novembre 2019 by Résistance 71

Le livre cité dans cet entretien de décembre 2018, « Appel au socialisme » de Gustav Landauer (1ère édition 1911), est maintenant disponible au public francophone. Il y a plusieurs années, nous avions traduit de larges extraits de ce texte, mais nous l’avions fait depuis sa version anglaise. Jean-Christophe Angaut et Anatole Lucet, tous deux de Normale Sup Lyon, l’ont fait quant à eux de la meilleure manière qui soit: depuis la version originale allemande.
Notre motivation à rendre accessible ce grand texte de Landauer au public francophone provient du fait que nous pensons tout simplement qu’il est sans aucun doute un des textes politiques les plus importants à connaître et divulguer pour emprunter le véritable chemin de l’émancipation politico-sociale définitive. Nous nous sommes beaucoup inspirés de la pensée de Landauer, grand penseur et acteur politique du XXème siècle et notre « Manifeste pour la société des sociétés » (2017) lui rend un hommage non voilé.
Nous conseillons grandement la lecture complète de cet ouvrage incontournable et remercions Angaut et Lucet d’avoir entrepris cette œuvre essentielle pour le bien commun. Puisse la pensée de Landauer influencer le plus de gens possibles en cette période Gilets Jaunes.
~ Résistance 71 ~

 


« Appel au socialisme »
en français

 

Gustav Landauer et l’esprit du socialisme

 

Entretien avec les traducteurs d’”Appel au socialisme”, 1911

Pages de Gauche

 

Décembre 2018

 

Source:

https://pagesdegauche.ch/entretien-landauer-et-lesprit-du-socialisme%EF%BB%BF/

 

Peu connue des francophones, la pensée de l’anarchiste allemand Gustav Landauer mérite d’être redécouverte par celles et ceux qui ne conçoivent pas que le socialisme puisse advenir autrement que « par en bas ». Entretien avec Jean-Christophe Angaut et Anatole Lucet, auteurs d’une nouvelle traduction de son Appel au socialisme à paraître prochainement aux éditions de La lenteur.

Quel a été le parcours de Gustav Landauer ?

La vie de Gustav Landauer (1870-1919) est exactement contemporaine de l’Empire allemand. Issu d’une famille de commerçants juifs non pratiquants du Sud de l’Allemagne, il s’insurge dès l’adolescence contre une société bourgeoise sclérosée, étroite d’esprit et empreinte de logiques marchandes froidement calculatrices. Cette insurrection de l’esprit se transforme vite chez lui en un activisme politique effréné : après des études de philologie et de philosophie, il découvre le socialisme lors de son arrivée à Berlin. Âgé d’à peine vingt ans, il prend fait et cause pour un socialisme libertaire et s’engage auprès de ceux qui contestent le socialisme d’État prôné par le principal parti marxiste d’Europe : le Parti social-démocrate allemand (SPD).

En quelques années, Landauer est considéré par la police comme « l’agitateur le plus important du mouvement révolutionnaire radical en Allemagne ». Condamné à plusieurs séjours en prison du fait de son activité subversive, il est banni des universités. Son activité intellectuelle se déploie alors dans la somme d’articles qu’il rédige dans la presse anarchiste de son temps, notamment dans le journal Der Sozialist dont il prend rapidement la direction. Tout en participant aux Congrès socialistes internationaux et en prenant part aux grands mouvements de grève de cette époque, Landauer s’associe à la création d’un théâtre populaire (la « Neue freie Volksbühne ») et de la première coopérative de consommateurs berlinoise en 1895.

L’un de traits constants de son activité consiste à faire émerger chez ses contemporains cet « esprit » de solidarité qu’il conçoit comme le ressort de la communauté humaine et qui est mis à mal dans la période d’atomisation qu’il traverse et les succès d’une conception matérialiste du monde et de l’histoire.

Dépité par le peu de succès que rencontrent ses initiatives, il renonce à la fin des années 1890 à cette première phase d’activisme, et se concentre – notamment lors d’un autre séjour en prison – sur des travaux de traduction. Il traduit des anarchistes (Kropotkine, Proudhon, Bakounine, Reclus) mais aussi La Boétie, Oscar Wilde ou le mystique maître Eckhart. Il cherche dans les divers textes qu’il étudie cet appel à la communauté, indirect et profond, qui contribuera à modeler son « socialisme culturel » au cours des années suivantes. En 1907, lorsque paraît son ouvrage La révolution, Landauer œuvre à la fondation de l’Alliance socialiste (sozialistischer Bund), une fédération de groupes autonomes dont la vocation est de poser les premières bases de cette « société des sociétés » à laquelle il aspire. Modèle horizontal et décentralisé, la fédération se rassemble autour du journal Der Sozialist. Lors de son apogée, elle comprend une quinzaine de groupes de dix à vingt membres chacun.

En raison de son hostilité à la politique comme quelque chose mis en œuvre par l’État ou en vue de conquérir le pouvoir d’État, Landauer a qualifié sa propre activité d’ « antipolitique ». Il n’en est pas moins resté un activiste invétéré de la communauté, tâchant à travers toutes ses réalisations de faire naître chez ses contemporains cette aspiration effective à la création de nouveaux rapports.

Comment Landauer envisage-t-il le socialisme ?

Dès ses premiers écrits, Landauer se réclame du socialisme autant que de l’anarchisme (terme auquel il reproche cependant « sa négativité et de son équivocité particulièrement forte »), notions qu’il emploie comme des synonymes. Il rejette autant le socialisme du SPD (qui lutte pour conquérir des électeurs et attend l’effondrement du capitalisme sous l’effet de ses contradictions internes) que la « stratégie des attentats » brièvement adoptée par quelques anarchistes à cette époque. À une compréhension limitée de la « propagande par le fait », il substitue un « socialisme de réalisation » et de commencements. Landauer pense que « le socialisme n’adviendra pas du tout si vous ne le créez pas ». D’où l’idée de commencer, ici et maintenant, à créer de nouveaux rapports entre les êtres humains au sein de petites communes qu’il conçoit comme autant de cellules et de préfigurations du socialisme.

Comment définir cet « esprit de justice » dont Landauer fait découler le processus révolutionnaire ?

Contrairement aux théoriciens marxistes de son époque, Landauer ne pense pas qu’il soit nécessaire d’attendre que « les conditions soient mûres » pour qu’advienne une révolution, ni que celle-ci doive être mise en œuvre par le prolétariat industriel. Il faut en revanche qu’un nombre suffisant d’êtres humains se rassemble autour d’une aspiration commune à créer de nouveaux rapports sociaux, à remplacer les vieilles appartenances sclérosées par des liens plus authentiques, parce que directement nourris par leurs volontés respectives d’habiter le monde ensemble. Il donne le nom d’ « esprit (Geist) » à cette aspiration, présente en chacun, à faire communauté. Mais dans une période comme celle qu’il traverse, marquée par le règne de la séparation, l’esprit est comme sclérosé et étouffé par une multitude de structures fossiles qui font tenir les êtres humains d’une manière artificielle et les empêche de reconstruire de nouveaux rapports (l’État est par excellence l’un de ces substituts de l’esprit). Il faut alors compter sur la voix de ceux qui sentent encore en eux l’esprit de communauté pour le faire resurgir chez les autres, par leur parole et par leur exemple en montrant que d’autres rapports sont possibles et désirables.

Pourquoi traduire Landauer aujourd’hui ? Quelle actualité sa pensée garde-t-elle cent ans après sa mort ?

Il s’agit d’abord pour nous de rendre justice à cette figure centrale de la vie intellectuelle allemande, qu’on résume trop souvent à son martyre lors de l’écrasement de la République des conseils de Bavière en 1919 (il fut assassiné par les mêmes corps-francs qui avaient mis à mort Rosa Luxembourg). Cette focalisation sur les derniers instants de sa vie et sur sa participation à un éphémère gouvernement révolutionnaire (que certains ont vue comme un renoncement) a conduit à négliger cet Appel au socialisme qui est la justification théorique principale de son engagement. Il s’agit d’un texte important pour les critiques qu’il formule du socialisme et du marxisme de son époque, mais aussi pour les propositions qu’il avance.

Notre contexte n’est évidemment plus celui de ce texte publié en 1911. Néanmoins, qu’il s’agisse des mouvements de réappropriation d’espaces mobilisés par de « grands projets inutiles et imposés », de la grande vague de « retour au local » et de la recherche de nouveaux rapports de proximité, des contestations actuelles de la mécanisation du monde et de sa rationalisation par l’emprise croissante de la technologie, ces défis de notre temps résonnent avec sa réflexion. De même, son œuvre peut nous inspirer pour comprendre les prétendus « replis communautaires », ou pour donner un sens positif aux manifestations de défiance vis-à-vis des grandes institutions politiques et économiques de notre époque.Traduire ce texte majeur de Landauer, c’est donner accès à un auteur encore peu connu et dont la pensée peut nourrir les luttes du jour. Nous aurons l’occasion d’en reparler à l’occasion du colloque international que nous organisons à Lyon du 6 au 8 juin 2019, et aussi de la parution prochaine de cette traduction aux éditions La Lenteur.

Note de R71: Le livre est maintenant disponible. Voir ici

 


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Lecture complémentaire:

vie_et_oeuvre_gustav_landauer