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Résistance politique et changement de paradigme: Réalité historique de la fin de l’État et fenêtre d’ouverture sur le confédéralisme démocratique et l’écologie sociale…

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“Les humains ne seront pas unifiés par la domination, mais comme des frères sans domination: an-archie. Ainsi le slogan doit demeurer: sans domination…”

“Les socialistes ne peuvent pas éviter la lutte contre la propriété foncière de la terre. La lutte pour le socialisme est une lutte pour la terre ; la question sociale est une question agraire.”

“L’État est une condition, une certaine relation entre les individus, un mode de comportement ; nous le détruisons en contractant d’autres relations, en nous comportant différemment les uns envers les autres… Nous sommes l’État et nous continuerons à être l’État tant que nous n’aurons pas créé les institutions qui forment une véritable communauté (société).”

“L’objectif de la société des sociétés est les gens, la société, la communauté, la liberté, la beauté et la joie de vivre. Cet appel au socialisme s’adresse aux Hommes d’action qui veulent y débuter.”

~ Gustav Landauer ~

 

Raison créativité et liberté ou le modèle communaliste

 

Eléanor Finlay*

 

11 février 2017

 

url de l’article original:

https://roarmag.org/essays/communalism-bookchin-direct-democracy/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

(*) Eleanor Finlay est doctorante en anthropologie de l’université du Massachussetts, Amherst

“Que le XXIème siècle devienne l’époque la plus radicale ou la plus réactionnaire… va dépendre en grande partie du type de mouvement social et de programme que les radicaux sociaux créent de leur richesse théorique, organisationnelle et politique, qui fut accumulée ces deux derniers siècles… La direction que nous sélectionnerons déterminera le futur de notre espèce pour les siècles à venir.”

Murray Bookchin, The Communalist Project (2002)

Après l’élection de Donald Trump, des images dévastatrices et des souvenirs des première et seconde guerre mondiales inondèrent nos esprits. L’anti-rationalisme, la violence raciste, la politique du bouc émissaire, la misogynie et l’homophobie ont été lâchés depuis la marge de la société et amenés dans la politique quotidienne.

Dans le même temps, l’humanité se trouve dans une course contre la montre à la vie à la mort. Le trouble impensable qu’est le changement climatique devient maintenant une réalité (NdT: pas pour des raisons anthropiques, lorsque réchauffement – ou refroidissement – il y a, les causes sont essentiellement naturelles, la part de l’Homme dans ces évènements se produisant depuis des milliads d’années, est infinitésimale. Ceci ne veut bien entendu pas dire qu’il ne faut pas se préoccuper des problèmes de pollutions dont nous sommes responsables… mais laissons le CO2 de côté, il n’est ni une pollution, ni une production humaine affectant la planète… Nous nous devions ici d’interjecter car nous n’endorsons aucunement tout discours sur le “changement climatique anthropique”. Ce désaccord n’enlève en rien la pertinence politique des propos de Mlle Finlay par ailleurs.) et rien n’est entrepris par nos instances pour mitiger la catastrophe. Alors que la petite et paradoxale ère du républicanisme américain touche à sa fin, l’expérience de la nature en une créature si créative et consciente que l’humanité arrive à un tournant critique.

Précisément parce que ces cauchemards sont devenus réalité, il est maintenant temps de faire décisivement face à la tâche de créer un système politico-économique libre et juste. Pour la sauvegarde de l’humanité et en fait de toute vie sur terre, nous devons contre-balancer le fascisme aujourd’hui personnalisé par le capitalisme d’état-nation et mettre à jour tout un complexe de problèmes sociaux, économiques, politiques et écologiques tous imbriqués et interdépendants les uns des autres. Mais comment ?

Comme solution à la situation présente, un nombre croissant de gens dans le monde proposent le “communalisme”: le remplacement du capitalisme, de l’état et de la hiérarchie sociale par la ville, le village, les voisinages, réunis en assemblées et en fédérations.
Le communalisme est une idée vivante, organique, qui se construit sur un riche héritage de mouvements socio-politiques historiques.

La Commune du Rojava aux Zapatistes

Le terme de communalisme (libertaire) a émergé du soulèvement des Parisiens en 1871 dans le mouvement qui fut connu sous le nom de “Commune de Paris” et qui fut ravivé à la fin du XXème siècle par le philosophe politique américain Murray Bookchin (1931-2006). Le mot “communalisme” est souvent utilisé de manière interchangeable avec le mot “municipalisme”, ou “municipalisme libertaire” (un terme aussi inventé par Bookchin) et aussi le “confédéralisme démocratique” (inventé plus récemment par le leader emprisonné du parti des Travailleurs Kurdes, PKK, Abdullah Ocalan).

Bien que chacun de ces termes essaie de décrire une démocratie directe de face à face, le communalisme insiste plus sur ses dimensions organiques et vécues. Les communautés civiques en face à face, appelées “communes” historiquement, sont plus que simplement une structure ou un mode de gestion. Elles sont plutôt des communautés sociales et ethniques unifiant des groupes culturels et sociaux divers. La vie communale est un bien en soi.

Il y a d’inombrable précédents historiques qui modèlent les principes institutionnels et éthiques du communalisme. Les communautés tribales à petite échelle fournissent bien des exemples. En Amérique du Nord, la Confédération des Six Nation Haudenosaunee (Iroquoises) a gouverné la région des Grands Lacs par une démocratie directe confédérée pendant plus de 800 ans (NdT: contrairement à ce que laisse entendre l’auteure de ces lignes, cette confédération existe toujours aujourd’hui, nos lecteurs sont au courant de nos relais constants par nos traduction de Mohawk Nation News, traditionnellement ancrés dans la Grande Loi de la Paix, Kaiane’re:kowa dont nous avons traduit en français les 117 wampums/articles). Sur les côtes du Panama, la nation Kuna continue de gérer un archipel d’îles vibrant économiquement. Avant la dévastation amenée par l’esclavage et la colonisation, le peuple Igbo du Delta du fleuve Niger pratiquait une forme hautement cosmopolite de gestion communale. Encore plus récemment, dans la province du Chiapas au Mexique, le mouvement zapatiste de l’EZLN a réinventé les assemblées politiques pré-colombiennes au travers de centaines de municipios autonomes et cinq grandes capitales régionales appelées les Caracoles (escargots) dont les volutes spiralées symbolisent la connexion et la réunification des villages.

Les prédécesseurs des communalistes ont aussi émergés depuis de grandes communautés urbaines. De l’Athènes classique aux villes-états médiévales d’Italie et d’Europe, la démocratie directe s’est trouvée aussi chez elle en ville. En 2015, le mouvement politique de Barcelone “Barcelona en Comú” a gagné la mairie de Barcelone, basé sur un vaste collectif d’assemblées de voisinages richement étagé. Aujourd’hui, ils sont le premier parti siégeant au conseil municipal et continuent de décider leurs politiques et leurs plateformes au travers d’assemblées. En Syrie septentrionnale, le Mouvement de la Liberté Kurde a établi le confédéralisme démocratique, un réseau d’assemblées et de conseils populaires qui gouvernent avec le parti d’Union Démocrate ou PYD.

Ceci ne sont que quelques exemples parmi un grand nombre de traditions politiques qui attestent de “la grande richesse théorique, organisationnelle et politique”, qui est à notre disposition afin de rendre le pouvoir au peuple contre l’autoritarisme forcené qui nous est imposé.

Pouvoir, administration et citoyenneté

L’institution la plus fondamentale du communalisme est l’assemblée populaire. Elles se produisent de manière régulière au cours de rassemblements communaux ouverts à tous les adultes au sein d’une municipalité donnée, comme une ville, un village ou un district (canton) ; le but est de discuter, de débattre et de prendre des décisions au sujet d’affaires qui concernent la communauté dans sa totalité.

Afin de comprendre comment fonctionne une assemblée populaire, on doit d’abord comprendre la distinction subtile mais cruciale entre l’admnistration et le pouvoir décisionnaire politique. L’administration comprend des taches et des plans en rapport à l’exécution des décisions politiques prises. L’administration d’un projet particulier peut prendre quelques décisions mineures, comme par exemple quelle sorte de pierres utiliser pour construire un pont.

Le pouvoir, d’un autre côté, réfère à la capacité de faire une politique et de prendre des décisions majeures, comme par exemple de construire ou non un pont. Dans le communalisme, le pouvoir réside dans le corps collectif, tandis que de plus petits conseils mandatés expressement sont délégues pour l’exécution des décisions prises collectivement. Des experts comme les ingénieurs, ou les praticiens de santé publique jouent un röle important dans les assemblées populaires en informant les citoyens, mais c’est le corps collectif lui-même qui a le pouvoir de prendre de fait les décisions.

Avec cette distinction très claire entre l’administratif et le pouvoir, la nature du leadership individuel change dramatiquement. Les leaders cultivent le dialogue et exécute la volonté de la communauté. Les Zapatistes expriment ceci au travers du terme de “cargo”, ce qui veut dire avoir la charge ou le poids de la réalisation. Les membres du conseil exécutent la volonté de leur communauté, le leadership veut dire “obéir et non pas commander, représenter et non pas supplanter, descendre et non pas monter.”

Une deuxième distinction critique entre la politique pilotée par des professionnels de la politique et le communalisme est la notion de citoyenneté. En utilisant le terme de “citoyen”, les communalistes contredisent volontairement la notion restrictive et vide de tout sens de la citoyenneté invoquée dans les états-nations modernes. Dans les sociétés communales, la citoyenneté est conférée à chaque adulte qui vit au sein de la municipalité. Chaque adulte qui vit au sein de la municipalité a le pouvoir de participer directement, de voter et de participer à tour de rôle aux taches administratives. En fait, cette idée radicale de citoyenneté est fondée sur la résidence et sur les relations de face à face dans la communauté.

Les assemblée populaires sont une tradition vivante qui sont apparues encore et toujours au cours de l’histoire. Il faut ici faire une pause pour considérer les ressources conceptuelles que nous a laissées le démocratie athénienne classique. Il est clair que cette société était loin d’être parfaite, Tout comme le reste du pourtour de la Méditerranée à cette époque, Athènes a été construite sur le dos des esclaves et des femmes au foyer. Quoi qu’il en soit, la démocratie athénienne jusqu’à aujourd’hui est l’exemple historique le mieux documenté d’une auto-gestion communale directe (NdT: la documentation de la gestion des collectifs anarchistes espagnols de 1936 à 1939 est aussi très abondante et utile, cf Gaston Leval, Sam Dolgoff et Diego Abad de Santillan).

Agora: La place publique ou la maison où l’assemblée populaire se tient. L’agora est l’endroit de notre identité publique, là où nous allons pour prendre des décisions, pour soulever des problèmes et nous engager dans des discussions publiques.

Ekklesia: L’assemblée générale, une communauté de citoyens.

Boule: Le corps administratif de 500 citoyens qui tourne une fois par an.

Polis: La ville elle-même. Mais là encore, le terme réfere non pas à une communauté matérielle mais à une communauté multiple, richement peuplée, organique et matérielle. La polis est une entité et une personne par et pour elle-même.

Paeida: L’éducation politique et éthique continue que chacun suit, atteint afin de parvenir à la vertu et/ou l’excellence.

La vision clef de la démocratie classique arthénienne est que l’assemblée politique est un corps organique. Bien plus qu’une simple structure ou faisceau de mécanismes, le communalisme est une véritable synergie d’éléments et d’institutions qui mène à un type particulier de communauté et de processus. Pourtant les assemblées seule n’épuisent pas la politique communale. De la même manière que les communautés sont socialement, économiquement, écologiquement inter-dépendantes, une véritable société libre et éthique doit s’engager dans un robuste dialogue inter-communal, celui-ci menant à des associations libres inter-communes. La confédération permet aux communautés autonomes de s’évaluer et de s’ajuster en vue d’une coordination au niveau régional.

La confédération est différente de la démocratie représentative parce qu’elle est fondée sur des délégués révocables à tout moment par les communautés dont ils dépendent plutôt que sur des représentants individuels qui ont un pouvoir. Les délégués sont des porte-parole et n’ont aucun pouvoir. Ils ne peuvent pas prendre de décision pour la communauté. Ils ramènent les propositions dans leurs assemblées. Des chartes articulent les principes éthiques d’une confédération et définissent les attentes pour chaque membre. De cette façon, les communautés ont une base pour se tenir elles-mêmes et les autres responsables. Sans principes clairs, base d’un débat pour des actions de raison, d’humanisme et de justice, il ne peut y avoir de succès politique.

Note de R71: Nous intervenons ici pour ajouter comme cité plus haut, que la plus vieille charte confédérale au monde, unissant 6 nations amérindiennes (les 6 nations iroquoises des Seneca, Oneida, Onondaga, Cayuga, Tuscarora et Mohawk) et toujours en activité aujourd’hui, Kaianerekowa ou la Grande Loi de la Paix, date du XIIème siècle. Dans l’époque pré-invasion européenne, jusqu’à 58 nations amérindiennes étaient regroupées et suivaient volontairement la “charte” iroquoise. L’arrivée des européens à complètememt changer la donne, mais quoiqu’il en soit et malgré de multiples tentatives des Anglais et des Français de faire entrer en conflit les Iroquois les uns contre les autres, les nations iroquoises ne se sont pas combattues entre elles depuis le XIIème siècle. Kaianerekowa est la loi de la terre sur Onowaregeh (l’Île de la Grande Tortue) et aussi loin que la société traditionnelle iroquoise est concernée, les Européens ont brisé cette loi de longue date et n’ont AUCUNE LEGITIMITE sur les terres ancestrales autochtones. Le système confédéral fonctionne, il fonctionne même très, très bien ! Nous devrions en tirer les conclusions qui s’imposent d’elles-mêmes !…

Dans le Mouvement pour la Liberté Kurde du Rojava dans le nord de la Syrie, le Contrat Social est fondé sur les piliers du féminisme, de l’écologie, de l’économie morale et de la démocratie directe. Ces principes résonnent au travers de tout le mouvement, liant entre elles diverses organisations et communautés sur la base partagée du multi-culturalisme radical, de la bonne direction écologique et du féminisme.

Une société libre

Il n’y a pas de plan de marche à suivre pour un mouvement municipaliste/communaliste. Sans aucun doute, la réalisation de telles communautés politiques ne peut venir que d’un changement fondamental de notre fabrique sociale, culturelle et économique. Les attitudes de racisme, de xénophobie, qui ont alimenté la montée virulente des fascismes aujourd’hui dans des endroits comme les Etats-Unis, doivent être combattues au moyen d’un humanisme radical qui célèbre la diversité ethnique, culturelle et spirituelle. Depuis des millénaires, l’oppression sexiste a dénigré des valeurs et formes sociales attribuées aux femmes. Ces attitudes doivent être supplantées par une éthique égalitaire et une sensibilité d’entraide. (NdT: dans les sociétés traditionnelles nord-américaines, comme dans la confédération Haudenosaunee, mais pas seulement loin s’en faut, les conseils de femmes et d’anciens ont une importance capitale. Les conseils des femmes nomment les chefs, qui comme dans toute société traditionnelle ancestrale n’ont pas de pouvoir, ne commandent pas mais représentent les décision prise par les conseils. Elles ont aussi le pouvoir de révoquer les chefs errants et dérogeant à la charte et sont expressément consultés en prévention de conflits armés…)

La liberté ne peut pas non plus venir sans stabilité économique. Le capitalisme ainsi que toutes les formes d’exploitation économique doivent être abolis et remplacés par des sytèmes de production, de consommation et de distribution pour utilisation nécessaire et de plaisir plutôt que pour la vente et le profit. Les vastes ceintures de béton de nos cités industrielles “modernes”, doivent être réduites en des espaces urbains ayant un sens, étant vivables et durables. Nous devons gérer les problèmes urbains avec une grande attention pour un meilleur développement, une meilleure égalité personnifiant ainsi les espaces urbains.

De la même manière que des individus ne peuvent pas être séparés d’une comunauté politique au sens large de laquelle ils font partie, la société humaine ne peut pas être séparée de notre contexte au sein du monde naturel. La politique coopératrice, humaniste du communalisme fonctionne ainsi main dans la main avec une sensibilité écologique radicale qui reconnaît l’humain comme un être unique, partie intégrante et consciente de la nature.

Tout en gérant nos propres besoins et désirs, nous avons la capacité de penser hors de la boîte et d’être orientés vers le futur. La Confédération Haudenosauné (iroquoise) appelle ceci le “principe de la 7ème génération”. D’après ce principe, toute délibération politique doit être faite pour la communauté actuelle, incluant les animaux et la communauté écologique locale au sens large et toute décision prise doit l’être en pensant à l’impact que la ou des décisions aura sur la 7ème génération.
Bien qu’une petite illustration de tous les changements sociaux dont nous aurions besoin aujourd’hui excède de loin le sujet de ce bref essai, le grand travail de Murray Bookchin et d’autres socioécologistes fournissent de riches discussions au sujet de la signification d’une démocratie directe et d’une société écologique. Pour le mouvement des verts, celui de l’anti-mondialisme, d’Occupy Wall Street et les mouvements des Indignados d’Espagne et du Chili, les idéaux communalistes ont aussi joué un grand et croissant rôle dans les luttes sociales et politiques dans le monde. C’est un mouvement en pleine croissance.

Le communalisme n’est en aucun cas une idéologie rigide, froide et dure, mais plutôt un corps d’idées cohérent et en perpétuel mouvement, construit sur un cœur fondamental de principes et d’institutions. C’est, par définition, un processus, ouvert et adaptable à virtuellement une infinité de contextes culturels, historiques et écologiques. En fait, des précédents historiques du communalisme dans la démocratie tribale primordiale et les assemblées de villes et de villages, peuvent être trouvés dans pratiquement tous les coins de la terre.

L’ère de la politique d’état menée par des professionnels est arrivée à sa fin. Seule la démocratie de la base populaire menée à une échelle mondiale peut s’opposer avec succès au futur dystopique qui nous attend. Tous les outils nécessaires sont disponibles. Une énorme richesse de ressources s’est accumulée au cours des luttes politico-sociales de l’humanité. Avec cette richesse, avec le communalisme, nous pourrons reforger le monde sur le potentiel raisonnable de l’humanité, sur sa créativité et sa liberté.

 

= = =

 

Textes à lire sur le sujet:

 “L’appel au Socialisme”, Gustav Landauer, 1911

3 textes fondamentaux pour un changement de paradigme politique:

 

Bonne lecture !

Vie et œuvre de Gustav Landauer ~ 1ère partie ~

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Gaël Cheptou

 

12 mars 2015

 

A Contre-Temps

Source: http://acontretemps.org/spip.php?article557

 

A lire: « Appel au Socialisme », de Gustav Landauer (seconde édition 1919)

 

1ère partie

2ème partie

 

1870.– Naissance, le 7 avril, de Gustav, troisième fils d’une famille juive non religieuse de Karlsruhe ; son père, Hermann Landauer, commerçant, possède une boutique de chaussures.

1875.– Congrès d’unification du Parti social-démocrate à Gotha.

1878-1890.– Promulgation des lois antisocialistes.

1887.– Ferdinand Tönnies publie Gemeinschaft und Gesellschaft dans lequel il analyse deux grandes formes de vie sociale : la « communauté », de formation naturelle, et la « société », de composition mécanique.

1888.– Landauer obtient son baccalauréat (Abitur), après avoir suivi un enseignement humaniste classique dans un lycée de Karlsruhe. Il considère rétrospectivement que sa scolarité ne fut qu’un « monstrueux vol de [son] temps ». « Ce qui m’a conduit, écrit-il, à m’opposer à la société environnante et m’a plongé dans le rêve et la révolte, ce n’est pas le sentiment d’appartenir à une classe ni la pitié sociale, mais le heurt continuel de la nostalgie romantique aux étroites limites des philistins. C’est ainsi que j’étais anarchiste sans le savoir, avant d’être un socialiste, et que je suis un des rares à ne pas être passé par la social-démocratie [1]. »

1888-1892.– Il suit des études de germanistique, de philosophie, d’anglais et d’histoire de l’art aux universités de Heidelberg, de Strasbourg et de Berlin. La lecture des pièces d’Ibsen le renvoie à sa propre révolte, celle de l’individu créateur contre les conventions bourgeoises. Il découvre Nietzsche dont il retient le culte de la vie, de la spontanéité et de la volonté ; en novembre 1890, il entame la rédaction de son roman Der Todesprediger (Le prêcheur de mort) dont le titre s’inspire de celui d’un chapitre d’Ainsi parlait Zarathoustra. À côté d’auteurs modernes, il lit aussi des auteurs classiques tels que Spinoza, Fichte et Schopenhauer.

1890.– Il publie ses premiers articles dans la revue Deutschland du philosophe, écrivain et critique Fritz Mauthner, dont un compte rendu du roman Sous-Offs de Lucien Descaves. Il découvre avec enthousiasme le socialisme, notamment par la lecture de La Femme et le socialisme d’August Bebel.

1891.– Landauer fréquente les milieux de la bohème anarchiste et de la colonie littéraire socialiste de Friedrichshagen. Il devient également membre du Freie Volksbühne (Théâtre libre populaire) qui avait été fondé l’année précédente par des sociaux-démocrates dans un but d’éducation ouvrière. Premières activités politiques : à l’occasion du congrès international des étudiants socialistes qui doit se tenir à Bruxelles en décembre 1891, il rédige un manifeste au nom d’un groupe d’étudiants de Berlin. En novembre, pour la première fois, il se définit lui-même comme « anarchiste ». Lecture de L’Unique et sa propriété de Max Stirner.

1892.– Le 24 février, il adhère à l’Union des socialistes indépendants, un groupe de militants radicaux – les « Jeunes » – exclus du Parti social-démocrate au congrès d’Erfurt (14-20 octobre 1891). La violence haineuse avec laquelle la social-démocratie condamne, pour des raisons qui tiennent autant de l’idéologie que de l’opportunisme, les émeutes de chômeurs à Berlin, fait naître en lui une aversion profonde et durable pour tout socialisme de parti. Il participe à la fondation du Neue Freie Volksbühne (Nouveau théâtre libre populaire), scission d’avec le Freie Volksbühne, dominé par la social-démocratie officielle ; il fera partie jusqu’en 1917 de la commission artistique du théâtre. Il y rencontre la couturière Margarethe Leuschner avec qui il se marie à Zurich contre l’avis de ses propres parents. Le couple aura deux filles : Charlotte Clara et Marianne.

Obligé d’abandonner ses études universitaires par manque d’argent, exclu de toutes les universités prussiennes pour « manque de moralité » (activités subversives, en jargon policier), il cherche à s’établir comme écrivain. Il se plonge dans la lecture d’ouvrages d’économie politique ; lit les œuvres d’Eugen Dühring et entre en relation avec l’anarchiste antimarxiste Benedikt Friedländer, un de ses proches disciples. Appelant les marxistes « évolutionnistes » à accepter les dernières conséquences de leur conception matérialiste, il les invite, avec un humour radical, à se laisser « enterrer » ou « mettre dans la saumure » pour « ne pas gêner l’avènement progressif et naturel de la société socialiste ». « Il est bon et utile […] de grouper les hommes en masses. Mais nous ne devons cependant pas oublier le plus important : dissoudre les masses dans les hommes. [2] » Il prononce deux conférences, dans les cercles des socialistes indépendants, sur « Max Stirner et l’individualisme » et sur la question religieuse. C’est à cette époque qu’il décide de sortir officiellement de la communauté religieuse juive.

1893.– Il devient, en février, le rédacteur de Der Sozialist qui, en juin, après une lutte énergique contre la tendance marxiste radicale, se reconnaît officiellement comme anarchiste, en prenant le sous-titre d’ « organe de tous les révolutionnaires ». Landauer est choisi comme délégué des anarchistes et des ouvriers sur métaux de Berlin pour assister au congrès socialiste international de Zurich (6-12 août 1893), mais il ne peut y participer : la majorité socialiste expulse les anarchistes et adopte la résolution de Bebel qui privilégie l’action politique, c’est-à-dire la conquête des pouvoirs publics par la voie parlementaire. Il prend part, alors, à la manifestation au Plattengarten des anarchistes et des socialistes révolutionnaires expulsés du congrès, où il se prononce en faveur de la grève générale. À l’automne, Landauer est emprisonné successivement pour « incitation à la désobéissance civile » et « excitation à la révolte ». En prison, il compose la nouvelle Arnold Himmelheber et se livre à une lecture critique approfondie du Capital de Marx. Parution du roman Der Todesprediger.

1895.– L’essai « Der Anarchismus in Deutschland » (L’anarchisme en Allemagne) paraît dans la revue non anarchiste Die Zukunft (L’avenir). Ce qui importe pour Landauer, ce n’est pas la lutte de classe des prolétaires mais la révolutionnarisation des esprits par les prêcheurs anarchistes qui doivent se consacrer tout entiers à la « diffusion des lumières », une sorte d’anti-autoritarisme rationnel, dans toutes les couches de la société. Il prend ses distances avec la « propagande par le fait » [3], lui qui avait été si fasciné par la figure de Ravachol – au point d’insérer dans le roman Der Todesprediger, sans en citer l’auteur, la déclaration de Ravachol devant la cour de Montbrison, discours qui avait été publié par le Sozialist en août 1892. Rejetant toute forme d’autorité, l’anarchiste ne saurait faire progresser « sa vérité » par l’oppression violente des autres pensées.

Au début de l’année, il participe à la fondation de la coopérative de consommation Befreiung (Émancipation) à Berlin et fait paraître anonymement, à cette occasion, une brochure programmatique : Ein Weg zur Befreiung der Arbeiter-Klasse (Un chemin vers l’émancipation de la classe ouvrière). Il y affirme que ni l’action politique ni la violence révolutionnaire ne conduiront les travailleurs à leur émancipation. La question « réforme ou révolution ? » serait, par ailleurs, mal formulée, elle devrait être « réforme ou phrase ? » puisque les prétendus révolutionnaires ne luttent au fond qu’avec de grands mots. Mais la réforme que propose Landauer, pour qui « le travail positif est nécessaire à la préparation de la société socialiste », n’a rien à voir avec les réformes sociales qui ne font que fortifier l’État moderne et sa police ; il s’agit de réaliser immédiatement un fragment, une forme embryonnaire du socialisme par la création en dehors de l’État, sur les principes de l’auto-assistance et de la coopération, d’organisations ouvrières de consommation et de production. Landauer appelle la classe ouvrière à « refuser ses services économiques à la société bourgeoise, à être une société librement organisée au sein de la société » [4]. 

Le Sozialist est interdit pendant quelques mois – il reprend sa parution en août, avec pour nouveau sous-titre : « organe pour l’anarchisme-socialisme ». « L’anarchisme est placé en avant, parce qu’il est le but qui doit être atteint : l’absence de domination, l’absence d’État, le libre développement des individus. Puis est indiqué le moyen par lequel nous voulons atteindre et garantir cette liberté des hommes : par le socialisme, par l’entraide solidaire des hommes pour tout ce qui leur est commun, et par le travail coopératif. » [5] 

Ses premières traductions de Pierre Kropotkine paraissent dans le Sozialist : il s’agit d’une série d’articles des Temps nouveaux (août-novembre 1895) sur les « expédients économiques ». 

Dans un article sur « les démagogues au temps de la Réforme », Landauer exprime sa sympathie à l’égard du hussitisme, de l’anabaptisme et des mouvements de révolte populaire pendant la guerre des Paysans. Il commence également la rédaction d’un long essai intitulé « Zur Entwicklungsgeschichte des Individuums » (Contribution à l’histoire du développement de l’individu), où, déposant le germe des idées qu’il développera au tournant du siècle [6], il interroge la notion d’individu en insistant sur le primat de l’unité de l’espèce humaine. Pour lui, le cri de ralliement des anarchistes ne saurait être « individu », créature – si tant est qu’elle existe réellement et indépendamment de l’espèce – souvent laide, petite et mesquine, mais « individualité ». Dans une perspective qui rappelle Kropotkine, il distingue, en effet, l’individu de l’« individualité » [7] – ce qui dans l’individu, tout en lui étant propre, permet à l’humanité de progresser et de se perfectionner – qu’il « convient de cultiver et de développer, par la lutte contre nos instincts les plus grossiers et les plus bas, par la lutte contre les hommes et les institutions qui oppriment et entravent, par l’union solidaire avec ceux qui partagent nos sentiments, avec nos compagnons de combat et de souffrance » [8]. La société socialiste dépend donc d’un certain degré de développement de l’humanité. 

1896.– Landauer soutient activement la grande grève des travailleurs de la confection qui éclate à Berlin. Il est délégué au congrès socialiste international de Londres (27 juillet-1er août), où les anarchistes sont définitivement exclus de la Deuxième Internationale. Lors d’un meeting de protestation, il fait la connaissance de Pierre Kropotkine. Au congrès extraordinaire des anarchistes, il prononce un discours très remarqué, dans lequel il appelle les petits paysans et les ouvriers agricoles à se regrouper pour fonder des coopératives agricoles. Publication en trois langues de la brochure : De Zurich à Londres. Rapport sur le mouvement ouvrier allemand au Congrès international de Londres.

1897.– Landauer prend part, avec l’anarchiste chrétien Moritz Egidy et l’écrivain – et traducteur allemand de Multatuli – Wilhelm Spohr, à une manifestation publique contre les « horreurs judiciaires de Barcelone » (Justizgreuel in Barcelona), commises lors du procès de Montjuich où des anarchistes avaient été mis à la torture avant d’être sévèrement condamnés. En novembre, il prononce une série de conférences à travers le pays contre « l’inquisition en Espagne ».

En raison de désaccords sur l’orientation du Sozialist qu’elle juge par trop théorique, la tendance ouvriériste, majoritaire au sein du journal, qui entend développer un « anarchisme ouvrier de masse », s’organise indépendamment et publie son propre organe, Neues Leben (Vie nouvelle). Landauer s’y oppose catégoriquement : un « anarchisme de masse » ne serait possible qu’à condition de céder à la facilité démagogique et de faire « miroiter la perspective d’un gouvernement des masses, d’une démocratie dissimulée sous le voile anarchiste » [9]. L’anarchisme ne saurait se réduire à quelques slogans d’agitation :

« La liberté ne vient pas si on ne s’octroie pas soi-même la liberté et la manière propre de la vivre ; l’anarchie de l’avenir ne viendra que si les hommes du présent sont des anarchistes et non pas des partisans de l’anarchisme. Il y a une grande différence entre le fait d’être un partisan de l’anarchisme et le fait d’être un anarchiste. N’importe quel philistin ou petit-bourgeois peut être, du reste, le partisan d’un édifice théorique quelconque ; une transformation de l’essence des individus est nécessaire ou, du moins, un bouleversement complet, de sorte que la conviction intérieure finisse par devenir quelque chose de vécu dans la réalité [10]. »

Landauer se voit alors reprocher, avec une certaine malveillance anti-intellectuelle, de manquer d’authenticité populaire, de se complaire dans la théorie et de s’abandonner à des sentiments de fraternité universelle. Il demeure politiquement isolé. Le coup est rude non seulement pour lui personnellement, mais encore pour tout le mouvement anarchiste allemand [11]. Le Sozialist entre en déclin. Landauer se retire de son poste de rédacteur, tout en continuant de collaborer au journal. Dès lors, il se consacre de plus en plus à des travaux personnels d’ordre littéraire et philosophique.

1898.– Il entreprend un cycle de conférences sur l’histoire de la littérature allemande à Berlin. Commence alors pour lui une série de revers et de malheurs personnels. Décès de sa fille Marianne [Annie], âgée de quatre ans, des suites d’une tuberculose et d’une méningite. Le couple ne s’en remet pas. Sa femme, Margarethe, est elle aussi gravement malade depuis plusieurs années. Décès de son ami Moritz von Egidy.

 À propos de l’Affaire Dreyfus, dont il ne mésestime pas les aspects humains, il considère qu’il a trois bonnes raisons de se taire : en tant que Juif, à cause du fanatisme de la communauté juive internationale ; en tant qu’Allemand, à cause du patriotisme outrancier de la presse allemande ; en tant qu’anarchiste « anti-politique », parce qu’il s’agit d’ « une sale affaire interne à la classe dominante » [12].

1899.– À la suite de l’Affaire Ziethen, au cours de laquelle il obtient, en organisant une campagne de presse à la manière de Zola, la révision du procès d’un condamné qu’il croit innocent, Landauer est lui-même condamné à six mois de prison pour outrages et diffamation. Au cours de cet emprisonnement (du 18 août 1899 au 26 février 1900), qui marque un tournant dans son existence, s’ouvrent à lui de nouveaux horizons anarchistes dont l’exploration va se poursuivre dans ses écrits ultérieurs. Dans sa cellule, vaillant à la tâche, il révise les travaux de critique du langage de son ami Mauthner, écrit la nouvelle Lebendig tot (Mort vivant), traduit du français la pièce Les Mauvais Bergers d’Octave Mirbeau [13] et du moyen-haut-allemand un choix de sermons de Maître Eckhart. Immergé dans le monde de la mystique médiévale, il écrit à sa future seconde femme Hedwig Lachmann (qu’il avait rencontrée le 28 février 1899) :

« La prison peut être pour nous, modernes, ce que le monastère était au Moyen Âge. Les ânes qui nous prescrivent cette cure ne se doutent pas du bienfait qu’ils ont déjà rendu à quelques-uns. J’ai connu jadis, là entre ses murs, de délicieux moments de solitude sans équivalents, et j’y ai fait l’expérience de la force qui naît de la souffrance. [14] »

Eduard Bernstein fait paraître Die Voraussetzungen des Sozialismus und die Aufgaben der Sozialdemokratie (Les présupposés du socialisme et les tâches de la social-démocratie), point de départ de la « crise révisionniste » au sein de la social-démocratie allemande.

1900.– Landauer contribue à la fondation de la Neue Gemeinschaft (Nouvelle communauté), une communauté d’artistes et d’intellectuels de la bohème de Friedrichshagen. Il y rencontre, entre autres, Erich Mühsam et Martin Buber. Le 18 juin, il prononce la fameuse conférence « Durch Absonderung zur Gemeinschaft » (La communauté par la séparation) dans laquelle il expose les nouvelles conceptions anarchistes qu’il s’est formées, en prison, à partir des écrits de Maître Eckhart et de Fritz Mauthner. Le primat de l’unité de l’espèce, encore et toujours. L’homme ne s’appartient pas : « Le temps est maintenant venu de réaliser que l’individu n’existe pas, que seules existent des appartenances et des communautés. » Les hommes sont capables de communauté, précisément parce qu’ils sont eux-mêmes communauté [15]. Plus ils se séparent des influences extérieures, plus ils s’enfoncent dans les tréfonds intimes de leur vie individuelle et plus ils retrouvent, par cette introspection mystique, « la grande communauté des vivants », l’expérience collective de l’espèce humaine, qui les relie entre eux et au monde : « Ce que nous avons de plus individuel est ce que nous avons de plus universel. [16] » Ceux qui auront connu cette régénération intérieure, possible à tout moment, indépendante de tout développement, seront mûrs, alors, pour rompre définitivement avec les communautés autoritaires fortuites du présent et pour réaliser pratiquement cette communauté immémoriale et universelle qu’ils portent en eux. Pour se passer de la médiation de l’État, en somme, et faire place à l’esprit communautaire.

Paraît également, de lui, dans la revue culturelle viennoise Die Zeit (Le temps), un compte rendu de la réimpression de L’Humanisphère de Joseph Déjacque (Bruxelles, Bibliothèque des Temps nouveaux, 1899), dans lequel il insiste, en particulier, sur le projet que l’utopiste français avait formé de fonder, en lien étroit avec ses conceptions anarchistes, une « cosmologie mystique ». À propos de Déjacque, il évoque, en passant, « sa polémique enflammée contre la conception philistine que Proudhon avait de la question féminine » [17].

1901.– Landauer se détourne de la Neue Gemeinschaft. Cette expérience lui a appris « comment une communauté ne naît pas » (Buber). Tout comme Buber et Mühsam, il refuse de suivre les frères Hart, les principaux initiateurs de la communauté, dans leurs efforts ambitieux de créer une nouvelle religion.

En septembre, il décide de s’installer en Angleterre avec sa nouvelle compagne, Hedwig Lachmann [18], à Londres et à Bromley dans le Kent, non loin de la maison des Kropotkine. Entre les deux hommes, il n’y aura pas de relation durable ni d’échanges intellectuels réels, même si Landauer, profondément impressionné par la figure et la vie du « prince anarchiste », traduit en allemand, dans les années qui suivent, plusieurs de ses œuvres : L’Entraide (1904) ; Champs, usines et ateliers (1904) ; La Grande Révolution (1909). Kropotkine avait tendance à se méfier de tout ce qui venait d’Allemagne, y compris et même en tout premier lieu sous l’étiquette anarchiste : « Pour Kropotkine, tout Allemand était (à part Bernhard Kampffmeyer et Rudolf Rocker) suspect de stirnérisme ou de nietzschéisme [19] ». Landauer, de son côté, lui reproche, outre des sympathies russophiles et slavophiles, son positivisme, hérité des sciences naturelles, qui le conduirait – à l’opposé de Tolstoï – à une forme de relativisme moral, à tout sacrifier au développement historique, sans exclure le recours à la violence si nécessaire [20]. Plus proche du mutualisme et du collectivisme, il ne pouvait évidemment souscrire à certaines affirmations absolues et rassurantes de Kropotkine, à la mode dans les milieux communistes-anarchistes : « Nous maintenons, en outre, que le communisme est non seulement désirable, mais que les sociétés actuelles, fondées sur l’individualisme, sont même forcées continuellement de marcher vers le communisme [21]. » 

En Angleterre, Landauer entretient des relations avec Tárrida del Mármol, Max Nettlau et Rudolf Rocker. Importants travaux de traduction, parfois en collaboration avec Hedwig Lachmann, en particulier des œuvres d’Oscar Wilde et de Rabindranath Tagore. 

Parution, dans la revue Die Zukunft (L’avenir), d’un article fondamental : « Pensées anarchistes sur l’anarchisme », dans lequel il tire les conséquences politiques de la nouvelle orientation qu’il a imprimée à son anarchisme. Condamnant expressément la tactique de la « propagande par le fait », il estime que l’anarchiste ne saurait exercer la moindre violence, ou que, s’il y en a une, ce ne peut être que la violence contre soi-même, l’anéantissement du moi (« mort mystique ») pour renaître dans la communauté humaine .

« L’anarchie n’appartient pas à l’avenir, mais au présent ; elle n’est pas affaire de revendications, mais affaire de vie. Il ne s’agit point de la nationalisation des conquêtes du passé, il s’agit de la naissance d’un peuple nouveau qui, venant de petits commencements, se forme de tous côtés par colonisation intérieure, au milieu des autres peuples, dans de nouvelles communautés. Il ne s’agit point de la lutte de classes des non-possédants contre les possédants, mais il s’agit du fait que des êtres libres, moralement forts et maîtres d’eux-mêmes, se séparent des masses pour s’unir dans de nouveaux liens. [22] »

1902.– En raison de leur isolement et par manque de possibilités de travail, le couple rentre en Allemagne pour s’installer à Hermsdorf, dans la banlieue de Berlin.

1903.– Landauer se rapproche de la Société allemande des cités-jardins que préside B. Kampffmeyer. 

Divorce d’avec sa première femme. En mai, il épouse Hedwig Lachmann – dont il aura deux filles, Gudula Susanne et Brigitte [23]. 

Outre la traduction des Sermons d’Eckhart et un recueil de nouvelles – Macht und Mächte (Puissance et puissances) –, Landauer publie Skepsis und Mystik (Scepticisme et mystique), texte dans lequel il reprend et retravaille plusieurs essais déjà parus – dont La Communauté par la séparation – pour en faire une sorte de manifeste mystico-philosophique.

1904-1906.– Landauer travaille dans la maison d’édition et de librairie de Karl Schnabel pour subvenir aux besoins de sa famille. Il entre, alors, en relation avec le philosophe spinoziste Constantin Brunner (Leo Wertheimer) dont il médite Die Lehre von den Geistigen und vom Volke (La doctrine des hommes d’esprit et du peuple).

1907.– La Révolution paraît dans la collection « Die Gesellschaft » que dirige Martin Buber aux éditions Rütten & Loening : après une critique mi-sérieuse mi-ironique des sciences historiques, Landauer en vient à décrire la révolution comme un long procès historique non achevé, qui remonte au temps de la Réforme et de la guerre des Paysans, un grand fleuve historique dans lequel il est lui-même plongé et dont il continue de suivre le cours dans le présent. Le Moyen Âge est pour lui une « époque unique de floraison » – ce qu’il ne manque pas d’illustrer par des exemples tirés de L’Entraide de Kropotkine – parce qu’il « consistait en une synthèse de liberté et de sujétion » [24]]. Pour mieux se faire comprendre, il se sert de la notion d’ « esprit » (commun, communautaire), qui devient centrale dans ses écrits ultérieurs. L’esprit est la capacité communautaire – enfouie ou révélée, « devenue et en devenir » – des hommes, le sentiment qu’ils ont de leur intime solidarité. Le Moyen Âge est entré en décadence quand le christianisme, dont l’esprit commun avait pris la forme, a été vidé de son pouvoir mythique et surnaturel par la Réforme, sans que lui succède un nouvel ordre communautaire. La « révolution », pour Landauer, c’est donc cette phase de transition qui dure depuis lors, avec des périodes de recrudescence et de déclin. Ce qui est la marque horrible de cette « époque moderne », c’est que l’État, en raison du refoulement de l’esprit, absorbe toutes les fonctions de la communauté : « Quand l’esprit est absent, il y a violence : l’État et les formes d’autorité qui lui sont propres et le centralisme. [25] » 

Publication de Peuple et Terre : trente thèses socialistes dans les pages de la revue Zukunft. Landauer y définit ce qu’il entend par « peuple » : une communauté qui ne résulte ni d’une autorité extérieure ni d’une origine commune, mais de l’« esprit » que les hommes doivent laisser grandir en eux et entre eux.

1908.– Retour de Landauer sur la scène politique avec la fondation du Sozialisticher Bund (Ligue socialiste), aux côtés, entre autres, d’Erich Mühsam et de Martin Buber. À Berlin, il prononce deux conférences – dont sera issu, en partie, son Appel au socialisme – devant des anarchistes et des socialistes révolutionnaires, et procède à la proclamation des Douze articles de la Ligue socialiste. Il y exprime le refus de la séparation entre deux temporalités, le présent et l’avenir lointain, à la différence du marxisme (et des anarchismes) qui n’aurait pas d’autre choix que de combler ce vide béant par l’attente passive de la maturité révolutionnaire et le ressassement d’une doctrine toujours plus grise et desséchée. « Nous n’attendons pas la révolution pour que commence le socialisme ; nous commençons par faire du socialisme une réalité pour qu’advienne le grand bouleversement du monde ! » Le but de la Ligue est la réorganisation de la société par la « sortie du capitalisme », par la création de colonies communautaires qui doivent se rattacher à des traditions communales, la commune rurale étant considérée comme le « pont » qui relie l’idéal socialiste à l’histoire humaine. Anticipations du socialisme à venir qui, par l’exemple qu’elles donnent, sont censées faire naître, dans les masses, l’envie et l’imitation, ces communautés – dont Landauer savait le caractère provisoire et limité en l’absence de révolution – tiennent aussi de la « cure de désintoxication » de l’État, de la marchandise et du narcissisme. 

Son initiative rencontre de fortes résistances dans les milieux anarchistes berlinois, qui se montrent favorables à la lutte de classes. Il entreprend une tournée de conférences dans le sud de l’Allemagne et en Suisse où il rencontre l’anarchiste Margarethe Faas-Hardegger avec qui il aura une relation amoureuse pendant un an.

1909.– Reprise de la parution du Sozialist. Il prononce plusieurs conférences pour le compte de la Ligue dans l’ouest de l’Allemagne dans le but de fonder des groupes locaux. Nombreuses traductions de Proudhon.

Il est amené à critiquer le mouvement ouvrier organisé de son temps, notamment sous deux aspects qui sont liés entre eux [26]. Ce qu’il appelle, d’une part, la « tactique des apparences » dont le Premier Mai est, selon lui, le parfait exemple : une marche rituelle, piailleuse, stérile, sans idée ni lendemain, déguisement de la faiblesse, simulant aux yeux des maîtres, mais aussi des ouvriers qu’on fait jouer à la Révolution une fois par an, en public et en bon ordre, un pouvoir qui n’existe pas [27]. Et, d’autre part, la « paresse des mains et du cœur », un manque d’effort socialiste, qui très souvent se traduit par une « lutte contre les institutions », aussi spectaculaire qu’elle est improductive.

A suivre…

La présidence Trump est finie !… Trump a plié devant l’état profond en moins d’un mois… Pour les nouveaux cons: « Que la fête continue!… »

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, canada USA états coloniaux, colonialisme, crise mondiale, guerre iran, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 15 février 2017 by Résistance 71

Parce qu’il N’Y A PAS DE SOLUTIONS AU SEIN DU SYSTEME, N’Y EN A JAMAIS EU ET N’Y EN AURA JAMAIS…

France ! Le nouveau tournez manège du mensonge institutionnalisé arrive à grands pas. STOP à la mascarade politique du cirque de la société du spectacle…

BOYCOTT DU VOTE ! MISE EN PLACE DE LA RESISTANCE POLITIQUE PAR LA CONFEDERATION DES ASSOCIATIONS LIBRES !

~ Résistance 71 ~

 

Mise à jour du Saker sur le coup de l’état profond américain contre Flynn et Trump

L’état profond a émasculé Trump et sa présidence, c’est fini les gars!

 

Le Saker

 

14 février 2017

 

Source:

http://www.informationclearinghouse.info/46444.htm

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Note des traducteurs: Nous n’avons traduit que la mise à jour du Saker qui est plus percutante et directe que son analyse précédente. Elle permet de garder les points essentiels de ce qui vient de se produire à Washington. Nous partageons l’analyse du Saker sur cette affaire (mise à part sa position sur le vote bien entendu… nos commentaires nécessaires sont intégrés à la traduction), qui est essentielle et visiblement mal comprise (volontairement ?…) par bien des analystes et “experts” en géopolitique.

 

La première analyse du Saker en français est ici:

http://lesakerfrancophone.fr/les-neocons-et-l-etat-profond-ont-chatre-la-presidence-de-trump-cest-cuit-les-gars

 

Mise à jour de l’article en lien ci-dessus:

 

Ok, il me semble qu’un grand nombre de commentateurs comprennent mal ce qui se passe. Il est donc temps, plutôt que d’écrire une analyse, de cracher le morceau, je vais énumérer les points essentiels dans un style plus abrupt afin d’être plus clair dans mon point de vue. Allons-y donc:

  1. TOUT CECI N’EST PAS A CAUSE DE FLYNN. Laissez-moi encore répéter cela:
    CECI N’EST PAS A CAUSE DE FLYNN !!…
    SVP ne venez pas me dire que Flynn avait tort sur l’Iran, sur l’Islam, sur la Chine. Je suis d’accord, Mais…
    ==>>
    CECI N’EST PAS A CAUSE DE FLYNN !!<<==
  2. C’EST AU SUJET DU POUVOIR. Au sujet de qui est la patron ? Qui est le numéro 1 ? Qui est le top alpha mâle ? Le président ou “l’État Profond” ? Ce n’est qu’à ce propos, montrer clairement à tout le monde qui est en charge.
  3. FLYNN ETAIT UN SYMBOLE. Le symbole de toute cette notion de drainer le marécage de Washington, qui consiste essentiellement en les agences à 3 lettres et le Pentagone. Flynn fut le mec qui osa défier la police de la pensée et être amical avec les Russes. Flynn fut le mec qui voulut ramener la CIA et le grand Etat-Major des armées (Join Chief of Staff) sous le contrôle de la Maison Blanche. Et Flynn était le mec qui avait les contacts avec le SOCOM (NdT: Special Operations Command ou haut commandement des opérations secrètes) et l’Etat-Major des armées. Flynn devait être éliminé.
  4. FLYNN ETAIT AUSSI UNE PIERRE ANGULAIRE. Pour le meilleur ou pour le pire, il est absolument évident que Flynn était le cerveau derrière toute la politique étrangère de Trump. Sur quelques affaires Flynn était super (la Russie), sur d’autres juste OK (le terrorisme takfiri), sur d’autres il était ridicule (la Chine) voire même franchement mauvais (l’Iran). Mais ce n’est pas ce qui est important ici. Ecoutez Kucinich qui nous dit clairement que tout cela n’est pas au sujet de Flynn ou de Trump, mais au sujet d’un coup d’état (silencieux) contre la présidence des Etats-Unis, mené par son “État Profond”. Maintenant que Flynn a été sorti, il ne reste plus rien de la “politique étrangère de Trump”.
  5. FLYNN EST AUSSI UN DOMINO. Ok, ceci est crucial à comprendre, faites maintenant bien attention à ce qui suit… Poutine a souvent été critiqué pour protéger ses amis et ce même quand ses amis sont coupables de malversations. Maintenant laissez-moi vous poser une question très simple: pour qui vous mouilleriez-vous, pour Trump ou Poutine ?… Exactement… Si Trump était un mec loyal, il aurait très bien pu appeler Pence et Flynn dans le bureau ovale, demander à Flynn de s’excuser et dire à Pence de fermer sa gueule. Mais il n’en a rien fait. En acceptant la “démission” de Flynn, Trump a démontré qu’il ne protège et ne protègera pas ceux qui travaillent pour lui. Il y aura donc certainement un effet domino, car tous ceux qui ont de l’importance savent maintenant ceci: Trump est un faible, les nouveaux cons le tiennent par les couilles et Trump va les larguer en rase campagne lorsque le niveau de merde atteindra le ventilateur.
  6. LA CHUTE DE FLYNN EST AUSSI UN MESSAGE. Un message à tous ceux qui détestent Trump et tout ce qu’il représente. Ce message est très simple: Nous sommes revenus en contrôle et la fête continue !... Maintenant que Trump a été brisé et humilié, mainenant qu’il a perdu son haut QI et son allié puissant à la Maison Blanche, les nouveaux cons et l’état profond ont senti le sang et les cercles se rapetissent, il vont doubler l’attaque qui va augmenter en intensité. La prochaine victime sacrificielle des plus symboliques pourrait bien être le très détesté Steve Bannon. Le but est très simple: la chasse est ouverte pour les “penseurs criminels” du contre-état profond.
  7. EN FAIT. TOUT EN VIENT A LA PERSONNALITE DE TRUMP. C’était la grande inconnue non ?… Personne ne savait vraiment quel type de président Trump ferait. Tout le monde, incluant votre dévoué serviteur, se complaisait à spéculer sur son ego, son manque d’expérience politique, sur le fait qu’il ne devait rien à personne, qu’il était celui qui faisait les deals, un pragmatiste de sens commun. Bon, on ne sait toujours pas quel type de président il sera, mais j’ai bien peur que l’on sache déjà quel type de président il NE SERA PAS: il ne VA PAS drainer le marécage de Washington, il ne VA PAS changer la subordination des intérêts nationaux des Etats-Unis à l’empire anglo-sioniste, il NE VA PAS forger un partenariat historique avec la Russie et enfin, IL NE VA PAS renvoyer les nouveaux cons(ervateurs) au placard d’où ils ont rampé il y a quelques 24 années. On ne peut que supputer si Trump manque d’intelligence ou de couilles, mais il est maintenant évident à tous qu’il a bien plus en commun avec le président Yanoukovitch (NdT: l’ancien président ukrainien déposé par le coup d’état néo-nazi piloté par la Maison blanche sous Obama…) qu’avec Poutine.

Comme je l’ai dit précédemment, c’est fini. Pas à cause des vues de Flynn sur l’Iran ou l’Islam ; mais parce que Trump a plié, il a été brisé et maintenant tout ce qu’il reste devant nous sont 4 longues années d’agonie pure. Ceci en assumant que les nouveaux cons ne le fassent pas destituer juste pour se vautrer un peu plus dans leur arrogance et leur sens de la suprématie.

Franchement, mon cœur va à tous ceux et celles qui ont sincèrement cru que Trump serait l’homme de la libération des Etats-Unis de l’emprise des nouveaux cons et de la restauration du pouvoir de ce “panier de déplorables” sur la multitude de minorités des intérêts particuliers. Quelques personnes vont sûrement maintenant se pavaner dans des remarques du style “je vous l’avais bien dit”, mais ils auront tort. Espérer le meilleur fut la meilleure des choses à faire. Ceux qui ont voté pour Trump ont fait la seule chose en leur pouvoir pour empêcher Hillary d’occuper la Maison Blanche (NdT; et au bout du compte, guerre il y aura quand même, peut-être en d’autres termes, mais on est parti pour d’une manière ou d’une autre et çà oui Mr Saker, on l’avait dit, beaucoup avaient prévenu. Une chose est on ne peut plus claire: notre slogan en préambule de l’article…). Ce fut la bonne décision, ils ont fait ce qu’il fallait faire, moralement et pragmatiquement (NdT: bref, le “vote utile” imbécile qui ne sert à rien… la preuve !… C’est çà ta solution Saker ?… Continuer de voter pour les futurs Bozos ad vitam aeternam ?… Pour continuer à en prendre plein la gueule ?… Jusqu’à quand ?… Quand assez est-il assez ?…)

Mais maintenant nous devons rassembler notre courage et accepter la réalité de ce qui s’est produit. Minimiser les implications de ce coup de l’état profond n’a absolument aucun sens, ni moralement, ni pragmatiquement. Et la réalité est la suivante:

Il aura fallu moins d’un mois aux nouveaux cons et à l’état profond pour renverser les résultats de l’élection présidentielle.”

Trump maintenant déclare qu’il “attend que la Russie rende la Crimée.”

C’est fini les gars. Nous vous souhaitons la bienvenue de retour dans la guerre entre la Russie et l’empire.

The Saker

PS: Une chose encore. Trump lui-même a toujours été, bien entendu, le candidat d’une partie de “l’État Profond Américain”. Trump n’est pas tombé de nulle part, ni Flynn du reste. Ce qui se passe est qu’une faction de l’état profond se bat contre une autre. Les élites américaines sont divisées depuis un bon moment. (NdT: ce que nous disons sur R71 depuis des années…) Mais comme Trump a maintenant l’autorité légale, ceux qui essaient de le faire tomber sous le coup d’une révolution colorée, je parle donc ici de l’état profond contre la présidence.

Empire, Standing Rock, DAPL et la preuve par neuf du vol des terres natives (Peter d’Errico)

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Excellentes analyse et démonstration ici de Peter d’Errico qui montre sur quel point d’usurpation et de criminalité se fonde la “loi de la terre” de l’empire. L’écrasement par la domination enracinée dans la falsification et le pseudo-droit de souveraineté “par la découverte chrétienne” de terres païennes. D’Errico taille en pièce cette ignominie de manière magistrale dans cet article que nous avons traduit ci-dessous !…

En fait les Etats-Unis disent ceci pour résumer succintement: la loi suprême de la terre est la loi des traités qui ne peut pas être surclasser ni par les agences gouvernementales, ni par les fonctionnaires, président inclus et les traités font loi.
Mais… par le simple fait de la “découverte” des terres paiennes par les chrétiens d’Europe, les Etats-Unis assument, par héritage, un “droit de domination et de souveraineté totale” inhérent sur toute terre et peuple païens y vivant. Ainsi la loi suprême de la terre aux Etats-Unis est la loi du “droit de domination par la découverte chrétienne”. Ceci a été gravé dans le marbre légal affabulateur et oppresseur zunien depuis 1823 et la décision de l’affaire Johnson contre McIntosh. Tout cela dans cette nation essentielle, ce phare de la liberté et de la démocratie éclairant le monde de sa docte et sage lumière que tous lui envient.
Turlututu, chapeau pointu! nous souffle Kiri le clown dans l’oreillette !…

Effarant non ?…

~ Résistance 71 ~

 

L’affirmation de domination des Etats Unis sur Standing Rock viole le traité de Fort Laramie de 1851

Le traité fait loi et la terre doit être honorée

 

Peter d’Errico

 

7 février 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/u-s-claim-domination-standing-rock-violates-treaty-of-1851/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Une déclaration succinte sur les problèmes auxquels doit faire face la nation Sioux à Standing Rock, écrite par Jeffrey Ostler et Nick Estes le 16 janvier 2017, a démontré qu’”il n’y a aucune question sur l’affirmation par Standing Rock qu’un oléoduc est construit à travers des terres reconnues comme étant des terres Sioux en territoire Sioux sous le traité de Fort Laramie de 1851.Ce point particulier au sujet de l’application du traité doit être clarifié haut et fort et de manière continue et répétée. Le traité de 1851 a défini des démarcations qui doivent être prises en compte pour la mesure et l’évaluation de toute route à emprunter de cet oléoduc. La carte fournit sur leur article est claire et montre le projet du DAPL traversant les terres protégées par traité.

Un second point de cet article doit aussi être mis en valeur chaque fois que possible: les traités sont, sous la constitution des Etats-Unis, “la loi suprême de la terre”. Chaque tribunal, chaque agence fédérale, chaque fonctionnaire aux Etats-Unis doit s’en remettre à la constitution fédérale. Ceci veut dire que tous doivent se référer au traité de Fort Laramie de 1851.

Aucune agence ou bureau gouvernementaux, incluant la présidence, n’a l’autorité d’agir contrairement à la “loi suprême de la terre”. Peu importe combien Donald Trump ou quiconque de son entourage, souhaitent qu’il soit un dictateur, leurs actions sont liées par la loi… à moins de faire un coup d’état, auquel cas, il y a aura des choses plus importantes à gérer que Standing Rock.

Ironiquement, d’après l’histoire des Etats-Unis, des violations des droits des peuples natifs, si le président veut utiliser le DAPL comme un véhicule pour fomenter un coup contre la constitution, alors Standing Rock sera en première ligne pour sauver la démocratie à l’américaine, en tant que sous-produit de la défense de l’eau !

Les soi-disants “problèmes indiens” ont historiquement monté les peuples autochtones contre les forces du développement capitaliste colonial. Ce schéma se répète une fois de plus avec le DAPL ; mais cette fois-ci, le conflit s’est étendu en dehors du pays indien, parce que de plus en plus de non-Indiens sont éveillés aux problèsmes sous-jacents, notamment celui de l’eau pour la vie.

Je veux ajouter quelques réflexions aux point établis par Ostler et Estes au-delà du traité de 1851, afin de clarifier les affaires au sujet de l’autorité du gouvernement américain sur les peuples originels.

Résistance 71: Ici, il faut considérer que d’Errico, qui est un juriste et a travaillé durant des années avec les natifs sur des affaires juridiques les concernant, notamment avec la nation Diné (Navajo), offre des conseils sur le comment pousser pour faire appliquer la loi existante. C’est du conseil juridique gratos en quelque sorte…

Leur analyse par trop pertinente se retrouve un peu en difficulté lorsqu’ils discutent des Collines Noires (Black Hills, terres sacrées Lakota). En premier lieu, lorsqu’ils s’en réfèrent à la décision de la Cour Suprême (CS) des Etats-Unis de 1980 sur les Black Hills, celle où la cour déclara “un plus grand cas de grand déshonneur ne peut être trouvé en toute probabilité dans notre histoire”, ils disent “Sous la loi fédérale, le gouvernement fédéral n’a pas l’autorité de retourner les terres illégalement saisies, ainsi la cour remédia à la saisie du territoire des Collines Noires et des terres de l’article 16 en accordant une compensation financière.

Secundo, lorsqu’ils font remarquer que la nation Sioux “a refusé de manière consistante toute compensation financière pour les terres volées et a au lieu de cela argumenté pour un retour de la majorité des terres des Collines Noires”, ils font référence à ces terres comme étant “sous propriété fédérale.”

Nous devons bien comprendre qu’à la fois l’affirmation que la loi américaine interdit le retour de terres et l’affirmation que les Collines Noires sont “sous propriété fédérale des Etats-Unis” sont des manifestations de l’affirmation générale des Etats-Unis d’un droit de domination sur les peuples natifs. Ceci remonte à la décision de la CS en 1823 dans l’affaire Johnson contre M’Intosh, décision basée sur le “droit de la découverte chrétienne”: “Right of Christian Discovery.”

Le “droit” de la découverte chrétienne, comme l’a reconnu la CS elle-même, remonte à des décrets pontificaux (bulles) du XVème siècle qui disent que les colonisateurs chrétiens pouvaient clâmer des terres qu’ils avaient “découvertes” et prendre contrôle des peuples natifs païens qui y vivaient.

Standing Rock ne devrait jamais acquiescer au fait que les Collines Noires sont “sous propriété fédérale”, ni ne devrait accepter l’assertion des Etats-Unis qu’ils ne peuvent pas rendre les terres qu’ils ont envahies et saisies. Le temps est venu de se dresser contre cette violation vieille de plusieurs siècles concernant les terres des nations autochtones et ce par quelque gouvernement que ce soit se réclâmant du “droit de la découverte”.

Je ne parle pas d’un évènement du passé. L’affaire Johnson n’a jamais été déboutée. Une recherche sur Westlaw (au 25 janvier 2016) a montré 330 affaires judiciaires citant Johnson c. M’Intosh, jusqu’au 1er juillet 2015 inclus.

De plus, bien des affaires se reposent sur le “droit de la découverte” sans citer Johnson. Par exemple City of Sherrill, N.Y. v. Oneida Indian Nation of New York (2005) a dit: “le titre de propriété de la terre occupée par les Indiens lorsque les colons arrivèrent changea de mains par la découverte faite par les nations européennes et plus tard les états originaux des Etats-Unis et l’état fédéral.” Le tribunal cita des décisions intermédiaires plutôt que Johnson c. M’Intosh.

Ostler et Estes établissent que “Le congrès des Etats-Unis a autorisé le barrage de Oahe sous la loi du contrôle des inondations de 1944… (mettant en marche) ce que l’universitaire Lakota Standing Rock Vine Deloria Jr a caractérisé par ‘la loi la plus destructrice jamais perpétré sur aucune nation aux Etats-Unis.’ “

Le tribunal de district déclara: “La loi sur le contrôle des inondations de 1944 NE PEUT PAS être la législation nécessaire qui autorise la prise de terres natives indiennes à moins qu’il ne puisse être soutenu qu7une loi générale approuvant une série de projets particuliers puisse s’appliquer à des terres indiennes liées par traitee (en l’occurence le traité de Fort Laramie de 1851). Nous croyons qu’une telle position est intenable. La législation d’ordre général n’est pas suffisante pour y inclure des terres tribales indiennes reconnues par traité.

Néanmoins le juge continua de citer des affaires de “droit de la découverte” et ajouta: “Le congrès des Etats-Unis peut abroger le traité afin d’exercer son droit de souveraineté… il doit ainsi y avoir une claire action congressionnelle qui indique une intention d’abrogation…

Le juge a ensuite conclus: “Afin d’insister sur la problématique dans cette décision, nous désirons réaffirmer que l’autorité du Congrès des Etats-Unis d’exercer le droit de domaine éminent sur les terres tribales indiennes n’est pas mis en question. Nous accordons la demande de la tribu à cause d’un manque d’exercice de cette autorité. Cette affaire peut-être rapidement remédiée en l’apportant à l’attention du Congrès.

Le Congrès des Etats-Unis fut très rapide d’affirmer son “droit souverain” fondé sur la “découverte chrétienne”: le 2 septembre 1958, il passa la loi publique 85-915, “afin de fournir l’acquisition de terres pour les Etats-Unis, terres requises pour le réservoir créé par la construction du barrage de Oahe sur la rivière Missouri et pour la réhabilitation des Indiens de la réserve sioux de Standing Rock dans le Dakota du Nord et du Sud.”

La supposée “autorité du Congrès” de violer le traité de 1851 prend sa racine dans l’assertion des Etats-Unis de son “droit de découverte”,une affirmation faite par le gouvernement fédéral que celui-ci possède les terres natives et peut contrôler les peuples autochtones comme bon lui semble.

Nous voyons ici qu’une fois de plus, Standing Rock doit faire face à l’assertion unilatérale des Etats-Unis de leur affirmation d’un “droit souverain” de dominer les Indiens.

En 1958, Les avocats de Standing Rock ne firent pas appel de cette affirmation des Etats-Unis. Comme l’avait dit le juge: “l’autorité du Congrès n’est pas remise en question…

 

Standing Rock ne devrait pas de nouveau faire cette erreur !!…

Guerres impérialistes au Moyen-Orient: Israël-Arabie Saoudite… de la fausse rivalité à la complicité avérée

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, colonialisme, guerre iran, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, N.O.M, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 14 février 2017 by Résistance 71

“Israël n’est pas le projet, c’est un outil exécutif dans le projet de l’hégémonie américano-occidentale dans notre région, il assume un rôle exécutif au service de ce projet.  C’est pour cela qu’ils le défendent partout dans toutes les instances, – dont le Conseil de sécurité, où le veto est interdit-, en lui fournissant l’aide financière, militaire et économique et sont prêts à combattre à ses côtés le cas échéant.”
~ S. Hassan Nasrallah (2015) ~

A lire notre dossier sur les falsifications de l’histoire biblique et les origines judaïques de la culture takfirie (Dr. Ashraf Ezzat)

~ Résistance 71 ~

 

L’imposition d’états artificiels au Moyen-Orient le cas de l’Arabie Saoudite et d’Israël

 

Alexander Azadgan

 

10 février 2017

 

Source:

http://arretsurinfo.ch/limposition-detats-artificiels-au-moyen-orient-le-cas-de-larabie-saoudite-et-disrael/

 

Les idéologies décrépites du wahhabisme saoudien et du sionisme israélien sont d’une importance immense, sinon centrale, pour analyser le fiasco actuel du Moyen-Orient et le climat international général maléfique. Comme prévu, ces deux idéologies corrosives sont largement ignorées dans les grands médias occidentaux, puisque ces deux nations artificiellement créées sont considérées comme des alliées de Washington.

Il s’agit d’une histoire passionnante, quoique assez sinistre, qui s’étend de la Première Guerre mondiale, la création des États d’Israël, de Jordanie, d’Irak, de Libye, de Syrie, d’Arabie saoudite (et de tous les émirats du Golfe) sans parler de Lawrence d’Arabie, jusqu’à la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, à la guerre par procuration imposée en Syrie (qui a également commencé en 2011) et la montée des sauvages d’ISIS, entre autres régressions géopolitiques. C’est une histoire de manipulation à long terme, d’endoctrinement insidieux, et de travaux mythiques de littérature diaboliquement secrets.

Ces deux idéologies – le wahhabisme dans l’islam et le sionisme dans le judaïsme – peuvent se présenter comme des entités non apparentées en surface. Mais elles ne le sont pas, comme je vais l’explorer dans cet article. Ces deux doctrines malveillantes pourraient être considérées comme étant en grande partie responsables de l’essentiel des malheurs au Moyen-Orient aujourd’hui, situation qui ne concerne pas seulement le Moyen-Orient, mais comme nous l’avons vu depuis le 11 septembre 2001 et à un rythme accéléré depuis 2011, qui affecte les États-Unis, l’Europe, l’Eurasie, et très probablement le monde entier !
Ces deux philosophies religieuses / politiques sont responsables de décennies de violences, de guerres, de souffrances et de manipulations. On peut démontrer qu’elles sont les deux faces d’une même pièce. Elles peuvent toutes deux remonter à la même époque approximative – il y a environ cent ans, pendant les événements de la Première Guerre mondiale.

Quel est l’héritage du sionisme et du wahhabisme dans le monde ? Et quelle est la vérité sur leurs origines ? Pour commencer, voici une histoire abrégée des origines d’abord du sionisme, puis du wahhabisme pour ceux d’entre vous qui n’en seraient pas familiers.

La Déclaration Balfour et les origines du sionisme

 
« Sionisme » est un terme compliqué à définir d’une certaine manière, d’autant plus à cause de l’ampleur exagérée de la désinformation. Il y a le sionisme politique, qui vise à servir les intérêts de l’État d’Israël. Il y a le sionisme religieux, qui se réfère à l’intérêt juif [ou chrétien] en Israël en termes d’accomplissement de la « prophétie biblique » ou « volonté divine ». Ces deux écoles du sionisme pourraient dans certains cas être entièrement séparées. Les gens peuvent être des sionistes politiques sans être des sionistes religieux ou vice-versa. Un exemple de ceci serait les organisations évangéliques américaines de droite qui sont en fait des sionistes endurcis pour l’accomplissement des textes bibliques – tels qu’ils les interprètent.
 Le sionisme est tout aussi évangélique chrétien que juif. Mais c’est un fait que le but du sionisme à l’origine était la restauration d’une patrie juive dans ce qui a été la Palestine pendant deux mille ans ; un objectif qui a été accompli de manière globale en 1948 à l’ombre de l’Holocauste, bien qu’il ait ses racines comme mouvement international à partir de la Première Guerre mondiale. Depuis, le sionisme peut être considéré comme un mouvement politique visant à promouvoir les intérêts [nationaux et internationaux] de cette nation artificiellement créée et à assurer la sécurité et la protection de ce soi-disant État d’Israël.

De nombreux commentateurs anti-sionistes lient aussi le sionisme – tant religieux que politique – avec le concept d’un agenda juif mondial secret pour contrôler le monde. On pense que le sionisme, sous sa forme dominante, est originaire de Theodor Herzl en 1896, journaliste juif austro-hongrois, dramaturge et militant politique. À partir de la fin de 1895, Herzl écrivait Der Judenstaat ou État des Juifs. Il a soutenu que la seule solution à la « question  juive » en Europe était la création d’un État pour le peuple juif. Les sentiments anti-juifs étaient si répandus à travers l’Europe que Herzl vit la création d’un sanctuaire national pour les juifs comme la seule solution à long terme. Et c’est ainsi que le sionisme est né, ou du moins c’est la version dominante des événements. D’autres chercheurs contestent cette notion et proposent des arguments d’une origine beaucoup plus ancienne. Bien sûr, si nous parlons du sionisme religieux par opposition au sionisme politique, alors l’origine est beaucoup plus ancienne et beaucoup plus mystérieuse. L’idée que la terre d’Israël (hébreu : אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל Erets Israël) avait toujours appartenu aux Juifs ou qu’elle avait été promise aux « Enfants d’Israël » par leur Dieu biblique, un mythe ancien et faux, au mieux. Bien sûr, cette folie profonde n’a pas de base solide pour la construction des nations du XXe siècle, que nous le pensions et que nous l’espérions.

Ce sont les puissances coloniales de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, en particulier la Grande-Bretagne, qui ont activement poursuivi l’agenda sioniste sous la direction de puissants et riches juifs britanniques tels que Lord Rothschild, aboutissant à la célèbre Déclaration Balfour. Les Britanniques ont fait des promesses grandioses en temps de guerre (pendant la Première Guerre mondiale) pour créer une « patrie juive » en Palestine. Bien que l’immigration juive massive en Palestine ait commencé après la Première Guerre mondiale, ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale et l’Holocauste que l’ordre du jour a été pleinement respecté.

Une autre pierre angulaire du folklore sioniste est le livre fabuleux [un faux, NdT], Les Protocoles des Sages de Sion, dans lequel beaucoup voyaient avec crainte un plan d’ensemble pour une prise de contrôle sioniste mondiale. Nous reviendrons sur ce point plus loin dans cet article.

Malgré les actions officielles de la Grande-Bretagne, ni l’opinion publique ni l’opinion du gouvernement n’ont été unanimes dans leur soutien à l’engagement excessif de la Grande-Bretagne dans la promotion de l’agenda sioniste. Winston Churchill, dans un télégraphe de 1922, est supposé avoir écrit « un mouvement croissant d’hostilité contre la politique sioniste en Palestine », ajoutant : « Il est de plus en plus difficile de répondre à l’argument selon lequel il est injuste de demander au contribuable britannique, déjà submergé par la fiscalité, de supporter le coût de l’imposition à la Palestine d’une politique impopulaire. » Cette désapprobation du sionisme politique a continué pendant toutes les décennies suivantes et est encore plus répandue et véhémente aujourd’hui qu’il y a un siècle !

Mahatma Gandhi a écrit en 1938 : « La Palestine appartient aux Arabes dans le même sens que l’Angleterre appartient aux Anglais ou la France aux Français. Il est injuste et inhumain d’imposer les Juifs aux Arabes […] La Palestine de la conception biblique n’est pas un domaine géographique. »

Et contrairement à l’opinion propagée par certains que l’antisionisme est de l’« anti-sémitisme », des orateurs juifs ont, à diverses reprises, également parlé ouvertement contre l’agenda sioniste. Parmi eux, Rabbi Elmer Berger a publié le livre “Le dilemme juif”, dans lequel il soutenait que l’assimilation juive était encore la meilleure solution pour les juifs dans le monde moderne, plutôt que la ségrégation et la mentalité de siège de l’État sioniste. Dans l’analyse de Rabbi Berger, le sionisme lui-même se complaisait simplement dans les croyances raciales dominantes sur les juifs et même en jouait.

En 1975, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution qui qualifiait le sionisme de « forme de racisme et de discrimination raciale ». Plus contemporainement, en 2010, l’ancien journaliste de la BBC et de ITN, Alan Hart, a publié le livre “Sionisme : Le vrai ennemi des juifs” alors que le célèbre athée en chef Richard Dawkins a déclaré dans une interview (parlant du sionisme et du lobby juif aux États-Unis) : « Si les athées pouvaient atteindre une petite fraction de cette influence, le monde serait un meilleur endroit. »
 Ce n’est qu’une fraction de l’opposition déclarée au sionisme par des gens respectables et de bonne réputation. Je m’y réfère ici pour illustrer le fait que l’anti-sionisme n’est pas seulement une excuse des soi-disant « anti-sémites » et que nous devrions garder à l’esprit le nombre considérable de juifs qui s’opposent également sévèrement au sionisme.

Même les plus ardents partisans sionistes ne peuvent pas nier l’influence du sionisme politique, de même que les nombreuses actions et politiques assumées de leur État sioniste, qui outre l’oppression du peuple palestinien à long terme, a contribué massivement à la polarisation du Moyen-Orient et à la croissance du radicalisme djihadiste.

Outre l’effet destructeur et toxique que la création du régime sioniste a eu au départ (en Palestine elle-même, mais aussi vis-à-vis de ses effets de juxtaposition sur le Liban, la Syrie et d’autres voisins), un effet de division et destructeur a également continué jusqu’à aujourd’hui à l’extérieur des frontières du Moyen-Orient. Il est tout à fait démonstratif, par exemple, qu’un plan américano-israélien de longue date pour le réaménagement de la carte du Moyen-Orient ait été mené ces dernières années, renversant des gouvernements indépendants et des nations stables et recherchant finalement la balkanisation et l’asservissement de l’Irak, de la Syrie, de la Libye, etc., avec comme but ultime maléfique de soumettre l’Iran, qui est leur principale cible.

Le prétendu Plan sioniste pour le Moyen-Orient, aussi connu sous le nom de Plan Yinon, était la vaste stratégie conçue pour assurer la supériorité régionale sioniste via la reconfiguration radicale de l’environnement géopolitique d’Israël par la balkanisation des nations arabes [et non-arabes] en États plus petits et plus faibles. La stratégie Clean Break revient également à la même chose. Ce que nous avons vu jusqu’ici en Irak, en Syrie, en Libye, et même au Yémen peut être clairement compris comme le jeu de cette stratégie sioniste soutenue par les États-Unis. Il est particulièrement pertinent de noter que l’Irak, la Syrie et la Libye étaient trois des États nationalistes arabes les plus stables, modernes, laïques, indépendants et non sectaires, mais sont maintenant tous trois effondrés, géo-sectaires, des friches attendant d’être sculptées en petits morceaux.

En explorant le projet du Grand Israël, il est peu question du sionisme comme étant une imposition toxique et problématique sur la région et peut-être sur le monde plus vaste, d’autant plus que le régime sioniste a été soutenu, armé et défendu agressivement par ses mécènes occidentaux, en particulier Washington. Ces jours-ci, nous sommes tous choqués par l’engagement de l’administration Obama de $ 38 milliards envers ce régime maléfique et monstrueux.

On peut dire quelque chose de semblable de l’influence du wahhabisme dans la région. Le wahhabisme, à l’instar du sionisme, n’est pas une secte religieuse ancienne de plusieurs siècles, mais une idéologie relativement nouvelle, politiquement opportuniste mais barbare.

Les origines modernes du wahhabisme peuvent être tracées dans Najd (la région centrale géographique de l’Arabie saoudite d’aujourd’hui) et au prédicateur du XVIIIe siècle Muhammad Ibn Abd Al-Wahhab (1703-1792) qui prétendait « purifier » l’islam en le rendant à ce qu’il croyait être les principes originaux de cette religion. Loin d’être considéré comme une interprétation légitime de l’Islam, Al-Wahhab s’était même opposé à son propre père et son frère pour ses croyances fondamentalistes et fanatiques. Mais le mouvement a gagné une préséance incontestée dans la plus grande partie de la péninsule arabique à travers une alliance entre Muhammad Ibn Abd Al-Wahhab et la maison de Muhammad Ibn Saud, qui a fourni le pouvoir politique et financier aux idéologies d’Al-Wahhab pour leur donner la proéminence.

Finalement, cette alliance a donné naissance au Royaume d’Arabie Saoudite. Après l’effondrement de l’Empire ottoman turc après la Première Guerre mondiale, les Saouds ont pris le contrôle du Hijaz et de la péninsule arabique et une nation a été fondée sur les principes fanatiques d’Al-Wahhab – devenant la forme dominante de l’Islam sur le lieu de naissance de cette religion.

Mon premier intérêt pour ce domaine de l’histoire arabe a commencé il y a 20 ans par le film épique de David Lean, Lawrence d’Arabie, avec Peter O’Toole. Par amour pour ce film de 1963, j’ai lu pour la première fois le livre de TE Lawrence, Les Sept Piliers de la Sagesse, et j’ai lu plusieurs livres sur les exploits de TE Lawrence et la Révolte arabe pendant la Première Guerre mondiale, ainsi que sur les Accords Sykes-Picot (référencés par l’ISIS d’aujourd’hui dans son « manifeste ») et les actions des gouvernements coloniaux britannique et français en ce qui concerne l’après-guerre du Moyen-Orient.

La mise en place de la Maison des Saoud en tant que « famille royale » et l’établissement du Royaume d’Arabie saoudite se sont produits malgré le fait que des accords avaient été conclus pendant la guerre pour endosser et soutenir non pas les Saoudiens, mais les Hachémites. Ce sont les Arabes hachémites, non les Saoudiens, qui ont lancé la révolte arabe contre les Turcs ottomans et qui ont été les plus impliqués dans la campagne. Pourtant, c’est la faction saoudienne fanatique (et certains disent hérétique) inspirée par le wahhabisme qui a gagné le pouvoir réel après la guerre.

La raison pour laquelle je fais référence à cette histoire est de souligner que le Royaume saoudien d’inspiration wahhabite n’était pas le seul, ni même le plus légitime, à revendiquer cette position immensément privilégiée et extrêmement puissante dans la région. En fait, ce pouvoir a été usurpé comme les sionistes ont usurpé le leur en Palestine.

Et quel a été l’héritage de cette Arabie saoudite inspirée par le wahhabisme et son influence ? Eh bien, l’influence sur l’Arabie elle-même et une grande partie de la région environnante est incontestable, mis à part le fait que les doctrines wahhabites ont exercé une influence majeure sur l’extrémisme, le djihadisme et le terrorisme jusqu’à l’ISIS d’aujourd’hui – l’incarnation même du wahhabisme en dehors de la péninsule arabique. Oussama Ben Laden lui-même était un wahhabite. Presque tous les extrémistes du djihadisme, y compris d’autres groupes takfiristes (comme les salafistes), suivent une idéologie essentiellement wahhabite.
 Un takfiri, soit-dit en passant, est un musulman sunnite qui accuse un autre musulman (ou un adepte d’une autre foi d’Abraham) d’apostasie. L’accusation elle-même est appelée « takfir » (en arabe), dérivée du mot « kafir », qui signifie non-croyant en arabe, et est décrite comme « celui qui est, ou prétend être un ».

Quoi qu’il en soit, ce dogme pseudo-islamique malfaisant a été disséminé méthodiquement dans le monde islamique pendant des décennies, grâce aux fonds souverains saoudiens, le financement de l’éducation et de la littérature religieuse fanatique dans les universités et les mosquées partout en Égypte et en Irak, au Pakistan et en Indonésie. Ce qui est pire, c’est que cette diffusion de propagande inspirée par le wahhabisme, financée par l’Arabie saoudite, s’est étendue depuis longtemps au-delà du Moyen-Orient et dans les sociétés occidentales, en particulier les communautés musulmanes au Royaume-Uni, en France et aux Pays-Bas.

Une étude récente menée sur deux ans par le Dr Denis MacEoin, professeur d’études islamiques à l’Université de Fès, a découvert un magot de littérature maligne dans plus d’un quart des mosquées britanniques.

Tout cela avait été publié et distribué par des organismes liés au gouvernement du Royaume d’Arabie saoudite.

Les dépliants, les DVD, les sites web et les revues sont pleins d’énoncés archaïques et extrémistes disant, par exemple, que les homosexuels devraient être brûlés, lapidés ou jetés des montagnes ou de grands édifices, ainsi que les adultères et les apostats (ceux qui essaient de changer leur religion). Les femmes sont représentées comme étant inférieures intellectuellement et ont besoin d’« être battues quand elles transgressent », tandis que les enfants de plus de 10 ans doivent être battus s’ils ne prient pas. La moitié de la littérature est écrite en anglais, suggérant qu’elle s’adresse aux jeunes musulmans britanniques qui ne parlent pas nécessairement l’arabe ou l’ourdou. Le matériel, ouvertement disponible dans de nombreuses mosquées, conseille vivement aux musulmans britanniques de se séparer des non-musulmans qui sont considérés comme inférieurs.

Ce ne sont pas des informations nouvelles, bien sûr. Les journalistes d’investigation ont découvert des documents similaires à de nombreuses reprises, alors que les gens qui ont grandi au sein des communautés musulmanes susmentionnées sont conscients de ces idées et de cette littérature depuis longtemps. La littérature wahhabite financée par l’Arabie saoudite peut être citée comme une influence majeure (mais non la seule influence) sur l’endoctrinement de jeunes hommes britanniques aliénés de la société dominante et pour la séduction de jeunes hommes dans des organisations extrémistes comme al-Qaïda et ISIS / Daesh dans le monde entier. Pire encore, dans des endroits comme le Pakistan où, contrairement au Royaume-Uni, la plupart des jeunes hommes n’ont pas le privilège d’avoir accès à un haut niveau d’éducation ou à des sources fiables d’information publique, mais ont beaucoup accès aux écoles religieuses (madrasa) et aux mosquées, qui enseignent en utilisant ces références fanatiques financées par l’Arabie saoudite.

Il s’agit en effet d’un point clé : la littérature financée par l’Arabie saoudite a toujours ciblé les régions les plus pauvres du monde musulman, comme le Pakistan, la Somalie, l’Afghanistan, le Bangladesh, le Nigeria, l’Indonésie, etc., où il n’y a pratiquement aucune infrastructure éducative formelle. Dans ces cas, la richesse saoudienne est en mesure de payer pour la construction ou l’entretien des écoles ou des mosquées – mais à condition que leur interprétation de l’islam soit centrée sur le wahhabisme et qu’elle soit enseignée et distribuée. Grâce à ce processus qui a eu lieu pendant de nombreuses années, des milliers de jeunes influençables ont grandi sur cette interprétation extrémiste de l’islam, car ils y sont forcés, faute d’accès à une éducation ou à des informations plus sophistiquées. Globalement, ils n’ont rien de mieux.

Il est intéressant de constater que cette sorte d’endoctrinement centré sur le wahhabisme était traditionnellement moins répandu dans des pays arabes plus développés ou sophistiqués comme la Libye d’avant-guerre, la Syrie d’avant-guerre, les parties wahhabites du Liban, ou l’Irak d’avant-guerre. Cela s’explique en partie par le caractère fort, laïque et indépendant des sociétés qui, au moins au niveau de l’État, étaient plus investies dans le sentiment de fierté nationale et d’identité culturelle qu’elles ne l’étaient dans le fondamentalisme religieux. En effet, dans des pays comme la Syrie et la Libye, l’État a entrepris une longue campagne pour réprimer l’extrémisme religieux, de toute sorte.

Cela a toutefois changé de façon spectaculaire depuis l’invasion et l’occupation illégale de l’Irak en 2003, le complot de l’OTAN en Libye et la guerre sanglante qui a été imposée à la Syrie depuis 2011. Par conséquent, tous ces pays sont maintenant infestés d’extrémismes religieux aux mœurs barbares. Le soi-disant « État islamique », alias ISIS ou ISIL ou Daesh qui a été infiltré en Syrie et en Irak, est essentiellement un mouvement a 100% idéologiquement coulé dans la doctrine wahhabite de l’Arabie saoudite. ISIS par essence est une Arabie saoudite sans ambassade ! Ce lien est encore aggravé par le fait que les armes et le financement saoudiens et qataris sont en grande partie derrière ces sauvages wahhabites et salafistes, que les guerres en Syrie et en Libye sont largement financées par les Saoudiens et les Qataris et que l’émergence d’ISIS est en grande partie une conséquence de cela. Il a été rapporté, par exemple, que les prédicateurs wahhabites d’Arabie saoudite étaient fréquemment à Alep, en Syrie, prêchant aux djihadistes sauvages armés de mener une « guerre sainte » contre l’État syrien à tout prix.

Pourtant, alors que des pays comme l’Afghanistan et l’Irak étaient soumis à une invasion (et le second à une déstabilisation presque totale) et que le renversement des gouvernements de Syrie et de Libye (deux pays qui avaient peu ou pas d’influence sur la croissance de la mondialisation du djihadisme) ont été ouvertement encouragés et aidés par les grands gouvernements occidentaux et de l’Arabie saoudite – sans doute en partie à cause de leur richesse et de leur valeur pour Washington et ses alliés –, ces derniers n’ont jamais été soumis à une quelconque menace ou vu leurs activités cyniques de dissémination méthodique des doctrines extrémistes à travers le monde musulman examinées minutieusement.

Première Guerre mondiale, wahhabites, hachémites et Lawrence d’Arabie 

Pour en revenir à la Première Guerre mondiale, il est bon de rappeler que les Saouds n’étaient pas nécessairement censés être les dirigeants de l’Arabie. Le Hachémite, Hussein bin Ali, était le chérif et l’émir de la Mecque de 1908 à 1917. La révolte arabe de la Première Guerre mondiale comprenait des tribus trans-jordaniennes, ainsi que d’autres tribus des régions de Hijaz et du Levant, se battant contre l’Empire turc au côté de la Grande-Bretagne et de ses alliés. La révolte a été lancée par les Hachémites et dirigée par le chérif Hussein de La Mecque, pas par les Saouds ou les wahhabites. Elle a été soutenue par la Grande-Bretagne et ses autres alliés de la Première Guerre mondiale, qui ont utilisé l’élan des nationalistes arabes qui voulaient l’indépendance pour poursuivre un effort de guerre plus large contre l’Allemagne et ses alliés.
La chronique définitive de la révolte a été écrite par T. E. Lawrence qui, en tant que jeune officier de l’armée britannique, a joué un rôle clé d’agent de liaison pendant la révolte. Il a publié sa chronique en 1922 sous le titre, Les Sept Piliers de la Sagesse. Lawrence lui-même est bien sûr l’une des figures les plus fascinantes et emblématiques du XXe siècle. Alors que Les sept piliers de la sagesse peuvent être questionnés pour leur précision à certains égards, même ses détracteurs et ses ennemis n’ont pas pu réfuter le rôle vital joué par les Hachémites dans la révolte. C’est un fait historique que le gouvernement britannique de l’époque a promis aux Arabes hachémites beaucoup plus qu’il ne lui a livré après la guerre.

En septembre 1918, les partisans de la révolte arabe à Damas ont déclaré un gouvernement fidèle au « Chérif de La Mecque ». Hussein avait été déclaré « Roi des Arabes » par une poignée de chefs religieux et d’autres notables à La Mecque. Après l’abolition du califat turc, Hussein se déclara calife, roi des Hejaz, et roi de tous les Arabes, Malik bilad-al-Arab, en arabe.

Cependant, Hussein a été évincé et chassé de l’Arabie par les Saouds, un clan rival avec lequel les Hachémites avaient déjà une mauvaise histoire, ayant précédemment combattu contre eux en raison de différences religieuses radicales, principalement sur les doctrines fanatiques d’Al-Wahhab. Bien que les Britanniques aient soutenu [et utilisé] Hussein dès le début de la révolte arabe, ils ont décidé de ne pas aider Hussein à repousser les attaques des Saouds, qui ont finalement saisi les principales villes de La Mecque, Médine et Djeddah. Ainsi a disparu l’espoir d’une Arabie gouvernée par les Hachémites, bien que Hussein ait continué à employer le titre de « Calife » même dans son exil.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les Arabes se sont retrouvés libérés de siècles de domination ottomane, mais ont été soumis à la domination coloniale de la France et de la Grande-Bretagne, malgré les promesses des Britanniques pendant la guerre. Lorsque les mandats coloniaux furent terminés, les fils de Hussein furent faits rois de la Trans-Jordanie, plus tard simplement appelé Jordanie, ainsi que de la Syrie et de l’Irak. Cependant, la monarchie en Syrie a été de courte durée, et par la suite Faisal, fils de Hussein, a présidé l’État nouvellement établi en Irak. Mais ce n’étaient que des offrandes conciliantes par rapport à ce qui avait été initialement prévu et désiré par les Hachémites. Ce sont les Saouds qui ont été les vrais gagnants, installés dans un royaume puissant qui a duré jusqu’à ce jour et qui ne montre pas le moindre signe d’affaiblissement.

Les Mémoires de M. Hempher et Les Protocoles des Sages de Sion 

Il n’est pas exagéré de prétendre que le sionisme et le wahhabisme ont été des forces dévotes et destructrices dans la région du Moyen-Orient et au-delà. Le sionisme a mené à la situation interminable et à l’humiliation du peuple palestinien, tout en veillant à ce que l’État moderne d’Israël soit perçu de manière entièrement négative. En fait, tous les sondages indiquent qu’Israël est la nation la moins populaire sur terre ! Pendant ce temps, le wahhabisme a inspiré une quantité incommensurable d’extrémisme, un terrorisme de la pire forme, l’endoctrinement et la polarisation toxique de nombreuses sociétés arabes.

Nous pouvons regarder l’évolution de l’influence du wahhabisme dans le monde, jusqu’au stade actuel, et légitimement l’appeler un cancer. Mais qu’en est-il de ses racines ? Étant donné la vision répandue de la conspiration sioniste derrière la Déclaration de Balfour et tout de ce qui s’est passé depuis, est-il possible que le wahhabisme, qui a commencé à prendre de l’ampleur à peu près à la même époque, ait été quelque chose de beaucoup plus important que ce qu’il a semblé être – même à l’époque ?

Est-il possible que le wahhabisme ne soit pas seulement le produit d’un prédicateur rustique sorti du désert de la péninsule arabe, mais quelque chose de beaucoup plus cynique ?

Le livre, Les mémoires de M. Hempher, un espion britannique au Moyen-Orient ou Les confessions d’un espion britannique, a été considéré par certains comme un document fabriqué ; un document censé être l’histoire d’un agent britannique du XVIIIe siècle, Hempher, et de son rôle instrumental dans la création du wahhabisme dans le cadre d’une conspiration pour corrompre et finalement détruire l’islam. Ce livre est apparu en 1888 en turc. Il a été décrit comme une variation anglophobe du livre, Les Protocoles des Sages de Sion.

La plupart des chercheurs au sujet des conspirations connaissent le livre infâme Les protocoles des Sages de Sion, qui a été considéré comme le modèle de la conspiration juive mondiale. Les protocoles des Sages de Sion, comme Les confessions d’un espion britannique, ont longtemps été rejetés par certaines sources traditionnelles comme une contrefaçon ou un canular. Mais est-ce vraiment le cas ?
 Les Protocoles ont été largement traduits et diffusés et sont toujours considérés comme factuels et historiques dans une grande partie du monde musulman, informant sur l’essentiel de la vision prédominante au Moyen-Orient des juifs et des sionistes. Ceux qui réfutent la validité du livre le citent comme une cause contribuant massivement à la haine des juifs dans presque toutes les sociétés musulmanes et au-delà. Malheureusement, les nazis, comme beaucoup dans les sociétés musulmanes d’aujourd’hui, étaient intempérants, incapables de séparer le sionisme, en tant que force politique globaliste corrosive, des juifs en tant que peuple.

La réalité est que si Les Protocoles des Sages de Sion devaient se révéler être un élément historique légitime, le sionisme qu’il représente n’est pas plus représentatif des juifs en tant que peuple que le wahhabisme ne l’est de la communauté musulmane globale – c’est-à-dire que seul un pourcentage relativement faible des musulmans dans le monde sont des wahhabites, et de même pour la communauté juive et le sionisme. Mais les conspirations du genre dont nous parlons fonctionnent à un niveau insidieux, souvent inaperçu. C’est-à-dire que le nombre de musulmans et le nombre de juifs inconsciemment soumis au wahhabisme et au sionisme sont respectivement beaucoup plus élevés.

Mais qu’en est-il des Confessions d’un espion britannique ? Est-ce une simple coïncidence que ces deux idéologies politiques, toutes deux de la même époque, qui ont toutes deux assuré la toxicité à long terme du Moyen-Orient, ont aussi produit des livres qui révèlent leurs véritables origines et leurs ordres du jour – mais qui ont été plus tard rejetés par les commentateurs des médias traditionnels comme des faux ?

Les Confessions d’un espion britannique disent-elles la vérité ? Le wahhabisme a-t-il été fondé par des organismes extérieurs comme un plan à long terme pour corrompre l’islam ? Est-ce juste une coïncidence que ce soit exactement ce que le wahhabisme semble avoir fait au cours d’un siècle – corrompre la grande religion islamique au point où elle est maintenant largement considérée par beaucoup de non-musulmans [ainsi que de musulmans non pratiquants] comme une source de mal dans le monde ?

Et Les Protocoles des Sages de Sion ? Est-ce une simple coïncidence que les protocoles qui sont décrits dans ce document se situent parfaitement dans les réalités observées du sionisme mondial actuel sur stéroïdes ?

Retour à l’islam, rappelons-nous que cette religion n’a pas toujours été considérée avec le genre de stigmate qu’elle a maintenant, mais plutôt l’inverse. Les sociétés islamiques ont été historiquement perçues comme ayant été intellectuellement et même scientifiquement éclairées à une époque où le christianisme occidental était caractérisé par une arrière-pensée superstitieuse, les inquisitions, la torture, les persécutions de masse, les bûchers d’exécution et des doctrines et proclamations absolument ridicules. Les récits historiques racontent la brutalité des croisés chrétiens occidentaux et la noblesse comparée de Saladin et des armées musulmanes. Le monde islamique a eu son illumination longtemps avant l’Occident chrétien en dépit d’avoir été une religion plus jeune. À une époque où les Européens brûlaient des « sorcières », les villes islamiques classiques d’Ispahan, de Damas, de Bagdad et du Caire étaient des centres d’apprentissage et de philosophie.

La lente dégradation et la polarisation des sociétés islamiques est un phénomène qui ne s’est produit que depuis une centaine d’années, car la croissance du wahhabisme semble avoir agi comme un virus à action lente avec une longue période d’incubation. Et ce n’est que dans les 10 à 15 dernières années que l’influence des doctrines wahhabites est devenue une question internationale de premier plan.

En ce qui concerne le livre, Les Confessions d’un espion britannique, est-il un canular ? Peut-être que oui, peut-être que non. Mais on pourrait se demander pourquoi un tel faux document – pour calomnier une secte religieuse alors mineure qui ne devait avoir une grande pertinence qu’un siècle plus tard – aurait être créé ? Il en va de même pour Les Protocoles des Sages de Sion.

9/11, une tentative pour détruire le véritable islam 

Pourquoi les alliés occidentaux du roi Hussein n’ont-ils pas aidé les Hachémites lorsqu’ils ont été chassés d’Arabie par les Saouds après la Première Guerre mondiale ? Et pourquoi, depuis des décennies, les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et les autres puissances mondiales n’ont-elles pas vu de problème dans le financement par les Saoudiens de la littérature et des idéologies extrémistes ? Et pourtant, nous semblons plus que désireux de nous précipiter quand il y a une chance de renverser un leader séculier comme Kadhafi en Libye ou Assad en Syrie, deux dictatures non démocratiques, peut-être, mais deux sociétés relativement idylliques par rapport à l’Arabie saoudite – mais plus maintenant, malheureusement – et qui n’étaient pas un facteur important dans l’endoctrinement des esprits jeunes, frustrés, en colère et impressionnables à travers le monde musulman. Quelle est la source de cette politique étrangère si profondément incohérente ?

Pourquoi les Saoudiens n’ont-ils pas été mis en cause lorsque 15 des 19 prétendus pirates de l’air du 11 septembre ont été identifiés comme originaires d’Arabie saoudite et non d’Irak ? Ou étaient-ils censés être 15 patsies, une ressource précieuse que Washington pourrait faire fructifier en tant qu’atout, par exemple avec « les 28 pages manquantes de rapport sur le 9/11 », dont nous avons tous entendu beaucoup parler ces derniers temps, afin d’obtenir un avantage géopolitique sur les Saoudiens, et figurativement tirer le tapis sous leurs pieds comme ils l’ont fait avec l’Égypte de Moubarak en 2011 ? La liste des questions curieuses va croissant sans cesse. Sans trop divaguer et pour ne pas compliquer une question déjà très complexe, il faut garder à l’esprit qu’une des théories du complot les plus en vue du 9/11 est celle de Phillip Marshall, qui conclut que les attaques du WTC étaient un complot américano-israélo-saoudien, pas une simple opération d’al-Qaïda. Deux caractéristiques centrales et récurrentes de la plupart des recherches sur le complot du 11 septembre sont la participation possible d’agences saoudiennes et l’implication éventuelle du Mossad israélien en collusion avec un large éventail d’agences américaines.

Cela dit, quand on regarde l’histoire du Moyen-Orient, il devient de plus en plus difficile de ne pas se demander si les divisions, la toxicité générale, les guerres et les scénarios apocalyptiques qui atteignent ici leur apogée au début du XXIe siècle ont été orchestrés depuis bien longtemps dans une histoire qui a toujours été destinée à atteindre le point où nous sommes. C’est le point de vue de beaucoup sur Les Protocoles des Sages de Sion – à savoir que le soi-disant « faux » document a effectivement rendu cela beaucoup plus clair.

Plus on étudie l’histoire, plus on se demande si la vérité sur le wahhabisme et ses origines pourrait ne pas être seulement un récit similaire, mais une opération concordante, avec ces deux idéologies – wahhabisme et sionisme – qui travaillent main dans la main pour créer l’environnement toxique que nous avons aujourd’hui dans la région.

Il est également intéressant de noter que la conspiration qui perle des Confessions d’un espion britannique – à juste titre ou à tort – jouit d’un haut niveau de crédibilité dans certaines parties du Moyen-Orient, en particulier en Irak, où ce livre est considéré par beaucoup comme aussi légitime que Les Protocoles des Sages de Sion.

Il est également intéressant de noter que tant que Washington est considéré comme un soutien d’Israël, il est également perçu comme soutenant durablement le régime saoudien, au grand déplaisir d’autres nations et de leurs dirigeants dans la région comme Kadhafi, Assad et le chef suprême iranien l’Ayatollah Khamenei, etc. L’État sioniste d’Israël et le Royaume wahhabite d’Arabie saoudite pourraient être considérés – et sont considérés par beaucoup au Moyen-Orient – comme des États artificiels imposés à la région et maintenus en place par les puissances occidentales – principalement Washington – à des fins à long terme que Dieu-seul-connait. Tout comme Israël est armé jusqu’aux dents par ses patrons occidentaux, il en est de même du régime saoudien, qui est actuellement en train de décimer la petite nation du Yémen dans une guerre illégale et en utilisant presque entièrement de l’armement britannique ou américain – sans un mot de condamnation des gouvernements occidentaux.

La perception est souvent inéluctable que les principaux gouvernements occidentaux marchent au rythme de l’État saoudien, tout autant qu’avec Israël. Et tout ceci malgré le rôle de longue date de l’Arabie saoudite comme source principale du terrorisme djihadiste.

Il est de plus en plus évident que les États wahhabite et sioniste ont des intérêts communs et travaillent main dans la main à bien des égards. Cela peut être vu par exemple dans leur politique anti-iranienne partagée et leur implication commune dans le soutien à la guerre extrémiste d’ISIS contre le gouvernement syrien.
 Dans le numéro du 14 septembre 2016 du magazine Politico, le néocon Zalmay Khalilzad (ancien ambassadeur des États-Unis en Afghanistan, en Irak, aux Nations Unies et maintenant l’homme de paille du lobby saoudien à Washington) a déclaré : « Israël et l’Arabie saoudite partagent une perception similaire de la menace à l’égard de l’Iran, et cette vieille hostilité ne doit pas empêcher une plus grande coopération entre les deux États à l’avenir. Les Saoudiens ont déclaré avec une franchise inhabituelle qu’ils ne considèrent pas Israël comme un ennemi et que le royaume ne fait aucun plan de contingence militaire dirigé contre Israël… »

Le XXe siècle et la malveillance du wahhabisme dans le monde islamique 

L’influence destructrice et hégémonique du sionisme a été décrite et commentée dans tous les sens pendant de nombreuses décennies. Mais les doctrines wahhabites peuvent maintenant clairement être considérées comme étant derrière la plupart des mouvements extrémistes et fous du djihadisme, y compris al-Qaïda et maintenant ISIS. Il serait impossible de calculer combien d’esprits et combien de jeunes hommes, à travers le monde, ont été endoctrinés par les influences wahhabites.

Encore une fois, pour citer l’ancien ambassadeur Khalilzad (du numéro du 14 septembre 2016 du magazine Politico) :

« Une fois, au cours de réunions avec le roi Salman, le prince héritier Nayef, le sous-ministre Mohammad Bin Salman et plusieurs ministres, un haut fonctionnaire saoudien a admis : « Nous vous avons trompés » . Il m’a expliqué que les Saoudiens ont soutenu l’extrémisme islamique depuis le début des années 1960, comme un contre-pied au nassérisme – l’idéologie politique socialiste issue de la pensée égyptienne de Gamal Abdel Nasser – qui menaçait l’Arabie saoudite et allait mener à la guerre entre les deux pays le long de la frontière du Yémen. Cette tactique leur a permis de contenir avec succès le nassérisme, et les Saoudiens ont conclu que l’islamisme pouvait être un outil puissant dans un cadre plus large. »

Le wahhabisme saoudien n’est pas seulement une mauvaise interprétation intolérante et barbare de l’islam. C’est un culte de la mort en soi avec une méthodologie politique très judicieuse et expéditive. Le sionisme, qui est souvent utilisé pour endoctriner les jeunes juifs [et beaucoup de stupides évangélistes américains dits « chrétiens »], a un point de vue essentiellement extrémiste, délirant, intransigeant, qui traite de la supériorité raciale et du « droit divin » sur une terre qui n’est PAS à eux, sur un pays qu’ils n’ont JAMAIS eu en garde, si ce n’est pour une courte période, tâche dont ils se sont montrés complètement indignes, à la suite de laquelle a commencé leur expulsion et la diaspora.

L’influence du wahhabisme, tout comme celle du sionisme, sont largement invisibles à ceux qui observent superficiellement les événements de l’extérieur et peuvent presque être considérées comme un endoctrinement furtif. Bien que personne n’ait jamais nié l’existence du wahhabisme ou sa prévalence en Arabie saoudite, ce n’est que depuis quelques années que l’étendue du matériel wahhabite circulant autour du monde musulman a commencé à être compris. Alors que l’influence religieuse saoudienne ne peut être citée comme la seule force derrière la montée du fanatisme et de l’extrémisme au Moyen-Orient et au-delà dans une grande partie du monde islamique, elle en est un facteur central, avec la politique étrangère américaine et l’État sioniste d’Israël. Et si tous ces facteurs devaient être considérés comme opérant de concert les uns avec les autres et considérés comme un seul, alors il serait évidemment le principal moteur des événements terribles dans cette partie du monde.

Même si vous vouliez citer d’autres facteurs de causalité – par exemple, les populations opprimées par diverses dictatures – on pourrait affirmer que ces dictatures ont été historiquement soutenues par l’influence saoudienne ou américaine (ou les deux) à un moment ou à un autre – sauf celle de Kadhafi – et regardez comment cela s’est fini pour lui. Si l’on regarde les événements historiques du soi-disant « printemps arabe » ou mieux le chaos arabe, certains ont tendance à oublier que Bahreïn, par exemple, a eu ses propres protestations populaires avec des civils demandant des droits et des libertés fondamentaux. Ces protestations ont été écrasées et n’ont reçu aucun appui ni aucune action de solidarité de Washington ou d’autres puissances occidentales. Pourtant, les puissances se sont empressées de contribuer au renversement violent et brutal de Kadhafi en Libye et sont maintenant en passe d’essayer de faire de même en Syrie, en faisant payer le prix fort au peuple syrien pauvre et sans défense.

Sans surprise, la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Assad étaient deux dictatures sans sympathie ni amour pour les wahhabites saoudiens. Et la même chose peut être dite pour l’Irak de Saddam Hussein, alors que la direction de Bahreïn avait le plein soutien saoudien. Encore plus ridicule, les Saoudiens étaient eux-mêmes « consultés » par les puissances occidentales sur ce qu’il fallait faire à propos du « problème Kadhafi », tout comme ils étaient principalement « consultés » sur ce qu’ils devaient faire à propos d’Assad et de la Syrie, ou concernant la campagne pour virer Saddam Hussein d’Irak.

Il est curieux qu’avec tous ces régimes qui se sont effondrés ou qui ont été attaqués ailleurs dans la région (même le régime de Moubarak en Égypte), le régime saoudien n’a jamais semblé être le moins du monde en difficulté, en dépit d’être détesté par tant de ses propres citoyens aussi bien que par ses voisins et en dépit d’être encore plus oppressifs que les autres régimes accusés d’être « anti-démocratiques ».

Selon le sociologue Quintan Wiktorowicz, même le terme « wahhabisme » est souvent utilisé par ses adversaires pour désigner l’influence étrangère, en particulier dans les pays où il y a une petite communauté musulmane minoritaire, mais qui ont subi des incursions récentes pour convertir la population locale à cette idéologie. Grâce à cette méthode d’infiltration à long terme, les nations étrangères peuvent être perturbées, les mouvements agités et les régimes endommagés ou même renversés. Mouammar Kadhafi connaissait certainement les wahhabites – et les haïssait avec force. Il a également commis l’erreur d’affronter ouvertement la famille royale saoudienne aux sommets arabes. Encore une fois, notons que ni l’Iran ni la Syrie, ni la Libye de Kadhafi, ni l’Irak de Saddam Hussein n’ont jamais contribué à l’exportation ou à la propagation de l’extrémisme ou du terrorisme contre l’Occident. Mais le wahhabisme saoudien l’a clairement fait et le fait toujours.

Il est toujours difficile pour les chercheurs indépendants de se pencher sur la conspiration internationale qui a été menée contre Kadhafi et le peuple de Libye sans se demander quelle alliance de forces et d’intérêts était vraiment derrière elle et pourquoi. Ce sujet justifie tout un essai en lui-même, mais il devient également difficile de regarder la crise qui a déchiré la Syrie autrefois paisible et ne pas se poser la même question, sans parler de l’Irak et de la montée d’ISIS.

C’est un fait établi que les Saoudiens et leurs États clients satellites ont financé et orchestré les terroristes ultra-violents d’ISIS en Syrie depuis le début de ce conflit. Et il est évident qu’Israël a également été impliqué dans l’aide aux rebelles syriens. Il est donc tout à fait raisonnable de se demander si un programme sioniste / wahhabiste est joué à l’unisson avec, évidemment, le soutien des néocons à Washington.
 Ce n’est pas, en passant, une tentative de vilipender l’Arabie saoudite ou l’État saoudien – qui peut être confronté au grand danger de l’extrémisme djihadiste – mais plus spécifiquement ses clercs religieux et ses réseaux religieux. On ignore dans quelle mesure ces réseaux sont liés à l’État lui-même. Mais il y a presque certainement un certain degré de collusion impliquant les personnes hautement placées dans l’état.

En conclusion, il est évidemment hors de la portée de cet article de commenter de façon décisive si les Protocoles des Sages de Sion ou les Mémoires de M. Hempher sont des faux du XIXe siècle ou de véritables éléments historiques qui exposent les véritables origines de deux idéologies les plus destructrices et toxiques des XXe et XXIe siècles.

Ce qui peut être observé avec une objectivité absolue, cependant, c’est le rôle substantiel que les deux idéologies ont joué dans la création des conditions dures, quasi-apocalyptiques que nous avons maintenant au Moyen-Orient et ailleurs dans le monde. Une fois que vous vous êtes familiarisé avec l’histoire, vous ne pouvez pas vous empêcher de voir l’amer sectarisme, les guerres, les divisions et le sang d’aujourd’hui sans percevoir les grandes ombres du sionisme et du wahhabisme qui se dressent derrière eux. Et cela avant même de prendre en compte la question de l’islam chiite. Cela est également particulièrement intéressant compte tenu du fait que la politique des États-Unis au cours des dernières années a consisté à aggraver le plus possible un conflit faux et artificiel sunnite-chiite dans la région. L’intelligentsia israélienne est aussi très impliquée dans l’avènement de ce conflit géo-sectaire.

Le sombre tableau est celui d’un cancer social et politique semé à l’aube du XXsiècle et atteignant son niveau le plus mortel au début du XXI: un ordre du jour qui date d’avant la Première Guerre mondiale et qui pourrait provoquer la Troisième guerre mondiale.

Politique, baltringues & Co… du pseudo ordre moral à la partouze sado-maso…

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Aller… Pour Jo, on y va de notre petite reprise solidaire, mais ce sera tout jusqu’au rappel du boycott du vote à partir d’Avril…
~ Résistance 71 ~

 

Ordre moral et partouze sado-maso

 

René Berthier

 

12 février 2017

 

Source:

http://monde-libertaire.fr/?article=Ordre_moral_et_partouze_sado-maso

 

Concernant les déboires de notre pauvre François Fillon, un journal genevois écrit : « C’est comme si un candidat qui s’est construit sur un programme d’ordre moral était surpris en pleine partouze sado-maso ! ».

C’est assez bien vu. Ce garçon qui nous a fait le coup de « Monsieur la vertu », bon catholique et tout et tout, et qui considère que le salaire minimum est trop élevé (charité chrétienne oblige), qui veut faire tailler à coup de serpe dans les budgets sociaux, en particulier la santé, a été pris le doigt dans le pot de confiture.

Dans n’importe quel autre pays un candidat aurait démissionné, mais pas en France. Bien qu’il chute dans les sondages, que les rats commencent à quitter le navire, que ses petits camarades parlent d’un « plan B », il continue imperturbablement sa campagne électorale, comme si de rien n’était.

Fillon n’est pas un cas d’exception. Le népotisme est une vieille tradition de notre pays.

Tout le monde savait que Chirac n’était pas un angelot et que la probité n’était pas sa qualité essentielle.

Quant à Sarkozy, n’en parlons pas. En 2009 il a bien essayé de faire nommer son fils, qui était étudiant en droit, à la tête de l’Établissement public pour l’Aménagement de la Défense, mais c’était un peu gros et il y a eu une levée de boucliers.

Mitterrand a fait nommer en 1983 son fils aîné, Jean-Christophe, comme conseiller pour les affaires africaines à l’Élysée mais le gamin n’a rien trouvé de mieux que de s’embourber dans de sordides affaires de trafic d’armes et d’abus de biens sociaux.

Mais, nous dit-on, il n’y aurait rien d’illégal dans l’affaire Fillon. En effet, il n’est pas illégal, lorsqu’on est député ou sénateur, de faire travailler un membre de sa famille. Cela arrive, assez peu, en fait : sur les 2200 collaborateurs parlementaires de l’Assemblée, 102 auraient un lien familial avec le député. Mais ces personnes effectuent un travail réel pour un salaire « normal » – 2000 à 3000 euros.

Il serait cependant surprenant qu’on puisse qualifier de légal le fait de recevoir des sommes aussi ahurissantes que celles de Mme Fillon, sans rien faire, comme elle l’a reconnu à un journal britannique.

L’indécence de la situation ne vient pas seulement du fait que l’épouse d’un ministre a touché 900 000 euros d’emploi fictif, elle est dans le contraste entre cette corruption écœurante et les prétentions du candidat Fillon à tondre encore plus la laine sur le dos des catégories les plus modestes de la population, leur faire serrer encore plus la ceinture.

Résistance au colonialisme: Population amérindienne… décidément pas une population « immigrante »…

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« Pour la plus grande partie du XXème siècle, les archéologues croyaient que les Indiens sont arrivés sur le continent des Amériques à travers une ‘connexion terrestre’ établie dans le détroit de Béring, il y a environ 13 000 ans, à la fin du dernier âge glaciaire… En 1997, cette théorie s’est effondrée. certains de ses plus ardents partisans, comme Haynes, concédèrent publiquement que de nouvelles trouvailles archéologiques dans le sud du Chili ont montré des preuves irréfutables d’habitations humaines bien plus anciennes que 12 000 ans. Parce que ces gens vivaient à quelques 10 000km au sud du détroit de Béring, une trop grande distance pour être parcourue à cette époque, ces gens arrivèrent avant que le couloir du détroit ne soit libéré des glaces. Quoi qu’il en soit, de nouvelles recherches ont également jeté un grand doute sur l’existence même de ce couloir de Béring. Ainsi certains archéologues suggèrent que les premiers habitants des Amériques sont arrivés il y a plus de 20 000 ans… »
~ Charles C. Mann, « 1491 », 2005, p.17-18 ~

 

Nous ne sommes pas une nation d’immigrants

La discussion au sujet de l’immigration est de fait très opportune pour réfléchir de nouveau sur les nations premières et cette terre du continent

 

Spotted Crow Mann (Nation Nipmuc, Massachussetts)

 

11 février 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/not-nation-immigrants/

 

Comme nous avons cette conversation au sujet des immigrants (NdT: à Yankland…): qui est d’ici et qui ne l’est pas, ceci serait une excellente opportunité pour l’Amérique de réfléchir sur le peuple premier de cette terre.

Mais le silence à ce sujet est assourdissant. Alors qu’une multitude de protestations secouent le pays afin de laisser entrer des gens immigrants, les griefs et les requêtes du peuple indigène de l’Amérique semblent ne jamais sortir au grand jour. Si seulement la même vitalité pouvait-être soutenue en faveur des peuples premiers des USA et de Canada, la souffrance humaine disproportionnée au sein de ces communautés pourrait enfin entrevoir des solutions.

L’exégèse de ce narratif apathique remonte à l’église, puis aux médias, politiciens et au malaise général de la société (coloniale) concernant l’agencement indigène.
De manière ironique, si le chef Massasoit des Pokanoket avait été un peu moins altruiste envers les quelques 102 “pèlerins” à moitié affamés en 1620, nous n’aurions sans doute pas aujourd’hui cette conversation.

Nous ne l’aurions pas non plus si les Nipmucs (NdT: la nation originaire de l’auteur de ces lignes) n’avaient pas marché plus de 110km jusqu’à Boston avec des sacs de maïs sur leurs dos pour nourrir les Anglais affamés.

Les peuples originels avaient de manière générale une “politique de porte ouverte” envers tous nouveaux immigrants. Si vous désiriez prendre part dans la relation de réciprocité avec la terre, vous étiez les bienvenus.

Mais les Anglais n’en avaient jamais assez. En tout, ils voulaient toujours plus et ce plus mena à la guerre.

Ces nouveaux immigrants avaient très peu, voire aucun respect pour la terre ou l’agencement indigène.

Ainsi la lutte pour le sous-continent érupta à travers la Nouvelle-Angleterre en 1675, la guerre est connue sous le nom de “Guerre du roi Philippe

Il y eu énormément de pertes en vie humaines de part et d’autre et la communauté Nipmuc fut dévastée.

Des cessez-le-feu et des traités furent éventuellement “pondus”, mais pas avant que certains leaders de la nation ne fussent pendus, des familles réduites en esclavage et les Indiens christianisés internés sur Deer Island où des centaines d’entre eux moururent de faim et de froid.

Ainsi, des gens du peuple indigène comme mon arrière grand-père à la 5ème génération, combattirent aux côtés des jeunes colonisateurs pendant la guerre révolutionnaire dans la croyance que quelque chose de bon puisse sortir de cette calamité.

Ces juvéniles “Américains” martelèrent leur marteau hégémonique sur le dos de l’Île de la Grande Tortue et ainsi naquirent les Etats-Unis d’Amérique.

Lorsque l’Amérique fut au bord de l’effondrement 85 ans plus tard, des Américains natifs des peuples autochtones comme mon arrière grtand-père de la 3ème génération, Samuel Vickers, ses frères et ses cousins combattirent, et certains moururent, dans la guerre de sécession. Leurs dures et complexes histoires sont relatées dans un livre de David Nuamec.

Quelques colons de la première heure trouvèrent que la vie était insoutennable dans cette nouvelle région. Ils se tournèrent vers des remèdes indigènes pour survivre. Des gens comme mon second arrière grand-oncle, Samuel Hazard, étaient connus comme des guérisseurs traditionnels, des “Docteurs Indiens”. On lui demanda de soigner une jeunes blanche qui vivait près de Hatchet Pond sur la réserve Nipmuc. Il est écrit qu’il utilisa des plantes et des cœurs de crotales pour lui sauver la vie.

De telles histoires sont inbriquées dans chaque communauté tribale de la terre. Dire de nous que nous sommes des nations d’immigrants ne fait que nier notre existence, nos contributions et nos requêtes et griefs non résolus.

Pourquoi cela demeure t’il la supputation favorie est au-delà de toute compréhension ?

Les nations natives originelles des USA et du Canada (NdT: et du Mexique et de toute l’Amérique du Sud) ont donné et sacrifié bien plus qu’il ne pourra jamais être mentionné, avant et après l’établissement de ces dits pays. Le peuple natif de ce continent mérite d’être le point de focale de cette conversation.

Mais au lieu de cela, nos paroles sont ignorées, nos enfants enlevés de leurs maisons, “pour être physiquement, mentalement et moralement entraînés et ajustés pour des positions d’auto-suffisance honorable, d’utilité et de respectabilité.” C’est ce qui est arrivé à ma grande-tante: Anna Vickers, qui fut enlevée de son foyer à l’âge de 11 ans, ainsi que d’autres membres de la famille et fut envoyée à la Connecticut Industrial School for Girls en 1901.

Nous ne sommes en aucun cas de vulgaires badauds dans ce narratif historique de l’Amérique. Nous avons survécu à un traumatisme inter-générationnel, à une violence latérale et aux vicissitudes d’élever nos familles dans une soi-disante “nation d’immigrants”, où sa définition même, est l’affront final à nos vies, aux sacrifices endurés et à l’Être, l’existence même de ce continent.

C’est le summum de la dissonance cognitive et de l’amnésie historique (NdT: artificiellement induite…), bercé d’une sorte de schizophrénie patriotique. Il engendre les caricatures natives, les mascottes ainsi que l’échappatoire colonialiste, jusqu’à aujourd’hui.

Nous devrions dire: Oui, nous sommes une nation d’immigrants, descendants du cheptel d’esclaves des peuples premiers de cette terre. Ceci forcerait tous les Américains à se familiariser avec la véritable histoire de leur pays et de cette terre, histoire qui a forgé les opportunités dont ils jouissent à présent.