Anarcho-indigénisme et rejet du diktat « civilisateur » impérialiste (Ziq)

“La vaste majorité des humains est déconnecté de la terre et de ses produits, de la terre et des moyens de production, de travail. Ils vivent dans la pauvreté et l’insécurité. […] L’État existe afin de créer l’ordre et la possibilité de continuer à vivre au sein de tout ce non-sens dénué d’esprit (Geist), de la confusion, de l’austérité et de la dégénérescence. L’État avec ses écoles, ses églises, ses tribunaux, ses prisons, ses bagnes, l’État avec son armée et sa police, ses soldats, ses hauts-fonctionnaires et ses prostituées ; là où il n’y a aucun esprit et aucune compulsion interne, il y a forcément une force externe, une régimentation, un État. Là où il y a un esprit, il y a société. La forme dénuée d’esprit engendre l’État, L’État est le remplaçant de l’esprit.”
~ Gustav Landauer ~

“La révolte est, dans l’homme, le refus d’être traité en chose et d’être réduit à la simple histoire. Elle est l’affirmation d’une nature commune à tous les hommes, qui échappe au monde, la puissance.”
~ Albert Camus ~

“Vous ne serez et ne demeurerez que des commodités aussi longtemps que l’empire existera…”
~ Russell Means, Oglala, Lakota ~

“Il y a des connexions philosophiques entre les sociétés indigènes et quelques sensibilités anarchistes sur l’esprit de la liberté et les idéaux pour une bonne société. Des idées critiques parallèles et des visions d’un futur post-impérialiste ont bien été notées par quelques penseurs, mais quelque chose qu’on pourrait appeler ‘anarcho-indigénisme’ doit toujours se développer en une philosophie et une pratique cohérentes. Il y a également une grande similitude entre les façons de voir le monde des anarchistes et des peuples autochtones: un rejet des alliances avec des systèmes légalisés, centralisés d’oppression et une non-participation aux institutions qui structurent la relation coloniale, ainsi que la croyance d’amener le changement par l’action directe et la résistance au pouvoir d’état.”
~ Taiaiake Alfred, professeur sciences politiques, Mohawk ~

“L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie et de l’action coloniales, se tenant debout, main dans la main avec les peuples autochtones de tous les continents pour instaurer l’harmonie de la société des sociétés sur terre. Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais !”
~ Résistance 71 ~

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Anarchie indigène et le besoin du rejet de la “civilisation” du colon

Ziq

Novembre 2018

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Novembre 2022

Définissons d’abord quelques termes de base. “Indigène” veut dire “de la terre sur laquelle nous sommes”. “Anarchie” veut dire “rejet de l’autorité”. Les principes de l’anarchisme incluent l’action directe, l’entraide, et la coopération volontaire. “Anarchie : un journal de désir armé” envisionne une anarchie primitive qui est “radicalement ccopérative et communautaire, écologique, égalitaire, spontanée et sauvage”.

La “civilisation” [occidentale] est une culture qui tourne autour des villes. Une ville est un agglomérat de personnes qui vivent dans un endroit de manière permanente, dans des densités de population suffisantes pour que ces personnes doivent importer leur nourriture et leurs ressources de l’extérieur de la ville afin de survivre et d’assurer la continuité de la croissance de la ville. Donc, les villes dépendent de l’exploitation d’entités externes pour se maintenir en existence.

Cette relation exogène nous aliène a la fois de notre source de nourriture et de nos déchets. Notre nourriture est achetée depuis un supermarché, produite loin de chez nous, préparée et empaquetée sur des chaînes alimentaires industrielles. On nous refuse toute participation dans le processus qui nous nourrit. Nos déchets sont emmenés par camions pour être traités hors de notre vue immédiate et nos déjections naturelles sont tirées dans un réseau de canalisations. Nous ne savons pas vraiment où tout cela va, si cela affecte l’environnement et quelle place cela a dans l’écosystème moderne.

La civilisation vise à dominer la vie au travers des structures variées qui sont faites pour nous domestiquer. Ces structures incluent l’industrie, le colonialisme, l’étatisme, le capitalisme, l’agriculture, le racisme, l’éducation scolaire, la religion, les médias, la police, les prisons, l’armée, le patriarcat, l’esclavage et plus encore…

Les peuples indigènes au travers de l’histoire ont combattu et sont morts pour résister à l’imposition de force de la civilisation sur leurs vies. Cette lutte est toujours active aujourd’hui, alors que les “non-civilisés” sont poussés toujours plus avant vers les limites de la survie par les “civilisés” de par le monde et le déséquilibre technologique entre nous continue de s’étendre et de créer une division sociologique qui nous rend incapables de nous comprendre les uns les autres ce même à un niveau des plus basiques.

Les modes de vie des civilisés et non-civilisés ont divergé dans de telles proportions qu’il est devenu quasiment impossible pour les civilisés de voir que leur civilisation est devenue un obstacle à notre survie de base. Au lieu de cela, ils pensent que leur civilisation est l’instrument clef de leur survie et craignent de vivre dans un monde sans. Ils sont si conditionnés à l’ordre établi par leur civilisation, qu’ils ne peuvent pas sonder la possibilité d’une vie sans elle.

Le concept même de “civilisation” dépend de la règle émise par le colon et sa subjugation brutale des peuples indigènes. La marche perpétuelle vers la globalisation, la civilisation, se fait à marche forcée par le travail forcé et l’exploitation des ressources naturelles dans le grand sud et historiquement sur toutes terres au delà du continent européen.

Afin de pouvoir piller les ressources naturelles sur les terres occupées, les peuples y vivant doivent être éliminés ou déplacés dans des villes compactes, des fermes ou des “réserves” où ils seront forcés de travailler afin de transformer ces ressources en produits de consommation pour les marchés occidentaux. Ce processus de “civilisation” des peuples indigènes est rapide et notre culture, notre langue et notre histoire sont souvent éliminés par les colons afin d’assurer que nous ne tenterons pas de retourner à notre mode de vie précédent “non-civilisé” et que nous ne réclamerons jamais plus ces terres qu’ils ont volé pour leurs industries.

Les classes dirigeantes recherchent toujours de nouvelle façons et nouveaux endroits pour accumuler les richesses pour elles-mêmes. Les dirigeants créent des sous-castes soumises et privent les peuples non-civilisés de leur habitat naturel, ils n’ont donc pas d’autre choix que d’accepter la domestication et être intégrés dans le système industriel capitaliste. Le dirigeant peut alors convertir avec succès le peuple qu’il a apprivoisé et domestiqué en une commodité générant du profit ; des travailleurs dociles qui peuvent travailler toute leur vie afin de créer toujours plus de richesse pour les dirigeants.

Le dirigeant ne voit aucun intérêt dans le chasseur-cueilleur ni dans aucune personne qui ne crée pas de richesse ni de pouvoir pour la classe dirigeante. Si les gens ne devaient pas travailler pour elle afin d’obtenir nourriture et toit, les dirigeants cesseraient immédiatement d’avoir du pouvoir. Donc le pire ennemi du dirigeant est une personne qui ne dépend pas de lui pour vivre, pire même : une culture entière de gens auto-suffisants. Une culture non-civilisée sur laquelle il n’a aucun contrôle est le pire des cauchemars d’un dirigeant.

Sous le joug de la “civilisation”, les peuples indigènes ne sont plus permis de subsister et de vivre depuis leurs terres ancestrales en chassant et en récoltant. Maintenant pour survivre dans ce nouveau monde forcé sur nous par les colons, nous devons endurer des heures de labeur imbécile dans des usines, dans des entrepôts, des mines ou des fermes industrielles. Nos enfants doivent être éduqués de la façon des colons pour en faire, à terme, des travailleurs soumis et producteurs. Nous devons dépendre de l’état et des colons pour nous nourrir et nous vêtir. Nous devons consommer et gaspiller et participer à la destruction des écosystèmes qui nous ont entretenus pendant des millénaires. Nous devons être “civilisés” ainsi la classe dirigeant peut prospérer à nos dépends.

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Liberté par le rejet

Rejeter la civilisation [occidentale, coloniale] est s’opposer à cet arrangement coercitif par lequel notre culture, notre histoire, la connaissance collective qui nous a permis de vivre et de prospérer sur nos terres, nous sont retirées par des industrialistes parasites qui voudraient que nous dévouions notre vie entière à trimer pour leur profit alors qu’ils nous refusent l’accès à nos terres et à nos ressources.

Rejeter la civilisation, c’est s’opposer à l’urbanisation, à l’agglutination des gens dans de petites zones bétonnées qui peuvent encore mieux être contrôlées par les dirigeants pour qu’ils nous empêchent de refuser leurs demandes que nous soyons “civilisés” et obéissants.

Rejeter la civilisation, c’est s’opposer aux méthodes exploiteuses industrielles et agricoles qui forcent les pauvres des zones rurales à sacrifier leur travail pour aller entretenir la veulerie de riches cités, tout en privant rapidement la terre de sa fertilité et pompant les nappes phréatiques pour l’irrigation à un rythme plus grand qu’elles peuvent se régénérer.

La civilisation dépend d’une massive concentration inégale de richesse ; d’une brutale hiérarchie capitaliste où quelques uns ont eu la chance de gravir les échelons et de pouvoir contrôler les autres du haut de la pyramide. Tout en bas de celle-ci se trouvent les peuples indigènes du monde.

Contrôle & Domestication

Les voix des peuples indigènes, qu’elles soient acceptées par leurs colons comme raisonnablement “civilisées”, ou rejetées comme “non-civilisées”, ont été ignorées depuis bien longtemps par toux ceux qui bénéficient de la marche en avant de la “civilisation” et toutes ces choses brillantes et clinquantes qu’elle leur donne. Leurres marchands rendus possibles par l’exploitation rampante des terres indigènes, la manipulation et le contrôle des peuples  indigènes au travers de la domestication.

“Contrôle” est ici le mot clef pour comprendre pourquoi la civilisation est venue à l’existence. Les colons capitaliste travaillent d’arrache pied pour nous convaincre que nous devons être contrôlés par eux et leur civilisation. Que nous avons besoin de leur civilisation pour nous protéger de tout danger et que si nous travaillons pour eux, nous n’aurons plus faim. Si nous leur donnons nos terres et acceptons de nous relocaliser dans des “réserves”, ou dans leurs fermes ou dans leurs villes, en adoptant leur langue et leur religion, alors ils nous donneront leur protection et nous permettront de survivre avec “dignité”, nous accepteront comme des peuples domestiqués et civilisés avec succès.

L’ironie de tout cela est époustouflante. Les colons déciment nos forêts et éventrent notre terre pour la vider de ses ressources. Ils massacrent la vie sauvage de nos territoires jusqu’à extinction et arrosent nos cultures d’herbicides pour s’assurer que nous ne puissions pas subvenir à nos besoins. Ils rendent notre eau toxique et imbuvable. Ils polluent et nous assassinent si nous osons nous dresser sur leur chemin.

Puis ils nous offrent le sanctuaire de leur propre tyrannie. Nous laissent le choix entre la mise en esclavage ou l’extinction. Allez dans leurs villes, plantations, bidonvilles et réservent, pour être acceptés comme “civilisés” ou mourir de leurs mains en tant que “sauvages sous-hommes” qui ne peuvent pas être “sauvés” Tout ce que la “civilisation” ne peut pas contrôler doit être expurger afin d’assurer que la marche de la civilisation puisse continuer sans obstacles.

Embrasser l’anarchie, c’est s’opposer à l’idée même de contrôle. Rejeter l’autorité du colon et sa civilisation coercitive qui nous prend tout. L’anarchie c’est avoir confiance en soi et en ses voisins pour travailler ensemble dans l’entraide pour résoudre nos problèmes communs, sans avoir recours à la “charité” d’autorités aussi puissantes soient-elles.

Les anarcho-indigènes, anti-civilisation [occidentale] reconnaissent que le concept même de civilisation dépend de la capacité de nos colonisateurs à nous contrôler. Notre assimilation forcée dans la civilisation aliénée et aliénante des colons et les lois punitives auxquelles nous devons obéir sont faites pour nous maintenir serviles et ne pas résister à l’ordre pervers établi par les colons et qu’ils nous imposent. Leur ordre dépend exclusivement de notre domestication et de la destruction de nos modes de vie. Leur civilisation est ainsi faire qu’elle détruit tout ce qu’elle touche.

Embrassons notre “sauvagerie inhospitalière”

La soi-disante “sauvagerie inhospitalière” que la civilisation a vu nécessaire de soumettre à ses diktats est l’âme même de notre existence. Pendant des millénaires, nous avons vécu en paix avec la nature, en prenant soin au même titre qu’elle prenait soin de nous. Nous étions les gardiens de la terre plutôt que ses exploiteurs. Maintenant, “civilisés”, nous travaillons notre vie durant pour le droit d’affirmer un droit de propriété sur un tout petit lopin de terre, que nous pouvons bétonner pour y ériger un bloc de ciment dans lequel nous vivons, si on a cette chance. La plupart d’entre nous n’a même pas ce privilège et est forcé de payer un loyer à un propriétaire pour avoir ce droit de vivre dans un bloc de ciment dont il n’est pas le propriétaire et dont le loyer nourrit un parasite.

Non civilisés, nous bougions librement, fruits et plantes poussant dans les quatre directions, prêts à être recueillis. Des cours d’eau pure remplis de poissons abondaient dans le paysage. Les sons de la vie sauvage emplissaient l’air. Nous ne travaillions que peu et les récompenses étaient instantanées. Nous ne connaissions que l’abondance, ou par être plus précis, le confort du juste milieu sans l’abondance.

Les chasseurs-cueilleurs sont capables de subvenir à leurs besoins immédiats sans avoir besoin de stocker du surplus comme le font les civilisés pour survivre (avec l’agriculture, les boulots les prêts bancaires, les économies, les emprunts immobiliers, les retraites, les assurances de toute sorte). Les non-civilisés n’ont aucun désir de possession matérielle car une telle chose frivole serait un obstacle à leur capacité de vivre en nomades au gré des saisons. Avoir trop de biens vous force à rester en un endroit et à monter la garde pour défendre ces possessions de vos vies, ce afin de pouvoir continuer à les posséder et ne pas risquer de les voir dérober. Ceci crée un style de vie paranoïaque centrée sur la sécurité mettant la possession et la propriété privée au dessus des besoins nécessaires.

Les chasseurs-cueilleurs peuvent faire confiance en une chose : l’environnement va s’occuper d’eux, leur mode de vie va fournir tout le nécessaire à leurs familles, toute la nourriture et l’eau nécessaires pour quelques jours jusqu’à la prochaine collecte. Après avoir fait cette recherche de quelques heures, le reste de la journée est libre pour les plaisirs de la vie.

Les gens “civilisés” aiment se référer au mode de vie des chasseurs-cueilleurs comme étant un mode de vie de survie de tous les instants, de “pauvreté” et de promiscuité. Mais cette pauvreté est matérielle, un manque de surplus certes, de luxes, de choses souvent inutiles. En termes réels, ce mode de vie est bien plus riche que le mode de vie de la dette perpétuelle du travailleur “civilisé” qui n’a que très peu de temps pour le loisir, l’épanouissement personnel et qui ne mesure son existence entière qu’en matière de “temps”. Les “civilisés” et leurs sociétés fondées sur l’agriculture doivent travailler 5 ou 6 jours par semaine, 8 heures par jour ou plus, pour simplement survivre dans leur mode de vie. Les non civilisés n’ont que faire d’une telle absurdité. Comme l’a si bien noté l’anthropologue Marshall Sahlins, la société des chasseurs cueilleurs est la société affluente originelle. Sans désirs matériels, il n’y a aucune raison pour la richesse et la pauvreté. Tout le monde peut être égal à tout le monde ; la véritable anarchie.

Les gens civilisés plantent des rangés de céréales ou autres dans des monocultures barricadées dans des zones industrielles stérilisées qui ne ressemblent plus en rien aux forêts de nourriture interconnectées si diversifiées, qui nous ont nourri durant toute notre histoire. Les fermiers épuisent constamment les mêmes lopins de terre année après année pour faire pousser une unique récolte, noyant leur culture dans des tonnes d’engrais chimiques et de pesticides. Rien ne peut survivre sur le lopin de terre si ce n’est ce qui a été planté (NdT : comme le disait le toujours excellent ingénieur agronome Claude Bourguignon : “les agriculteurs ne font plus que de la gestion de pathologie”…) La terre est érodée, vide de toute vie, stérile, dépendante de concoctions chimiques qui endettent l’agriculteur en permanence. (NdT : agriculteurs qui le plus souvent ne possèdent même plus leur terre, hypothéquée aux banques pour rembourser une dette toujours croissante)

En civilisation, l’eau se fait rare, contrôlée et chère. Le fruit vous est vendu enveloppé de plastique et vous devez trimer misérablement un jour entier pour pouvoir vous le payer. Le poisson est contaminé par les produits toxiques rejetés par les industries et on nous demande toujours de l’argent pour avoir ce “privilège” de le manger. Le gibier et la viande sauvage ont été remplacés par de vastes usines à animaux emprisonnés. Les rivières sans fin d’excréments de ces usines à bétails finissent aussi dans nos cours d’eau, parachevant l’empoisonnement de l’écosystème et stérilisant la terre.

La nature qui autrefois nous caractérisait a été forcée hors de nous par nos colonisateurs. Comme les chiens fabriqués depuis le loup pour être obéissants et soumis à leurs maîtres, nous en sommes venus à dépendre de l’état et des capitalistes pour notre survie. Malades et domestiqués, nous entrons en concurrence les uns avec les autres pour les miettes de nourriture que les dirigeants nous jettent, ces miettes dirigeants qui nous ont privé de notre terre et de nos vies mêmes.

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Peuple indigène opprimé…

Comprendre le Neo-colonialisme 

Le premier président du Ghana, Kwame Nkrumah a succinctement expliqué le Neo-colonialisme en ces termes en 1965 :

“L’essence du Neo-colonialisme est que l’état qui y est soumis est, en théorie, indépendant et possède tous les signes extérieurs de la souveraineté internationale. En réalité, son système économique et donc toute sa politique, est dirigé depuis l’extérieur. Les méthodes et formes de cette direction peuvent prendre des formes variées. Le plus souvent, le contrôle neo-colonial est exercé au travers des moyens économiques et/ou monétaires. Le contrôle de la politique gouvernementale peut être exercé et sécurisé par des paiements envers le coût de fonctionnement de l’état, par la mise en place de hauts-fonctionnaires pouvant dicter la politique et par un contrôle monétaire sur les changes avec l’étranger au travers de l’imposition Dun système bancaire contrôle par la puissance impérialiste (NdT : superbe exemple de cela toujours en cours : le Franc CFA, qui donne contrôle à la France des économies de ses anciennes colonies africaines devenues “indépendantes” dans l’après seconde guerre mondiale…).”

Cette description du Neo-colonialisme sonne toujours comme juste aujourd’hui, avec les cultures indigènes du monde faisant l’expérience de ce qu’avait décrit Nkrumah dans des formes variées. Plus récemment, des néo-colonisateurs chinois sont venus sur des terres indigènes, promettant de nous élever socialement avec leur richesse. Leurs investisseurs, banquiers, commençants, prêteurs sur gage, développeurs et charités, ont tous promis d’améliorer nos vies.

Les pays africains spécifiquement sont en train de développer une dette colossale envers Pékin, offrant leur terre, pétrole, gaz naturel, minéraux et autres ressources en garantie pour chaque nouveau milliard de dollars emprunté. Lorsqu’immanquablement ils feront défaut de cette dette gigantesque qui ne peut être repayée, la Chine va saisir les garanties et dépouiller le continent de sa richesse naturelle. La Malaisie a récemment compris ce danger du piège de la dette et s’est retirée des arrangements de prêts chinois et de développement. Le premier ministre malais Mahatir Mohamad a prévenu le monde “il y a aujourd’hui une nouvelle version du colonialisme qui se met en place.

L’Institut Confucius qui officie en terres indigènes, est un véhicule de la propagande chinoise, restreignant ce que les professeurs qu’il supplée depuis la Chine, peuvent dire, déformant ce que les étudiants apprennent. Cette propagande par l’école est faite pour promouvoir les intérêts économiques chinois en conditionnant mentalement les élèves indigènes à accepter la colonisation et une vie de soumission. Les colonisateurs se dépensent sans compter pour normaliser la terreur qu’ils amènent et nous convaincre que tout cela est bon pour nous. Toujours la même rengaine.

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Kwame Nkrumah:

Le Neo-colonialisme est peut-être aussi la pire forme d’impérialisme. Pour ceux qui le pratiquent, cela veut dire pouvoir sans responsabilité et pour ceux qui en souffrent, cela veut dire exploitation sans rémission. Au bon vieux temps de l’ancien colonialisme, le pouvoir impérialiste avait au moins à expliquer et justifier en métropole les actions entreprises dans les colonies. Dans celles-ci, ceux qui servaient le pouvoir impérialiste pouvaient au moins s’attendre à sa protection contre toute action violente de l’opposition. Avec le Neo-colonialisme, plus rien de ceci ne vaut.

Similairement à la Chine, la Corée du Sud et ses entreprises multinationales a acheté des droits agricoles sur des millions d’hectares de terres agricoles dans des pays “sous-développés”, afin de sécuriser des ressources de nourriture pour ses citoyens. L’histoire du colonialisme et des républiques bananières nous a montré que ce type d’arrangement n’a fait que mener à la misère les peuples indigènes et à la d´´gradation de notre terre.

South Korea’s RG Energy Resources Asset Management CEO Park Yong-Soo:

La nation (sud-coréenne) ne produit pas une seule goutte de pétrole brut ni d’autres minerais vitaux pour l’industrie. Pour générer de la croissance économique et soutenir le mode de vie de son peuple, nous ne pouvons qu’insister sur la s´´curarisation de ressources naturelles vitales pour notre future survie.

Le patron de la Food and Agriculture Organisation (FAO), Jacques Diouf, a averti que l’augmentation de ces accords sur la terre pourrait créer une nouvelle forme de Neo-colonialisme voyant les régions le plus pauvres produire de la nourriture pour les plus riches aux dépends de leurs peuples affamés. Il est raisonnable de dire que cette dernière forme de Neo-colonialisme en date se produit déjà et que nos gouvernements corrompus signent des accords qui nous rendent de plus en plus dépendants de ces nations étrangères et de leurs promesses de nous “élever” en nous construisant des villes et de l’infrastructure.

Il est vital que nous résistions à leurs tentatives de civiliser nos terres afin que nous soyons forcés de travailler pour elles, les aidant dans le processus à voler nos ressources naturelles afin de faire croitre leurs empires, qu’ils puissent s’étendre toujours plus loin et exploiter les populations indigènes du monde.

Et nos autorités locales, toujours si promptes à vendre nos futurs pour le luxe des tours de béton et des trains toujours plus rapides, sont aussi responsables et coupables de cette poussée néo-coloniale pour nous façonner en ces travailleurs mendiants appartenant aux empires étrangers.

Les Masaï, peuple semi-nomade vivant essentiellement entre le Kenya et la Tanzanie, ont migré avec les saisons depuis des siècles. Ils ont de plus en plus été poussés hors de leurs terres ancestrales par les intérêts des états alliés aux intérêts privés entrepreneuriaux, provoquant une collusion pour l’écriture des lois que interdisent aux Masaï de cultiver leurs plantes et de faire brouter leurs troupeaux sur de larges portions de leurs terres traditionnelles.

Des dizaines de milliers de Masaï se retrouvèrent sans logis après que leurs habitations situées dans le cratère devenu touristique de Ngorongoro furent incendiées afin de soi-disant “protéger l’écosystème de la région” et d’attirer plus de touristes.

Le gouvernement tanzanien travaille de concert avec Tanzania Conservation Limited,, qui est la propriété de l’entreprise américaine Thomson Safaris et Ortelle Business Corporation, une entreprise organisant des safaris chasse de luxe, basée aux Emirats Arabes Unis, afin d’expulser les Masaï de leurs terres. Ils se font agresser, frapper, tirer dessus et leur propriété est confisquée. Les jeunes pastouriaux ont si peur pour leur vie maintenant, qu’ils se sauvent dès qu’ils voient un véhicule approcher.

L’état a maintenant ordonné aux Masaï de quitter leur terre ancestrale afin qu’il puisse transformer cette région en terres de chasse pour des touristes friqués qui paient beaucoup d’argent pour pouvoir abattre du gros gibier et ramener les carcasses empaillées et les têtes chez eux comme trophées.

Dans ces actions génocidaires, l’état participe en sécurisant les investissements étrangers  pour construire ses villes. L’État mettra toujours les “civilisés” devant les “non-civilisés” parce que la raison pour laquelle l’État existe est de faire pousser des villes et de piller les ressources et la nourriture pour nourrir cette croissance.

La civilisation a toujours été l’arme utilisée par les puissants pour nous condamner à ue vie de servitude. Rejetons la civilisation. Rejetons l’État. Rejetons le capitalisme. Rejetons toutes les tentatives de conquérir nos terres et de réduire nos peuples en esclavage.

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Tyrannie technologique

La division technologique

Nous devons comprendre qu’il y a une grande différence entre “outil” et “technologie”. Les outils peuvent être fabriqués à petite échelle avec des matériaux locaux, soit par des individus, soit par de petits groupes de gens quand ils ont besoin d’outils. A l’encontre de la technologie, les outils ne peuvent pas construire des systèmes d’autorité et d’obéissance pour permettre à un groupe de dominer les autres, juste dans la mesure où tout le monde est capable d’acquérir réalistiquement ses propres outils. La technologie dépend de la capacité de monter de grandes opérations d’extraction, de production, de distribution et de consommation. Ceci demande une autorité coercitive et une hiérarchie, une oppression.

Le Cinquième Pouvoir a expliqué les pièges e la technologie en 1981 :

La technologie n’est pas un simple outil qui peut être utilisé de la façon dont on le désire. C’est une forme d’organisation sociale, une série de relations sociales. Elle a ses propres lois. Si nous devons nous engager dans son utilisation, nous devons accepter son autorité. L’énorme taille, les interconnexions complexes et la stratification des taches qui composent les systèmes technologiques modernes rendent un commandement autoritaire nécessaire et toute prise de décision individuelle et indépendante impossible.

La technologie est utilisé par les dirigeants pour contrôler et pacifier leurs citoyens. Les sociétés colonialistes sont bourrées de merveilles technologiques. Mais leur gens sont détachés de la terre sur laquelle ils vivent, aliénés les uns des autres, leurs yeux constamment fixés sur des distractions futiles émanant de leurs écrans et leurs terres se dessèchent et brûlent pour payer leur addiction à tous ces produits industriels toxiques.

La technologie est utilisé pour conquérir pour affirmer une domination, pour détruire d’entières autres cultures qui osent rejeter l’empire et son ordre mondial. La Libye, l’Afghanistan, l’Irak, des pays entiers décimés par la grande technologie des impérialistes faisant pleuvoir la mort depuis le ciel.

Les colonisateurs auront toujours une meilleure technologie que nous. Quelque soit cette technologie qu’ils nous promettent en retour de notre coopération avec leur agenda fera pâle figure en comparaison des technologies qui mènent leurs propres sociétés. Ils nous disent que nous avons besoin de leur technologie pour être civilisés, pour éviter d’être à la traine dans le monde, mas on ne peut pas rattraper la machine technologique de l’empire. Il va nous rattraper et nous broyer bien avant qu’il ne nous donne les secrets promis.

La technologie est une arme brandit par les plus puissants et nous ne pouvons pas rétablir l’équilibre de la puissance, pourquoi essayer ?…. Pourquoi dédier nos vies à jouer le jeu qu’il veulent nous faire jouer selon leur propres règles ? Pour recevoir en retour leurs machines obsolètes ? Ils utilisent leur technologie pour nous convaincre que nous sommes moins qu’eux, que nous sommes “arriérés” et qu’ils doivent nous “sauver” de notre existence “sauvage”. Ils disent tout cela et dans le même temps leur technologie dépend de nos ressources et de notre travail et sur leur capacité à nous forcer à nous sacrifier et nos enfants et les enfants de nos enfants pour qu’ils leur donnent le carburant pour leurs précieuses machines. Ces machines qui leur permettent de maintenir leur domination sur nous de façon à ce que nous demeurions toujours inférieurs à eux. S’ils nous donnent ce qu’ils nous ont promis , la libération qu’ils disent leur technologie apporter, alors leur pouvoir sur nous sera perdu. Nous n’aurons plus besoin d’eux pour nous “sauver” de l’état sauvage parce que nous serons aussi civilisés qu’eux.

Lorsque nous donnons suffisamment de nous-même pour recevoir leur technologie, ils s’assurent que nous aurons toujours besoin d’eux pour la maintenance. Nous devenons alors dépendants de leur technologie et aussi dépendants d’eux pour continuer à nous nourrir et pour réparer ce que nous cassons à l’usage. Nos vies alors tournent autour de leur technologie et nous oublions comment vivre sans. Et alors que nous sommes apaisés par la petite lumière émanant de nos petits écrans, nos écosystèmes sont décimés par les colonisateurs.

La technologie est la carotte au bout de la perche et elle ne peut en rien nous libérer, elle ne peut que nous domestiquer et nous réduire en un esclavage moderne. Rejetons la. Rejetons cette idée d’être mesurés, évalués par nos prouesses technologiques ou par à quel point nous sommes “civilisés”. Rejetons les colons et leurs faux cadeaux ainsi que leurs manipulations incessantes. Rejetons leur civilisation. Rejetons leur contrôle sur qui nous sommes et qui nous serons.

= = =

“Deviens celui que tu es.” (F. Nietzsche)

“La joie veut l’éternité de toute chose, elle veut une profonde, profonde éternité !”
(F. Nietzsche)

= = =

Lecture complémentaire :

“Résistance politique et anarcho-indigénisme avec Taiaiake Alfred et Gordon Hall”

https://resistance71.wordpress.com/2017/04/12/resistance-politique-anarcho-indigenisme-entretiens-avec-taiaiake-alfred-et-gord-hall/

“Le colonialisme et la dépendance étatique” (Taiaiake Alfred) :

https://resistance71.wordpress.com/2015/08/12/resistance-a-limperialisme-occidental-le-colonialisme-et-le-dependance-etatique-taiaiake-alfred/

Notre dossier “Anarcho-Indigénisme”

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2 Réponses vers “Anarcho-indigénisme et rejet du diktat « civilisateur » impérialiste (Ziq)”

  1. Si tous savaient cela, le monde s en porterait beaucoup mieux.
    Article superbement écrit.

    • très juste, oui on a trouvé aussi que le style de Ziq est excellent et mérite l’effort de traduction.
      Merci de diffuser sans retenue… 😉 Plus ce genre d’article est lu, mieux c’est pour la conscience politique individuelle et collective.

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