Réflexion nécessaire sur une anarchie post/anti gauchisme… Pour une synthèse individualisme-collectivisme/communisme

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Nous avons particulièrement aimé ce texte récent, que nous avons traduit et commenté en plusieurs de ses endroits clef. Nous pensons que le débat qu’ouvre ce texte vaut la peine car il fait le pont entre deux tendances anarchistes (individualiste dans la lignée Max Stirner et H.D. Thoreau contre collectiviste/communiste, dans la lignée de la trilogie Proudhon, Bakounine, Kropotkine) qui sont souvent, à tort, opposées. Nous l’avons souvent dit : tout part de l’individu. Sans individu et son pouvoir de se rebeller et de dire NON ! pas de groupe, pas de collectif possible, dans le même temps, sans groupe et organisation pas de (r)évolution sociale possible vers le but ultime de la société des sociétés.
En aucun cas s’agit-il d’une antinomie, d’un antagonisme entre l’individu, la personne et le groupe, comme la récupération systémique veut constamment le faire croire, y compris au sein du mouvement anarchiste, mais il s’agit d’une complémentarité, d’une osmose à achever et qui s’achèvera dans la grande logique de la nature humaine enfin réalisée dans son émancipation sociale finale. L’anarchie “post-gauche”, “anti-gauche”, c’est ca : la compréhension et la mise en place de la complémentarité individu/groupe bien comprise.
L’anarchie ne fait pas partie du spectre politique factice créé, comme dit dans le texte, par notre imagination. Elle ne fait pas partie de la classification étatico-marchande allant de l’extrême gauche à l’extrême droite du capital ; elle est notre humanité finale enfin réalisée. Elle est par delà tous les clivages factices politico-économiques diviseurs, au delà du bien et du mal, au delà du rapport individu / groupe, au delà de la dialectique. L’anarchie est l’incarnation de la Raison dans l’histoire, elle est le pont du surhumain, le moyen d’y parvenir et sa réalisation, 2 en 1, l’unité fractale, la réalisation physique de la domestication naturelle du chaos. Pas rien tout ça n’est-ce pas ?… Raison de plus pour l’embrasser, l’Anarchie sera et sauvera le genre humain.
Lisez et partagez le texte ci-dessous, important de sortir du moule car nous sommes en approche du crash systémique final. Pas de révolution mais une (r)évolution !
~ Résistance 71 ~

Astyle

Une dague de sauvage anarchie 

Flower Bomb

Décembre 2021

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Avril 2022

The world doesn’t owe you shit.
The universe doesn’t know you exist.
Stop waiting for things to happen –
only you can make a change.
– “Do It Yourself” by PUNCH 

Le monde te doit queue dalle.
L’univers ne sait pas que tu existes.
Arrête d’attendre que les choses se fassent d’elles-mêmes,
Toi seul peut changer ces choses.
– “Do it Yourself” par PUNCH
—————————————–

Je me souviens une fois avoir entendu une conversation qui portait sur l’utilisation des expressions “post-gauche” ou “anti-gauche” pour décrire l’anarchie au-delà du gauchisme. J’ai pensé que cela était une conversation intéressante parce que cela me rappelait comment je voyais auparavant ou me situait par rapport à l’anarchie. Je me rappelle avoir vu l’anarchie comme un monde à créer, nécessitant l’organisation des autres pour qu’il se matérialise. Avec le temps, ma relation à l’anarchie changea. Je me retrouvais à penser l’anarchie dans un sens de devenir féroce, sauvage, une révolte personnelle qui mettait l’accent sur le soi, sur la responsabilité plutôt que la co-dépendance aux autres. Ce changement de perspective vint après que j’eus réalisé que le peuple n’est pas la masse d’un troupeau unique et de suiveurs sans jugement, mais est en fait composé d’individus complexes, uniques capables de pensées indépendantes, de décisions et d’actions. Pour moi, l’anarchie au delà du gauchisme, abandonne l’idée que les gens ont besoin d’un leadership organisé et met en avant une compréhension du comment les gens découvrent au mieux leur propre pouvoir quand ils sont le moins gouvernés, organisés, contrôlés.

Dans ce texte, je vais tenter d’élaborer un peu plus sur l’anarchie post-gauche comme je la conçois, la comprend et comment je m’y attache. Comme tous les termes, les définitions et les étiquettes sont sujets à des interprétations individuelles uniques, je ne fais que parler pour moi-même et de ma propre interprétation des théories et des idées mentionnées ici.

Anarchie post-gauche & anti-gauche : les deux tranchants de la même dague

Pour moi, l’anarchie post-gauche est synonyme d’anarchie anti-gauche. Le mot “post” ne représente pas une “nouvelle” forme de gauchisme ou un gauchisme “évolué”, comme certains le clament avec des projets variés anti-état communiste et socialiste. J’utilise plutôt l’expression anarchie post-gauche pour n’exprimer qu’un état d’esprit actuel distinct d’une expérience passée d’avoir identifié et de s’être engagé dans une pensée de gauche. Et de cette perspective, le mot “anti” est synonyme de “post” parce qu’il exprime parfaitement la nature de mon existence présente, mon désir pour une liberté individuelle, sauvage, de manière antagoniste de l’ordre civilisé du gauchisme.

Pour moi, l’anarchie post-gauche n’est pas une sorte d’alignement ou de sympathie avec une politique de droite, je suis tout aussi hostile envers le nationalisme que le fascisme et toutes autres idéologies conservatrices crées au nom de la préservation de la loi et de l’ordre. Je reconnais que les deux idéologies de droite et de gauche sont fondamentalement collectivistes, demandant l’absorption de la liberté individuelle en échange de l’uniformité d’une république. Les deux côtés du spectre politique intègrent le peuple dans une interprétation binaire d’une réalité qui ultimement maintient en place la société industrielle. Ensemble, les politiques de “gauche” et de “droite” encouragent un type de mentalité de ruche où la reproduction de la société est individualisée tandis que le pouvoir autoritaire sur l’individu est maintenu de manière collective.

Mais l’anarchie post-gauche est bien plus qu’une analyse ou quelques idées sur la façon de voir l’anarchie, soi-même et les autres. On peut critiquer des idées philosophiques avec d’autres idées philosophiques et même faire l’expérience d’un changement émotionnel influencé par ces idées. Mais en fin de compte, la philosophie n’est qu’un chaudron d’idées sans retombée. Comme une tige sans pomme, la philosophie est souvent trouvée dans les cimetières affleurant de livres poussiéreux, n’ayant jamais eu l’opportunité de se matérialiser au delà de son emprisonnement académique. C’est pourquoi, pour moi, l’anarchie post-gauche est plus qu’une idée philosophique ou une position prise au-delà du gauchisme. C’est un style de vie anti-gauchiste, une manière de reprendre possession de soi-même, de ses choix, et de ses expériences au lieu d’adhérer à un auto-sacrifice envers un corps social, le groupe, l’organisation ou la commune. L’anarchie anti-gauche est vivante, elle respire la capacité de s’arroger le pouvoir et est un accomplissement en tant que sabotage contre les forces de domestication de la conformité sociale.

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La société industrielle, ou ce que j’appelle “la machine”, est composée d’institutions variées construites sur des idéologies fondamentalement oppressives, imposant leur influence, contrôle et domination civilisatrice sur tous les êtres sauvages. Ces institutions sont avant tout construites, entretenues et conservées, suivies par des individus qui ont collectivement abandonné leur liberté au pouvoir institutionnel. Récemment, j’ai décidé de ne plus utiliser ce mot de “masses” parce que j’en suis venu à comprendre comment ce mot aplanit les importantes différences entre tous les individus. Donc en lieu et place, j’utiliserai le mon “commune” en référence à la continuité sociale de la société industrielle, une commune d’individus uniques dont la majorité a, volontairement ou par endoctrination, souscrit à la vision du progrès industriel. Quand suffisamment d’individus se plient à un système social, ceux qui naissent dedans deviennent endoctrinés. La pensée indépendante devient difficile et bon nombre d’individus préfèrent continuer leur assimilation sociale plutôt que de faire l’expérience d’une isolation sociale due à une vie rebelle.

Les institutions comme la prison, les usines, les bureaux d’entreprises, les écoles etc, partagent tous la même caractéristique : leur endroit de travail cause fonctionnellement, le même sang et la même sueur que ceux qui sont épandus durant le travail de leur construction physique. Et quelque part, ce paradis civilisé de la misère et du stress continue de s’étendre plus rapidement avec chaque année qui passe. Je pense qu’une explication probable de tout ceci pourrait être une compréhension du comment les institutions manipulent notre perception de la réalité. Alors que la société industrielle s’étend, ainsi le fait l’influence visuelle. Durant les premières années de la colonisation de la soi-disante Amérique, on montra intentionnellement aux peuples indigènes des villes afin de les décourager psychologiquement de continuer à résister. A la racine de cette stratégie réside le message subliminal souvent entendu de ceux qui obéissent de désespoir : “Nous sommes bien trop petits, la machine est bien trop forte…

Quand des vitres et devantures de banques sont brisées, saccagées ou des voitures de police incendiées ou lorsque des blocages / opérations escargot bloquent le trafic routier pendant des heures, on peut observer une réaction mitigée des gens qui y assistent. Certains sont excités comme des puces, tandis que d’autres paniquent et sont terrorisés. Je pense que ce types de réactions sont une réponse au chaos de la perturbation du flot normal d’intimidation qui est silencieusement communiqué des institutions aux individus quotidiennement. Le pillage ou la mise à feu de commerces ne doivent rien à la logique pour qu’ils aient lieu. Je pense que ces évènements sont le résultat de la floraison d’une liberté éphémère et sauvage dans des moments où l’ordre étatique et la loi ont été pulvérisés. Ces moments de rupture se produisent souvent lorsque la furie des émotions est très vive et qu’elle dépasse le sentiment de peur, qui est l’arme principale du pouvoir institutionnalisé. Sans la crainte des conséquences légales, de la pauvreté ou de l’isolation sociale, ces institutions se retrouvent exposées comme n’´´tant rien de plus qu’un château de cartes.

L’état social de l’assimilation : la passivité au sein de la marche funèbre

Quand je parle d’anarchie post-gauche, il serait correct de dire que je place une emphase particulière sur l’individu. Je le fais contre un puissant courant collectiviste qui encourage la négation du pouvoir individuel. Avec la négation du pouvoir individuel vient la négation de la responsabilité individuelle pour les choix et actions personnels, ce qui ultimement, fait proliférer les idéologies de l’autoritarisme. Toujours et encore, le blame de l’oppression est mis sur “le système”, les gouvernements, les institutions ou autres groupes de personnes formalisés. Mais à la racine même de la chose, qui contribue à la composition de ces entités sociales ? Il n’y a que très peu d’examen du rôle vital que joue un “individu” en produisant et en maintenant en place ces institutions de contrôle et de domination. Y a t’il vraiment une neutralité dans la participation même à une marche funèbre écocide ?

Une neutralité à participer à sa propre mise en esclavage dans le monde du travail, de l’expansion globale du capitalisme ou de la normalisation de la soumission ? Certains pourraient considérer cela comme tirer sur le pianiste, mais on ne peut en rien nier la malveillance et les tracas réels dont font l’expérience l’individu dans une société. Ma critique n’implique pas d’attribuer tous les problèmes sociaux à un individu particulier, mais plutôt de montrer le fait que sur un plan individuel, le pouvoir peut devenir autoritaire ou anti-autoritaire, soumis ou rebelle. Même le plus apathique des individus fait un bon participant dans une société de domination commune. Sur un plan individuel, ce pouvoir peut se matérialiser au delà de la simple philosophie, soit en union avec d’autres individus, soit seul.

Quand les gens critiquent la police, critiquent-ils juste le fait de la politique de faire la police ou cette même critique s’applique t’elle à chaque policier individuellement qui matérialise volontairement cette philosophie ?

Dans ce texte, il serait inconsistant de ma part d’encourager l’expropriation de la liberté individuelle sans discuter le pouvoir des individus oppresseurs. Soyons honnêtes, une guerre contre la civilisation industrielle et toutes formes d’oppression ne s’arrêtera sans doute jamais, même dans l’après-vis de l’effondrement industriel. Si toutes les institutions oppressives, incluant la société industrielle elle-même, devaient s’effondrer demain (ou même graduellement dans le temps), je pense qu’il y aura toujours des individus avides de pouvoir qui voudront contrôler et dominer les autres. Il est très probable que ces mêmes individus continueront de porter avec eux le résidu de la pensée oppressive. Et il y aura d’autres individus qui voudront capituler devant ces visions, ce qui ulltimement permettra aux autoritaires de matérialiser leur faim de pouvoir.

NdR71 : Cette analyse possède une grand part de vérité, mais cela ne pourrait se produire que si le système, ses rouages, l’embryon du système en place, sa structure, étaient permis de se maintenir et de se (re)développer. Si la société des sociétés des individus associés volontairement existe de manière fonctionnelle hors état, hors institutions, hors marchandise, hors argent et hors salariat, alors il sera impossible à quelque individu que ce soit de remettre en place un système autoritaire de domination, les ponts seront définitivement coupés. La nouvelle société n’aura rien en elle qui permettra le moulage de la fondation d’une société autoritaire, c’en sera fini et sur une ou deux générations, le système étatico-marchand ne sera plus qu’un cauchemar à reléguer au musée de l’histoire humaine. La domination, l’oppression et la violence inhérente ne font pas partie de la nature humaine, ce ne sont que des constructions sociales. Enlevez leur le terreau qui leur permet de croître et elles ne seront plus… Le terreau étatico-marchand est toxique à la société et à la liberté. L’inverse est également vrai…

Ainsi je demande, qui, si ce n’est l’individu, donne le pouvoir à l’idéologie du racisme, du sexisme, du fascisme, du capitalisme, du communisme (autoritaire d’état), à la société industrielle, à la civilisation etc ? Qui, si ce n’est l’individu, construit un concept philosophique, qui lorsque mis en pratique, récompense et permet le contrôle hiérarchique de quelqu’un sur un autre ? Qui, si ce n’est l’individu, est capable de désirer un tel contrôle et une telle domination sur les autres ? Aussi longtemps que les individus ont existé, le conflit, la violence ont aussi existé et des résolutions qui ne se terminent pas toujours pacifiquement.

NdR71 : Là encore, oui et non. L’individu est responsable de la malfaisance lorsqu’un système non seulement le permet mais aussi l’encourage. Si l’humain crée les systèmes sociaux dans lesquels il évolue, à terme, les systèmes créés créent aussi dans leurs institutions et rouages, les individus qui assureront sa continuité. Cela marche dans les deux sens, ce n’est jamais à sens unique. De plus la violence est une construction sociale. L’agressivité fait partie de la nature humaine, c’est elle qui nous permet de nous maintenir en vie, c’est elle qui déclenche notre instinct de survie. La violence, en tant qu’exacerbation d’une agressivité de manière organisée et ciblée est une construction sociale. Conflits et guerres en sont le résultat le plus évident. La guerre en tant que violence collective organisée n’a pas toujours existé. Elle remonte à environ 12 000 ans sur les près de 2 millions d’années de l’existence humaine sur cette planète. L’État n’a pas non plus inventé la guerre, mais il l’a canalisée, domestiquée, pour en faire un outil de conquête, de contrôle par la peur et le chaos.

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Quand la tyrannie devient la loi…
La rébellion devient un devoir

La “machine”, un enfer de civilisation techno-industriel qui mène une guerre sans merci contre la nature et le “sauvage”, a été créée et maintenue dans sa létale fonctionnalité à la fois par ceux qui recherchent une domination totale et par ceux qui demeurent passifs dans cette marche vers la mort. La machine représente une commune industrialisée à grande échelle, un collectif hautement coordonné d’individus totalement subjugués et subordonnés, travaillant au plus haut niveau du progrès anthropocentrique.

Bien trop souvent, les gens font l’erreur d’émettre des assomptions de bien-être des gens de manière générale. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de personnes gentilles, paisibles et respectueuses dans le monde ; mais je pense qu’il est bien inconvénient d’assumer qu’il y a “une bonté commune” en chacun de nous, alors qu’en fait le bien est tout à fait subjectif à l’interprétation individuelle. Je pense qu’on peut assumer sans se tromper qu’autant qu’il y a des individus uniques, il y aura toujours des possibilités de faire réémerger des formations sociales autoritaires avec ou sans société industrielle.

NdR71 : Nous comprenons parfaitement la pensée ici invoquée, mais elle est à notre sens en partie fausse parce que l’auteur n’englobe que ce qu’il appelle la “société industrielle”, ce qui est limitatif. La société autoritaire à pouvoir coercitif ne pourra ressurgir que si sont laissés en place ses piliers, son infrastructure de fonctionnement qui sont  l’État, la marchandise, l’argent et le salariat. Si ces 4 piliers de soutien du système disparaissent et ne peuvent plus réapparaître, des “formations sociales autoritaires”, liées donc au pouvoir coercitif, de la séparation du pouvoir du corps social, ne pourront plus réapparaître. La pensée même d’une telle possibilité s’effacera car devenue non seulement irréalisable, mais surtout… impensable.

Contrairement à la croyance populaire, le capitalisme est (à mon avis) un très bel exemple pratique de collectivisme. Malgré l’assertion persistante que le capitalisme est une idéologie individualiste, il est plus évident que le capitalisme exproprie la créativité individuelle afin de pouvoir fonctionner comme un puissant collectif. La même créativité individuelle exploitée pour l’expansion capitaliste pourrait bien être aussi un catalyseur pour tout nombre de formations sociales de contrôle post-effondrement. Si l’individu est reconnu comme puissant et capable d’auto-anticipation, alors il est également possible que le même individu contribue à créer les conditions de contrôle social et de domination. En s’assimilant passivement et en devenant un participant volontaire, un individu peut devenir le co-créateur privé d’une vision du monde autoritaire au travers de la personnification et de l’interaction sociale.

Joie armée : de la théorie à la vie sauvage

“S’il y a une chose certaine dans cette vie, si l’histoire nous a enseigné quoi que ce soit, c’est que vous pouvez tuer n’importe qui.” – Michael Corleone –

Gaetano Bresci fut l’anarchiste qui assassina le roi Umberto 1er d’Italie le 29 juillet 1900. Il tira 4 fois sur le roi avec un pistolet à 5 coups. Inspiré par l’attaque de Bresci, l’anarchiste Leon Czolgosz tuera lui aussi le président des Etats-Unis William McKinley.

De mon opinion, l’individu est l’élément le plus puissant de toute société ou formation sociale. Si un individu (ou union d’individus qui chacun donne de la valeur à leur ego) ne peut pas être convaincu de se soumettre à une idéologie (et par là refuse donc de matérialiser cette idéologie en tant que participant à vie), cette idéologie échoue à avoir le pouvoir de se matérialiser au delà de la philosophie.

Qui, si ce n’est l’individu, a le pouvoir de rejeter l’idéologie du racisme, du sexisme, du fascisme, du capitalisme, du communisme, de la société industrielle, de la civilisation etc ?… Qui, si ce n’est l’individu, peut recouvrer la capacité de création et de survivre au capitalisme sans succomber au système du salariat-esclavage ? Qui, si ce n’est l’individu , peut construire de nouveaux concepts philosophiques qui, lorsque mis en pratique, sabotent le contrat social fondé sur la peur et de l’obéissance à la loi ? Avec des bombes, des assassinats, une criminalité en mode de vie, qui si non l’individu, est capable d’inspirer les autres en dérangeant, en prenant à contre-pied, la routine quotidienne de la soumission ? Ceci est l’essence même de la propagande du fait, de l’action directe illégaliste.

Toute forme d’oppression qui existe est perpétuée, renforcée et maintenue à terme par la participation volontaire des individus. Je reconnais l’importance du rôle que moi, en tant qu’individu, je joue soit en aidant à la prolifération de toutes formes d’oppression, soit en sabotant leur fonctionnement social. De cette perspective, l’anarchie post-gauche pourrait bien mieux être comprise comme une guerre contre la société. Pour moi, il n’est pas suffisant d’attaquer les manifestations institutionnelles de ces idéologies. Je vise aussi l’origine de cette prolifération, ces individus ayant la volonté de permettre et de perpétuer ces formes d’oppression.

Pour moi, l’anarchie anti-gauche n’est pas un état d’esprit naïf qui sert de base philosophique à la négation des réalités matérielles de la société industrielle. Elle n’est pas non plus une excuse égoïste de justification de l’oppression des autres. L’anarchie post-gauche, de la manière dont je me la représente, est une rébellion individualiste contre à la fois les formations théorique et matérielle du contrôle et de la domination. D’une perspective nihiliste, des concepts comme ceux de race, de genre, d’espèce etc, sont tous une construction sociale. A leur racine, ils ne sont que les produits de l’imagination humaine. Mais avec les esprits subordonnés d’une population de personnes, ces incarnations de l’imagination se sont matérialisées dans le monde physique. Bien que ce ne soit que des constructions de notre imagination, le nombre d’individus qui les reproduit au travers des relations sociales leur donnent un certain pouvoir. 

Donc, il n’est pas suffisant de déclarer l’anti-racisme sans attaquer matériellement la mise en application sociale et institutionnelle de la suprématie blanche. Ce n’est pas suffisant de déclarer l’anti-sexisme sans devenir destructeur de l’organisation des rôles de genre, des assignations d’identité et de la société qui les met en place et les renforce.

Que ce soit des institutions physiques ou individuelles, mes ennemis viennent sous toutes les formes. Je n’ai aucun intérêt à nouer des liens artificiels au travers d’une simple politique identitaire, ni à compromettre mes désirs de libération totale au nom de demies-mesures et d’une unité aveugle. Quand j’écris ces textes, je n’utilise pas le “nous” royal parce que je n’ai aucune intention de tromper le lecteur pour qu’il pense que je pense pour d’autres, ni n’assume automatiquement que les autres seront d’accord avec ce que je pense. Mon anarchie post-gauche ne demande pas un consensus pour pouvoir agir, ni une validation émotionnelle ou une camaraderie lorsqu’elle doit faire face à la critique. Personne n’est mieux qualifié que moi pour créer ma vie, je n’ai donc que faire d’une validation de groupe quand j’en parle.

Mon anarchie post-gauche pourrait être comprise comme un style de vie hédoniste contre l’autorité et la civilisation, tout aussi bien que comme une dague tirée contre toutes impositions futuristes de résurgence autoritaire qui survivraient à un effondrement industriel. Plus qu’un simple refus personnel d’être un instrument de répression sociale, l’anarchie veut dire l’attaque. Les mots exprimés dans ce texte ne sont que la finalité philosophique d’un Engin Explosif Improvisé (EEI), une mèche allumée par la flamme du désir égoïste d’une explosion de vie, de rébellion, de jeu et de beauté immortelle de sabotage individualiste et de destruction. Et pour ce style de vie, j’accepte totalement toutes les conséquences qui pourraient survenir, car j’ai appris qu’il vaut mieux vivre que de capituler devant le cimetière toujours en expansion de la théorie politique passive.

NdT : Un texte digne d’un (anti)héros dostoïevskien…

obeisssance-resistance

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Lectures complémentaires :

Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

Arupestre

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