Analyse et réflexions sur la dictature post-moderne : Retour au meilleur des mondes d’Aldous Huxley – 1ère partie –

AH1

“La science a pour mission unique d’éclairer la vie et non de la gouverner.”
“La vie non la science crée la vie ; l’action spontanée du peuple lui-même peut seule créer la liberté populaire.”
~ Michel Bakounine ~

Mesurez ce qui suit avec ce que nous vivons et pensez que ceci fut écrit en publié il y a 63 ans !… (Résistance 71)

Le meilleur des mondes revisité (larges extraits)

Aldous Huxley

Essai, 1958

~ Traduction des extraits Résistance 71 ~

Novembre 2021

1ère partie
2ème partie
3eme partie

Lisez le texte intégral, il en vaut la peine. Il est publié en français sous le titre “Retour au meilleur des mondes”. La version “poche” coûte moins de 5 euros.

A Résistance 71, nous n’avons que la version de langue anglaise mentionnée ci-dessous et qui a servi de base à notre traduction.

Présentation Résistance 71 :

Aldous Huxley (1894-1963) : écrivain britannique auteur de deux ouvrages majeur : “Le meilleur des mondes”, roman d’anticipation publié en 1931 (George Orwell publia son “1984” en 1948) et “Les portes de la perception” (1954). Le célèbre groupe de Rock “The Doors” (Ray Manzarek, Jim Morrison) adopta ce nom en hommage aux “Portes (doors) de la perception”, dans lequel A.Huxley relate ses expériences psychédéliques avec la mescaline et le LSD, drogues hallucinogènes très puissantes. Aldous Huxley était très proche des expériences mystiques multi-culturelles et aussi écrivit longuement à ce sujet.

Sur son lit de mort, atteint d’un cancer du larynx, il demande à son épouse de lui injecter du LSD, ce qu’elle fera à deux reprises le même jour, en doses suffisantes pour sans doute mettre fin à ses jours.

Aldous Huxley est le frère cadet de Julian Huxley (1887-1975), biologiste, eugéniste et fondateur de l’UNESCO. Tous deux sont les petits fils de Thomas Huxley, zoologiste évolutionniste, darwiniste, malthusien et eugéniste, obsédé par la surpopulation et autres thèses eugénistes. Ennemi intellectuel et idéologique juré de Pierre Kropotkine, celui-ci publia une série d’articles à Londres afin de répondre et de démonter les thèses malthusiennes et social-darwinistes que Huxley soutenait. Cette série d’articles fut plus tard compilé en un ouvrage devenu phare de Kropotkine: “L’entraide, facteur de l’évolution”.

Aldous Huxley vient d’une famille à la longue lignée indubitablement élitiste, eugéniste et social-darwiniste. A ce titre, il est une des voix de l’oligarchie, même s’il éprouve encore parfois une certaine compassion pour les “masses” imbéciles que nous sommes. Dans un entretien où un journaliste lui demandait où il avait eu ses idées pour décrire la société qu’il mettait en scène dans son ouvrage “Le meilleur des mondes”, Aldous Huxley répondit qu’il lui avait suffit le plus souvent d’écouter les conversations que son frère avait avec ses collègues et amis ; que ces longues discussions étaient émaillées de théories qu’il avait reproduites et adaptées dans sa fable.

Son essai “Retour au meilleur des mondes” publié en 1958 est composé de 12 chapitres. Ci-dessous, nous avons traduit de larges extraits de l’ouvrage chapitre par chapitre, que nous publierons en trois parties au vu d sa longueur. Il est intéressant de noter que le tout premier chapitre de l’essai est intitulé “Surpopulation”, ce thème était une obsession chez les Huxley et de fait chez tous les néo-malthusiens et darwinistes-sociaux eugénistes d’hier et d’aujourd’hui. Dans le contexte actuel de la dictature sanitaire sous couvert de “pandémie” fabriquée COVID19 et les thèses néo-malthusiennes sous-jacentes à l’inoculation de la population mondiale avec un cocktail nanotech OGM chimérique, nous ne pouvons que constater la pertinence et l’actualité des propos avancés dans cet essai. Aldous Huxley faisait partie du sérail de la caste pensante de ce génocide mondial et la mise sous tutelle des masses, mais aussi il était parfois sincèrement compatissant et ses écrits furent de véritables fusées éclairantes du milieu et des idées d’où il venait et des sombres desseins de ses leaders. Touché, comme sa première épouse, par le cancer qui les terrassa tous deux, Aldous Huxley fit sans doute œuvre de rédemption avec son dernier ouvrage “anarchisant” de 1962.

Nous attirons néanmoins l’attention des lecteurs sur la conclusion de l’essai qui est puissante considérant la toile de fond familiale de Huxley… Sans jamais le dire, le catalogue de propositions de sortie du marasme dictatorial qu’il prédit, est tout droit sorti de la pensée et des principes anarchistes, ce qui est assez époustoufflant, compte tenu de son grand-père Thomas Huxley, eugéniste et darwiniste-social patenté par l’oligarchie dirigeante rêvant de contrôle absolu sur les populations et de ce fait ennemi juré de Kropotkine et du mouvement anachiste dans son ensemble, Aldous, par sa conclusion, désavoue son grand-père et la continuité eugéniste familiale via son frère aîné Julian et boucle la boucle en embrassant, certes sans les nommer, les principes anarchistes de solidarité, d’entraide, de société des associations libres et de communautés autonomes, se réapropriant les campagnes et éclatant le contrôle bureaucratique urbain étatico-capitaliste pour inscrire l’humanité sur le chemin de sa réalisation.

Quatre ans plus tard, en 1962, Aldous Huxley publiera son dernier roman “Island”, qui est de son propre aveu, l’anti-“Meilleur des mondes” qui décrit une société utopique sur une île du Pacifique.

Pour la traduction de ces larges extraits, nous avons utilisé l’édition de 2004 de Harper Perennial ; l’essai fait une centaine de pages et est publié en français en format poche.

= = =

AH_retour-au-meilleur-des-mondes
Plon se plante… ce n’est pas un roman..
Mais un essai…

Brave New World Revisited ou Retour au meilleur des mondes

Aldous Huxley

1958

Larges extraits traduits par Résistance 71

Novembre 2021

I – Surpopulation

En 1931, lorsque j’écrivais Le meilleur des mondes, j’étais convaincu qu’il y avait toujours beaucoup de temps. La société complètement organisée, le système de caste scientifique, l’abolition du libre arbitre par un conditionnement méthodique, la servitude rendue acceptable par des doses régulières de produit chimique du bonheur, les pensées orthodoxes martelées de nuit au cours de séances éducatives durant le sommeil, tout ceci se produirait, mais pas en mon temps, pas même dans le temps de vie de mes petits-enfants. […] Vingt-sept ans plus tard, dans le troisième quart du XXème siècle, je ne me sens plus aussi optimiste que lorsque j’écrivais Le meilleur des mondes. Les prophéties faites en 1931 se réalisent bien plus tôt que je l’aurais pensé. […] Le cauchemar de l’organisation totale planifiée que j’avais située dans mon roman vers le 7ème siècle A.F (après Ford), a émergé d’un future lointain et sécurisé et nous attend maintenant, là, juste au coin de la rue.

Le 1984 de George Orwell (1948) était une projection magnifiée dans le futur, d’un présent qui contenait le stalinisme et un passé immédiat qui avait vu fleurir le nazisme. Le meilleur des mondes fut écrit avant l’accession de Hitler au plus haut pouvoir en Allemagne et lorsque le tyran russe (NdT: georgien en fait) n’avait pas encore atteint sa vitesse de croisière. En 1931, le terrorisme systémique n’était pas encore ce fait obsessionnel de 1948 et la dictature future de mon monde imaginaire était de fait bien moins brutal que cette dictature du futur si brillamment dépeinte par Orwell. Dans le contexte de 1948, “1984” semblait particulièrement horrible et convaincant. Mais après tout, les tyrans sont mortels et les circonstances changent. De récents développements en Russie et de récentes avancées scientifiques et technologiques ont privé le livre de Orwell de quelques unes de ses horribles véri-similitudes.

[…] La société décrite dans 1984 est une société contrôlée presque exclusivement par la punition et la peur de celle-ci. Dans le monde imaginaire de ma propre fable, la punition est très rare et souvent très légère. Le contrôle quasi parfait exercé par le gouvernement se fait au travers d’un renforcement systématique de l’attitude favorable, par le moyen d’un grand nombre de manipulations non-violentes, physiques et psychologiques et par la standardisation génétique. Les bébés éprouvettes et le contrôle centralisé de la reproduction ne sont peut être pas impossibles, mais il est clair que pour les temps à venir nous demeurerons une espèce vivipare se reproduisant de manière aléatoire. Pour des raisons pratiques, la standardisation génétique sera sans doute mise à l’écart. Les sociétés continueront d’être contrôlées de manière post-natale, par la punition, comme dans le passé et par une extension toujours croissante de méthodes toujours plus efficaces de récompense et de manipulation scientifique.

En Russie, la dictature stalinienne démodée de style 1984 a commencé à faire la place à une forme de tyrannie mise à jour. Dans les strates supérieures de la société hiérarchique soviétique, le renforcement de la bonne conduite sociale a commencé à remplacer les vieilles méthodes de contrôle par la punition des comportements sociaux indésirables. Les scientifiques, ingénieurs et enseignants ainsi que les administrateurs sont de mieux en mieux payés et taxés modérément de façon à ce qu’ils soient sous un système de récompense du mieux faire.

[…] 

Au ratio de croissance démographique prévalent entre l’époque du Christ et la mort de la reine Elisabeth I, il a fallu 16 siècles pour que la population de la terre double. Au ratio actuel, la population va encore doubler en un demi-siècle et ce doublement de la population très rapide va se produire sur une planète dont les zones de production sont déjà très densément peuplées et dont les sols sont érodés par les efforts frénétiques des paysans de produire toujours plus de nourriture et dont le capital disponible de minerais est dilapidé à la vitesse d’un marin en goguette dilapidant sa paie.

Dans le Meilleur des mondes de ma fable, le problème de la surpopulation a été résolu. Un chiffre optimal de population a été calculé et le chiffre a été maintenu en accord (un peu moins de deux milliards d’individus si je me rappelle bien), ce génération après génération. Dans le monde réel contemporain, le problème de la surpopulation n’a pas été résolu. En fait, il devient un problème de plus en plus grave au fil du temps qui passe.

[…] Voyons brièvement les raisons de cette proche relation entre trop de gens, se multipliant rapidement et  la formulation de philosophies autoritaires et la montée de systèmes gouvernementaux totalitaires.

[…]

Pour le moment, la surpopulation n’est pas une menace directe à la liberté individuelle des Américains. Néanmoins, elle demeure une menace indirecte. Si la surpopulation devait mener les pays sous-développés au totalitarisme et si ces nouvelles dictatures devaient s’allier avec la Russie, alors la position militaire des Etats-Unis deviendrait bien plus précaire et les préparations pour la défense et la riposte devront être intensifiées. Mais la liberté, comme nous le savons tous, ne peut pas fleurir dans un pays qui est en permanence sur le pied de guerre ou même un demi pied de guerre. Une crise permanente justifie un contrôle permanent de tout et de tout le monde par les agences du gouvernement centralisé. Et la crise permanente est ce que nous devons nous attendre dans un monde où la surpopulation produit un état des choses dans lequel la dictature sous des auspices communistes, devient presque inévitable.

II – Quantité, qualité, moralité

Dans le meilleur des mondes de ma fantaisie, l’eugénisme et le dysgénisme sont pratiqués de manière systémique. Dans un set d’éprouvettes, des ovules biologiquement supérieures, fertilisées par des spermatozoïdes biologiquement supérieurs, le résultat reçoit le meilleur traitement prénatal possible et est finalement décanté en sujets Bétas, Alphas, voire Alphas Plus. Dans d’autres éprouvettes, des ovules biologiquement inférieures fertilisées par des spermatozoïdes inférieurs résultaient via la processus de Bokanovsky (96 jumeaux identiques en provenance d’un seul œuf) et traités de manière prénatale à l’alcool et autres poisons protéiniques. Les créatures qui en résultaient étaient presque sous-humaines, mais elles étaient capables de faire le travail de base ne demandant aucune qualification particulière et lorsque conditionnées correctement, en ayant de fréquentes interrelations avec le sexe opposé, en étant constamment distraites par un spectacle pathétique et gratuit et leur bonne attitude étant récompensée pour leurs doses quotidiennes de drogue soma, elles ne donneraient aucun trouble ni fil à retordre à leurs supérieurs.

En cette seconde moitié du XXème siècle, nous ne faisons rien de systémique au sujet de la reproduction mais avec notre façon de faire non régulée et aléatoire, nous ne laissons pas seulement la population croître hors de contrôle, mais il semble que nous laissions aussi le plus grand nombre d’individus être de bien plus basse qualité biologique. Dans les anciens mauvais jours, les enfants avec des défauts héréditaires moindres ou sévères ne survivaient que rarement. Aujourd’hui, grâce à l’hygiène, à la pharmacologie moderne et à la conscience sociale, la plupart des enfants nés avec des défauts héréditaires, arrivent à maturité et se reproduisent.

[…]

Dans un pays sous-développé et surpeuplé où les 4/5 de la population reçoit moins de 2000 cal par jour et 1/5 reçoit une nourriture adéquate, des institutions démocratiques peuvent-elles apparaître spontanément ? Ou si elles étaient imposées de l’extérieur ou d’en haut, pourraient-elles survivre ?

Maintenant, considérons le cas d’une société industrialisée, riche et démocratique dans laquelle, grâce à la pratique de la dysgénie aléatoire mais efficace, les QI et la vigueur physique sont sur le déclin. Pendant combien de temps une telle société pourra t’elle maintenir ses traditions de liberté individuelle et de gouvernement démocratique ? Dans cinquante ou cent ans d’ici, nos enfants apprendront la réponse à cette question.

Dans le même temps, nous nous retrouvons confrontés à un problème moral plus perturbant. Nous savons que la poursuite de bons objectifs ne justifie pas l’emploi de mauvaises méthodes. Mais que dire de ces circonstances, maintenant de plus en plus fréquentes, dans lesquelles de bon moyens mis en œuvre ont des résultats pas si bon que ça ou finissent par être mauvais ?

Par exemple, nous allons sur une île tropicale et avec l’aide des DDT, nous éradiquons le paludisme et en deux ou trois ans sauvons des centaines de milliers de vie. Ceci est bien évidemment bon. Mais ces centaines de milliers de personnes sauvées deviennent des millions qu’elles procréent et qui ne peuvent pas être correctement habillées ou nourries. Une mort rapide par le paludisme a été abolie, mais la vie misérable d’un grand nombre de sous-alimentés dans des endroits surpeuplés est maintenant la nouvelle règle, ainsi que son pendant : la mort lente par famine graduelle menace un plus grand nombre encore.

Et que dire des organismes congénitalement déficients que notre médecine et nos services sociaux maintenant préservent afin qu’ils puissent propager leur lot ? Aider les infortunés est évidemment une bonne chose. Mais la transmission directe à nos descendants des résultats de mutations défavorables et de la contamination progressive de nos gènes desquels les membres de notre espèce devront puiser, n’en est pas moins évidemment mauvais. Nous sommes sur les cornes d’un dilemme éthique, moral, et trouver la voie du milieu va demander toute notre intelligence et notre bonne volonté.

III – Surorganisation

Le chemin le plus large et le plus court vers le cauchemar du “Meilleur des mondes” passe, comme je l’ai signalé, par la surpopulation et l’accroissement de la démographie humaine. 2,8 milliards de personnes aujourd’hui [en 1958], quelques 6 milliards au tournant du siècle, avec la plupart de l’humanité devant faire le choix entre l’anarchie et le contrôle totalitaire.. Mais la grosse pression du nombre sur les ressources disponibles n’est pas la seule force qui nous propulse dans la direction du totalitarisme.

L’ennemi biologique aveugle de la liberté est allié avec des forces immensément puissantes générées par l’avance même de la technologie dont nous sommes si fiers. Fierté bien placée pourrait-on ajouter, car ces avancées sont le fruit du génie humain et d’un gros travail de persistance, de la logique, de l’imagination, de la créativité et de l’abnégation, dans un monde de vertus morales et intellectuelles pour lesquelles nous ne pouvons éprouver que de l’admiration. Mais la nature des choses de ce monde fait que personne ne peut avoir quoi que ce soit pour rien. Ces avancées technologiques ont un prix et ont du être payées. De fait, tout comme la machine à laver de l’an dernier, on les paie toujours et chaque traite est plus élevée que la dernière. Un grand nombre d’historiens, de sociologues et de psychologues ont écrit à profusion et avec la plus profonde des préoccupations, au sujet du prix que l’homme occidental a du payer et continuera de payer pour le progrès technologique. Ils ont fait remarquer par exemple qu’on ne peut pas attendre que la démocratie fleurisse dans des sociétés où le pouvoir politique et économique est progressivement concentré et centralisé. Mais le progrès de la technologie mène à toujours plus de concentration et de centralisation du pouvoir.

Alors que la machinerie de production de masse devient de plus en plus efficace, elle tend à devenir plus complexe et plus chère et donc moins disponible aux entreprises au moindre budget. De plus la production de masse ne peut pas marcher sans distribution de masse. Et la production de masse lève des problèmes que seuls les gros producteurs peuvent résoudre. Dans un monde de production de masse et de distribution de masse, le petit business avec son capital et son stock inadéquats est gravement désavantagé. En concurrence avec le gros business, il perd de l’argent et à terme son existence et son indépendance de producteur. Le gros business l’a avalé. Alors que de plus en plus de petits business sont absorbés, de plus en plus du pouvoir économique se concentre en le moins de mains possible.

Sous une dictature, le gros business, rendu possible par la technologie avancée et la ruine conséquente des petites entreprises, est contrôlé par l’État, c’est à dire par un petit groupe de leaders de partis politiques et de soldats, de flics et de fonctionnaires qui sont à leurs ordres. Dans une démocratie capitaliste comme les Etats-Unis, ceci est contrôlé par ce que le professeur C. Wright Mills a appelé “l’élite du pouvoir”. Celle-ci emploie directement plusieurs millions des travailleurs du pays dans ses usines, ses bureaux et magasins, en contrôle quelques millions de plus en leur prêtant de l’argent afin d’acheter les produits et par le fait qu’elle possède les médias de communication de masse, influence les pensées, les sentiments et les actions de virtuellement tout le monde. Pour parodier les mots de Winston Churchill, jamais autant de personnes n’ont été manipulées par si peu. Nous sommes en fait bien loin de l’idéal de la société libre de Thomas Jefferson composée de couches d’unités s’auto-gouvernant, “les républiques élémentaires des districts, des comtés et la république de l’Union, formant une graduation de l’autorité.

Nous voyons donc que la technologie moderne a mené à la concentration du pouvoir économique et politique et au développement d’une société contrôlée (implacablement dans les états totalitaires, poliment et de manière voilée dans les démocraties) par le gros business et le gros gouvernement. Mais les sociétés sont composées d’individus et ne sont bonnes que tant qu’elles aident les individus à réaliser leur potentiel et à mener une vie heureuse et créative.

Comment les individus ont-ils été affectés par les avances technologiques de ces dernières années ? Voici une réponse à la question faite par un psychiatre philosophe, le Dr Erich Fromm :

Notre société occidentale contemporaine, malgré ses progrès intellectuels, politiques et matériels, est de moins en moins propice à la santé mentale et tend à diminuer la sécurité interne, le bonheur, la raison et la capacité d’amour de chaque individu ; elle tend à le transformer en un automate qui paie pour ses échecs en humanité par le biais  de maladies mentales toujours croissantes et par son désespoir caché derrière une frénétique poussée vers le travail refuge et le soi-disant plaisir.

[…]

“Le meilleur des mondes” présente une image originale et crue d’une société dans laquelle la tentative de recréer l’humain comme des termites a été poussée aux limites du possible. Il est évident que nous sommes propulsés dans la direction du “meilleur des mondes”, mais il n’en est pas moins évident que nous pouvons, si nous le désirons vraiment, refuser de coopérer avec les forces aveugles qui nous y emmènent. Pour le moment en tout cas, le désir d’y résister ne semble pas encore très fort ni très répandu.

[…]

Il est intéressant de noter que dans “1984”, les membres du parti sont obligés de se conformer à une morale sexuelle plus sévère que le puritanisme. Dans “Le meilleur des mondes”, d’un autre côté, tous sont permis de satisfaire leurs pulsions sexuelles sans aucune restriction ni tabou. La société décrite dans la fable d’Orwell est une société en guerre permanente, et le but de ses dirigeants est d’avant tout bien entendu, d’exercer le pouvoir pour lui-même et la jouissance qu’il apporte et ensuite de maintenir leurs sujets dans cet état de tension constante inhérent à l’état de guerre perpétuelle et les incessantes demandes de ceux qui la mènent. En entrant en croisade contre la sexualité, les patrons sont capables de maintenir la tension sur leurs suiveurs et dans le même temps peuvent satisfaire leur faim de pouvoir de la façon la plus gratifiante possible. La société décrite dans “Le meilleur des mondes” est celle d’un État, d’une gouvernance mondiale, dans lequel la guerre a été éliminée et dans lequel le but principal des dirigeants est d’empêcher à tout prix leurs sujets de causer des problèmes. Ceci est réalisé entre autre méthode, par la légalisation d’une liberté sexuelle (rendue possible par l’abolition de la famille), qui garantit pratiquement à tout membre de ce “meilleur des mondes” une impunité contre toute forme de tension émotionnelle destructrice (ou créatrice). Dans “1984”, le désir de pouvoir est satisfait en infligeant la douleur ; dans “Le meilleur des mondes”, en infligeant un plaisir non moins humiliant.

L’´éthique sociale actuelle, de manière évidente, n’est qu’une justification du fait des conséquences les moins désirables d’une sur-organisation. Elle représente une pathétique tentative de rendre comme vertu nécessaire d’extraire une valeur positive de données déplaisantes. C’est un système de moralité irréaliste et donc dangereux. Le social et sa valeur dans leur entièreté sont assumés être plus grands que leurs composants, n’est pas un organisme dans le sens d’une ruche d’abeilles ou d’une termitière, qui elles peuvent être pensées comme un organisme. Ce n’est qu’une organisation, une création sociale, une pièce de machinerie sociale. Il ne peut y avoir aucune valeur si ce n’est celle de la relation à la vie et à la conscience. Une organisation n’est ni consciente, ni vivante. Sa valeur est instrumentale et dérivative. elle n’est pas bonne en elle-même, elle n’est bonne que dans la mesure où elle promeut la bonté des parties individuelles qui la composent et font parties du tout collectif. Donner plus d’importance à l’organisation qu’aux personnes, c’est subordonner la fin aux moyens. Ce qu’il se passe lorsque la fin est subordonnée aux moyens fut clairement démontré par Hitler et Staline. Sous leur contrôle hideux et pervers, les fins personnelles furent subordonnées aux moyens organisationnels au gré d’une mixture de propagande et de violence, de terreur et de manipulation systémiques des esprits. Dans les dictatures de demain, il y aura sans doute moins de violence que sous Hitler et Staline. Les sujets des dictatures futures seront administrés et régimentés par un corps d’ingénieurs sociaux très entraînés.

Le défi de l’ingénierie sociale dans notre époque”, écrit un enthousiaste de cette nouvelle science, “ressemble au défi de l’ingénierie technologique d’il y a 50 ans. Si la première partie du XXème siècle fut l’ère des ingénieurs, la seconde partie pourrait bien être celle des ingénieurs sociaux.” Et le XXIème siècle, je suppose, sera l’ère des contrôleurs du monde, le système de la caste scientifique et du meilleur des mondes. Pour la question quis custodiet custodes ? qui va garder les gardiens, qui va créer les ingénieurs sociaux, la réponse est un déni aveugle disant que ces gens n’ont pas besoin de supervision, de superviseurs. Il semble y avoir une certaine croyance chez les PhD en sociologie que ces mêmes Phd ne seront jamais affectés ni corrompus par le pouvoir… Comme Galahad, leur force est la force de dix parce que leur cœur est pur, et leur cœur est pur parce qu’ils sont scientifiques et qu’ils ont suivi plus de 6000 heures d’études sociales.

Hélas, une éducation supérieure n’est pas nécessairement la garanti d’une plus grande vertu ni d’une plus grande sagesse politique.

[…]

IV – La propagande dans une société démocratique

[…] Il y a deux sortes de propagandes: une rationnelle en faveur d’une action en accord avec l’intérêt personnel bien compris de ceux qui la font et de ceux à qui elle est adressée et une propagande non rationnelle qui n’est pas en accord avec l’intérêt personnel de quiconque, mais qui est dédiée et en appelle à la passion, au passionnel, aux émotions. Dans celle-ci, les actions des individus se préoccupent plus de motifs plus exaltés que de l’intérêt bien compris, mais là où une action collective doit être prise dans le domaine politique et économique, l’intérêt personnel bien compris est probablement le plus efficace de tous les motifs.

[…] Des mots de John Dewey : “un renouveau de foi en la nature humaine commune, dans ses potentialités de manière générale et dans son pouvoir en particulier de répondre à la raison et à la vérité, est un rempart plus sûr contre le totalitarisme qu’une démonstration de succès matériel ou d’une adoration dévote de formes légales ou politiques spécifiques.” Le pouvoir de répondre par la raison et la vérité existe en chacun de nous. Mais malheureusement aussi celui de répondre par la déraison, l’erreur et le mensonge.

[…]

La communication de masse n’est en fait ni bonne ni mauvaise ; elle est simplement une force et comme toute autre force, elle peut être utilisée à bon ou à mauvais escient. Utilisés du bon côté, la radio, la presse, le cinéma sont indispensables à la survie de la démocratie ; utilisés du mauvais côté, ils sont parmi les pires armes dans l’armurerie d’un dictateur. Dans le domaine de la communication de masse, comme dans presque tout autre domaine de l’entreprise, le progrès technologique a handicapé les petits et favorisé les grands. Il y a encore une cinquantaine d’années, chaque pays démocratique pouvait jouir d’un très grand nombre de petits journaux et d’organes de presse locaux. Des milliers d’éditeurs exprimaient des milliers d’opinions indépendantes Partout, pratiquement n’importe qui pouvait faire imprimer quelque chose quelque part. Aujourd’hui la presse est toujours légalement libre, mais la très vaste majorité des petites publications ont disparu. Le prix de la pâte à papier et de l’imprimerie et de l’information organisée est trop important pour la petite publication. Dans l’Est totalitaire, il y a une censure politique et les médias de masse sont contrôlés par l’État. En occident démocratique, il y a une censure économique et les médias de communication de masse sont contrôlés par une élite du pouvoir (politico-financier) et censure par l’augmentation des coûts de fonctionnement et la concentration du pouvoir de communication en moins de mains ceci est moins sujet à la controverse, mais n’est en rien ce que pourrait approuver un démocrate jeffersonien.

[…]

Une société dont les membres passent le plus clair de leur temps, non pas sur le terrain, pas dans l’ici et maintenant et dans un futur calculable et gérable, mais ailleurs, dans les autres mondes totalement sans importance que sont le sport, les jeux et les séries télévisées et dans la fantasmagorie métaphysique et la mythologie, verra qu’il est très difficile de résister à l’incrustation de ceux qui veulent la manipuler et la contrôler.

Les dictateurs actuels se fient la plupart du temps à la répétition, à la suppression et à la rationalisation ; la répétition de phrases toute faite, de mots clefs qu’ils veulent être acceptés comme vérité, la suppression de faits qu’ils veulent être ignorés et la mise en place d’une réaction émotionnelle qui peut être utilisée dans les intérêts du Parti de l’État. Alors que l’art et la science de la manipulation en viennent à être mieux compris, les dictateurs du futur vont sans aucun doute apprendre à combiner ces techniques avec des distractions ininterrompues qui, en occident, menacent maintenant de noyer dans un océan de futilité la propagande rationnelle essentielle à la maintenance de la liberté individuelle et la survie des institutions démocratiques.

A suivre…

“Un corps scientifique auquel on aurait confié le gouvernement de la société finirait bientôt par ne plus s’occuper du tout de science, mais d’une toute autre affaire. Et cette affaire, l’affaire de tous les pouvoirs établis, serait de s’éterniser en rendant la société confiée à ses soins, toujours plus stupide et par conséquent plus nécessiteuse de son gouvernement et de sa direction.”

“La science étant appelée désormais à représenter la conscience collective de la société, doit réellement devenir la propriété de tout le monde.”

~ Michel Bakounine ~

meilleur-des_mondes
Le meilleurs des mondes ?… Il suffit de dire NON ! Ensemble !

4 Réponses vers “Analyse et réflexions sur la dictature post-moderne : Retour au meilleur des mondes d’Aldous Huxley – 1ère partie –”

  1. Dr Igor Sheperd
    « COVID est une opération militaire globale, nous sommes sous le coup d’un génocide génétique »,,
    entretien sur LewRockwell :
    https://www.lewrockwell.com/2021/11/no_author/dr-igor-shepherd-covid-is-a-global-military-operation-were-facing-genetic-genocide/

  2. […] en ces temps de dictature sanitaire tournant au totalitarisme total pas à pas. Nous avons publié ce texte en 3 parties le mois dernier. Le voici réuni en un seul épisode sous format PDF. A lire et diffuser sans […]

  3. Poutine utilise le système Union pay chinois qui profite à Rothschild et Bill Gates (Union pay est partenaire de Microsoft et Paypal, tous les deux dont Rothschild est actionnaire, et Bill Gates est partenaire de Baidu, Tencent, Alibaba, et Rothschild est actionnaire de Tencent et Alibaba, et Rockfeller est actionnaire de Baidu)

    https://guyboulianne.com/2022/03/08/la-russie-se-tourne-vers-unionpay-la-carte-chinoise-liee-au-reseau-mir-apres-la-suspension-des-operations-de-visa-et-mastercard/

    donc ceux qui disparaitront après la victoire de la Russie contre l’UE ne sont certainement pas Rothschild et Bill Gates et Rockfeller

    et tant que ces 3 types seront au pouvoir en coulisses (Chine-Russie ou USA), ils nous chasseront pour la piqouze forcé jusqu’aux chiottes

    sources

    Rothschild actionnaire d’Alibaba (page 6) et Tencent (page 3) et Microsoft et Paypal en copiant la liste sur word
    https://www.holdingschannel.com/all/stocks-held-by-rothschild-investment-corp-il/

    Rockfeller actionnaire de Baidu

    https://omaha.com/lifestyles/technology/russian-banks-consider-china-unionpay-cards-after-sanctions/article_51e66a6b-8cc1-5994-8f20-559ba5f199a8.html

    Union Pay Chine partenaire de Microsoft
    https://nocash.ro/microsoft-china-unionpay-to-cooperate-on-internet-payment/

    Union Pay chinois partenaire de Paypal
    https://www.marketresearch.com/GlobalData-v3648/China-UnionPay-Competitor-Profile-30157051/

    Microsoft partenaire d’Union Pay chinois
    https://www.microsoft.com/en-us/p/union-pay/9nblggh4v60r?activetab=pivot:overviewtab

    Microsoft partenaire de Baidu du crédit social chinois
    https://news.microsoft.com/2017/07/18/baidu-and-microsoft-join-forces-in-the-intelligent-cloud-to-advance-autonomous-driving/
    https://www.developpez.com/actu/90300/Microsoft-annonce-un-partenariat-avec-Baidu-pour-encourager-la-migration-des-utilisateurs-Chinois-vers-Windows-10/

    Microsoft partenaire de Tencent du crédit social chinois
    https://afkgaming.com/mobileesports/news/tencent-is-reportedly-working-with-microsoft-to-bring-age-of-empires-to-smartphones

    Union Pay le système monétaire chinois répand le Qrcode
    https://www.unionpayintl.com/en/mediaCenter/newsCenter/companyNews/3069.shtml

    Sakia de Rotschild fait partie des young leaders chinois
    https://francechinafoundation.org/les-young-leaders-2019/?lang=fr

    L’Union Européenne veut imposer le Qrcode de la piquouze à partir de juillet 2022 pour pouvoir retirer les billets des guichets automatiques

    après la victoire russe, l’UE va faire sa loi de vax et Qrcode obligatoire pour mai 2022 pour utiliser le système monétaire chinois de la piqouze forcé de Qrcode et de dépense et vente interdite sous prétexte de CO2 bidon pour génocider les européens

    tous les vax américains, européens, chinois, russes ont du graphène
    http://xochipelli.fr/2022/01/nouvelles-des-brigades-anti-graphene-janvier-2022/

    donc voilà vous êtes servi de graphène en cas de défaite ou victoire de l’UE

    donc sortez du système par vous mêmes avec l’énergie libre (free energy 220 v sur youtube pour les tutos) et l’eau à partir de l’air (water from air sur youtube)

    et n’attendez pas de faux sauveur, vous serez déçu

    le seul qui garantira la liberté et l’indépendance de votre corps, c’est vous

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