L’antidote en action : L’État est une relation sociale, qui ne peut être détruit que par l’instauration de nouvelles relations entre les individus (Gustav Landauer)

jeanmoulin1

Faibles hommes d’état, plus faible peuple !

Gustav Landauer

“Der Sozialist”, juin 1910

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Un homme pâle, nerveux et malade est assis à son bureau. Il écrit des notes sur une feuille de papier. Il compose une symphonie. Il travaille rapidement, utilisant tous les secrets de son art qu’il a appris. Quand cette symphonie est jouée, cent cinquante musiciens jouent dans l’orchestre ; dans le troisième mouvement, il y a dix timpani, quinze instruments de percussion et un orgue ; dans le mouvement final, un chœur en huit parties de cinq cents choristes est ajouté ainsi qu’un orchestre supplémentaire de fifres et de tambours. L’audience est stupéfaite par l’énorme force et la vigueur imposante de l’œuvre.

Nos hommes d’état et nos politiciens et de plus en plus la totalité de la classe dirigeante, nous rappellent ce compositeur qui ne possède en rien un quelconque pouvoir, mais permet aux masses d’apparaître puissante. Nos politiciens et hommes d’état cachent également leur faiblesse réelle et leur incapacité derrière un orchestre géant désirant obéir à leur commandement. Dans ce cas précis, l’orchestre est le peuple en armes, l’armée.

Les voix coléreuses des partis politiques, les plaintes des citoyens et des travailleurs, les poings fermés dans les poches du peuple, rien de tout cela ne doit être pris au sérieux par le gouvernement. Ces actions manquent de force réelle parce qu’elles ne sont pas soutenues par les éléments qui sont naturellement les plus radicaux en chaque personne : les jeunes hommes de la tranche d’âge des 20-25 ans. ces hommes sont sous les drapeaux dans des régiments sous le commandement de notre gouvernement inepte. Ils suivent chaque ordre sans poser de questions. Ce sont eux qui aident à camoufler les véritables faiblesses du gouvernement, leur permettant de demeurer indétectées, à la fois dans et en dehors de notre pays.

Nous, socialistes, savons comment le socialisme, c’est à dire la communication immédiate des véritables intérêts, a lutté contre la règle des privilégiés et leur politique fictive depuis plus de cent ans. Nous voulons continuer et fortifier cette tendance historique puissante, qui mènera à la liberté et à l’équité. Nous voulons le faire en éveillant l’esprit et en créant des réalités sociales différentes. Nous ne sommes en rien concernés par la politique d’état.

Si les pouvoirs d’une politique de non-esprit et violente gardent suffisamment de force pour créer de grandes personnalités, comme de forts politiciens ayant vision et énergie, alors nous devons respecter ces hommes même s’ils sont dans le camp ennemi. Nous pouvons même concéder que les vieux pouvoirs garderont encore quelque temps la main. Néanmoins, il devient de plus en plus évident que l’État n’est pas fondé sur des hommes à l’esprit fort et sur le pouvoir naturel. Ceci est fondé sur l’ignorance et la passivité du peuple. Ceci vaut également pour les moins heureux d’entre tous, pour les masses prolétariennes. Celles-ci ne comprennent pas encore qu’elles doivent échapper à l’État et le remplacer, qu’elles doivent construire l’alternative. Ceci n’est pas seulement vrai ici en Allemagne, ceci est vrai partout dans n’importe quel pays.

D’un côté nous avons le pouvoir de l’État et l’impuissance politique des masses divisées en individus déconnectés et de l’autre, nous avons l’organisation socialiste, une société des sociétés, une alliance des alliances, en d’autres termes : un peuple et son esprit. La lutte entre les deux côtés doit devenir réelle. Le pouvoir des états, le principe de gouvernement et ceux qui représentent l’ancien ordre vont devenir de plus en plus faibles. Le système entier disparaîtrait sans laisser de trace si le peuple commençait à se constituer en tant que peuple hors de l’État. Mais les gens n’ont pas encore compris cela. Ils n’ont pas encore compris que l’État va remplir certaines fonctions et demeurer une nécessité inévitable aussi longtemps que son alternative, la réalité socialiste, n’existe pas.

On peut retourner une table ou casser une fenêtre. Mais ceux qui croient que l’État est aussi une chose ou un fétiche qui peut être renversé ou cassé sont des sophistes et des croyants en la Parole. L’État est une relation sociale ; une certaine façon par laquelle les gens se mettent en relation les uns avec les autres. Il ne peut être détruit que par la création de nouvelles relations sociales, c’est à dire par le fait que les gens changent leur relation les uns avec les autres.

Le monarque absolu dit : L’État c’est moi. Nous, qui nous sommes emprisonnés dans l’état absolu, devons comprendre la vérité : Nous sommes l’État ! Et nous le serons aussi longtemps que nous ne sommes pas quelque chose de différent ; aussi longtemps que nous n’ayons pas créé les institutions nécessaires à une véritable communauté, à une véritable société d’êtres humains.

resistance1

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