Ce monde façonné pour nous doit disparaître pour laisser place à un monde façonné par nous (1ère partie)

Double monde

Lukas Stella

Mai 2020

1ère partie

2ème partie

Confinement en confusion, démence sous air conditionné

Agrippés à nos croyances normalisantes, nous nous retrouvons confinés dans nos certitudes. Le monde qu’on nous présente dans ses représentations spectaculaires, est une escroquerie, celui qu’on se représente soi-même une illusion. Cette réalité mise en scène sous air conditionné, réfléchit l’image de soi selon l’air qu’on lui donne dans les apparences trompeuses de la société du spectacle. Un deuxième monde apparaît qui se substitue au temps vécu qui nous échappe.
Ne pas se leurrer sur nos interprétations des situations peut nous permettre de mieux nous approprier nos perceptions et notre compréhension de ce double monde confus, mensonger et hypocrite, afin de pouvoir le transformer collectivement par nos actes de rébellions émancipatrices, partagés dans une convivance insurrectionnelle.

UN SYSTÈME DE CROYANCES RÉGI PAR LA PEUR

Sous la dictature économique et son conditionnement publicitaire, la liberté se crée dans un combat quotidien. Ce n’est pas un concept abstrait à l’usage de philosophes, de politiciens ou de publicitaires, mais bien une pratique individuelle et collective égalitaire. C’est la possibilité de pouvoir choisir l’usage de son temps, de la disposition de son corps et de son mental, de l’expression de ses émotions sans contraintes ni entraves. 

Le pouvoir de choisir un pouvoir dominateur autoritaire n’est pas une liberté. Celle-ci nécessite que les conditions d’existence soient consenties par chacun et auto-organisées égalitairement par tous. Personne ne peut imposer sa conception de la liberté sans nier celle des autres. La liberté s’accomplit par la fin de toute domination, l’abolition de l’esclavage du travail et de la mesure des inégalités par l’argent. Elle se réalise par la dissolution de la normalité imposée dans une diversité partagée. Elle ne peut être que générale, pour tous ou pour personne.

La privation de liberté est l’abus de pouvoir de l’État policier pour maintenir et renforcer l’ordre de sa domination. Elle peut être subie ou acceptée dans une prison, un hôpital psychiatrique ou à domicile. Le confinement consenti est une astreinte collective à rester enfermé, un effort nécessaire, une incarcération volontaire à domicile. Si l’épidémie est grave, elle n’est pas dramatique. La moitié du monde a été confiné pour le Covid-19, incarcéré à domicile, interné la peur au ventre. C’est l’hystérie sécuritaire d’un pouvoir despotique qui est contagieuse et dangereuse. Le conseil scientifique du pouvoir fascisant est corrompu et pas crédible. Sous de faux prétextes, par les mesures coercitives d’un état d’urgence, on nous prive de nos libertés, pendant que la pensée unique médiatisée produit des crédules bien soumis. Le conditionnement mental est entretenu par une psychose permanente, et la soumission par l’instauration d’un climat de peur et de panique.

Le confinement isole, sépare et déshumanise dans l’aliénation d’une survie de misère. Le rapport aux autres est devenu virtuel. Les prothèses technologiques ont remplacé les relations humaines. À ce qui était directement vécu s’est substituée une représentation numérique dans une mise en scène spectaculaire des rapports marchands. Et les manifs virtuelles au balcon n’expriment qu’un simulacre de révolte, des faux semblants qui affirment une résignation aux mensonges officiels de l’État policier. Dans les réseaux sociaux, il n’y a de communautaire que l’illusion d’être ensemble. La fausse communication fait de chacun le flic des relations aux autres dans un isolement bien réel. Les personnes-objets ne sont plus que des marchandises connectés virtuellement.

Les médias et les politiques ont piqué leurs crises de nerfs hypochondriaques. La peur irraisonnée de la maladie et de l’autre présumé contagieux fait accepter les contraintes et la privation de liberté, la psychose fait endurer un peu près n’importe quoi, se résigner à subir la dictature et se soumettre à l’ordre sécuritaire. L’autre n’est plus qu’un ennemi contaminant qu’on maintient à distance, par des gestes barrière, nous plaçant ainsi dans un isolement sécuritaire autogéré. Et si l’autorégulation ne suffit pas, une discipline sécuritaire infantilisante nous rappelle violemment à l’ordre par la répression et l’obligation de payer une amende. Le confinement général, accompagné de l’absence de dépistage à grande échelle au plus tôt, et de l’absence de traitement par médicament, a prouvé son inefficacité, sa dangerosité par la psychose malsaine qu’il entretient. Toutes les lourdes menaces épidémiques répandues par les médias et les politiques se sont toujours avérées après coup, exagérées, fausses et mensongères. 

Mettre en perspective les chiffres morbides relatifs au développement de l’épidémie, dont nous bombardent quotidiennement les médias, en les replaçant dans un contexte élargi dans le temps et l’espace, peut permettre, par comparaison, de les relativiser et de dédramatiser les prévisions désastreuses et anxiogènes diffusées de partout. L’analyse critique et la réflexion situationnelle sont les seules échappatoires à cette propagande catastrophique qui répand dangereusement la crainte, la frayeur, l’angoisse et l’affolement.

Les modélisations prédictives des biostatisticiens font office de dogme, justifiant la terreur et son état de guerre, permettant d’instaurer rapidement un régime totalitaire. L’acceptation de la contrainte exprime l’espérance d’une libération future, la pénitence devient rédemption, et la croyance en ce devenir une évidence avérée, une religion scientiste. C’est une conviction proche de la foi, construite sur une prédiction probabiliste qui s’impose comme une dévotion fanatique indispensable à une résurrection salvatrice. 

Une fois que la dramatisation a été crue, et le prétexte accepté, tous les gens de pouvoir se sont précipités pour utiliser cette aubaine et en profiter au maximum, que ce soit des États, des trusts ou des spéculateurs. 

La dette des États, gonflée par la Banque Centrale Européenne, sert à payer les entreprises et les financiers, et sert aussi de justification aux politiques d’austérité, qui ont déjà broyé nos services publics, nos systèmes de santé, nos droits, nos conditions de travail, nos congés… La création monétaire de milliers de milliards pour combler les dettes des entreprises, des actionnaires et des financiers, dévalue l’argent par une augmentation des prix et la résurgence d’une inflation tenace. En payant plus cher les marchandises, on paie une sorte de taxe au pouvoir pour rembourser cette dette, et ce racket général peut proliférer grace aux politiques antisociales. Sous prétexte de l’état d’urgence sanitaire, des mesures sont mises en place pour la surveillance généralisée, le tout sécuritaire faisant infuser dans les esprits la peur, le repli sur soi, la culpabilité et la stigmatisation. La récession économique produit une régression sociale avec une augmentation considérable du chômage et de la misère. Cette insécurité sociale justifie le durcissement de la dictature économique et de la tyrannie technologique.

Le spectacle médiatique génère en permanence un vent de panique pour faire accepter l’escroquerie de la crise financière qui a surfé sur l’épidémie. La crise est la norme. La panique des uns fait le bonheur des autres. Le capitalisme n’est pas affaibli par la crise, passer d’une crise à l’autre est son fonctionnement normal. Le krach est un outil financier. La crise est déclenchée par les spéculateurs les plus avisés pour accélérer et accroître énormément et rapidement leurs profits sur le dos des plus petits qui ne l’ont pas vu venir. 

Cette crise était annoncée de longue date, les spéculateurs milliardaires ont utilisé le coronavirus pour mieux la déclencher et en tirer les meilleurs profits, quitte à ébranler l’équilibre général. L’économie et la production représentent moins de 10 % des richesses, les 90 % restant traficotent dans les sphères de la haute finance, dans des bulles financières spéculatives, qui rapportent bien plus que l’économie réelle pour ceux qui en ont les moyens et savent y faire. Si l’économie s’en retrouve affaiblie, c’est pour mieux faire payer les populations. Quand certains perdent, d’autres gagnent, rien ne se perd, la circulation de l’argent s’accélère considérablement pour un moment seulement. 

La démocratie est suspendue, la dictature établie, la loi martiale imposée. Le couvre-feu permanent est accompagné d’autorisations spéciales de sortie, instaurant le contrôle généralisé de la vie quotidienne. Il fallait écraser la rébellion qui se répandait et s’installait dans la durée. Ils devaient utiliser les grands moyens pour faire taire cette contestation mondiale, dans une période d’instabilité pour éviter l’effondrement des pouvoirs dominants et préserver les privilèges des hyper-riches. L’autorité de l’État policier est renforcée afin d’achever le grand pillage des biens publics, et de parfaire l’arnaque de la crise financière que les populations encore plus appauvries devront payer, en se soumettant à leur misère soudainement accrue.

Au cours de cette survie anxiogène sans devenir, les situations stressantes habituelles activent dans le cerveau des comportements réflexes de protection, d’adaptation et de soumission qui empêchent de réfléchir et de comprendre les situations subies. L’intoxication mentale des médias de masse se répand sans être vue, elle contamine l’air de rien. Notre exposition permanente à des produits ou des informations toxiques produit une accumulation de toxines persistantes dans notre organisme jusqu’à saturation. Nous sommes sous perfusion directe, dans notre corps et notre mental, empoisonnés de toute part en quantité infinitésimale et constante sur le très long terme. L’habituelle accoutumance nous est imperceptible, mais la dépendance bien réelle qu’elle entraîne produit une addiction durable maladive. 

La libre exploitation de la vie est inhérente au fonctionnement du capitalisme, la pollution dévastatrice qui en découle détruit l’humanité. Le pouvoir destructeur de la production marchande n’a plus d’entrave dès lors qu’il est économiquement nécessaire aux affaires juteuses de quelques multimilliardaires. La marchandisation s’est étendue à la globalité du monde, ses nuisances n’ont comme limites que l’écroulement général. 

Pour ne pas sombrer avec un monde en perdition, il est important maintenant de comprendre que notre intelligence cognitive est polluée par toutes sortes de toxines, et se retrouve, sans qu’on s’en aperçoive, conditionnée et diminuée. Notre appréhension du monde devient confuse et obscure, et notre aptitude à nous l’approprier réellement aliénée.

Nous sommes séparés du monde sur lequel nous n’avons plus de prise. Cette réalité séparée nous échappe. On nous fait croire que chaque chose a sa place, qu’il ne faut pas tout mélanger et que cette dissociation favorise l’étude scientifique qui permet de différencier le vrai du faux. L’ignorance volontaire de la compréhension de l’ensemble, compartimente la pensée et limite la réflexion à des oppositions contradictoires bien cloisonnées, réduit l’intelligence à une soumission maladive, à une accumulation de vérités préfabriquées séparées, intransigeantes et autoritaires. La compréhension globale pertinente est diminuée et aliénée par les omissions, la focalisation, le cadrage, les séparations, la dissection, la décomposition. Tout est bien rangé dans des cases et n’est qu’affaire de spécialistes experts. La bonne convenance en vigueur impose une totale soumission à la conformité admise. 

Tout ce qui était structurellement relié est tranché dans le vif, disséqué, isolé puis bien séparé. Cette conception qui détruit la cohérence de la vie est pathologique. Nous sommes coupés mentalement de notre nature vivante par cette doctrine réductrice dominante. Étrangers à nous-mêmes, nous sommes étrangers aux autres et à notre monde qui devient un environnement extérieur, un objet à maîtriser, une marchandise à optimiser pour les affaires. Cette réalité objective prédéfinie, composée d’objets de commerce, se présente comme une évidence à laquelle on doit impérativement se soumettre, une fatalité. 

L’expérience de l’existence se limite à la consommation de ses représentations. L’absence d’expérimentation vécue fabrique un monde abstrait d’objets désincarnés. Dans une réalité dominée par les objets, se confondent dans la confusion, la perception d’un fait et son interprétation, l’observation et l’idée qu’on s’en fait, la description et son commentaire, l’expérience directement vécue et des jeux d’apparences préfabriqués. Notre vision du monde est troublée, détériorée, dénaturée et falsifiée par cette manière de voir, réelle toxine mentale qui nous empoisonne la vie. 

Pour nous émanciper de ce conditionnement uniformisé, nous devons expérimenter des pratiques personnelles situationnelles, d’où émerge une compréhension dont le sens dépend du contexte et du cours des événements. On peut ainsi commencer à comprendre les transformations des processus de la vie, dans le cours de leur histoire propre. Pour éviter de se faire enfermer et figer dans des vérités obtuses et autoritaires à prétention universelle, il nous faut partir de points de vue plus larges qui facilitent le partage de communications sur nos propres communications dans l’émergence d’une coopération collective égalitaire, indispensable au renversement de l’ordre des choses marchandes.

L’information répandue par la presse, soumise aux directives de ses actionnaires a été mise sous la tutelle de quelques trusts médiatiques. L’opinion uniformisée est aujourd’hui manipulée et programmée dans la mise en scène de sa représentation. Le pouvoir illimité des agences de presse internationale permet la centralisation, le contrôle et la censure des infos mondialisées. La focalisation simultanée des mass-médias révèle et dissimule cette censure à la base de la construction de toute information déformante. Les faits sont récupérés, détournés dans un point de vue conforme aux intérêts des affairistes milliardaires, puis transformés en actualités événementielles, vision contemplative du désastre présentées en drames obsessionnels, qui servent prétexte au développement de politiques liberticides et antisociales. Ces grands organes de presse mettent la pression sur notre mental en organisant et conditionnant la vision et l’entendement de la réalité d’un monde en perpétuelle représentation. 

Le réel est ce qui est visible, ce qui n’apparaît pas n’existe pas. Tout ce qui sort du cadre, ce qui est hors champ n’a pas de réalité. Ce qui est derrière l’objectif n’a pas d’apparence, et est effacé. Cette omission forme l’angle mort du contexte dans l’observation restreinte d’une vision bornée, obtuse et étriquée. En changeant de point de vue, en recadrant plus large avec un contexte plus étendu, on change le sens accordé à la situation, ce qui en modifie la compréhension en l’enrichissant dans une dimension plus globale. 

Mais dans le monde des apparences, les convictions sont prises pour des vérités, des principes dogmatiques que l’on croit naturels. La vérité n’est qu’une croyance arrogante qui méprise les autres considéré comme étant fatalement dans l’ignorance et l’erreur. Ce qui est pris pour la vérité n’est qu’une approximation partielle prétentieuse. Ce n’est que l’illusion mégalomane de la perfection qui ne peut que s’imposer autoritairement comme le seul point de vue possible, la seule réalité. Ce n’est qu’une conception de l’esprit de l’observateur, à un moment de son histoire, qui ignore les autres, en les niant comme individus libres et égaux. 

Pour nous enrichir et nous accomplir nous pouvons affiner nos différences ensemble par une coopération égalitaire, en partageant, comparant et confrontant nos observations, nos réflexions et nos compréhensions du moment. Le réel se concrétise dans le monde que nous habitons en le vivant, en prenant les dimensions de notre cohabition avec les autres. L’accomplissement personnel se vit dans cette mise en commun qui construit nos existences. Nos dérives spontanées engendrent notre devenir dans le cours des hasards partagés.

Dans le monde des apparences, l’utilisation de certains mots, la critique de certaines idées reçues intouchables déclenchent un processus d’identification arbitraire, la réduction d’une personne à une simple étiquette, catégorisée et stigmatisée. La science des marchands en est un exemple garanti, comme vérité incontestable d’une unique réalité qui s’impose comme une évidence. C’est la dictature des experts du pouvoir dominant. 

Méfions-nous de ce scientisme mercantile, et ne prenons pas la propagande conformiste de nos ennemis oppresseurs pour des réalités irréfutables. Remettons en cause leur pensée unique, discutons des faits, des démonstrations, des interprétations et des déductions, critiquons leurs évidences autoritaires, comparons les chiffres dans un contexte historique élargi, sans utiliser d’étiquettes exclusives et dénigrantes, qui jugent arbitrairement sans réflexion ni débat possible. Le bannissement ne rend pas intelligent. Tous ceux qui condamnent une personne, la stigmatisant comme hérétique, parce qu’elle n’est pas dans la norme admise, en lui collant une étiquette méprisante et colomnieuses, sans exprimer leurs analyses critiques sur les arguments et les démarches explicatives, n’expriment que leur arrogance prétentieuse, leur manque de réflexion, leur nuisance et leur confusion, qui entretiennent une soumission volontaire à la conformité dont ils se rendent complices. 

Ceux qui traitent de “complotistes” les personnes qui comprennent les situations avec une perspective différente des idées admises, sans se référer explicitement à l’analyse du spectacle répandue par les médias comme idéologie de la caste dominante, s’économisent tout discernement et toute argumentation critique, et restent ainsi les esclaves du système de représentation de ce vieux monde marchand en perdition. 

Notre diversité vivante est bien plus riche et créative que leur normalité intolérante. Nous n’avons personne à convaincre, nous souhaitons seulement réfléchir ensemble avec nos points de vue divergents. Nous n’avons pas de ligne directrice à laquelle tout le monde doit se plier. Méfions-nous des détenteurs de vérités qui censurent et qui méprisent les ignorants pour les convaincre et mieux les vaincre. C’est une attitude guerrière, militaire, sectaire, voire stalinienne. Le partage et le débat sont la base des pratiques antiautoritaires et égalitaires.

La croyance aveugle en sa propre vérité n’est pas dans l’observation de la réalité, mais dans la relation qu’on a avec les gens qui ne croient pas à la même réalité. L’explication des phénomènes dépend des rapports qu’a l’observateur avec des gens qui partagent plus ou moins le point de vue dont il parle. Le mot n’est que l’étiquette de l’opération qu’il représente, mais pas une chose abstraite, extraite de sa propre expression. Cette opération, partagée avec d’autres, fait distinguer dans son contexte, les phénomènes en les faisant exister. On n’observe pas des objets étrangers et désincarnés, on contextualise nos observations dans nos relations avec d’autres qui sont différents. 

Le show de la société a inventé la réalité immuable. L’objectivité réaliste invente un monde figé chosifié, étranger à toute expérimentation humaine, à tout partage. L’omission volontaire du sujet vivant observateur, marchandise sa pensée en idéologie, séparée de son vécu incarné dans l’expérience de la situation vécue au cours de son évolution incertaine. Cette idéologie s’invente un autre monde, dans l’abstraction de sa représentation. 

Dans le monde du vécu, la réel n’est pas séparée de nous, il ne nous est pas extérieur, il fait partie intégrante de notre existence. En l’expérimentant avec d’autres, nous l’incarnons en le vivant. Comprendre notre expérimentation du monde nous fait prendre corps au cours de sa réalisation. Il ne nous échappe plus. On peut ainsi reprendre le pouvoir sur nos conditions d’existence et se réapproprier nos vies librement. 

Notre expérience personnelle ouverte aux autres et construite avec eux engendre une intelligence situationnelle incarnée dans le moment vécu, avec ses doutes, ses incertitudes, ses hasards, ses intuitions, ses inventions, son humour et sa spontanéité. 

L’intelligence ne se possède pas, ce n’est pas un stock de marchandises informatives que l’on peut se payer, mais bien un processus instable et irrégulier que l’on construit, qui nous défait et nous refait en permanence. C’est une suite d’expériences qui permettent le développement spontané de notre compréhension, une recherche d’équilibre qui convient, qui rend viable la situation vécue et qui enrichit nos capacités à avancer en s’assumant, avec nos doutes et nos incroyances, sur ce chemin que nous choisissons et inventons au fur et à mesure, dans la dérive naturelle de notre propre histoire. L’intelligence se réalise par une volonté de comprendre et par le développement des capacités à avancer par soi-même sur le chemin de cette compréhension.

Plus l’organisation de la société est autoritaire, procurant à un petit nombre tous les pouvoirs de décision, plus la stabilité sociale est fragile. Plus le nombre de décisionnaires est important plus les excès sont régulés par le nombre et la diversité. Plus la société est dictatoriale plus elle détruit son équilibre, sa cohérence sociale et plus elle est fragilisée dans une insécurité croissante. De même, le nombre de points de vue différents crée la richesse et la justesse de l’observation d’un phénomène. Comme l’explique la relativité restreinte d’Einstein, plus le nombre de coordonnées est important, plus l’observation se rapproche de l’exactitude. L’intelligence collective émerge des interrelations et de la coopération entre individus particuliers différents. 

Comprendre le fonctionnement d’un système c’est appréhender ses parties dans l’ensemble de ses interactions, dans l’entendement des relations qui composent les réseaux de sa structure particulière. La compréhension des relations, en tant que facteurs constitutifs d’une structure, génère une connaissance humaine évolutive. 

La collectivité crée une intelligence qui devance, et de loin, la simple addition de ses éléments. De la totalité se manifeste une pertinence irréductible qui dépasse ce qui la compose. Les concessions opportunistes des critiques partielles, aménagements de détails, améliorations de la forme, emprisonnent l’entendement dans un réformisme collaborateur et conformiste. Il importe de rattacher chaque critique à la totalité pour l’appréhender dans la complexité situationnelle de son vécu, et l’émanciper dans un renversement de perspective révolutionnaire.

EXHIBITIONS EN ÉTALAGE

La pub met en scène des images de marque dans ses vitrines. Elle affiche les signes de dépendance à la propriété privée, comme du bétail marqué au fer rouge par son propriétaire. Les marchandises se donnent en spectacle pour se faire remarquer et le système fait son show. Mais l’apparence du bonheur consumériste cache l’horreur de l’esclavage productiviste. Le plaisir d’achat du consommateur est toujours fugace et décevant. La pub n’est qu’une illusion, une opération marketing de l’existence, son euphorie est éphémère, ses réjouissances momentanées, son enthousiasme putrescible. Le rêve d’un instant masque le cauchemar d’une époque. Même si ses gratifications sont temporaires, le mythe de la publicité construit un sentiment d’identité unificateur dans une société merveilleuse, pourtant composée d’individus isolés en miettes, déstructurés par une compétition sans fin dans la permanence des apparences trompeuses. La séduction et la persuasion permanente de publicités tapageuses permettent à la dictature économique d’imposer ses restrictions antisociales sans trop se faire voir, planquées derrière les écrans de ses mises en scène numériques.

Tout le monde croit échapper à l’emprise publicitaire, personne ne se sent manipulé à son insu. C’est justement parce qu’on ne s’en rend pas compte que la pub est efficace. Elle agit insidieusement dans l’inconscient par son omniprésence et ses répétitions outrancières. Imbibé durablement dans la soumission aux marchandises, le bon consommateur-accro de pub devient un toxico du paraître dans un monde de spectacle. Une forte dépendance toxicomaniaque est produite par la recherche obsessionnelle de plaisirs de compensation dans une consommation addictive et compulsive de drogues marchandes, dealées par des publicitaires illuminés.

Les marchandises ne sont plus de simples objets de commerce, mais les images alléchantes de leurs marques. Leur valorisation dévalorise l’humain. La valeur ajoutée des affaires n’est plus dans la fabrication, mais dans le marketing. En consommant l’image remarquable, on devient soi-même l’image de marque que l’on a cru acheter. C’est son identité que l’on paie à la caisse, celle que l’on vend aux regards des autres comme production de sa propre consommation. 

Il suffit de catégoriser un individu à partir de la sélection de quelques mots clés pour faire un profil qui sera sa marque à faire remarquer. Il suffit alors d’avoir l’air pour se donner une apparence et faire bonne impression. L’image qui se remarque n’est pas une marchandise, mais un style de vie, une attitude à la mode, un ensemble de nouvelles valeurs toujours périssables. La pub impose sa culture, celle de la petite bourgeoisie, des marchands et des affaires. C’est la propagande d’un certain style de vie qui dissémine de partout la fièvre acheteuse. 

La pub comble de ses illusions le vide d’une vie vampirisée par un travail épuisant. Les faux besoins maquillent les vrais désirs pour mieux les travestir, les dissimuler pour mieux les occulter. Dépenser le salaire de misère, fruit de son esclavage et de la souffrance, donne accès à une partie des apparences difformes d’un bonheur factice, à un peu de paradis artificiels, en vendant son identité au rabais pour tenter de combler un manque tenace. Pour paraître quelqu’un, il faut donner l’illusion d’être, marquer son public, impressionner son assistance. Il suffit d’avoir l’air pour faire son effet sur des spectateurs admiratifs, se démarquant des autres par sa conformité assumée, acheté dans les étalages des rôles provisoires normalisés, puis consommé dans le show de son existence factice.

En achetant une satisfaction hypothétique, c’est l’appétence qu’on paie, en se goinfrant de ses propres désirs, cannibalisant sa convoitise. Dopés de pub on s’autoconsomme sans réelle satisfaction, en consumant ses rêves. 

Un amour imaginaire est mis en scène par l’érotisme investi dans l’objet désiré. Ce transfert d’amour projeté dans l’objet désiré divinise la marchandise. Le désir est fantasmé. Le désir de l’objet remplace l’objet du désir. Cette passion pour les bienfaits illusoires de la consommation est une marque de l’absence, bourrée de tristesse et de ressentiment, ne produisant que convoitise et frustration. 

Le consommateur de sa propre vie effectue un transfert émotionnel sur l’image d’un style d’existence. C’est ainsi que la pub trafique les personnalités en travestissant les identités, commotionne les sens en faisant son cinéma, par la projection d’un soulagement chimérique. S’assimiler à une représentation idéalisée simule un sentiment d’existence dans le vide de l’ennui. Quand la marchandise irrésistible se divinise, elle produit l’apparence flatteuse d’une vie accomplie. Ce n’est qu’une escroquerie normalisée, une monstrueuse opération de formatage déformant. 

Une survie intenable, dans la peur et la méfiance des autres, restreint l’individu à son animalité barbare jouée au théâtre des illusions décevantes. Ce comportement de prédateur ruine et détruit toute expression vivante de solidarité, dans une hystérie consumériste suicidaire.

La publicité ne cherche pas à convaincre, elle change inconsciemment le comportement de sa cible pour modifier sa manière de penser dans une soumission normalisée. L’individu à la norme marchande formalise le comportement modèle dans un asservissement librement consenti, inconscient et efficace. L’obligation de consommer est masquée par le choix téléguidé de sa marchandise miraculeuse. Les promesses salvatrices ne sont jamais tenues, et le consommateur déçu déchante très vite, insastisfait dans une frustration chronique.

La surconsommation de marchandises fortement présente dans les pubs en cours donne l’impression de s’intégrer à l’élite heureuse, celle qui est positivement dans le coup, sans jamais se faire dépasser par les événements factices du spectacle. Ce bonheur chimérique dépend d’une consommation toujours plus intense d’images marchandes, dans la peur permanente de se faire exclure et bannir du groupe des vedettes populaires du monde des apparences, la peur de finir dans une grisaille misérable et sinistre en dehors des projecteurs, passé de mode. La standardisation des comportements est renforcée par cette peur de paraître anormal. C’est une course compétitive pour être le plus adapté à la norme. 

Les super-branchés du conformisme publicitaire se prennent tous pour les vedettes du magazine, et sur la scène de leur quotidien, leur seul objectif est de bien se faire voir pour se faire remarquer et se faire reconnaître coûte que coûte. Il s’agit de jeter de la poudre aux yeux sans se faire démasquer, faire classe, frimer dans l’esbroufe et l’euphorie de la suffisance. L’éloquence exubérante nécessaire aux apparences de la bonne convenance n’est qu’un baratinage, une succession de mots à la mode du moment. Les mots sont pris pour les images qu’ils représentent, les phases produisent une accumulation d’images-objets entassées sur l’étalage du verbiage au marché des apparences, une succession de mots marchandisés alignés sur le présentoir de la représentation mise en scène. La stupidité de cette consommation de mots en représentation se fait passer pour de l’intelligence contemporaine, une marque de supériorité. Ces possédés de leurs possessions se glorifient de leur bassesse servile.

La pub récupère et déforme, elle n’éduque pas et n’instruit pas, mais détruit la culture d’une époque en changeant le sens des mots, maquillant la signification des situations pour les intégrer de force au système marchand. La culture pub est un mythe destructeur qui nivelle la diversité dans une programmation des comportements. L’homme intoxiqué de pub n’est plus que l’ombre de lui-même sous les projecteurs de sa mise en scène qui lui échappe. 

Pour ne pas se faire rejeter par les autres ni exclure de la société, il faut prendre un rôle, adopter un style de vie à choisir parmi les diffusions des spots publicitaires, ou dans les étalages du spectacle. Le bonheur a été standardisé dans les artifices euphoriques des normes publicitaires, le seul modèle de liberté admis dans les jeux d’apparences en représentation. C’est une toxine qui détruit la spontanéité créative de la vie, une aliénation générale nécessaire au déploiement sans limites d’un mercantilisme totalitaire.

Ce que les idéologies de la domination imposent collectivement comme normalisation sociale et politique, les stéréotypes publicitaires le transmettent inconsciemment, le gravent dans l’intimité, l’ancrent au plus profond en chaque individu. Pris dans l’image qu’il se représente, le bourgeois, comme exemple à suivre, est obsédé en permanence par son apparence. Sa contre nature sophistiquée se décompose en étiquettes, selon un code de bonne conduite, dans l’éloge du mérite… sa maison est la société du spectacle. Cet acteur de sa propre existence s’isole dans la solitude de son rôle à exécuter, obsédé par l’air qu’il peut avoir, l’impression qu’il donne, l’image projetée à son public. En séparant tout, un peu partout, du tout, le cadrage de ce cinéma de la non-existence désagrège une unité en miettes dans une discontinuité permanente qui tranche dans le vif. Ce monde en mille morceaux, juxtapose des pauses, des instantanés sans aucun lien, une accumulation sans fin d’images sans contexte, une série d’anecdotes sans suite, le show d’un quotidien fait de faits divers sans cohérence et sans histoire.

La représentation du monde répandue par les médias prescrit les comportements modèles qu’il faut jouer dans le spectacle du quotidien. Cette reproduction d’attitudes et d’agissements préfabriqués détruit l’aptitude à participer à des situations imprévues en atrophiant les réactions spontanées et occultant les comportements inhabituels, vivifiés d’humour et de création. Limités à la reproduction de modèles égo centré, ces individus entravent toute interaction avec les autres considérés comme spectateurs passifs. Ils perdent ainsi le sens de la relation, des discussions, du partage, de l’humour, du sarcasme, de l’enthousiasme, de la passion… Quand les possibilités des relations sociales se retrouvent diminuées, c’est la cohérence et la cohésion de la société qui sont détruites.

L’acteur de sa vie est convaincu de son authenticité, ce qui permet à son entourage de croire en son personnage. Il va interpréter son rôle avec une telle sincérité que le public va se laisser tromper, et oublier qu’il s’agit là d’une mise en scène. C’est cet oubli qui crée le faux-semblant, cette omission donne sens au simulacre d’apparence. Pour que la magie opère, le jeu de l’acteur ne doit pas se voir, si le stratagème est perçu et dévoilé, il ne fonctionne pas. L’omission crée l’illusion. 

C’est alors que tout le monde surjoue son rôle dans un show continu perverti par une hypocrisie généralisée. On ne peut plus savoir si l’autorité est respectée et la soumission acceptée quand tout le monde joue à faire semblant. On sauve les apparences sans savoir si la servitude est consentie ou pas. Tout peut être possible et imprévisible.

Pour être de son temps, il faut choisir son rôle au bon moment, avant qu’il ne soit dépassé. L’obsolescence des rôles transparaît dans la détérioration de la fascination publicitaire. La répétition des enrôlements successifs use les travestissements du moment. Les successions de tendances, l’accumulation sans fin des changements de détails exacerbent le désir de changement dans une insatisfaction chronique. 

La peur panique d’être catégorisé comme déviant, malade, fou, et de se retrouver exclu et banni, engendre une normalité conforme aux comportements dominants de la société. Toute déviance affole et épouvante les gens bien conformes qui ne comprennent pas ce qui est extériorisé en dehors de leurs règles de convenance. Toute dissemblance est catégorisée, étiquetée et stigmatisée comme illogique, contre nature, et exclue comme dérèglement mental, folie inadmissible, désordre intolérable.

La particularité complexe qui nous habite se protège des agressions externes par une cuirasse caractérielle, un masque de théâtre qui nous enferme, nous empêchant l’accès direct à la vie. C’est de la poudre aux yeux qui nous étouffe dans une survie surfaite, une façon de se dérober aux regards soupçonneux des autres, dans une absence magnifiée. L’identité qui s’affiche par la cuirasse est une mise en représentation de l’existence chosifiée comme marchandise humaine. L’acteur de sa vie se réduit à sa représentation, son intelligence s’atrophie et régresse, car son processus vital modélisé n’est plus autonome. Quand la mise en spectacle s’intensifie, la vie personnelle s’appauvrit dans la déception et l’ennui, étrangère à ses pulsions vitales. Ce monde en représentation est une mystification qui désintègre la vie, une imposture, une escroquerie librement consentie, dans la soumission totale à un système d’exploitation sans limites.

POSSÉDÉ PAR SON IMAGE

Éternellement insatisfait dans une société de frustrations sous emprise publicitaire, l’individu contemporain travaille comme une bête pour pouvoir consommer comme un malade, tout en se prenant pour le roi. Il est complètement absorbé par une surabondance d’infos décontextualisées, ensorcelé d’images sans réel, captivé et recadré par les écrans. Ses connexions télécommandent sa représentation du monde. Cette passivité instaure un suivisme qui autorise à survivre, bien isolé, chacun chez soi, dans l’illusion d’avoir le monde rien que pour soi. 

Le présent continu, l’ici et maintenant, disparaît dans la découpe d’un temps fragmenté, dans l’accumulation d’instantanés dépassés. Les dérobades mécaniques d’une succession d’instants pris dans un futur inaccessible, et déjà disparu dans l’éphémère des apparences trompeuses. C’est le temps mort des marchandises désirées, vénérées et déjà obsolètes. Il ne nous reste plus qu’à imaginer le présent à partir d’un avenir sans aucun devenir. 

Le passage obligatoire pour une reconnaissance sociale dépend d’une identification totale aux apparences de l’image de soi que l’on s’est construite. Le monde-image impose sa pseudo-réalité spectaculaire.

Par les promesses d’un consumérisme débridé, les récompenses désirées génèrent des modifications de comportements. L’impulsion de passage à l’acte devient irrépressible. La tension monte, puis une perte de contrôle déclenche le début du comportement de consommation compulsive. Un bref soulagement précède de peu la déception. C’est un moment de crise où le pressant désir du même effet nécessite l’augmentation de son intensité et de sa fréquence. Cet attachement maladif est une réelle dépendance toxicomaniaque. L’addiction part toujours d’un plaisir illusoire ressenti comme réel, aboutissant à une souffrance certaine, un renforcement des contraintes de l’accoutumance et du manque, et toujours un recul considérable des libertés. 

Ces dépendances aux images toxiques intrinsèques aux marchandises aliènent le plaisir de satisfaction conséquent à l’achat du bien dit magique, subordonnant l’existence à la consommation des produits tant attendus. Toute consommation de marchandises fétichisées déclenche une addiction, une dépendance à la toxique comme si c’était une réelle drogue. Après une courte euphorie persiste un manque douloureux et obsessionnel. L’absence de came crée un vide envahissant qui doit être rapidement comblé. Les cycles s’enchaînent et s’accélèrent dans des attitudes hyperactives, saccadées et superficielles, une fuite aveugle devant une dépression pressante. Ce zapping hypnotique s’accomplit dans l’ivresse exaltante d’une communion factice avec la mise en scène de marchandises fétichisées, fascinantes et omniprésentes.

Les annonces publicitaires, les reality shows, les séries TV, les séquences cinématographiques fascinent les spectateurs. Certains acteurs sont adorés, leurs attitudes idolâtrées, leurs comportements envoûtants influent le désir d’une nouvelle identité, dans le prochain scénario à ne pas manquer. Jouer ce rôle qui hante et obsède, faire son cinéma et se jouer des autres, déclenche une pratique pathologique à forte addiction compulsive. 

L’autre est dominé, désiré comme une marchandise idolâtrée dont la consommation doit combler le manque et procurer une sensation de satisfaction promise par la publicité. L’autre est détruit en tant que personne, chosifié comme produit stupéfiant. Ces consommations addictives de marchandises humaines font des rapports humains une toxicomanie identitaire. 

Les acteurs de leurs existences exécutent les rôles dont ils ont acheté les images qui les composent, sans jamais se laisser vivre dans le cours des situations imprévues. C’est une non-existence en représentation qui est en contradiction avec l’expérimentation de notre monde réel. Cette incompatibilité produit une confusion mentale, un désarroi, un trouble, un désespoir, une dissonance cognitive. 

La représentation photographique est préférée à la situation vécue, se faire voir plutôt que vivre. L’obsession permanente de son apparence est une idée fixe, une manie compulsive où les bons moments ne sont plus que des prétextes à selfies. Obnubilé par le regard des autres, envoûté par la rumeur et les commérages, ce joueur de rôles plonge dans un narcissisme obsessionnel qui le conduit à une dépendance toxicomaniaque à l’image numérique de soi, à sa propre mise en scène sur internet. S’afficher aux autres dans les réseaux antisociaux participe d’une compétition maladive à la meilleure des normalités, pour être encore plus dans le coup qu’eux.

Perdant tout espoir de comprendre et de changer sa situation, cet individu fragmenté est diminué par ses troubles mentaux. Il se contente d’un soulagement de l’instant trop pesant, en adoptant une ligne de conduite de survie immédiate. Croyant se réconforter dans la consommation à la mode, il se soumet à tout ce qu’on lui impose dans une certitude d’impuissance. Au cœur de la tempête intérieure des désirs qui le dévorent, il croit trouver un soulagement par des attitudes d’indifférence, de cynisme et de détachement de tout. En étant là tout en étant ailleurs, il se distancie de son existence insupportable en dissociant sa pensée de sa vie. C’est une mentalité de survie immédiate qui se désintéresse complètement de l’avenir et du passé, avec une étrange et paisible habitude de la catastrophe.

La passivité automatique de la consommation téléguidée normalise des individus dépersonnalisés, uniformisés dans une servitude machinale. Ce conditionnement multiforme disséminé par les médias et la publicité formate un individu soumis à l’emprise des maîtres chanteurs et des pervers narcissiques. Ce conformiste standardisé se laisse abuser par des imposteurs qui en tirent profit, des bonimenteurs hypocrites et sournois. Ces charlatans des apparences se font passer pour des virtuoses de la magnificence, des maîtres de l’apparat. En absorbant les traits de caractère, les opinions et les valeurs de leurs proies, ces illusionnistes les fascinent, les captivent et les neutralisent par abus de confiance, excès de faux-semblants, dissimulant leur tricherie par de la grandiloquence, faisant passer leur escroquerie pour de la bienfaisance. 

La compétition des apparences nécessite une performance à outrance. Abusant de son autorité en exploitant les gens qui l’entourent, l’individu conforme reste un envieux insatisfait, un gagnant orgueilleux, un égocentrique mégalomane, un pervers narcissique. Il donne l’impression de tout réussir, car il n’admet jamais sa défaite. Il doit gagner à tout prix, éliminer tout obstacle, prendre le pouvoir par n’importe quel moyen, provoquant un climat de peur dans une méfiance générale. La force de sa perversion provient de la jouissance à utiliser l’autre comme l’objet de son désir de consommation. 

Ce psychopathe attaque sa cible pour mieux la détruire, il la ridiculise, l’humilie par des sous-entendus, des sarcasmes, la dénigre par de la calomnie, des mensonges… C’est un leader toxique qui démolit la confiance, ruine l’entraide et la solidarité du groupe pour ses propres intérêts, quitte à détériorer son efficacité jusqu’à ce que sa gestion soit complètement dysfonctionnelle. Toutes ses décisions, ses solutions n’ont qu’un but égocentrique, satisfaire son narcissisme insatiable. Ses combines engendrent fatalement de nouvelles catastrophes en série. Les dirigeants des entreprises ou des administrations sont des pervers narcissiques qui s’arrangent toujours pour faire accuser les autres des dysfonctionnements qu’immanquablement ils déclenchent dans une confusion qu’ils ont eux-mêmes produite. Les dirigeants de ce système détraqué, ces gestionnaires du désastre, s’agglutinent dans les sphères décisionnaires, parasitent tout fonctionnement, bonimentent à tout va, ensorcellent, contaminent, intoxiquent. Ce sont des fous de pouvoir, des illuminés de la domination, des obsédés de la manipulation, des maniaques de la prédation. La tyrannie et l’irresponsabilité sont leur mode de fonctionnement.

Le profit personnel lié à la concurrence la plus brutale produit un égocentrisme qui s’impose de partout, de manière barbare, perverse et sadique, infectant par contagion cette nouvelle non-culture de son narcissisme exubérant, qui se répand comme une pandémie agressive. C’est une sorte de fuite consumériste permanente, un épuisement dépressif conséquent à une pression normative extrême, répandue abondamment par les nouvelles technologies dites communicantes. 

Le règne des profiteurs et des prédateurs promus par la publicité a débridé et dopé les pulsions égoïstes et calculatrices nécessaires à la dictature économique. Un égocentrisme contemplatif surfait, composé de mensonges et d’apparences a remplacé les jeux expérimentaux d’une curiosité inventive partagée. 

Dans une compétition extrême, une guerre ouverte contre tous les autres déconstruit ce que l’on croit être. Ce conflit contre soi-même démolit la personnalité dans un vide émotionnel. L’absence d’identité authentique est un effondrement de soi dans une succession de reproductions de rôles préfabriqués. La publicité a truqué les interrelations humaines dans des représentations illusoires. Les rapports aux autres ne sont qu’apparences trompeuses montées en spectacle.

L’individu conformiste produit sa réalité avec une accumulation d’objets bien séparés, sans contexte ni histoire. C’est un schizophrène obsédé par son identité fragmentée, l’air qu’il peut se donner par une succession de rôles qu’il doit jouer pour exister dans le spectacle des apparences. En se repliant sur lui-même, il se nourrit de ses complexes inconscients au lieu de s’enrichir des échanges relationnels avec les autres. L’altération des capacités associatives et coopératives produit un isolement obsessionnel, une dissociation pathologique, une perte d’unité psychique. 

L’homme objet de ses désirs compense la perte de sa vie par l’accumulation de marchandises prometteuses qui permettent la représentation de son image de marque sur le marché concurrentiel du paraître et du pouvoir. Diminué par ses désirs insatisfaits il se réduit à sa représentation abstraite.

L’acteur de son existence est aussi un spectateur qui s’identifie aux rôles des représentations qu’il consomme. Drogué d’illusion, contemplatif de l’image de sa propre non-existence, il consomme sa propre apparition sur scène, comédien de sa propre marchandisation. Il n’est plus que l’observateur de sa vie mise en spectacle et cette déréalisation le détache de lui-même. Sa conscience est profondément troublée, il se sent irréel, spectateur de son existence. Dépersonnalisé, son corps lui semble étranger, détaché de lui-même, il pense sa vie, mais ne la vit pas. La perte de contrôle génère un stress chronique. Anesthésié, il survit en mode automatique. La société ne le considère pas comme un malade, mais plutôt comme l’exemple réussi d’une normalité inévitable.

Cette séparation de soi-même crée un monde à part, contemplé comme objet de désir, presque inaccessible et toujours décevant. Dans ce monde fictionné fractionné, la mystification intégrée désintègre la vie. Le spectateur produit une réalité séparée qui le possède, une représentation sans sujet. 

Cette mise en scène d’un consensus imaginaire unifie le système global dans l’illusion de sa représentation ostentatoire, la mise en spectacle de l’existence. Exilé de sa propre vie, recroquevillé dans sa représentation, le spectateur de son existence s’éloigne des autres dans une communauté factice, dans le spectacle unificateur des servitudes délibérées. Le monde des marchandises en représentation fait de son cinéma une promotion en solde, prolongeant pour quelque temps encore son apparence de survie.

A suivre…

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

9 Réponses vers “Ce monde façonné pour nous doit disparaître pour laisser place à un monde façonné par nous (1ère partie)”

  1. Sinon, en réponse à la dernière incarnation de Yoda ;

    L’heure du choix a sonné ;
    Rejoindre les cyborg, et tout s’arrête ?
    Rejoindre la résistance et tout commence, autrement, par et pour nous…
    JBL

  2. Tenez, en flânant chez Urantia Gaïa, j’ai trouvé cette petite pépite :

    Nouvelle religion : le covidisme – Karim Duval

    + ce commentaire poétique de ZooKeeper sous la vidéo ;

    Je vous salue, COVID pleine de miasmes ;
    Le Virus est avec vous.
    Vous êtes bénie entre toutes les grippes
    Et Confusion, le fruit de vos Incertitudes, est bénie.

    Sainte Maladie, Merde vicieuse,
    Priez pour nous pauvres Sardines,
    Maintenant et à l’heure de notre Vaccin.
    Amène (ton masque)

  3. Et si on s’inspirait de la série Continuum pour changer ce monde pourri ? Voici une réplique qui m’a plue(Saison 5 épisode 3) :

  4. […] Que ce monde façonné pour nous doit disparaitre, et laisser place à un monde façonné par nous… […]

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