L’heure de la maturité politique : le sempiternel débat « Proudhon-Marx » ou de la futilité des guéguerres de clochers…

 


De l’antagonisme à  la complémentarité…

 

Notre point de vue sur cette question de la rivalité Proudhon-Marx (tout comme celle de Marx-Bakounine) est similaire à ce qui est dit en conclusion de cet article de l’OSRE… Il n’y a pas, à notre sens, d’opposition ni d’antagonisme, mais une complémentarité. De fait, comme nous l’avons analysé et exposé dans notre manifeste de 2017 et son complément de 2019, tout antagonisme est induit ou n’est qu’apparent, la réalité est faite de complémentarité qui cherche un équilibre naturel dans un grand tout cohérent.
L’heure n’est plus aux guéguerres de clocher futiles autant qu’infantiles. L’heure est à la maturité politique pour mettre à bas l’emprise marchande ne pouvant survivre que dans l’antagonisme, le conflit, la concurrence, l’exploitation, l’oppression, la domination et le chaos induit… Tout ceci n’est en rien inéluctable.
Grandissons et œuvrons ensemble contre l’illusion démocratique de la dictature étatico-marchande et pour notre émancipation finale…

~ Résistance 71 ~

 

 

Proudhon et Marx: toujours irréconciliables ?

 

Organisation Socialiste Révolutionnaire Européenne (OSRE)

 

13 février 2020

 

url de l’article original:

https://rebellion-sre.fr/proudhon-et-marx-toujours-irreconciliables/

 

L’affrontement entre le Français et l’Allemand a fait couler beaucoup d’encre. « Entre le socialisme proudhonien et le socialisme marxiste, il y a un désaccord plus grave qu’une querelle politique ou une rivalité d’école. Ce sont deux tempéraments qui s’affrontent, deux conceptions de la vie qui s’opposent » écrivait Robert Aron. La brouille des deux philosophes ne s’est pas apaisée avec le temps, les plus dogmatiques de leurs partisans respectifs entretenant la rivalité.

Pourtant les choses avaient si bien commencé. Dès sa jeunesse, Proudhon a exercé sur Marx une influence constante.  C’est en disciple et en continuateur de Proudhon qu’il a entrepris en 1844 ce qui deviendra la tâche exclusive de son existence. Marx a dit l’impression extraordinaire que firent sur lui les premiers écrits du « penseur le plus hardi du socialisme français » (1842). La Sainte Famille (1845) contient une véritable défense de Proudhon qui y est reconnu maître du socialisme scientifique, père des théories de la valeur-travail et de la plus-value. Il y défend le penseur français contre les attaques des « jeunes hégéliens ». Néanmoins, Marx pense déjà aller plus loin que Proudhon dans l’optique de la critique de l’économie politique :

« Dire que Proudhon veut supprimer le non-avoir et le mode ancien d’avoir revient exactement à dire qu’il veut abolir l’état d’aliénation pratique de l’homme par rapport à son essence objective, l’expression économique de l’auto-aliénation humaine. Mais comme sa critique de l’économie politique est encore prisonnière des présuppositions de l’économie politique, la réappropriation du monde objectif lui-même reste conçue sous la forme que la possession revêt dans l’économie politique. ». Lénine notera à propos de cet ouvrage : « Marx quitte ici la philosophie hégélienne et s’engage sur le chemin du socialisme. Cette évolution est évidente. On voit que Marx a déjà acquis et comment il passe à un nouveau cercle d’idées. ». (Cahiers philosophiques) .

Dans L’Idéologie allemande (1846) il réitèrera sa critique selon laquelle « Proudhon critique l’économie politique en se plaçant au point de vue de l’économiste, le droit en se plaçant au point de vue du juriste » tout en reconnaissant que « Proudhon oppose les illusions des juristes et des économistes à leur pratique ». Ces évaluations impartiales se situent dans sa polémique contre certains représentants d’un socialisme fumeux (« le socialisme vrai ») en Allemagne, qui s’attaquent malhonnêtement à Proudhon. Concernant l’idée de dialectique sérielle, formulée par ce dernier, Marx la qualifie de : «… tentative de fournir une méthode de pensée grâce à laquelle on substitue aux idées considérées comme des entités le processus même de la pensée. Partant du point de vue français, Proudhon est en quête d’une dialectique, comme celle que Hegel a réellement fournie. Il y a donc ici parenté de fait avec Hegel… Il était donc facile […] de faire une critique de la dialectique proudhonienne pour peu qu’on ait réussi à faire celle de la dialectique hégélienne ».

De fait, on comprend ici que Marx reproche au français ce qu’il a déjà critiqué chez Hegel, c’est-à-dire son idéalisme. Mais rappelons que Marx parlera également du « noyau rationnel » de la dialectique hégélienne. Hegel supérieur aux matérialistes vulgaires ! Alors, mutatis mutandis, qu’en est-il de Proudhon ? Ultérieurement, Marx écrira à propos de la dialectique proudhonienne, dans une lettre datée du 24 janvier 1865 : « Il s’efforçait en même temps d’exposer par la méthode dialectique le système des catégories économiques. Dans sa méthode d’analyse, la « contradiction » hégélienne devait se substituer à l’insoluble « antinomie kantienne ».

Pour la critique de ces deux gros volumes, je vous renvoie à ma réplique. J’y montrais, entre autres, qu’il n’avait pas percé le secret de la dialectique scientifique ; et d’autre part, qu’il partageait les illusions de la philosophie spéculative : au lieu de saisir les catégories économiques comme des expressions théoriques des rapports de production historiques qui correspondent à un niveau donné du développement de la production matérielle, sa divagation les transforme en idées éternelles, préexistantes. […] Proudhon avait un penchant naturel pour la dialectique, mais il n’a jamais compris la vraie dialectique scientifique ; il n’a réussi que dans le sophisme. »

Ce jugement sera définitif aux yeux de Marx.

La pensée émancipée de Marx va mettre au clair de nombreux concepts que Proudhon n’avait fait qu’aborder.

En mai 1846, Marx avait choisi Proudhon comme correspondant français du « réseau de propagande socialiste » qu’il organise. Mais, dans sa lettre d’acceptation, Proudhon, son aîné de dix ans, lui donne des conseils le mettant en garde contre le dogmatisme autoritaire, le romantisme révolutionnaire et l’esprit d’exclusion, néfastes à la cause socialiste. Piqué au vif, le jeune Marx rompit avec Proudhon, et aussitôt son admiration de disciple se changea en une rancune tenace et une sorte de fascination négative. Sa réponse aux thèses de Proudhon, Misère de la philosophie (écrite en 1847) si elle pointe certaines des insuffisances de l’œuvre du Français reste marquée par la rancoeur. Proudhon ne s’y trompe pas, loin d’attribuer leur brouille à un antagonisme doctrinal, il note : « En vérité Marx est jaloux… Le véritable sens de l’ouvrage de Marx, c’est qu’il a le regret que partout j’ai pensé comme lui et que je l’ai dit avant lui ». La pensée émancipée de Marx va mettre au clair de nombreux concepts que Proudhon n’avait fait qu’aborder. Sur le fond, Marx définit assez bien ce qui le sépare de Proudhon, dans un passage biffé de L’idéologie allemande : « Proudhon, que critiquait violemment, dès 1841, le journal des ouvriers communistes, La Fraternité, pour ses thèses du salaire égal, de la qualité de travailleur en général, et les autres préjugés en matière économique que l’on rencontrait chez cet excellent écrivain et dont les communistes n’ont adopté rien d’autre que sa critique de la propriété. »

A l’heure actuelle, Proudhon et Marx sont-ils encore irréconciliables ? Pour reprendre la démarche de Gurvitch, il nous paraît intéressant de les confronter et d’en tirer des éléments d’analyse pour notre époque : « La pensée de Proudhon et celle de Marx, au lieu de s’exclure, se complètent et se corrigent mutuellement ». Sur quel plan ? Probablement sur le plan des objectifs politiques que nous nourrissons contre le capitalisme et que les communards de 1871 avaient repris à leur compte sous l’appellation de fédéralisme. Proudhon écrivait en 1863 dans “Du principe fédératif et de la nécessité de reconstituer le parti de la révolution” : « Toutes mes idées économiques, élaborées depuis vingt-cinq ans, peuvent se résumer en ces trois mots : Fédération agricole-industrielle ; Toutes mes vues politiques se réduisent à une formule semblable : Fédération politique ou Décentralisation ; […] toutes mes espérances d’actualité et d’avenir sont exprimées par ce troisième terme, corollaire des deux autres : Fédération progressive. »

Le véritable fédéralisme est aux antipodes des caricatures que veulent nous en donner les politiciens européistes. Redonner le pouvoir aux travailleurs selon le principe de subsidiarité serait une amorce de réappropriation du politique en vue du dépassement de la logique du capital et de l’aliénation salariée que Marx, lui-même, a si bien analysée et dénoncée. Pendant que les zélateurs des deux « prophètes » s’acharnent à faire une différenciation tranchée, le mouvement ouvrier peut puiser sans dogmatisme dans leurs pensées.

 


Vive la Commune !…

6 Réponses vers “L’heure de la maturité politique : le sempiternel débat « Proudhon-Marx » ou de la futilité des guéguerres de clochers…”

  1. tout cela n’est que de la franc maçonnerie beurk

    • Que la FM ait tenté de noyauter les mouvements sociaux radicaux, c’est sûr, avec plus ou moins de succès, mais ce qui est aussi sûr, c’est que l’Anarchie, l’Idée est bien au-delà de toute secte puisqu’elle est intrinsèque à la racine profonde de la société humaine. Elle est la vie, toute structure hiérarchique dans un rapport dominant/dominé est une falsification et ne peut être que mortifère.
      Religions et sectes n’existent que par la division, qui n’est que manipulation.
      Tout cela devient de plus en plus évident pour de plus en plus de monde, jusqu’à une certaine masse critique… 😉

  2. ne savais pas où vous le mettre, le dernier papier de Laurent Guyénot. Marx, Bakounin..

    https://www.unz.com/article/karl-marx-and-jewish-power/

    oui, court la rumeur que marx était un maçon missioné par les truellistes pour infiltrer le mouvement ouvrier / lutte des classes pour l’orienter dans une direction souhaitable pour le Capital.

    lu dans les réponses en dessous de son papier: la Russie a-t-elle été transformée en État communiste afin de préserver les monopoles des banques et industriels anglais et yankee?

    • Pour Marx on sait pas… Pour la Russie, l’historien Sutton a prouvé par les archives que Lénine et Trotsky étaient mandatés respectivement par la City de Londres et Wall Street, cette dernière n’étant qu’un succursale de la première… Le but avoué des financiers et industriels étaient de produire un « marché captif », du reste la NEP de Lénine embrasse le capitalisme à bras ouverts. jamais aucun de ces guignols « communistes » n’a remis en compte ou tenté de le faire, les diktats de « marché », ils n’ont fait que pédaler de manière programmée sur la voie du capitalisme d’état dont Lénine fut l’instigateur et le grand maître d’œuvre.
      Marx disait dans « Le manifeste du parti communiste » (1848):
      « Dans les pays les plus avancés, ce qui suit sera généralement applicable:
      […] Centralisation du crédit entre les mains de l’État au moyen d’une banque nationale ayant un capital national et un monopole exclusif. Centralisation des moyens de communication et de transport aux mains de l’État. Extension des usines et des instruments de production en propriété d’État… […]
       » Marx était un capitaliste d’état, même s7il disait que tout ça n7aurait lieu que dans une période transitoire… Le simple fait de prévoir une banque pour le crédit en dit suffisamment long. Toute société soit disant « révolutionnaire » qui garderait argent, valeur d’échange, salariat ne ferait que réformer l’existant et reculer pour mieux sauter. Toute cette merde doit disparaître. Sans période transitoire croyant celle-ci nécessaire pour organiser la phase suivante, foutaise totale. Les Espagnols en 36 ont prouvé que tout abolir marchait, ils l’ont fait dans un climat de guerre civile et ont fini par perdre non pas parce que leur nouvel agencement ne fonctionnait pas bien au contraire, mais parce que les forces vives de l’ancien monde se sont liguées pour les écraser, ceci incluant certains anarchistes qui siégeaient au gouvernement espagnol. La mise à mort des collectifs communistes radicaux espagnols a été faite par la coalition des états fascistes et « communistes », des institutions « républicaines » espagnoles incluant des membres de la CNT/AIT, tous aux ordres des instances systémiques étatico-capitalistes.
      Marx et Engels (fils d’un gros industriel rappelons-le) ont agi en facteur de division d’un élan radical des travailleurs, qui sous l’impulsion anarchiste, faisait trembler l’oligarchie industrio-financière. Alors étaient-ils commandités ou cela s’est-il produit de manière spontanée dans un conflit idéologique ? Faudrait vraiment creuser. On ne sait pas. Quand on analyse les dessous des cartes sur les siècles passés… tout est possible ! 😉

    • P.S: marrant… on tient à préciser qu’on a cité Marx et son « manifeste du parti communiste » AVANT d’avoir lu ton article… comme quoi … 😉

    • l’article est très intéressant et couvre aussi Sutton, c’est bien… Il semblerait qu’il y ait deux Marx… cas d’école de schizophrénie ou tentative de contrôle sur deux tableaux ?… 😉

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