Gilets Jaunes an I… Réflexions au fil du temps

“Il est plus facile de tromper les gens que de les convaincre qu’ils ont été trompés.”
~ Mark Twain ~

“La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent.”
~ Albert Einstein ~

 

Gilets Jaunes An I… Quelles options ?

 

Résistance 71 

 

23 novembre 2019

 

Avec une semaine de recul, que pouvons-nous tirer comme enseignement du week-end des 16-17 novembre qui marqua le premier anniversaire du mouvement des Gilets Jaunes ?

Il y a eu, comme à l’accoutumée, deux évènements en un: le premier sur Paris, le second en province. Si les incidents de la place d’Italie ont marqué la journée du 16 novembre, il convient de ne pas se laisser embarquer à ne considérer QUE ce qui s’est passé en amont de ce qui devait être une manifestation et un cortège déclarés en préfecture et annulés suite à des incidents provocateurs que l’on peut considérer comme ayant été orchestrés de plusieurs façons par le pouvoir. Nous avons déjà écrit sur le sujet dès le lendemain (voir ici et ).

Ce qui a été le plus souvent occulté, et pas seulement par les merdias de masse, est la foule d’actions de groupes de Gilets Jaunes qui se sont déroulées dans Paris ce jour là et le lendemain 17 novembre.

  • Tout a commencé avec le blocage matinal du périphérique à la Porte de Champerret, puis dans la journée, outre les évènements de la Place d’Italie il y eut…
  • Manif’ devant le Palais de Justice de Paris
  • Manif’ Bd Beaumarchais
  • Sortie des Gilets Jaunes de la nasse de Bastille pour se répandre par petite groupes mobiles vers le Bd de l’hôpital et autres endroits
  • Manif’ quais de Bercy
  • Invasion de la Gare de Lyon
  • En soirée: actions de groupes aux Halles et barricades Bd de Sébastopol
  • le 17 novembre: Manif’ à châtelet et aux Galeries Lafayette qui durent fermer leurs portes

La seconde vitesse, toute aussi importante si ce n’est plus, fut celle des actions en provinces. De grandes villes de France ont vu des actions importantes se dérouler durant tout le week-end, à Toulouse, Bordeaux, Lille, Marseille, Lyon, Montpellier, Nantes, Tarbes, Dijon, Rouen.

On y a vu les réoccupations des ronds-points et des péages d’autoroutes, l’occupation de tribunaux, des opérations routières “escargot” etc…

Ces action morcelées, de moins d’ampleur, moins visibles du grand public ont été très efficaces et ont montré que partout, grâce à la mobilité et l’innovation, il est parfaitement possible de déborder le dispositif policier de manière efficace. Ce dispositif est lourd et englué dans la hiérarchie et la bureaucratie. Il faut le combattre par l’asymétrie, la légèreté et la mobilité à la fois d’esprit et physique. Bref les faire courir partout en utilisant des leurres pour faire diversion des actions réelles décidées au préalable.

Les 16 et 17 novembre, les Gilets Jaunes ont retrouvé les ronds-points et l’être ensemble, le partage et la coopération de groupe(s). Ceci continuera de grandir avec ce qui se prépare pour le 5 décembre, ce que nous souhaitons être, devenir à terme, une grève générale sauvage (hors carcan syndical foie jaune), illimitée et expropriatrice afin de pouvoir nous réorganiser autour de nos activités et de nos lieux de vie commune.

A cet égard, et devant l’arrogance et la violence d’un pouvoir étatico-capitaliste n’ayant rien à proposer (ni n’ayant jamais rien eu à proposer du reste…) si ce n’est division, mensonge, répression, violence et exploitation, nous devons nous rendre compte que le mouvement des Gilets Jaunes arrive maintenant à une croisée de chemins. Il y a 4 options possibles à envisager à notre sens sur ce carrefour qui s’annonce pour le futur du mouvement:

  • Continuer sur la lancée de l’An I, manif’ de week-end, actions sporadiques, heurts avec la flicaille, jusqu’à gagner quelques concessions ou être battu dans ce bras de fer engagé depuis novembre 2018 entre le poids léger “Gilet Jaune” et le poids lourd “état capitaliste”…
  • Se dire que rien n’a changé depuis un an, que cela ira en empirant malgré notre action, que le prix à payer est trop lourd et jeter l’éponge.
  • Accroître la réponse violente en réponse à la dictature d’état et entrer en insurrection généralisée…
  • Glisser sur le terrain local et nous réorganiser de manière décentralisée et “autonome” de là où nous sommes, depuis nos communes, voisinages et lieux de travail. Entrer en résistance par le boycott, la réorganisation de la vie sociale locale de manière délibérée, associative, consentie et coopérative…

En ce qui nous concerne, nous rejetons les premier et second points.

Le troisième point est de plus en plus vu comme une bonne option pour bien des gens impliqués de près ou de loin avec le mouvement. Beaucoup en ont assez de prendre des coups sans les rendre et de voir qu’au bout du compte, le pouvoir a vraiment tremblé en décembre 2018 au plus fort des émeutes parisiennes et que donc sédition et insurrection seraient la seule solution à la violence et répression aveugles d’un état et d’un capital bien au delà de toute rédemption possible.

Nous comprenons ce type de raisonnement, mais nous y voyons également une impasse pour la raison suivante:

Imaginons une seconde le scénario (plausible) qui verrait une insurrection populaire prolétaire réussir et finalement renverser gouvernement et institutions ; la question demeure: et après ? Qu’allons-nous faire ? Réorganiser des élections, un nouveau grand cirque électoral étatique de l’inutile pour ne faire que changer les têtes des gérants de l’entreprise de l’organisation de la division et de la domination ? Qu’avons-nous préparé comme alternative ? Y en a t’il une ? Certains répondrons: le RIC, qui est porté, au sens littéral du terme, en étendard par le mouvement des Gilets Jaunes. Mais qu’est-ce que le RIC si ce n’est qu’une énième réforme d’un système étatique au bout du bout du banc ? Le RIC n’est qu’une réforme qui demeure pieds et poings liés face au système établi, même s’il débouchait sur une VIème république, ce ne serait que reculer pour mieux sauter… à la corde. Son activation, si elle était autorisée de manière cosmétique par l’État, est lourde et sujette à tant d’embûches que bien peu de référendums verront le jour… Remettre en cause une constitution et la remplacer par une autre ne fait que réformer un système en tentant de le rendre plus “vertueux”, alors que la division, l’inégalité, l’exploitation et la violence sont les ingrédients inéluctables du système étatico-capitaliste dont il nous faut nous départir ; il n’est même plus une impasse, il n’est depuis sa création qu’un suicide collectif à terme.

Nous l’avons dit depuis bien des années et cela devrait maintenant commencer à devenir de plus en plus évident pour toujours plus de monde:

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Entrer en “insurrection” sans comprendre ce fait fondamental nous condamnerait à toujours répéter sans cesse la même erreur, celle commise au cours de l’histoire par bien des mouvements insurrectionnels qui ne surent pas sortir du cercle vicieux que sont état et capitalisme (ou pouvoir marchand). Ce type d’insurrections historiques ne furent effectivement que des “révolutions” qui comme le nom l’indique… est un mouvement qui ne fait que revenir encore et encore au point de départ, commettant ainsi une révolution, comme une roue de vélo qui tourne: celui de la division, de l’oppression, de la répression, de l’exploitation et de la violence du rapport dominant/dominé.

En revanche, la 4ème option du carrefour de la croisée que nous avons présenté, ne rentre plus dans le cercle vicieux de la révolution recommençant encore et toujours les mêmes erreurs, mais il entre de plein pied dans ce que la Nature fait en permanence, elle évolue, la 4ème option est une (r)évolution, une tangente qui nous permettra de sortir du cercle vicieux des cycles alternant durs et doux du rapport dominant/dominé pour entrer de plein pied dans notre humanité enfin réalisée au sein d’une société des sociétés ayant déconstruit la pyramide du pouvoir et de la coercition, ayant redistribué ce pouvoir dans le corps social intégral, le rendant ainsi coopératif et non coercitif, nous permettant de décider de nouveau sur un pied égalitaire à la fois du mode de gouvernance mais aussi du mode de production afin de garantir le vie et le bien-être de toutes et tous.

Ceci fera entrer les associations libres dans un cycle évolutionniste marquant l’avènement de notre être organique profond, individuel et collectif, ayant lâché prise de tous les antagonismes préalablement induits et embrassant la complémentarité de notre diversité culturelle pour devenir enfin une humanité UNE, celle de l’être ayant triomphé de la dictature marchande de l’avoir et qui ne peut passer que par la réorganisation de la société humaine sans l’état, sans la marchandise, sans l’argent et sans le salariat.

La croisée des chemins à laquelle arrivent les Gilets Jaunes est encore minée par une certaine fausse perception de notre réalité. Nous devons cesser de penser celle-ci comme étant celle du système de l’État, de l’argent et du capital, qui ne sont que des leurres, des artifices rendus possibles par la division de la société en détenteurs minoritaires de pouvoir (forcément coercitif par nature) et en assujettis majoritaires. Nous devons en revanche changer de perception de notre réalité, franchir cette porte entrouverte menant vers l’émancipation et la liberté dans la réalisation de notre être organique profond et naturel.

Osons jeter un œil dans l’entrebaillement de cette porte, car n’est-il pas dit que celui qui ose gagne, l’oligarchie nous l’ayant démontré depuis des siècles. Notre heure arrive, celle de notre pleine réalisation humaine, qui changera la face de cette planète, à tout jamais et cela commence avec la réalisation ferme et définitive que nous avons été trompés, que la centralisation institutionnalisée et la marchandise ont pas à pas phagocyté nos vies et qu’il nous suffit de dire NON ! Ensemble et de travailler de concert pour en finir avec cette dictature de la division de l’avoir pour reconquérir l’union de notre être.

Poussons cette porte et, ensemble, pénétrons dans le grand tout de la VIE par le moyen de la société des sociétés que nous pouvons, que nous devons réaliser !

Excellents textes complémentaires de ce billet à lire et diffuser sans modération:
« Moi, Jo Busta Lally j’accuse ! »
Notification-rejet-mdph-jo-busta-lally

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


Tout le pouvoir aux ronds-points !

Une Réponse to “Gilets Jaunes an I… Réflexions au fil du temps”

  1. […] même Résistance 71 en point 4 de sa « Charte Confédérale » de l’An I des Gilets Jaunes alors que se tient l’Acte LIV ce Samedi […]

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