La gangrène capitaliste globale et l’assaut contre les peuples indigènes du monde…

 

L’assaut mondial contre les peuples indigènes

 

Ken Orphan

 

4 mars 2019

 

url de l’article original:

https://www.counterpunch.org/2019/03/04/the-global-assault-on-indigenous-peoples/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

“Il n’y a pas vraiment de sans voix. Il n’y a que ceux délibérément réduits au silence ou ceux qu’on ne préfère pas entendre.”
– Arundhati Roy

“Nous devons répondre à leur appel. Notre terre-mère, militarisée, clôturée, empoisonnée, un endroit où les droits les plus fondamentaux sont systématiquement violés, demande que nous agissions. Construisons des sociétés capables de coexister dignement, d’une manière qui protège la vie. Rassemblons-nous et œuvrons dans la défense et l’attention du sang de la terre et de ses esprits.”
– Berta Caceres, activiste des droits indigènes et de l’environnement du peuple Lenca, assassinée au Honduras en 2016

Il y a quelques années lorsque j’étais au Panama, j’ai eu la chance de passer du temps parmi le peuple indigène Ngabe-Buglé, qui réside dans la jungle qui couvre la plupart du pays. Leurs villages sont simples, mais harmonieusement construits au sein du monde naturel qui les entoure. Les gens ont une révérence naturelle pour la vie sauvage, n’utilisant que ce dont ils ont besoin et pour qui la culture, les modes de vie ancestraux et la communautés sont des choses d’une importance capitale. Mais, comme partout sur la planète, leur existence même de peuple indigène est mise en péril, est placée sous état de siège par les forces du capital.

Des projets de barrage hydraulique, essentiellement conçus pour favoriser les compagnies minières ont inondés un grand nombre de ces villages et dévastés les cultures et les zones de pêche. Des espèces animales rares comme la grenouille de Tabasara sont menacées d’extinction à cause de la perte accélérée de leur habitat. Il y a quatre ans, un barrage a fait disparaître un village indigène sur la rivière sacrée Tabasara. Les villageois ont échappé de peu à la mort dans leur village qui fut inondé de nuit. On ne leur avait donné aucun avertissement de ce qui allait se produire.

Au moins de mai de l’an dernier, la rivière fut bloquée pour cause de réparations sur le barrage électrique de Barro Blanco. Des dizaines de milliers de poissons et de crustacées périrent asphyxiés dans la boue. Beaucoup d’autres projets hydrauliques sont prévus pour ce petit pays. Tandis que les Ngage-Buglé ot protesté de leur dépossession et de la destruction de leur mode de vie, ils n’ont rencontré que menaces, disparitions et violences de la part de l’état et des opérateurs des entreprises variées qui s’alignent pour profiter de la manne de ces projets. Mais les seigneurs du capital, les banques, détiennent le plus de pouvoir. Par exemple, la banque FMO de Hollande et la banque DGE d’Allemagne sont responsables du financement du barrage de Barro Blanco.

En parfait contraste avec le mode de vie des Ngabe-Buglé se situe la nouvelle haute section du capital, Panama City. Ici, des tours de d’acier et de verre escaladent le ciel chaud de la ville d’Amérique centrale. Pourtant il y a très peu de trottoirs dans cette zone. L’élite argentée rentre directement dans ses condominiums de luxe par des portes de garages sécurisés ayant un accès direct à la rue. Il n’y a ici ni désir ni besoin de marcher, à moins que vous ne soyez pauvre.

Ce paysage d’aliénation se répète dans le monde entier, de Djakarta à Manille en passant par Mumbaï, où les riches et puissants s’isolent de la masse croissante des gueux grouillante au-delà de leurs grilles dorées. Mais à à peine une heure de route de la capitale se situe la ville de Colón dont les habitants sont pratiquement tous de couleur et où la pauvreté est rampante. En réalité, la plus grande partie de la grande richesse qui pénètre le pays via le canal de Panama, est concentrée dans la classe dominante des 0,01%

Et ici touche t’on à un des résultats les plus tragiques de ces assauts économiques et écologiques: le déplacement des populations. Des millions et des millions de gens des peuples indigènes du monde entier ont été évincés de leurs terres ancestrales pour venir s’entasser dans les bidonvilles infernaux des mégapoles. Là, ils sont le plus souvent coincés dans la plus extrêmes des pauvretés, forcés d’abandonner leur culture, leur langage et leur conformité et sont immédiatement oubliés de la société. Soyez sûrs d’une chose: c’est le monde que veut pour nous tous le capitalisme mondialiste.

Mais que ce soit les Ngabe-Buglé du Panama, les Bonda d’Inde, les Wet’suwet’en du Canada, les Papoues de Nouvelle-Guinée, les Kariri-Xoko du Brésil, les Aborigènes d’Australie, les Ogoni du Nigéria ou les Lakota des Etats-Unis, la menace de l’annihilation est à la fois réelle et imminente. Par l’entremise d’un système capitaliste global, ils font face à des forces puissantes qui cherchent à piller la terre de ressources vitales pour le profit du plus petit nombre. Ces forces éliminent quiconque se trouve sur leur chemin. L’ONG Global Witness rapporte que plus de 200 activistes indigènes ont été assassinés dans le monde l’an dernier. Un record. L’activiste Berta Caceres fut une victime de ce crime global [au Honduras] et il n’y a aujourd’hui aucun signe indiquant que ce carnage va s’arrêter ou même ralentir.

Les assauts sur les peuples indigènes du monde ont tous un point commun. Ces gens sont en première ligne de la lutte féroce dans une guerre pour ce qui reste à piller. Une guerre des ressources qui rapporte énormément au plus petit nombre. Bien sûr, ces peuples ont toujours été sur cette ligne de front depuis les tous débuts du colonialisme ; ces jours où le génocide était chose commune. Mais au travers du prisme de l’effondrement écologique de la biosphère, l’ordre économique actuel doit être regardé comme le culte de la mort qu’il est, incapable d’introspection ou de contrôle, enivré par son arrogance et son narcissisme, tuant tout dans la poursuite de l’argent roi. Ce sont les peuples indigènes, qui sont les plus proches de la terre vivante qui se tiennent en obstacle à ce pillage. On en fait des non-personnes dans les médias entrepreneuriaux, on les déplace, les élimine de façon à ce que le flot du capital continue ininterrompu. Avec le capitalisme au bout de son rouleau, ce culte de la mort devient de plus en plus désespéré, veule, vicieux et sans pitié.

Je me souviens au Panama, marcher dans un village Ngabe un de ces tièdes après-midi, les insectes bourdonnant autour de moi.  Les cris des oiseaux tropicaux perçant la canopée de la jungle, l’air humide détrempant mes vêtements. Je pouvais entendre le son des enfants qui riaient en revenant de l’école. Des anciennes accrochaient des étoffes chatoyantes à sécher, qui me rappelèrent immédiatement des fanions et drapeaux de prière tibétains. Un jeune artiste assis dans l’encadrure d’une porte, sculptant un morceau de bois tombé. Il me regarda et sourit. “bienvenue, entrez je vous en prie…” dit-il. Je me demande parfois ce qu’il est advenu de lui et de son village, mais je dois admettre que j’ai peur de savoir.

= = =

Lectures complémentaires:

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3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

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13 Réponses to “La gangrène capitaliste globale et l’assaut contre les peuples indigènes du monde…”

  1. Je me permets de vous transmettre le message que Steven Newcomb m’a adressé, suite à ma publication d’hier, que je lui ai transmise, étant donné qu’il y est fort bien représenté : Thank you Jo ! This is quite unique and important. Thanks for all many efforts. All the Best, SN (Shawnee, Lenape)

    Je me permets également de la poster, ici, car elle colle parfaitement au sujet : https://jbl1960blog.wordpress.com/2019/03/04/effondrer-le-colonialisme-par-apostasie-collective-ou-renonciation-au-bapteme-jo-busta-lally-mars-2019/

    Pour les besoins de ce PDF, je me suis replongée dans la lecture du PDF « La Voie Lakota & L’Aventure Crazy Horse » notamment, et redécouvert la puissance du message et l’intrication entre nous qui nous fait comprendre ce que veut dire « Mitakuye Oyasin » = Nous sommes tous inter-reliés.

    Je mesure combien ce travail en commun m’aura permise cette publication très personnelle.

    Merci à vous d’être ce que vous êtes car cela a conduit a devenir ce que je suis : Jo

    • Mais de rien Jo, nous n’avons que pointer vers un chemin (logique) qui existe en chacun de nous.
      Excellent le message de SN oui.
      On publie ton pdf très bientôt.
      cet article que nous venons de traduire ne fait que confirmer que nous sommes effectivement tous inter-reliés. Certains le voient et l’acceptent, d’autres ont du mal, d’autres encore ne veulent rien savoir, pourtant quelque soit la position prise, c’est une évidence qui est au-delà de toute volonté.
      Nous sommes au début d’un grand chambardement social, politique, planétaire qui ira au-delà de tout ce que nous pouvons même imaginer. Le passage sera cool cool pour certains, particulièrement difficile pour d’autres…
      Ce sera à qui saura lâcher prise.
      Tout le reste n’est que futilité et donc… pisser dans un violon. 😉

      • Oui, pour nous les filles c’est trop compliqué de pisser dans un violon, aussi, sur ce coup on a plus de facilité à lâcher-prise peut-être.

        Lorsque vous m’avez proposée de faire un PDF le plus artistique possible sur Tarkovski (que je ne connaissais que de nom, pas en profondeur) sa réflexion profonde m’a intriguée et il avait donné son sentiment que nous étions à l’aube d’un grand chambardement, et c’est bien le cas, notre passage n’étant qu’un bruissement d’aile à l’échelle de l’Univers…

        • oui, c’est bien de rappeler Tarkovski, qui bien entendu nous touche artistiquement beaucoup, mais aussi, il faisait partie de ces artistes purs, visionnaires, il touchait les étoiles.
          Il y a très très peu de cinéastes de cette profondeur spirituelle.

          « Tous mes films, d’une façon ou d’une autre, répètent que les hommes ne sont pas seuls et abandonnés dans un univers vide, mais qu’ils sont reliées par d’innombrables liens au passé et à l’avenir et que chaque individu noue par son destin, un lien avec le destin humain en génénal… La voie doit nécessairement être trouvée qui mènera les hommes les uns vers les autres. Tel est le devoir sacré de l’humanité devant son propre avenir, tel est aussi le devoir de chaque individu. »
          ~ Andreï Tarkovski, « Le temps scellé » ~

          • Oui !

            Et ce ne fut pas par hasard si vous m’aviez fait cette proposition.

            En fait, j’ai le sentiment, en tout cas c’est ainsi que je l’ai ressenti moi-même, et que je l’analyse aujourd’hui, que nous nous sommes rencontrés (par la pensée, et la synchronicité de nos réflexions) alors que nous avancions, à notre rythme sur notre propre voie…

            Et au lieu de n’entendre que le seul écho de nos pas respectifs avançant pas à pas sur ce chemin, tangent.

            Et bien, je puis dire, qu’il m’arrive d’entendre le pas de R71, de Z, de K, de SN, de Pd’E, de T. Et même parfois de ressentir le frôlement d’une épaule, ou d’un coude, comme l’assurance que je ne suis plus seule à progresser, parfois à tâtons, sur ce chemin.

            Et alors que nous ne nous connaissons pas, sachant que lorsque c’est le cas, c’est un petit cadeau offert par la vie, mais ce n’est pas indispensable pour se sentir, et l’être finalement tout à fait, inter-reliés…

            Voilà pourquoi, notamment, les zélites œuvrent autant qu’elles le peuvent pour nous débrancher de l’Internet !

            Trop tard… Les liens, ténus, que nous avons tissés entre nous, grâce à cette interconnexion, cette synchronicité qui confine, je trouve, parfois au surnaturel, ne pourront se défaire si facilement…
            Jo

  2. Comme il est fait mention de Bertá Caceres, dans cet article, je voulais mettre cette magnifique fresque de rue en hommage à BC, assassinée le 3 mars 2016, son meurtre restant à ce jour impuni, et alors que Enlace Zapatista, nous a fait part, le 4/3 d’un nouvel assassinat…

    Comme je l’ai indiqué, avec cet article, sous mon billet Effondrer le colonialisme du 4 mars dernier.

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