Nouvel Ordre Mondial et ingérence politico-économique: Mieux connaître la maison mère des think tanks… Le Royal Institute of International Affairs (James Corbett)


Résistance au Nouvel Ordre Mondial

 

Connaître son ennemi: Le Royal Institute of International Affairs (RIIA)

 

James Corbett

 

19 janvier 2019

 

Source:

https://steemit.com/world/@corbettreport/know-your-enemy-the-royal-institute-of-international-affairs

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Les lecteurs de cette colonne sauront déjà tout au sujet du Council on Foreign Relations ou CFR. L’influence du CFR sur l’agenda de la politique étrangère américaine était il n’y a pas si longtemps étiquetée comme une “théorie conspirationiste”. Mais, comme c’est le plus souvent le cas, la “théorie conspirationiste” devient simplement avec le temps un truisme de plus que les conspirateurs eux-mêmes tournent en dérision. Ce que vous ne savez peut-être pas en revanche est que le CFR est une succursale d’une organisation un peu plus ancienne et moins connue: le Royal Institute of International Affairs, ou RIIA. L’idée de la formation de ce groupe fut forgée durant une session informelle de la conférence pour la paix de Paris en 1919. L’Institut for créé l’année suivante, d’abord comme le British Institute of International Affairs, puis après avoir reçu une charte royale comme le Royal Institute of International Affairs.

Le groupe est devenu synonyme de Chatham House, son QG se situe sur St James Square à Londres et est  largement reconnu par les experts en politique étrangère comme le think tank ayant le plus d’influence au monde.

Dans les années suivant sa création, le RIIA a ouvert des succursales à travers le Commonwealth britannique et dans le monde, ceci inclut le CFR, né lui aussi en grande partie de cette réunion de Paris en 1919, puis vinrent l’Australian Institute of International Affairs, et les contreparties éponymes en Afrique du Sud, au Pakistan ainsi que le Canadian International Council, toutes des organisations similaires.

Officiellement, le RIIA, comme ses succursales, est une organisation à but non lucratif et non-gouvernementale (sic), qui promeut l’analyse des problèmes internationaux dans des sujets comme l’énergie (NdT: pétrole, pétrole + gaz…), les ressources et l’environnement, l’économie internationale, la sécurité internationale et le droit international. Tout comme pour ses succursales, la vaste majorité des publications du groupe est mise à la disposition du public gratuitement via leur site internet et leur journal, International Affairs. (bien entendu ce n’est pas en accès libre ni gratuit au sens d’une pizza gratuite. Vous aurez besoin d’un compte actif avec “Oxford Academic” si vous voulez avoir accès en ligne au contenu d’International Affairs comme cet article chauds les marrons chauds: « World politics 100 years after the Paris peace conference » by David Lloyd George’s great-granddaughter and former Rhodes Trustee Margaret MacMillan.)

L’organisation est financée par des partenaires, des patrons et la liste de ses membres se lit comme un véritable who’s who de la corporatocratie oligarchique, ces partenaires incluent: Chevron, AIG, Bloomberg, Toshiba, Morgan Stanley, Goldman Sachs, Lockheed Martin, Royal Dutch Shell, ExxonMobil et des douzaines d’autres entreprises, institutions et gouvernements étrangers. Chatham House attire de manière consistante un grand nombre de conférenciers très connus sur des sujets très nombreux, publiant des rapports qui définissent l’agenda politique, pas seulement pour la Grande-Bretagne, mais pour la plus grande partie du monde développé. Bien que la majorité de ses activités soient accessibles publiquement, le groupe conserve malgré tout certaines réunions politiques privées et c’est pour cela que l’association est la plus connue. Cette politique est connue sous le vocable de la règle de Chatham House qui stipule:

“Lorsqu’une réunion ou quelque soit d’autre se tient sous la règle de Chatham House, les participants sont libres d’utiliser les informations reçues librement, mais ne peuvent en aucun cas divulguer l’identité ni l’affiliation du conférencier, ni d’aucun autre participant, rien de cela ne dit être révélé.”

La règle est invoquée de manière ostentatoire afin d’encourager le débat sur des problèmes de contentieux, la théorie voulant que des personnes connues ne voudraient ou ne pourraient pas discuter leurs points de vues sur des sujets épineux, si leur identité et affiliation étaient connues publiquement. Quelques unes des réunions les plus secrètes critiquées à cet égard, comme la réunion annuelle du Club Bilderberg, adhèrent à la règle de Chatham House, invitant les accusations de réunions secrètes et d’influence occulte, cachée dans les agendas.

Quand on parle de groupe comme le RIIA, il est très difficile de balayer d’un revers de la main ces accusations.

Que le groupe publie son magazine International Affairs sous les auspices de l’université d’Oxford nous parle des racines historiques de ce think tank. Né des cendres de la première guerre mondiale, le RIIA fut créé par les mêmes personnes qui menèrent la conspiration de la première guerre mondiale. Ceux qui sont familiers avec mon travail sauront maintenant que la “grande Guerre” fut en partie fabriquée par une société secrète (pas si secrète que ça…), créée formellement en 1891 par Cecil Rhodes.

La société de Rhodes fut faite pour fonctionner sur ce que G. Edward Griffin a nommé “La formule Quigley” où une petite clique crée une plus grande organisation qu’ils peuplent de gens comme eux, des collaborateurs auxquels ils cachent les véritables buts et objectifs de la société. Par cette méthode, des groupes de centaines voire de milliers de personnes peuvent être dirigées vers des objectifs connus des seuls conspirateurs œuvrant au sein d’un petit groupe. Comme le dit G. Edward Griffin, le travail de Carroll Quigley (historien britannique), spécifiquement son ouvrage sur l’establishment anglo-américain, a alerté le public sur l’existence de ce groupe et de quelques uns de ces membres clefs comme Alfred Milner , Lord Esther, Lionel Curtis et Lord Lothian.

Pratiquement exclu des livres d’histoire aujourd’hui, Alfred Milner était un journaliste qui fut sorti de sa condition médiocre par Stead, qui en fit le rédacteur en chef adjoint à la Gazette Pall Mall. Stead et Rhodes usèrent de leur influence pour que Milner soit nommé haut-commissaire en Afrique du Sud en 1897, une position influente et très importante dans les années qui précédèrent la Guerre des Boers. Milner fut le mentor d’un groupe de jeunes avocats et administrateurs, essentiellement affiliés avec l’université d’Oxford qui prit le sobriquet de “garderie Alfred Milner”. Ces personnes devinrent parmi les figures es plus influentes dans le domaine des affaires étrangères au XXème siècle pour l’empire britannique, ce groupe incluait des gens comme Lord Lothian, Philip Henry Karr, Robert Henry Brand de la banque Lazard et Frères, le 1er baron de Tweedsmuir et Lionel Curtis, le fondateur reconnu du RIIA.

Dès sa formation, ce groupe eut pour intention d’être un moulin à paroles pour les leaders de l’establishment anglo-américain, pour décider et mettre en pratique leur agenda, qui pourrait être ensuite livré clef en main à n’importe quels politiciens qui seraient en fonction à ce moment précis, peu importait qui. Cette attitude élitiste envers le mode de gouvernement fut le moule dont tout découlerait dès le moment de la création du groupe. Comme le notent dans leur livre Jim MacGregor et Gerry Docherty  Prolonging the Agony: How the Anglo-American Establishment Deliberately Extended WWI:

“Ils [les membres de la société secrète de Cecil Rhodes] ont pris le groupe à succès de la Table Ronde et l’ont remodelé en ce Royal Institute of International Affairs. Étouffé dans un langage qui une fois décodé signifie qu’ils travailleront ensemble pour déterminer les futures directions d’un monde changeant très rapidement, Lionel Curtis fut l’avocat du fait que “la politique nationale devrait être forgée par une conception des intérêts de la société dans les grandes largeurs.” Par cela il voulait dire les intérêts de l’establishment anglo-américain. Il parla des établissements qui furent faits à Paris en résultat de l’opinion publique de plusieurs pays et exprima le fait q’il devait être établie une différence entre les “bonnes” opinions publiques et les “mauvaises”.

Avec une certitude qui fait froid dans le dos, il annonça que “la bonne opinion publique était essentiellement produite par un petit nombre de gens en contact réel avec les faits, personnes qui ont recherché les problèmes impliqués.” Il parla du besoin de “cultiver une opinion publique dans bien des pays du monde” et proposa la création “d’un think-tank de haut niveau strictement réservé, composé d’experts des délégations anglaise et américaine ayant la même vision, Un comité de sélection, entièrement dominé par des agents secrets de l’élite fut organisé pour éviter “une grande masse de membres incompétents”. Quelle quintessence de la pensée de la classe dominante britannique. Une nouvelle élite anglo-américaine à la participation dûment approuvée s’auto-sélectionna.”

Ces dernières années, le RIIA, le porte-parole le plus visible de l’héritage de cette société secrète, a été responsable de rapports expliquant pourquoi l’or n’est pas une alternative viable au système monétaire international en vigueur, d’une analyse sur l’élection iranienne de 2009 qui informa dans du monde sur “l’irrégularité” de cette élection, un éditorial controversif du ministre des affaires étrangères britannique implorant pour une militarisation du cyberspace et bien d’autres documents, publications, conférences et présentations influents.

Au bout du compte, ce qui est peut-être le plus intriguant pour ceux qui sont intéressés à examiner comment fonctionne le pouvoir dans la société n’est pas nécessairement l’origine secrète d’un groupe comme le RIIA, ni même la façon dont il a manipulé, façonné et contrôlé en catimini la politique étrangère britannique depuis des décennies ou comment il est parvenu à obtenir tant de pouvoir et d’influence sur le monde au travers de ses divers branches et organisations. En lieu et place, ce qui est véritablement fascinant au sujet de Chatham House est qu’elle est si ouverte.

Bon nombre de ses réunions et comptes-rendus sont publiquement disponibles. Ses membres associés et entrepreneuriaux sont publiés sur leur site internet. Son journal est ouvertement publié et rendu public. Son histoire, qui fut à une époque ceinte du voile du secret et du mystère, a été mise à nu depuis maintenant plus d’un demi-siècle. Et pourtant, malgré tout cela, on discute très rarement du RIIA comme d’un centre de pouvoir très important dans la société du XXIème siècle.

Dans un sens, peut-être est-ce un grand succès: cacher son énorme influence et son rôle incessant de direction de la géopolitique mondiale sans se cacher derrière le voile du secret comme le font les groupes Bilderberg et Skull and Bones et autres sociétés secrètes (NdT: comme aussi bien entendu la franc-maçonnerie), mais en se mettant lui même sous les feux de la rampe publics pour que cela paraissent tout ce qu’il y a de plus banal. On doit noter après tout, que c’est précisément la manière dont Cecil Rhodes envisageait le fonctionnement d’une telle organisation et l’existence continuelle, l’influence des idées, manifestées ouvertement par Chatham House, le CFR et leurs frères think-tanks dans le monde entier, pourrait servir servir d’exemple parfait sur le comment quelques unes des plus grosses sociétés secrètes au monde sont cachées en étant à la vue de tous.

 


Libérez l’esprit asservi

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.