Résistance politique et illusion démocratique: L’État comme construction de l’oppression organisée

Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !… Union dans notre complémentarité, halte à l’antagonisme fabriqué et à la division qui a mené au pouvoir coercitif ; halte à l’illusion démocratique.
A bas l’État, à bas la société marchande, à bas l’argent, à bas le salariat, pour que vive la Société des Sociétés…

~ Résistance 71 ~

 


Gilets Jaune, sortons de l‘illusion démocratique

 

L’État est une construction théorique

 

Le Monde Libertaire

 

0ctobre 2018

 

url de l’article:

https://www.monde-libertaire.fr/?article=LEtat_est_une_construction_theorique

Concrètement, l’État n’a aucune légitimité, ce n’est qu’une construction théorique pour les besoins politiques des différents régimes politiques qui ont détenu le pouvoir. En France, l’État est le résultat d’un assemblage de comtés qui, à l’origine, n’avaient aucun lien entre eux. Pour fabriquer la « France », il a fallu unifier le pays et lui donner des frontières. Cela s’est réalisé dans la douleur et à coup de guerres ou de trahisons de la part des potentats locaux. Une fois le but atteint, et pour préserver cette unité artificielle, les politicards aidés par les cléricafards, ont imposé leur autorité. Pour fonctionner, ils ont créé une administration, des services, des organismes divers et variés (police, justice, armée et Église…) qu’ils ont nommé État.

Cette escroquerie s’appelle la délégation perpétuelle

L’existence de ce pouvoir « politique » et de celui de l’Église joueront au fil des siècles un rôle important au nom de l’ordre social, militaire et religieux. Il s’agissait de créer de toute pièce un pays, un État et de lui donner des frontières, par l’unification des comtés (souvent forcée) et l’établissement d’une langue commune au détriment des langues comme le breton, le basque, le catalan, le corse, l’alsacien… L’État deviendra alors le siège de la puissance souveraine, ainsi, il usurpera la souveraineté du peuple. Les tenants du pouvoir, lui donneront un os à ronger en lui faisant croire que la démocratie c’est le vote, qui lui permet de choisir, de décider et d’être représenté ! Dans la réalité ce n’est qu’une vaste supercherie qui également au fil des siècles s’est ancrée dans les têtes. Cette escroquerie s’appelle la délégation ! D’autant qu’il n’est dit nulle part que par son vote le peuple délègue…

Au XVIIIe siècle, la constitution d’un État/Nation, d’un pays enchaîne le peuple et le prive de sa souveraineté et fait que c’est l’État qui détient la souveraineté. L’État et la Nation apparaissent dès lors comme deux réalités étroitement liées, au point qu’à partir du XIXe siècle la notion État/Nation s’impose pour justifier l’unité d’un pays et sa puissance… L’État se caractérise alors, par la superposition d’une entité politique souveraine, d’une administration qui lui sera toujours dévouée, quelle que soit sa couleur politique avec un ensemble culturel unifié du point de vue linguistique et religieux.

L’État un outil créé de toute pièce

Autrement dit, l’État n’est surtout pas le gouvernement, ni même la présidence de la République, pas plus qu’une nation. C’est un outil créé de toute pièce pour asseoir le pouvoir des représentants des partis politiques afin d’usurper aux peuples toutes possibilités de gérer eux-mêmes leur destin (économique, social et professionnel) et de s’approprier illégalement le droit de pondre des lois pour maintenir les peuples sous leur domination et de les punir s’ils enfreignent « leurs » lois ou s’ils remettent en cause « leur » pouvoir. Avec le développement du capitalisme industriel, commercial et financier, les représentants des partis politiques qui se succèdent au pouvoir ne sont là que pour gérer et protéger les affaires des capitalistes.

Un autre outil a été mis en place pour justifier ce hold-up, c’est le système électoral et, ce, au nom de la démocratie. Or, le système électoral qu’il soit censitaire, représentatif, majoritaire, uninominal à un tour ou deux tours, proportionnel, de liste à un ou deux tours… est une vaste escroquerie intellectuelle destinée à donner l’illusion que l’électeur décide et choisit… Or, une fois que cet acte inconscient est effectué, l’électeur se trouve pieds et poings liés. Il n’a plus aucune possibilité de réagir ni d’agir puisqu’il a donné quitus, souvent à un inconnu pour, qu’il croit, défendre ses intérêts. Rapidement, il se rend compte que ce ne sont pas ses intérêts que son représentant défend, mais bien les siens, ceux de son parti et du grand capital dont cet individu est le serviteur.

L’État est intimement lié et a évolué en fonction des besoins du système capitaliste et de son développement. Il va permettre et renforcer les rapports d’exploitation par le vote de lois scélérates et répressives, afin de maintenir les travailleurs sous la férule du patronat et sous la domination du pouvoir politique. L’État est donc avant tout un appareil de violence et d’oppression au service de la classe dominante et non comme les politicards voudraient nous faire avaler, au service du peuple.

Les faquins ont associé État/Nation, en sous-entendant que la Nation c’est le peuple. Il s’agit pour les politicards de taire l’existence des classes sociales. Il faut à tout prix masquer les conflits d’intérêts qui opposent les classes sociales, selon leur position dans le processus de production et nier la nécessaire lutte des classes. Ces luttes des classes sont un danger pour les dominants, elles peuvent à tout moment mettre en danger le système. Il faut donc que les tenants du pouvoir donnent l’illusion que nous sommes tous égaux en droits, alors que les inégalités existent de fait entre les prolétaires, les capitalistes et les bourgeois. Elles sont inhérentes au système qui les génère et les creuse.

Comme l’écrit si justement Victor Considerant, en 1851, dans Le Gouvernement direct du peuple :

« Ce que veulent les homme de la délégation, c’est-à-dire ces hommes qui, vaincus par la puissance de l’idée politique moderne, reconnaissant l’impossibilité de ressusciter le droit divin, de nier le dogme de la souveraineté du Peuple, s’y attachent et l’embrassent, mais à la manière des serpents, pour l’étouffer ; ce que veulent ces vaincus, c’est bien la Souveraineté du Peuple effectivement, seulement c’est la Souveraineté du Peuple mort sur le Peuple vivant. Écoutons-les : La nation, (vous remarquerez qu’ils disent la Souveraineté nationale et non la Souveraineté du peuple) ; d’abord ils n’aiment pas le mot Peuple ; et puis, le Peuple, c’est quelque chose de trop actuel, de trop vivant pour que le mot se prête avec quelque chance de succès à la jonglerie de leur argumentation), la nation, disent-ils donc, fait acte de souveraineté en se donnant un roi, en déléguant son pouvoir sur elle-même à un homme, à une famille, ou à des corps constitués. Cette famille ou ces corps deviennent les pouvoirs légaux. Si nous avons ainsi un roi, c’est un roi par délégation, un roi du vœu et consentement de la nation. Le principe de la souveraineté nationale est sauf et nous nous tenons notre monarchie. C’est toujours la même mystification que confond toujours la même réponse : « Ou la Souveraineté du Peuple subsiste, et votre prétendu roi n’est qu’un chef amovible du pouvoir national, un chef à chaque instant révocable par la volonté nationale ; ou bien la Souveraineté du Peuple ne subsiste plus , et alors n’en parlez pas.…

S’il était nécessaire d’éclairer la lumière pour qu’elle fût visible, j’ajouterais, à l’adresse de ces gens-là, ceci : je leur dirais : « Vous avez compris et revendiqué pour vous-mêmes la liberté civile. Il en est résulté que vous avez déclaré et dû, de toute nécessité, déclarer nul le contrat par lequel un homme se ferait, librement, volontairement, l’esclave d’un autre homme. Vous ne reconnaissez point l’aliénation, pour un motif quelconque, de la liberté, de la personnalité d’un homme. Cette imprescriptibilité de la personnalité, de l’autonomie humaine, elle est à la base de votre droit civil. Et vous voudriez faire, de l’aliénation de la liberté et de la personnalité d’un Peuple, de l’hétéronomie d’une nation, la base de son droit politique ? Bonnes gens, réveillez-vous, vous rêvez creux. » Non, les vivants ne sauraient aliéner leur liberté, fût-elle faite en bonne forme, elle est nulle de plein droit. »

Cette analyse de Victor Considerant a aujourd’hui 167 ans. Elle garde toute sa fraîcheur, sa pertinence. Il serait bien que les citoyens et les citoyennes les plus conscients(es) se l’approprient et que collectivement, ils mettent tout en œuvre pour mettre à bas ce système castrateur. En jetant les bases d’une société égalitaire et autogestionnaire, en remplaçant l’État et le gouvernement par le fédéralisme autogestionnaire et le système électoral par le mandatement (le mandat impératif). Sous le contrôle des diverses composantes de la société qui, en libre association, prendront possession de la gestion économique et sociale des entreprises et des communes et ce, sans intermédiaire, sans dirigeant, sans institution décisionnaire. Pour que personne ne décide à notre place.

= = =

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

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8 Réponses to “Résistance politique et illusion démocratique: L’État comme construction de l’oppression organisée”

  1. Tenez, dans cette vidéo de Juan Branco désosse Macron qui a été bloquée par YT par l’interviewer de Là-bas si j’y suis pour DDA, et réenconder avec rutube ;

    https://rutube.ru/video/d79bc15d33c38e61edc26e680200a03e/

    Il a été rajouté, au démarrage, le Gilet Jaune Géant, extrait de votre fond noir ! Qui prouve bien que 1+1+1+…n = société des sociétés…

  2. Bernardo1871 Says:

    publication en française d’Homo Domesticus, Une histoire profonde des premiers États, de James C. Scott, dont vous avez déjà parlé,

    https://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Homo_Domesticus-9782707199232.html

    bouquin disponible en langue originale.
    a priori c’est le même bouquin, il y a des feuilles de blé sur les deux premières de couverture..

    https://astudygroup.files.wordpress.com/2018/01/against-the-grain_-a-deep-histo-james-c-scott.pdf

    author of *seeing like a state*, fallait pas en dire tant, le v’là:

    https://libcom.org/files/Seeing%20Like%20a%20State%20-%20James%20C.%20Scott.pdf

    • Merci des liens. On a été un poil plus rapide avec la traduction… mais nous n’avons traduit que de larges extraits. Lire le livre complet est très important. James C Scott est essentiel à lire pour mieux comprendre d’où nous venons et en conséquence, où nous devrions nous diriger. L’anthropologie anarchiste pointe dans la bonne direction en corrigeant bien des notions erronées en s’appuyant sur la recherche de terrain. C’est pour cela que nous avons présenté des extraits de deux de ses ouvrages.
      Lire des gens comme Pierre Clastres, Robert Jaulin, Jacques Lizot, Marshall Sahlins, James C Scott et David Graeber pour l’anthropologie et JP Demoule et Marylène Patou-Mathis pour l’archéologie, est essentiel pour mieux nous comprendre et voir sans doute le mouvement des Gilets Jaunes sous un autre angle… 😉

      • Bernardo1871 Says:

        découvert aujourd’hui: Sheldon S. Wolin.

        pas de résultat dans votre moteur de recherche.

        We are tolerated as citizens only as long as we participate in the illusion of a participatory democracy. The moment we rebel & refuse to take part in the illusion, the face of inverted totalitarianism will look like the face of past systems of totalitarianism.

        (exactement la façon dont on peut regarder notre société, une oligarchie libérale: on a des droits, des libertés,
        mais, surveillés par l’État,
        mais, soumis à la propagande quotidienne,
        et, dès que que l’on se révolte, comme les ouvriers de juin 1848, le peuple en mars 1871,
        les manifestations urbaines lors du mouvement dit des gilets jaunes
        (surtout Paris, Bordeaux, Toulouse, Nantes..)
        donc dès que l’on remet en cause le Pouvoir de l’État,
        BIM, l’État envoie la flicaille, la troupe pour écraser le peuple.

        son bouquin Democracy incorporated – managed democracy and the specter of inverted totalitarianism est disponible ici, en anglais sorry:

        https://epdf.tips/democracy-incorporated-managed-democracy-and-the-specter-of-inverted-totalitaria3c847b905f0a79d72653d9ab3fa0797092136.html

        • merci du lien, on ne connaissait pas. On a sauvegardé le bouquin pour usage interne. Pour ce que tu cites, oui, c’est exactement ça, cela illustre ce que nous disons depuis des années: tout est dictature, ce n’est qu’une question de degré dès qu’une société est enfermée dans l’État. On a souvent dit qu’il n’y avait pas de différence réelle entre le régime nazi, stalinien ou maoïste et la république française, ce n’est qu’une question de degré.
          Tu mentionnes à juste titre la Commune de 1871. Doit-on rappeler que la semaine sanglante de mai 1871: 30 000 massacrés puis à l’issu des dizaines de milliers de déportés dans les camps de la mort français comme en Nouvelle Calédonie ou en Guyane, que cette semaine sanglante et la répression qui s’en est suivie furent perpétrées par ce qu’il est convenu d’appeler une « république modérée » !!…
          Effarant non ?… Les oligarques ont tellement fait dans le froc ! Il fallait punir ces gueux responsables de cette chiasserie généralisée. 😉

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