Archive pour 3 janvier 2019

Gilets Jaunes: Les rond-points de la sociale

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 3 janvier 2019 by Résistance 71

Ce texte fait toucher du doigt là où réside le processus qui fait trembler l’oligarchie et les institutions la préservant: la résolution des antagonismes par le lâcher-prise et la co-existence complémentaire. On a toutes et tous besoin de l’autre, partout, c’est inéluctable. Nous sommes tous dans le même bateau destination bonheur terrestre, pour tous, sans exception, y œuvrant ensemble. Seule la société marchande capitaliste fait se dresser les individus les uns contre les autres de manière durable au nom d’un égoïsme contre-nature, façonné dans la fange marchande, pour le seul profit du petit nombre.
Ce qui se vit sur les rond-points, dans la diversité est organique, vrai et sans fioritures, cela constitue le ciment de la société des sociétés qui se met en marche. Les graines de notre humanité finissent toujours par germer par delà les antagonismes factices et les divisions créées pour nous maintenir en esclavage.
L’heure vient pour la Commune des communes, elle prendra une forme différente de celle du Chiapas ou celle du Rojava ou celles de Zomia chez nous, mais elle répond au même désir universel de la nature humaine: vivre en groupe, égalitairement et en paix. Tout le reste n’est que mesure artificielle et donc, contre-nature et Nuage Fou ci-dessous touche du doigt la nature profonde de notre existence sociale qu’il suffit de canaliser pour lui fare reprendre le dessus sur la fiction criminelle qui nous asservit depuis bien trop longtemps. Sous ce texte, quelques textes complémentaires pour éclairer le chemin.
Qu’on se le dise !…

~ Résistance 71 ~

 


Dossier Gilets Jaunes

 

De mon rond-point de Seine et Marne

 

Nuage Fou

 

1er janvier 2019

 

Source:

https://www.monde-libertaire.fr/?article=De_mon_rond-point_de_Seine-et-Marne

 

J’ai beaucoup/un peu lu et entendu parler de « La sociale », ben là, c’est couillon, mais j’ai l’impression d’avoir le nez dedans… aussi de voir ce que peut bien contenir ce slogan : ZAD Partout!

Faut voir comment ça se passe sur les ronds-points ; pas de théories, pas de surplomb, un peu d’analyse bien sûr, mais surtout des gens qui voient bien qu’ils se font enfumer depuis des décennies; et ils veulent que ça s’arrête, ils en ont marre et pour le coup qu’ils s’y sont mis, ils veulent pas trop lâcher l’affaire. Smicards, artisans, petits entrepreneurs, chauffeurs de cars, profs, fonctionnaires, chômeurs, retraités.

C’est pas des zanarchistes, ils trouvent juste que c’est trop dur, et que pour leurs enfants ça va être vraiment merdique. Au passage histoire de changer la donne, ils découvrent qu’on pourrait oser la « vraie démocratie ». Y’a la chaleur aussi et l’amitié qui se crée d’être ensemble pendant des heures à bricoler, discutailler, faire la nique gentiment aux flics du coin qui font les rondes et grands signes aux klaxons qui soutiennent bien au chaud.

Bon on est pas tous d’accord, le rond-point c’est des croisements, y’en a bien des un peu xénophobes, et y’en a aussi qui se disent que Marine, elle les mettrait peut-être bien tous au pas, ces pourris. Mais c’est pas tous, et d’ailleurs c’est pas beaucoup, et si t’envoie la tchatche y zappent vite fait, la queue basse. Et d’ailleurs, je dois bien être un des rares dont parents et grand-parents sont parigots.

Ici, en Seine et Marne, y’a beaucoup de portosses de la deuxième génération, toujours chauds pour croquer la morue et pousser le Fado; y’a des beurs aussi sur le rond-point, et c’est sûr y’a des beaufs. Un musicien de Guyanne aussi et sa femme Colombienne, de retour d’un concert à Dakar, qui a atterri là et avec qui on a fait le bœuf.

Ici, on insiste plus sur ce qui nous réunit que sur ce qui pourrait nous séparer, c’est juste l’endroit pour ceux qu’en ont plein le cul et qui veulent pas lâcher l’affaire. Du coup personne en a trop à faire faire d’où tu viens. Deux gars aussi, un bavard genre rigolo, avec pas trop de dents, et un qui dit pas grand-chose. L’air d’avoir du faire plus de taule qu’autre chose et qui sont de la petite dizaine des piliers du rond-point, et à qui aussi tu laisserais tes minots en garde tellement ils ont cette drôle de douceur juste derrière les grosses épaules et le front buté, et cette allure de gros durs, et la peau façon Ripolin.

On a fait banquet avec tout ce que les voitures apportent – pas de cagnotte, y’a pas besoin – des bûches et des palettes pour se chauffer, des chocolats (pas bio) , des merguez et des côtes de porc et de mouton – Paix à leur âme innocente. Des bonbons par bonbonnes, et puis des huitres par douzaines – Paix à leur poignant silence. Le gars qui les apportait a dû rebrousser chemin au rond point de l’Obélisque à Fontainebleau attaqué par les robocops et les voyous de la BAC (faut dire qu’avec leur château et son bel escalier, les bourges Bellifontains se la pètent sérieux, façon Versaillais, et ont les jetons de la Marée Jaune.) Autour de notre rond-point les voitures klaxonnent méchant, certaines s’arrêtent; les gens viennent de partout et on sent que tant de gens qui s’arrêtent pas soutiennent fort les zozos qui mouillent le gilet et tiennent le rond-point. Les flics l’ont évacué une première fois et détruit les abris, mais peine perdue, la petite communauté a repris la place deux jours après.

Chacun a son prénom sur le gilet; chacun se connait et s’aime ou s’embrouille, comme on fait en famille. Le froid, les heures à deux, trois ou quatre ont figé le noyau dur, mais qui bouge aussi avec le gel du soir, le temps qui lasse, la famille qui râle. Les piliers, quatre ou cinq, qui veulent pas lâcher l’affaire; aussi durs qu’ils sont doux. Un retraité, raflé et passé à tabac en juin 68, au commico central sur les quais à Paris, puis 48 heures à Beaujon, quand ça y’allait sec encore dans le quartier latin. Un autre qu’a mis en place les tracts sur le marché. C’est pas un débutant, syndiqué à quinze ans parce que le gars qui lui avait trouvé le boulot de vitrier lui avait dit que c’était comme ça. La plupart, instinctivement et joyeusement anticapitalistes, mais avec des codes qui s’inventent au fil des discussions et des facebook lives.

Et le rond point, c’est rond, c’est pas macho; pas mal de femmes, avec un mélange d’humour, de gentillesse et détermination. Et même si c’est les mamies qui tiennent le barbecue, les sandwiches, le clacos et les gâteaux, y’a les gamines en première ligne qu’ont le verbe sérieux, et que chacun écoute et respecte. Tu vois vite que c’est pas à la testostérone que l’affaire se règle. Du coup aussi, c’est un peu chaud sur le rond-point, ça rigole, ça gazouille et ça dragouille. Bonne ambiance, et façon bal popu quand les guitares s’échauffent et qu’un vieux Johnny, Bob ou Renaud remonte à la surface. Et c’est clair, certains soirs, ça finit crapuleux. Et c’est cette communauté qui se crée. qui prend confiance, qui prend plaisir à juste être là, là où elle a pas le droit d’être, et niquer les méchants, à juste exister un peu plus fort, comme si c’était déjà le printemps, et vivre un peu plus grand. Y’a une tribu qui se crée là dans cette lutte pour garder le rond-point – un groupe affinitaire on dirait – mais ça paraitrait tellement intello-bureaucratique ici, ce mot. 

Il y a un peu de danger – dix morts déjà, et on se le répète en hochant la tête – beaucoup de plaisir surtout, dont celui de prendre le dessus, affronter les puissants et prendre possession de ce bout de la ville, et pas lâcher l’affaire.

À vivre ça, je me dis que peut-être la sociale c’est pas la révolution des happy fews qui sont d’accord sur tout – forcément pas bien nombreux – mais peut-être plutôt de ceux qui ne veulent juste plus de cette injustice et qui se réunissent à cause de ça. Et puis de discussion en discussion, de délires en ennui, de guitares en barricades, se disent que peut-être c’est la cité qu’il faut changer, que c’est « la vraie égalité » et la « vraie démocratie » qui doivent passer en premier, et que la solution, sans être partisane, doit être politique.

Y’a bien un zozo qu’est passé sur le rond-point, dents blanches et haleine fraîche, expliquer qu’il se dévoue à la cause, blablabla. Réunion vendredi prochain de coordination des ronds-points de Seine et Marne… on va voir.

En attendant, et depuis plus d’un mois, depuis dix morts, des centaines de blessés, des milliers d’arrêtés, c’est là que quelque chose se passe. Et il y a cette hésitation entre passer le Nouvel An sur notre ZAD à deux balles ou aller réchauffer le touriste sur les Champs. 

Nuage Fou.

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Textes complémentaires:

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 


1+1+1+…n = Société des Sociétés

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