Résistance politique: Gilets Jaunes 3ème édition, vigilance à la manipulation de rigueur

Nous avions gardé cette lettre de JC Michéa sous le coude, un peu comme une relance avec mise en garde. 3ème round aujourd’hui… Le danger de manipulation est de tous les instants !
Attention à celle qui verrait des « portes-parole » soit auto-désignés, soit désignés par les merdias à la botte du politique, faire des annonces qui discréditeraient le mouvement.
Aucune « revendications » ne peut se faire sans discussion préalable en assemblées coordonnées. Le mouvement des GJ est en danger de récupération politique à terme, visant à le faire sombrer dans le classique marasme du réformisme béat.
Disons NON ! Ensemble ! Union, coopération, communication !
Pour l’avènement de la société des sociétés…

~ Résistance 71 ~

Résistance 71 sur le mouvement des Gilets Jaunes ici et ici

 


1er décembre 2018: 3ème round…

 

Jean-Claude Michéa :

Une lettre à propos du mouvement des Gilets jaunes

 

24 novembre 2018

 

Source: http://www.comite-valmy.org/spip.php?article10640

 

Chers Amis,

Juste ces quelques mots très brefs et donc très lapidaires – car ici, on est un peu débordés par la préparation de l’hiver (bois à couper, plantes et arbres à pailler  etc.). Je suis évidemment d’accord avec l’ensemble de vos remarques, ainsi qu’avec la plupart des thèses de Lieux communs (seule la dernière phrase me paraît un peu faible en raison de son «  occidentalisme  »  : il existe aussi, bien entendu, une véritable culture de l’émancipation populaire en Asie, en Afrique ou en Amérique latine  !).

Le mouvement des «  gilets jaunes  » (bel exemple, au passage, de cette inventivité populaire que j’annonçais dans Les Mystères de la gauche) est, d’une certaine manière, l’exact contraire de «  Nuit Debout  ». Ce dernier mouvement, en simplifiant, était en effet d’abord une tentative – d’ailleurs encouragée par une grande partie de la presse bourgeoise – des «  10 %  » (autrement dit, ceux qui sont préposés – ou se préparent à l’être – à l’encadrement technique, politique et «  culturel  » du capitalisme moderne), pour désamorcer la critique radicale du Système, en dirigeant toute l’attention politique sur le seul pouvoir (certes décisif) de Wall Street et des fameux «  1 %  ». Une révolte, par conséquent, de ces urbains hypermobiles et surdiplômés (même si une fraction minoritaire de ces nouvelles classes moyennes commence à connaître, ici ou là, une certaine «  précarisation  ») et qui constituent, depuis l’ère Mitterrand, le principal vivier dans lequel se recrutent les cadres de la gauche et de l’extrême gauche libérales (et, notamment, de ses secteurs les plus ouvertement contre-révolutionnaires et antipopulaires  : Regards, Politis, NP“A”, Université Paris VIII etc.). Ici, au contraire, ce sont bien ceux d’en bas (tels que les analysait Christophe Guilluy – d’ailleurs curieusement absent, jusqu’ici, de tous les talk-shows télévisés, au profit, entre autres comiques, du réformiste sous-keynésien Besancenot), qui se révoltent, avec déjà suffisamment de conscience révolutionnaire pour refuser d’avoir encore à choisir entre exploiteurs de gauche et exploiteurs de droite (c’est d’ailleurs ainsi que Podemos avait commencé en 2011, avant que les Clémentine Autain et les Benoît Hamon du cru ne réussissent à enterrer ce mouvement prometteur en le coupant progressivement de ses bases populaires).

Quant à l’argument des «  écologistes  » de cour – ceux qui préparent cette «  transition énergétique  » qui consiste avant tout, comme Guillaume Pitron l’a bien montré dans La Guerre des métaux rares, à délocaliser la pollution des pays occidentaux dans les pays du Sud, selon lequel ce mouvement spontané ne serait porté que par «  une idéologie de la bagnole  » et par «  des gars qui fument des clopes et roulent en diesel  », il est aussi absurde qu’immonde  : il est clair, en effet, que la plupart des Gilets jaunes n’éprouvent aucun plaisir à devoir prendre leur voiture pour aller travailler chaque jour à 50 km de chez eux, à aller faire leurs courses au seul centre commercial existant dans leur région et généralement situé en pleine nature à 20 km, ou encore à se rendre chez le seul médecin qui n’a pas encore pris sa retraite et dont le cabinet se trouve à 10 km de leur lieu d’habitation. (J’emprunte tous ces exemples à mon expérience landaise  ! J’ai même un voisin, qui vit avec 600 € par mois et qui doit calculer le jour du mois où il peut encore aller faire ses courses à Mont-de-Marsan, sans tomber en panne, en fonction de la quantité de diesel – cette essence des pauvres – qu’il a encore les moyens de s’acheter  !) Gageons qu’ils sont au contraire les premiers à avoir compris que le vrai problème, c’était justement que la mise en œuvre systématique, depuis maintenant 40 ans, du programme libéral par les successifs gouvernements de gauche et de droite, a progressivement transformé leur village ou leur quartier en désert médical, dépourvu du moindre commerce de première nécessité, et où la première entreprise encore capable de leur offrir un vague emploi mal rémunéré se trouve désormais à des dizaines de kilomètres (s’il existe des «  plans banlieues  » – et c’est tant mieux – il n’y a évidemment jamais eu rien de tel pour ces villages et ces communes – où vit pourtant la majorité de la population française – officiellement promis à l’extinction par le «  sens de l’histoire  » et la «  construction européenne  »  !).

Ce n’est donc évidemment pas la voiture en tant que telle – comme «  signe  » de leur prétendue intégration dans le monde de la consommation (ce ne sont pas des Lyonnais ou des Parisiens  !) – que les Gilets jaunes défendent aujourd’hui. C’est simplement que leur voiture diesel achetée d’occasion (et que la Commission européenne essaye déjà de leur enlever en inventant sans cesse de nouvelles normes de «  contrôle technique  ») représente leur ultime possibilité de survivre, c’est-à-dire d’avoir encore un toit, un emploi et de quoi se nourrir, eux et leur famille, dans le système capitaliste tel qu’il est devenu, et tel qu’il profite de plus en plus aux gagnants de la mondialisation. Et dire que c’est d’abord cette gauche kérosène – celle qui navigue d’aéroport en aéroport pour porter dans les universités du monde entier (et dans tous les «  Festival de Cannes  ») la bonne parole «  écologique  » et «  associative  » qui ose leur faire la leçon sur ce point  ! Décidément, ceux qui ne connaissent rien d’autre que leurs pauvres palais métropolitains n’auront jamais le centième de la décence qu’on peut encore rencontrer dans les chaumières (et là encore, c’est mon expérience landaise qui parle  !).

La seule question que je me pose est donc de savoir jusqu’où un tel mouvement révolutionnaire (mouvement qui n’est pas sans rapport, dans sa naissance, son programme rassembleur et son mode de développement, avec la grande révolte du Midi de 1907) peut aller dans les tristes conditions politiques qui sont les nôtres. Car n’oublions pas qu’il a devant lui un gouvernement thatchérien de gauche (le principal conseiller de Macron est d’ailleurs Mathieu Laine – un homme d’affaires de la City de Londres et qui est, en France, le préfacier des œuvres de la sorcière Maggie), c’est-à-dire un gouvernement cynique et impavide, qui est clairement prêt – c’est sa grande différence avec tous ses prédécesseurs – à aller jusqu’aux pires extrémités pinochetistes (comme Maggie avec les mineurs gallois ou les grévistes de la faim irlandais) pour imposer sa «  société de croissance  » et ce pouvoir antidémocratique des juges, aujourd’hui triomphant, qui en est le corollaire obligé. Et, bien sûr, sans avoir quoi que ce soit à craindre, sur ce plan, du servile personnel médiatique français. Faut-il rappeler, en effet, qu’on compte déjà 3 morts, des centaines de blessés, dont certains dans un état très critique. Or, si ma mémoire est bonne, c’est bien à Mai 68 qu’il faut remonter pour retrouver un bilan humain comparable lors de manifestations populaires, du moins sur le sol métropolitain. Et pour autant, l’écho médiatique donné à ce fait effarant est-il, du moins pour l’instant, à la hauteur d’un tel drame  ? Et qu’auraient d’ailleurs dit les chiens de garde de France Info si ce bilan (provisoire) avait été l’œuvre, par exemple, d’un Vladimir Poutine ou d’un Donald Trump  ?

Enfin, last but not the least, on ne doit surtout pas oublier que si le mouvement des Gilets jaunes gagnait encore de l’ampleur (ou s’il conservait, comme c’est toujours le cas, le soutien de la grande majorité de la population), l’État benallo-macronien n’hésitera pas un seul instant à envoyer partout son Black Bloc et ses «  antifas  » (telle la fameuse «  brigade rouge  » de la grande époque) pour le discréditer par tous les moyens, où l’orienter vers des impasses politiques suicidaires (on a déjà vu, par exemple, comment l’État macronien avait procédé pour couper en très peu de temps l’expérience zadiste de Notre-Dame-des-Landes de ses soutiens populaires originels). Mais même si ce courageux mouvement se voyait provisoirement brisé par le PMA – le Parti des médias et de l’argent (PMA pour tous, telle est, en somme, la devise de nos M. Thiers d’aujourd’hui  !)  ; cela voudra dire, au pire, qu’il n’est qu’une répétition générale et le début d’un long combat à venir. Car la colère de ceux d’en bas (soutenus, je dois à nouveau le marteler, par 75 % de la population – et donc logiquement stigmatisé, à ce titre, par 95 % des chiens de garde médiatiques) ne retombera plus, tout simplement parce que ceux d’en bas n’en peuvent plus et ne veulent plus. Le peuple est donc définitivement en marche  ! Et à moins d’en élire un autre (selon le vœu d’Éric Fassin, cet agent d’influence particulièrement actif de la trop célèbre French American Fondation), il n’est pas près de rentrer dans le rang. Que les Versaillais de gauche et de droite (pour reprendre la formule des proscrits de la Commune réfugiés à Londres) se le tiennent pour dit  !

Très amicalement,

Le 21 novembre 2018 

JC


Liste non exhaustive… 😉

 

5 Réponses to “Résistance politique: Gilets Jaunes 3ème édition, vigilance à la manipulation de rigueur”

  1. Cauchi Martial Says:

    Ce mouvement des gilets jaunes doit aboutir à la dissolution de l’assemblée nationale qui est une fumisterie car à la botte de notre bonimenteur de « president »c’est vital .
    La constitution devrait bien sûr être entièrement revue pour donner au peuple sa légitimité.

    • oui bien sûr ! Mais faut pas s’arrêter en si bon chemin: A bas l’État, à bas la société marchande, à bas la marchandise, à bas le salariat et pour une société libre, égalitaire sans entité de pouvoir politique (et par dérive « économique ») en dehors du corps social !
      Union, coopération, communication et confédération des associations libres volontaires des producteurs et consommateurs hors société marchande.

  2. Oui, le mot d’ordre de ce jour est bien : récupération et à tous les niveaux.

    Castagneur vient d’annoncer que 1500 casseurs avaient pris possession des lieux et pour en découdre avec la police !

    Il est capable de dire que 1500 casseurs portant un GJ mettent en difficulté les forces de l’ordre.

    Sur le plateau de LCI, un historien spécialiste des extrêmes a même affirmé, sans rire, que les scènes sont totalement anarchiques et que An anarchie = veut dire absence de liberté, non mais on croit rêver… Ou cauchemarder.

    Maintenant Jacline Mouraud vient, une énième fois, d’appeler les GJ à se structurer et à se féliciter, qu’en ce moment même, ils sont entrain d’élire des vrais représentants pour porter de vrais revendications au gouvernement = voilà pourquoi entre autres, certains l’accuse d’être proche du pouvoir, voire d’être copine avec Macron.

    Donc, lorsque les forces de l’ordre sont blessés lors d’exactions alors que c’est leur job, non de nous protéger mais de nous taper dessus, hum pas bien !

    Lorsqu’ils chargent et nous tapent sur la gueule et nous blessent, bah normal, fallait pas être là aussi !

    Clairement, le pouvoir encore une fois cherche à discréditer cette contestation qui doit déclarer son besoin de manifester entre République et Nation et pis c’est tout !

    Ne vous laissez pas enfumer, les appariteurs, Coluche en parlait déjà dans certains de ses sketchs.

    Et étant en train de travailler dessus, je me permets juste de vous rappeler ce que signifie le mot Anarchie ;

    Le mot “anarchie” provient du grec ancien “anarkhia”: “a-n” qui est un préfixe privatif et “arkhé” qui veut dire “pouvoir” ou “hiérarchie”, donc “sans pouvoir, sans hiérarchie”.

    Ceci s’applique à un mode de vie en société qui soit égalitaire, volontairement associé, anti-autoritaire, dont la cohésion ne soit pas forcée par l’obéissance aveugle à des lois ou à une quelconque autorité.

    Un des grands penseurs anarchistes, le Russe Pierre Kropotkine (1842-1921) en a donné une définition pour l’Encyclopédie Britannique (Encyclopaedia Britannica) en 1910 dont voici un extrait:

    “Anarchie, nom donné à un principe ou théorie de la vie et de comportement sous lequel la société est conçue sans gouvernement ; l’harmonie en une telle société peut-être obtenue non pas par la soumission à la loi ou par une obéissance à une autorité, mais par des accords libres conclus entre des groupes variés d’individus, de territoires et de professions, groupes librement constitués pour le seul besoin de la production et de la consommation ainsi que pour la satisfaction d’une variété infinie de besoins et d’aspirations inhérents aux êtres humains. Dans une société développée sur ces lignes de conduite, les associations volontaires qui commencent déjà à couvrir bien des aspects de l’activité humaine, prendraient une ampleur encore plus importante afin de se substituer à l’État, ses institutions et toutes ses fonctions…”

    Souvent de nos jours, le mot “anarchie” est associé à tort, mais souvent volontairement, dans les médias et par les gens à la notion de “désordre” et de “chaos”. Cette association d’idées est on ne peut plus fausse. L’anarchie intègre une grande conception de l’ordre, de fait elle est l’ordre sans le pouvoir, du moins le pouvoir coercitif et centralisé.
    =*=
    Voilà, faudra dire à ce gars que le principe de l’anarchie n’est pas de priver de liberté, mais « sans pouvoir, sans hiérarchie » !

    Et bien sûr, y’a eu personne pour le contredire ce onc !
    Comme d’hab

    P.S. un commentaire d’une journaliste sur place aux Champs : oui des commerçants sont ouverts, des restaurants, on se demande ce qu’ils vont pouvoir faire cependant, rappelons que nous sommes à moins d’un mois de Noël !

    Vous rendez compte ma pôv Lucette ?
    Bon ça c’est moi qui le rajoute…

    Donc PAS DE NÉGOCATIONS sous peine de récupérations…

  3. Bernardo1871 Says:

    les types de lundi.am (lundimatin) croient que ce qu’il se passe c’est l’insurrection dont parlait le comité invisible qui est arrivée! blague! 🙂

    https://lundi.am/L-insurrection-qui-tient

    comme si les personnes qui ont lancé le mouvement avaient lu ce pseudo-comité invisible!

    comme si les personnes qui sont allées le 24 novembre 2018 sur les champs élysées avaient, également, lu ce pseudo-comité invisible!

    ces anarchoides croient que le peuple qui bouge a suivi leur recommandations?
    que ce sont ces pro-alqaeda de lundi.am qui ont inventé la révolte?

    disant cela, je dois aussi vous rappeler que, je crains que l’immense majorité des gilets jaunes n’ont pas à l’esprit de changer de façon radicale la société, le modèle économique néolibéral-productiviste, de dégager l’État.

    mais, c’est bon à prendre.

    les lycéens entrent dans la danse, à voir pour les étudiants.

    • ce qu’il faut tenter à tout prix est d’éviter est la récupération du mouvement par la méduse étatique, c’est ce qui va sans doute se produire (du moins en tentative) mercredi avec la visite des « délégués » (de où ? mandatés par qui ?…) à Matignon. Ceci est une grave erreur.
      Le mouvement a la mais ainsi il ne dit pas précipiter les choses, demander une réunion une fois prêts avec un système de délégation qui tient la route et SURTOUT, sur notre terrain… pas le leur !
      Ne jamais négocier en terrain ennemi quand on a la main ! C’est au mouvement de choisir où quand et comment. Là ils vont au casse-pipe face à des pros du mensonge et de l7entourloupe en bande organisée !
      Il est évident que la majorité des gens n’ont pas une vision politique à long terme, mais peu importe, la chance est là il faut la saisir et faire le chemin en marchant.
      regarde la vidéo des GJ de Commercy dans la Meuse qu’on a relayée… excellent! Les compagnon(e)s ont tout compris ! C’est ça qu’il faut relayer et faire comprendre au plus de gens possible que c’est la seule solution viable. Union dans notre complémentarité, court-circuiter pouvoir et institutions, les rendre encore plus obsolètes par notre action les ignorant et dictant la volonté du peuple hors système.

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