Société contre l’État: Réflexion sur l’association libre volontaire comme solution politique…

 

Le communisme libertaire: une alternative au capitalisme et à l’étatisme

 

CGA / IAL 76

2009

 

Elisée Reclus a écrit: « l’anarchie est la plus haute expression de l’ordre ». Si cette idée peut paraître farfelue au premier abord à celles et ceux qui ne connaissent pas du tout l’anarchisme, c’est parce qu’elle heurte le préjugé selon lequel l’Etat est garant de l’ordre et de la justice. C’est parce que nous pensons précisément le contraire que nous sommes anarchistes. Pour nous, toute l’histoire humaine montre que c’est la hiérarchie sous toutes ses formes qui génère de l’injustice et donc du désordre. Nous pensons que plus le pouvoir est concentré entre peu de mains plus l’injustice qui en découle est puissante. Aussi, l’Etat est la forme typique et parfaite de la domination de quelques-un-es sur tous les autres. Nous pensons au contraire que la justice sociale c’est à dire l’égalité d’accès à tous les biens matériels et immatériels (et en particulier l’accès au pouvoir de décision) est la seule chose qui fait reculer le chaos et la violence. L’ordre ce n’est pas la police, c’est la justice.

L’histoire de l’anarchisme est ainsi caractérisée par une recherche et une expérimentation des formes sociales à mettre en œuvre pour concrétiser la justice, bref une recherche concrète et pragmatique d’une alternative à tous les systèmes d’oppression que sont le capitalisme, le féodalisme, le marxisme, la domination masculine, les religions, etc. L’histoire de l’anarchisme, entre les conjectures théoriques et leurs expérimentations dans le réel débouche en ce début de 21ème siècle sur une réponse synthétique au problème social que l’on peut qualifier de Communisme Libertaire.

Le projet de société anarchiste est donc communiste mais sûrement pas marxiste. Communiste, c’est à dire que sur le plan économique tous les moyens de production relèvent de la propriété commune. Libertaire, c’est à dire que tout doit être librement consenti pour que ça fonctionne. Ce libre consentement dépend de la nature des institutions typiquement libertaires que nous proposons pour faire fonctionner la société à laquelle nous aspirons.

Il s’agit de mettre à jour des méthodes et techniques d’organisation horizontale des activités humaines qui permettent de satisfaire nos valeurs (liberté, égalité et solidarité). Le communisme libertaire repose donc sur l’autogestion économique, politique et sociale de la société. Il s’agit de se doter d’institutions adéquates pour que chacun et chacune participe aux décisions qui le/la concerne, de l’échelle locale à l’échelle internationale. L’objectif: donner le contrôle à la base, pour que les décisions soient prises par toutes et tous afin que les choix politiques soient réellement faits dans l’intérêt général. Ce système politique c’est la démocratie directe. Loin de toute conception référendaire qui suppose l’existence d’une minorité politique en place qui « consulte » la base, il s’agirait de généraliser l’assemblée générale souveraine à tous les secteurs: usines, bureaux, écoles, agriculture, quartiers, communes. Si la démocratie directe, pour être au plus près des besoins humains réels, s’exerce naturellement et spontanément à l’échelle locale, le champ économique comme le champ politique aurait ensuite leur propre logique fédérative: de la commune vers la région, de la région vers la « nation » puis vers l’international. Chaque passage d’un niveau à l’autre s’effectue du bas vers le haut à l’aide de mandaté-e-s révocables à tout moment. C’est ce mécanisme, le fédéralisme libertaire, qui rend l’autogestion généralisable à une très large échelle géographique. Ainsi la fédération des communes libres est l’alternative aux prétentions organisatrices de l’Etat qui, rouge, rose, bleu ou vert a toujours été et sera toujours l’outil de domination d’une minorité privilégiée. La démocratie représentative est incapable de servir l’intérêt général précisément parce que ses élus, étant irrévocables pendant leur mandat, constituent une classe sociale à part entière, particulièrement consciente de ses intérêts. Privilégié-e-s politiques, ils ne peuvent qu’avoir des rapports d’entente plus ou moins formels avec les privilégié-e-s économiques: les patrons et notamment les plus gros et les plus influents d’entre-eux. Mais encore, la compétition pour l’accès aux postes de pouvoir rend les pratiques immorales indispensables pour qui veut gagner une élection.

Sur le plan économique, pour nous, la seule façon de garantir une véritable propriété collective des moyens de production c’est l’autogestion. Il n’y a pas de véritable propriété collective si les travailleurs et travailleuses ne décident pas eux-mêmes ce qu’il faut produire et comment le produire. En dernier ressort, être propriétaire de quelque-chose c’est décider souverainement de l’usage que l’on fait de cette chose. La propriété étatique des moyens de production telle qu’elle est défendue par le marxisme, ne consiste donc qu’à transmettre le pouvoir de décision économique à une nouvelle minorité: l’Etat.

Par conséquent, le communisme libertaire consiste à abolir les mécanismes du marché. Le marché « parfait » est un mythe propre à l’idéologie libérale, la concurrence débouche toujours sur des monopoles, des rentes de situation, sur la concentration de la richesse entre quelques mains et donc sur des crises, bref une certaine forme de féodalité…. il faut bien comprendre que le « marché » est synonyme d’opacité. En effet, faire fonctionner l’économie par le marché c’est accepter l’idée que la société ne contrôle pas de façon démocratique ce qu’elle produit, c’est accepter de tout accepter sans avoir son mot à dire. A l’heure de la crise écologique et financière où tout le monde s’accorde à dire que l’économie doit être rationalisée, le marché doit nous apparaître archaïque. Qu’on le veuille ou non, l’explosion mondiale des inégalités et le dépassement des limites écologiques à venir nous oblige à repenser un autre modèle économique et politique qui ne soit ni capitaliste ni marxiste. Le point commun de ces deux drames des deux derniers siècles n’est-il pas le refus de la démocratie c’est à dire le refus de donner le contrôle à la base? Plus que jamais, l’anarchisme et son projet communiste libertaire largement accrédité par les expériences historiques dont il peut se prévaloir peut et doit apporter aux mouvements sociaux le projet alternatif qui leur fait tant défaut et qui explique pour une large part leurs échecs trop fréquents.

= = =

Lectures complémentaires:

Marshall-Sahlins-La-nature-humaine-une-illusion-occidentale-2008

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

JP-Marat_Les_chaines_de_lesclavage_Ed_Fr_1792

Rudolph Rocker_Anarchie de la theorie a la pratique

Manifeste pour la Société des Sociétés

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Manifeste contre le travail

Un monde sans argent: le communisme

La Morale Anarchiste de Kropotkine)

Appel au Socialisme Gustav Landauer

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8 Réponses to “Société contre l’État: Réflexion sur l’association libre volontaire comme solution politique…”

  1. […] solution est HORS ÉTAT et SES INSTITUTIONS, et notre réflexion doit porter sur l’association libre volontaire comme solution politique […]

  2. Il se trouve que rédigeant un billet sur la Kanaky, j’ai trouvé judicieux de faire un lien avec votre article ;

    La solution est HORS ÉTAT et SES INSTITUTIONS, et notre réflexion doit porter sur l’association libre volontaire comme solution politique ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2018/10/12/non-m-macron-la-kanaky-nest-pas-la-possession-de-lempire-colonial-francais/

    Et puisque, comme souvent, et précisément pour atteindre cet objectif je m’appuie sur votre manifeste politique, mais aussi sur cet appel lancé par l’EZLN tout cela faisant sens, notamment en lien avec les peuples Kanaks afin de nous mutualiser pour nous émanciper de l’idéologie et de l’action coloniales.

    Nous avons là, il me semble, l’occasion d’agir afin d’enclencher le process de la société des sociétés, comme nous l’affirmons souvent, main dans la main avec les peuples autochtones de tous les continents…

    Il est bien temps, avant qu’il ne soit trop tard…
    Jo

    • de plus en plus de gense ressentent l’étau qui se resserre sur leur vie, bon nombre sentent que que le système est le piège mais se refusent encore à l’inévitable conclusion… Pas à pas les consciences s’éveillent néanmoins jusqu’au jour où les verrous pèteront et le « mais c’est pourtant bien sûr… » jaillira.. 😉
      Parce que « nous sommes tous des colonisés »

      « L’infériorisation est le corrélatif indigène de la supériorisation européenne. Ayons le courage de le dire: c’est le raciste qui crée l’infériorisé… » (Frantz Fanon, « Peau noire, masque blanc », 1952)

  3. Tenez, en lisant cette info, qui n’est nullement une surprise ;

    https://francais.rt.com/international/54568-censure-politique-facebook-supprime-800-pages-medias-alternatifs-tres-suivis

    Facebook était une source grâce à laquelle nous pouvions générer du trafic vers notre site. Les quelques employés que nous avions vont partir», a déploré amer auprès de RT Matt Savoy, qui travaille pour Free Thought Project. Son collègue Jason Bassler ne croit pas une seconde à la raison invoquée par le réseau social : «Si c’était juste du spam, si c’était de la merde non pertinente, ils ne seraient pas aussi menaçants. […] Ce n’est rien de moins que de la censure politique et une tentative d’éradication de certaines idéologies politiques.»
    =*=

    Cela m’a fait penser à nous qui appelons à créer une société des sociétés hors États et ses institutions, mais surtout, et plus que jamais, HORS GAFAM !

    Certains viennent de découvrir que FB les éteignaient comme y veut !

    Le nécessaire lâcher-prise d’avec le système étatico-capitaliste doit commencer par le boycott des GAFAM !

    Free Thought Project et ses 3,1 millions d’abonnés se trouvent parmi les victimes ;  » C’est comme un coup mortel  » qui disent = Ben non, pas si on ne monnétise rien ! Là les gars chouinent parce qu’ils se servaient de FB pour appâter le chaland qd même et que FB ferme le robinet comme bon lui semble, ce qui était prévisible donc…

    C’est particulièrement raccord avec ce qu’on se disait en mp et très souvent j’ai fait remarquer que beaucoup affirmaient, sans rire, achetez mon livre, mon DVD, venez voir mon film, mon spectacle, abonnez-vous à ma chaîne YT, mon compte TeePee, Liker, faites un don = D’abord, on verra après !

    Ben dans ces conditions, c’est tout vu non ?
    Jo

    • oui c’est un scénario classique: prendre les gens accros au « produit » ou « service », les laisser faire leur petit business, brosser leur ego qui surfe un « succès » tant illusoire qu’éphémère, puis… presser fort les rebelles. De à 2 solutions: soit se plier, soit rentrer dans le rang de l’anonymat. Beaucoup pleure leurs revenus et feront tout pour les retrouver, ils se vendront plus avant, d’autres resteront dignes et sombreront hors des feux de la rampe…
      Nous avons toujours dit qu’il valait mieux avoir un petit groupe de suiveurs acharnés et authentiques,, qu’une cohorte de groupies accros au buzz qui n’a pour seule fonction que de faire du clic sur des pubs ineptes.
      Une des solutions, en attendant mieux, est de partager les bonnes infos et bons sites via courriel, créer des réseaux parallèles et court-circuiter la fange de l’establishment. Mettre en index les sites appréciés, aller directement dessus, et partager collectivement, c’est plus restreint certes qu’avec les guignols de fesse bouc et touitteur and co, mais c’est plus efficace dans l’absolu.
      Tous ceux qui ont qq chose à vendre, pour certains coûte que coûte, se vouent eux-mêmes à l’échec, dommage, mais ils offrent leur flanc à battre à l’oligarchie.
      A termes, il faudra sans doute rentrer dans la clandestinité totale et reformer les réseaux de nos aînés…

      • Exactement et comme me disait Roseau sur mon blog, en com, notre plus gros problème, aujourd’hui est L’ÉGO !
        Et on en sait qque chose car beaucoup effectivement par leur incapacité à lâcher prise nourrisse la Bête/Système/Hydre/Bernie qui veut arriver à pied par la Chine…

        Cependant, effectivement, mieux vaut 10 à 15% d’une population mondiale opiniâtre, convaincue et motivée et avec une conscience politique ad hoc qu’une majorité de mougeons, les yeux rivés sur le nombril à l’égo surdimensionné !

        Tout est une question de choix n’est-ce pas ?
        Et de savoir ce que l’on veut vraiment faire le temps qu’on est là…
        Jo

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