Résistance au colonialisme: Bible et droit américain (Steven Newcomb)


Doctrine Chrétienne de la Découverte

 

La base biblique de la loi et de la politique fédérales indienne aux Etats-Unis

 

Steven Newcomb

 

23 février 2018

 

url de l’article: 

http://originalfreenations.com/the-biblical-basis-of-federal-indian-law-policy/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~ Octobre 2018 ~

 

Je me suis souvent demandé pourquoi les avocats de la loi fédérale indienne n’osent pas mentionner la tradition croisée des Etats-Unis contre les “païens” et les “infidèles”, à savoir, les nations natives du continent. La nation Shoshone occidentale défie directement cette tradition devant les tribunaux et le congrès des Etats-Unis. Leur défi met en lumière l’étrange et imposant fait que la loi fédérale indienne est fondée sur un préjudice, un biais religieux.

Aussi bizarre que cela puisse paraître, les définitions fédérales actuelles du titre [de propriété]  et de nationalité indiens, trouvent leur fondement dans la tradition de l’accord, du “traité”, trouvé dans l’Ancien Testament. Cette tradition est fondée sur le préjugée de l’existence d’un “peuple élu” [de dieu] qui possède un accord, un traité avec sa déité afin de dominer et de prendre en charge, de coloniser, certaines terres que cette déité lui a promises, en la circonstance: les terres des nations originelles du continent américain.

L’histoire et le discours des Etats-Unis sont chargés d’exemples de cette tradition croisée, qui est enracinée dans l’ancien testament de la bible. Même Thomas Jefferson, qui était connu pour être très en faveur de la séparation de l’église et de l’État, proposa que le grand sceau de la nation américaine dépeigne les Israélites migrant vers “la terre promise”, guidés par le feu et les nuages. En 1987, le président Reagan fit un discours à l’Independence Hall de Philadelphie en comémmoration des 200 ans de la constitution des Etats-Unis. La constitution y dit Reagan, n’est pas un document ordinaire, mais “un traité avec l’être suprême que nos pères fondateurs appelaient constamment pour son assistance.

D’après le livre: “A Covenanted People: The Religious Origins of American Constitutionalism”, publié la même année que le discours de Reagan, depuis l’établissement même des pèlerins puritains dans leur colonie du Massachussetts (NdT: puritains qui eux-mêmes étaient là suite aux persécutions qu’ils enduraient dans l’Angleterre de Cromwell). “les Américains ont cru qu’ils étaient le peuple élu, singularisé par dieu pour une commission spéciale”, celle de coloniser la “terre promise” d’Amérique du Nord.

Le président Reagan a expliqué plus avant dans son discours ce qu’était ce “traité” lorsqu’il cita George Washington et sa référence à la “main invisible” qui dirige les affaires humaines. Chaque étape prise par le peuple américain vers leur statut de nation indépendante, a dit Washington, semble avoir été guidée par “une sorte de providence”.

Lorsque Washington a fait cette déclaration, dit Reagan, il pensait sans nul doute “à la bonne et grande fortune qui échut à cette jeune terre: ce continent abondant et fertile qui nous a été donné…” Bien sûr, la déclaration de Reagan inclut la croyance dans un traité divin dans lequel dieu a offert les terres indiennes du continent aux Etats-Unis en héritage.

Reagan aurait encore pu citer Washington, comme ceci qu’on peut trouver dans une correspondance de Washington à David Humphreys en ce qui concerne les terres indiennes au nord et à l’ouest de la rivière Ohio, le vieux territoire du nord-ouest. Washington écrivit: “Au lieu de nous disputer au sujet du territoire, laissons les pauvres, ceux dans le besoin et les opprimés de la terre, ainsi que ceux qui veulent de la terre, aller vers ces plaines fertiles de l’Ouest, la seconde terre promise, et qu’il y vivent en paix, remplissant ainsi le premier grand commandement de la bible.

Ce commandement auquel se référait Washington se trouve dans le Génèse 1:28: “Croissez et multipliez et subjuguez la terre et dominez le poisson de la mer, l’oiseau dans les airs et le vivant qui bouge sur au sol.

Deux mots clef ici sont “subjuguez et dominez”. En hébreu, subjuguer veut dire: “piétiner” ou “amener en esclavage” et possède cette image du vainqueur plaçant son pied sur le cou du vaincu et conquis au sol. Cela veut aussi dire “violer”. Un mot hébreu pour dominer est “rdh” qui vient d’un mot voulant dire: “piétiner” ou “presser”.

“Subjuguez” et “dominez” dans ce premier commandement de la bible connote: “un pouvoir sans restreinte, une domination absolue, dominium, seigneurie, despotisme, tyrannie.” Le pouvoir politique émanant de la propriété, dominium, équivaut à domination, dit William Brandon dans son livre “New Worlds for Old” (1987).

Dans la décision de la Cour Suprême des Etats-Unis (CSEU) dans l’affaire Johnson c. M’intosh en 1823, le haut-juge John Marshall a dit que les nations de la chrétienté tinrent pour fait établi qu’elles avaient l’ “ultime dominion” sur les terres “découvertes” qui étaient occupées par des “natifs païens”. Basée sur l’étymologie ci-dessus, la mention par la Cour de l’”ultimate dominion” fit sa façon de dire que le “peuple chrétien” qui avait découvert la “terre païenne”, s’est octroyé un pouvoir politique absolu sur le continent basé sur leur affirmation d’un droit absolu de propriété, qui est de fait un droit de domination.

En d’autres termes, Les “découvreurs chrétiens” se sont octroyés eux-mêmes le dominium et la propriété, ou un droit de domination sur les terres indiennes. Dans le langage moderne de droit, le terme pour cette idée fondamentalement religieuse est le “pouvoir plénier”.

Dans le film “To Protect Mother Earth” de 1989, au sujet des Shoshone, le réalisateur Joel L. Freedman mène un entretien avec un assistant du ministère de la justice qui y dit: “Le titre indien n’est pas un titre [de propriété] tel qu’il est communément appelé. C’est un titre leur permettant de se déplacer librement et d’occuper les sols afin de survivre, ceci existe entre les tribus indiennes mais pas entre celles-ci et le gouvernement fédéral des Etats-Unis.

La logique derrière cette déclaration de droit d’occupation des sols et non pas droit de propriété valide en regard des Etats-Unis, est le droit supposé de la chrétienté (NdT: de l’empire chrétien) fondé sur le passage de la bible dans le génèse 1:28, mais cette logique se trouve également en partie dans les psaumes à 2:8: “Je vous donnerai les païens pour héritage et les meilleurs parties de la terre comme possession.

Un héritage est une forme de propriété, Ainsi dans le psaume 2:8 de la Génèse, nous trouvons cette idée biblique de “peuple élu” ayant le droit divin de posséder les “nations païennes” et les peuples en tant que propriété héritée, avec le mandat divin de prendre et de posséder la terre en tant que “terre promise” ou, dans le cas des Etats-Unis, les terres natives indiennes d’Amérique du Nord.

La lutte actuelle de a nation Shoshone est symbolique de ce que chaque nation indienne a dû affronter et devra continuer à faire face aussi longtemps que cette tradition du traité raciste issue de l’ancien testament demeurera gravée dans la “loi” et la politique indiennes des Etats-Unis. Bien que de tels arguments archaïques soient intellectuellement caduques, et moralement indéfendables, ils continuent de servir de prétexte caché pour une rationalisation de la politique américaine de la conquête. Ce que de tels arguments ignorent complètement est notre existence en tant que nations distinctes depuis des milliers d’années (NdT: dizaines de milliers d’années), sur nos propres terres et notre droit inhérent à être libre de la même manière que nos ancêtres le furent.

= = =

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb version PDF)

2 Réponses to “Résistance au colonialisme: Bible et droit américain (Steven Newcomb)”

  1. Dans le PDF de Marshall Sahlins : La Nature humaine : une illusion occidendale et au chapitre sur Les Pères Fondateurs à partir de la page 40, MS écrit à la page 44 ;

    Une solution alternative, plus en phase avec le développement du capitalisme, avait été diffusée par Adam Smith, juste avant la Révolution américaine, et consistait à dire que l’intérêt collectif allait être alimenté naturellement, comme par l’action d’une main invisible, si chacun ne se souciait que de son propre intérêt. Tel est le credo que semble opposer John Marshall à Patrick Henry :

    Dans ce pays, les intérêts ne sont pas exclusifs. L’intérêt de la communauté est mêlé et intimement lié à celui de l’individu. Lorsqu’il défend son propre bien, il défend celui de la communauté. Lorsque nous veillons au bien commun, nous veillons au nôtre. S’il [Henry] cherche des garanties, il en trouvera en abondance. Ce sont les meilleures garanties. S’appliquant à édifier un nomos bénéfique (une société) à partir d’une physis asociale (la nature humaine), le classicisme des Pères fondateurs était sans doute plus profond qu’ils ne le pensaient. Mais plutôt que de nourrir l’espoir que la vertu civile naisse d’elle-même à partir du vice privé, certains défendaient l’idée d’un intérêt collectif fondé sur le nationalisme et le patriotisme. Comme ces idéaux prospéraient en temps de guerre et d’expansion impériale, ils reposaient sur des relations externes à la nouvelle république, et non sur des processus internes. Lorsqu’Alexander Hamilton martelait dans le Fédéraliste qu’il ne devait y avoir aucun corps intermédiaire entre le gouvernement fédéral et les individus, il ne s’opposait pas seulement aux prérogatives des États souverains ; il y avait là une requête nouvelle : le gouvernement national « doit agir pour la personne des citoyens », il « doit être capable de s’adresser directement aux espoirs et aux craintes des individus ; et appeler à son secours ces passions qui gouvernent le cœur des hommes ». Ce qui est nouveau, c’est le caractère nationaliste de la requête. La nation, dit Hamilton, doit s’insinuer jusque dans la vie des hommes, comme étant l’objet (ou le sujet ?) principal de considération ; ainsi, ayant assimilé en eux la nation, la nation à son tour les assimile.

    https://jbl1960blog.files.wordpress.com/2018/09/marshall-sahlins-la-nature-humaine-une-illusion-occidentale-2008.pdf

    Tant que l’Amérique messianique ne rompra pas avec ce cycle mortifère, eugéniste et éthnocidaire, puisqu’elle s’apprête à célébrer et le Jour de la Découverte, et Thanksgiving qui est le jour où les Américains rendent grâce à Dieu de leur avoir donné la force et le courage de tuer l’indien pour sauver l’homme blanc (et de surcroit chrétien, comme disait F. Fillon) grâce à Christophe Colomb, qui lui a « découvert leur terre promise » on en sortira pas…

    Alors, clairement, la majorité des Zuniens n’a nullement envie de perdre ce pouvoir de domination car elle comprend bien qu’alors elle aura tout perdu.

    Mais rappelez-vous que la majorité n’est pas à convaincre !
    Et heureusement…

  2. Une doctrine de nazi , tout comme l’est celle utilisée par les colons juifs ….

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