Analyse politique: que sont état, nation et peuple (Rudolph Rocker)

Quelques précisions utiles de Rudolph Rocker pour comprendre à qui on a à faire, séparer l’utile de l’inutile et du parasitaire.

Quelques lectures complémentaires:

Discours de la Servitude Volontaire La Boetie 1548

Manifeste pour la Société des Sociétés

Dieu et lEtat_Bakounine

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

 

 

État, Nation, Peuple

Rudolph Rocker

1937

La vieille opinion qui attribue la création de l’État nationaliste à l’éveil de la conscience nationale du peuple n’est qu’un conte de fées, très utile aux protagonistes de l’idée de l’État national, mais néanmoins faux.

La nation n’est pas la cause, mais le résultat, de l’Etat. c’est l’Etat qui crée la nation, non la nation qui crée l’Etat. En vérité, de ce point de vue il existe entre peuple et nation la même distinction qu’entre société et État.

Chaque unité sociale est une formation naturelle qui, sur la base de besoins communs et d’accord mutuel, est construite organiquement de bas en haut pour garantir et protéger l’intérêt général. Même quand les institutions sociales graduellement s’ossifient ou deviennent rudimentaires leur but d’origine peut en la plupart des cas être clairement reconnu. Chaque organisation d’État, cependant, est un mécanisme artificiel imposé d’en haut sur les hommes par quelques gouvernants, et il ne poursuit pas d’autre fin que de défendre et sauvegarder les intérêts des minorités privilégiées dans la société.

Un peuple est le résultat naturel de l’union sociale, une association mutuelle d’hommes poussés par une certaine similitude de conditions extérieures de vie, une langue commune, et des caractères particuliers dus au climat et au milieu géographique. De cette façon apparaissent vivants certains traits communs chez chaque membre de l’union et formant la partie la plus importante de son existence sociale. Ces rapports intimes peuvent aussi être engendrés artificiellement que détruits artificiellement.

La nation, d’autre part, est le résultat artificiel de la lutte pour le pouvoir politique exactement comme le nationalisme n’a jamais été autre chose que la religion de l’État moderne. L’appartenance à une nation n’est jamais déterminée, comme l’est l’appartenance à un peuple, par des causes naturelles, profondes ; elle est toujours sujette à des considérations politiques et fondée sur ces raisons d’État derrière lesquelles les intérêts de minorités privilégiées se cachent toujours. Un petit groupe de diplomates, qui sont simplement les chargés d’affaires de classe ou caste privilégiée, décide tout à fait arbitrairement la qualité nationale de certains groupes d’hommes dont le consentement n’est même pas demandé mais qui doivent se soumettre à cet exercice du pouvoir parce qu’ils ne peuvent agir d’eux-mêmes.

Des peuples et groupes de peuples existaient bien avant que l’État n’apparaisse. Aujourd’hui aussi ils existent et se développent sans l’assistance de l’État. Ils sont seulement gênés dans leur développement naturel lorsque quelque pouvoir extérieur intervient par la violence dans leur vie et lui impose une forme qu’elle ne connaissait pas avant. La nation est soudée à lui pour le meilleur et pour le pire et doit son existence seulement à la présence de celui-ci. En conséquence la nature essentielle de la Nation nous échappera si nous tentons de la séparer de l’État et de la doter d’une vie propre qu’elle n’a jamais possédée.

Un peuple est toujours une communauté avec des limites assez étroites. Mais une nation, en règle générale, enferme toute une série de différents peuples et groupes de peuples qui ont été, par des moyens plus ou moins violents, pressés dans le cadre d’un État commun. En fait, dans toute l’Europe il n’y a pas d’État qui ne consiste pas en un groupe de peuples différents qui étaient à l’origine de différentes descendances et de langue et furent forgés ensemble en nation unique seulement par des intérêts dynastiques, économiques et politiques.

… … … … … … …

Les Etats nationaux sont des organisations d’églises politiques ; la prétendue conscience nationale n’est pas née en l’homme mais enseignée à lui. C’est un concept religieux ; on est allemand, français, italien, exactement comme on est catholique, protestant ou juif.

 

“Le peuple consent parce qu’on le persuade de la nécessité de l’autorité ; on lui inculque l’idée que l’homme est mauvais, virulent et trop incompétent pour savoir ce qui est bon pour lui. C’est l’idée fondamentale de tout gouvernement et de toute oppression. Dieu et l’État n’existent et ne sont soutenus que par cette doctrine.”

“L’État n’a pas plus de réalité que n’en ont les dieux ou les diables. Ce ne sont que des reflets, des créations de l’esprit humain, car l’homme, l’individu est la seule réalité. L’État n’est que l’ombre de l’homme, l’ombre de son obscurantisme, de son ignorance et de sa peur.”

“Plus encore, l’esprit de l’homme, de l’individu, est le premier à se rebeller contre l’injustice et l’avilissement; le premier à concevoir l’idée de résistance aux conditions dans lesquelles il se débat. L’individu est le générateur de la pensée libératrice, de même que de l’acte libérateur. Et cela ne concerne pas seulement le combat politique, mais toute la gamme des efforts humains, en tout temps et sous tous les cieux.”
~ Emma Goldman ~

Publicités

19 Réponses to “Analyse politique: que sont état, nation et peuple (Rudolph Rocker)”

  1. La conclusion, fort juste, risque d’en friper plus d’un, non ?

    Comme quoi, les mots ont un sens et la sémantique son importance.

  2. Tenez, avec cette idée en tête que nous pouvons absolument ignorer l’État et ses institutions obsolètes ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2018/06/05/en-partant-merci-de-ne-surtout-pas-laisser-letat-du-monde-comme-vous-lavez-trouve-en-arrivant/

    J’ai choisi d’introduire ce texte de Rocker avec le message (posthume) aux pessimistes d’Howard Zinn et de rappeler le PDF N° 34 chez moi : vous ne pouvez être neutre dans un train en marche (et pas EnMarche, quoique…)

    Et en faisant des recherches sur votre blog sur RR, je suis tombée sur ce texte du 7 octobre 2010 ► https://resistance71.wordpress.com/2010/10/07/recette-de-la-greve-vraiment-efficace/ préambule de Rudolph Rocker, qui n’a pas pris une ride et est donc parfaitement d’actualité !

    Merci pour ce texte puissant et éclairant…

    • oui effectivement… On pense qu’on devrait en faire un df des textes de Rocker qu’en penses-tu ?… 😉

      • Oui, j’y ai pensé déjà avec le premier texte, et j’étais en train de réfléchir justement pour en faire une présentation originale, en rappelant votre texte de 2010 comme preuve de mise en pratique (comme l’exemple de Charte confédérale de Bakounine constitue un exemple pratique pour se gérer, tout de suite, hors État et ses instituions) en introduction ?
        On voit ça en mp, peut-être ?

    • En parlant de grève, on n’invente rien, elle doit être:
      1- Genérale
      2- Illimitée
      3- Expropriatrice
      4- Autogestionnaire
      S’il manque un de ces 4 éléments, ce n’est que pisser dans un violon, l’histoire l’a prouvé encore et encore… 😉

      • Oui absolument, d’autant que le 3 est l’idée que j’avais proposée comme indispensable au 2 premiers et dont le 4ème découle, de source…

      • Dans ce billet là ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/11/17/pour-une-greve-generale-illimitee-et-expropriatrice/

        Et en appui d’Élisée Reclus car il sera question de supprimer le pouvoir, car c’est notre affaire à tous, comme d’abolir la propriété sachant qu’il y a une différence entre « possession » et « propriété » et que l’Humanité a vécu des millénaire sans propriété privée, toutes les sociétés traditionnelles au travers des continents ont toujours fonctionné sur le mode de propriété collective communale. C’est ce point crucial, du reste, que vous avez été amené à préciser à votre Manifeste Politique : Manifeste pour la société des sociétés. C’est celui qui pose problème, car il demande un lâcher-prise total, ce que j’ai estimé, pour ma part, avancer en Dépossession volontaire. Càd, décider de nous même d’être et non plus avoir, mais en mettant au service de la Nature, de la Terre, et non pas au centre, comme par beaucoup de politique, souvent de gauche d’ailleurs, l’affirment.
        Mais comme dans l’esprit zapatiste par exemple, nous devons servir et non se servir, descendre et non monter, convaincre et non vaincre… Et ça, c’est pas facile à lâcher, pour beaucoup…
        Jo

        • oui juste.
          Un bémol quand même: Jo, il est impossible de « supprimer le pouvoir »… Il est inhérent à toute société, par contre il y a deux formes de pouvoir (cf Clastres): le non-coercitif et le coercitif.
          Il faut supprimer le pouvoir COERCITIF et embrasser le pouvoir non-coercitif. Ceci ne peut se faire qu’en le réintégrant dans le corps social, ce qui implique de facto un retour à la société égalitaire, pour le maintenir en solution dans la société, il faudra comprendre et embraser notre complémentarité à l’échelle planétaire en tant que parties du tout, fonctionnant en harmonie et non plus de manière antagoniste. ça part de l’individu qui s’associe librement et le3s associations rayonnent en sphères d’influence positives à travers l’espace géopolitique. C’est le message de notre « manifeste » en effet… 😉

          • Oui, tout à fait.

            Je vous envoie par mail, un plan de PDF de RR.
            Merci d’en accuser réception !
            Jo

            • Tiens Jo on a fait une MAJ de dernier Rocker en citant en bas Emma Goldman… elle en vaut aussi la peine. Faudra faire un PDF d’Emma aussi___ 😉

              “Le peuple consent parce qu’on le persuade de la nécessité de l’autorité ; on lui inculque l’idée que l’homme est mauvais, virulent et trop incompétent pour savoir ce qui est bon pour lui. C’est l’idée fondamentale de tout gouvernement et de toute oppression. Dieu et l’État n’existent et ne sont soutenus que par cette doctrine.”
              “L’État n’a pas plus de réalité que n’en ont les dieux ou les diables. Ce ne sont que des reflets, des créations de l’esprit humain, car l’homme, l’individu est la seule réalité. L’État n’est que l’ombre de l’homme, l’ombre de son obscurantisme, de son ignorance et de sa peur.”
              “Plus encore, l’esprit de l’homme, de l’individu, est le premier à se rebeller contre l’injustice et l’avilissement; le premier à concevoir l’idée de résistance aux conditions dans lesquelles il se débat. L’individu est le générateur de la pensée libératrice, de même que de l’acte libérateur. Et cela ne concerne pas seulement le combat politique, mais toute la gamme des efforts humains, en tout temps et sous tous les cieux.”
~ Emma Goldman ~

            • Oui, les femmes se font rares, mais elles se rattrapent par leurs écrits…

              À l’instar de la Louise (Michel) pour qui j’ai un faible, mais Emma aussi est à lire, et relire…

  3. Pour ceux qui voudraient découvrir Emma Goldman, et en attendant un PDF sur cette personnalité profonde, cet Abécédaire https://jbl1960blog.files.wordpress.com/2017/01/pdfabecedairemmagoldman240117.pdf

    Source Revue Ballast, avec le texte inédit de présentation pour la Revue Ballast.

    Et tout y est, de l’Amour libre (1912), en passant par le Sionisme (1938), jusqu’au Zénith (1917)…

    Qui démontre, encore une fois, que tout n’est pas à réinventer, à réécrire, et fort heureusement, car c’est souvent cette peur d’un saut dans l’inconnu qui en retient plus d’un…

  4. […] s’il manque un de ces 4 éléments, ce n’est que pisser dans un violon, l’histoire l’a prouvée encore et […]

  5. Kremlin' bot Says:

    *résistance solidaire au nouvel ordre mondial* vous dites. oui, à bas les forces qui ont pour projet de dominer toute vie sur terre.

    je choisis de croire que le cadre national, avec ses traditions, ses cultures, son histoire, propres et uniques à chaque peuple, est un très bon obstacle à l’instauration de ce nouvel ordre mondial. une sorte de bouclier, une digue.

    bien entendu le dépassement du cadre national est l’objectif mais pour le moment, c’est un moindre mal.
    les Syriens, les Irakiens, les Yéménites se battent contre l’impérialisme, contre les occidentaux qui fomentent des guerres dont le seul objectif est de détruire les pays, à défaut de pouvoir les contrôler, les faire plier.

    les luttes décoloniales se sont faites pour partie dans le cadre de la nation: Vietnam, Algérie pour le cas de la fronsse.

    en face, il y a les no-borders, les antifa-mon-cul-sur-la-commode, les black blocks. ce sont les ennemis des peuples, étant donné qu’ils font le jeu du capitalisme transnational en militant pour l’abolition des frontières.

    alors faites attention de ne pas aller dans le sens des no-borders et autres anarchoïdes. 😉
    bien entendu, il y a une distinction sans équivoque entre les sales anarchoïdes (eux) et les anarchistes (vous et d’autres):
    la question des guerres impérialistes ; contre la Russie, le Liban, le Vénézuéla et l’objet géopolitico-médiatique incontournable où une grande partie de la ‘gauche’ a cru à la propagande de guerre, la Syrie.

    il y a donc bien plus de points d’accords entre vous et Jean Pierre Garnier ou le Comité Valmy, qu’entre vous et les anarcho-autonomes, trotskistes et autres antifa, qui n’agissent que comme la propagandastaffel de la CIA, du Département d’État et du Pentagone! 😉

    1ere des 3 parties:
    http://www.librairie-tropiques.fr/2016/03/se-faire-des-amis-libertaires-et-rebelles-avec-jean-pierre-garnier-1.html

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.