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L’histoire de la philosophie anarchiste de Lao Tseu à Kropotkine

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Rudolph Rocker

 

Extrait de “Anarchisme et anarcho-syndicalisme” (1949)

 

~ Traduction Résistance 71, mai 2018 ~

 

On trouve les idées anarchistes dans littéralement toutes les périodes de l’histoire connue. On les a rencontré dans la Chine antique avec le sage Lao Tseu et plus tard avec les philosophes grecs, les hédonistes, pré-socratiques et les cyniques et autres avocats du droit naturel, particulièrement Zénon, le fondateur de l’école du stoïcisme et grand opposant de Platon. Elles ont trouvé leur chemin dans les enseignements des Carpocrates gnostiques d’Alexandrie et ont eu une influence sans aucun doute sur certaines sectes chrétiennes du Moyen-Age en France, en Allemagne, en Italie, en Hollande et en Angleterre, dont la plupart furent les victimes des plus atroces et sauvages persécutions par l’église chrétienne de Rome. Elles trouvèrent un puissant champion en la personne de Peter Chelciky pour la réforme bohémienne, qui dans son travail “Le filet de la foi”, passa le même jugement sur l’église et l’état que celui que fit Léon Tolstoï quelques siècles plus tard.

Parmi les grands humanistes on trouve Rabelais, qui dans sa description du bonheur de vivre de son Abbaye de Thélème (Gargantua, 1535), présentait une image de la vie libérée de toutes contraintes autoritaires et coercitives. Un autre pionnier libertaire fut Etienne de la Boétie ainsi que Sylvain Maréchal et par dessus tous Denis Diderot dans les gros volumes duquel on trouve les prémisses d’une grande pensée qui s’est débarrassée des préjudices autoritaires.

Dans le même temps, il fut réservé au temps plus modernes de l’histoire de donner une forme plus claire et articulée de la conception anarchiste de la vie et de la connecter avec le processus immédiat de l’évolution sociale. Ceci fut fait pour la première fois avec William Godwin (1756-1836) dans son remarquable ouvrage “Enquête sur la justice politique et son influence sur la vertu et le bonheur” (Londres, 1793). On peut dire que le travail de Godwin fut le fruit arrivé à maturité de sa longue évolution des concepts de radicalisme politique et social en Angleterre qui commença avec George Buchanan jusqu’à Richard Hooker et Gerard Winstanley, Algernon Sidney, John Locke, Robert Wallace et John Bellers to Jeremy Bentham, Joseph Priestley, Richard Price et Thomas Paine.

Godwin a vu très rapidement et très clairement qu’on devait rechercher la cause du mal social, non pas dans la forme que prend l’État mais dans son existence même, mais il a aussi reconnu que les êtres humains ne pouvaient vivre ensemble et librement que si les bonnes conditions économiques existaient et quand l’individu ne peut plus être soumis à l’exploitation des autres, chose qui fut à l’époque pratiquement toujours négligée par les autres radicalismes socio-politiques. C’est pourquoi ceux-ci étaient toujours obligés de faire de plus grandes concessions à l’État alors qu’ils avaient souhaité le réduire à son strict minimum. L’idée de Godwin d’une société sans état impliquait la socialisation de la terre et des instruments de production et la mise en place économique de coopératives de producteurs et de consommateurs. La réflexion de Godwin gagna les cercles avancés des travailleurs anglais et les sections plus libérales de l’intelligentsia. Plus important il contribua au jeune mouvement socialiste en Angleterre qui produisit Robert Owen, John Gray et William Thompson, et lui donna ce caractère indubitablement libertaire qu’il garda pendant longtemps et que ses contre-parties allemande et d’autres pays n’assumèrent jamais.

On doit aussi mentionner le Français Charles Fourier (1772-1832) et qui fut un des pionniers des idées libertaires.

  

Celui qui eut une bien plus grande influence sur le mouvement anarchiste fut le Français Pierre Joseph Proudhon (1809-1865), sans aucun doute un des plus doués et au caractère multi-talentueux du socialisme moderne. Proudhon était complètement enraciné dans la vie sociale et intellectuelle de son époque et ceci influença son attitude sur chaque question qu’il se posait. Ainsi, il ne doit pas être jugé, comme il le fut par bien de ses suiveurs, par ses propositions pratiques spéciales, qui naquirent des besoins de la conjoncture à laquelle il devait faire face. De tous les penseurs socialistes de son époque, il fut celui qui comprit le mieux la cause profonde du dérèglement social et qui possédait de surcroit la vision la plus large de l’affaire. Il était le pourfendeur de tous les systèmes sociaux artificiels et vit dans l’évolution sociale le besoin éternel de nouvelles formes plus élevées de la vie sociale et intellectuelle. Il était convaincu que cette évolution ne pouvait être contenue ni limitée par des formules abstraites et définies.

Proudhon s’opposa à l’influence de la tradition jacobine qui dominait la pensée des démocrates français et de la plupart des socialistes de cette époque avec la même ferveur et détermination que l’interférence de l’état central et du monopole économique dans le progrès naturel de l’avancée sociale. Pour lui, débarrasser la société de ces deux croissances cancéreuses était la grande tâche de la révolution du XIXème siècle. Proudhon n’était pas communiste. Il condamnait la propriété comme étant le privilège de l’exploitation mais reconnaissait la possession des instruments de travail pour tous, rendue efficace par des groupes industriels reliés les uns aux autres par le moyen de l’association libre, aussi loin que ce droit ne serve pas à l’exploitation des autres et aussi loin que le produit total du travail soit reversé à chaque membre de la société.

Cette association fondée sur la réciprocité (mutuelle) garantit des droits égaux pour chacun en échange de services sociaux.. Le temps moyen de travail requis pour produire devient la mesure de sa valeur et est la base de l’échange mutuel au moyen de bons du travail De cette façon le capital se retrouve privé de son pouvoir usurier et est complètement lié en la performance au travail. Une telle forme d’économie rend tout système de pouvoir politique coercitif superflu. La société devient une ligue de communautés libres qui arrangent leurs affaires en fonction de leurs besoins, par elles-mêmes et en association avec d’autres et dans lesquelles la liberté de quelqu’un est équivalent à la liberté d’un autre et non pas sa limite, mais de fait sa sécurité et sa confirmation. “Plus l’individu est libre, indépendant et entreprenant, au mieux pour la société.

Cette organisation de fédéralisme pour laquelle Proudhon vit un futur immédiat pour l’humanité n’établit aucune limite définie pour les futures possibilités de développement et offre une grande variété pour chaque activité individuelle et sociale. A commencer avec la Fédération, Proudhon combattit de la même manière l’aspiration pour une unité nationale politique et l’éveil du nationalisme ; il trouva de puissants alliés avec Mazzini, Garibaldi, Lelewel et d’autres. A cet égard, Proudhon fut plus fin dans sa reconnaissance du problème du nationalisme que la plupart de ses contemporains. Il exerça une forte influence sur le développement du socialisme, qui se fit sentir spécifiquement plus fort dans les pays latins.

Des idées similaires aux concepts politiques et économiques de Proudhon furent propagées par les adeptes de ce qui fut appelé l’anarchisme individualiste aux Etats-Unis comme Josiah Warren, Stephen Pearl Andrews, William B. Greene, Lysander Spooner, Benjamin R. Tucker, Ezra Heywood, Francis D. Tandy et bien d’autres, bien qu’aucun d’entre eux n’ait eu l’approche et la profondeur de pensée de Proudhon. Une des caractéristiques de ce mouvement est que la plupart de ces adeptes de la pensée libertaire ne puisa pas sa réflexion de Proudhon mais plutôt des traditions du libéralisme américain, ce qui fit affirmer à Tucker que “les anarchistes ne sont que des démocrates jeffersonniens consistants”.

Une expression unique des idées libertaires se trouve dans le livre de Max Stirner (de son vrai nom Johann Kaspar Schmidt, 1806-1856), “Der Einzige und sein Eigentum” qui, il est vrai, passa rapidement dans l’oubli et n’eut pas de réelle influence sur le mouvement anarchiste en tant que tel. Le livre de Stirner est essentiellement un livre de philosophie qui trace la dépendance de l’Homme à ces soi-disants puissances supérieures de toutes les façons déviantes possibles. C’est le livre d’un insurgé conscient et délibéré qui ne révèle aucune révérence à l’autorité et qui appelle à une pensée puissamment indépendante.

L’anarchisme trouva un champion des plus virils et d’une vigoureuse énergie révolutionnaire en la personne de Michel Bakounine (1814-1876), qui basa sa réflexion sur les enseignements de Proudhon, mais qui les étendit sur le plan économique lorsqu’il se fit l’avocat avec les autres membres de l’aile fédéraliste de la 1ère Internationale, de la propriété collective de la terre et de tous les autres moyens de production et désiraient réduire le droit à la propriété privée au seul produit du travail individuel. Bakounine était aussi un opposant du communisme, qui a son époque avait une caractéristique autoritaire, comme celui exercé de nos jours par le bolchévisme. “Je ne suis pas un communiste parce que le communisme unifie toutes les forces de la société dans l’État et est absorbé par celui-ci, parce que cela mène inévitablement à la concentration de la propriété dans les mains de l’État, alors que je recherche l’élimination complète des principes d’autorité et de gardiennage gouvernemental, qui sous le prétexte de rendre les Hommes moraux et de les civiliser, n’a fait jusqu’à maintenant qu’à les réduire en esclavage, les opprimer, les exploiter et les ruiner.

Bakounine était un révolutionnaire déterminé et ne croyait pas du tout en un ajustement à l’amiable des conflits existants dans la société. Il reconnaissait que la classe dirigeante s’opposait aveuglément et avec entêtement à chaque possibilité de réformes sociales plus larges et en cela ne voyait que la révolution sociale internationale pour sauver l’humanité, révolution qui abolirait toutes les institutions de pouvoir politique et l’exploitation économique pour introduire en remplacement une fédération des associations libres de producteurs et de consommateurs qui fourniraient la subsistance de la vie quotidienne. Comme lui et la plupart de ses contemporains croyaient en l’imminence de la révolution, il dirigea son énorme énergie à la contribution à la véritable révolution des éléments libertaires au sein et en dehors de l’Internationale pour protéger la révolution à venir contre toute dictature ou régression dans les vieilles conditions sociales. Il devint ainsi, dans ce sens, le véritable fondateur, créateur du mouvement anarchiste moderne.

L’anarchisme trouva également une valeur très sûre en la personne de Pierre Kropotkine (1842-1921), qui se fixa pour objectif de rendre les résultats de la science naturelle moderne disponibles pour le développement du concept sociologique de l’anarchisme. Dans son livre très ingénieux “L’entraide, facteur de l’évolution”, il s’arrogea contre le soi-disant darwinisme-social, dont les partisans essayèrent de prouver l’inévitabilité des conditions sociales existantes depuis la théorie darwinienne de la lutte pour la survie et de la survie du plus fort, du plus apte et menant à la problématique du faible contre le fort au statut d’une loi naturelle d’airain, à laquelle l’Homme est aussi sujet. En réalité, cette théorie était fortement influencée par la doctrine malthusienne expliquant que la grande table de la vie n’était pas avancée pour tout le monde et que les inutiles devaient se réconcilier et accepter cet ordre des choses.

Kropotkine montra que cette conception de la nature en tant que champ infini de guerre n’est qu’une caricature de la véritable vie et qu’avec la lutte brutale pour l’existence, qui est combattue becs et ongles, il y a aussi une tendance dans la nature une autre tendance qui est exprimée dans la combinaison sociale des espèces plus faibles et la continuité des races par l’évolution de l’instinct social qui seul lui a permis de se maintenir dans son premier environnement contre la supériorité physique des autres espèces et de s’assurer un niveau de développement dont on aurait pu rêver. Ceci est démontré par la certaine régression de ces espèces dont la tendance dans la lutte pour l’existence est supérieure à la première, qui n’ont aucune vie sociale et qui ne sont dépendantes que de leur force physique.

Cette vue, qui est bien plus acceptée aujourd’hui dans les sciences naturelles et dans la recherche sociologique, a ouvert de nouvelles possibilités dans les perspectives de ce qu’est l’évolution de l’espèce humaine.

D’après Kropotkine, le fait demeure que même soumis au pire des despotismes la grande majorité des relations personnelles de l’Homme avec ses congénères est régie par les habitudes sociales, accord librement consenti et la coopération, sans laquelle la vie sociale ne serait pas du tout possible. Si ce n’était pas le cas, même la plus grosses machine coercitive qu’est l’État ne serait pas capable de maintenir l’ordre social pendant un laps de temps suffisamment long. Quoi qu’il en soit, ces formes d’attitudes naturelles, qui proviennent de la nature la plus profonde de l’humain, sont aujourd’hui constamment perturbées et handicapées par les effets de l’exploitation économique et de la tutelle gouvernementale, représentant la forme brutale de lutte pour l’existence dans la société humaine et qui a remplacé toute les formes d’entraide et de coopération libre. La conscience de la responsabilité personnelle et de la capacité à l’empathie avec les autres, qui fait toute la morale sociale et rend possible l’idée de justice sociale, se développe le mieux dans la liberté.

Comme Bakounine, Kropotkine était aussi un révolutionnaire. Mais il vit, comme Elisée Reclus et d’autres, dans la révolution seulement une phase spéciale du processus de l’évolution, qui apparaît lorsque les nouvelles aspirations sociales sont si restreintes dans leur développement naturel par l’autorité qu’elles doivent briser la vieille coquille de manière violente avant de pouvoir fonctionner comme de nouveaux facteurs de la vie humaine. En contraste du fédéralisme proudhonien ou du collectivisme bakouninien, Kropotkine se faisait l’avocat de la propriété commune non seulement des moyens de production mais aussi des produits du travail, car il était convaincu que dans l’état technologique présent aucune mesure correcte de la valeur du travail individuel est possible mais qu’au contraire, par une direction nationale de nos méthodes modernes de travail il sera possible d’assurer une abondance comparative pour chaque être humain.

L’anarcho-communisme, qui avait déjà été prôné avant Kropotkine par Joseph Dejacque, Elisée Reclus, Carlo Cafiero et d’autres et qui est reconnu aujourd’hui par la plus vaste majorité des anarchistes, trouva en lui un brillant avocat.

Nous devons aussi ici mentionner Léon Tolstoï (1828-1910) qui, du christianisme primitif et sur la base de principes éthiques établis dans les évangiles, parvint à l’idée d’une société sans dirigeants.

Ce qui est commun à tous les anarchistes est le désir d’une société libre de toutes institutions politiques et sociales coercitives, institutions qui sont des obstacles au développement et à l’avènement d’une humanité émancipée et donc libre. En ce sens, le mutualisme, le collectivisme et le communisme ne doivent pas être vus comme des systèmes économiques fermés ne permettant plus aucun développement, mais juste comme des assomptions politico-économiques pour établir les moyens de la sauvegarde d’une communauté humaine libre. Il y aura probablement dans chaque forme de société libre du futur des formes différentes de coopération économique existant côte à côte, car tout progrès social doit être associé avec l’expérience libre et le test dans la pratique de nouvelles méthodes pour lesquelles il y aura toute les opportunités possibles dans une société de libres communautés (NdT; ce que nous avons nommé avec Gustav Landauer “la société des sociétés”…)

La même chose vaut pour les méthodes variées de l’anarchisme. Le travail de ses adhérents est essentiellement un travail éducatif pour préparer les gens intellectuellement et psychologiquement aux tâches de leur libération sociale. Chaque tentative de limiter l’influence du monopole économique et du pouvoir de l’État est un pas qui nous rapproche de la réalisation de cet objectif. Tout développement d’organisation volontaire dans les champs variés de l’activité sociale et vers la liberté individuelle et la justice sociale, approfondit la conscience [politique] des gens et renforce leur responsabilité sociale, sans laquelle aucun changement ne peut être accompli.

La plupart des anarchistes de notre époque sont convaincus qu’une telle transformation de la société prendra des années de travail constructif et d’éducation et ne peut pas s’opérer sans quelques convulsions révolutionnaires qui jusque maintenant ont toujours aidé à accomplir tout progrès dans la vie sociale. Le caractère de ces convulsions bien entendu, dépend entièrement de l’intensité de résistance de la classe dirigeante et dans quelle mesure celle-ci sera capable de résister à la réalisation de ces nouvelles idées. Au plus large les cercles sociaux qu’elles inspireront dans l’esprit du socialisme de la liberté, et au moins douloureux sera l’accouchement des changements sociaux du futur.

Les révolutions ne peuvent que développer et faire venir à maturité les idées qui existent déjà et qui ont déjà une nature établie dans la conscience humaine, mais elles ne peuvent pas créer de nouvelles idées ou générer de nouveaux mondes du néant.

Avant l’apparition des états totalitaires en Russie, en Italie, en Allemagne et plus tard au Portugal et en Espagne et le déclenchement de la seconde guerre mondiale, des organisations et des mouvements anarchistes existaient dans tous les pays ; mais comme tous les mouvements socialistes de cette époque, Ils devinrent les victimes de la tyrannie fasciste et des invasions des armées allemandes et ne pouvait mener qu’à une existence clandestine. (NdT: ceci est aussi valable avec le fascisme rouge tel que le dénonça Voline et la guerre ouverte bolchévique contre l’anarchisme originel de la révolution russe, qui mena à la fin du slogan de “tout le pouvoir aux soviets [conseils des travailleurs]” et à l’avènement du capitalisme d’état soviétique par la NEP de Lénine et de son comparse Trotski tous deux agents des banquiers transnationaux…) Depuis la fin de la guerre, une résurrection des mouvements anarchistes dans tous les pays d’Europe de l’ouest s’est faite remarquer. Les fédérations des anarchistes français et italiens ont déjà tenu leur première convention, tout comme l’a fait l’anarchisme espagnol dont bien des membres vivent toujours en exil, pour la plupart en France, en Belgique et en Afrique du Nord. De nombreux journaux et périodiques anarchistes sont publiés dans bon nombre de pays européens ainsi qu’en Amérique du nord et du sud.

Lectures complémentaires:

Manifeste pour la Société des Sociétés

Ecrits-choisis-anarchistes-sebastien-faure-mai-2018

L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey

Dieu et lEtat_Bakounine

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Daniel_Guerin_L’anarchisme

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Errico_Malatesta_écrits_choisis

La Morale Anarchiste de Kropotkine)

Les_amis_du_peuple_révolution_française

Appel au Socialisme (PDF)

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