Résistance politique: les forces de la révolution 1ère partie (Sébastien Faure)

 

Les forces de la révolution

 

Sébastien Faure

1921

 

1ère partie

2ème partie

 

Camarades,

J’ai exposé — rapidement, mais d’une façon suffisante — la première partie du communisme libertaire, la partie critique, négative ou de démolition, et, j’espère que je suis parvenu à vous convaincre que la misère, l’ignorance, la haine, la servitude, la souffrance sous toutes ses formes, la détresse des corps, des esprits et des consciences sont le résultat fatal du milieu social dans lequel nous vivons.

Si, comme je l’espère, vous êtes parvenus à cette conviction, vous devez également être convaincus de la nécessité et de l’urgence de mettre fin à un régime social qui engendre de telles douleurs. C’est précisément ce que nous allons commencer à étudier ce soir. Il faut détruire l’ordre social établi puisqu’il est générateur de souffrances, d’inégalités, d’injustices et de misères. Il faut le détruire à tout prix ; il faut le détruire au plus tôt ; il faut le détruire de fond en comble.

Voici les termes du problème qu’il nous faut résoudre : étant donné que les formes sociales actuelles sont en contradiction formelle avec les besoins de l’heure présente et avec les aspirations des générations actuelles, ces formes sociales doivent disparaître. Quelles sont les forces que nous pouvons mettre en ligne et opposer aux forces sociales présentes qui maintiennent les formes actuelles ? De quel esprit les militants qui constituent ces vastes organisations que j’appelle les forces de révolution doivent-ils être animés ? Quel est le but de chacune de ces organisations, de chacune de ces forces ? Est-il possible, alors que chacune cependant est indépendante, autonome, qu’elle a sa doctrine, ses principes, ses méthodes, sa tactique, est-il cependant possible de les réunir dans un bloc commun pour constituer, en face de ce que j’appelle le bloc conservateur, le bloc de la Révolution ?
Tel est le problème que nous nous poserons et que nous avons à résoudre. Il est net. Il est clair.
Donc, sur quelles forces pouvons-nous appuyer notre action de démolition ?
Ces forces sont les suivantes : Libre-pensée, Parti socialiste, Syndicalisme, Coopératisme, Anarchisme.
Je ne parle là évidemment que des grands courants, que des organisations puissantes. Je suis obligé de négliger quelque peu une foule de groupements qui cependant ont leur très grande utilité dans un mouvement de masses. Je ne puis les examiner tous. Et encore la carrière que j’aurai à parcourir ce soir sera longue et vous aurez besoin de m’accorder une attention soutenue pour me suivre jusqu’au bout… Je ne puis, dis-je, m’arrêter qu’aux vastes organisations et aux grands courants.
Libre-pensée, d’abord. Il peut paraître singulier que je considère comme une force de Révolution la libre-pensée. Elle a été, en effet, — j’en fais l’aveu et j’en suis tout attristé — tellement galvaudée depuis vingt-cinq ans ! Elle est tombée dans la saleté des trafics électoraux. Elle a servi de tremplin à quantité de profiteurs qui n’ont songé qu’à faire fortune politique sur le dos de cette libre-pensée. Et une foule de nobles aspirations et de courants généreux ont été ainsi confisquées par des arrivistes et des intrigants. La faiblesse, je dirai même l’impuissance de la libre pensée, provient de l’erreur fondamentale dans laquelle elle est tombée. Elle a réduit la lutte qu’elle se proposait de mener à des petitesses et des mesquineries. On n’a vu dans la libre-pensée qu’une affirmation anti-religieuse, et surtout anti-cléricale et anti-catholique. Je reconnais que cette faiblesse était un peu contenue dans la nature même des choses. Le libre-penseur trouve toujours en face de lui le représentant de l’Église. C’est celui-ci qui est le maître, qui fait la loi, qui est écouté ; c’est lui qui, tous les dimanches, monte en chaire et, du haut de cette chaire, enseigne à ses ouailles ce qu’ils doivent penser, ce qu’ils doivent faire. Il était naturel que contre cette puissance d’étouffement s’élevât le mouvement de libre-pensée. Mais le champ d’action de la libre-pensée aurait dû s’élargir, s’élever. Il n’en a rien été. La libre-pensée a commis la faute de ne pas comprendre et de ne pas vouloir comprendre que ce problème auquel elle avait attaché son action et qui constituait en quelque sorte la raison d’être de son activité devait être relié au problème social lui-même. Les libres-penseurs, se cantonnant dans la lutte contre l’Église, n’ont pas aperçu que ce qui fait la force de l’Église, en même temps que son danger au point de vue social, c’est qu’elle est un des piliers qui soutiennent l’édifice social tout entier et que, dès lors, il fallait s’attaquer, en même temps qu’à ce pilier, à l’édifice lui-même. Les libres-penseurs n’ont pas compris que la pensée ne peut être libre qu’à la condition que l’homme lui-même soit libre. Ils n’ont pas compris qu’on peut appliquer ici la parole du latin : Mens sana in corpore sano, — un esprit sain dans un corps sain. On peut l’appliquer ici avec une légère modification de la manière suivante : La pensée libre dans un corps libre. C’est cette méconnaissance de la vérité qui a été cause de la faiblesse et de l’impuissance de la libre-pensée.
Aujourd’hui, les idées nouvelles pénètrent partout. Elles ont fait leur chemin du côté de la libre-pensée comme ailleurs. Voilà pourquoi quantité de libres-penseurs comprennent maintenant ce qu’ils n’avaient pas compris jusqu’alors. Les libres-penseurs viennent à cette idée que la pensée ne peut être libre qu’à la condition que le corps soit libre également.
À cette vieille formule « la libre-pensée », j’oppose la formule — qui n’est pas nouvelle, mais nouvelle en raison de son opposition avec la précédente — « la pensée libre ». En mathématiques, vous le savez, on a coutume de dire que les facteurs peuvent être intervertis sans que le produit ou le total puisse être changé. Trois et deux font cinq, comme deux et trois font cinq. Six fois neuf ou neuf fois six font pareillement cinquante-quatre. On pourrait croire, par conséquent, que bonnet blanc et blanc bonnet, c’est comme libre-pensée et pensée libre. Ce serait une erreur. L’expression de libre-pensée est mal comprise, et peut-être même disqualifiée. Voilà pourquoi à la « libre pensée », formule d’hier, j’oppose « la pensée libre », formule de demain.
Ainsi compris, le courant de la libre-pensée, se rattachant au problème social lui-même, pourrait être une force de révolution de grande valeur.
Une force autrement importante de révolution, c’est le Parti socialiste. Le Parti socialiste organise sur le terrain politique la masse ouvrière et ses amis. J’ajoute avec intention « ses amis », parce qu’il n’y a pas, dans le Parti socialiste, que des ouvriers. Le Parti socialiste place le problème économique en tête de ses préoccupations ; je dirai même que la doctrine socialiste est avant tout une doctrine économique. Les socialistes savent, en effet, que, dans le régime capitaliste, la situation économique domine la situation politique, que les pouvoirs publics ne sont que l’expression politique de la puissance économique de la classe bourgeoise. Ils reconnaissent et déclarent que le pouvoir n’est que l’installation aux affaires publiques des mandataires, des chargés d’affaires, des ambassadeurs, des représentants des puissances d’argent. Simplement, le Parti socialiste dit : « Il y a deux organisations : une organisation spécifiquement ouvrière et, par conséquent, spécifiquement économique, c’est la Confédération Générale du Travail » ; il appartient donc au Parti socialiste de représenter, dans le grand mouvement qui entraîne l’humanité vers des destinées nouvelles, l’effort politique à accomplir.
De même que le syndicalisme a pour but de mettre la main sur les moyens de production et d’échange, de même le Parti socialiste a pour but de prendre possession, par tous les moyens, du Gouvernement, de l’État, des Pouvoirs publics.
J’ai connu il y a quelques trente-cinq ans — ce qui ne me fait pas jeune — un parti socialiste qui était alors comme moi, plein d’ardeur, plein de fougue. J’ai gardé quelque peu la mienne. Hélas ! lui a perdu presque toute la sienne. À ce moment-là, il n’y avait pas de chapelles, on ne coupait pas des cheveux en quatre ; on combattait l’organisation sociale, on voulait à tout prix se débarrasser du régime, et on était pris d’un espoir fou.
Le Parti socialiste était alors fougueusement. impétueusement révolutionnaire. Il était jeune. Hélas ! il a bien vieilli. Je pourrais indiquer comment, de jeune et révolutionnaire qu’il était il y a trente-cinq ans, il est devenu vieux et quelque peu petit bourgeois. Mais je préfère laisser la parole à quelqu’un dont l’opinion vous paraîtra d’autant plus impartiale qu’il appartient lui-même au Parti socialiste. Voici un article tout récent — du 20 janvier 1921 — de Victor Méric, dans l’Humanité :
Le socialisme a été jeune. Il était jeune lorsqu’il proclamait que les travailleurs n’ont pas de patrie et que la force est la grande accoucheuse des sociétés. Il était singulièrement vivant et combatif lorsqu’il en appelait à la violence insurrectionnelle, lorsqu’il conviait les masses, cependant inéduquées et inorganisées, à la conquête immédiate du Pouvoir. Il était terriblement ardent et batailleur lorsqu’il proclamait la nécessité de l’émancipation des travailleurs par eux-même et ce, affirmait Jules Guesde, par tous les moyens, y compris les moyens légaux.
… Les années ont coulé. Les cheveux ont blanchi sur les crânes. Les barbes flamboyantes sont devenues de vieilles barbes. Le socialisme français, qui était, à l’origine, un socialisme de révolution et d’opposition irréductible à la classe ennemie, n’adoptait les méthodes électorales ou parlementaires, comme nous les adoptions nous mêmes, que comme moyens d’agitation et de propagande intensifiée. Le socialisme français, sous les espèces du guesdisme, du blanquisme, de l’allemanisme préconisait, au sein des organisations, une discipline de fer et la loi des majorités. Il prétendait tenir, sous son joug et sous sa volonté, les élus, délégués par ses soins au parlement bourgeois. Il affirmait la nécessité de la propagande antimilitariste, et conscient de l’impossibilité où il se trouvait de transformer légalement l’ordre social présent, justifiait le recours aux moyens violents, les seuls efficaces. Il serait trop facile d’encombrer les colonnes de ce journal avec des textes et de multiplier les citations. Ceux qui proclament le contraire ignorent tout du socialisme ou abusent effrontément de la naïveté de leurs auditeurs. Peu à peu, en vieillissant, en se développant, le socialisme s’est adouci. En entrant au Parlement les militants les plus sûrs se sont tout doucement gâtés au contact des « honorables collègues ». Insensiblement, ils en sont venus à négliger leurs principes, à édulcorer leurs programmes, à ne prendre souci que de leurs intérêts électoraux, à n’envisager les problèmes que du point de vue étriqué, étroitement mesquin des combinaisons parlementaires. En même temps, le socialisme s’épanouissant, attirait à lui toutes les ambitions malsaines qui ne visaient qu’à s’en servir. Les microbes bourgeois s’introduisaient dans l’organisme jusqu’alors sain et vigoureux. Si bien que, sur le chemin des compromis et des reniements, conduit par des chefs usés et blanchis, le socialisme entrait, lentement, en agonie. Il y a cinq jours seulement que cet article de Victor Méric a paru dans l’Humanité. Vous voyez que je ne vais pas bien loin chercher mes auteurs. Et j’aime mieux que ce que j’aurais dit ait été non seulement dit, mais écrit par un membre du Parti, car la parole improvisée peut quelque fois dépasser la pensée, tandis que, lorsqu’on écrit, on peut ramener sa pensée à sa juste expression. C’est pourquoi j’ai préféré vous lire cette citation en entier.
En 1914, le socialisme était arrivé — de l’aveu des socialistes eux-mêmes, de Victor Méric, de Rappoport et de tant d’autres dont vous lisez les articles — à cette phase du patriotisme politique. Son état de sénilité était déjà fort avancé. La guerre est venue et ce n’est plus seulement la sénilité, c’est en quelque sorte la mort du socialisme révolutionnaire qui, alors, a sonné. Les principaux chefs du mouvement socialiste ont accepté la thèse de la défense nationale et de l’union sacrée. Ils ont abandonné le terrain de la lutte de classes, pactisé avec le Pouvoir bourgeois. Ils sont entrés dans les conseils du Gouvernement. Le Parti socialiste a délégué au pouvoir un certain nombre des siens, et des meilleurs, Guesde, Sembat, Albert Thomas, puis, comme commissaires, c’est-à-dire comme sous-ministres, Compère-Morel à l’Agriculture, Bouisson à la Marine, etc. Le Parti socialiste s’est donc trouvé représenté officiellement dans un gouvernement de défense nationale, et, durant la guerre, à part quelques très rares et très honorables exceptions, les élus du Parti socialiste ont voté les crédits en faveur de la guerre. C’est de l’histoire, de l’histoire que nous avons vécue, de l’histoire d’hier, qui est encore celle d’aujourd’hui. Cela constitue, il faut le reconnaître, — et je serai tout à l’heure aussi sévère contre certains de mes amis qu’à l’égard des voisins, — une trahison véritable. Et cependant le Parti socialiste, avant la guerre, avait déclaré qu’il était contre la guerre. Tout le monde a gardé le souvenir des discours de ses chefs les plus qualifiés ; de ses porte-parole les plus connus qui, dans des manifestations populaires, prenaient, au nom du Parti, l’engagement public et solennel de s’opposer à toute déclaration de guerre ou, du moins, s’ils ne pouvaient empêcher la déclaration de guerre, de s’opposer à la mobilisation, et, en tout cas et au pis aller, de tout faire pour abréger la durée d’une guerre qu’ils n’auraient pu réussir à éviter. Aucun de ces engagements n’a été tenu. C’est une constatation que nous avons tous le regret de faire. À la rigueur, nous nous en consolerions si nous nous trouvions en face d’hommes qui, après avoir commis une erreur, — c’est dans la nature humaine d’en commettre — reconnaissaient celle-ci, s’ils avaient le courage de dire : « Nous nous sommes trompés, nous avons été débordés par les événements, entraînés par le courant, nous avons subi la fièvre générale ; la contagion s’est emparée de nous, nous n’avons pas su résister ; mais maintenant que nous sommes revenus au calme, que nous pouvons, de sang-froid, étudier les événements, les circonstances, les individus, nous reconnaissons que nous nous sommes trompés. » S’ils avaient la loyauté et le courage de tenir un tel langage, peut-être pourrions-nous oublier leur trahison d’hier. Ce qui fait que nous ne pouvons pas l’oublier, c’est qu’au contraire, ils persévèrent dans leur erreur et déclarent qu’ils n’ont rien à renier de ce qu’ils ont fait hier, et que, dans les mêmes circonstances, demain ils le referaient encore.
Par bonheur, camarades, la Révolution russe est venue. Elle nous a apporté, de loin, un air plus pur, un souffle révolutionnaire puissant. Franchissant les quelques milliers de kilomètres qui nous séparent d’elle, la Révolution russe nous a apporté sa voix, sa voix forte, mâle, énergique, résolue. Elle a créé dans notre pays, et surtout au sein du Parti socialiste, un courant nouveau ; ou plutôt, elle a rappelé le Parti socialiste à la pureté de ses origines. Et nous assistons, heureux, — je vous prie de le croire — très heureux, au mouvement de redressement qui s’opère au sein du Parti. Expropriation politique et économique de la classe bourgeoise, premier point. Socialisation des moyens de production, de transport et d’échange, deuxième point. Action nationale et internationale des travailleurs, troisième point : voilà tout le socialisme. Et je m’y connais : il y a assez longtemps que j’étudie le socialisme et le mouvement socialiste pour être sûr que ce que je dis n’est pas hérésiarque, hétérodoxe, mais bien orthodoxe. C’est la vérité même, la vérité fondamentale du socialisme, tout son programme est contenu dans ces trois points qu’il a trop longtemps oubliés et auxquels il revient. Et je vous assure encore une fois que je suis le premier à saluer avec une joie très grande, très sincère, très profonde ce retour à la pureté originelle du Socialisme.
Seulement, on a beau être l’ami de quelqu’un, je considère que la meilleure façon de lui prouver cette amitié, c’est de lui dire nettement, franchement ce qu’on pense. Ce n’est pas de fermer les yeux sur les défauts de cet ami, sur les erreurs et les crimes que peut commettre cet ami. Ce n’est qu’en lui parlant en toute franchise qu’on peut lui prouver réellement la sincérité de son attachement. L’amitié éclairée, réfléchie, loyale et franche consiste à lui dire : « Tu vas commettre telle ou telle faute » ou : « tu as commis telle ou telle erreur. C’est par amitié que je te donne mon avis ; je te mets sur tes gardes, et, en cela, je me montre bien mieux ton ami que si, sachant que tu cours un danger et t’engages dans une mauvaise voie, je n’avais pas le courage de te le signaler. »
Eh bien ! Camarades affiliés à la troisième Internationale, à l’Internationale de Moscou, je vous dis : Prenez garde ! Je vous signale un écueil ; cet écueil, le voici :
Vous reconnaissez que la mort de la deuxième Internationale est due à deux causes : 1° le réformisme; 2° le ministérialisme.
Ce sont là les deux fautes que vous avez constatées vous- mêmes publiquement et sur lesquelles l’Internationale de Moscou s’est dix fois, vingt fois, cent fois nettement exprimée.
Or, ces deux maladies qui ont tué la deuxième Internationale : réformisme et ministérialisme, ne sont que la conséquence, la suite, le prolongement d’une autre maladie : le parlementarisme.
Je dis à nos amis de la troisième Internationale : prenez garde ! Si vous ne voulez pas que votre troisième Internationale tombe dans les mêmes erreurs que la deuxième, si vous ne voulez pas vous engager dans un chemin qui vous mènerait à la même faillite, si vous ne voulez pas souffrir un jour, et peut-être dans un avenir plus rapproché qu’on ne croit, de ces deux maladies, fuyez-en la cause génératrice, c’est-à-dire le parlementarisme. Quittez la Chambre et ne tentez plus d’y pénétrer.
Accomplissez ce beau geste. Vous êtes douze au Parlement. Que ferez-vous ? De temps en temps, parleront Cachin, Vailllant-Couturier, Alexandre Blanc, Aussoleil, Berthon, Renaud, — je ne puis les citer tous — chacun d’eux est capable de faire un discours, de présenter un amendement, de déposer une proposition, de lire une déclaration ; de temps en temps, ils interviendront. Que feront-ils ? Rien ! Rien !
Et cependant, par leur présence au Parlement, ils feront croire aux militants, aux milliers de bons militants qui suivent que l’espoir dans la révolution, c’est-à-dire dans un soulèvement des masses contre le régime établi, peut être fondé en partie au moins sur le pouvoir d’en haut, c’est à dire sur l’action parlementaire. Ils détourneront ainsi de l’action fertile des foules les énergies qui se consacreront à l’action stérile du parlementarisme.
Amis, faites donc ce beau geste. Crachez votre démission à la figure de tous vos collègues. Faites claquer les portes. Puis, répandez-vous dans le pays. Allez partout dire pourquoi vous avez fui cette atmosphère empestée du Parlement. Faites sentir que votre place est avec les foules, avec ceux qui souffrent, puisque vous avez la noble mission de les libérer et que vous serez toujours en opposition irréductible avec le Pouvoir que vous ne voulez partager à aucun degré. Vous vous trouverez ainsi sur votre véritable terrain : le terrain de la lutte des classes. Vous affirmerez d’une façon rigoureuse la nécessité d’une action révolutionnaire violente, brutale et vous inspirerez confiance à tous par la noblesse de votre désintéressement et la pureté de vos intentions. Il ne se glissera pas alors parmi vous des éléments malsains, sorte de vers rongeurs qui pénètrent dans le fruit et le pourrissent ; enfin, vous deviendrez ainsi une véritable et puissante force de révolution.
Une autre force considérable de révolution, c’est le syndicalisme.
Le syndicalisme groupe la classe ouvrière sur le terrain purement, strictement, spécifiquement économique.
Le syndicalisme a un avantage tout particulier et qui lui est propre : il est un groupement naturel, et que je qualifierai en quelque sorte d’instinctif. Groupement constitué non par des éléments hétérogènes, mais, au contraire, par des éléments homogènes. Il n’y a, au sein du syndicalisme, que des éléments ouvriers, des salariés, des hommes dont la vie dépend ou d’un patron, ou d’un directeur, ou d’une administration, et qui, par conséquent, appartiennent véritablement par leur situation, par leur labeur de tous les jours à la classe ouvrière. Il y a un avantage très spécial dans ce fait que le syndicalisme est un groupement naturel, instinctif, homogène, Quand des animaux — et nous ne sommes que des animaux ayant la prétention d’être des animaux supérieurs, mais je ne suis pas bien sûr que cette prétention soit justifiée, — quand des animaux sont menacés d’un danger, ils se rapprochent les uns des autres. Ils n’ont pas besoin de se donner le mot. Il n’est pas nécessaire, comme en cas de guerre dans notre civilisation, de sonner la trompette et de battre le tambour pour que les animaux se rapprochent. Il suffit que l’ennemi soit là et alors, immédiatement, toutes les fourmis, toutes les abeilles, tous les oiseaux qui font partie de la même race, de la même espèce, de la même famille, qui vivent dans le même milieu, sentant un danger les menacer, tous se rapprochent, s’unissent, et de leur faiblesse ainsi additionnée sort une force de résistance et de défense incalculable.
Le syndicalisme est ce groupement naturel, c’est l’association instinctive contre l’ennemi qui est, en l’espèce, le patron, l’exploiteur, le capitaliste, de tous ceux qui souffrent du patronat, de l’exploitation, du capitalisme.
Le syndicalisme est régi par la législation de 1884, dont l’auteur est Waldeck-Rousseau. Ne croyez pas cependant que les groupements syndicalistes et corporatifs datent de cette époque. Ils lui étaient bien antérieurs, et, ici comme toujours, le législateur s’est borné tout simplement à reconnaître, à enregistrer afin de le réglementer, de le canaliser, de le tenir en quelque sorte sous sa dépendance, sous sa domination, un mouvement qui existait déjà.
Seulement, jusqu’alors, le mouvement ouvrier était absolument corporatif; chaque corporation avait des revendications spéciales, concernant ses conditions de travail, ses coutumes, suivant les lieux ou s’exerçait le travail ou l’industrie. On s’occupait fort peu du voisin.

A suivre..

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4 Réponses to “Résistance politique: les forces de la révolution 1ère partie (Sébastien Faure)”

  1. aucune hypothèse écartée Says:

    l’Etat enchaine les false flag pour empêcher la révolution (false flag= crimes commis par des mercenaires de l’Etat qui se font passer pour ennemis de l’Etat):
    Je suis tombé sur une info intéressante. La directrice du Super U de Trèbes est l’épouse du maire 1https://www.gettyimages.es/detail/fotografía-de-noticias/mayor-of-trebes-eric-menassi-and-his-wife-fotografía-de-noticias/937684228, et 2 elle était sur la scène du crime et pourtant le terroriste ne l’a pas touché ni menacé, le terroriste super dangereux ne l’a pas touché, alors que le policier si, elle a pu faire ses allers et venus tranquillement en regardant le terroriste maltraiter et tuer ses otages et le policier ligotés , elle sortait et entrait dans la pièce du crime en cours ainsi que du magasin et regardait tout ce que le terroriste faisait aux autres, tout en ayant la liberté de sortir comme elle le voulait. https://www.ladepeche.fr/article/2018/03/24/2766440-samia-menassi-directrice-super-u-voulais-soient-securite.html. Pour un peu, me pose la question pourquoi les terroristes s’en prennent toujours aux peuples, mais jamais aux élites, même quand ceux-ci se trouvent à 2 centimètres d’eux comme ici dans le super U de l’épouse du maire. Cela montre que les terroristes sont les toutous des élites et ne mordent pas la main de leurs maîtres.

    le couple Menassi qui dirigent Trèbes (mari) et Super U (épouse) seraient liés à Valls

    J’ai pas osé dire la pensée qui m’est venu à l’esprit en lisant la dépêche, mais je me suis demandé une seconde, si ce n’était pas la directrice de super u qui avait pris en otage ses propres clients et ses serviteurs baillonnés qui a tiré sur le policier pour éliminer un témoin compromettant. Après tout, seule la parole d’un policier vaut quelque chose.

    Faut dire que peut-être que le false flag c’était pour sauver le Super U de l’épouse du maire, vu que le prud homme des années plus tôt avait obligé à Super U de Normandie de fermer à cause des conditions de travail insoutenables et les licenciements injustifiés que celui-ci faisait subir à ses salariés:

    Fécamp : Super U aux prud’hommes
    Le 21 janvier 2011, le tribunal de commerce du Havre prononçait la liquidation du magasin Super U de Fécamp qui avait ouvert au printemps 2008. Un an plus tard, c’est au tour du tribunal des prud’hommes d’examiner les responsabilités de ce fiasco social et commercial.Une audience avait lieu hier au Havre. En effet, avec leur conseil Me François Garraud, du barreau de Dieppe, les salariés mettent en cause les conditions de travail et de liquidation…
    http://www.paris-normandie.fr/economie/fecamp-super-u-aux-prudhommes-681662-DQPN681662

    « Une personne va faire le boulot de trois personnes chez Super U »
    C’est une conséquence directe de la diffusion de l’émission Cash investigation sur France 2, le 26 septembre dernier. Les syndicats de l’enseigne de distribution exigent de véritables engagements de leur direction, après les divers abus révélés par le reportage. Le malaise semble palpable parmi les 30 000 salariés et certains témoignages sont édifiants.https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/carriere/vie-professionnelle/sante-au-travail/une-personne-va-faire-le-boulot-de-trois-personnes-chez-super-u-le-malaise-des-salaries-de-lidl-avant-un-comite-d-entreprise-extraordinaire_2425979.html

    Super U : Grève des salariés à Fonbeauzard
    Les salariés sortent de leurs rayons pour exprimer leur colère
    Ils sont bouchers, poissonniers, caissiers et pour la première fois, ils sortent de leurs rayons pour exprimer leur colère. Depuis 6 heures ce matin, une trentaine de salariés du Super U tente de sensibiliser les clients à leur cause….
    Ils dénoncent leurs conditions de travail.
    Le dialogue est bloqué…lundi, les salariés continueront leur grève.
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/2013/04/06/super-u-greve-des-salaries-fonbeauzard-229937.html

    Luçon. Des salariés de l’hypermarché Hyper U en grève
    Des salariés du magasin Hyper U de Luçon veulent dénoncer un malaise profond du système social au sein de l’entreprise. Ils ont fait grève ce vendredi.

    Leurs principales revendications des salariés relèvent du système social appliqué dans l’entreprise. Ces derniers, représentés par les délégués syndicats FO et CFDT, réclament une augmentation générale des salaires, de 100 € bruts ; la mise en place d’une prime d’ancienneté ; l’instauration du volontariat et la rémunération des heures effectuées les dimanches et jours fériés, à plus de 100 %.

    Repos fixe dans la semaine

    Estimant être actuellement « dans une impasse », avec la direction,
    https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/lucon-85400/lucon-des-salaries-de-l-hypermarche-hyper-u-en-greve-5020047

    Plus d’un salarié sur deux en grève dans les hypermarchés
    https://www.lindependant.fr/2018/03/31/plus-dun-salarie-sur-deux-en-greve-dans-les-hypermarches-carrefour-des-pyrenees-orientales,3912699.php

    Mouvement de grève à Super U Pliane

    Le différend porte sur l’indemnité de transport.
    Les salariés s’opposent à la suppression de manière unilatérale d’un certains nombre de primes par le groupe Parfait actionnaire de Super U, propriétaire de l’hypermarché Super U depuis 2011. Syndicat et patronat devraient se revoir dans les prochaines heures. https://la1ere.francetvinfo.fr/guadeloupe/mouvement-greve-super-u-pliane-482173.html

    l’hypermarché d’Antibes totalement bloqué par 80% des salariés en grève

    Des supermarchés et hypermarchés bloqués ou fermés, des entrepôts à l’arrêt et des gondoles dégarnies: les syndicats de Carrefour entendent frapper fort face aux « attaques » de la direction, avec une « grève générale » samedi, en plein week-end de Pâques. L’hypermarché d’Antibes, le 2e du pays en termes de chiffre d’affaires, est bloqué par 80% des salariés. Ils dénoncent leurs conditions de travail et le faible montant de la prime d’intéressement (57 euros cette année).
    https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/greve-a-carrefour-l-hypermarche-d-antibes-totalement-bloque-par-80percent-des-salaries-1053745.html

    Peut-être y avait-il trop de salariés mécontents, alors le false flag c’était peut-être pour faire taire les salariés mécontents, en leur faisant une si grosse peur avec l’attentat, qu’ils n’auront plus le courage de sortir de chez eux, et même de retourner au Super U (comme cela le licenciement est plus facile, si les salariés d’eux mêmes abandonnent le boulot suite à l’attentat), et ainsi les empêcher de porter plainte aux prud’hommes et ainsi sauver son entreprise de la cour des prud’hommes qui a le pouvoir de faire fermer d’office les entreprises comme ils ont déjà fait fermer d’office le super U de Fécamps de Normandie suite aux plaintes des salariés
    http://www.paris-normandie.fr/economie/fecamp-super-u-aux-prudhommes-681662-DQPN681662

    Quand Macron utilise la sacrifice du policier au Super U de Trèbes pour justifier la baisse du RSA (c’est les maires qui vont être contents, moins d’argent pour aider les SDF, signifient une augmentation de salaires des maires https://www.bfmtv.com/politique/les-deputes-adoptent-l-augmentation-de-40percent-des-salaires-des-maires-des-grandes-villes-1332212.html)
    http://www.revolutionpermanente.fr/Macron-critique-ceux-qui-pensent-que-le-summum-de-la-lutte-c-est-les-50-euros-d-APL

    Un mois après l’attentat à Carcassone, 300 personnes manifestent contre les réformes Macron

    Carcassonne : plus de 300 manifestants contre Macron

    A l’appel de la CGT, de nombreux salariés appartenant à différents secteurs professionnels se sont retrouvés dans les rues de la cité préfectorale.

    Environ 300 manifestants ont défilé ce jeudi matin dans les rues de Carcassonne.

    À l’appel de la CGT, plusieurs représentants de différents secteurs professionnels : cheminots, commerçants (dont des salariés de Carrefour), employés d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), salariés du secteur de santé-action sociale, des services à la personne, de l’Éducation nationale, d’Engie, d’Enedis, etc. se sont retrouvés « pour protester contre la politique d’Emmanuel Macron, le président de la République, qui vise à détruire les services publics », a déclaré Sophie Trochet, secrétaire générale de l’union départementale CGT.
    « On veut nous faire croire que plus on travaille, plus on est rentable. C’est faux ! En Allemagne, le syndicat IG Metal vient d’obtenir les 28 h de travail par semaine. Nous, on milite pour les 32 h, primo pour une meilleure répartition des richesses, et secundo car il est démontré que moins on travaille, et plus on a de temps libre pour sa vie personnelle, plus on est épanoui et donc plus on est productif au travail et davantage rentable. ».
    https://www.lindependant.fr/2018/04/19/carcassonne-plus-de-300-manifestants-contre-macron,3916981.php

    300 ce n’est pas beaucoup. Peut-être que comme ils savaient qu’une manif était organisé à Carcasonne pour le mois d’avril 2018, c’est peut-être pour cela qu’ils ont organisé le false flag en fin mars 2018, pour terroriser les gens avec la mort du policier, et ainsi faire diminuer le nombre de personnes qui viendront aux manifs anti macron.

    Quand Arnaud Beltrame, le gendarme héroïque, dirigeait une simulation d’attentat dans un supermarché
    Prémonition ? Destin ? Certains seront tentés de croire que parfois, l’histoire est écrite à l’avance… C’était le treize décembre dernier. Ce jour-là Arnaud Beltrame, le gendarme héroïque qui a échangé sa place contre celle des derniers otages du Super U de Trèbes et qui a été grièvement blessé par le terroriste Redouane Lakdim, était aux commandes d’un exercice de simulation d’attentat organisé dans des bâtiments désaffectés d’EDF à Carcassonne. https://www.ladepeche.fr/article/2018/03/23/2765738-gendarme-heroique-super-u-avait-commande-exercice-simulation-attentat-supermarche.html

  2. Roseau Says:

    En lisant les commentaires de l’article donné en lien par « aucune hypothèse écartée »

    https://www.ladepeche.fr/article/2018/03/24/2766440-samia-menassi-directrice-super-u-voulais-soient-securite.html

    Lisez bien le commentaire de carqueyrolles en date du 24 mars… si c’est vrai, alors il s’agit d’une vendetta !

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