Résistance politique: Thomas Spence et l’aube anarchiste en Grande-Bretagne au XVIIIème siècle…

Lectures complémentaires:

Les_amis_du_peuple_révolution_française

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Manifeste pour la societe des societes

 

 

La préhistoire du socialisme anarchiste en Grande-Bretagne: Thomas Spence

 

Robert Graham

 

Février 2018

 

Source: https://robertgraham.wordpress.com/2018/02/24/thomas-spence-pioneer-of-anarchist-socialism/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

En Grande-Bretagne, il y eut une figure politique et historique, équivalente à celle de Gracchus Babeuf, en 1792 à Londres: Thomas Spence qui avait développé une vision politique avancée à Newcastle on Tyne au sein de la société philosophique de Newcastle.. Dans ce groupe somme toute civil, Spence le plébéen commença à développer des idées sur le communisme de la terre exprimées dans son plan. Il professa ces idées au sein de la société philosophique en premier lieu à l’âge de 25 ans.
La terre, dans quelque pays ou voisinage, et tout ce qu’il y a dessus, appartiennent en tout temps aux habitants de ce dit pays ou voisinage et ce de manière égalitaire.” Il pensait que chaque commune devrait reprendre sa terre en possession et se former elles-mêmes en corporations. La terre devenant ainsi la propriété de la commune. Spence n’envisage en rien l’abandon du système monétaire (NdT: ce qui est une erreur…). Il envisage les gens payer un loyer pour l’usufruit des droits à la terre. Ces loyers seraient payés à une caisse communale pour soutenir les pauvres et les sans emplois et pour l’entretien des terres et des routes et voies de communication. Le gouvernement, une assemblée démocratique de représentants, élus à bulletin secret, était vu par Spence comme ayant une fonction très limitée et n’interfèrerait en rien aux affaires de fonctionnement des communes.

Spence choisit alors d’aller au delà des passes-temps gentillets de la société philosophique en disséminant ses idées au travers d’une ballade bon marché publiée en 1775-6. Pour cette raison, il fut expulsé de la société philosophique et perdit même son travail d’enseignant. Spence se décida à partir pour Londres dans la mesure où ses idées radicales avaient peu d’écho à Newcastle.

Son arrivée à Londres coïncida avec la fondation de la London Corresponding Society, mise en lace par un cordonnier du nom de Thomas Hardy et qui consistait en la réunion  de commerçants, d’artisans et de techniciens. Les buts de la société étaient de discuter de réforme parlementaire et de mettre en avant des doléances pour le suffrage universel annuel pour les parlements.

Spence influença les membres de la société dont Thomas Evans. Il rassembla un petit groupe autour de lui et commença à diffuser ses idées. Ceci incluait des méthodes de propagation similaires à celles de groupes de Babeuf: des notes et inscriptions à la craie ou au charbon de bois sur les murs d’endroits publics, des lieux de débats et de réunions publiques ainsi que par la vente et distribution de livrets, de pamphlets, de tracts et de feuillets explicatifs.

Spence fut jeté plusieurs fois en prison pour avoir strictement adhéré à ce qu’il prônait. Sa plus grande période d’activité s’étendit de 1792 à 1801 et il continua avec des publications intermittentes de ses idées jusqu’à sa mort en 1814. Evans et Allen Davenport constituèrent la Société des Philanthropes Spencéens afin de propager ses idées vers 1807. Après la mort de Davenport, Evans fonda une autre société. Les membres de cette société de philanthropes spencéens furent à la pointe des manifestations et de la contestation de la classe des travailleurs entre 1815 et 1820. Certains d’entr’eux furent impliqués dans la conspiration de Cato Street en 1820. La répression sauvage qui s’en suivit mena à la disparition de la société et du courant de pensée issu de Spence, bien que son influence continue dans le radicalisme britannique ne doive pas être ignorée.

L’emphase de Spence était sur la propriété commune, communale de la terre, le communisme terrien et il voyait “la propriété privée de la terre” comme le mal principal dans la société. L’abolition de la propriété privée de la terre impliquerait bien entendu l’abolition de facto de l’aristocratie et de la caste des “propriétaires terriens”. Mais quoi qu’il en soit, les biens, la marchandise et le bétail ne seraient pas sujet à une telle mise en commun.

Spence symbolise un courant de pensée radical au sein de ce grand mouvement qui émergea autour du chartisme et des demandes pour le suffrage universel et les parlements annuels. Spence alla spécifiquement à Londres pour y propager ses idées, parce qu’il pensait que ses idées devraient avoir une certaine résonance au sein de ce mouvement populaire. Le fait qu’il ne fut pas capable d’aller au delà du concept de la propriété commune de la terre vers le communisme généralisé est un résultat des limites imposées par la classe des artisans et des techniciens de laquelle il fut un porte-parole très vocal et qui devait toujours se développer en une classe ouvrière à part entière.

Avec sa promotion du communisme terrien venait le concept d’une fédération de communes administrant le processus économique avec un système de sécurité sociale. En cela, Spence préfigurait la notion de commune ou de municipalité comme unité de base de la société comme l’ont développé les penseurs anarchistes. Spence voyait les communes comme fournissant des greniers à grains publics, une éducation gratuite, des bibliothèques, des bains publics et des hôpitaux. Spence était particulièrement méfiant et n’avait aucune confiance  en des solutions étatiques centralisées à l’inégalité économique et il pensait qu’une révolution depuis a base était nécessaire, révolution qui pourrait demander une certaine violence pour renverser la vieille classe dirigeante.

Brian Morris fut instrumental à sauver l’importante personnalité de Spence de l’obscurité à laquelle on le condamnait. Il note: “Ni les sans-culottes, ni les enragés, ni non plus le socialiste peu reconnu que fut Spence, n’articulèrent pleinement et explicitement l’anarchisme comme doctrine politique. Ce qu’ils avaient en commun fut qu’ils insistaient sur la démocratie directe locale et populaire, qu’ils étaient hostiles au grand capital, qu’il vienne de la classe marchande ou des propriétaires terriens capitalistes. Leur idée de la société était celle d’une société égalitaire consistant en de petits fermiers et artisans indépendants.

Spence lui-même, bien qu’il se fit l’avocat de la propriété communale de la terre, de la démocratie directe communale et des milices populaires communales (NdT: comme dans la France des sections, la seule véritable France révolutionnaire de 1790 à 1793, France qui soutenant et était soutenue par les Marat, Varlet et Roux dont nous avons publiés quelques textes…), envisageait une structure d’assemblées provinciales et nationale. Même en ça, comme les sans-culottes (NDT: en français dans le texte original), il tendait à voir la commune ou le groupement local comme l’unité fondamentale de la société et rechercha tous les moyens de limiter le pouvoir tentaculaire de tout gouvernement central. (Note: ici l’auteur fait une note sur le mouvement des sans-culottes, des enragés et des sections communales lors de la révolution française le qualifiant de libertaire et anarcho-communiste…)

Spence se doit de reprendre sa place comme un des précurseurs au sein du mouvement anarcho-communiste britannique, de ce courant de pensée duquel allait émergé la classe des travailleurs.

depuis: The Idea: Anarchist Communism, Past Present and Future

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.