Réflexion politique: de l’État, de la Nation et du peuple (Rudolph Rocker)

Petit précis bien utile sur l’État, la nation et le peuple pour contre-balancer les fadaises gouvernementales et l’immanquable poussée nationaliste qui va de paire avec les périodes de crise artificiellement provoquée dans et par un système étatico-capitaliste au bout du rouleau.

A lire et à diffuser sans modération…

~ Résistance 71 ~

 

État, Nation, Peuple

 

Rudolph Rocker, 1937

 

La vieille opinion qui attribue la création de l’État nationaliste à l’éveil de la conscience nationale du peuple n’est qu’un conte de fées, très utile aux protagonistes de l’idée de l’État national, mais néanmoins faux.

La nation n’est pas la cause, mais le résultat, de l’Etat. c’est l’Etat qui crée la nation, non la nation qui crée l’Etat. En vérité, de ce point de vue il existe entre peuple et nation la même distinction qu’entre société et État.

Chaque unité sociale est une formation naturelle qui, sur la base de besoins communs et d’accord mutuel, est construite organiquement de bas en haut pour garantir et protéger l’intérêt général. Même quand les institutions sociales graduellement s’ossifient ou deviennent rudimentaires leur but d’origine peut en la plupart des cas être clairement reconnu. Chaque organisation d’État, cependant, est un mécanisme artificiel imposé d’en haut sur les hommes par quelques gouvernants, et il ne poursuit pas d’autre fin que de défendre et sauvegarder les intérêts des minorités privilégiées dans la société.

Un peuple est le résultat naturel de l’union sociale, une association mutuelle d’hommes poussés par une certaine similitude de conditions extérieures de vie, une langue commune, et des caractères particuliers dus au climat et au milieu géographique. De cette façon apparaissent vivants certains traits communs chez chaque membre de l’union et formant la partie la plus importante de son existence sociale. Ces rapports intimes peuvent aussi être engendrés artificiellement que détruits artificiellement.

La nation, d’autre part, est le résultat artificiel de la lutte pour le pouvoir politique exactement comme le nationalisme n’a jamais été autre chose que la religion de l’État moderne. L’appartenance à une nation n’est jamais déterminée, comme l’est l’appartenance à un peuple, par des causes naturelles, profondes ; elle est toujours sujette à des considérations politiques et fondée sur ces raisons d’État derrière lesquelles les intérêts de minorités privilégiées se cachent toujours. Un petit groupe de diplomates, qui sont simplement les chargés d’affaires de classe ou caste privilégiée, décide tout à fait arbitrairement la qualité nationale de certains groupes d’hommes dont le consentement n’est même pas demandé mais qui doivent se soumettre à cet exercice du pouvoir parce qu’ils ne peuvent agir d’eux-mêmes.

Des peuples et groupes de peuples existaient bien avant que l’État n’apparaisse. Aujourd’hui aussi ils existent et se développent sans l’assistance de l’État. Ils sont seulement gênés dans leur développement naturel lorsque quelque pouvoir extérieur intervient par la violence dans leur vie et lui impose une forme qu’elle ne connaissait pas avant. La nation est soudée à lui pour le meilleur et pour le pire et doit son existence seulement à la présence de celui-ci. En conséquence la nature essentielle de la Nation nous échappera si nous tentons de la séparer de l’État et de la doter d’une vie propre qu’elle n’a jamais possédée.

Un peuple est toujours une communauté avec des limites assez étroites. Mais une nation, en règle générale, enferme toute une série de différents peuples et groupes de peuples qui ont été, par des moyens plus ou moins violents, pressés dans le cadre d’un État commun. En fait, dans toute l’Europe il n’y a pas d’État qui ne consiste pas en un groupe de peuples différents qui étaient à l’origine de différentes descendances et de langue et furent forgés ensemble en nation unique seulement par des intérêts dynastiques, économiques et politiques.

… … … … … … …

Les Etats nationaux sont des organisations d’églises politiques ; la prétendue conscience nationale n’est pas née en l’homme mais enseignée à lui. C’est un concept religieux ; on est allemand, français, italien, exactement comme on est catholique, protestant ou juif.

= = =

Lectures connexes:

Manifeste de la societe des societes

On a retrouvé l’histoire de france (Jean Paul Demoule)

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

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9 Réponses to “Réflexion politique: de l’État, de la Nation et du peuple (Rudolph Rocker)”

  1. Roseau Says:

    On a toujours les mêmes acteurs qui sont là pour agiter les mêmes peurs et garder le bétail bien docile… (cf Autriche, Italie).

    En France, des députés ont lancé la proposition de loi 648 – apprentissage de l’hymne national et sa pratique régulière (de la 6ème à la Term) afin de zombiefier ceux qui pourraient avoir un brin de lucidité dans cet environnement glauquissime !

    • même connerie pompée sur les Yanks et leur serment d’allégeance dans les écoles. ça ne prendra pas/plus en France… Tous ces blaireaux se raccrochent à des vestiges d’un monde déjà ancien, déjà mort, mais qui ne le sait pas encore… 😉

  2. Roseau Says:

    Un autre truc participatif, mis en place par certaines communes, pour « s’informer et échanger autour de chez soi » et surtout pour renforcer l’état d’appartenance à une commune, nation, état…

    son nom ma-residence.fr

    Cette entreprise est encore un beau vampire, et selon les indicateurs vit très bien sur le dos de la population en coma avancé.

  3. « Notre nation est née dans le génocide lorsqu’elle embrassa la doctrine que l’américain originel, l’Indien, était un être inférieur. Avant même qu’il y ait eu un grand nombre de nègres sur nos côtes, la balafre de la haine raciale avait déjà défigurée la société coloniale » Martin Luther King

    Le 7 mars 2017 Ben Carson faisait un rêve ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/03/07/ben-carson-a-fait-un-reve/

    Depuis les Zuniens eux cauchemardent tout éveillé ! Un peu comme certains en France et quand on pense que les italiens viennent de signer le retour de Silvio comme homme politique anti-système…
    Je propose qu’on les pince pour les réveiller ?

  4. ouiouinononpotiron Says:

    marre de faire les courses dans les magasins big brother
    vivement que les anarchistes boycottent tous les magasins sur toute la France et vivent indépendants avec leurs terres agricoles.

    Mais pour cela faudrait chasser les multinationales qui accaparent les terres, et lutter contre les herbicides distribués par Monsanto sur le sol français depuis 1967. Monsanto fait énormément de profits en France.https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/pesticides/glyphosate/trois-questions-sur-le-dicamba-le-tres-puissant-herbicide-qui-pourrait-remplacer-le-glyphosate_2459492.html

    Monsanto attaque des scientifiques qui disent que son herbicide Dicamba 700 fois pire que le round up est dangereux
    https://www.npr.org/sections/thesalt/2017/10/26/559733837/monsanto-and-the-weed-scientists-not-a-love-story

    Pour être honnête, ce n’est pas tant le big brother qui me gène mais surtout de ce qui est fait de ces données. Quand on pense à Bill Gates et autre milliardaire qui veulent réduire l’humanité avec toutes les données qu’ils collectent sur les peuples.

    Non seulement ils mettent des caméras de surveillance d’entreprise privé non contrôlés par la CNIL (on se demande d’ailleurs s’ils ne vendent pas les vidéos à d’autres entreprises privées et Google) mais en plus ils nous font chier pour enlever la capuche ou le bonnet, même si on a froid aux oreilles et si on a des otites, même si il neige.

    Société complètement déshumanisé et de flicage. des vigiles qui poursuivent des clients pourtant très honnêtes et irréprochables qui paient leurs courses et sortent sans faire sonner l’alarme à travers les barres qui scannent votre corps en même temps que vos courses, preuve de leur totale honnêteté, mais non ce n’est pas assez, faut encore les forcer à enlever le bonnet de laine en hiver.

    En plus, je n’ai jamais fait de carte de fidélité, parce que j’aime pas le big brother, mais depuis que j’ai payé par carte bancaire au magasin, je reçois depuis des catalogues magasines de leurs produits régulièrement dans la boite aux lettres.

    En fait, maintenant, j’ai compris qu’ils utilisent les cartes bancaires de leurs clients pour deviner leur adresse postale et les bombarder de publicité catalogues. Voilà pourquoi je conseille aux anarchistes de payer par cash s’ils ne veulent pas être bombardés de pub dans leur boite aux lettres. D’ailleurs on se demande comment ils arrivent à obtenir l’adresse d’un client à partir seulement de la carte bancaire.

    Ce qui prouve que les cartes de fidélité n’ont qu’un objectif. Cacher le fait qu’ils sont capables de deviner votre adresse à travers seulement une carte bancaire en demandant officiellement votre adresse.

    On se demande comment Oui Oui au pays des jouets vivrait au pays de Big Brother étant donné qu’il ne peut pas se séparer un seul instant de son bonnet à grolot. Mais comme il s’appelle Oui Oui , il dira Oui Oui à Big Brother. Et le bonnet à grolot ira à la poubelle. Dire que Quand j’étais gosse je m’étais acheté un bonnet à grolot comme Oui Oui.

    Un dessin animé à la con pour préparer les français à dire oui à la connerie.

    En tout cas j’aime toujours le potiron. Dommage que je n’en trouve plus.

  5. mais alors, qu’en est-il des fronts de libération nationale contre le colonialisme occidental?

    Tupac Sakur, Simon Bolivar dans les Amériques du Sud
    Ho Chi Minh Vietnam

    FPLP Palestinien, Hezbollah Libanais.

    tous n’ont eux pour objectif de libérer leur nation du joug colonial occidental mais ils n’avaient pas pour autant l’intention d’abolir l’idée de nation.

    même les dirigeants socialistes du début du 20e siècle et la IIe Internationale, Jean Jaurès, Rose Luxembourg (..) n’ont pas eu l’intention de tuer la nation. raison pour laquelle le mouvement socialiste a échoué à prévenir et à empêcher la première guerre mondiale.

    la Corée est peuplée de Coréens, le Japon de Japonais, le Mexique de Mexicains. ce n’est pas un problème en soit de vouloir garder une nation homogène d’un point de vue ethnique, culturelle et/ou religieux parce que ce ne sont jamais les hommes ordinaires qui commencent les guerres et le colonialisme, la destruction de la nature.

    sans les manigances des anglais, est-ce que les indous et les pakistanais seraient rentrés en guerre en 1947?

    • Tant que les luttes de « libération nationale » n’entrent pas en révolution sociale, c’est à dire en changement radical de paradigme politique pour mettre fin à l’oppression de l’État et du capital, elles ne demeurent que des leurres. Suffit de voir ce qu’a fait le FLN algérien une fois l’indépendance gagnée. Tous ces mouvements, qui restent dans le système, y compris bien entendu les « révolutions marxistes » qui ne sont que le côté face de la même pièce étatico-capitaliste, ne font que perpétrer la division de la société, l’antagonisme créateur de chaos, de discorde et qui consolide les mécanismes du pouvoir coercitif. Simplement au lieu effectivement d’avoir à faire au colonialisme agressif d’un autre pays, la coercition est faite par des représentants de la population, le plus souvent totalement inféodés ou à terme phagocytés par les mécanismes politico-sociaux étatiques et commerciaux en place.
      Il y a quelques exceptions notoires, dont au moins une moderne: le mouvement néo-zapatiste du Chiapas au sud-Mexique, qui n’est pas un mouvement de libération nationale, mais un mouvement de libération tout court, qui a affirmé son refus du « mauvais gouvernement » représenté par les rouages de l’État et des diktats de la dictature de la marchandise.
      Les « mouvements de libération nationale » qui ne convergent pas vers la révolution sociale radicale, la mise en place de la société des sociétés, sont voués à plus ou moins long terme, à l’échec et à la récupération étatique. La graine oligarchique est en eux parce qu’ils refusent ou ne voient pas l’impasse historique que représente l’État et l’économie de marché.
      La « lutte de libération nationale » ne voulant que remplacer une équipe de bras cassés dictatoriale par une autre, à terme, ne sont que des illusions, des mirages dans le désert de la pensée inique et unique oligarchique.
      Il n’y a jamais eu de révolution dans l’Histoire, que des brouillons, desquels nous devons apprendre. Il n’y aura qu’une seule révolution dans l’histoire de l’humanité, ce sera celle qui ouvrira la porte de la société des sociétés, égalitaire, non-pyramidale, non-coercitive où chacun agira selon sa capacité et recevra selon ses besoins. La Raison (ou Iktomi le facétieux pour les Lakota… 😉 ) nous a joué un tour pendable avec cette affaire de « démocratie », on s’est laissé enfumer gravement. A nous de nous en sortir. C’est l’épreuve ultime, la frontière finale: la révolution sociale !

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