Archive pour septembre, 2017

Résistance au colonialisme: Suprématie blanche et domination par la loi fédérale sur les Indiens (Steven Newcomb)

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La suprématie blanche (concept “d’ascendance”) est la base même de la loi fédérale indienne

 

Steven Newcomb

 

4 septembre 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/white-supremacy-ascendancy-basis-us-federal-indian-law/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

L’ère Trump a donné naissance à une nouvelle vague de suprématisme blanc aux Etats-Unis. En réponse, un certain nombre de statues dédiées à des figures de la Confédération sudiste et propriétaires d’esclaves (NdT: il y avait des propriétaires d’esclaves au nord également et la guerre de sécession ne fut en aucun cas une guerre de l’anti-esclavagisme (le nord) contre l’esclavagisme (le sud)…) ont été  récemment retirées de leurs piedestaux à cause de la levée de boucliers contre ce qui est perçu comme l’histoire du racisme aux Etats-Unis et l’atmosphère raciste de suprématisme blanc et de nationalisme qui s’est levée dans la société américaine depuis le début de la présidence de Trump. Par exemple, une statue du général sudiste Robert E. Lee a été enlevée, en partie parce que Lee commandait l’armée confédérée pendant la guerre civile de sécession.

Et pourtant, ceux qui ont critiqué les statues d’un bon nombre de racistes de l’histoire des Etats-Unis ont été malgré tout très sélectifs dans leur indignation envers d’autres blancs, propriétaires d’esclaves et qui croyaient en la suprématie blanche. Ironiquement, le président Trump l’a fait remarquer lorsqu’il a réthoriquement demandé aux opposants des statues, s’ils pensaient que les statues de deux autres propriétaires d’esclaves, George Washington et Thomas Jefferson, devaient aussi être descendues de leur piedestal. Ma réponse serait sans hésiter: “définitivement”…

Un exemple d’attitude suprématiste est évident quand une classe dirigeante se considère être meilleure que les autres classes et qu’elle détient le pouvoir. Un suprématiste blanc a été défini comme “une personne qui croit que la race blanche est de manière inhérente supérieure aux autres races et que les blancs devraient avoir le contrôle sur les personnes d’autres couleurs et d’autres races.” L’”affirmation d’ascendance” est une autre manière de clamer la suprématie. Affirmer l’”ascendance blanche” est assumer que les blancs sont suprêmes et doivent se situer dans les plus hautes positions de la société américaine , au-dessus des autres. Dans la décision de la Cour Suprême des Etats-Unis (CSEU) de l’affaire Johnson contre M’Intosh en 1823, le juge de la CSEU John Marshall, un autre propriétaire d’esclaves, a dit que le caractère et la religion des habitants autochtones de l’Amérique du Nord fournissait “une excuse pour les considérer être un peuple sur lequel ‘le génie supérieur européen pourrait affirmer une ascendance’”. Le dictionnaire Webster définit l’ascendance comme “pouvoir de contrôle et gouvernant: domination”. Ainsi donc l’expression de “suprématie blanche” n’est qu’un euphémisme pour “domination blanche”.

Une statue du juge John Marshall trône en ce moment dans le bâtiment de la CSEU à Washington DC. Même si cette statue était retirée, la mentalité raciste (cadre de pensée) que Marshall a laissé transparaître au travers de ses écrits dans le rendu de l’affaire Johnson demeurera dans le bâtiment sous la forme de cette décision de Johnson contre M’Intosh et toutes les autres décisions bigotes et religieusement motivées de la CSEU.

Statue ou pas, la CSEU continuera d’utiliser les schémas de domination racistes que cette institution a utilisé contre nos peuples et nations depuis bientôt maintenant deux siècles (l’année 2023 marquera le bicentenaire de la décision de l’affaire Johnson c. M’Intosh, affaire et rendu qui déterminent aujourd’hui encore la loi et la politique fédérales indiennes des USA)

Après avoir visionné notre documentaire au sujet de la décision de la CSEU dans l’affaire Johnson contre M’Intosh The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code, les gens demandent souvent “Que pouvons-nous faire ?” ou bien “Alors quelle est la solution ?” Réfléchissons un peu à ces questions un moment. Les hommes et les femmes siégeant à la CSEU ont totalement l’intention de continuer à utiliser comme “précédent légal” cette décision raciste et bigote édicté dans le verdict de l’affaire Johnson et de son résultat direct de la domination blanche (suprématie, ascendance). Aucune législation n’empêchera la CSEU à utiliser cette décision. De plus, le congrès n’a aucune raison de passer une loi contredisant la décision émise dans Johnson. Étant donné la nature dominante et le tempérament de l’administration Trump, le chambardement actuel de la branche exécutive du gouvernement des Etats-Unis ne va sûrement pas essayer de mettre fin aux schémas de suprématie et de domination blanches qu’on trouve dans la décision de l’affaire Johnson contre M’Intosh et sa résultante directe que fut la loi et politique fédérale indienne de manière générale. Nous pouvons être tout à fait certains que les Etats-Unis ne veulent en rien écarter les idées inhérentes à la décision et qui servent de pierre angulaire au système légal de la propriété foncière aux Etats-Unis.

Le juge de la CSEU John Marshall a écrit le rendu du verdict de Johnson de façon à assurer que nos nations autochtones ne soient pas reconnues comme nos propres “pays” dans le monde incluant l’Angleterre, la France, l’Espagne, le Portugal etc. Le verdict fut écrit de façon à ce que les frontières nationales des nations autochtones ne soient vues que comme des fictions poreuses que les Etats-Unis pourraient transgresser et violer en toute impunité, ne laissant aucun tracé solide capable de maintenir les Etats-Unis et autres pays hors de nos terres.

Une caractéristique unique des nations dites “indigènes” est que leurs oppresseurs comme les Etats-Unis (NdT: et le Canada, le Mexique et tous les états d’Amérique du sud de fait…) sont capables de les définir unilatéralement de manière subordonnée. Les nations indigènes n’ont aucun moyen effectif d’empêcher leurs oppresseurs de leurs imposer leurs unilatéralement ces définitions. Il me semble que tant que nous continuons à appeler une idée de système de domination “la loi”, nous continuerons à être contrôlés et dominés par le système de la suprématie blanche chrétienne qui est parfaitement exemplifiée dans le verdict de l’affaire Johnson contre M’Intosh.

Résistance au colonialisme: Ferraillage sémantique… de la « conquête » à la « domination » (Steven Newcomb)

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A lire en complément: PDF

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

 

Pourquoi le mot de “conquête” est-il considéré comme acceptable et pas celui de “domination”

 

Steven Newcomb

 

31 août 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/conquest-considered-acceptable-domination-not/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La vaste majorité des leaders natifs et des avocats spécialistes de la loi fédérale indienne sont enclins à considérer le mot “domination” comme étant trop vocal et “imposant” pour être utilisé dans leurs analyses des problèmes actuels de nos nations et de nos peuples et aussi trop impoli pour être utilisé dans leurs interactions avec les fonctionnaires du gouvernement des Etats-Unis ou des états les composant. Et pourtant pour une raison inconnue, le mot “conquête” ou l’expression “la conquête” sont traités comme étant typiques et tout à fait normaux.

Je trouve “curieux” que le mot de “conquête” soit jugé acceptable dans les discussions au sujet de la loi fédérale indienne et de sa politique inhérente et que le mot de “domination” ne le soit pas. J’ai une théorie qui implique le fait que le mot “conquête” est subrepticement interprété comme voulant dire que les Etats-Unis sont collectivement parvenus à une victoire sur les nations autochtones à cet endroit et que les Etats-Unis sont donc, un conquérant “victorieux”. Ce sentiment est illustré dans bon nombre d’affaires judiciaires. Le mot “conquête” est un mot qui est traité comme courant, acceptable et sain. Aussi parce que le gouvernement des Etats-Unis ne voient pas le mot “conquête” comme étant une menace, et n’a aucun problème pour l’utiliser. Utiliser ce mot évite de manière utile de cadrer la loi fédérale indienne et sa politique en termes de “domination” des nations natives. (“ce n’est pas une domination, c’est la loi”…)

La présomption ici est que par le moyen d’une “conquête légitime”, les Etats-Unis ont atteint une position valide se positionnant au-dessus et par delà les nations autochtones. Le mot “conquête” est un mot qui assume de manière silencieuse le fait que les Etats-Unis et leur gouvernement existent dans une position supérieure en rapport avec la position “inférieure” des nations et peuples autochtones. Bien malencontreusement, la plupart d’entre nous ne fait rien pour contredire et défier cette vision des choses.

Ceci est également vrai concernant la manière dont certains écrivains ont décrit la colonisation des Amériques à ses débuts. Prenez par exemple le livre d’Anthony Angie “The Fall of the Natural Man” (1977). Padgen dit que “tout le débat sur la légalité des conquêtes” se situent sur le jugement chrétien au sujet de “la nature des Indiens”. Si Padgen avait écrit au sujet de “la légalité de la domination sur les peuples natifs”, son phrasé aurait incontestablement levé des questions comme “Est-ce que la domination d’une personne par une autre ou d’une nation par une autre peut-être “juste” en quelque circonstance ?” Comment parvient-on à la réponse “correcte” à une telle question ?

Recadrer notre discussion au sujet de notre histoire et des circonstances actuelles en termes de “domination” plutôt que de “conquête”, nous permet de questionner: Est-ce “juste” pour une nation ou un peuple d’en envahir un autre ? et ensuite de forcer la nation envahie de vivre sur des générations selon un système imposé de domination ? Bien qu’il soit correct d’utiliser les mots d’”invasion” et de “domination” pour classifier la manière dont les Etats-Unis ont traité nos peuples et nos nations (pensez aux massacres de Washita, de Sand Creek et de Wounded Knee etc…), ceci n’est pas le type de vocabulaire que nous avons l’habitude d’entendre utilisé par les leaders autochtones et les praticiens de la loi fédérale indienne en pays indien, ni du reste dans leurs discussions avec les représentants du gouvernement des Etats-Unis.

Pourquoi donc nos leaders natifs et nos avocats spécialistes ne discutent pas de ce qui a été fait à nos peuples et nations en termes d’invasion et de domination malgré le fait que la loi fédérale indienne US et sa politique sont fondées sur l’affirmation initiale de la chrétienté d’un droit d’invasion et de domination nos nations ? Dans un langage quelque peu masqué ou codé (par exemple avec les mot “d’ascendance” et de “dominion [domination] ultime”) le droit affirmé des Etats-Unis de dominer nos peuples et nations est le plus clairement exprimé dans la décision de la cour suprême dans l’affaire Johnson contre M’Intosh de 1823.

En assumant qu’il est injuste pour une nation ou un peuple d’en envahir un autre et de le dominer, est-ce qu’une invasion injuste et une domination continuelle deviennent éventuellement “justes” après que le temps se soit écoulé ? qui doit décider de la réponse correcte à cette question ? Est-ce qu’un rendu de justice de la cour suprême fondé sur le droit proclamé pour une nation ou un empire de dominer beaucoup d’autres nations et de les tenir sous la prétention de la “conquête” et donc de la domination est une décision valide ? Qui peut le dire ? Dans “The Fall of Natural Man”, Padgen dit que les intellectuels européens des XVème et XVIème siècles avaient leur propre vision de la “structure du monde”. Ces intellectuels concevaient parfaitement que s’ils devaient introduire un “nouvel élément” pauvrement conçu dans cette structure, ceci pourrait bien compromettre la structure du monde entier. En 2017, alors que nous arrivons gentiment au bicentenaire de cette décision dans l’affaire Johnson contre M’Intosh, identifier la loi fédérale indienne et sa politique comme un système de domination est le “nouvel élément” qui crée la renverse potentielle de la structure légale et politique de notre monde et peut l’éloigner des schémas mentaux et comportementaux de domination imposés par les colonisateurs.

Il y a une raison sur le pourquoi les monarchies de la chrétienté occidentale ont assumé un “droit de conquête” sur nos nations autochtones. C’est parce que le mot de “conquête” masque avec succès une affirmation de droit de domination. Les monarchies de la chrétienté avaient pour but de priver nos nations et nos peuples de notre existence libre pré-colombienne, pré-américaine. Affirmer un droit “d’acquérir” (de dominer) les terres et les ressources de nos nations, tout en appelant le résultat final une “conquête”, a fonctionné pour faire paraître la domination résultante comme légale, acceptable et légitime.

Le film “La Mission” (1986) de Roland Joffé (NdT: avec Robert de Niro et Jeremy Irons), illustre parfaitement comment les Indiens furent traités comme la propriété des colons chrétiens. Parce que les penseurs européens qui débattirent du traitement à allouer aux nations autochtones pendant le XVIème siècle cadrèrent leur discussion sur le mot de “conquête”, il y a une question que le film n’adresse pas parce que ceux engagés dans le débat ne l’adressèrent pas non plus. Est-il OK pour une nation d’envahir et de doniner une autre nation puis de déclarer que la domination qui s’en suit est une “conquête” légale ?…

Focaliser sur les prérogatives et les privilèges de la domination que les monarques d’Espagne donnèrent à Colomb, puis ajoutant le mandat (l’ordre) de domination que la pape Alexandre VI accordait aux monarques d’Espagne dans certains décrets pontificaux (NdT: les deux versions de la bulle Inter Caetera de 1493), crée une possibilité unique. Cela crée la possibilité de discuter le désir de la chrétienté et son intention de localiser et de dominer chaque région non-chrétienne de la planète, incluant la notre alors que nos ancêtres vivaient libres de toute domination de la part de la chrétienté.

Les soutiens de l’empire chrétien utilisèrent la religion chrétienne comme justification de leur effort de triompher sur les “païens” (non chrétiens) afin de subjuguer, profiter et engraisser leurs économies des milliards d’acres des terres et ressources “paiennes”. La décision légale dans l’affaire Johnson contre M’Intosh a émergé de cette idéologie chrétienne et de ce comportement de domination.

Le juge de la CS John Marshall a exprimé cette idée lorsqu’il écrivit au sujet de “L’extravagante prétention de convertir la découverte d’un pays habité [par des païens] en conquête.” (c’est à dire en domination). Voici un point bizarre à cause de la manière dont fonctionne les précédents légaux, à ce jour nos peuples et nations sont toujours définis dans la loi états-unienne comme des “païens”, des “infidèles” et des “sauvages barbares” légalement et justement dominés.

Le chef de la nation Yakama Joe de Goudy est le seul leader élu (NdT: par le truchement de la loi fédérale indienne instituant les “conseils de tribus” élus, système asservi à l’état colonial n’ayant aucune valeur ni reconnaissance légales aux yeux des conseils traditionnels natifs… Il en va de même au Canada) que je connaisse qui a soulevé le problème de la domination des nations autochtones avec des hauts-fonctionnaires du gouvernement fédéral, ainsi que de son inévitable corollaire: la déshumanisation. Jusqu’ici, aucun autre responsable élu des nations natives n’identifie explicitement le système de la loi fédérale indienne comme un système de domination malgré que nous soyons capables de retracer ses origines jusqu’au Vatican, ses bulles pontificales et les chartes royales d’Angleterre.

Par le moyen de Johnson contre M’Intosh et de ses progénitures, les Etats-Unis ont utilisé de tels documents contre nos peuples et nations pendant des générations. D’autres leaders des conseils élus se doivent de rejoindre le chef Goudy pour pointer du doigt l’illégitimité des Etats-Unis dans son affirmation de très longue durée d’un droit de domination sur nos peuples et nos nations autochtones.

Conversation (gouailleuse) du père Peinard sur la société organique égalitaire à venir (écrite et publiée en 1896 !!…)

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Texte visionnaire, extraordinaire de gouaille et de truculence bin « Titi » d’Emile Pouget publié en 1896 dans son « Père Peinard », journal anarchiste au grand succès populaire, durant une époque où la conscience politique était bien supérieure à celle d’aujourd’hui, mais l’essor du capitalisme encore trop important pour renverser la vapeur de manière radicale et définitive. Notre époque voit l’opposé se produire: le capitalisme  et les institutions le maintenant en place pour le profit de l’oligarchie est au bout du rouleau, la fenêtre politico-économique existe, mais la conscience politique est au 36ème dessous. Un jour viendra, sans doute pas si lointain, où ces deux fenêtres d’opportunité coïncideront et alors surgira le tsunami de la révolution sociale… Nous en référons donc à la dernière ligne de ce grand texte de Pouget…

~ Résistance 71 ~

Faramineuse consultation sur l’avenir

 

Emile Pouget

 

“Le Père Peinard” (1896)

 

Version PDF: faramineuse conversation sur l’avenir

 

Jaspinage épastrouillant d’une Somnambule archi-lucide de la force de trente-six chevaux de fiacre

A la dernière foire de Montmartre, je flanochais sur le boulevard, défilant devant les baraques.

Et je ronchonnais, saperlotte !

Je ronchonnais de voir que les vieux forains sont de jour en jour moins épais.

Finis, les bonisseurs époilants qui faisaient la parade devant des baraquettes gondolantes. C’était des bougres farcis d’esprit ! Ils vous envoyaient des palas qui n’étaient pas dans un sac et comme jugeotte en auraient facilement remontré aux quarante cornichons de l’Académie.

Finies, les géantes, les femmes torpilles, les naines et autres phénomènes épatarouflants à qui, en tout bien tout honneur, on tâtait la cuisse pour s’assurer que c’était de la vraie chair.

Finis aussi, les diseurs de bonne aventure, les somnambules, les entre-sort.

L’autorité a passé par là et, grâce à elle, la pauvre foire vous avait des airs d’enterrement de première classe.

L’autorité n’en fait jamais d’autre : misère et deuil, c’est tout ce qu’elle engendre !

Par exemple, si tous ces fourbis rigouillards se sont évanouis, en place y a des chevaux de bois à vapeur, des orgues de barbarie à trois étages, des montagnes russes qui virevoltent pendant un demi-kilomètre. Y a des baraques de gros banquistes, plus riches que des banquiers.

Aujourd’hui, n’est plus forain qui veut : c’est devenu une profession honorable,c’est-à-dire que l’exploitation s’en est mêlée, et qu’il y a des forains capitalos qui font trimer à leur profit quantité de pauvres bougres.

Ah fichtre, ça ne vaut pas les petites baraques où on reluquait des phénomènes renversants.

C’était plus populo, moins bourgeois, — or, tout ce qui est bourgeois me pue au nez, — ça a des relents de goguenots !

Je flanochais donc, groumant contre cet abruti de Lépine qui a donné le coup du lapin aux forains avec ses foultitudes d’interdictions, quand je reluque dans un coin un entre-sort, — parfaitement ! — une roulante de somnambule. Fallait être mariole pour la dénicher, attendu qu’en façade y avait une couillonnade permise, comme qui dirait une fabrique de bonshommes en pain d’épices forgé.

Vous savez, les frangins, combien le fruit défendu a d’attrait. Illico, je me suis payé une visite à la somnambule, — non pas que je coupe dans les bafouillages de ces monteuses de coups, mais uniquement pour protester contre leur interdiction.

Cette chasse, faite aux diseurs de bonne aventure est d’autant plus vache qu’on tolère leurs concurrents : toute la ratichonnerie fait son métier librement. Bien mieux elle est carmée par la gouvernance ! Et pourtant que font les cafards, sinon un fourbi du même tonneau que les somnambules ! Avec cette différence que dans leurs boutiques, c’est plus cher et moins rigolot.

J’entre donc chez ma somnambule.

— Salut, la compagnie, que je fais.

Y avait là un grand escogriffe, plus maigre qu’un échalas, surveillant une pauvre malheureuse à visage de papier mâché ; fallait pas grande jugeotte pour s’apercevoir que dans l’entre-sort, on ne bouffait pas son soûl tous les jours.

L’Échalas me rend mon salut et se met en position pour faire des passes magnétiques sur sa copine.

— Arrêtez les frais, que j’y dis. Je suis pas venu pour savoir si c’est la brune ou la blonde qui me gobe ; pour ce qui est de l’héritage, j’y coupe pas… Écoutez, en fait de passes magnétiques, rien ne vaut quelques rondelles de saucisson, arrosées de picolo. Ça vous éclaire l’intellect et ça surexcite bougrement le don de double vue.

Ah foutre, les types ont été de mon avis ! Or donc, on s’est attablé illico et on s’est calé les joues joyeusement. Un vrai gueuleton de sardine à poil ! Quand ma bonne femme a été à point, qu’elle a eu les yeux brillants et les pommettes rosées, j’ai commencé à lui tirer les vers du nez.

— Maintenant, ma fille, faut me jaspiner ce qui arrivera après-demain ?

— Ce qui vous arrivera à vous ?

— Non, pas à moi en particulier ; que je dévisse ma rampe ou que je devienne aussi vieux que Mathieu-Salé, ça ne tire pas à conséquence. Ce qu’il faut me dire c’est ce qu’il adviendra du populo ? Sera-t-il toujours aussi poire qu’actuellement ? Courbera-t-il toujours l’échine devant les capitalos et les gouvernants ?

— Ah, petit père, vous êtes rien curieux ! Enfin, je vais tâcher de vous satisfaire… Ce qui arrivera ?… Ah, y aura bien du changement : je vois des bouillonnements… ça a l’air d’être formidable, mais c’est tout trouble. Quel gâchis ! Tout croule, y a une débâcle faramineuse… Puis, voici le calme qui vient, — combien de temps met-il à s’amener ? Je peux pas le dire… Oh mais, que c’est bouleversé ! Ça a une toute autre physionomie… Y a plus mèche de s’y reconnaître.

Je vois une ville épatante, c’est Paris, mais rudement changé d’aspect ! Les maisons ne sont plus des cages à mouches, y a de l’air et de l’espace. En outre, de droite, de gauche, partout des arbres assainissent le patelin.

Dans les rues, ni sergots ni gendarmes ; rien qui rappelle cette engeance policière qui gêne la circulation. Et tout n’en va que mieux : voitures, tramways, vélos et guimbardes de toute sorte circulent sans anicroches. Y a pas de bousculades ni tamponnages, par la simple raison qu’on n’est plus aussi pressés que des lavements : n’étant pas à l’heure et à la minute, on prend son temps pour arriver sans encombre. «Faire vite !» est une dégoûtante invention bourgeoise. Aussi, aux angles des rues, le croisement s’opère sans embrouillamini. Quant aux piétons, chacun prend son chemin comme il veut : on se range, on cède le trottoir à une vieille personne, à un gosse.

— Ma fille, que j’interviens, ce que tu dégoises n’est pas nouveau pour bibi : si aux grands boulevards les sergots font de l’encombrement, sous prétexte de régulariser la circulation, je sais un endroit où les pattes bottées de ces sales bêtes n’ont que faire : c’est aux Halles. Et pourtant, là on va vite, on est archi-pressés ; quoique ça, y a pas d’avaros grâce à l’absence des autorités. Tous les matins, y a du monde en quantité, on est serrés comme des sardines en baril. Malgré ça, y a presque jamais de grabuge ; chacun s’aligne comme il veut, comme il peut, sans faire de mistoufles à son voisin. Et pourtant, des grands types circulent dans la foule avec d’énormes paniers sur la tête, d’autres avec des sacs sur le dos : on se range devant eux et tout est dit. De police, on n’en voit pas. Notre sale gouvernement, malgré son dada de brider quand même le populo, n’a pu arriver à régler la marche de chacun, — il est donc forcé de laisser faire.

— Oui, père Peinard, déjà de ci et de là, dans la Société actuelle on reluque des exemples de ce qui se passera dans la Société libre… telle que celle que j’aperçois dans l’avenir… C’est kif-kif les taches de phylloxéra dans les vignes, — avec ce distinguo que les «taches» reluquées dans la pourriture où nous croupissons sont signes de prochaine santé sociale, et non de décrépitude.

Ah, qu’il fera bon vivre dans une société libre ! Si vous pouviez admirer les trognes réjouies du populo vous seriez convaincus subito. Les gueules misérables de rachitiques, de scrofuleux, d’anémiques, de tuberculeux sont des raretés qui disparaissent au fur et à mesure qu’on s’éloigne du passé.

Les purotins sont inconnus : personne n’a de ripatons faisant risette au ruisseau ni des grimpants aérés aux fesses : tout le monde a des frusques potables ; non des vêtements de gommeux, mais des nippes commodes et étoffées.

Ce serait idiot de dire que tout le monde rigole, seulement on lit sur les physionomies que tous les enquiquinements de l’ancien temps sont de sortie. Chacun va à sa besogne, sans crainte de tomber sur un patron canulant qui le saque illico, — pour cette bonne raison que les patrons n’existent plus.

— Oui, je comprends ! Ces gens-là ne trottent pas après un déjeuner ; ils vont à l’atelier avec le même plaisir que nous allons chez le bistrot ; on s’est aligné pour rendre le travail agréable… Par exemple, ce que je voudrais savoir c’est s’ils ont toujours un gouvernement sur le râble ?

— Cette mécanique est inconnue dans le patelin : il n’y a que trois choses réelles dans la société. La production, la circulation, la consommation. Rien de tout cela n’étant du ressort de l’État, on se passe de lui, comme on se passe de mettre cinq roues aux carosses. On s’est enfin aperçu que sous prétexte de protection, l’État faisait son métier de marlou et qu’il vivait simplement aux crochets du populo, se contentant d’être le gendarme des capitalos. On l’a donc envoyé à la balançoire ! Malgré ça, ceux qui aiment à comparer au corps humain l’ensemble de la Société y trouveraient encore leur compte : les chemins de fer et toutes les voies circulatoires par où vont et viennent les victuailles font les fonctions d’artères et de veines ; quant aux nerfs, un treillis télégraphique et téléphonique en tient lieu ; le poste central fait la besogne du cerveau, reçoit les nouvelles et les transmet où besoin est.

La rapidité des communications rend facile l’équilibre entre la production et la consommation.

Et d’abord, pour la ville elle-même, les dépôts de quartier : boulangeries, boucheries, poissonneries, et magasins divers font connaître leurs besoins ; les demandes sont transmises aux groupes producteurs qui, sans retard, répondent aux demandes, disent les quantités qu’ils peuvent livrer.

Des diverses villes, des centres de production agricole et industrielle arrivent aussi d’identiques renseignements : «Nous manquons de ceci… nous avons tant de cela à la disposition…»

Toute notion de valeur étant éliminée, les échanges se font librement : les produits sont transportés où besoin est, sans achat ou vente, sans monnaie ni bon de travail. Les expéditeurs n’exigent aucune quittance de leur envoi, ne s’inquiètent pas si l’agglomération à qui ils sont expédiés leur donnera en compensation tels ou tels produits : ils savent qu’il y a réciprocité et qu’ils n’ont, eux aussi, qu’à téléphoner pour que leur arrive ce qui leur manque.

Et ça, sans hiérarchie, sans fonctionnarisme, sans bureaucratie d’aucune sorte : les bureaux de téléphone ne sont que des appareils enregistreurs, sans un brin d’autorité.

Ce qui est plus bath, c’est que le conseil municipal lui-même a été mis au rencard : on a reconnu que cette administrance était aussi un gouvernement, ayant sa police, ses larbins, faisant la pluie et le beau temps et se foutant du populo comme un poisson d’une pomme.

Et les travaux de voirie, d’assainissement et d’embellissement se sont rudement développés depuis lors. Le conseil municipal chargeait de ça des sociétés financières. En retour, on lui foutait des pots-de-vin par le travers de la gueule et pour faire croire à leur utilité les sacrés conseillers se remuaient, bavassaient et braillaient, faisant plus de potin et autant de besogne qu’une mouche dans une bouteille. Quant aux travaux, les sociétés de capitalistes les faisaient accomplir par des ouvriers.

Ça faisait deux superpositions de rouages ; on a supprimé l’inutile : les conseillers municipaux et les sociétés financières. Y a donc que ça de changé : comme dans le temps passé les travaux continuent de se faire par les ouvriers de la corporation, avec cette différence que leur turbin est vraiment d’utilité et leur profite à eux, en même temps qu’aux autres.

L’Échalas qui, jusqu’alors n’avait pas plus bougé qu’une bûche, mis son grain de sel dans la conversation. Il avait une démangeaison de langue d’autant plus forte que le jaspinage de sa copine dérangeait tous ses préjugés.

Il faut tout de même des impôts pour ces travaux ? Où les pêchent les ostrogoths dont tu parles ?

— Eh le bougre, ce que t’entends est nouveau pour toi, que je fais, ça te gargouille dans le siphon. Bast, avec la réflexion, tu comprendras. Pour ce qui est de ta question, je vais te faire saisir le coup : supposons une route ou un pont à construire. Tu veux que par l’impôt chacun y contribue ?

— Parfaitement !

— Or, pour faire la répartition, puis son prélèvement, faut des employés ; ayant besoin de bouffer, il est tout naturel qu’ils prennent leur nécessaire sur l’impôt qu’ils lèvent, si bien que le populo n’a plus un impôt mais deux à casquer : le premier, pour la route ou le pont, le second pour donner la pâtée aux collecteurs… Passons ; une fois l’impôt encaissé, à quoi l’emploie-t-on ?

— Comprends pas bien !… On l’emploie à acheter les matières premières, à payer les ouvriers, etc…

— T’as bien compris, foutre ! On se sert de l’impôt pour se procurer les matières premières et tout le nécessaire… Eh bien, suppose qu’au lieu d’aller chercher midi à quatorze heures, on ait demandé illico au populo les matières premières et tous les trucs indispensables, on se serait évité la canulerie de l’impôt et on n’aurait pas eu à nourrir pour une besogne inutile la trifouillée de collecteurs… C’est ce que font les ostrogoths dont nous parle ta copine, — ce qui prouve qu’ils ne sont plus aussi niguedouilles que nous.

Oui, oui, c’est beau ce que tu dis, vieux ; mais les travaux dégoûtants, tels que le nettoyage des rues, la vidange, qui fait tout ça ? C’est bibi qui aurait les pieds nickelés et qui, pour rien au monde, ne voudrait s’embarbouiller là-dedans… et je ne suis pas le seul !

— T’as raison, frangin, réplique la somnambule. Certes, si c’était aussi dégueulasse que dans la vieille France, ça serait vraiment mouche et personne ne marcherait. Heureusement, ça a changé ! Y a plus de sales corvées. Après le grand coup de Trafalgar, qui a aéré la société, c’est à quoi on a d’abord songé ; et il le fallait bien, à moins de crever dans la pourriture. Car, vraiment, fallait un sacré courage et être sous le joug de la terrible nécessité pour se résoudre à barbotter dans la mouscaille des autres.

Comme le jour où les gars ont été libres, personne n’en pinçait pour ces sales farfouillages, des chics types se sont mis la caboche à l’envers pour trouver des trucs. Et ils ont trouvé !

Les égouts ne sont plus les dégoûtantes taupinières d’autrefois, ils sont larges, bien combinés, et toutes les marchandises dégoulinent dedans. Grâce à ces binaises épatantes, ça ne pue pas plus que dans un jardin fleuri. De là, par des machines puissantes, toutes les salopises sont refoulées dans de vastes réservoirs. Là encore, ça ne fouette pas ! Grâce à l’électricité qu’on fait continuellement circuler dans toutes ces cochonneries, toute mauvaise odeur a disparu. Puis, par des trucs chimiques, on fait tomber tout ce qui est solide au fond des réservoirs ; l’eau sort claire et pure, et par une canalisation s’en va à la mer.

Quant à la marchandise solide, qui ensuite n’est pas plus sale à tripoter que de la terre, des machines cureuses l’enlèvent des réservoirs, et, comme elle n’a pas perdu ses propriétés de fumier, on trimballe tout ça dans les champs où ça aide chouettement les récoltes à pousser.

— Sache donc, l’Échalas, que ce que raconte la copine pourrait être pratiqué aujourd’hui, si les bourgeois y trouvaient profit : en effet le truc électrique pour désampuanter les ordures et le bouillon des égouts est trouvé depuis des années, — y a qu’à l’appliquer.

Causer engendre la soif. On s’est donc reposé en cassant le cou à un litron :

Ce qu’il doit y avoir des tireurs à cul et des flemmards, dans ton pays de rêve, objecte l’Échalas au bout d’un moment.

— Oh, que tu es bien de ton époque ! réplique la somnambule. Tu es farci du préjugé bourgeois en vertu duquel, plus on est fainéant, moins on travaille, plus on est considéré. Que sont les richards, sinon une bande de feignasses.

Eh bien, sache que la paresse est un produit de la Société bourgeoise, qui disparaît là où il y a liberté. Si dans les ateliers et les usines capitalistes, il y a des prolos qui ne veulent pas en foutre une datte, c’est très compréhensible : le travail leur est imposé et la plupart du temps, le métier qu’il leur faut faire les dégoûte.

Dans la Société de l’avenir, il n’en est plus ainsi : de même qu’il ne vient à aucun l’idée de se passer de manger, de même personne ne songe à se passer de travailler ou de penser. C’est pour tous un besoin naturel : il est aussi nécessaire de faire fonctionner ses bras, que son cerveau ou son ventre. Et on a d’autant plus d’entrain et d’activité qu’on va aux travaux qu’on gobe et qu’on s’y adonne suivant ses forces, — de même qu’on mange des plats qu’on aime et à son appétit. Le pire des maboulismes est de vouloir courber tout le monde sous un joug uniforme : travail égal ! nourriture égale ! Les uns attrapent des indigestions de mangeailles, les autres des indigestions de travail. Laissez donc l’individu se rationner lui-même en tout et pour tout.

C’est ce qu’on fait dans la Société de l’avenir, — et ça donne de mirobolants résultats !

Y a plus la division bêtasse de travailleur manuel et de travailleur intellectuel, pas même celle d’ouvrier d’industrie et d’ouvrier des champs. Chacun est l’un et l’autre à son gré, suivant sa fantaisie.

La production industrielle se fait dans de grandes usines, de vastes ateliers, où le machinisme a acquis un développement fantastique. L’homme n’est plus l’esclave de la machine mais bien son surveillant : tout est combiné pour éluder la fatigue physique et l’enkylosement des membres.

Et ce qu’on débite de production est inimaginable ! Quelques centaines de tailleurs, travaillant trois ou quatre heures par jour, suffisent à frusquer, pour leur année, 100,000 individus. Il faut encore moins de cordonniers pour chausser le même nombre d’hommes. Et ainsi est-il dans toutes les branches de l’activité humaine.

L’agriculture, elle aussi, a fait des progrès mirobolants ! Les paysans ne sont plus ces malheureux types, plus rapprochés de la bête de somme que de l’homme qui, dès le soleil levé jusqu’à son coucher, trimaient terriblement, l’échine ployée sur la terre, tellement ployée que, devenus vieux, ils restaient pliés, le dos en cerceau, la tête en bas.

Tout ce qui entravait la culture a été fichu en l’air : les clôtures, les murs, les haies O, qui encerclaient les lopins de terre des paysans ont été fichus en bas ou arrachés. La terre est ainsi devenue indivise et grâce à la disparition de toutes les sangsues qui dégorgeaient le cultivateur (prêteurs d’argent, propriétaires fonciers, percepteurs, etc.) on s’est aligné, pour lui faire rendre le plus possible.

Dès l’abord, quantité de cul-terreux ne voulaient rien savoir : ils ne voulurent pas mettre leurs terres en commun et continuèrent à les cultiver individuellement. On les laissa faire ! La grande culture fut donc réservée aux gros domaines des richards et des couvents évanouis. Là, des paysans à la hauteur mirent en pratique les machines agricoles, les engrais chimiques et autres fourbis. Le résultat fut splendide : grosses récoltes avec peu de turbin.

L’exemple amadoua les voisins et, d’eux-mêmes, ils demandèrent à ajouter leurs lopins aux terres communales.

Y a encore quelques grognons qui restent parqués sur leurs maigres lopins, mais comme ils ne gênent personne et que personne ne veut porter atteinte à leur liberté, on les laisse bibelotter à leur guise.

Ce qui est galbeux, c’est quand vient la saison des grandes récoltes, de la fenaison, de la moisson, des vendanges. Dans ces moments, les bons bougres des villes émigrent en caravane à la campagne, histoire de donner un coup de main aux paysans, et aussi de se mettre au vert.

Grâce aux faneuses, aux moissonneuses et aux batteuses, tant électriques qu’à vapeur, le turbin autrefois si rude de la fenaison et de la moisson s’accomplit en douce : c’est une jubilation générale et une occase de fêtes.

De même pour les vendanges : y a de l’entrain, c’est des rigolades à n’en plus finir… Copains et copines se barbouillent le museau de raisin et se becquottent avec amour.

Dans les mines, de même que partout, l’amélioration est faramineuse : les galeries sont larges et aérées, les mineurs ne font plus concurrence aux taupes, à gratter à plat ventre ou sur le dos, toujours risquant les coups de grisou. Des machines perforeuses arrachent le charbon, d’autres le chargent sur les bennes et les mineurs ne sont là que pour surveiller les esclaves mécaniques.

Dans les hauts-fourneaux, de même que dans les verreries, grâce à l’électricité, on fond les métaux et le verre sans que les ouvriers qui s’occupent de ce turbin soient cuits par la chaleur. Grâce à de chouettes binaises, tout s’accomplit sans grands fracas ni esquintements pour les travailleurs.

Plus que tout ça encore, sont belles à voir les colossales entreprises qui exigent l’activité de milliers et de milliers d’hommes : constructions de chemins de fer, creusements de canaux ou autres fourbis gigantesques.

Des gas à la hauteur ont mis la chose en train, ont fait de la propagande autour de leur idée, par des conférences ou des publications distribuées gratuitement. Puis, quand l’approbation leur vient, on passe à la mise en pratique : de tous côtés, les chemins de fer amènent des volontaires, des victuailles et des matériaux, — on s’attelle librement au turbin et ça ronfle ferme !

— Pardine, que j’interviens, la manigance n’est pas nouvelle : c’est grâce à des joints pareils, initiative et coopération volontaire, que dans l’époque de cafarderie du Moyen-Age, se sont construites les cathédrales.

Oui, on les a construites sans emprunts, ni sociétés financières. Et c’est du beau turbin, c’est solide !

Un noyau de bougres intelligents, farcis d’initiative, accouchaient des plans, s’alignaient pour le bon ordre des travaux, «organisaient» le fourbi.

Puis, de tous côtés, s’amenaient des volontaires qui, pour quinze jours, un mois, six mois, — aussi bien riches que pauvres, — s’attelaient librement au turbin, si dur qu’il fût. Ceux-là partis, d’autres rappliquaient en foule. Et ça faisait le va-et-vient : les volontaires ne manquaient jamais !

Pour faire croûter cette fourmilière, des villes environnantes, des petiots villages lointains, d’autres volontaires envoyaient des montagnes de mangeaille, des tonneaux de picolo.

Ça ronflait ! Le trimballage des pierres énormes, le gâchage du mortier, tout le diable et son train s’accomplissaient en douce. Pour se reposer on chantait des cantiques, on pinçait un rigodon.

Et la cathédrale montait, montait !…

Finie, elle ne devait rien à personne : elle était l’œuvre des générations vivantes qui n’avaient pas, — comme dans notre société aussi crapuleuse qu’imbécile, — pour se payer une fantaisie, endetté les générations à venir.

Cet emballement qui a fait les cathédrales reviendra. Qu’on ait de la liberté, qu’on respire à pleins poumons, et vous verrez ce que la vie sera galbeuse à vivre.

La cathédrale a été une déception : elle a douché les enthousiasmes. En les édifiant, les populos avaient eu l’illusion de se sauver du malheur — mensonge !

Mais, demain — quand on aura ses coudées franches — les emballement refleuriront.

On ne refoulera pas aux gigantesques besognes : on y aura d’autant plus d’entrain qu’on en verra l’utilité, le bon côté immédiat.

Aussi, ma fille, ce que tu jaspines ne m’épate pas : c’est ainsi que ça doit se passer dans la société harmonique que tu as la veine d’entrevoir dans le bleu de l’avenir.

— Crédieu, quel beau gâchis, si dans ce monde-là y a ni lois, ni gendarmes, ni juges !

C’était encore l’Échalas qui lâchait sa bonde.

— Où as-tu vu, je lui réponds, les types dont tu parles empêcher un crime ? Ils arrivent comme les corbeaux après la bataille, quand tout est fini : ils reniflent dans tous les coins et, de même qu’un clou chasse l’autre, pour faire oublier le crime commis, ils en perpètrent un second : au nom de la loi on tue le coupable (plus malheureux que coupable) ou, suivant les cas, on se contente de lui enlever sa liberté, — crime presque aussi grand que de lui enlever la vie.

Et cette préservation qui n’en est pas une nous coûte rudement chérot ! On sue des millions tous les ans pour engraisser toute la racaille justiciarde. A bien voir, c’est nous les dindons : les chats-fourrés et leurs copains nous montent le job avec leur prétendue fonction de préservation sociale, — leur métier consiste uniquement à protéger les richards contre le populo, — voilà le vrai !

Mais ce n’est pas tout : il s’agit de savoir pourquoi il y a des criminels ?

En reluquant autour de soi, on constate que dans la catégorie des crimes, c’est ceux contre la propriété qui dominent : des roublards barbottent pour faire concurrence aux bourgeois et vivre à ne rien fiche ; d’autres surinent pour voler, etc. Sur dix crimes ou délits, neuf ont pour cause la propriété.

Donc, une fois le puant distinguo du tien et du mien mis au rancard ; quand chacun aura sous la main et sous la dent l’existence assurée, pourquoi diable un type se servirait-il du surin ou de la pince-monseigneur ?

Reste le dixième crime : celui-là est commis par un fou ou un type surexcité par la passion.

— Ces crimes-là, eux-mêmes, père Peinard, intervient la somnambule, sont en décroissance dans la Société harmonique :

Parlons d’abord de la folie, — y a plus guère de maboules et leur nombre va toujours en diminuant.

Les pauvres bougres sont soignés dans de vastes maisons de santé, chouettement aménagées. C’est pour ainsi dire des maisons de verre, tellement tout s’y passe au grand jour : y pénètre qui veut. D’ailleurs, y a pas de séquestrations arbitraires ; c’était bon autrefois : alors la gouvernance faisait boucler les types qui la gênaient ; des richards graissaient la patte aux médecins qui, moyennant finances, déclaraient fou un parent gêneur… Mais dans une société où il n’y a ni gouvernance ni propriété, personne n’a intérêt à commettre semblables crapuleries.

Au surplus, il est rare qu’au bout d’un certain temps, les malheureux soignés dans ces maisons n’en sortent pas complètement guéris.

Il en est des hommes comme des chiens : il est reconnu que chez les cabots, la rage est occasionnée surtout par la contrainte qu’on leur impose. La preuve en est qu’à Constantinople, où les chiens vivent par bandes dans les rues, sans maîtres, y a jamais de cas de rage, malgré la chaleur faramineuse.

De même la folie humaine est un résultat de l’autorité et de l’exploitation ; la surexcitation, l’angoisse, sont le lot de tous dans une société où, au lieu de s’harmoniser, les efforts se font une concurrence féroce et stupide ; où, quand on n’est pas écrabouillé soi-même, on écrabouille toujours quelqu’un… Rien de drôle que la folie s’en suive !

Il est naturel aussi qu’une fois les causes anéanties, la maladie s’éclipse.

Quand aux crimes passionnels, eux-mêmes sont rudement à la baisse. Ils proviennent d’une sale conception : dans la société bourgeoise, où tout est la propriété de quelqu’un, la femme ne fait pas exception à la règle.

Dès qu’elle est en puissance de mari, le papa passe ses droits de proprio au type qui, dorénavant, la considère comme un ustensile appartenant à lui seul. Si quelqu’un y met un doigt, ça froisse ses sentiments de proprio : il grince des dents, voit rouge… et un crime passionnel s’ajoute à la liste !

Comme à tout, le seul remède à ces monstruosités est la liberté.

De même, ce qu’on ne voit plus, c’est des jeunesses se suicider par amour : quand les enfants étaient la propriété des parents, défense leur était faite d’avoir des amourettes selon leur cœur ; l’intérêt de la famille primait tout. Aussi le résultat était propre : à chaque instant, des pauvres gosses, tout débordants de vie s’escoffiaient pour échapper à l’autorité familiale.

Maintenant toutes entraves sont éliminées et ils s’épanouissent en liberté.

Dans la société harmonique, tout ce qui est vivant est autonome : les choses manufacturées, résultats des efforts musculaires et cérébraux, ou les productions de la nature, appartiennent à tous et à chacun. Nul ne s’en dispute la jouissance, l’abondance rendant les querelles inutiles.

Il n’en est pas de même de l’être humain, il s’appartient ! A aucun moment de son existence nul n’a de droit sur sa personnalité ; même tout petiot, nul ne songe à faire peser sa volonté sur lui.

Le respect que chacun a pour son semblable a modifié de riche façon les rapports et les relations.

Ainsi, en amour, on ne conçoit rien en dehors de la liberté : il ne vient à l’idée d’aucun ou d’aucune d’imposer ses baisers à qui les refuse. Les relations sexuelles ne sont plus un dégoûtant marchandage, une prostitution légale, sous forme de mariage : nulle arrière-pensée d’intérêt mesquin ne trouble les cœurs, aussi la franchise est entière. Ceux qui s’aiment n’ont d’avis à demander à personne, aucun ne s’offusque ou ne s’étonne de leurs actes : les amoureux n’engagent qu’eux, — et se dégagent aussi à leur gré.

Tous les préjugés sur l’amour s’étant tureflutés, querelles familiales, jalousies, déceptions et brutalités ont disparu aussi.

En outre, la femme s’est élevée, autant intellectuellement que moralement. L’instruction intégrale, commune aux deux sexes, a élargi son cerveau et lui a donné une confiance en elle qui la rend bougrement différente des petites guenons bourgeoises.

Elle est réellement devenue l’égale de l’homme ; aussi, dans bien des cas, elle prend part à ses travaux. Ce qu’il y a de rupin, c’est qu’en s’élevant cérébralement, elle n’a perdu aucune de ses qualités féminines et qu’elle a, au contraire, gagné en beauté.

D’autre part, elle s’est émancipée matériellement : elle n’est plus le souillon toujours en train de récurer des casseroles ou de ravauder des chaussettes. elle n’a plus voulu se soumettre à cet esclavage et elle a eu raison.

Ici encore on a tourné la difficulté par des découvertes galbeuses : la cuisine se fait à l’électricité, conséquemment y a plus de casseroles à récurer ; y a plus de détritus, ni de cendres, non plus que de fourneaux à faire reluire.

Ceux qui en pincent pour faire la popotte chez eux n’ont donc pas de gros tintouins : ils n’ont qu’à tourner un robinet électrique et ils ont de la chaleur à gogo.

Pour ce qui est de la vaisselle, on l’expédie dans les lavoirs spéciaux où fonctionne une mécanique, inventée depuis belle lurette, qui la lave sans arias.

Au surplus, les habitudes sont sont modifiées grandement : la plupart du temps on boulotte dans les restaurants, soit dans des salles communes, soit dans des chambres séparées. La cuisine y est faite chouettement, — elle y est sûrement meilleure que chez les bistrots les plus huppés de la vieille société bourgeoise.

Alors, s’exclame l’Échalas, on s’en va briffer là-dedans au grand œil ? suffit d’entrer, de s’asseoir et de commander pour être servi. C’est bath aux pommes ! Seulement, mince de chamailleries qu’il doit y avoir : comment fait-on pour répartir les meilleurs morceaux, les perdreaux, les poulets et les truffes… Tout le monde doit en vouloir.

— Eh non ! pas autant que tu crois. Y a des choses dont on mange peu et non beaucoup ; puis il y a la diversité de goûts qui fait l’harmonie ; aujourd’hui même, y a des gars qui préfèrent un bifteck à un perdreau.

Non mon cher, on ne se dispute ni les perdreaux, ni les truffes, ni les poulets. Ce qui te fait supposer ça, c’est que tu en es privé. C’est l’histoire des gosses qui entrent en apprentissage chez un pâtissier : la première semaine, ils s’empiffrent de gâteaux à s’en faire péter. Au bout de huit jours, ils sont rassasiés et n’y font pas plus attention qu’à une croûte de pain.

C’est kif-kif dans la Société de l’avenir.

Il faut d’ailleurs ajouter que le gibier lui-même, est assez en abondance pour satisfaire les envies passagères : on en a fait l’élevage en grand et, tout en le domestiquant, on a trouvé le moyen de lui garder tout son parfum, de manière à contenter les gourmets les plus tatillons.

Quant aux truffes qui te semblent un luxe épatant, on les fait pousser aussi sans grands frais et en quantités.

Et puis, si tu arrives dans un restaurant, même aujourd’hui, que tu demandes un perdreau et qu’on te dise : «il y en a plus, votre voisin mange le dernier…» tu ne vas pas sauter à la gorge du type, et lui bouffer son perdreau, — tu demandes autre chose. A plus forte raison en est-il de même dans la société harmonienne où les mœurs sont autrement douces qu’actuellement.

Les habitations peuvent être classées en deux grandes catégories : les maisonnettes, avec jardin à l’entour, où logent un groupe d’amis ou une famille. Tout le confortable possible y est empilé : eau froide, eau chaude, salle de bains, lumière, chaleur, téléphone, jusqu’à des tubes pneumatiques, par où sont expédiées des provisions d’un volume pas trop énorme.

Dans ces chalets perchent ceux qui en pincent pour le «chez soi».

D’autres habitations, en rapport avec des habitudes moins casanières, ont une vague ressemblance avec les «six étages» bourgeois, — ressemblance simplement extérieure, car à l’intérieur les chambres sont vastes et le plafond en est élevé. Puis, y a pas d’escalade à faire : les ascenseurs sont là pour vous monter et vous descendre.

Dans ces hôtels logent ceux que l’existence de famille ou de groupe ne botte pas ; leur vie est plus individuelle, car ils n’ont pas à s’occuper des menus soins de ménage auquel il faut faire face dans le premier genre d’habitations.

Inutile de dire que la domesticité y est dans le seau : y a plus de larbins ! On se rend des services mutuels, sans attacher la moindre idée d’infériorité à tel ou tel travail : c’est un échange continuel de bons procédés, — maintenant on rend service aux autres : tout à l’heure c’est eux qui vous rendront service.

Ça a rudement simplifié la vie : on ne voit plus de ces pimbêches, kif-kif les poufiasses de la haute, passer leur journée à se bichonner, se faire coiffer, essayer des toilettes gondolantes. Les relations ont une simplicité galbeuse qui ensoleille l’existence.

Cette disparition du désœuvrement bourgeois a donné un rude élan à la vie artistique et intellectuelle. Il n’y a pas d’individu qui, outre une profession manuelle l’occupant quelques heures, ne s’adonne avec passion à une œuvre artistique.

Sur les théâtres, magnifiquement aménagés, des troupes d’acteurs volontaires jouent des pièces démouchetées.

De beaux bouquins, admirables comme impression, sont édités par des groupes, — toujours recrutés par affinité.

Des peintres qui, autrefois, n’auraient pas eu les moyens de se développer, donnent un libre essor à leurs aptitudes et accouchent de peintures mirobolantes. L’art officiel étant crevé avec son protecteur l’autorité, leur initiative n’est pas gênée dans les entournures par le respect du passé ou étouffée par l’enseignement des écoles.

En toutes les branches le goût s’affine, et le niveau cérébral s’élève bougrement.

Là où l’individu seul ne peut parvenir à créer son œuvre, il s’associe à d’autres et de ces groupements sortent de chouettes bricoles.

Ainsi ont été fouillées et sculptées les pierres des monuments et couvertes de lumineuses décorations toutes les surfaces libres : aussi bien les murs des salles d’attente des gares que ceux des restaurants et des grands halls de réunion.

C’est ça qui est rupin, les réunions ! Y en a partout et sur tout : littérature, sciences, art, améliorations sociales, etc. Chacun grimpe à la tribune et jaspine son avis en toute liberté : y a naturellement pas de président qui lui coupe la chique. Ceux qui prennent la parole dégoisent leur boniment sans magnes ni flaflas : comme y a pas d’assiette au beurre où mettre un doigt, ils se bornent à expliquer clairement leur idée, sans chercher à fiche de la poudre dans les yeux des auditeurs.

C’est dans les réunions que les idées nouvelles sont d’abord émises. Celui qui lance une idoche dans la circulation se grouille pour grouper autour de lui des frangins qui l’approuvent. Quand il y a un noyau assez important, les gars passent à un autre genre d’exercice : ils publient sur la question des brochures, des journaux, des placards dont ils inondent le patelin.

Si l’idée est chouette, elle fait son chemin et dès que le demi-quarteron d’initiateurs a fait assez de recrues, on s’attèle à sa réalisation. Comme y a pas d’intérêts en opposition, les résistances qui se mettent en travers d’une application nouvelle sont minimes. En tous cas, jamais la majorité ne coupe la chique à la minorité, — on ne connaît plus ces sales divisions ! Du moment qu’un groupe — ne fût-il composé que de trois pelés et d’un tondu, — a quelque chose dans le ciboulot, ceux qui ne marchent pas avec pourront leur refuser aide et appui, mais jamais ils ne seront assez maboules pour leur foutre des bâtons dans les jambes.

— Fort bien ! Tu nous jactes ça en douce. Mais les loupiots ? Je voudrais bien savoir s’ils poussent kif-kif les champignons, avec un alignement social de ce calibre ? interroge l’Échalas.

— Tu t’imagines peut-être qu’on les laisse à l’abandon et que personne ne veut s’en occuper. Que tu es cruche !

Jamais les gosses n’ont eu autant de caresses que dans la société harmonique et ça se comprend : quand ils s’amènent, aucune arrière-pensée ne refroidit la joie de leur naissance : ils ne sont jamais une charge, car les bouches nouvelles ne rognent la part de personne.

Lorsque le môme sort de sa coquille, c’est habituellement la mère qui le nourrit, secondée par des trifouillées de copines ; si la maternité ne lui dit pas, on ne lui jette pas la pierre, et l’enfant n’est pas privé de soins pour cela : il ne manque pas de bonnes femmes qui sont le contraire de ces mères insouciantes et qui ont l’instinct de la maternité rudement développé : elles se chargent du petiot et il est cajolé et dorlotté, je vous dis que ça !

Quand l’enfant tient sur ses quilles, son éducation commence. Oh ! mais, instruction et éducation n’ont rien de commun avec la dégoûtation baptisée «instruction obligatoire» par la république bourgeoise. Au lieu de chercher à gaver l’enfant, à l’empiffrer de récitations qu’il ne comprend pas, on s’occupe d’éveiller son intelligence, de l’apprendre à penser et à réfléchir.

C’est d’abord dans les «jardins d’enfants» (un truc appliqué depuis belle lurette en Allemagne) qu’il s’instruit tout en s’amusant.

Plus tard, les deux sexes toujours élevés en commun, c’est mutuellement que les jeunes gens s’instruisent ; quand une question vient sur le tapis, il la discutent et l’approfondissent, le plus ferré sur le sujet expliquant le fourbi. quant à celui qui fait les fonctions de professeur, il n’est pour les élèves qu’un ami plus âgé se bornant à élucider un point obscur, à le faire mieux concevoir, — mais jamais il ne se targue de son savoir, jamais il ne fait acte d’autorité, jamais n’ordonne ou n’impose une leçon ou un devoir.

— Ah bien, ce que les gosses doivent être teignes ! s’exclame l’Échalas.

— Encore une erreur ! N’ayant pas de contrainte, n’ayant aucune règle à enfreindre, les gosses ne sont plus les polissons que tu crois. ils n’ont plus cette méchanceté hargneuse qui les portait à faire de mauvaises niches et à torturer les faibles, — se vengeant ainsi de toutes les mistoufles qu’on leur faisait endurer.

Ils sont joyeux, turbulents, mais ils ont de grands espaces à eux et leurs rigolades ne gênent personne.

Quand ils sont dans les salles d’étude, ils discutent, — c’est fort bien. L’envie leur vient d’aller se promener ou jouer, — c’est encore bien. On considérerait comme un crime de gâter les pures joies de leur premier âge par des interdictions aussi idiotes qu’inutiles…

Ah, mes amis, je vois encore des tapées de choses… Mais, tout vous dégoiser est impossible… Et puis, j’en peux plus, je suis lasse…

— Bois un coup, ma fille, ça te remettra le cœur en place !

Au fait, la somnambule n’avait pas tort d’être éreintée ; ç’eût été mufle de la cramponner davantage.

— Tonnerre, tu nous as rudement tourneboulé avec ton histoire, réplique l’Échalas, en reposant son verre qu’il venait de siffler d’une goulée. Seulement, hélas, y a un sacré cheveu : on ne verra pas ça !

— Heu, heu, qu’en sait-on ? Qui peut dire ce que nous réserve demain ? Ecoutez, faut jamais désespérer du temps présent : si avachi, si loin de toute grande pensée que semble le populo, faut pas croire qu’il est vidé et qu’il n’a plus rien dans les tripes. Tous les jours du sang nouveau vient vivifier l’humanité ; tous les jours de nouvelles générations poussent.

Ne désespérons pas !

Tenez, un exemple : en 1783, peu avant sa mort, un bougre rudement épatant, Diderot, découragé, écœuré de voir que la pourriture montait, gangrenant de plus en plus la France, prédisait la putréfaction complète : pour lui c’était un peuple foutu !

Eh bien ! six ans après, ce peuple que Diderot avait cru masturbé, fini, vidé pour toujours, fichait la Bastille en bas, et, continuant le mouvement, faisait valser les aristos et coupait le cou au roi…

Ne désespérons pas !

Sur ce, buvons une dernière verrée à la santé de cette société galbeuse que la frangine a reluqué dans le lointain… Buvons à sa prochaine venue !…

Et maintenant, je vous plaque !

Quand j’eus dévalé de la roulotte, il était bougrement tard ; la fête était bouclée, on n’entendait sur les trottoirs que les bottes des flicards se traînaillant à la recherche d’un bistrot entr’ouvert, — pour se faire rincer.

La tête farcie de tout ce que je venais d’entendre, je me suis rentré dans ma tanière, — et toujours me revenait la question :

«Quand ça viendra-t-il ?… Quand ça viendra-t-il ?…»

Résistance au colonialisme: mémorandum sur la continuité du génocide au Canada, un appel international par le TICEE

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A lire en complément d’information pour mieux comprendre les dessous historiques de toute cette affaire du génocide documenté des  peuples et nations autochtones dans l’entité coloniale de la « couronne britannique » alias la City de Londres appelée « Canada » depuis 1867:

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

Un_manifeste_indigène_taiaiake_alfred

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

La Grande Loi du Changement (Taiaiake Alfred)

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

~ Résistance 71 ~

 

Memorandum sur la continuité des crimes génocidaires au Canada et globalement : Appel à toutes les nations

Publié par le Directorat Central du Tribunal International contre les Crimes de l’Église et de l’État (TICEE), le 1er septembre 2017

Avec l’aval des anciens traditionnels des nations Anishinabe, Mohawk, Cree, Cowichan et Squamish du Canada

Ainsi que des affiliés du TICEE au Canada, Etats-Unis, Irlande, Angleterre, Italie, Serbie et Russie

Publié dans la ville de New York

Le 1er septembre 2017

Publié sous accord de droits d’auteur Common Cause Copyright

Ce mémorandum peut être reproduit, copié, cité ou présenté publiquement en partie ou en totalité à toute fin non lucrative, pourvu que la source et les auteurs soient dûment cités.

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

www.murderbydecree.com , www.itccs.org

1. Un plan ingénieux d’extermination des nations indigènes a été mis en place par le Vatican et la Couronne d’Angleterre, agissant au travers du gouvernement et des églises du Canada, depuis le 25 novembre 1910. (1) Ce plan fut activé et maintenu fonctionnel par la Couronne d’Angleterre et son bureau du Conseil Privé, ainsi que par les églises catholique, anglicane et unifiée du Canada, en collaboration avec la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) et les entreprises judiciaires et privées. En tant que plan de génocide délibéré soutenu par l’église, il a été modelé et connecté à des crimes similaires contre l’humanité perpétrés par le Vatican contre des peuples non catholiques à travers le monde.

2. Ce plan canadien a consisté en un programme d’état et de l’église pour un génocide systémique inter-générationnel fondé initialement sur le système des soi-disants pensionnats pour Indiens, créé sur un modèle jésuite et établi par ordre du conseil le 1er juillet 1920. (2) Ce système a tué plus de la moitié des enfants qui y ont été incarcérés, soient plus de 65 000 enfants. (3) Ce programme a aussi servi de tremplin pour une campagne générale d’extermination des tribus aborigènes non-assimilées ; une campagne qui continue aujourd’hui même. Le génocide est responsable de la dépopulation de plus de 95% des nations natives originelles, ce de manière prédominante sur la côte Ouest du Canada, ce qui représente le meurtre  d’entre un et deux millions de personnes en moins d’un siècle.

3. Alors que l’objectif général de ce génocide fut l’élimination de tous les peuples autochtones non-chrétiens, son but par association fut aussi l’extirpation des réseaux traditionnels de parenté et du système de gouvernance matriarcale des mères de clan, qui assurait le contrôle indigène des terres et des ressources. Ceci fut fait en éradiquant le système familial natif, plus spécifiquement les femmes vivant de manière traditionnelle et leurs enfants. Ce système familial traditionnel fut en fait effectivement détruit par le programme des pensionnats pour Indiens entre 1910 et 1996 de concert avec la grande majorité des langues indigènes et les bases territoriales traditionnelles.

4. Malgré l’estompage progressif dans le temps des pensionnats pour Indiens après 1970, ce plan génocidaire s’intensifia aux mains de différentes branches du gouvernment canadien et d’agences telles que celles gérées par l’église catholique en ce qui concern les adoptions et les familles d’accueil. Chaque niveau du gouvernement et de l’église au Canada a continué la destruction active des familles indigènes et de leur culture, ceci inclut l’assistance aux enfants et le système de tribunal familial que les conseils de bande aborigènes gèrent, eux-mêmes financés par le government. Les « chefs » de ces conseils ont joué un rôle clef dans l’éradication de toute autorité et de tout contrôle demeurant sur les territoires et ressources traditionnels ainsi que sur la répression de leur propre peuple. Ils le font et sont payés par le gouvernement canadien et des enterprises domestiques ainsi que pour fournir la ressource essentielle aux corporations multinationales en provenance des Etats-Unis, du Japon et de la Chine.

5. L’expulsion de toutes les tribus natives traditionnelles demeurant sur leurs terres de la côte Ouest est devenue plus urgente alors que le XXème siècle touchait à sa fin et que la demande du monde pour le bois, l’hydro-électricité, les minéraux et autres ressources naturelles de la Colombie Britannique (CB), s’intensifiait. En conséquence, la période s’étalant depuis 1900 a été témoin d’une rapide escalade de la violence contre les Indiens et un retour  aux méthodes violentes datant du début de la période coloniale. Dans les années 1990, un très grand nombre de familles aborigènes du nord de la CB commencèrent à disparaître aux mains d’escadrons de la mort officieux animés par des gendarmes de la GRC hors de leur service, par des policiers locaux, ainsi que des contractants tiers dont les services étaient loués par le gouvernement fédéral, ses hommes de paille aborigènes et des entreprises étrangères. (4)

6. A partir de 1995, lorsque le tout débutant TICEE fit campagne pour exposer au grand jour les crimes des pensionnats pour Indiens et que cela fit les manchettes des journaux et des médias canadiens, des histoires de disparition de familles autochtones proliféraient également. Ensemble, ces exposés provoquèrent une campagne de désinformation de la part de la GRC, faite pour embrouiller et cacher l’étendue et la nature de ces disparitions. Cette désinformation ne fut que partiellement réussie, et amena le gouvernement du Canada à prendre des mesures plus fermes afin d’effacer toute attention publique sur le génocide se perpétuant sur les familles autochtones. Il s’y employa grâce à la directive de cabinet gouvernemental secrète du 3 avril 1998. (5)

7, Cette directive du gouvernement libéral de Jean Chrétien fut lancée environ une semaine avant l’ouverture de la première enquête indépendante sur les crimes des pensionnats pour Indiens au Canada: la tribunal de l’IHRAAM qui se tint à Vancouver. (6) La directive consistait en un plan officiel de terreur d’état visant les activistes aborigènes, les survivants des pensionnats pour Indiens et notre campagne menée par celui qui allait devenir le secrétaire du TICEE pour l’Amérique du Nord, Kevin Annett, qui organisait le tribunal de l’IHRAAM. Le plan terroriste de Chrétien autorisait l’utilisation de “missions commandos secrètes”, des méthodes de surveillance illégales, des campagnes de diffamation, des troubles et violences contre Annett et les groupes ciblés, incluant l’élimination des individus ayant connaissance ou ayant des preuves des actes génocidaires perpétrés par les employés de l’état canadien et de l’église. Cette directive ministérielle n’a jamais été abrogée et a causé la mort d’au moins sept activistes aborigènes qui ont été assassinés par des gendarmes de la GRC depuis 1998, ceci incluant des membres de notre réseau. (7)

8. Cette directive ministérielle en question fut émise pour une mise en application par le gouvernement fédéral vers la division “E” de la GRC de Vancouver la première semaine du mois de juin 1998, comme ce fut mentionné, juste avant que la première enquête indépendante sur les crimes des pensionnats pour Indiens ne fut mise en place par Kevin Annett et un affilié de l’ONU, l’IHRAAM, le 12 juin. En fait, la perturbation du tribunal de l’IHRAAM fut le but principal de cette campagne de terrorisme d’état, d’après des déclarations faites par l’inspecteur Peter Montague de la Division “E” de la GRC qui mena cette campagne de perturbation. Celle-ci devint particulièrement active après que le tribunal ait eu donné une audience publique des premiers rapports du meurtre organisé et du trafic d’enfants parmi les tribus du nord de la province de CB. (8) Une autre cible de cette campagne de terreur étatique furent les autochtones du Lac Gustafson dans le centre de la CB, qui après avoir défendu les terres sacrées des sépultures de leurs ancêtres furent soumis à un assaut militaire en règle secrètement organisé ainsi que d’une campagne de diffamation par Montague et la GRC durant ce même été de 1995.

9. Il est important de noter que cette note de Chrétien mettant en scène une “terreur d’état” en date du 3 avril 1998 ciblait quiconque menaçait d’exhiber l’histoire et le génocide toujours en cours du peuple natif. Entre 2006 et 2012, sept témoins clef et membres importants indigènes de notre réseau du TICEE à Vancouver et à Winnipeg, furent assassinés en accord avec cette directive: Hariett Nahanee, Johny “Bingo” Dawson, Ricky Lavallee, Harry Wilson, William Combes, Edna Phillips et le chef Louis Daniels. Dans le processus de sa campagne de terrorisme d’état, la directive Chrétien a dérangé et marginalisé une partie de notre travail et le mouvement pour amener devant la justice l’église et l’état canadiens pour les crimes commis dans les pensionnats. Mais pendant de nombreuses années, elle masqua les meurtres ou les disparitions des familles aborigènes de la province de CB. Par exemple, après juin 1998, le tribunal fut attaqué et neutralisé par des agents de la GRC, les mêmes agents, sous la direction de l’inspecteur Peter Montague, qui détruisirent l’effort croissant d’identifier le nombre grandissant de femmes autochtones disparaissant dans toute la CB et dans la partie de l’East Side du centre de la ville de Vancouver.

10. Cette attaque d’état sur une véritable enquête menée sur la disparition de personnes fut déclenchée par le fait qu’à ce moment précis, au début de 1999, de nouvelles preuves irréfutables commencèrent à faire surface, preuves qui liaient l’identité des tueurs contemporains d’autochtones  avec des gens qui travaillaient dans le système des pensionnats pour Indiens. De fait, notre travail a démontré que la totalité du leadership des actuelles églises catholique, anglicane et unifié au Canada, est soit directement impliquée dans les crimes de l’ère des pensionnats ou protège activement ceux qui furent impliqués et que ces mêmes prédateurs sont toujours engagés dans le viol systémique, le trafic et le meurtre d’enfants. Il est de ce fait très clair qu’il existe une continuité criminelle qui s’étale sur des décennies et qui lie les atrocités des pensionnats perpétrées par l’église avec le viol, la torture et la disparition aujourd’hui de personnes natives, spécifiquement des femmes et des enfants. Bref, ce crime n’a jamais cessé et est toujours protégé par la même alliance impie de l’église, de la police et du gouvernement, ce qui explique sans aucun doute l’hostilité constante de ce trio envers notre campagne et son représentant porte-parole, Kevin Annett.

11. Nos continuelles investigations révèlent que bien des hommes qui ont torturé et tué des enfants dans les pensionnats pour Indiens et qui continuent leur prédation sur des femmes et des enfants aborigènes aujourd’hui, sont aussi membres ou affiliés de l’élitiste Vancouver Club du 915 West Hastings street. Leurs odieux rangs comptent trois juges de la cour suprême, une clique d’avocats, des officiels de haut-rang de l’église et des exécutifs d’entreprises privées, un ancien premier ministre canadien, un archevêque catholique et des membres de haut-rang de la GRC et de l’armée canadienne. Virtuellement tous ces membres sont des pratiquants des églises anglicane, catholique et unifiée. Bon nombre de ces hommes ont aussi été identifiés par un ancien agent des services de renseignement canadiens du CSIS comme des participants dans le réseau assassin et de snuff-film dit du “Piggy’s Palace”, incluant deux politiciens aujourd’hui membres de sénat canadien: Larry Campbell et Patrick Brazeau. (9)

12. L’objectif principal et la conséquence de la directive de terreur d’état Chrétien ont été de protéger ces hommes et de camoufler leurs liens avec l’ère des pensionnats pour Indiens et des puissants décideurs entrepreneuriaux d’aujourd’hui. Mais ce qui ne peut pas être caché est la connexion claire et directe entre les plus hauts niveaux des pouvoirs gouvernementaux, de la police, des entreprises, de l’église et du judiciaire au Canada avec ces crimes génocidaires, ainsi que leurs liens avec des crimes similaires dans d’autres pays. Il y a par exemple, un lien clair et direct entre l’industrie du trafic des organes humains basé en Chine et en Thaïlande et la disparition des femmes aborigènes en CB. (10)

13. Ceci fut de plus  rapidement suivi par un un second effort de maquillage par le présent gouvernement libéral du Canada, connu sous le vocable de “L’enquête nationale sur les femmes disparues”. A partir de 2007, une fois que ces connexions furent fermement prouvées par notre campagne et par les témoignages croissant de beaucoup de témoins oculaires aborigènes, le gouvernement conservateur de Stephen Harper s’appuya sur le toujours actif plan Chrétien pour mettre un point final à leur divulgation et y mettre “une pirouette finale d’isolation” sur toute cette affaire passée et présente du génocide au Canada. Ceci se fit au moyen d’une enquête gouvernementale: une opération élaborée de manipulation connue sous le nom de “Commission Vérité et Réconciliation” (CVR). La CVR fut modelée sur une campagne de désinformation secrète standard afin d’enterrer les preuves, réduire au silence les témoins, discréditer les diseurs de vérité et blanchir les coupables. Avec la complicité active des médias du monde, de l’ONU et de chaque niveau des pouvoirs judiciaire et politique au Canada, la CVR enterra la vérité et les preuves du génocide des pensionnats pour Indiens avec un remarquable succès. Elle le fit afin de masquer la continuité de ce crime spécifiquement au sein des nations autochtones de la côte ouest canadienne. (11)

14. Il est clair que cette dernière “enquête” d’apparat en date  est une autre réalisation du plan Chrétien pour éliminer tous les témoins et preuves de la “solution finale” au Canada en ce qui concerne sa population indigène et qui commença en 1910. La soi-disante “enquête sur les femmes disparues” s’opère au travers de ces mêmes agences de police, incluant la GRC, qui sont responsables de l’assassinat de femmes autochtones ciblées et de leurs familles.

15. Comme la CVR, “l’enquête” sur les femmes disparues stoppe les véritables efforts de révéler les crimes et qui en est responsable ; en éliminant les témoins oculaires qui réfutent les versions officielles des disparitions. En tant que pièce de théâtre jouée par les mêmes puissances responsables de la disparition des femmes indigènes, “l’enquête” est moribonde, n’ayant émis aucun rapport sur quoi que ce soit de ses supposées trouvailles au cours des deux années de son existence fantômatique. Nous croyons que ceci a pour but la destruction finale des peuples indigènes et de leur base territoriale et s’assurer que ceci se poursuivra sans heurt et en dégageant le maximum de bénéfices pour les intérêts entrepreneuriaux et d’état qui sont derrière cette destruction.

16. La preuve de tout ceci est le fait essentiel qui est enterré par “l’enquête” et les médias canadiens, à savoir que les disparitions de la côte ouest sont le résultat d’un ciblage racial et politique spécifique et ne sont en rien des meurtres fortuits. Ce point fut établi par nos propres investigations dès le printemps 2003. (12) Ainsi, la vaste majorité des femmes aborigènes portées disparues viennent de familles de lignée matrilinéaire du mode des mères de clan, mode qui traditionnellement contrôle les ressources et la base territoriale des différentes nations indiennes. Bref, leur assassinat revenait à un mode opératoire d’assassinats politiques délibérés visant les leaders restant des tribus de la côte ouest dont la résistance est un obstacle à la veulerie des entreprises avides de ressources naturelles. En ce sens, ces derniers assassinats sont simplement la continuité de la longue tradition canadienne de l’extermination masquée en ce qui concerne les peuples indigènes.

17. Ces crimes ont même un aspect encore plus sombre, impliquant un rituel satanique, qui a été en premier lieu documenté dès 1998 au cours de notre enquête sur le système des pensionnats pour Indiens. Le soi-disant “Neuvième Cercle”, ce culte sacrificiel catholique établi au XVIIème siècle par les jésuites et qui est toujours opérationnel sous les plus hautes directives du Vatican et de ses plus hautes sphères, a fonctionné au sein des pensionnats dès leur ouverture. (13) Le trafic routinier, la torture et le meurtre d’enfants dans les pensionnats étaient à la fois pratiqués par les églises anglicane et unifiée ainsi que par l’église catholique et impliquaient des membres du gouvernement, de la famille royale ainsi que des églises. Ce même Neuvième Cercle continue de tuer en toute impunité dans les cercles d’église aujourd’hui et dans les communautés de la côte ouest situées sur des terres lourdement pourvues en ressources naturelles. Il est très clair que les mêmes forces qui sont traditionnellement derrière le vol de la terre et de la richesse aborigènes, continuent de tuer de manière rituelle et de trafiquer les enfants de nos jours.

18Derrière son masque généreux, comme montré par son nouveau premier ministre pirouettant Justin Trudeau, le Canada est une société fermée et répressive qui extermine effectivement ce qu’il reste des populations autochtones au sein de ses frontières. Il le fait en accord avec son programme génocidaire fondateur introduit en 1910 et la directive ministérielle de Jean Chrétien en 1998 ainsi que par la collusion active et dans l’intérêt d’entreprises d’extraction de ressources essentiellement américaines et chinoises.

19. En tant que campagne menée par l’état, cette culmination du génocide canadien est passible de sanctions judiciaires, comme cela est évident non seulement de par le refus de tout tribunal de la “couronne” de trainer en justice et de faire condamner toute personne ou agence pour acte de génocide, mais aussi la mise en accusation active par ces mêmes tribunaux de quiconque expose ces crimes au grand jour. Il n’y a pas d’avenir pour quelque justice ou compensation que ce soit pour les victimes de ce génocide au Canada, ni par les agences, instances judiciaires des Nations-Unies, qui ont tourné le dos à la réalité de ce crime continuel perpétré par le Canada chrétien et colonial. (15)

20.  Ainsi, il en incombe à la communauté mondiale de faire respecter la loi internationale et de faire en sorte que le Canada soit sanctionné politiquement et économiquement, ainsi que la couronne d’Angleterre, le Vatican et leur église et associés entrepreneuriaux, pour leurs crimes prouvés contre l’humanité. Le Canada et ces pouvoirs en question sont des entités échappant à tout contrôle dont les actions menacent non seulement les innocents mais aussi la souveraineté et la paix de toutes les nations. Cette menace est évidente avec la politique toujours en vigueur et appliquée connue sous le nom de Crimen Sollicitationas au sein de l’église catholique romaine, qui subvertit les lois de protection de l’enfance et le pouvoir des gouvernements souverains en demandant que chaque catholique dans le monde protège les tortionnaires et violeurs d’enfants au sein de l’église et cache ces abus et trafics à la police. L’église anglicane est gouvernée par la même politique, comme l’est toute église non-catholique qui se rallie et se réunit avec la papauté romaine en accord avec le plan “d’une église mondiale” du criminel de guerre condamné connu sous le nom de pape François 1er. (16) Depuis sa mise en service en 1929, Crimen Sollicitationas a encouragé et causé l’assassinat systémique d’enfants au Canada, aux Etats-Unis, en Irlande, en Croatie, à travers toute l’Europe et dans le monde, crimes qui continuent à être perpétrés en toute impunité. Aussi longtemps qu’une telle criminalité institutionnalisée contre les enfants est permise de fonctionner légalement,  aucun pays ne peut prétendre protéger ses citoyens ou sa souveraineté légale.

21. Il y a une claire obligation morale et légale pour les nations souveraines d’empêcher et de punir les régimes criminels avérés comme le Canada, la Couronne Britannique et le Vatican. Nous lançons donc un appel solennel et attendons que les nations le fassent, utilisant leur police, leur armée et leur machine légale et judiciaire. Nous dirigeons tout spécifiquement cet appel au président Vladimir Poutine, son gouvernement et au peuple russe et à tous les pays existant en dehors de l’influence du bloc occidental.

22. Plus spécifiquement, notre directorat du TICEE et ses affiliés dans sept pays demandent que ces gouvernements entreprennent les actions suivantes:

  • Commencer des sanctions économiques et politiques compréhensives contre le Canada, l’Angleterre et le Vatican en tant que régimes génocidaires condamnés, incluant une procédure de censure et d’expulsion formelle de l’Assemblée Générale de l’ONU et en imposant un embargo touristique et commercial sur ces puissances.
  • Envoyer une force de maintien de la paix au Canada pour protéger les témoins oculaires aborigènes, les familles ciblées et les activistes du TICEE qui confrontent ces crimes ; de procéder à l’arrestation de criminels de guerre condamnés au Canada.
  • Envoyer des équipes médico-légales professionnelles pour nous assister aux recherches et à l’examen des scènes de crime ainsi que les fosses communes et charniers sur les sites des anciens pensionnats pour Indiens
  • Mettre en place des tribunaux domestiques et internationaux pour juger ces individus et institutions entrepreneuriales/corporatrices responsables de ces crimes et autres contre l’humanité.

23.  Dans les semaines à venir, nos délégations vont amener cet appel et nos preuves devant les gouvernements, les éducateurs, les juristes et les médias du monde. Ceux d’entre nous qui ont révélé et confronté ces crimes ayant lieu au Canada ont été attaqués, harcelés, mis en prison et censurés par tous les niveaux du gouvernement, de la police, des tribunaux et ont été empêchés d’agir librement dans leur propre pays. Nous amenons donc de ce fait cette vérité au-delà des frontières du Canada en l’honneur de cette armée d’innocents qui sont morts et vont continuer de mourir si justice n’est pas faite. Voilà notre position et nous ne pouvons en avoir une autre.

Publié le 1er septembre 2017 par the Directorat Central du TICEE avec l’approbation des anciens des nations Anishinabe, Mohawk, Cree, Metis, Cochiwan et Squamish indigènes à travers le Canada et aussi par les affiliés au TICEE au Canada, en Irlande, en Angleterre, en Italie, en Serbie et en Russie

Notes

  1. Un accord contractuel daté du 25 novembre 1910 entre le gouvernement du Canada et les églises catholique romaine, anglicane, presbytérienne et méthodiste (ces deux dernières étant les prédécesseurs de l’église unifiée du Canada) établit la gestion administrative et le financement conjoints des pensionnats pour Indiens dans lesquelles la moitié des enfants incarcérés moururent.
  2. (http://itccs.org/wp-content/uploads/2016/09/communique-011.jpg .)
  3. 3. Un ordre spécial en conseil ratifié le 1er juillet 1920 a rendu obligatoire pour chaque enfant aborigène au Canada dès l’âge de 7 ans ou plus vieux d’être incarcéré dans le système de pensionnats pour Indiens.
  4. 4.(http://itccs.org/wp-content/uploads/2016/09/communique-004.jpg )
  5. 5.Ce ratio de décès approximatif est fondé sur les propres statistiques du gouvernement et de l’église et est discuté en détail en page 41 et suivantes du livre Murder by 
  6. 6. Decree: The Crime of Genocide in Canada (Amazon, 2016). Qu’on trouve en ligne à (www.murderbydecree.com)
  7. 7.Quelques preuves de l’existence de ces escadrons de la mort et de l’implication de la police dans ceux-ci se trouvent dans les témoignages de ce mémo: http://itccs.org/2011/02/02/memorandum-on-the-organized-disappearance-torture-exploitation-and-murder-of-women-and-children-on-canada-s-west-coast-a-summary-from-eyewitnesses/. Voir aussi la 3ème partie de www.murderbydecree.com .
  1. 8.Une copie de cette directive fut envoyée en juillet 2016 au bureau central du TICEE par un informateur au sein des services de renseignement canadien du CSIS. La directive Chrétien est décrite sur: http://itccs.org/2016/07/08/secret-black-ops-program-identified-by-canadian-government-source-2/
  1. 9. L’IHRAAM est l’International Human Rights Association of American Minorities (L’Association Internationale pour les Droits des Minorités Américaines), une ONG à l’ONU. L’IHRAAM a sponsorisé le tribunal, son directeur le Dr Youssouf Kly et agent de terrain Rudy James y furent présents avec 15 observateurs aborigènes les 12-14 juin 1998 à Vancouver. Voir le The Globe and Mail, June 20,1998.
  2. 10.  Ces assassinats ont pris la vie de sept activistes aborigènes du TICEE à Vancouver et Winnipeg ainsi que celle de manifestants natifs à travers le Canada. Spécifiquement ciblés ont été les anciens traditionnels de la côte ouest du Canada ayant la connaissance de l’histoire orale et spirituelle de leurs nations.
  3. 11.  Ces rapports ont impliqué la divulgation du nom du “chef” principal financé par le gouvernement du conseil tribal Carrier-Sekani, Ed John, comme étant un trafiquant de drogue et d’enfants, un spéculateur foncier qui tuait son propre peuple pour qu’Alcan et B.C Hydro puissent s’approprier leur terre. John a été accusé par trois anciens membres de son conseil tribal, dont deux d’entre eux, Frank Martin et Helen Michel, ont témoigné devant l’IHRAAM sur les crimes dans les pensionnats pour Indiens en juin 1998. (www.murderbydecree.com). Ed John a servi comme le “représentant aborigène officieux” du Canada à l’ONU et avec d’autres entités diplomatiques.
  4. 12, L’agent du CSIS Grant Wakefield a parlé en personne au secrétaire du TICEE Kevin Annett à ce sujet en deux occasions, mais il fut subséquemment traduit en justice par le gouvernement pour le réduire au silence et il fut mis en liste noire des médias canadiens. Ses déclarations sont en grande partie reproduite dans la 3ème partie de Murder by Decree: The Crime of Genocide in Canada. Les noms des politiciens, des juges et quatre officiels de haut rang ayant été impliqués dans le cercle du trafic de film snuff sont en possession du TICEE; ces noms incluent l’ancien premier ministre canadien Paul Martin et les juges MacEachern, Esson et Grobberman de la cour suprême de la Colombie Britannique, ainsi que des officiers de police de haut-rang impliqués dans “l’enquête sur les femmes disparues”, comme Bruce Michelson du département de police de la ville de Vancouver.
  5. 13. Là encore, les détails de cette connexion peuvent être trouvés dans la 3ème partie de “Murder by Decree”. Wendy Poole par exemple, fut une “femme disparue” importante de Vancouver dont la famille a été lourdement impliquée dans des manifestations publiques, des barrages routiers pour défendre leurs territoires traditionnels contre l’industrie du bois et celle de l’extraction minière. Son oncle, Art Solomon, était un traditionaliste souverainiste en porte-à-faux avec le gouvernement et ses marionnettes des chefs de conseils.
  6. 14. Murder by Decree: The Crime of Genocide in Canada les détails de la couverture et de la criminalité de la CVR en première partie  (www.murderbydecree.com)
  7. 15. Ce fait fut établi par le gendarme de la GRC en retraite George Brown au travers de sa propre enquête sur les personnes disparues qu’il conduisit sur Vancouver entre 2001 et 2003. Brown est cité dans le documentaire Unrepentant qui est posté sur (www.murderbydecree.com) et en 3ème partie de:  Murder by Decree: The Crime of Genocide in Canada. 
  8. 16. Voir non seulement Murder by Decree mais aussi Unrelenting: Between Sodom and Zion de Kevin Annett pour une discussion sur le culte du Neuvième Cercle et le témoignage de deux participants aux cérémonies en Europe Toos Neijenhuis and Anne Marie van Blijenburgh, se trouve sur ces sites: http://itccs.org/2014/09/10/transcript-of-anne-marie-van-blijenburghs-testimony-about-child-murders-in-belgium/  and  https://www.youtube.com/watch?v=-peCsdhscSA&t=135s 
  9. 17. Ibid.
  10. 18. Voir http://itccs.org/2016/04/01/expel-canada-united-kingdom-and-the-vatican-from-the-un-general-assembly-letter-of-demand-issued-to-secretary-general-ban-ki-moon/ and http://itccs.org/2016/05/02/united-nations-head-censured-as-itccs-activates-new-campaign-to-disestablish-criminal-powers/ 
  11. 19. En septembre 2010, Elizabeth de Windsor a signé l’accord d’Holyrood avec Joseph Ratzinger alias pape Benoît XVI, mettant en place les termes de la ré-incorporation de l’église anglicane au sein de l’église de Rome. Un de ces termes fut l’imposition des conditions de Crimen Sollicitationas sur tout le clergé anglican, ses membres et officiels, voir sur ce site: http://itccs.org/2014/02/02/pope-francis-is-named-by-former-argentine-junta-insider-as-prime-mover-in-child-trafficking-network-francis-concealed-vatican-crown-of-england-holyrood-agreement/ 

Palestine occupée: Nouvelle donne pour le Hamas et rapprochement avec l’Iran et le Hezbollah…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerre iran, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 7 septembre 2017 by Résistance 71

La branche politique du Hamas avait trahi la cause palestinienne, seule la branche militaire est demeurée droite dans ses bottes. Espérons que tout ceci ne soit pas un piège, spécifiquement pour infiltrer le Hezbollah… Les intéressés savent et agiront en conséquence.

~ Résistance 71 ~

 

La nouvelle stratégie du mouvement Hamas

 

Abdel Bari Atwan

 

1er septembre 2017

 

url de l’article en français:

http://chroniquepalestine.com/nouvelle-strategie-mouvement-hamas/ 

 

Abdel Bari AtwanLa nouvelle direction du mouvement Hamas s’est rapprochée du Hezbollah et de l’Iran, et espère se réconcilier également avec la Syrie.

 

Le responsable du Hamas à Gaza, Yahya as-Sinwar, a eu lundi un échange en toute franchise de deux heures avec un groupe de journalistes, dans lequel il a révélé les grandes lignes d’une nouvelle stratégie pour le mouvement. Ses deux principales lignes directrices sont de ramener le Hamas dans l’axe de la résistance et de renforcer les liens avec l’Iran tout en essayant de « rétablir » les relations avec la Syrie.

Sinwar a reconnu que l’Iran a été la principale source de financement et d’armement pour les Brigades Izzeddin al-Qassam, l’aile militaire du Hamas, et il a exprimé l’espoir de « démêler » la question syrienne et, au moment opportun, d’ouvrir l’horizon pour rétablir de bonnes relations avec Damas.

La particularité de Sinwar dans la hiérarchie du Hamas découle de sa relation très étroite avec les Brigades al-Qassam. Il a été l’un des principaux fondateurs de l’aile militaire du mouvement et est considéré comme son mentor. Il a joué un rôle organisationnel important dans beaucoup de ses opérations à l’intérieur d’Israël, y participant lui-même à plusieurs reprises, et il a passé 23 ans dans les prisons israéliennes.

Sa déclaration franche et sans équivoque selon laquelle l’Iran est le principal soutien des brigades al-Qassam était à la fois énergique et inattendue. Cétait en opposition avec plusieurs aspects de la politique récente du Hamas. Le mouvement a jusque-là évité de reconnaître publiquement l’existence du soutien iranien pour diverses raisons : éviter de fâcher les États du Golfe (et dans une certaine mesure les États-Unis), tout en évitant d’embarrasser les éléments du Hamas qui ont adopté une attitude anti-iranienne et anti-syrienne, et apaiser les institutions religieuses du Golfe qui considèrent tout à travers le prisme confessionnel sunnite ou chiite.

Le Hamas a déjà rétabli ses relations avec la résistance libanaise, et plus précisément avec le Hezbollah selon des sources fiables. Le leader du Hezbollah Hassan Nasrallah, a récemment reçu Saleh al-Arouri, chef de l’aile militaire du Hamas en Cisjordanie et l’un des partisans les plus en avant dans la direction du mouvement en faveur de la résistance armée. Nasrallah a fait en sorte que Arouri rencontre les dirigeants politiques iraniens et les commandants de la Garde révolutionnaire à Téhéran, où il s’est déplacé dans le cadre d’une délégation allant assister à l’intronisation du président Hassan Rouhani le mois dernier.

Le Hamas n’a aucun problème avec le Hezbollah et Nasrallah. Ce dernier a continué à considérer l’organisation palestinienne comme un mouvement de résistance à l’occupation, même quand son ancienne direction s’affichait avec les ennemis du Hezbollah sur plusieurs fronts régionaux, surtout en Syrie. malgré cela, le Hezbollah et ses médias ont évité tout commentaire négatif à l’égard du Hamas, cohérents avec leur politique de longue date de soutien à la cause palestinienne.

Le problème réside dans le rapport du Hamas avec les dirigeants syriens. Les liens entre les deux parties ont été empoisonnés et les « rétablir » ne sera pas une tâche facile, malgré tous les efforts du Hezbollah et des dirigeants iraniens pour améliorer le climat.

Les dirigeants syriens ont déclaré aux médiateurs iraniens et au Hezbollah – qui les ont informés que le Hamas souhaitait à nouveau de bonnes relations avec Damas – qu’ils n’avaient aucun problème à se réconcilier avec le « nouveau leadership » du mouvement et qu’ils lui permettraient de rouvrir ses bureaux en Syrie. Mais ils ont insisté sur le fait que le mouvement devait adhérer à sa position et ne pas revenir à son comportement précédent.

Damas s’est senti trahi par le Hamas, qu’il a accueilli et soutenu pendant des années pour le voir ensuite s’aligner de manière opportuniste sur ses adversaires régionaux après le début de la rébellion armée dans le pays. Les officiels syriens énumèrent en privé de longues listes de griefs contre le Hamas et son comportement depuis 2011.

Néanmoins, il est probable que cette amertume soit surmontée suite aux développements rapides sur le terrain qui donnent à Damas le dessus et incitent la Turquie à repenser sa stratégie. Après avoir passé des années avec l’obsession de chasser Bashar al-Asad du pouvoir, le président Recep Tayyib Erdogan a commencé à considérer que la menace réelle pour son pays ne venait pas de Damas, mais de ses alliés américains qui l’ont poignardé dans le dos en favorisant les Kurdes et leur projet sécessionniste, et en basant leur stratégie régionale – sur la recommandation d’Israël – sur ces mêmes Kurdes.

Dans ce contexte, la nouvelle direction du Hamas utilise bien ses cartes. Elle a amélioré ses relations avec l’Égypte et a réussi à exploiter les rivalités au sein du Fatah entre les factions de Mahmoud Abbas et de Muhammad Dahlan. Dans le même temps, elle a renforcé ses relations avec d’autres groupes palestiniens et a réussi à préserver un minimum de relations avec le Qatar sans s’aliéner les Émirats Arabes Unis ou l’Arabie Saoudite.

L’ex-président de l’Autorité palestinienne, Abbas, qui a réduit les salaires de plus de 60 000 employés de l’Autorité palestinienne à Gaza, puis obligé 6 000 de plus à la retraite anticipée, et cessé de payer l’électricité du territoire assiégé dans le but de faire plier le Hamas, est maintenant en retrait sur la totalité ou la plupart de ces mesures. Il s’est même tourné vers la Turquie pour une médiation avec le Hamas et pour relancer les accords de réconciliation Fatah-Hamas signés il y a des années mais jamais mis en œuvre.

La phase à venir est celle de l’aile militaire du Hamas et du retour à la résistance en Cisjordanie, véritable zone d’affrontement avec l’État de l’occupation, ses forces militaires et ses colons. Ses personnages clés sont Arouri et Sinwar, qui, en plus d’être membres du bureau politique du Hamas, ont des liens étroits avec son aile militaire et activent la réorientation vers l’Iran, le Hezbollah et peut-être bien la Syrie.

Histoire de l’anarchisme (documentaire vidéo)

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Résistance 71

3 septembre 2017

Remarquable documentaire sur l’histoire de l’anarchisme de Tancrède Ramonet, diffusé sur Arte.
Ce documentaire était déjà sorti sur la toile en 2016 dès sa diffusion, et nous l’avions relayé, mais avait été supprimé. Il est de nouveau disponible. Cette historiographie de l’anarchie remarquablement documentée s’étend de la 1ère révolution industrielle (vers 1810) jusqu’à la seconde guerre mondiale. La dernière partie sur la révolution espagnole de 1936-39 est très bien faite et expliquée.
Le documentaire passe également en revue la révolution mexicaine de 1911, souvent très mal connue ainsi que les mouvements anarchistes en Chine et au Japon.

A voir et diffuser sans aucune modération…

 

A voir de manière complémentaire, le remarquable documentaire que nous avons posté il y a 4 ans:
« Vivre l’utopie », sur l’histoire de la révolution sociale espagnole 1936-1939: